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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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20 juillet 2016 3 20 /07 /juillet /2016 16:32

Ce film est une preuve supplémentaire du fait qu'il faut se garder de sous-estimer la carrière de Curtiz après son départ de la Warner; La période "free-lance" qui commence avec The egyptian et s'achève avec The comancheros et la mort du réalisateur est en effet riche et même si quelques films ne valent pas grand chose (A breath of scandal, St Francis of Assisi), on y trouve quelques joyaux... Dont cet impeccable western.

Tout commence par l'arrivée du "proud rebel" à Aberdeen, une petite ville, L'homme est un ancien soldat Sudiste, et il va dans le Nord pour oublier. Il est accompagné de son fils, devenu muet pendant la guerre suite à un traumatisme, et sinon ils ont un cheval et un chien. Le but de Chndler (Allan Ladd) est de se rendre dans le Minnesota pour y dénicher un docteur qui rendra la parole à son fils. Celui-ci, David (David Ladd) pourtant semble s'accommoder de son handicap, et a développé une solide amitié avec son chien Lance, qu'il a d'ailleurs dressé avec succès. Du coup l'animal devient un objet de convoitise, en particulier pour deux bergers qui tentent de le voler. dans l'altercation qui suivra, Chandler n'aura pas le dessus, et devra en prime, à cause de l'hostilité de la population à son égard, passer en jugement. Linett (Olivia De Havilland), une femme qui vit seule, un peu à l'écart de la ville, et qui a pris David en affection, se propose de payer la caution de John Chandler en échange d'un peu de travail. Mais le séjour de l'homme et de son fils ne sera pas de tout repos: non seulement il s'avère que le prix d'une opération de la dernière chance pour David est très cher, mais la lutte avec les voisins, les éleveurs de moutons rencontrés au début, sera âpre...

Le "rebel" du titre est un "reb", un ancien Sudiste qui a participé à ce que le Nord a appelé "civil war", et le Sud "Guerre de rébellion"... Et de fait, dans ce film comme toujours Allan Ladd incarne un homme fier, campé sur ses principes, en butte à la folie humaine et pas spécialement un rigolo. le contraste avec la bonté chaleureuse de Linett ne dure pas longtemps, on se doute que ces deux-là sont faits l'un pour l'autre et qu'ils se sont trouvés. Mais le film n'est pas que l'histoire d'un amour tardif et poétique, c'est aussi une étude de l'éternelle violence des pionniers, y compris dans une ville pacifiée, établie et dont les affaires marchent rondement. on y dénombre des éleveurs, des agriculteurs, et un roche éleveur de chiens. il y a aussi un docteur, un quaker qui va beaucoup aider John pour tenter une opération... mais en dépit de ces gages de civilisation, Curtiz nous montre les hommes en proie à la lutte pour la terre, des bergers faisant exprès de faire brouter leurs bêtes sur la terre des agriculteurs, pour affirmer leur puissance et les faire dégager... Des gens qui assènent, du hait de leur suffisance, que "tout s'achète, si le prix est le bon" avant de perdre bêtement ce qu'ils ont acheté au jeu. Au milieu de tout ça, John Chandler, gentleman sudiste qui a tout perdu sauf l'honneur, apporte justement un souffle de vraie civilisation à Linett, qui redevient une femme grâce à sa présence... Allan Ladd est fidèle sa légende, à l'austérité de Shane, mais il est aussi, avec ses illusions perdues et sa volonté de survivre à l'abri des autres, et des conflits, un héros Curtizien, un homme revenu de tout qui va apprendre en bon Américain à s'impliquer un peu au moment opportun...

