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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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1 février 2014 6 01 /02 /février /2014 17:20

Dès The spy in black, Powell a réalisé, à sa façon, des films de propagande, déguisé en films à suspense, en comédie, en épopées, ou en films inclassables à message (49th parallel, en particulier, ne ressemble qu'à bien peu d'autres films de guerre!) tout en participant à des projets moins personnels, selon les périodes, à la demande de Korda (The Lion has wings) ou de l'ensemble de l'industrie (The volunteer). Mais il me semble qu'avec A Canterbury tale, Powell et Pressburger font vraiment une oeuvre de propagande qui dépasse l'entendement! On sait, à voir ce film, qu'on est face à une histoire contemporaine, les indices ne manquent pas, de la présence d'uniformes, à la vision désolante des dégâts causés par les bombardements de 1942 sur le beau centre-ville de Canterbury, en passant par les allusions contemporaines au black-out. Mais tout le film semble se faire catapulter les époques, à l'image de l'introduction dans laquelle un faucon lancé au moyen-âge se transforme dans une préfiguration Kubrickienne en un avion de 1944 qui survole le Kent...

 

1944. Trois jeunes gens se rendent dans la région de Canterbury: Bob Johnson (John Sweet), un G.I., fait un peu de tourisme en attendant de reprendre le fil de la guerre; Peter Gibbs (Dennis Price), un soldat Anglais, rejoint son affectation dans le Sud Est, et Alison Smith (Sheila Sim) va commencer un travail dans une ferme de la région dans le cadre de l'effort partagé de guerre. Ils descendent par coïncidence tous trois dans une gare avant d'arriver à Canterbury, durant un black out. Un inconnu agresse la jeune femme, lui répandant de la colle sur les cheveux. Ce n'est pas le premier incident du genre, et durant les quelques jours qu'ils vont passer dans les environs, les trois vont s'efforcer de résoudre cet étrange mystère; ils font également la connaissance du magistrat local, un personnage à la fois attirant et froid, Thomas Colpeper (Eric Portman), qui est une autorité locale en matière de culture, d'histoire de la région, en même temps qu'un indécrottable misogyne... 

Dans un admirable noir et blanc après le Technicolor de Colonel Blimp (La photo, ici est de Erwin Hillier qui sera de retour l'année suivante sur I know where I'm going), Powell et Pressburger brouillent les pistes, et parlent de l'Angleterre de toujours, cette merveilleuse entité qui fait tranquillement face au nazisme. Le passé et le présent se confondent, dans les décors de chaque maison, les intérieurs de chaque hôtel (Tous filmés en studio, et construits avec cette intention de faire se télescoper les époques), mais aussi dans l'idée que Canterbury en 1944 est encore et toujours le même lieu qu'il faut voir, revoir, sentir et ressentir, comme Alison qui vient ici retrouver les sensations d'un amour disparu, comme Bob qui vient ici trouver quelque chose qu'il n'a pas à la maison, et Peter qui va à Canterbury accomplir sa destinée, devenant l'espace d'un service religieux organiste de Cathédrale au lieu de jouer comme il le fait dans le civil, dans un cinéma. Mais pas de religion trop facilement assimilée au message ici, les auteurs se gardent de tout prosélytisme, en assimilant les épiphanies des uns et des autres à quelque chose de plus fort encore mais d'essentiellement humain. Ils portent l'essentiel de leur charge contre le matérialisme, ce que chacun peut ensuite interpréter à sa guise. D'ailleurs, le retournement final qui voit Peter jouer de l'orgue dans une cathédrale transforme après tout celle-ci en cinéma, et permet à Powell d'affirmer la puissance spirituelle de son art... 

Comment s'étonner dans ce film, que la narration prenne son temps, et se laisse aller à des périodes de contemplation? D'autant que de nombreuses scènes permettent aux protagonistes de s'approcher de la Cathédrale qui restera malgré tout le but du voyage dans le film. L'enquête sur "l'homme à la glue" est vite résolue, et sert surtout à cimenter les trois personnages qui la mènent, ainsi que de cerner le rôle du magistrat, le plus étonnant des personnages du film, que Powell destinait à Roger Livesey Mais si l'extravagance du film a permis de détourner les spectateurs de l'époque du film, aujourd'hui son excentricité, son ton si Britannique, son sens du miracle profane en font un passage obligé de tout pèlerinage cinéphile chez Powell et Pressburger.

