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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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26 août 2021 4 26 /08 /août /2021 16:40

Adaptant non pas un mais deux romans de Dominique Noguez, les frères Larrieu quittent le terrain strict de la comédie où il se sont surtout illustrés, pour réaliser un film d'un genre peu banal, mais qui a pourtant occasionnellement existé en France: on se souvient un peu de La fin du monde, de Gance, ou de Malevil de Christian de Challonges. Le cinéma apocalyptique existe dans ce pays! Mais ce film précis a un avantage sur tous les autres: il est une oeuvre des frères Larrieu, donc plutôt centré sur les Pyrénées, même si sur l'ensemble de son intrigue, on voyage: Pays Basque, Toulouse, le Lot, et même Paris, Taïwan et le Canada...

Biarritz: l'écrivain Robinson Laborde se réveille, on est en juillet et le monde est en proie au chaos. Plusieurs virus déciment la planète, les gouvernements sautent les uns à la suite des autres, et tout se rationne: la libraire, Ombeline, lui fait comprendre qu'il n'y a plus de papier, alors pour raconter son étrange histoire il va lui falloir remplir les espaces libres d'un recueil de recettes de cuisine... Il raconte donc au spectateur: comment il a rencontré, en vacances à Biarritz avec sa famille, une jeune Espagnole irrésistible, comment il a prolongé son adultère au-delà du raisonnable, puis a quitté son épouse. Comment enfin il a perdu sa main au cours d'un rocambolesque séjour dans le Nord Canadien. Mais pendant qu'il nous raconte tout cela, la situation se dégrade toujours un peu plus: les Pyrénées Atlantiques ne sont plus sûres, il va lui falloir passer la frontière pour rejoindre Bilbao puis Saragosse, où l'attend, peut-être, sa fille...

Robinson... Le nom, dès le départ, place Mathieu Amalric en survivant potentiel, ou en tout cas comme quelqu'un qui sera solide. Et effectivement, il en faudra beaucoup pour en venir à bout, et les péripéties ne manquent pas! Karin Viard (elle joue l'épouse de Robinson) a beau mentionner qu'on "baise beaucoup quand ça va mal", il est assez rare que les uns et les autres puissent vraiment finir de pratiquer cette saine activité, tant les explosions, attentats, tremblements de terre, attaque chimique et pluie de cendres (les incinérateurs fonctionnent à plein régime) sont omniprésents. Sinon, il est en constante recherche de Laetitia (Omahyra Mota), qui pour moi est le maillon faible du film: belle, constamment nue, avec autant de substance qu'nue James Bond Girl, et profondément désagréable par sa superficialité revendiquée. Mais on est en pleine allégorie, et elle s'appelle Laetitia, donc autant considérer qu'on est ici, au milieu de cette apocalypse, en pleine recherche égoïste du bonheur, car c'est bien de ça qu'il s'agit. dans le chaos, le monde se perd et plus personne ne roule pour qui que ce soit d'autre que soi-même...

L'ironie est omniprésente, bien sûr, dans ce portrait d'un monde qui meurt de tout sauf de sa belle mort, mais je pense qu'il tient un peu de la performance, voire du tour de force: les frères Larrieu ont non seulement mis leurs chères Pyrénées à l'honneur, mais ils ont aussi, sans excès d'effets spéciaux, réinventé tout un territoire Européen, de Paris à Saragosse, qui est en proie au chaos: panique, bouchons, explosions, nuages louches, eau fluorescente, cadavres dans les rues, et l'inévitable partouze dans un château près de Cahors.

Sans oublier le clou du spectacle: un homme et une femme tout nus dans la fraîcheur Parisienne matinale.

 

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Published by François Massarelli - dans Arnaud, Jean-Marie Larrieu Mettons-nous tous tout nus
24 août 2021 2 24 /08 /août /2021 09:09

Une jeune modèle (Midori Mako) présente une exposition de photographies: elle avoue avoir outrepassé un peu les limites de son bon vouloir pour prendre des poses érotiques, enchaînée, livrée à la caméra; elle rencontre un homme aveugle (Eiji Funakoshi) qui inspecte avec les doigts chaque recoin d'une statue la représentant, posée dans le lieu de l'exposition. Plus tard, elle veut se faire masser: le masseur qui vient pour elle est le même homme. Il la drogue, la kidnappe, et la séquestre avec l'aide de sa maman dévouée (Noriko Sengoku). Il pense qu'elle a un corps parfait et a décidé de la sculpter...

