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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 18:46

L'un des cinq films de Michael Curtiz en cette année 1938, Four's a crowd n'est pas de la même veine que The adventures of Robin Hood (Co-réalisé par William Keighley) ou Angels with dirty faces, mais c'est une intéressante contribution à un genre auquel le cinéaste n'a pourtant pas beaucoup contribué: la screwball comedy. Il y est question, essentiellement, de mariage, de chassé-croisé amoureux entre quatre jeunes gens qui passent leur temps à changer de bras (Errol Flynn, Rosalind Russell, Patric KNowles et Olivia de Havilland); la motivation première pour ce film était essentiellement de permettre à Flynn de démontrer sa versatilité, et il est assez intéressant en consultant en relations publiques prêt à tout pour amener le richissime et extravagant Walter Connolly à lui confier son business. Rosalind Russell est une journaliste qui travaille pour l'éditeur Patric Knowles, et celui-ci est fiancé à Olivia de Havilland, qui n'est autre que la petite-fille du millionnaire...

De l'agitation, des dialogues à la mitraillette, des acteurs qui s'amusent comme des petits fous à buter dans le mobilier, et une action à cent à l'heure ne garantissent pas forcément la réussite d'un tel film. Et si le metteur en scène a décidé de s'approprier le film en se faisant plaisir (Il y a, clairement, du mouvement, et les plans séquences avec centaines de figurants sont là pour témoigner que les rênes sont bien entre les mains de Curtiz), il a surtout livré une copie qui est un peu le Canada Dry des Screwball comedies: ça ressemble à, ça a l'apparence, la couleur, le son ou même le tempo, mais ce n'est pas. C'est, après tout, trop brut de décoffrage, pas assez raffiné. Dans le genre, la même année Hawks allait fournir le joyau ultime avec Bringing up baby, et donner à voir une bien meilleure performance de Rosalind Russell auprès de Cary Grant dans His girl friday deux ans après. Mais c'est sans doute le seul film dans lequel on peut voir Flynn, une poche pleine de beurre, chasser un chien dans une chambre la nuit, en compagnie d'une fofolle en pyjama, jouée par Olivia de Havilland, qui est ravissante. Comme d'habitude. Ceci était malgré tout un argument subliminal en faveur du film.

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Olivia de Havilland
2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 16:15

George M. Cohan (1878-1942) est une grande figure du théâtre et du music-hall aux Etats-Unis, qui a eu un succès phénoménal à Broadway entre 1904 et les années 30. Le film le montre, interprété par rien moins que James Cagney, dans une évocation très allégorique: au soir de sa vie (Cohan est d'ailleurs décédé quelques mois après la sortie de ce film), le vieil acteur reçoit une convocation à la Maison Blanche, et un peu embarrassé, s'en va rejoindre Roosevelt dans le bureau de celui-ci. L'embarras s'explique aisément: dans la pièce qu'il est en train de jouer à Broadway, il interprète sans complexe le président, dans une caricature assez leste... Pourtant l'entrevue va être l'occasion pour lui de lui raconter sa vie. Au dehors, quand Cohan rentre chez lui, une distinction inattendue à la boutonnière, des soldats paradent, au son d'une de ses chansons: ils vont partir pour l'Europe. Cohan rentre dans la parade et chante avec eux...

"Musical", avec Michael curtiz, le mot prend généralement une autre signification que celle généralement acceptée, y compris pour les quelques films du genre que le grand metteur en scène a réalisé à la Warner, c'est-à-dire le studio ou le grand Busby Berkeley a inventé la comédie musicale cinématographique. Curtiz, lui en est toujours resté au genre représenté par The singing fool(Lloyd Bacon, 1928), ou Mammy (Qu'il avait lui-même tourné en 1930): des intrigues situées dans le milieu du spectacle, avec des numéros musicaux certes intégrés au corpus filmique, mais situé sur un espace scénique cohérent et clairement délimité. Yankee Doodle Dandy se trouve donc plus être une biographie d'un homme de spectacle, avec quelques numéros in extenso et des extraits conséquents des spectacles de Cohan. Choix donc délibéré de Curtiz, qui malgré sa propre tendance au baroque flamboyant, ne concevait de films que situés dans un cadre plausible. Une contradiction quelque part, pour l'un des grands illusionnistes de la Warner avec ses jeux d'ombres, mais une contradiction qu'il semblait assumer. Du reste, si bien des films musicaux de Curtiz sont très accessoires pour ne pas dire médiocres (This is the army, Mammy, Night and day) celui-ci est non seulement un classique, c'est aussi un grand film irrésistible...