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Published by François Massarelli - dans Michael Powell
18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 17:49

Après leurs deux films de 1950, le mélodrame Gone to earth et le film d'aventures The Elusive Pimpernel, Powell et Pressburger font ce qu'on pourrait bien appeler le grand saut: ils adaptent un opéra, et y appliquent les principes qu'ils ont mis en place pour le ballet The Red Shoes dans le film du même nom. A savoir, ils font éclater toutes les limites et contraintes scéniques, et se jouent de l'unité de lieu en permanence, mais ils vont aussi élargir l'opéra d'Offenbach (Dont on doit sans doute rappeler qu'il était inachevé) en mettant aussi l'accent sur la danse, grâce à la présence de quatre des vedettes de The Red Shoes, justement: Moira Shearer, Ludmilla Tcherina, Robert Helpmann, et Leonide Massine. Le film est une fête visuelle de tous les instants, qui marie l'opéra, la danse, avec la flamboyance du Technicolor...

L'intrigue concerne le poète Hoffmann (Robert Rounseville), à Nuremberg, qui raconte en attendant dans un taverne la femme qu'il aime, la ballerine Stella (Moira Shearer), les trois amours ratés de sa vie: trois femmes, mais en réalité toutes la même, qui ont trouvé leur fin dans des circonstances bien différentes: la poupée Olympia (Moira Shearer), automate si réaliste que le jeune Hoffmann n'y a vu que du feu; la belle Courtisane Giulietta (Ludmilla Tcherina), une femme qui capte l'amour des hommes; et enfin la cantatrice Antonia (Ann Ayars), hantée par le fantôme de sa mère, une chanteuse elle aussi; A chaque histoire, le même sombre personnage va contrer les désirs d'Hoffmann en possédant puis aboutissant à la mort de la femme aimée: on le retrouve sous le nom de Lindorf (Robert Helpmann) dans le prologue et le final à Nuremberg, prèt à saisir à nouveau la belle Stella avant que les amours d'Hoffmann ne puissent s'accomplir.

 

Le film est particulièrement extravagant, mais se situe dans la lignée de la thématique artistique de The red shoes, avec bien sur l'accent mis sur le poête Hoffmann, et ses trois ages. Même si Rounseville ne change pas d'aspect, le ton du film, lui, va évoluer, passant d'une quasi-bouffonnerie (Olympia) à une intrigue ironique (Giulietta), puis à une tragédie située d'ailleurs "sur une île Grecque") dans laquelle Hoffmann désormais adulte disparait quasiment. Des altérations ont été apportées au personnage de Nicklaus, le compagnon (Joué par une femme comme la tradition le veut: ici, c'est Pamela Brown et son étrange visage); le personage est moins présent, et son influence sur Hoffmann est moins palpable; de plus, aucun effort d'ambiguité n'est fourni pour faire passer le personnage pour un homme...  

 

Si la mise en scène est absolument magnifique, mélange onirique constant de surréalisme visuel et d'opéra sans limites (Utilisant avec bonheur le ralenti, le fondu enchaîné, les truquages à la Méliès et bien sur la beauté de la photo de Christopher Challis), on regrette que Powell et Pressburger aient limité l'extravagance de la dernière partie en confiant le rôle principal à Ann Ayars, qui contrairement à Shearer et Tcherina, ne nous ravira pas par la beauté de la danse... Mais d'Olympia à Antonia, le parcours est clair, qui évolue de façon irrésistible vers la noirceur et la mort... Hoffmann, dans l'épilogue du film, est un homme vieux, usé, qui vit dans l'éternelle frustration de ses amours ratées. Lindorf, ironiquement, n'aura pas grand chose à faire pour convaincre Stella de tenter sa chance ailleurs...

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Published by François Massarelli - dans Michael Powell musical
10 novembre 2013 7 10 /11 /novembre /2013 13:58

1940: Six officiers Allemands sont en mission sur le sol Canadien. Ils doivent rejoindre la frontière Américaine (Située sur le 49e parallèle Nord), et doivent faire face à plusieurs dangers: d'une part, le Canada et l'Allemagne nazie sont en guerre. D'autre part, ils ont participé à la destruction de plusieurs navires, et sont activement recherchés. Sur leur chemin, les six vont faire de nombreuses rencontre, certains vont être ébranlés dans leurs convictions, d'autres vont commettre des véritables actes de barbarie. Ils vont aussi faire la connaissance de beaucoup de citoyens Canadiens de nombreuses origines: des Indiens, desFrançais, des Anglo-saxons... Tous sont différents, mais tous tiendront, chacun à leur façon, tête face à ces "envahisseurs".