Le film est délibérément chargé en émotions, non seulement par le truchement d'Allan ladd, qui a beaucoup à gagner dans cette aventure, lui qui est décidément très mal vu (On l'appelle "Le reb" partout où il va), mais aussi par le biais de David Ladd, qui est absolument parfait. Je n'ai pas besoin de dire qu'Olivia De Havilland est formidable dans un rôle qui lui fait assumer son âge avec panache, mais ce qui est aussi très frappant dans le film, c'est la façon dont, dans une superbe scène d'une grande cruauté, le metteur en scène adopte le point de vue... du chien. Superbe film quoi qu'il en soit

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Western Olivia de Havilland
10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 16:30

Des soldats de l'Union dont l'officier Kerry Bradford s'évadent d'un pénitencier Sudiste, avec une nouvelle qui intéressera beaucoup leur état-major: le colonel Vance Irby, qui dirigeait leur lieu de détention, va partir pour Virginia City, Nevada, une ville nouvelle à l'écart des Etats, mais qui a la réputation d'être une place forte Sudiste; Irby, avec l'aide de la belle Julia Hayne, y prendrait en charge une cargaison d'or qui pourrai bien sauver la mise du Sud agonisant... L'or devient l'obsession de chacun: Irby et Hayne pour le Sud, Bradford pour le Nord, et le bandit Murrell pour lui-même... Pour tout compliquer, Bradford et la belle Julia ne sont pas indifférents l'un envers l'autre...

A la fin de Dodge City (1939), Errol Flynn et Olivia de Havilland se rendaient à Virginia City afin d'y faire régner l'ordre... Je ne sais pas s'il y a eu un moment une intention à la Warner de réaliser une suite de ce premier film, mais en tout cas, un an plus tard on est bien face à une toute nouvelle intrigue... Ou du moins un nouvel assemblage, car l'art du recyclage façon Warner n'est pas un vain mot: ce n'est pas tant une intrigue ici qui est répliquée, c'est plus une impression de redistribution de choses déjà vues. L'intrigue compliquée n'a pas grand chose à envier à celle, parfois délirante, de The sea hawk (1940); les personnages, particulièrement Flynn (Bradford) et Randolph Scott (Irby), renvoient à la coupure fondamentale entre le Nord et le Sud telle qu'elle apparaît en filigrane dans The santa Fe Trail (1940); la présence d'une bande organisée (Avec Bogart à leur tête) qui met la pagaille dans la ville, mais aussi une série de scènes liées à une complicité entre Flynn et un gamin, renvoient à Dodge City. Pourtant, la sauce ne prend pas aussi bien qu'on l'aurait espéré... Trop riche? Trop compliqué? Trop de redites? Pas de Olivia De Havilland, qui est ici supplantée par Miriam Hopkins pour ce qui a tout du come-back?

Reste le plaisir, ou la curiosité, de voir Bogart en méchant de western...

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Western Errol Flynn
9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 16:33

1575. Un groupe d'hommes, dans un immense palais, contemplent une immense carte, et l'un d'entre eux couvre de son ombre une importante partie de la carte, et annonce quelque chose qui ressemble beaucoup à "Aujourd'hui l'Espagne, demain le monde!" Philippe d'Espagne vient de lancer un processus qui va le conduire à défier la plus puissante nation du monde, la Grande-Bretagne, et son impressionnante reine Elizabeth. Mais dans cette séquence, où Michael Curtiz joue de l'espace, de l'ombre, de la composition et du costume (Les hommes sont tous habillés en noir et ressemblent à des dignitaires fascistes), il est difficile d'oublier que le film date de 1940, et qu'une telle volonté malsaine d'hégémonie sonne un peu trop contemporaine pour que ce soit innocent... Car, et c'est vite évident, ce Sea hawk n'a aucun rapport avec la première version tournée en 1924 par Frank Lloyd. c'est un véhicule pour Errol Flynn, dans lequel Michael Curtiz semble une fois de plus partir en mission pour les frères Warner, toujours plus rooseveltiens que la Maison Blanche, et anticiper sur l'inévitable retournement à venir: car en 1940, les Américains ne comptent pas encore s'engager dans la guerre... pour l'instant.