Grâce à Cagney? l'acteur n'est pas venu les mains vides, le film est en effet produit par son frère, et des membres de sa famille sont présents dans le casting. Il s'est passionné pour un personnage de hâbleur Irlandais, imbu de lui-même mais dont l'énergie indéniable semble propulser tous ses spectacles vers le succès; un personnage de véritable Américain, venu de nulle part et qui s'est construit un empire théâtral à la seule force de ses poignets - et de ses claquettes. Un personnage profondément patriote aussi, et un brin conservateur, ce que le film ne cache pas, mais fait passer de manière un peu subliminale. Et c'est devant l'un des présidents qui aura le plus fait bouger les lignes de la vieille Amérique vers un progressisme mâtiné d'interventionnisme, que Cohan semble, en racontant son histoire, rassembler tous les Américains derrière lui, devant la menace représentée par Hitler. Le film est d'ailleurs largement romancé, dans la mesure ou la médaille obtenue par Cohan à la fin du film, donc en 1941 ou 1942, lui a été attribuée en réalité en 1936.

Mais Curtiz aussi s'est passionné: son film est une réussite de bout en bout, peu importe le personnage, le message reste valide: un message profondément démocratique, réactivé par un cinéaste qui a beaucoup voyagé, comme le font les Cohan dans la première heure de ce film. Solidarité de saltimbanque? L'ancien acteur, dramaturge et homme à tout faire dans le cirque et le théâtre Michael Kertesz, dit Curtiz, s'est sans doute beaucoup retrouvé dans ce héros un peu en marge, qui a été absent des conflits et moments importants (Il nous est présenté souhaitant s'engager pour combattre en 1917, mais est refusé par les autorités en raison de son âge) mais n'a cessé d'incarner, à sa façon, l'esprit d'un pays qui a, en 1926, accueilli à bras ouverts l'éternel exilé Curtiz. Celui-ci a particulièrement soigné son évocation: certes, Cohan n'est pas l'un des êtres les plus fascinants qui soient, mais le Cohan de Cagney et Curtiz est très attachant, et le film est une merveille, qui se bonifie à chaque vision.

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz
7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 09:26
Sons of liberty (Michael Curtiz, 1939)

Ce petit film de 21 minutes est un retour sur la vie d'Haym Solomon, un immigré Juif qui avait participé à la Révolution Américaine, celle que l'on appelle ici la "Guerre d'indépendance". Solomon s'est engagé non seulement à titre personnel, mais a aussi beaucoup oeuvré pour que les Juifs du nouveau monde soutiennent Washington... Il est mort dans la misère après avoir littéralement tout donné à la cause...

La Warner avait un département de courts métrages (Une ou deux bobines) très actif durant les années 30, comme d'autres studios du reste, mais le principal but de l'unité était de fournir des compléments de programme, ou éventuellement d'y tester les compétences: par exemple, Don Siegel y a fait ses premières armes. C'est donc une surprise de trouver au générique de ce petit film la signature de Michael Curtiz, l'un des noms les plus prestigieux de la firme... Mais ça s'explique assez facilement:

D'une part, le studio souhaite faire passer un message, et fat donner l'artillerie lourde. Curtiz, c'est un peu le prestige incarné à la Warner, les films avec Flynn, l'aventure mais aussi l'histoire... Et le metteur en scène est incapable de s'engager sans vraiment y mettre le paquet! Comme la WB tend à faire preuve d'une méfiance que d'autres studios ne partagent pas à l'égard des totalitarismes Européens (La MGM freinait par tous les moyens toute tentation de réaliser des films qui dénonçaient la condition difficile des Juifs sous le nazisme, par exemple), le cour métrage ne pouvait pas être conçu comme un projet sans envergure. Et d'autre part, Curtiz a toute sa carrière durant rappelé son attachement à la peinture des peuples en exil, qu'ils soient forains, résistants, juifs persécutés, pirates, corsaires, criminels en fuite, mère célibataire... Le metteur en scène a beaucoup bourlingué, de Budapest à Hollywood, en passant par VIenne et Berlin: il connait l'antisémitisme, et il sait ce que le totalitarisme peu faire, puisqu'il l' a vu à l'oeuvre en Hongrie. Même s'il s'en es vaguement défendu à l'occasion, c'était un éternel cinéaste engagé, à sa façon. Ici, il a fait sienne la nécessité affichée par le studio.

Pour le reste, l'impression globale est celle d'une miniature, un film qui donne un peu l'impression d'aller à l'essentiel en réduisant les anecdotes au maximum. Mais sans jamais lésiner sur les moyens: les acteurs de renom (Donald Crisp, Vladimir Sokoloff et surtout Claude Rains dans le rôle principal, un Technicolor rutilant, des décors soignés et une figuration imposante y sont conjugués par Curtiz qui ne lésine pas sur le style. C'est que le message à faire passer en cette veille de conflit est de la plus haute importance. Au-delà des flonflons patriotiques, le côté unique de ce film lui donne un charme durable...

