Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
  • Contact

Recherche

Catégories

28 décembre 2020 1 28 /12 /décembre /2020 16:21

Le mariage du prince Bel Azur (Méliès) avec la princesse Azorine (Marguerite Thévenard) est perturbé par une sorcière qui fait kidnapper la princesse... Qu'importe, le prince se lance à sa poursuite et c'est le début de l'aventure féérique...

Ce film possède un certain nombre d'atouts: d'abord c'est un film narratif des temps héroïques de Méliès, quand celui-ci n'avait rien à prouver (ce qui n'allait pas durer face à la concurrence); l'auteur s'y jette à corps perdu dans la fantasmagorie alliant invention débridée et l'expérience, le sujet étant inspiré d'une féérie du théâtre du Chatelet. L'invention permet en effet à Méliès et son équipe d'imaginer des aventures féériques sur terre, sur la mer, et jusqu'aux entrailles de la terre et les profondeurs de l'océan... avec bien sûr les créatures qui vont avec. Enfin, autre atout non négligeable, il a survécu dans de fort belles copies, avec leurs couleurs... Tout ça pour dire que quelque part on comprend Jean Mitry quand il nomme sans aucune hésitation ce film comme étant le meilleur de la production de l'auteur.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Méliès
26 décembre 2019 4 26 /12 /décembre /2019 11:46

Ce n'est pas en soi l'invention du cinéma, ni celle des truquages et effets spéciaux, qui sont là et bien là depuis au moins six ans. Non, ce qui frappe dans cet incunable célèbre et probablement tellement pris pour argent comptant que peu de gens y retournent souvent, c'est à quel point il s'attache à raconter une histoire en y faisant preuve d'une imagination graphique. Certes, ça bouge et ça bouge bien trop, comme tous les films de Méliès, dont le réalisateur lui-même (on ne disait pas encore ce mot) s'emporte tellement dans son enthousiasme qu'il commence par en perdre son chapeau... Mais c'est la marque de la loufoquerie particulière de Méliès: déjà, en 1902, elle était spéciale et unique en son genre.

La preuve: combien d'autres Voyages dans la lune y-a-t-il eu de la part d'imitateurs plus ou moins talentueux dans les dix années qui ont suivi? Méliès avait sans doute une vision que nos chères têtes blondes,persuadés que le cinéma est né avec George Lucas, doivent estimer bien archaïque, mais il avait aussi un talent unique, excentrique et au charme bien ancré. 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Méliès Muet Science-fiction
20 janvier 2019 7 20 /01 /janvier /2019 17:47

Reprenant les formules qui avaient fait son succès aussi bien pour le Voyage dans la lune (1902) que pour Le voyage à travers l'impossible (1904): une destination improbable, un voyage loufoque, et des péripéties plus délirantes que tout ce qu'on pourrait imaginer... Sauf que cette fois il se laisse aller à réaliser, pour Pathé, un film nettement plus long: deux bobines. C'est ambitieux, et c'est la preuve que Méliès, au moins, est à l'écoute: le format des films, en Europe, s'allonge... L'Italie, le Danemark et la France réalisent des films de long métrage, déjà... Méliès, qui se refuse à quitter le studio, est tributaire de ses habitudes techniques: il a besoin de créer l'illusion dans le plan, et le montage ne lui sert qu'à deux fonctions; premièrement, il crée l'illusion en faisant disparaître, transformer, apparaître et exploser les hommes, les femmes et les objets dans le plan; deuxièmement, une coupe permet de passer à la suite..;

Ce qui explique que dès le départ, le film ne ressemble à rien de contemporain. C'est probablement ce qui l'a coulé, mais Méliès ne peut pas et ne veut pas faire du cinéma comme tout le monde, et désire continuer à faire du cinéma selon ses propres règles. Mais en allongeant, il prenait le risque de faire trop long, et c'est ce qui va être un sérieux problème pour ce film...