Dernier film de Michael Powell scénarisé par Emeric Pressburger avant que les deux compères ne décident de brouiller les cartes en signant désormais "Ecrit, produit et réalisé par" suivi de leurs deux noms, cet étrange et envoûtant film de propagande est l'un des plus inclassables et les plus fascinants de leurs oeuvres communes. Un film dans laquelle la virtuosité des deux compères, que ce soit l'étonnante mine d'idées géniales de Pressburger, ou le génie de l'image de Powell, éclate au grand jour. Conçu autour d'un périple du nord vers le sud, 49th parallel semble presque laisser la parole à nos six Allemands, abandonnés par le sort (Leur sous-marin a été coulé) à un environnement hostile, dans lequel la remarquable organisation, la discipline de fer du lieutenant Ernst Hirth (Eric Portman) triompheront jusqu'à un certain point de tous les obstacles... C'est parfois de leur point de vue que l'essentiel de l'intrigue est montré, mais à aucun moment le spectateur n'est invité à les suivre dans ce qui est bien un égarement. Le réalisme de la mise en scène, conjugué à un montage exceptionnel signé de David Lean, qui a rendu tous les morceaux de bravoure encore plus forts par le dynamisme qu'il a su mettre en valeur, n'empêche pas le film de glisser en permanence vers l'allégorie: les six nazis, du début à la fin, rencontrent des citoyens Canadiens attachés à leur liberté, leur démocratie; des gens qui sauront trouver les mots justes, non pour convaincre les nazis, c'est peine perdue, mais pour rappeler au spectateur l'importance de ces valeurs. C'est que la cible principale de l'aspect propagandesque du film était bien sur le spectateur Américain, dont le gouvernement était encore à cette époque d'avant Pearl Harbor hésitant quant à la participation à cette guerre lointaine.

Le point de vue de l'ennemi représenté ici (Comme dans tant de leurs films) permet donc à Powell et Pressburger de nous montrer six Allemands (Dont cinq nazis invétérés, la nuance est importante), en proie aux délires d'Hitler et de ses suiveurs. A chaque mésaventure, ils vont perdre l'un des leurs, comme dans une comptine. Dès leur apparition, le ton est donné: le sous-marin vient de couler un navire Canadien au large du St-Laurent, et les marins accueillent les survivants; Hirth n'a aucune considération pour les simples marins, et veut s'adresser aux officiers; on retrouvera cette obsession maladive de la supériorité hiérarchique dans une autre scène, lorsque confrontés à une communauté religieuse égalitaire, Hirth n'a qu'une idée: trouver leur leader! Ils en ont bien un, mais il n'est absolument pas dirigiste, ce qui bien sur le déroute profondément. Tout au long du parcours, ils vont être confrontés à des hommes et des femmes épris de liberté (Finlay currie, Laurence Olivier), de fraternité et de justice clémente (Une communauté Huterrite d'origine Allemande menée par Anton Walbrook), d'art et de culture (Leslie Howard), et enfin de liberté d'expression (Raymond Massey). Lors du passage le plus beau sans doute, au cours duquel les quatre survivants de l'équipée (L'avion qu'ils ont volé au nord vient de s'abîmer dans un lac) arrivent dans la communauté religieuse, ils vont croire trouver du soutien, et ils pensent pouvoir prêcher auprès des habitants du village: ils sont d'origine Allemande. Mais leur raideur militaire détonne bien vite dans ce qui est une société autarcique douce et modérée, et un discours enflammé de rappel des préceptes nazis tombe à plat; pire, certains des membres de la communauté se sentent pris d'un sentiment à l'égard des nazis qu'ils avaient oublié: la haine. Bref, ces gens sont contagieux! Mais la leçon de la désastreuse et rocambolesque arrivée de quatre loups dans une bergerie se clôt sur une touche à la fois ironique (L'un des Allemands, boulanger avant l'avènement d'Hitler, retourne aux plaisirs des valeurs d'avant et cesse dêtre un nazi. Il est joué par le formidable Nial McGinnis) et tragique (Le boulanger est exécuté sommairement par ses camarades pour traîtrise).