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz
22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 15:27

Curtiz a mis ce film en chantier pour la Paramount après la fin du tournage de son remier film Américain hors Warner, The Egyptian. Ces deux films sont donc les premiers pas en solitaire d'un grand cinéaste de studio, dont la réputation s'est écroulée à la fin de sa vie, précisément lorsqu'il a désiré sortir de la firme qui l'avait employé durant 28 ans... Pourtant l'un comme l'autre des deux ouvrages, s'ils sont bien des films mineurs de l'auteur, n'en sont ni indignes ni d'extravagantes tentatives de s'approprier de nouveaux territoires: de même qu'il avait réalisé des films assimilables aux productions de Cecil B. DeMille durant ses années Autrichiennes, puis l'extravagant Noah's ark (1928) à la Warner, Curtiz avait tâté du musical dès l'aube du parlant, et avait continué jusqu'à la fin des années 40. C'est donc tout sauf une surprise de le voir s'atteler à une oeuvre comme ce White Christmas, une comédie musicale certes éloignée des canons du genre tels qu'ils avaient été établis par les productions RKO avec Fred Astaire, les films Warner organisés autour des chorégraphies de Busby Berkeley (Dont Curtiz lors des années 30 s'était maintenu à l'écart, mais j'y reviendrai) ou les productions d'Arthur Freed pour la MGM...

Wallace et Davis sont deux vedettes de music hall, dont la partenariat remonte à leur passage commun dans l'Armée Américaine lors de la seconde guerre mondiale. Ils font équipe en tout: l'un compose, l'autre écrit, les deux interprètent, dirigent et produisent leurs revues. Mais Phil Davis (Danny Kaye) se plaint de ne pas avoir une minute à lui depuis qu'il travaille avec le très entreprenant Bob Wallace (Bing Crosby). Il a l'idée de tout faire pour lui trouver une fiancée, afin de trouver un peu plus d'indépendance. Le destin met entre leurs mains deux artistes, les deux soeurs Haynes: Betty (Rosemary Clooney) et Judy (Vera Ellen). Judy et Phil forment une alliance dans le but de marier Betty et Bob... La situation va se compliquer dans un hotel du Vermont ou les quatre descendent de façon imprompue, et les deux anciens soldats vont tomber nez à nez sur leur général, devenu propriétaire d'un établissement pas vraiment prospère...

Ce film fait partie d'un certain nombre de productions Américaines qui ont fait les beaux jours de la télévision, mais si on peut comprendre l'attraction particulière d'un It's a wonderful life, par exemple, l'élévation au rang de film culte, programmé tous les ans à Noël, reste assez peu facile à appréhender! C'est un musical très moyen, une comédie certes charmante, mais pas vraiment révolutionnaire. Ce n'est pas non plus un film abominable, dans la mesure ou le metteur en scène a su mettre son savoir-faire indéniable au service d'une histoire et d'interprètes somme toute sympathiques, qui ont su injecter dans la production suffisamment d'énergie pour maintenir l'intérêt au moins poli du spectateur... Mais les fans de Michael Curtiz ne trouveront rien de très personnel à se mettre sous la dent; si ce n'est qu'une fois de plus, le metteur en scène Yankee doodle dandy (1941) traite le musical à l'encontre des lois et des possibilités établies en son temps par Busby Berkeley, qui ouvrait l'espace cinématographique en imaginant des coulisses délirantes, des extensions virtuelles folles à ses spectacles représentés à l'écran. Chez Curtiz, un spectacle musical supposé être présenté sur scène, est présenté sur scène, point final. Bien sur, il est clair que les scènes ou se produisent Crosby, Clooney, Kay et Ellen sont au moins élastiques, mais le metteur en scène prend bien soin de souligner dès son premier plan la tangibilité de son espace scénique, le fait qu'il s'agit bien d'une représentation dont il s'efforce de présenter la captation, laissant les artistes s'y débrouiller... Une manie (Paradoxale pour un auteur qui a toujours eu à coeur d'élargie l'espace visible par l'utilisation savante d'ombres Chinoises totalemet maîtrisées) qui remonte à Mammy (1930), et qui fait des musicals de Curtiz à la fois une énigme, et disons le tout net, une source assez fréquente d'un ennui poli.

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Musical
2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 08:21

Sorti quelques mois après un film de Curtiz intitulé Female, ce petit film d'aventures exotiques aurait pu s'intituler... Female, justement. Kay Francis y interprète le personnage de Tanya, une chanteuse échouée à Rangoon et trahie par son amant (Ricardo Cortez) qui l'a vendue à un proxénète (Warner Oland); elle s'enfuit pour Mandalay, mais sur le bateau ou elle voyage vers une nouvelle vie, elle rencontre un beau docteur (Lyle Talbot) dont elle guérit l'alcoolisme, mais aussi elle retrouve Tony, l'homme qui l'a trahie... Doit-elle se résigner à retrouver son passé, dont le moteur est l'amour qu'elle a ressenti pour Tony, ou doit-elle se diriger vers un futur fait de dignité aux côtés de celui qu'elle vient de rencontrer?