Certes, ça commence bien et même très bien avec un contexte qui se complexifie à loisir, avec pour une fois une sous-intrigue (pendant qu'une coalition internationale menée par l'ingénieur Maboul se rend en direction du Pôle Nord dans une machine volante, les Suffragettes désignent l'une des leurs, mais elle disparaîtra dans une scène d'une grande indélicatesse, et ce avant la fin de la première bobine)... Mais si Méliès arrive à garder son style tout en s'ouvrant au monde du cinéma, puisqu'il travaille pour Pathé, il est fatigué, et ses "vues merveilleuses" des cieux, avec ses pin-ups 1910 déguisées en étoiles, font long feu. On remarque ça et là quelques avancées, comme un plan (un seul) tourné "en extérieurs", en fait à l'extérieur du studio de Montreuil.

Il reste le combat contre le "géant des neiges" situé vers la fin: mais si esthétiquement il date le film pour le spectateur d'aujourd'hui, je crains qu'il n'ait aussi sérieusement daté le film à sa sortie, pour le spectateur nourri aux films de Capellani, Feuillade, et qui se pressait aux aventures de Nick Carter de Victorin Jasset... Et comme la plupart des séquences, lui aussi tire sérieusement en longueur.

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Méliès 1912
20 janvier 2019 7 20 /01 /janvier /2019 17:38

Ce film de 1909, donc forcément tardif de Méliès, fait partie à la fois des oeuvres narratives et des "films à trucs" du magicien de Montreuil. L'intrigue, qui repose sur deux seuls décors, est simple: un mystérieux étranger (Méliès) loue un rez-de-chaussée, mais refuse de payer. Surtout, il s'y installe en sortant de son unique bagage tout un mobilier, qui disparaîtra de la même manière, avec parfois un ou deux pauvres bonshommes qui passaient par là...

Colorié au pochoir, le film a bonne mine, mais cache sans doute une crise d'inspiration et une crise tout court: Méliès, qui n'a pas ou peu évolué depuis 1896, n'a plus la cote... Et il doit composer avec la profession, qui n'évolue décidément pas dans le même sens que lui. Les sept minutes de ce film représentent une tentative (lune des dernières) pour le réalisateur de maintenir le cap qu'il s'est fixé: prolonger le travail de l'illusionniste en fournissant de la magie. Il y fait un grand usage de son truquage préféré, qui consiste à arrêter la caméra pour changer un objet dans le plan. Et sinon, il pose en tout et pour tout deux décors, comme je le disais plus haut: la pièce dans laquelle le "Locataire" va faire les quatre cents coups, et la devanture...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Méliès
3 janvier 2019 4 03 /01 /janvier /2019 18:13

Après la lune, le soleil... Il est évident, à la vision de cette nouvelle féérie, que deux années plus tard Méliès cherche à rééditer l'exploit du Voyage dans la Lune, et qu'il a en tête de faire exactement ce qu'on attend de lui: ce que lui reprochera d'ailleurs Georges Sadoul, historien de premier plan, mais un peu bouché à l'occasion...

Le film nous conte un voyage aussi loufoque et grandiose qu'il est inutile: un ensemble de scientifiques farfelus, sous la direction du professeur Latrouille et avec l'assistance de Mabouloff (Méliès lui-même), se rend donc dans des endroits aussi improbables que possible en utilisant tous les appareillages possibles, dont deux montgolfières, une automobile et même, même un sous-marin, sans oublier...

...Une glacière.

Pourquoi une glacière? Réponse dans le film.

Le sujet est un prétexte pour Méliès qui déchaîne ses tendances graphiques. Incidemment, il essaie occasionnellement, à travers un micro-conflit entre Mabouloff et un de ses assistants, de développer ses personnages, mais on en est bien loin: les apports de ce film, comme les autres fééries de Méliès, sont essentiellement picturaux, à travers cet alliage savant d'images, de jeu théâtral, de maîtrise du proscenium et de mécaniques (les fameux dispositifs mis en route): c'est ce qui fait le prix de Méliès, c'est aussi sa limite.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Méliès Muet
17 décembre 2018 1 17 /12 /décembre /2018 16:34

L'une des plus récentes découvertes du canon Méliès est ce film de 1902, dont une copie nettement plus longue que le fragment dont on disposait à été trouvé dans un ensemble de copies léguées à la Cinémathèque Française. Et pour couronner le tout, la copie était en couleurs d'époque, un atout devenu rare...