Mêlant les regards juste et intelligent de deux artistes exceptionnels, et la mise en valeur de l'urgence de la situation par le montage, avec l'imposante présence dans le décor des montagnes rocheuses, des chutes du Niagara, bref de la nature canadienne, ce film oppose donc la tranquillité et la bonhomie du peuple Canadien aux sanguinaires militaires nazis, et dont la portée dépasse bien vite l'anecdote puisque la propagande Allemande va vite tenter de faire de cette épopée une preuve de l'héroïsme de ses soldats, seuls contre tous dans un pays hostile. pour autant il ne bascule jamais dans le manichéisme, ni l'alarmisme facile. On l'a vu, les nazis y sont dangereux, bien sur, racistes, militaires... Que des défauts qui les rendent effrayants, quoi... Mais ils sont surtout d'une bêtise affligeante, et assez faciles à contrer: seulement les héros qui se dressent sur leur chemin le font avec bon sens, en découvrant parfois leur courage de façon inattendue (Une très belle scène avec Leslie Howard); au final, les super-héros Germaniques ne sont que des cloportes sur lesquels il suffit d'appliquer un bon coup de botte bien placé. Il est toujours temps de le rappeler... Il sera toujours temps.

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Published by François Massarelli - dans Michael Powell
22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 17:55

La propagande est au coeur des preliers temps de la collaboration entre Powell et Pressburger: après tout, dès 1940, avec Contraband, puis durant toutes les années de guerre jusqu'à 1944 les deux compères vont sciemment et patiemment donner à la Grande-Bretagne certains de ses plus attachants films visant à appuyer l'effort de guerre. Powell participe, auprès de Korda en 1941, à un film collectif, The lion has wings, qui met l'accent sur la RAF, puis les deux compères signent avec 49th parallel l'un de leurs grands films, une oeuvre de propagande montrant pour une fois le point de vue d'un ennemi; One of our aircraft is missing est bien sur un film haletant sur une mission qui dégénère en cavale sur le continent; On en présente plus Colonel Blimp, et le cycle se termine sur l'intrigant A canterbury tale, en 1944, un film de propagande qui ne ressemble à aucun autre...

Ce film court (43 minutes) en revanche n'a pas le panache des grandes oeuvres, mais se pose une fois de plus en contradiction totale avec la propagande de l'ennemi. Le but est de montrer la grandeur d'une nation, par le plus insignifiant de ses membres: l'assistant d'un acteur, un bricoleur malchanceux et maladroit, y devient en effet un ouvrier spécialisé de la marine, un homme tellement agile de ses doigts qu'il en sera décoré par le Roi. Le film suit les pérégrinations d'un acteur engagé lui aussi, Ralph Richardson, qui suit de plus ou moins loin la carrière militaire surprenante de celui qu'il a parfois maudit pour son inefficacité dans sa loge. C'est décousu, par moments, on a l'impression d'assister à un film de vacances. Mais une chose est sure: ce film dont l'esprit se veut clairement positif ne ressemble à aucun autre film de commande...

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Published by François Massarelli - dans Michael Powell
5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 08:38

En 1939, en pleine "drôle de guerre", on suit le parcours d'un cuirassé Allemand de poche, le Graf Spee, qui commence à faire parler de lui en coulant tous les navires Britanniques qui passent à sa portée, puis l'acharnement d'une flotte Anglaise décidée à en finir une bonne fois pour toutes avec le bateau. Le commandant Langsdorff, qui dirige le Graf Spee, se distingue de ses homologues nazis par une conduite chevaleresque remarquable, et un traitement systématiquement humain de ses prisonniers. La poursuite mène tous ces bateaux en Uruguay, pays neutre, très précisément à Montevideo où le bateau Allemand doit réparer des avaries, pendant que la flotte Britannique doit négocier avec le régime pour accomplir sa mission sans empiéter sur la neutralité des lieux...

 

Powell avait, dans The spy in black, montré en une scène poignante et troublante, un ennemi vaincu (Conrad Veidt) par la femme qu'il avait appris à aimer (Valerie Hobson), et un dialogue silencieux entre eux s'installait pendant que le marin Allemand s'abîmait en pleine mer avec son bateau; une bonne part de ce film partiellement de propagande de 1939 était d'ailleurs racontée du point de vue d'un "ennemi", tout comme 19th parralel dans lequel un groupe de marins nazis parcourait le Canada dans le but de créer des appuis pour l'Allemagne. Enfin, le 'Colonel Blimp' était confronté à plusieurs reprises à son "ennemi" et ami, interprété par Anton Wallbrook. C'est dire si cet intérêt pour le point de vue de 'l'autre camp' est un thème récurrent chez le cinéaste. C'est ce qui fait sans doute le sel de la première partie de ce film, qui est située exclusivement sur le Graf Spee, et dans laquelle on est justement confronté au personnage de Langsdorff (Peter Finch), un homme courtois, respectueux des marins dont il coule les bateaux...