Un bateau en direction d'un endroit idéal, des personnages exilés et en errance, une galerie de personnages durs et des choix de vie déterminants, on est malgré le coté série B du film en plein dans la thématique de Michael Curtiz , et Kay Francis, en personnage de femme qui prend son destin en charge, est dans la lignée des portraits de dames du metteur en scène: exploitée, prostituée, Tanya n'aura de cesse de jouer le jeu en allant plus loin que les personnages masculins et retourner leurs propres armes contre eux; la deuxième partie du film la voit prendre l'avantage et elle est désormais à même de sauver un autre personnage de la situation dans laquelle il est: il partiront ensemble à la fin...

Moins marqué qu'à l'accoutumée, mais toujours efficace, le style du réalisateur apparaît surtout dans le rythme effréné, on l'imagine dirigeant ses acteurs d'un tonitruant "Faster!" comme seule indication scénique; il est vrai que la consigne était de boucler un film en 7 bobines, il faudra attendre 1935 avant qu'on autorise Curtiz à faire long (Il fallait sans doute expier l'échec public de Noah's ark...) Les personnages, comme à l'habitude sont très bien campés face à une caméra qui sait n'en négliger aucun. Sinon, nous sommes en présence d'un film Warner typique des audaces de la période, avec les références frontales à la prostitution, les danseuses à peine vêtues, et surtout le fait qu'un faux crime, non élucidé et impuni, donne l'idée à un personnage de l'accomplir et de s'en tirer sans dommage, à la fin, et au contraire, libre... le film regorge d'images dures et exotiques, à commencer par la peinture de Rangoon dominée par la figure imposante (Et totalement exagérée) de Warner Oland en parrain menaçant ou veule (Tout dépend de l'interlocuteur...) du crime et de la prostitution.

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Pre-code
27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 17:21

Pas grand chose d'autre à faire quand on pense qu'un film est parfait que de s'incliner. Mildred Pierce est l'un des couronnements de la longue, fructueuse et fascinante carrière de Michael Curtiz, l'un des films les plus emblématiques de la Warner Bros, et l'un des  plus beaux films noirs, aux cotés, selon les gouts, de The big sleep, Strangers on a train, Laura, Double indemnity ou White heat, et enfin l'un des films les plus réussis de Joan Crawford, si ce n'est son chef d'oeuvre... Elle y interprète un personnage de femme volontaire qui ne se rend pas compte qu'autour d'elle une intrigue noirissime se trame, dans laquelle la plupart des êtres en qui elle a confiance sont trempés jusqu'au cou, le tout raconté dans un style baroque à souhait, par un maître des ombres et de la lumière.

Le film ne commence pas de la même manière que tant d'autres films de Michael Curtiz: on s'attend comme souvent à un véhicule en marche, alors que c'est le mouvement de la mer qu'on voit d'abord. Le générique déroule ses crédits sur des images de plage, les vagues venant balayer les noms des acteurs et techniciens. Puis le film installe une scène de nuit, près d'une maison. Un homme se fait tuer sous nos yeux, puis l'héroïne, qu'on soupçonne évidemment d'avoir tué, prend sa voiture et file au pont le plus proche, dans le but de commettre un suicide. elle en est empêchée par un brave policier, et rencontre un homme qu'elle connait, Wally. Elle le ramène chez elle, dans le but de lui faire porter le chapeau du crime... Ca ne marchera pas, et on va donc entendre de la bouche de l'intéressée les circonstances qui ont amené à cette nuit fatale durant laquelle son mari Monte Beragon est mort: elle s'appelle Mildred Pierce, et un jour elle a décidé que son mari, rendu chômeur par la fatalité, et infidèle, n'avait plus à rester chez elle. Elle a conquis son indépendance, trouvé du travail comme serveuse dans un restaurant, puis monté sa propre entreprise, tout en élevant deux filles, Veda et Kay... C'est dans ces circonstances qu'elle a rencontré le playboy Monte Beragon...

 

Mildred Pierce (Joan Crawford) s'affranchit de tous les hommes, dans un film qui leur laisse peu de place. A l'exception de Wally Fay (Jack Carson), un homme d'affaires peu scrupuleux qui surnage en restant de fait un peu à l'écart de Mildred (Même s'il aimerait bien s'en approcher...), les hommes ici vivent soit en marge, soit aux dépens de l'héroïne: Bert (Bruce Bennett), l'ex, infidèle et divorcé mais dont on sait qu'on peut encore compter sur lui, et Monte (Zachary scott) le playboy gâté et méprisant de la main qui le nourrit parce qu'elle est bien obligée de travailler pour lui payer ses chemises de luxe... Mais Mildred n'est pas à proprement parler libre, ayant des enfants, deux filles, dont une seule survivra à l'intrigue, et des amies (Ida, qui l'assiste dans l'affaire Mildred Inc), voire des employées (Lottie, la bonne). De tous ces personnages, la seule à véritablement se hauser au plus près de l'héroïne, c'est Veda (Eve Arden): la fille aînée de Mildred est aussi son double maléfique, celle qui veut tout ce qui la différenciera de sa mère, celle qui critiquera les choix de Mildred pour leur bassesse (Serveuse dans un restaurant, un métier vulgaire pour la hautaine Veda), mais qui se livrera à des actions plus basses encore, en faisant chanter un fils de famille riche sous le prétexte d'une grossesse imaginaire, ou qui finira par chanter dans des cafés peu recommandables pour être indépendante. Et surtout, elle fera pire encore... Pendant que sa fille tombe très bas donc, Mildred Pierce rejoint la cohorte sublime des héroïnes magnifiques de Curtiz, qu'elles soient interprétes par Olivia de Havilland, Glenda Farrell, Ann Dvorak, Rosalind Russell, Bette Davis ou même Doris Day: le metteur en scène fait tout tourner autour de Joan Crawford, dans un film qui est comme un écrin taillé sur mesure, pas moins.