Pour bien qu'on comprenne l'implication dans cette dernière info, je rappelle donc que le protagoniste dont il vient d'être question est aveugle. Pour lui, "voir" le corps de la jeune femme implique de le toucher, afin d'en reproduire les contours. Et le studio dans lequel il va la sculpter est un endroit monstrueux, impossible, une sorte d'immense atelier dans lequel la décoration est faite de corps féminins entièrement nus, gigantesques, et de myriades de détails, nez, yeux, seins, mains, en grappes sur les murs: c'est très perturbant. 

Le film nous conte, avec trois personnages, la possession artistique. D'un modèle par l'artiste, mais aussi le contraire. Le geste artistique y est un acte de violence barbare, contre le gré de la jeune modèle. On tourne assez rapidement autour de la notion de viol, parce que dès leur première entrevue, le sculpteur confond l'acte technique de reconnaissance (le toucher) et l'expression de son désir. Et le modèle ne tarde pas à le suivre dans cette direction...

Il faut donc s'accrocher, d'autant que le geste artistique dont je parlais tout à l'heure, finit par dégénérer en fiesta un peu cannibale, ce qui était peut-être attendu, mais reste quand même un peu lourd à digérer. Peut-être cela passera-t-il mieux avec une solide dose d'humour...?

 

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Published by François Massarelli - dans Yasuzo Masumara Mettons-nous tous tout nus
12 août 2021 4 12 /08 /août /2021 23:59

Ce n'est pas tout à fait le même film que celui de 2004... D'une part c'est un long métrage, et d'autre part il développe les thèmes et les idées du premier Cashback dans de nouvelles directions. Ce n'est plus seulement un mélange entre un univers artistique et une étrange capacité à figer le temps, ça devient un parcours initiatique d'un jeune homme pour se sortir de la spirale de l'échec amoureux selon ses propres termes...

Par contre, ça incorpore une forte proportion du court métrage, du moins ce qui a pu en être conservé, car une bobine avait disparu au moment où le montage du deuxième film a commencé! Pourtant, les scènes concernées ne semblent en aucun cas différentes. Un petit mystère ici...

Ben (Sean Biggerstaff) est donc toujours insomniaque, toujours peintre et toujours employé dans une supérette Sainsbury, mais cette fois il a un contexte: s'il est insomniaque, c'est parce qu'il a quitté sa petite amie, et l'a regretté tout de suite. On en apprend aussi pas mal sur ses échecs répétés , et c'est là que ce petit court métrage artistique devient un film indépendant qui n'hésite pas à aller au bout de la représentations d'un certain nombre de mâles, c'est même troublant. Au milieu de cette faune (on en a un petit aperçu dans le court, remarquez), Ben apparaît, malgré son goût pour le déshabillage, et son don singulier (dont il use ici avec une grande liberté, et il semble finalement bien moins métaphorique ici), comme un être raisonnable et même fréquentable...

Et puis il est amoureux, de la belle Sharon (Emilia Fox), et leur histoire somme toute banale s'illustre dans la poésie pure de ces séquences figées, qui ne se soldent pas toutes, heureusement, par des séquences où les gens se mettent tous tout nus, donc la morale est sauve...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Mettons-nous tous tout nus
12 août 2021 4 12 /08 /août /2021 08:07

Ben Willis (Sean Biggerstaff) est un étudiant en art, doté d'un fameux coup de crayon, et qui paie ses études en travaillant pour une supérette la nuit: il est insomniaque... Il nous décrit par le menu la faune du supermarché nocturne, et comment les employés y trompent leur ennui, ou luttent cotre le sommeil... Quant à lui, il a par la seule force de l'imagination réussi à totalement dompter le temps, et nous montre comment il le fait aller plus vite, ou comment il l'arrête... Et justement, quand il "arrête" le temps, le dessinateur qu'il est peut à loisir observer les clientes figées, et les dessiner en prenant avantage de sa situation. Car Ben est, depuis sa plus tendre enfance, obsédé par la volupté du corps féminin...