Le reste du film voit le point de vue changer dramatiquement (La deuxième moitié ne s'intéresse quasiment plus à ce qui se passe sur le Spee, notamment, au profit des navires Britanniques), et ça tend à donner une impression de déséquilibre, qui franchement confine parfois à l'incohérence. De plus, ce film de guerre qui se situe à l'écart du nazisme finit par ennuyer par trop de courtoisie... Aimerait-on vraiment Stalag 17 si Preminger ne jouait pas le nazi tromphant et sadique? Et La grande Illusion se relèverait-il d'un geste de clémence de Rauffenstein (Stroheim) à Boëldieu (Fresnay)? Les intentions de Powell et Pressburger, de ne pas charger la barque et de chercher un point de vue différent et humaniste sur la guerre, ne peuvent que nous émouvoir. Mais le problème, c'est que ce film soigné, poli, aux superbes couleurs... est mortellement ennuyeux.

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Published by François Massarelli - dans Michael Powell
29 août 2013 4 29 /08 /août /2013 16:09

Novembre 1939. Le capitaine Andersen (Conrad Veidt) commande un bateau, le Helvig, qui transporte une cargaison importante et des passagers vers son pays, le Danemark, une nation neutre en ce début de conflit mondial. Le bateau est arraisonné pour contrôle, et si le capitaine, l'équipage et les passagers font aisément la preuve de leur honnêteté, les Britanniques constatent que la cargaison pourrait être de la contrebande, et la décision est prise de détenir le bateau pour vérifier plus avant. Le capitaine est invité à se rendre à terre avec son premier officier (Hay Petrie), mais une passagère, Mme Sorensen (Valerie Hobson) et un passager, Mr Pidgeon (Esmond Knight) subtilisent les laissers-passers et se rendent à terre sans autorisation. Le capitaine décide de récupérer les dicuments, et part à la poursuite de ses deux passagers, sans savoir qu'il vient de mettre le pied dans une drôle d'histoire qui va le précipiter dans les griffes d'espions nazis...

 

Contraband fait suite à The spy in black, et le succès de ce premier film en collaboration avec Pressburger a poussé le metteur en scène à reconduire les stars, Valerie Hobson et Conrad Veidt, pour une nouvelle histoire d'espionnage. Contrairement au film précédent, celui-ci est situé en pleine Angleterre contemporaine, et fait directement référence à l'étrange atmosphère de Londres, plongée en plein couvre-feu durant ce début de guerre, avant que la situation ne devienne plus dramatique et que les bombardements intensifs ne commencent à détruire certains quartiers. Dans Contraband, les esprits des Londoniens restent après tout légers: la vie continue...

Le metteur en scène s'est beaucoup amusé à plonger ses personnages au coeur d'aventures rocambolesques d'espionnage, en pleine obscurité. Powell joue avec la nuit, les lumières et l'obscurité en grand admirateur du cinéma muet Allemand... Et justement, Conrad Veidt, qui peut enfin avoir un rôle qui lui fait échapper au destin d'un ennemi dangereux, semble prendre beaucoup de plaisir à jouer le capitaine Danois, donc neutre, plongé dans des aventures qui ne le concernent pas en tant que citoyen, mais qui lui font choisir son camp librement, en être humain. On retrouvera cette notion de liberté de choix qui doit pousser les hommes à embrasser mla cause de l'humanité dans 49th parallel l'année suivante, sur un mode bien moins léger. Pour l'heure, Powell et Pressburger choisissent de tourner un film dans une ambiance que n'aurait sans doute pas reniée Alfred Hitchcock, avec des péripéties qui impliquent voyages en train, restaurants, négociations avec les taxis, et une charmante observation tendre de la faune Londonienne. Quant à Hobson et veidt, ils sont, comme dans The spy in black, des êtres d'exception, amenés naturellement à se côtoyer, s'estimer, puis s'aimer.

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Published by François Massarelli - dans Michael Powell
24 août 2013 6 24 /08 /août /2013 17:40

C'est avec ce film que Michael Powell a commencé à travailler avec Emeric Pressburger, et il faut bien le dire: même si de prime abord The spy in black semble être à nouveau un petit film censé faire bouillir la marmite en permettant au cinéma Britannique d'être représenté dans les salles, c'est plus, bien plus: au-delà de la collaboration enfin entamée avec celui qui deviendra bientôt son partenaire à jeu égal, Powell travaille avec la grande Valerie Hobson, et surtout avec Conrad Veidt, l'un de ses héros, l'un des fers de lance du cinéma Allemand qui l'a tant marqué... Et ça se voit! Et il est reconnu à sa juste valeur, après son excellent film avec Joe Rock (Edge of the world): il travaille désormais aux côtés d'Alexander Korda, véritable producteur de ce film, dans en être crédité. On l'aura compris, tout en étant doté à la fois des avantages et libertés, mais aussi des contraintes du cinéma de genre, The spy in black apporte la preuve que l'auteur Michael Powell en a bien fini avec ses "quota quickies" d'apprentissage... Il retourne en Ecosse où il a tourné son film précédent en 1937, et avec son nouveau complice, bouleverse les rêgles du film d'espionnage en jouant la carte du point de vue, dans une mise en scène innovatrice et élégante, constamment inventive.