L'intrigue du film suit les aventures de Geoffrey Thorpe, un corsaire qui agit essentiellement pour sa reine, et qui va être aux premières loges des conflits à venir. Il va bien sur y trouver l'amour, en la personne de Dona Maria Alvarez, une noble Espagnole qui a des affinités avec l'Angleterre. En chemin, il va y avoir des combats navals, des coups de théâtre, des évasions spectaculaires, des traîtrises, et bien sur un duel fantastique. Ce film offre tout ce qu'on peut espérer d'un film de Michael Curtiz avec Errol Flynn, mais de fait, le vieux maître est inspiré! Le budget de ce film a du être colossal: le luxe visuel, le soin apporté aux décors, la beauté constante de l'image sont admirables, et Curtiz a signé le film de bout en bout: séquences de balayages d'immenses espaces remplis de figurants, scènes d'actions tournées au plus près des corps, et ombres gigantesques qui prennent la place des acteurs... Il s'est trouvé à l'aise dans cette histoire de corsaire qui doit convaincre sa reine de ne pas écouter les mauvaises personnes, et qui doit tout sacrifier s'il le faut pour un idéal plus grand que tout.

Et le film n'est bien sur pas qu'une fête esthétique, c'est aussi une impressionnante métaphore de l'urgence dans laquelle l'Europe se trouve à l'époque de la réalisation du film. Curtiz allait récidiver avec The Santa Fe Trail, mais il réussit vraiment ici à placer son intrigue du XVI e siècle Elizabethain au coeur du XXe siècle, grâce à sa première séquence, mais aussi et surtout grâce à un discours final d'Elizabeth, qui dit clairement la détermination des Anglais à dresser un rempart contre la barbarie... Et ce n'est pas un hasard si on a confié le rôle de la souveraine à une Anglaise, Flora Robson. Celle-ci est parfaite, du reste, mais elle connaissait déjà le rôle... Tout le reste de la distribution est excellent, de Henry "Le traître" Daniell, à Alan Hale en passant par le vieux copain de Curtiz Claude Rains, et Donald Crisp. On regrette l'absence de Olivia de Havilland, remplacée par Brenda Marshall (Qui?) mais la dame de compagnie de Dona Maria n'est autre que la grande Una O'Connor, qui joue, une fois n'est pas coutume, une Anglaise. Enfin, l'image bénéficie du métier de l'impeccable Sol Polito, avec un passage en sépia durant un intermède dans les mers chaudes, et la musique est signée de Erich Wolfgang Korngold: Bref, du grandiose, quoi!

The sea hawk (Michael Curtiz, 1940)
The sea hawk (Michael Curtiz, 1940)
The sea hawk (Michael Curtiz, 1940)
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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Aventures Errol Flynn
7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 16:57

Sur les décombres du film de gangsters, Curtiz fait pousser une nouvelle espèce: le film de boxe... Edward G. Robinson y incarne Nick Donati, le manager honnête d'un champion qui vient de perdre face à un grand costaud, un poulain de son grand rival Turkey Morgan (Humphrey Bogart). Et lorsque celui-ci vient jouer les trouble-fêtes dans l'appartement ou Nick s'est enfermé pour une petite beuverie entre amis, ils ont la surprise de voir un gaillard que personne ne connaissait (Wayne Morris) faire son affaire au champion... Nick se saisit de l'affaire et va degenir le manager du nouveau venu, Ward Guisenberry, rebaptisé Kid Galahad en raison de son hygiène de vie. Le problème, bien sur, c'est que derrière tous ces hommes, il y a des femmes. La petite amie de Nick, Louise (Bette Davis), mais aussi sa soeur Marie Donati (Jane Bryant) vont quant à elles tomber amoureuses du vaillant boxeur, de quoi compliquer sérieusement la donne avec le très jaloux et très Italien Nick...

Impeccablement mis en scène, forcément, et construit au millimètre, ce film est une occasion de ne pas perdre une heure et quarante-et-une minutes de sa vie. Maître des ambiances et de l'esthétique, Curtiz sait exactement comment transformer un match de boxe en une fête cinématographique de tous les instants, car ceci, après tout, est l'un des premiers films qui ait su se rendre compte du fait que la boxe n'est pas seulement un sport brutal pour débiles profonds, mais aussi au cinéma l'une des plus photogéniques matérialisations du suspense... Et Nick Donati, interprété avec son génie habituel par Edward G. Robinson, est une fois de plus un héros dans la lignée de ceux qui font l'univers de Curtiz: son propre patron, intouchable du moins le croit-il, mais il va devoir, à un moment crucial de sa vie, faire un choix et ne pas se tromper. Les conséquences seront de toute façon désastreuses pour lui, car son heure est passée...

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz
29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 18:34

Ce film très controversé est le troisième des westerns de Michael Curtiz avec Errol Flynn. Ce dernier y interprète le personnage historique de Jeb Stuart, un militaire sudiste qui a bien, comme le dit le film, été à West Point avec Custer, mais qui est ici bien plus romantique que son modèle. L'histoire est surtout celle de John Brown (Raymond Massey), un prédicateur fanatique qui trouvait que les anti-esclavagistes prenaient bien trop leur temps pour passer à l'action contre le Sud, et qui a été un important agitateur durant la décennie qui a précédé la guerre civile.

Si des gens (nordistes, dont le fameux Custer -Ronald Reagan- dans le film) ont eu tendance à le suivre ou l'excuser, il était malgré tout considéré comme un dangereux terroriste: il souhaitait tout simplement libérer tous les esclaves, par la force s'il le fallait. Flynn-Stuart (Ce dernier était effectivement esclavagiste dans la réalité) adopte une position légitimiste: ce n'est pas à une initiative privée de trancher entre les états du Sud et ceux du Nord. Le sous-entendu est clair: c'est à un président démocratiquement élu de le faire...

Ce que Lincoln fera d'ailleurs, mais ça n'a pas du plaire à Jeb Stuart!

Fidèle à son habitude, Curtiz n'a que faire de la politique, par ailleurs très ambigue, de ce film: les seuls politiciens présents sont le Général Lee, et un ministre de l'administration démocrate qui précéda Lincoln, du nom de Jefferson Davis. Le premier est connu pour avoir rejoint le Sud dont il était originaire au moment de la guerre de Sécession, et avoir embrassé la cause des esclavagistes alors qu'il n'en était pas un partisan... Le deuxième est surtout connu pour avoir été le président de la confédération du Sud durant la guerre.

Le scénario rappelle la sympathie toujours observée aux Etats-Unis non pour la cause de l'esclavage, mais pour la défense par les états du Sud de leur légitimité; ce que Curtiz met en valeur, c'est le destin de tous ces gens, la marque de John Brown qui en fait un futur pendu, ou la visite de tous les jeunes soldats à une voyante Indienne, qui leur annonce leur "brouille": celle-ci, dit-elle, a déjà commencé et fera d'eux des ennemis mortels.

John Brown a permis d'allumer le feu de la guerre civile; en attendant, Curtiz nous montre les uns et les autres qui vont devoir choisir leur camp et s'entre-déchirer s'il le faut; un thème typique de ses films de la période, donc, même si le metteur en scène, fidèle à son habitude, reste neutre, et nous décrit des Etats-Unis en proie au chaos. Il se laisse volontiers aller à quelques séquences baroques, et Raymond Massey a beau être le méchant de l'affaire, le dernier mot lui revient: il sait que le destin l'a choisi pour entamer ce conflit, et bien qu'on célèbre un mariage (dans un train en marche, tout un symbole! Et avant que vous ne posiez la question, oui, c'est bien Olivia De Havilland...), c'est vers une guerre nécessaire que les Etats-Unis se dirigent.

On passera sur le traitement des noirs dans le film, désignés naturellement comme des esclaves dans un train où les braves gens s'offusquent de leur présence, ou se rendant eux-mêmes à la conclusion que la liberté que leur promet Brown n'est pas tant plaisante, et que dans ce cas ils préfèrent retourner à la servitude! Il n'y avait pas vraiment de progressisme à attendre en matière d'ethnicité de la part des dirigeants de la Warner en 1940, et Curtiz continuait à filmer en contournant les obstacles avec prudence!

Ce que le film ne dit jamais, mais sous-entend, tant par les prédications foldingues de Brown que par la prudence du soldat Jeb Stuart, c'est que la raison pour laquelle les USA ont tardé à régler leur problème d'esclavage, c'est que les gouvernements qui ont précédé Lincoln étaient trop timorés pour faire quoi que ce soit: Le statu quo observé dans le film a duré 40 ans... Il ne faut sans doute pas trop s'attacher à la politique de ce film, pas plus qu'à celle de Casablanca ou Passage to Marseille; mais il recèle de nombreux détails, visibles ou non, qui en font un film Curtizien très classique, même mineur.

 

The Santa Fe Trail (Michael Curtiz, 1940)
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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Western Olivia de Havilland
3 janvier 2016 7 03 /01 /janvier /2016 19:01

Un groupe de délinquants est envoyé dans une maison de correction, dans laquelle la discipline, le régime et les méthodes globales employées par la direction sont tout bonnement inhumaines. Thompson (Dudley Digges), le patron de l'établissement, traite les gosses sans aucun égards, et l'infirmière, Dorothy Griffith, fait tout ce qu'elle peut pour leur témoigner de l'humanité... Jusqu'au jour où un administrateur d'un genre nouveau apparaît: c'est Patsy Gargan (James Cagney), un gangster qui a hérité d'un faut emploi suite à des services rendus à des politiciens; même si la mission est fausse, il lui faut quand même visiter l'établissement une fois par an. La belle infirmière, ou un sursaut de tendresse paternelle aidant, il va se prendre d'intérêt pour le lieu, et tout faire pour améliorer la vie des pensionnaires... Jusqu'au drame.

A la suite de I was a fugitive from a chain gang la réputation de la Warner en matière de drame social et de films polémiques n'était plus à faire... Mais ce film, par son thème du moins, est loin du brûlot de Mervyn Le Roy. Sur un sujet voisin, et avec des acteurs en commun (On reconnait le génial Frankie Darro, par exemple), il est également assez éloigné de Wild boys of the road, de William Wellman. Mais avec The mayor of hell, le propos est plutôt d'utiliser les ressources d'un drame baroque pour pointer du doigt un système qui a grand besoin d'être réformé... et depuis fort longtemps, le cinéma s'étant déjà penché sur le problème des "reform schools" dès 1915. D'un autre côté, avec James Cagney qui est ici à la fois un gangster et un administrateur de maison de redressement, comme on dit pudiquement, il est difficile de prétendre au réalisme. On n'a donc qu'à se laisser aller à la narration, au style habituel de la Warner avec ses dialogues à la mitrailleuse, et à constater: Cagney sera toujours Cagney, mais ici, il se fait voler la vedette par Darro et ses copains... Et par un final grandiose, confié à Curtiz après que la fin initiale dirigée par ce brave Archie Mayo ne convainque la direction de la Warner qu'un film pareil ne devait se finir que dans les flammes de l'enfer...

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Pre-code
5 décembre 2015 6 05 /12 /décembre /2015 08:54
The hangman (Michael Curtiz, 1959)

Sorti en 1959, ce western de relativement petite envergure fait partie de la fin de la carrière souvent atypique de Michael Curtiz, décédé en 1962, et qui ne s'est pour ainsi dire jamais arrêté de tourner, y compris après son départ des studios Warner pour une carrière freelance. Au milieu d'un ensemble de films disparates, tournés dans de nombreux studios (La Fox pour The Egyptian, la MGM pour Huckleberry Finn, la Paramount pour A breath of scandal, etc), The Hangman (Paramount) brille de tous ses feux, et fait un peu oublier la médiocrité du reste. Le film est riche de questionnement moral, et me semble prouver que Curtiz, y compris au bout de quarante-cinq années de bons et loyaux services dans le médium qu'il s'est choisi, a su rester au fait des nouveaux développements... Plus encore, il le fait sans trahir en rien ses thèmes de prédilection, et en continuant, comme du reste dans ses films noirs, à montrer une vision humaniste et flamboyante, constamment généreuse, de la vie. Et ce qui me semble encore plus intéressant, il le fait aussi en se situant clairement à l'opposé des tendances les pires de la chasse aux sorcières poussiéreuse qui a eu lieu dans le Hollywood du début de la décennie.

Rappelons que le film raconte l'histoire d'un justicier à l'ancienne, droit dans ses bottes et rigide dans ses conceptions, interprété par un Robert Taylor assumant totalement son âge. Il est à la recherche d'un homme qui a commis une erreur de jeunesse, mais dont la population de la ville qui l'a accueilli se porte garante de son intégrité, acquise depuis qu'il s'est installé. Le "Bourreau", comme on l'appelle, n'en a cure, et est bien décidé à trouver, voire acheter, des témoins pour pouvoir arrêter l'homme...

Dans un noir et blanc ultra-classique, Curtiz va droit au bit, et nous fait suivre les pérégrinations d'un héros paradoxal, un jusqu'au-boutiste fascnant mais dont il n'est pas possible un seul instant de douter qu'il puisse effectivement se tromper. Bien sur, c'est l'amour d'une femme (Tina Louise) qui va faire triompher le bien, et tout rentrera dans l'ordre, mais cette critique moralement haute, et impeccablement distrayante sur les 87 minutes du film, est l'une des grandes réussites de Curtiz, et pas seulement de cette fin de carrière.

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Published by François Massarelli - dans Western Michael Curtiz
29 novembre 2015 7 29 /11 /novembre /2015 13:58

On voit très vite ce qui cloche avec ce film: c'est Casablanca 2... Même type d'intrigue, même acteur principal, retour bien sûr de Max Steiner, et si James Wong Howe succède (Brillamment) à Arthur Edeson, Michael Curtiz est quant à lui y toujours de la parie, auréolé de son statut de metteur en scène systématique des oeuvres de propagande de la Warner: après Casablanca, il a réalisé coup sur coup l'étrange Mission to Moscow (Sur "notre ami", le gentil Staline...) et la grosse machine This is the army.

Au moins, avec ce film, on retourne au cycle des productions romantiques chères Curtiz, et bien sûr, on retourne à Humphrey Bogart, mais aussi Peter Lorre dans un rôle plus sympathique (Et plus consistant) que son ambigu Ugarte dans Casablanca. Sont également présents Sidney Greenstreet et Claude Rains, mais aussi en lieu et place d'Ingrid Bergman, une autre Européenne de luxe: Michèle Morgan. L'intrigue est souvent un rappel des thèmes de résistance et d'engagement personnel, mais aussi d'un idéal d'amour passé, comme Casablanca, le tout dans le contexte d'une France occupée.

1944: Un journaliste Américain fait un reportage en Grande-Bretagne, dans une base de la France libre, et dans sa conversation avec le commandant Freycinet (Rains), apprend l'épopée qu'ont vécu avec ce dernier un groupe d'évadés de Cayenne, qui ont rejoint la France Libre en apprenant la défaite, et ont eu ) se battre contre Vichy sur le bateau qui les ramenait en Europe... Le journaliste apprend en particulier la singulière histoire de Matrac (Bogart), le plus flamboyant de ces hommes, un ancien journaliste idéaliste, arrêté sous un prétexte pour son agitation politique dans la France de Daladier, et qui n'avait d'autre préoccupation que de retrouver Paula (Morgan), son épouse...

Casablanca transcendait tous ses menus défauts (Le fameux laisser-passer signé par De Gaulle, qui prouvait à quel point les Américains ne comprenaient pas grand chose à la politique Européenne des années de guerre...) par la puissance romantique de ses personnages, ses intrigues, et sa mise en scène fabuleuse. D'une certaine manière, ce film prend plus de risques encore, et du coup accumule les défauts: trop patriotique, trop répétitif (De même qu'on pourrait s'occuper à compter les "Fuck!" dans un film de Scorsese, on peut toujours passer du temps à compter ici les "vive la France" et les Marseillaises...).

Mais pour ce qui est du romantisme, on y a droit: entre les flash-backs vers la France d'avant (Qui nous renvoie d'ailleurs à un autre flash-back, mais dans Casablanca, celui consacré à "Paris") avec Bogart et Morgan, les aventures des bagnards qui s'évadent et doivent sacrifier l'un d'entre eux, les crapahutages dans la jungle avec de vrais marais dangereux, et le meilleur du film, son intrigue sur le bateau, avec l'incertitude la destination (Marseille et la collaboration, ou Londres et la résistance?), il faut avouer qu'on est servi.

Car si j'admets que ce film est souvent une redite, d'ailleurs parfaitement assumée, de Casablanca, avec le même discours sur la nécessité romantique de l'engagement, qui est de toute façon un thème de l'oeuvre entière de Michael Curtiz, il n'en est pas moins une belle démonstration du talent de toute une équipe pour nous faire accepter tut et n'importe quoi, une sorte de super-Curtiz aussi avec tous les ingrédients qui font sa supériorité: du mouvement (Bateaux, voitures, avions...), du baroque, de l'énorme, du souffle! Et rares sont les films Hollywoodiens qui reposent sur une structure incorporant trois flash-backs en poupées russes. Certes, ce n'est pas Le manuscrit trouvé à Saragosse, mais on est quand même dans une conversation qui débouche sur un retour en arrière dans lequel un retour en arrière occasionne un retour en arrière... Et le peu de gants pris avec la politique Française rappelle que bien des gens en France, comme le personnage joué par Greenstreet, appelaient clairement de leurs voeux une occupation qui allait leur permettre d'installer un fascisme à la Française, Pétain le premier. Pas une leçon d'histoire, non, mais une leçon de romantisme, ça oui.

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Guerre
4 août 2015 2 04 /08 /août /2015 09:44

Rare parmi les films Hongrois du réalisateur futur de Casablanca, cet "Indésirable", qui répondit parfois aussi au nom de "L'expulsion", est donc un survivant, et qui plus est en excellente condition. Mais ce qu'il démontre, c'est que si le génie du réalisateur a explosé à Hollywood dans le confortable giron de la Warner, le Curtiz Hongrois se reposait essentiellement sur de vieilles recettes dont on sait à la vision des films contemporains, Danois, Allemands, Suédois, Français, Italiens, Russes et Américains, qu'elles sont éculées. Cet indésirable est un mélo au premier degré, de la pire espèce, à la théâtralité gênante, dont la réalisation ne nous donne pas vraiment e grand frisson. Les années Autrichiennes de Kertesz vont, on le sait, prolonger cette tendance au mélo flamboyant, mais avec une profusion de moyens qui rend certains films (Les chemins de la terreur, L'avalanche) absolument stimulants... Pas ici.

L'histoire concerne une jeune femme, Betty, qui apprend à la mort de l'homme qui l'a élevée qu'il n'était pas son père. Au même moment, la mère biologique finit de purger une peine de prison de quinze ans, et étant libérée, se met malgré la fatigue et la maladie, en quête de son village natal pour y retrouver sa fille. Celle-ci vient de se faire embaucher dans une maison, tenue par une veuve remariée à une fripouille, mais le fils de la maison (Mihaly Varkonyi, futur Victor Varconi, qui suivra Curtiz dans son exil futur) tombe amoureux de la jeune femme. Les deux "exilées", la mère et la fille, se retrouveront-elles?

Ces trois bobines de mélo sont filmées dans des décors parfois naturels, où au moins éclate le talent de Curtiz pour la composition, mais la plupart des décors d'intérieurs, dans les scènes du village, sonnent faux. On attendait bien sur la don pour les décors baroques, propices aux recherches esthétiques, auxquelles s'adonnera le metteur en scène lors de son passage à la Sascha films en Autriche... Et un autre trait irritant de ce jeune film, c'est la maladresse de son humour, bien gras. L'historienne Lotte Eisner qui se plaignait de 'humour "paysan" de Murnau dans Sunrise, se serait probablement déchaînée ici...

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Muet 1915
25 juin 2015 4 25 /06 /juin /2015 10:42

Cette superproduction construite par Curtiz autour de Lucy Doraine, qui allait le quitter, est assez connue. Elle a en effet été diffusée plusieurs fois sur plusieurs chaînes, et a remporté un assez joli succès international lors de sa sortie, tant et si bien que, aux cotés du démarquage des Dix commandements, L’Esclave Reine (1924), elle fait figure de classique du cinéma Curtizien pré-Warner. Oui, bon, mais honnêtement, on aimerait changer un peu les choses à ce niveau-là: c’est un film clairement ambitieux, qui poursuit certains caractères de la mise en scène de Curtiz, et qui démontre son potentiel de façon éclatante: les scènes aux centaines de figurants, la maîtrise en matière de scènes plus intimes, le découpage constamment dynamique (Les héros nous sont présentés en mouvement) et une certaine audace structurelle qui se manifeste par de tortueuses mises en abyme : un rêve occasionne un prêche qui provoque un rêve… afin de justifier le recours aux temps bibliques et la représentation d’orgies antiques… Une fois de plus, le film est réalisé dans l'ombre imposante de DeMille.

Mais voila un film qui souffre d’une surcharge pondérale: le script tourne autour de la rédemption, à Londres, d’une femme futile par laquelle un suicide est arrivé. Un prêtre (Michael Varkonyi) la prend en mains et tente de la faire sortir de l’ornière du péché, et de l’empêcher de séduire trois hommes par jour (...dont lui-même!)… Lourd, donc! Comme souvent avec Curtiz, il y a de bonnes choses à prendre dans ce film: son sens impeccable des cadres avec des scènes dramatiques éclairées en fond, les protagonistes jouant au premier plan, dans l’ombre… Les scènes de prison, vraiment sordides grâce au clair-obscur, et des plans de destruction qui ont une petite particularité: restant à distance lors de destruction des murs de Sodome, Curtiz et le chef-opérateur Gustav Ucicky captent non pas la chute des murs eux-mêmes, mais bien les fumées , poussières et débris qui se répandent : voila un avant-goût intéressant de l’œuvre à venir d’un homme qui préférera souvent filmer les ombres de ses acteurs que les acteurs eux-mêmes.

Dans ce drame typique des jeunes années 20, Lucy Doraine se pavane, est de toutes les scènes, doit assumer trois différents rôles de femme fatale, si on compte les séquences antiques et est, il faut le dire, franchement insupportable. Autour d’elle, on reconnaît Walter Slezak et Michael Varkonyi, qui partiront à Hollywood peu de temps après. Curtiz a bien fait son travail, mais le résultat est trop. Trop tout : trop ridicule, trop rempli : on sent la volonté de montrer sa puissance, en oubliant le spectateur au passage; les scènes bibliques, à la logistique impressionnante, sont spectaculaires, mais vides de substance. Les personnages sont tous difficiles à aimer, et même Stroheim leur aurait accordé une porte de sortie plus humaine. Ici, tout rachat doit être spectaculaire, biblique… Demillien? Je préfère le relatif intimisme des Chemins de la terreur, qui avait un visage nettement plus humain, même s’il avait beaucoup moins d’ambitions.

 

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Muet 1922