Je me rends bien compte qu'aujourd'hui, ce court métrage dont le clou est une scène de déshabillage des jolies et sculpturales clientes d'une supérette, ne passerait sans doute pas... La scène, qui rejoint les autres scènes de soudain arrêt du temps dans l'histoire du cinéma (Les visiteurs du soir, par exemple) a été traitée avec une incroyable délicatesse poétique pourtant, et réussit à émouvoir bien au-delà de son érotisme. Ben Willis, d'ailleurs, est-il un magicien, ou tout simplement trop imaginatif? Nous n'aurons pas la réponse, même pas dans le long métrage que Sean Ellis a développé à partir de ce court, qui en reprend l'intégralité mais qui développe la vie de Ben, et en particulier son intérêt pour la caissière Sharon (Emilia Fox), et le pittoresque de ses collègues. On a néanmoins ici un intéressant avant-goût de la joyeuse comédie fantastique d'un autre monde qu'il réussira à effectuer dans l'extension de 2006: à part et totalement original...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Mettons-nous tous tout nus
3 août 2021 2 03 /08 /août /2021 13:24

Eva (Hedy Kiessler) se marie, elle est anxieuse mais a malgré tout hâte, et... Rien ne se passe: son mari (Zvonimir Rogoz) s'est piqué un doigt en la déshabillant (il a vraiment fallu qu'elle insiste, d'ailleurs), et il ne sort pas de la salle de bain.

Eva s'ennuie: c'est la lune de miel, et elle reste à se morfondre, en compagnie d'un mari trop âgé qui ne lui inspire plus rien, et en dépit de la carte postale (montagne, lac, hôtels de luxe), à l'écart de tout romantisme...

Eva s'enfuit donc et retourne à la maison paternelle où son père l'accueille, mais sans pour autant s'abstenir de tout reproche. Avec ses chevaux, la jeune femme tente de se reconstruire, mais il lui reste quand même un regret. Une nuit, alors qu'elle ne dort pas, elle décide de partir faire une promenade dans la nature en fête...

Ce qui suit est sans doute la plus connue des séquences du film, un moment assez célèbre historiquement, et sur lequel beaucoup de bêtises ont été dites: non, ce n'est pas la première séquence de nu du cinéma, enfin! quoiqu'il en soit, Eva va se baigner, et son cheval, attiré par le son d'un congénère, s'enfuit de la berge, avec les vêtements de la jeune femme sur le dos... Elle part à sa recherche, et tombe nez à nez avec un jeune ingénieur (Aribert Mog) qui a réussi à récupérer la bête... Il y a, bientôt, une ellipse...

Parce que le sujet de ce film n'est pas le mariage, ni la nudité, encore moins l'adultère: c'est la sexualité féminine, et son versant concret, rarement évoqué, l'orgasme. Eva, dès la première séquence, se situe aux antipodes du cliché de la jeune mariée terrifiée à l'idée du destin funeste qui l'attend dans les bras de son mari. Elle veut partager ce moment avec lui, et sa frustration est palpable quand il se refuse à la suivre dans la chambre. Et la scène la plus osée du film, du coup, en acquiert une force étonnante: Eva a rencontré le jeune homme, et décide d'aller le retrouver. Leur rencontre ne fera pas cette fois l'objet d'une ellipse, mais Machaty la tourne à la hauteur des têtes des protagonistes, et en particulier celle d'Hedy Kiessler.. Le plaisir y est à la fois montré et suggéré, la scène est lyrique, et le cinéaste peut cette fois faire l'économie de toute nudité: c'est troublant, de voir que cette première vision explicite de la sexualité dans le cinéma est en même temps une séquence absolument décente.