 

1917: Le commandant Hardt (Conrad Veidt), commandant Allemand de sous-marin, se voit donner une mission. Il doit se rendre en Ecosse, et prendre contact avec une institutrice qui est en réalité une compatriote. Celle-ci, sous le nom de miss Burnett (Valerie Hobson), doit l'aider à observer la flotte Britannique, et en préparer la destruction, depuis une école située sur la côte. Tout ira bien, jusqu'au moment où l'espion découvrira que la femme qui l'accompagne n'est définitivement pas celle qu'il croit... D'autant qu'il en est clairement tombé amoureux.

 

Le film est surprenant, d'abord par la maturité de son ton, fait d'une subtile ironie, et pour la première partie d'un humour débridé... Qui vire malgré tout au drame à partir d'un certain point. Bien sur, ce qui frappe, dans ce film qui est supposé commencer en Allemagne, dans un hôtel réquisitionné où toute une faune e presse, jouée par des interprètes Britanniques (On y reconnait Bernard Miles), c'est la façon dont Pressburger et Powell adoptent le point de vue des Allemands, sans se livrer à la caricature. Cela restera ainsi, jusqu'à la moitié du film, lorsqu'un plan-séquence d'une grande force fait pivoter sérieusement la sympathie du spectateur, qui jusqu'à présent suivait les aventures d'un espion allemand en teritoire Britannique: à la fin du film, Veidt qui soupçonne quelque chose de louche s'est transformé en une menace pour l'héroïne jouée par Valerie Hobson. Désormais, le film revient dans le giron de l'Angleterre... Pourtant les deux auteurs n'auront jamais de mal, ni de scrupules, à adopter ainsi le 'oint de vue de l'ennemi', ce qui fera souvent la singularité de leur cinéma.

 

Les conversations à double sens entre Valerie Hobson et Conrad Veidt, l'un et l'autre foncièrement humains et symathiques, nous ont presque préparés à l'idée qu'à la fin, l'espion va convoler avec l'espionne... Mais la réalité est toute autre: bien sur, la propagande, à laquelle Powell s'appliquera avec une forte originalité durant toutes les années de guerre, pointe déjà le bout de son nez, et avec Conrad Veidt (Qui vient de fuir l'Allemagne nazie) à la barre, il ne pouvait en être autrement. N'empêche! La belle énergie, le suspense maitrisé, les jeux de point de vue, l'excellence de la prise de vue et de l'éclairage, tout concourt à faire du film une réussite qui va bien au-delà d'une simple distraction, et dont le final, dans lequel "miss Burnett" montre bien ses sentiments dans une belle scène poignante et inattendue, tutoie la grandeur que les 'Archers' atteindront avec I know where I'm going, notamment.

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Published by François Massarelli - dans Michael Powell
15 août 2013 4 15 /08 /août /2013 09:18

Ce petit film est la première production de Powell pour la Gaumont British, et si il est évident qu'il s'agit d'un petit film, produit sur un budget limité, le métier de Powell est déjà là, et de façon étonnante, il se dessine un parallèle avec un autre jeune metteur en scène, qui faisait lui aussi ses débuts à la Gaumont  British au même moment (Et avec le même acteur que la vedette de ce film, Leslie Banks) avec The man who knew too much. The fire raisers est un film de genre, qui permet en effet à Michael Powell de jouer de ruptures de ton assez intéressantes, et de développer un jeu sur le point de vue, le suspense, et le montage qui font du film une petite affaire fort efficace...

 

James Bronton (Leslie Banks) est un agent d'assurance qui manque à la fois de clientèle et de scrupules... il n'h"ésite pas à se rendre sur les lieux d'incendie, et à y trouver des documents compromettants qui s'avèreront parfois intéressants en cas de manipulations à l'assurance. Il peut ensuite faire chanter les industriels indélicats qui ont provoqué eu-mêmes des incendies pour détruire ces documents. Mais il va monter un cran au-dessus, en s'associant avec des incendiaires, menés par l'indutriel Stredding (Francis L. Sullivan) et sa bande... Va-t-il y perdre définitivement son âme, ou en profiter pour se racheter? C'est ce que va révéler l'investigation de Twist (Lawrence Anderson), un détective qui travaille pour la compagnie Lloyd's.