 

Pourtant, on constate paradoxalement qu'en 1945, Curtiz n'a pas encore tâté de ce genre réellement apparu dans les années 40 qu'est le film noir; néanmoins il a aisément fait partie de ceux qui en ont pavé le chemin, avec ses films de gangsters (Kid Galahad, Angels with dirty faces) ou films à l'atmosphère gothique et baroque (The mad genius), voire films fantastiques (Doctor X, Mystery of the wax museum, The walking dead). Il se glisse sans aucun effort dans le genre, dont il adopte ici le style qui finit d'ailleurs par se confondre avec le sien. Les scène souvent nocturnes de ce film dont l'intrigue prenante tourne autour de l'énigme du meurtre de Monte: si ce n'était Mildred, qui l'aurait tué?  Et Curtiz fait une fois de plus jouer les ombres et la lumière dans une mise en scène superbe, qui fait feu de tout bois, laissant grandir un inévitable malaise dans ce qui aurait pu ou du être la peinture de la vie quotidienne d'une femme volontaire, altruiste et maternelle. Si seulement...

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Noir
1 janvier 2013 2 01 /01 /janvier /2013 17:32

Il y a un commencement à tout; par exemple, Captain Blood: c'est le premier film parlant spectaculaire de Michael Curtiz, le premier film de pirates à la Warner depuis les années 20 (Et encore ceux-là étaient généralement des films importés de la Vitagraph ou de la First National, les compagnies avalées par WB durant la décennie), la première grosse production à confier un premier rôle à Errol Flynn, et la rencontre de celui-ci avec Olivia de Havilland. L'année 1935, qui voyait le code de production (Supposé amener une auto-censure plus drastique de la part des studios eux-mêmes) se renforcer, voyait également les studios retrouver les films à panache, les grosses productions et le "swashbuckler". Cette même année, la WB sortait A midsummer night's dream (Max Reinhardt et William Dieterle) et préparait Anthony Adverse (Mervyn Le Roy), la MGM obtenait l'Oscar du meilleur film avec Mutiny on the Bounty (Frank Lloyd)... C'était donc une période charnière.

 

De tous ces débuts, le film de Curtiz est surtout notable pour être le début de la carrière Hollywoodienne proprement dite de Flynn: c'est Curtiz qui l'a signalé au studio, en remplacement de Robert Donat qui était le premier choix. L'acteur de Tasmanie allait donc pouvoir interpréter son premier Irlandais... Peter Blood n'est pas un pirate, c'est un médecin: lors de soulèvements protestants contre Jacques II, il ne lève pas le petit doigt, estimant être pus utile à tous en tant que docteur. C'est donc parce qu'il a soigné un rebelle qu'il se fait arrêter. Avec d'autres condamnés à mort, il est envoyé à Port Royal comme esclave, ce qui rapporte plus à la couronne que de les exécuter. Là, il doit supporter le joug du tyrannique Colonel Bishop, aide camp du gouverneur. Par contre il s'attire les bonnes grâces de ce dernier en soignant sa goutte; il tombe amoureux de la nièce du colonel, la jolie Arabella, qui a tout fait pour alléger sa charge... A la faveur d'une attaque Espagnole, Blood et ses camarades s'évadent, chapardent un bateau aux Espagnols, et se font pirates...