Le film obéit toutefois à une sorte de loi, qui a la vie dure (Même Catherine Breillat il y a peu, y avait encore recours): la sexualité féminine, quand elle s'exprime pleinement au cinéma, sera suivie de complications, et surtout de culpabilité. Le premier acte établit l'échec du mariage, le deuxième l'épanouissement par la sexualité et le dernier, qui raconte les circonstances du suicide du mari, voit l'échec du couple adultère. Il existe plusieurs versions du film, et dans l'une d'entre elles (l'Allemande, pour précis), Machaty esquisse une sorte de happy-end avec une vie de couple épanouie pour les deux amants, mais ce n'était pas son intention: car le cinéaste souhaitait montrer que dans les sociétés occidentales, le plaisir féminin était à la fois rare, cher et généralement puni...

Voilà des préoccupations qi rejoignent directement l'oeuvre d'un géant: ce n'est sans doute pas un hasard si Machaty renvoie à Stroheim, qui l'avait engagé en 1921 pour être son assistant sur Foolish Wives. Il le rejoint par certains aspects de son style aussi: dès le départ, il s'amuse à tisser un écheveau de détails, aperçus en gros plan dans son montage. Les objets touchés, vus, portés, etc... par Eva ou son mari ont tous du sens, qu'il soit ironique, qu'il serve à exposer un caractère, ou qu'ils soient des "petits cailloux" dans la narration. Le caractère de maniaque du mari est représenté par sa façon de disposer les objets (parmi lesquels une photo de la jeune épousée), et la façon dont il va écraser une abeille contraste fortement avec le comportement de l'amant avec un insecte qu'il installe délicatement sur une fleur... 

Et le style de Machaty est décidément ancré dans la fin du cinéma muet, avec une bande-son qui doit sans doute contenir, sur une heure et vingt minutes de film, environ quatre ou ciné minutes de dialogues. Parfois limité à des mots uniques, voire de monosyllabes. C'est que, d'une part, le film était en trois versions (tchèque, Allemand et Français), comme Vampyr, et Machaty souhaitait limiter les dialogues à l'extrême. Mais surtout, il se plait  tout indiquer par l'image, avec brio. Il réutilise le montage rapide à la soviétique, dans une séquence lyrique finale, où le travail de la terre par les hommes ert de consolation à l'amant. Et son recours à l'image seule s'effectue avec une expressivité impressionnante...

Ce n'est pas pour autant une renaissance du cinéma muet, comme Tabu, City lights, ou Vampyr: juste sa continuité, ou sa continuation, à l'heure où le cinéma surtout Américain semblait muter vers du tout dialogué, ce film insolent sur un sujet osé prend tout le monde de court en affirmant une fois de plus la puissance de l'image. Ca fait beaucoup de raisons de l'aimer, non?

 

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Published by François Massarelli - dans Gustav Machaty Mettons-nous tous tout nus
26 juillet 2021 1 26 /07 /juillet /2021 16:43

A l'heure où Me too rabat les cartes, ce documentaire pas très frileux raconte, recense, observe l'évolution de la nudité dans l'histoire du cinéma... Américain. Les moins informés seront sans doute surpris d'apprendre que la représentation de la nudité n'a pas attendu les années 80 ou la libération des moeurs dans les années 60; ou encore que la nudité est tellement partie intégrante de l'art qu'elle a été là dans le cinéma dès le départ. On sera surpris aussi de voir à quel point les changements sont liés non seulement à une évolution, mais surtout à des aller et retours de la moralité, des convenances, et de la société en général. Ainsi en va-t-il du tabou du déshabillage des acteurs et actrices principaux: un geste libérateur en 1960, un piège de contrat en 1990, un choix déterminant en 2020. On assiste ici, grâce à des têtes qui parlent et de généreux extraits de films (jamais censurés), aux batailles avec la censure, aux débats philosophiques, religieux, moraux ou parfois tout simplement pratiques, entre censeurs, producteurs, metteurs en scène, acteurs, agents, et journalistes. 

Beaucoup de scènes historiques, et beaucoup d'intervenants sans aucune honte, qui enfoncent le clou: la nudité est partie intégrante du cinéma, de Muybridge à aujourd'hui, et en faire l'inventaire ou en raconter l'histoire, c'est toujours l'histoire du cinéma dans son ensemble, celle du corps qu'on montre. Par contre, cette sale manie de raconter "The movies" comme étant l'histoire du cinéma Américain quasi exclusivement, montre ici particulièrement ses limites... A chaque fois qu'il est question d'un film Européen qui a changé la donne (Extase, Et Dieu créa la femme), on se demanderait presque de quelle planète il vient... Allez, ne boudons pas notre plaisir devant un documentaire bien fait, souvent réjouissant, et mettons-nous tous tout nus.