 

L'histoire n'est pas des plus claires, et l'intrigue du film se situant uniquement dans le cadre de ces histoires d'assurance, ça ne le rend pas toujours plus explicite. Pourtant, peu importe: tout ici est jeu de point de vue, d'attachement et de morale. Le bureau de Bronton est le principal théâtre de l'action. Les personnages s'y succèdent, d'autres y sont en permanence: En particulier la secrétaire, Helen, interprétée par Carol Goodner, qui offre une intéressante perspective: elle travaille pour Bronton, mais ne trempe pas dans ses activités douteuses. Par contre, elle est amoureuse de lui, sans jamais le lui avoir dit. Twist, le détective, y vient faire la conversation avec Helen; Bates, un espion de Twist, travaille pour Bronton. Les industriels se suivent et ne se ressemblent pas dans le bureau de Bronton... Pour l'essentiel, on a le point de vue de Bronton, un héros paradoxal puisque ce'est un petit escroc, fort bien interprété par leslie banks qui n'a pas oublié son humour au vestiaire; on a aussi celui de Arden Brent, l'épouse de Bronton, qui apprend tardivement la vérité sur son époux; au moment de rencontrer Stredding, on s'attend comme Bronton à ce que celui-ci ne soit qu'un homme d'affaires malléable dont l'agent d'assurance ne fera qu'une bouchée, mais une scène durant laquelle Powell transfère le point de vue vers Stredding nous prouve le contraire: il remarque en quelques coups d'oeil que sa conversation va être enregistrée, et réussit à manoeuvrer pour empêcher cela...

 

Le final du film, qui voit Stredding tendre un piège à Twist et Bronton, fait grand usiage du montage, et d'un rythme de thriller parfaitement agencé. Il implique des maquettes, et des effets qui permettent à Bronton de se retrouver coincé dans un immeuble en flammes... Lexcitation qui s'endégage n'est pas, une nouvelle fois, sans rappeler les batailles de rues qui font le sel de la fin de The man who knew too much. Mais s'il faut replacer chacun des deux metteurs en scène dans son univers, disons que la façon dont Powell fait feu de tout bois, son refus de vraiment choisir un point de vue, d'une part, et la manière dont Hitchcock construit son film d'une façon rigoureuse, impliquant le suspense dès le départ, font la différence... Ce film, d'ailleurs, n'a pas la dimension ni l'importance historique de son homologue Hitchcockien, tourné il est vrai avec beaucoup plus de moyens... Et ce qui fait principalement le prix de ce film, ce sont les moments où Powell s'ingénie à sortir de son histoire, montrant notamment les sentimenst des deux femmes qui sont amoureuses du même homme. A ce titre, le final du film offre un parfum d'absolu, de passion, inattendu et qu'on retrouvera dans dbien des films du réalisateur.

 

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Published by François Massarelli - dans Michael Powell
13 août 2013 2 13 /08 /août /2013 09:29

David Barr (Leslie Banks) souhaite relancer l'industrie navale Britannique, pour faire reflotter le "pavillon rouge" de la marine Anglaise autour du monde. Mais son conseil d'administration s'oppose à ses plans, d'autant qu'il compte un peu trop sur un projet de loi établissant des quotas de construction pour faire repartir la machine. Lorsque la loi est rejetée, il n'hésite pas à se lancer quand même, quitte à mentir, contrefaire des papiers ou voler, parce qu'il sait que c'est le seul moyen de faire revivre son métier. Paradoxalement, ses manoeuvres et manipulations vont lui faire acquérir certains soutiens cruciaux, dont celui de la belle et riche June McKinnon (Carol Goodner), avec laquelle il va bientôt vivre le début d'une histoire d'amour.

Après une dizaine de films, Powell réalise avec Red Ensign une petite performance assimilable à la quadrature du cercle: dans le cadre des limites inévitables (temps, budget...) de la tâche de confectionner un film dans le but de fournir du métrage et faire vivre l'industrie cinématographique Britannique, il accomplit une allégorie de sa propre situation artistique, et malgré les clichés à la tonne qui alourdissent l'intrigue ravalée de ce drame aux allures de thriller galvaudé, il y expérimente avec le montage (Le but étant principalement de pallier à l'absence de moyens), et avec le point de vue, donnant une résonnance à certaines scènes qu'elles n'auraient jamais du avoir.