 

Peter Blood est l'archétype du héros joué par Flynn: apolitique de coeur, il ne prend parti que contraint et forcé, pour des raisons humaines toujours, jamais idéologiques. Capable d'indulgence envers le camp adverse, à plus forte raison si Olivia de Havilland y figure (Arabella Bishop comme Maid Marian Fitzwater), il est aussi un Irlandais cabochard dont les vertus sont parfois entâchées d'un soupçon d'arrogance (Custer, Blood), d'une tendance à la vengeance qui est d'abord et avant tout une tenace rancune: Peter Blood en veut particulièrement, non à la couronne, mais au roi Jacques II. quand celui-ci est déposé, il abandonne la piraterie et se porte immédiatement au secours des Anglais qu'il vouait à la mort quelques secondes auparavant... C'est un meneur d'hommes porté par un code d'honneur très strict, qu'il n'impose qu'en en démontrant la nécessité... Beaucoup plus complexe et entier que bien des héros, il n'hésite jamais à joindre le geste à la parole, ce qui nous donne d'impeccables scènes d'action. Il est secondé par la fine fleur de la Warner: Guy Kibbee, Ross Alexander, et doit croiser le fer avec Lionel Atwill (Bishop) ou le grand Basil Rathbone (Le pirate Français Levasseur, qui a décidé de vivre en dehors du code d'honneur de Blood...). Et il tombe bien sur amoureux de celle qu'il recroisera sept films durant: Olivia de Havilland, l'autre grande découverte du film; Arabella est un personnage complexe là aussi, mue par autre chose que ses sentiments de classe, elle est clairement attirée par Blood, envers lequel elle nourrit sans doute bien plus qu'un intérêt matrimonial.Son tempérament fait d'Arabella une égale, ou en tout cas une femme qui dépasse le rôle conventionnel de potiche.

 

Michael Curtiz a mis du temps à revenir à un film de l'ambition de celui-ci. Mais son métier impeccable, et ses états de service irréprochables lui ont sans doute valu d'être considéré par la Warner comme le seul à même de mener un tel spectacle à son terme. C'est un pari tenu, et le metteur en scène le signe dès le début, dès cette scène qui voit Jeremy Pitt, à cheval (Un souvenir de la fameuse chevauchée de Paul Revere pour fédérer le public Américain? Peut-être...), se mettre en quête d'un médecin pour soigner un de ses compagnons de rebellion. Le mouvement, dès la première image: c'est une tradition qui a la peau dure chez le réalisateur fasciné par la notion même de locomotion, qui entend ainsi signaler que le cinéma se doit de bouger. Et c'est parti pour un film dont chaque scène est parfaitement intégrée à une continuité solide, pour 119 minutes... Curtiz accompagne la destinée du vagabond des mers Peter Blood, à nouveau un héros de ses films qui a la bougeotte, et nous le montre aspirer à une idée de conquête et de pillage, certes, mais avec décence. Apolitique par nature, comme d'autres personnages de Curtiz, il se situe de lui-même hors du droit Anglais, à l'écart de tous, à la recherche d'un idéal qui n'existe pas encore, mais qui pourrait bien être l'Amérique... Le film n'est pas un pamphlet, pourtant. Curtiz est trop occupé à faire le meilleur des films de pirates possible, et y parvient semble-t-il sans peine! Il convoque suffisamment de scènes obligées, d'humour, et de possibilités de s'identifier à la quête de Blood, pour permettre au public de s'y retrouver parfaitement. Les scènes de bataille portent sa marque, c'est-à-dire qu'elles sont épiques, montées de mains expertes, et filmées au plus près: la caméra est au milieur du bateau, et les plans semblent s'approcher toujours plus près des visages et des armes...

 

Au beau milieu des années 30, donc, Captain Blood rend une nouvelle jeunesse à un genre tout entier, le recrée de fait. impossible d'imaginer après ce film une épopée de pirates qui n'en aurait pas subi l'influence, un héros qui aurait vu le personnage créé par Flynn. Ce film va placer Curtiz au sommet de la Warner, le rendre définitivement incontournable... et en plus, Captain Blood est totalement irrésistible! Chef d'oeuvre, donc, en plus d'inaugurer une noucvelle ère...

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Olivia de Havilland
25 décembre 2012 2 25 /12 /décembre /2012 18:38

Film de prestige? Plutôt caprice d'actrice d'abord et avant tout, ce film aux couleurs magnifiques est aussi, selon moi l'un des plus ennuyeux films Warner de son auteur! Bette Davis avait désiré participer à l'adaptation de la pièce à succès de Maxwell Anderson, Elizabeth the Queen, et envisageait Laurence Olivier pour lui donner la réplique. La Warner a préféré confier le rôle d'Essex à Errol Flynn, afin de capitaliser non seulement sur la popularité de l'acteur, mais aussi sur le choc d'une rencontre au sommet entre la reine (Queen bitch, mais passons) de la WB et leur acteur le plus aimé du public. et de fait, le film a atteint son but, paradoxalement...

L'ensemble de l'intrigue est basée sur le conflit intérieur d'Elizabeth d'Angleterre, entre son amour pour Robert Devereux, Duc d'Essex, et sa dévotion pour son pays: se marier à Robert, c'est prendre le risque de confier les clés du pays à un ambitieux qui ne reculera devant rien pour s'approprier le trône. De fait, le film est essentiellement politique, plutôt qu'un film d'aventures comme ceux auxquels Flynn nous a habitués... Quant à Curtiz, il exécute avec son savoir-faire inimitable, sauvant parfois le spectateur de l'ennui par son sens esthétique, son utilisation de la flamboyance des couleurs, et ses caméras aux mouvements fluides, commandées par son complice Sol Polito... Olivia de Havilland est gâchée en courtisane jalouse, la musique de Korngold a la classe nécessaire, et le film se traîne de scène de conversation en scène de conciliabules, avec des sommités telles que Donald Crisp, Alan Hale, Henry Stephenson, ou Vincent Price...