 

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Published by François Massarelli - dans Documentaire Mettons-nous tous tout nus
17 juin 2021 4 17 /06 /juin /2021 15:49

Une journaliste (Jewel Staite) vient dans sa bourgade natale, avec un paquet de mauvais souvenirs sous le bras, pour l'enterrement de sa mère. Bien qu'elle ait été humiliée par tous ses copains au sortir du lycée, Cassie Cranston réalise vite qu'on lui en veut, à cause d'un article assassin qu'elle a écrit sur la ville. Les trentenaires la mettent au défi, elle qui les prend de haut, d'organiser une orgie avec eux. Elle accepte, d'autant qu'elle pense en tirer un article.

Le coup de l'orgie est en fait un prétexte: la plupart des protagonistes de la partouze en questions y recherchent en effet, les uns une occasion de coucher avec une personne en particulier, les autres une manière de se faire engrosser quand leur partenaire est stérile, et Cassie la sophistiquée révèle bien vite qu'elle est en fait vierge... Sous les gros sabots provocateurs, c'est malgré tout une petite comédie sentimentale, qui évite les pièges d'un excès de démonstration... Jusqu'à un certain point.

Par moments, ce film très Canadien est quand même un peu grossier, et par moments, des gens tout nus courent dans la rue...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Mettons-nous tous tout nus
3 octobre 2020 6 03 /10 /octobre /2020 11:09

Un bateau rempli d'Américains désoeuvrés (et soucieux de passer du temps en dehors de leurs eaux territoriales afin de s'y adonner aux plaisirs de la boisson) aborde une petite île de Polynésie, et ce qui se passe généralement dans les films situés dans cette région est ici inévitable: les habitants de l'île se précipitent vers eux et se livrent à de multiples acrobaties. L'un des marins, Johnny (Joel McCrea) tombe amoureux d'une belle naïade (Dolores Del Rio) avec laquelle il va très vite essayer de fuir. Sauf que la dame en question est fille de chef, et qu'on ne rigole pas trop avec le protocole dans cette île volcanique où on a tendance à calmer les éléments en leur sacrifiant de jeunes vierges...

Dans son autobiographie, King Vidor disait avoir fait ce film dans le seul but de se payer deux mois au soleil, et au vu du résultat, c'est assez clair que c'est probablement en effet exactement le cas.

Pourtant, ce film jetable, à l'intrigue anémique et aux images trop belles pour être vraies (bien qu'effectivement tournées sur place), porte en germe beaucoup de grandes choses: selznick l'a produit avant King Kong, et Steiner en a aussi écrit la bande originale, du coup Bird of Paradise est un peu un précurseur, tout en renvoyant aussi bien à Tabu de Murnau, qu'à White shadows of the South Seas de Woody Van Dyke. enfin, la fameuse séquence durant laquelle Dolores Del Rio (Ou plus probablement sa doublure) nage sans l'ombre d'un maillot a probablement inspiré les metteurs en scène (ils sont nombreux à être crédités, disons qu'il y a au moins Cedric Gibbons et Jack Conway) de Tarzan & his mate, dans lequel Jane (Maureen O'Sullivan) perd sa robe sous l'eau. Coïncidence? Gibbons était le mari de la belle Dolores...

 

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Published by François Massarelli - dans King Vidor Pre-code Mettons-nous tous tout nus
20 septembre 2020 7 20 /09 /septembre /2020 10:45

L'Enfer de Dante, oeuvre majeure à n'en pas douter, a subi le flirt du cinéma dès 1911, à travers l'un des tous premiers longs métrages, à une époque où l'industrie n'avait pas encore réussi à compartimenter les films en fonction de leur durée. La version Italienne, donc, pionnière e bien des points, établissait dès cette époque qu'il convenait de suivre les illustrations magistrales de Gustave Doré, entre autres choses. Mais contrairement à cette version Fox de 1924, c'était une adaptation du texte de Dante, et non une extrapolation moderne...