Cela étant dit le film n'est pas sans défaut, il témoigne de la tendance occasionnelle de Méliès à se reposer sur ses lauriers, et à refaire sempiternellement les mêmes choses sans pour autant renouveler son fonds de commerce: donc l'intrigue linéaire est ici relatée sans grands efforts si ce n'est l'habituelle ingénierie de dispositifs pour figurer en studio une île déserte, et tous ses ingrédients. Et le traitement de Vendredi et de tous les "Sauvages" (il est fort pénible d'entendre le boniment qui accompagne le film, bien entendu) est assez effrayant.

Mais il en est de Méliès comme tous ceux de son temps. Qu'il raconte Dreyfus ou Jeanne D'arc, Cendrillon ou Robinson, il adaptait sa narration à l'histoire racontée et donnait à voir à ceux qui souhaitaient faire ce prolongement une illustration fascinante et constamment inventive graphiquement, de livres, contes, et autres récits, dont on ne savait pas en 1902, qu'un jour, on pourrait peut-être faire la fine bouche devant certains d'entre eux. Et rien que pour ça, réjouissons-nous qu'un "nouveau" Méliès ait été sauvé, ou en tout cas allongé, car la copie à disposition de Lobster n'est bien sûr pas complète.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Méliès
15 décembre 2018 6 15 /12 /décembre /2018 15:35

On a si souvent en tête les démons étranges et bondissants, les personnages et situations farfelues des films les plus connus de Méliès, qu'on est parfois surpris devant une inspiration changeante, variée, et qui se souciait d''explorer tous les genres de contes, histoires et autres narrations. Le meilleur exemple reste à n'en pas douter le film "militant" de L'affaire Dreyfus vue par un Georges Méliès indigné et qui avait des années avant la résolution de l'affaire, pris parti et donné sa version des faits en se basant sur les articles et l'actualité! 

Mais sans aller jusqu'à cet exemple célèbre entre tous, le conteur de Montreuil se faisait un plaisir de revisiter absolument tous les répertoires, et ses films colorés jouaient toujours une autre partition que le réalisme factuel, mais aussi souvent, s'éloignaient de la tendance au burlesque: c'est le cas notamment de cette Fée Carabosse qui commence comme un film à trucs: un troubadour vient consulter la fée (en réalité une vieille sorcière) qui lui prédit la rencontre d'une jeune et jolie femme prisonnière d'un château. Elle lui donne un talisman qui lui permettra de la sauver.. L'illusion passe par l'insert dans une séquence, de l'image de la jeune femme dans le cadre géant mais ide d'un tableau. Sauf que la séquence se termine par le départ du troubadour qui au moment de payer, n'a laissé à la sorcière qu'un sac rempli de sable, en lieu et place des espèces sonnantes et trébuchantes qu'elle attendait.

Ce qui pourrait déboucher sur une course poursuite à la Méliès va en fait prendre un autre chemin, le troubadour (suivi à une distance moyenne de la fée très en colère, bien entendu) se déplaçant dans des lieux extrêmement lugubres, dans lesquels on reconnaît une Bretagne légendaire et très glauques: des menhirs, des dolmens, mais aussi des abbayes désertes, des ruines inhospitalières... Dans ses moments les plus sombres, le film nous montre de façon toujours graphique (avec ces décors peints et ce mélange entre des murs en volume et d'autres peints, qui "font" l'esthétique des films Méliès) un univers finalement assez noir, dans lequel sur la fin Méliès acteur incarnera les forces du bien... Un film très curieux, en somme...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Méliès Muet
15 décembre 2018 6 15 /12 /décembre /2018 10:14

L'inventeur Crackford reçoit la visite d'un alchimiste, Alcofribas (George Méliès) qui lui vend des pilules qui lui permettront de voyager instantanément et sans effort... Mais le magicien mystérieux n'est autre que le Diable, et Crackford et son fidèle valet ne sont pas au bout de leurs surprises...

C'est un film assez long et ambitieux, surtout dans sa restauration la plus récente qui est basée sur une copie partiellement colorée, assemblée à partir de fragments dont beaucoup sont tirés de copies 35 mm. L'intrigue est essentiellement un prétexte à trucs et gags, qui se déroulent sur un certain nombre de tableaux et Méliès y recycle beaucoup de ses dispositifs théâtraux qu'il avait testé sur scène, et qu'il utilise pour nourrir ses illusions: à ce titre le film est spectaculaire, avec des scènes qui toutes passent par une construction similaire: Crackford et son valet arrivent das un endroit, et tout se passe bien jusqu'à ce qu'un événement spectaculaire, loufoque ou burlesque ne vienne tout gâcher, et à partir de là tout devient n'importe quoi...

Pourtant, même si le film semble être un catalogue de délires à la Méliès, il est une adaptation d'une féerie de 1839, Les Pilules du diable. Et si le film, comme tant de Méliès longs, ne tient pas forcément la distance, il a au moins le mérite d'accumuler les changements de ton, et de montrer (surtout dans cette belle copie) le sens du détail qu'un examen parfois un peu trop distancié de l'oeuvre du maître nous fait oublier: la façon dont un détail de décor, une petite lune, semble tout à coup assumer une vie propre dans un plan compliqué qui a fait l'objet de plusieurs surimpressions, par exemple. Méliès demandait beaucoup à ses acteurs en troupe, ça n'empêchait pas des petites choses d'arriver, qui sont partie intégrante de son univers.

Et pour finir, le pauvre Crackford finit quand même littéralement sur la broche, et ça c'est quand même gonflé...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Méliès Muet
26 décembre 2014 5 26 /12 /décembre /2014 12:26

Dans le catalogue des films Méliès, ce titre était en fait un ensemble de 11 bandes, toutes situées en un décor unique selon les usages alors en vigueur. Mais Méliès a très vite pris le parti de les considérer comme un seul et même film, recommandant d'ailleurs aux acheteurs de ses bobines (Oui, Méliès ne pratiquait pas le système locatif, il vendait ses films) de les montrer comme bon leur semblait: regroupées en un ensemble de 13 minutes (A l'origine), ou en 11 parties séparées. Une façon, peut-être de noyer le poisson, d'inviter les acheteurs à ne pas considérer ce film comme autre chose qu'un bout de pellicule? Il est vrai que le sujet en était polémique, voire brûlant! Car s'il est un film qui prouve que Méliès, venu au cinéma par curiosité, et désireux d'étendre par le moyen de photographies qui bougent, son champ d'action d'illusioniste, avait enfin trouvé sa voie et considérait désormais le cinématographe comme un moyen d'expression à part entière, c'est bien celui-ci. Car cete affaire Dreyfus ets bien plus qu'une reconstitution, il convient de préciser qu'elle a été tournée en 1899, alors que l'affaire battait son plein... La France révélait son profond, viscéral (Et semble-til immortel) antisémitisme, l'affaire en question déchirant le pays en deux clans. Méliès avait choisi le sien, Dreyfusard notoire, il a donc décidé de s'afficher dans ce film. Si 2 des onze "tableaux" sont aujourd'hui perdus, on appréciera la façon dont Méliès découpe, en autant d'épisodes, neuf étapes de l'affaire, en s'ingéniant à jouer sur l'émotion du spectateur, de dégradation émouvante, en retrouvailles touchantes, en passant par des coups de théâtre (L'agression d'un avocat en plein Paris) impressionnants. Il dit avec force ses convictions, en passant par l'invention formelle: ainsi le metteur en scène qui a bien compris que relater l'affaire dreyfus passe forcément par la subjectivité, installe-t-il sa caméra lors d'un épisode du procès, au milieu de la foule, loin des principaux protagonistes... Et cette Affaire, qui avait raison sur toute la ligne, est pour ma part le moment durant lequel le cinéma passe enfin à l'age adulte, et devient un moyen d'expression de la pensée, des idées, et de l'émotion.

L'affaire Dreyfus (Georges Méliès, 1899)
Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Méliès