 

Il y a des défauts, donc, le principal étant le personnage principal interprété sans aucune pudeur ni subtilité par Leslie Banks à son plus histrionique; mais le film possède un enthousiasme, et va au bout de la route que le metteur en scène s'est fixé: montrer un personnage animé par la foi, au point de s'aliéner tous les gens raisonnables si c'est le seul moyen d'accomplir son but, voire son destin. Et comment ne pas voir une métaphore de Powell lui même au sein de l'industrie du spectacle, dans ce David Barr qui doit résoudre une équation apparemment simple, mais relavent du pire des cercles vicieux: l'industrie navale est en crise, et ce dont elle a besoin pour reprendre ses activités, c'est de faire la preuve de sa solidité, donc... de reprendre. Arrivé à son douzième long métrage en quatre ans, Michael Powell a clairement, quant à lui, fait ses preuves, et le film, aussi ridicule en soit l'intrigue, est habité: la façon dont le metteur en scène réussit à capter le lyrisme des hommes au travail en alternant prises de vues prudentes, stock-shots et vues documentaires est impressionnante, et sa capacité à passer au sein d'une même séquence d'un point de vue à l'autre, réussissant à éviter que ce morcellement débouche sur une diabolisation de tel ou tel personnage est là encore bluffante. ...Il est d'autant plus dommage d'avoir à subir d'éternels discours patriotiques durant les 65 minutes de ce petit film.

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Published by François Massarelli - dans Michael Powell
26 juillet 2013 5 26 /07 /juillet /2013 09:30

Dans les années 30, le nom de Michael Powell est systématiquement associé à ces films qu'il tourne en rapide succession, vite faits et pour autant qu'on puisse en juger dans la mesure où beaucoup d'entre eux sont perdus, bien faits. Rassemblés sous un terme volontiers péjoratif, les "quota quickies", soit des films produits à l'économie afin de remplir les quotas de distribution Britanniques, sont autant de films de genre, qui vont permettre au moins au metteur en scène de roder son métier, et dans certains cas, son style... C'est justement ce qui fait le prix de The phantom light.

 

Sam Higgins (Gordon Harker), un gardien de phare bourru d'origine cockney, arrive dans une petite ville côtière du Pays de Galles, où il doit prendre la relève dans un phare; on est en plein mystère: les gardiens ne font pas long feu: deux sont morts, et un autre y est devenu à moitié fou. Il ne tarde pas à remarquer que d'autres Anglais arrivent sur place: un homme qui prétend être un reporter (Ian Hunter), mais aussi une jeune femme qui ment comme une arracheuse de dents (Binnie Hale) tentent de venir au phare également, et vont finalement y parvenir, alors que le mystère s'épaissit: les croyances locales font état d'une "lumière fantôme" qui guide les bateaux vers les récifs, et cet étrange phénomène va justement se manifester.

 

Opposant d'une part les deux "jeunes" (Hunter et Hale) au "vieux" Londonien auquel on ne la fait pas, et d'autre part le gardien de phare stoïque au verbe haut, et les habitants paralysés par une criyance superstitieuse, Powell ne fait pas vraiment dans la dentelle... mais on est ici en pleine aventure, au sens codé du terme: tout peut arriver, et tout arive, et on ne dispose que de 75 minutes pour le tout. Le metteur en scène respecte le cahier des charges du genre, avec une intrigue menée tambour battant et un montage serré, plus des gags et des bons mots qui sont souvent l'apanage de Gordon Harker (Un acteur râleur déjà aperçu dans des Hitchcock muets, et une vedette populaire à l'époque), et un suspense comique autour du personnage qui sera longtemps mystérieux de la jeune femme interprétée par Binnie Hale; Powell utilise aussi les ressources à sa disposition, dans ce film tourné pour partie sur la côte Galloise, et profite de l'occasion pour montrer comment on peut utiliser la beauté naturelle et les éléments (De nombreux plans sont tournés en mer, de nuit) pour installer une atmosphère: ce qu'il fera dans le splendide I know where I'm going, par exemple... Maintenant, que l'intrigue soit fumeuse, et vaguement absurde, importe peu... Ce film est le meilleur des rares "quota quickies" disponibles, peu d'années avant que Powell largue les amarres et sous l'impulsion de Joe Rock, ne tourne le magnifique Edge of the world.

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Published by François Massarelli - dans Michael Powell