Le vieux et richissime Mortimer Judd (Ralph Lewis) subit des assauts répétés: les pauvres gens qui vivent dans ses logements se plaignent de leur insalubrité, et pour toute réponse il les envoie se faire voir ailleurs; son fils lui reproche son avarice, et le père lui renvoie la balle et le traite de fils prodigue; son épouse est malade et coûte de l'argent, il l'envoie promener elle aussi... Un voisin, ruiné à cause lui, lui envoie symboliquement un exemplaire de L'Enfer de Dante, illustré par Gustave Doré, pour lui faire la leçon. Alors qu'il le lit, absorbé, un démon apparaît et le conte prend vie...

Tout le film est situé sur une nuit, et c'est l'un des aspects les plus frappants: l'histoire moderne et les évocations poétiques de Dante aux enfers partagent une même dominante sombre dans laquelle les techniciens et décorateurs de la Fox ont créé un monde étonnant, qui dans les copies douteuses qui circulent aujourd'hui vire au chaos impressionniste involontaire... L'intention était bonne, bien sûr, mais le côté édifiant de cette histoire dans laquelle on retrouve plus d'une trace de A Christmas Carol de Dickens valait-elle le déplacement? 

A n'en pas douter, la présence d'une histoire moderne s'explique sans doute par le fait qu'elle permet de mettre en perspective l'oeuvre de Dante. les scandales de 1921-1923 sont passés par là, le cinéma est sous une constante observation des ligues de décence, et la permissivité des films "artistiques" des années 10 n'est plus de rigueur. Pas sûr que si la Fox avait produit en cette même année 1924 son Cleopatra, A daughter of the Gods ou encore Queen of Sheba, ils auraient pu être montrés! Donc un voyage aux enfers avec des gens tous nus partout, c'était mal parti... Quoi qu'il en soit, le film est presque devenu une cause célèbre de la cinéphilie obscure de l'internet: une oeuvre, au moins partiellement, conservée (contrairement aux trois films cités plus haut), mais disponible dans des copies dégoûtantes, et dont on aimerait voir une meilleure version puisque la Fox avait mis le paquet dans des recréations des planches de Doré, qui doivent valoir le coup d'oeil si on en croit les images de plateau... en sachant que nous serons immanquablement déçus car franchement, en tant qu'oeuvre cinématographique ce n'est pas terrible!

 

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Published by François Massarelli - dans 1924 Muet Mettons-nous tous tout nus
29 août 2020 6 29 /08 /août /2020 17:53

Un vieil homme solitaire rentre chez lui, en plein hiver, et aperçoit dans la neige le corps d'une femme. Il la ramène chez lui, et la laisse se reposer, venant avec douceur lui permettre de raconter son histoire: elle s'appelle Joe, et raconte son hallucinante histoire, celle d'une nymphomane militante qui a découvert son super-pouvoir particulier avant l'âge de deux ans... La conversation va vite voir les deux protagonistes adopter une position tranchée, Joe avançant l'hypothèse qu'elle n'est qu'une créature maléfique, et Seligman cherchant à justifier chacun de ses pêchés...

Partagé, forcément. Un film dont la version courte dépasse les quatre heures, consacré essentiellement à une conversation illustrée de flash-backs et de digressions, entre Charlotte Gainsbourg et Stellan Skarsgaard, ça interpelle et ça donne envie au moins d'être tenté, voire défendu. C'est d'ailleurs fort bien rythmé justement par l'intimité étrange qui s'installe entre ces deux personnages, la nymphomane qui cherche à faire comprendre qu'elle se trouve ignoble et l'assume, et le vieil érudit théologien, vierge et qui réagit constamment (ou presque) aux révélations salaces les plus embarrassantes en effectuant des comparaisons avec la philosophie, la religion, la pêche à la mouche, etc... Mais voilà: c'est Lars Von Trier, et c'est ce que dans une énième provocation dont le personnage est coutumier, il avait présenté a priori comme "un porno avec Charlotte Gainsbourg". 