 

The private lives of Elizabeth and Essex (Michael Curtiz, 1939)
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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Olivia de Havilland
23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 09:25

En 1939, un renouveau soudain et inattendu du western va faire resurgir le genre dans la cour des grands. Non que le genre n'existe plus, bien au contraire, mais les Cow-Boys et les Indiens, c'est plutôt dans la série B, et les serials qu'on en trouve. Mais les studios, petits et grands, vont s'y replonger, avec bonheur: rien qu'en cette année 1939, la Fox, la Warner, la Paramount et la Universal s'y mettent: Union Pacific, Dodge City, Destry rides again... le film le plus emblématique de ce renouveau en cette année, c'est bien sûr Stagecoach, de Ford (Tourné pour le compte de Walter Wanger et distribué par UA), mais il ne faut pas passer à coté d'autres oeuvres considérées comme plus ou moins mineures, dont ce Dodge City, du à l'impeccable patte de Curtiz, qui retrouve son petit monde à cette occasion autour de Errol Flynn et Olivia de Havilland, pour le premier Western de l'acteur de Tasmanie... On ne dit pas vraiment "Western" d'ailleurs à cette époque, le nom est par trop entaché de cette indignité liée aux petits compléments de programme tournés par les petites compagnies que sont Monogram ou Republic.

Au milieu de l'ensemble de films tournés par Curtiz avec Flynn, celui-ci fait partie en apparence des moins intéressants: il ne possède pas la fougue pionnière d'un Captain Blood, film primal sur une certaine vision d'un désir de révolte; le personnage de Wade Hatton, redresseur de torts bien dans la ligne, pourrait passer pour assez insipide, à tel point qu'on l'a flanqué de deux zigotos (Joués par les vieux complices Alan Hale et Guinn Williams) chargés de mettre un peu de comique de situation là-dedans. Olivia de Havilland est une jeune femme partagée entre sa situation de lady et sa volonté d'indépendance, qui la pousse à devenir active en participant à sa façon au développement de la presse.

L'intrigue est basée sur l'assainissement d'une ville qui est la proie d'une bande de gangsters, qui imposent leur loi. On propose le poste de shériff à Flynn, qui le refuse jusqu'au moment où il ne peut plus se dérober; à partir de là, avec l'appui courageux de la population, il va réussir à faire revenir la loi et la sécurité à Dodge City. Une intrigue qui rend le film assez proche de My darling Clementine de Ford (ou de Frontier marshall de Dwan, qui est lui sorti en cette même année 1939): un canevas somme toute commun à des dizaines de westerns...

Alors? dans ces circonstances on se sentirait autorisé à pousser le film du coude, et pourtant il ne manque pas d'atouts spéciaux; d'une part, c'est après Under the Texas moon d'assez mauvaise réputation, et le très moyen Gold is where you find it le troisième western en couleurs de Curtiz, et la palette est magnifique; d'autant qu'on sait à quel point la couleur inspire le metteur en scène, qui la pratique depuis la fin du muet. Ensuite, le réalisateur a traité son sujet en s'autorisant comme souvent cette appropriation en contrebande du film, par le biais de ces plans qui en disent plus long sur l'humanité présente dans ces rues, dans cette ville, que de longs discours: ces plans à la grue qui partent d'un détail pour se promener ensuite dans le saloon dont nous voyons ainsi toute la vie et la faune... Curtiz commence son film par du mouvement, et il nous montre en réalité trois groupes en chemin pour ce qui deviendra bientôt Dodge City: Wade Hatton et ses deux camarades, qui six ans après la fin de la guerre civile travaillent en tant que convoyeurs de bétail, mais sont intéressés par l'édification des Etats-Unis aux côtés du colonel Dodge, le célèbre artisan de la construction des lignes de chemin de fer vers l'ouest; les bandits, qui convoitent le bétail et sont déjà très menaçants, et enfin le colonel Dodge lui-même qui amène avec lui le chemin de fer, symbole d'un monde en construction. C'est la locomotive qu'on aperçoit en premier, avec donc un clin d'oeil à ce trait de Michael Curtiz, de commencer un film par un plan de véhicule en mouvement...