Le sujet justifie pleinement le recours à l'anatomie frontale, comme avant lui Shortbus ou L'empire des sens. Mais ça fait quelques années (Depuis Les idiots, films qui l'est tout autant que ses personnages) qu'il semble obsédé par le fait d'insérer des plans de vrai zizi panpan dans ses films, et de jouer avec l'image de ses acteurs et actrices (l'ont-ils fait ou pas?) en guise de publicité, qu'on en baille d'avance. D'ailleurs, et c'est à porter au crédit du film, j'avoue que le film n'a rien, mais alors rien de titillant. Mais on se demande si tous les tripatouillages auxquels s'est livré le réalisateur s'imposaient: filmage de toutes les scènes de rapports sexuels avec les acteurs (qui simulent) et avec des doublures de porno (qui y vont à l'espagnole, c'est à dire Franco), puis mélange numérique des deux sur l'écran, hop-là, personne n'y voit que du feu.

Tout ça pour avoir à la fois, comme le dirait Marlon Brando le beurre (Du cul), l'argent du beurre (des acteurs) et le sourire de la crémière ("ça alors, de vrais acteurs qui font du sexe!"): peut-être pour justifier aussi, voire adoucir les autres excès, voire provocations, dont le film fait un usage consommé... En vrac: une conversation qui oppose en permanence la religion et le sexe, pris dans sa réalité la plus crue; un avortement auto-prodigué, filmé de façon aussi directe et frontale que possible; des opinions provocatrices qui renvoient à l'obsession du réalisateur de faire grincer les dents des journalistes (Joe exprimant de la sympathie pour Hitler)... Au regard de ce fatras, les scènes truquées mais fort réalistes de sexe deviennent un véritable écran de fumée.

En dépit de ces scories, il faut reconnaître que Von Trier a au moins l'avantage de pratiquer l'humour à froid avec un certain talent, ce que le dispositif de narration distanciée sur des images crues permet toujours bien. Certaines scènes sont même hilarantes, je pense ici à la scène du sandwich (que je ne décrirai pas ici, je vous fais confiance)... La structure, je le disais plus haut, est très bien charpentée, et si je ne goûte pas l'obsession de la caméra épileptique, la façon dont l'auteur joue sur les formats, la couleurs, la chronologie, faisant agir les digressions sur la continuité, est assez emballante. Il faut aussi reconnaître que la plupart des acteurs sont excellents, et ce doit être difficile de pratiquer son métier d'acteur lorsque au fond de la pièce des gens tous nus s'apprêtent à vous succéder pour compléter le plan en s'allongeant les extrémités. Evidemment, Stacy Martin et Charlotte Gainsbourg, qui partagent le redoutable honneur d'avoir à interpréter Joe, l'une jeune et l'autre plus âgée, sont époustouflantes de bout en bout. Et il faut du cran pour certaines de ces scènes (ne serait-ce que l'épisode atroce du sado-masochisme)...

S'il est un provocateur né, Von Trier est aussi un moraliste qui s'est suffisamment fait taper sur les doigts pour en concevoir une certaine rancoeur, voire une envie de revanche; du coup il tend à se placer subtilement (ou non, d'ailleurs) du côté des accusateurs, et donne de plus en plus raison à Joe au fur et à mesure de son exercice d'auto-flagellation; il nous montre le pouvoir maléfique du sexe, à travers une scène d'ailleurs hallucinante durant laquelle une épouse légitime débarque avec ses enfants chez la maîtresse de son mari; plus embarrassante encore est la conversation qui suit la scène d'avortement, qui en rajoute beaucoup pour que le spectateur sache que c'est mal; enfin, le film met un point d'honneur à cocher toutes les cases du sexe à l'écran, avec une insistance un peu trop empressée: c'est mécanique, ces chose, à force. Du coup, au bout de ces cinq heures et quart, la question, lancinante, est inévitable: pourquoi? Ce n'est pas que le film est sans intérêt, mais... on peut vivre sans, sans aucun problème. Vous pouvez retourner à vos occupations.

 

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Published by François Massarelli - dans Zizi Panpan Lars Von Trier Mettons-nous tous tout nus