Le film est célèbre pour une homérique bagarre d'une dizaine de minutes, menée en particulier par Williams et Hale, mais on y remarque d'autres traits moins évidents: c'est un film complètement dans la ligne Warner, avec une tendance Rooseveltienne totalement assumée: la présence tutélaire d'un vieux chef, d'un père de la nation, en la personne du colonel Dodge; l'union sacrée des ex-sudistes (Hatton et ses copains Texans) et du Nord; la nécessité communautaire de retrousser ses manches, face au risque du chaos, et la foi en la création d'un gouvernement qui fasse son travail; l'assimilation de la menace d'une criminalité facilement comparable au fascisme, bien sur, et le combat pour la justice incarné par un cow-boy certes un peu trop propre sur lui, mais aussi un journaliste motivé (Qui paiera cher!) et une femme volontaire. Ce monde est impitoyable, et le film nous montre toutes les facettes du mal lorsqu'un enfant devient la victime même indirecte des exactions des bandits; de son côté, Flynn se rend durant le premier acte involontairement responsable de la mort du frère de la femme qu'il aimera bientôt... Mais surtout, et là on retrouve la notion chère à Curtiz du perpétuel exil, le film se clôt sur un nouveau voyage: la civilisation n'est pas encore installée partout, et Flynn et Havilland partent une fois mariés vers Virginia City, où ils vont procéder à ce même travail de nettoyage de la criminalité... (L'un des westerns suivants de Curtiz et Flynn s'appellera d'ailleurs bien Virginia City, mais ce seront d'autres héros, ne concluons pas trop vite!)

Dans ce film, Curtiz s'abandonne bien sur à son péché mignon de faire jouer les ombres, par deux fois: d'une part, lors de la mort du journaliste vu dans la pénombre de son bureau, alors qu'il range des documents dans son coffre, on aperçoit sur le mur du fond la silhouette d'un bandit situé hors champ qui va tirer. Le coup de feu sera entendu dans le plan suivant, depuis la rue. Mais à ce plan impeccable et esthétique, Curtiz ajoute quelques séquences plus loin une superbe idée, plus riche de sens: alors que les héros sont dans un train, pour convoyer un bandit qui devra être jugé à Wichita, Olivia de Havilland observe depuis le wagon l'ombre du train sur le sol, et constate qu'il y a des silhouettes de bandits sur le toit... Elle sait à quoi s'en tenir; avec ces deux plans, Curtiz renforce l'idée d'une criminalité désincarnée, plus menaçante car elle tend à échapper à la réalité physique. Une idée qui prolonge la réflexion sur un fascisme qui avance masqué, qui acquiert ainsi une dimension fantastique et insaisissable... Mais comme Curtiz est Curtiz, il va aussi prendre un malin plaisir à incendier le train pour une séquence riche en émotions, comme il l'avait déjà fait en Autriche pour Les chemins de la terreur. Tout ceci est bien riche pour un film mineur...

Dodge City (Michael Curtiz, 1939)
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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Western Olivia de Havilland
18 août 2012 6 18 /08 /août /2012 16:36

La biographie ultra-fantaisiste de Cole Porter (1891-1964) par Michael Curtiz est en soit un "véhicule" pour Cary Grant, qui n'avait pas encore totalement établi son style Hitchcockien, entre comédie délurée et charme fatal d'espion dangereux... Alors on a droit a des scènes édifiantes, entre répétitions et représentations, évènements de l'histoire (Le Lusitania coulé, la nouvelle tombe en pleine premiière triomphale d'une revue qui va souffrir des suites de l'incident, l'engagement de Porter dans les forces Françaises sans attendre la déclaration de guerre en 1917, etc)... Son idylle tumultueuse avec son épouse (Alexis Smith), présentée ici d'une façon acceptable, quasi-familiale, alors que le principal problème entre eux, c'était bien sur l'homosexualité du compositeur. Le tout est émaillé de chansons de Cole Porter (Begin the beguine, Let's do it, Just one of those things...) , chantées ou jouées de façon teriblement académiques...

 

Michael Curtiz, qui ne se privait en rien de morceaux de bravoure de mises en scènes (Ces longs travellings d'exposition, ces ombres de danseuses, etc), tuait le temps en reluquant les danseuses, et faisait strictement son travail sans rien ajouter à sa gloire. mais ce film, dont les numéros musicaux sont signées d'un réalisateur/chorégraphe de la Warner, Leroy Prinz, se situe exactement au confluent de deux genres illustrés par Curtiz, qui sont parmi les moins intéressants de son impressionnante carrière: les "musicals" (Mammy, This is the army) et les biographies de grands hommes (Yankee Doodle Dandy, The Will Rogers Story); de plus, Night and day nous permet une fois pour toutes de montrer ce qui n'allait pas chez Curtiz dès qu'il s'attaquait à un musical: là ou avant lui Busby Berkeley, et après lui Vincente Minnelli ou Gene Kelly faisaient exploser les lmites du studio pour donner à voir du rève, Curtiz soulignait à gros traits le carton-pâte, maintenait en évidence le fait que tout ce spectacle était un travestissement de la vérité: une constante dans son oeuvre, et une sérieuse limite dans l'art escapiste et basé sur le merveilleux d'un genre aimé entre tous...

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz