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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 21:38

L’une des meilleures indications de ce qu’il faut penser de ce petit film curieux, c’est sans doute qu’alors que des livres entiers sont publiés sur les « grandes oeuvres » de Griffith, les seules rares mentions de ce film sont pour signaler qu’il a été exploité avec une tentative de sonorisation rudimentaire et parait-il (la copie examinée en étant dénuée) assez peu glorieuse. On en parle parfois aussi pour faire des comparaisons peu flatteuses avec l’autre, plus prestigieuse adaptation des romans de Thomas Burke, Broken blossoms.

De fait, la comparaison tourne fatalement à l’avantage de ce dernier film, qui a beau tenter de forcer occasionnellement la main du spectateur (Construction linéaire, actrice trop vieille pour le rôle, maquillage incertain) mais ne parvient absolument pas à détourner son attention de l’intensité du drame. Or, ici, c’est le contraire: la richesse, la complication de l’intrigue, la multiplication des personnages, le ton parfois léger, tout mène malgré tout à l’ennui devant un film raté, vite fait mal fait, malgré des images parfois superbes. Les acteurs n’y croient que peu, et on devine que comme d’habitude, le metteur en scène a tellement improvisé que le plupart des acteurs ne savaient pas exactement ou ils allaient…

L’histoire est une vague intrigue romantique sur fond de pauvreté, parfois Dickensienne (l’histoire originale est située à Londres, et de nombreux éléments nous le confirment, mais l’héroïne, jouée par Carol Dempster est originaire du Sud, certainement pas le sud Londonien quand on connait Griffith.). Tout comme dans Broken blossoms, Griffith joue avec les préjugés raciaux, mais Carol Dempster, contrairement à Lillian Gish, ne laissera pas Swan Way, joué par Edward Pell (Evil Eye, déjà le méchant, dans Broken Blossoms), l’approcher, précipitant le drame. L’histoire est centrée autour de Carol Dempster, donc, la jeune fille à sauver, comme toujours assez énergique, et de deux frères, qui sont mêlés à des trafics louches, et qui sont de fait concurrents en amour. Sinon, comme toujours, famille en détresse, perte d’un parent (ici le père de Carol Dempster), trahison, sacrifice, rédemption… Griffith joue les mêmes cartes, et fait donc bouillir la marmite. Du moins il essaie : le film n’a pas marché, et coincé entre Way down east et Orphans of the storm, il a été oublié, tout simplement.

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Published by François Massarelli - dans Muet David Wark Griffith 1921
4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 21:30

The idol dancer et The love flower sont contemporains, et montrent comment Griffith commence à réfléchir à la relève qui sera nécessaire quand Lillian Gish partira... Ce qui ne tardera pas. Les deux films sont basés sur un exotisme de pacotille, mais si The idol dancer est mauvais, celui-ci est bien plus intéressant...

The Love flower, donc, a bénéficié de plus de soins. Pour commencer, le scénario est intéressant, proche d’un thriller : on est ici chez un Griffith plus adulte, qui a des questions à poser à ses personnages, et le fait qu’ils soient peu nombreux sert bien son propos.
L’histoire tourne autour d’une famille, les Bevan : le père (George McQuarrie) a causé involontairement la mort de l’amant de sa femme, et prend la fuite avec sa fille (Carol Dempster) ; ils se réfugient dans une île des mers du sud, ou ils se tiennent à l’écart de toute trace des blancs. Jusqu’au jour ou Crane (Anders Randolph), un détective à la réputation infaillible, vient les chercher, aidé par un jeune homme, amoureux de la jeune femme, et qui n’avait pas conscience du malheur qu’il leur apportait (Richard Barthelmess).

Les plus étonnants ingrédients de ce petit film qui fait partir son intrigue d’un crime, c’est bien sur que techniquement, le père est bien un criminel, ce qui n’empêche pas Griffith de nous demander de prendre parti pour lui, ainsi que sa fille, d’ailleurs. Sinon, la façon dont la fille tente de sauver son père, ne reculant pas devant le sabotage, la violence, et même la tentative de meurtre sur la personne du détective, rend le film encore plus intéressant. Dempster le joue avec conviction, passion même, ce qui fait de son personnage un rôle beaucoup plus riche que bien d’autres héroïnes éthérées. Elle est plus charnelle, aussi ; on sait que Griffith avait de sérieux sentiments pour Miss Dempster, mais on sait aussi qu’il avait la tentation de l’effeuiller dans ses films. Ici, il la fait beaucoup nager en chemise…

Barthelmess, qui aura beaucoup à faire pour sauver Lillian Gish d’un destin fatal plus tard dans l’année dans Way down east, est ici un assistant pour la jeune femme, la suivant dans ces décisions, approuvant même le désir de tuer le cas échéant. Un climat âpre, renforcé par l’isolement des personnages. A l’opposé de l’innocence et de l’état de nature des îles présentées dans Idol dancer, la présence de Crane, et son implacable sens de la justice aveugle, transforme le lieu en un petit enfer. On n’est finalement dans le sillage d’un film comme Victory de Maurice Tourneur (d'après Joseph Conrad), sur des prémices similaires, même si Griffith, novice dans ce genre de drame criminel, est beaucoup moins à l’aise. Cela ne l’empêche pas d’être enthousiaste, et son film culmine dans une série excitante d’actions violentes, avec siège, séquestration, tentative de meurtre, mensonge et dissimulation. Bref : Le bonheur du cinéphile, on l’a bien compris. Sinon, Griffith s’essaie bien naïvement à la cinématographie sous-marine afin d’accompagner les mouvements gracieux et aquatiques de la naïade Carol Dempster. Quant à celle-ci, décidément, il faut sans doute la réhabiliter.

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Published by François Massarelli - dans David Wark Griffith Muet 1920
4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 21:26

Tournés simultanément en Floride par un Griffith désireux sans doute de retrouver ses années Biograph, lorsqu’avec une équipe soudée il tournait un film par semaine, The idol dancer et The love flower font partie d’un pan totalement abandonné et oublié de l’histoire, tant de Griffith que de celle du cinéma. L’impression générale est qu’il n’y a au mieux rien à en dire, contrairement aux grandes épopées (Intolerance), et contrairement aussi aux grands mélos (Broken blossoms) ou aux petits films familiaux (True heart Susie). De fait, ce sont de purs petits films de genre, sans aucune autre ambition affichée. Sur Idol dancer, on ne va pas cacher longtemps que c’est un film totalement inintéressant.

The idol dancer se passe sur une île. Le révérend Blythe est un missionnaire natif du New Hampshire, dont le neveu neveu Walter Kincaid quitte la Nouvelle Angleterre pour demeurer auprès de lui, espérant que le climat local va améliorer ses problèmes de santé. Il tombe amoureux de la jeune sauvageonne Mary mais celle-ci a des vues sur un vagabond, Dan McGuire, aux idées nihilistes bien arrêtées. Walter, quant à lui, est plutôt enclin au puritanisme et à la probité. Mais lorsqu’il tombe malade, Mary se rapproche de lui afin d’aider sa guérison, et elle se rapproche aussi du Christianisme.

Walter Kincaid, c’est Creighton Hale, dans le premier d’une série de rôles de nigauds cosmiques, le plus célèbre restant son « professeur » dans Way down east. Mais on le verra aussi chez Borzage (The circle), ou encore Paul Leni (The cat and the canary). Dan est interprété par Richard Barthelmess, l’un des rares points communs entre les deux films ; Sinon, la jeune Clarine Seymour interprète Mary, qui sera son unique rôle de premier plan avant son décès prématuré. On le voit à la lecture du synopsis, on est dans le délire vaguement Chrétien, même si cette tendance au prêchi-prêcha n’est qu’une façade : ce qui compte pour Griffith, c’est de permettre à Clarine Seymour de faire tourner les têtes en agitant son popotin, et éventuellement d’agiter pour sa part son habituel chiffon rouge raciste, en représentant d’abominables indigènes dont la bêtise et la cruauté, sans parler de leur sensualité bestiale, nous rappelle ce que vaut vraiment la tolérance façon Griffith…

L’histoire est indigente, le final habituel en forme de maison assiégée totalement irritant (et traité par-dessus la jambe), et Clarine Seymour est nulle.

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Published by François Massarelli - dans Muet David Wark Griffith 1920
4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 21:19

Le deuxième des "petits films de Griffith" sortis en 1919, The girl who stayed at home, nous montre Griffith expérimentant avec de nouveaux acteurs ; Carol Dempster, Richard Barthelmess, Clarine Seymour sont les principaux protagonistes, complétés par le vétéran Bobby Harron.  

L’histoire est du pur Griffith symboliste: un homme qui a fui l’issue de la guerre de sécession er a refusé de reconnaitre la victoire du Nord s’est réfugié en France ou il vit avec sa petite fille (Dempster). Celle-ci est très courtisée par des amis Américains, en particulier un beau jeune homme, dont elle visite occasionnellement la famille. Elle se fiance néanmoins selon le vœu du grand-père avec un noble français. A la déclaration de guerre celui-ci s’engage et sera parmi les premières victimes ; on assiste ensuite à l’engagement du grand frère Grey (Barthelmess), et aux hésitations comiques du jeune frère, un dandy joué par Bobby Harron. Celui-ci est amoureux d’une jeune vamp toute droit sortie des films de Cecil B. DeMille (auquel Griffith a piqué un « signe » : elle écoute en l’absence de son chéri un disque dont le titre nous apparait : When you‘re back). Finalement il s’engage et tous deux finiront des héros, alors que devant les dégâts causés par les Allemands et le comportement héroïque des Américains, le grand père confédéré se rend à l’évidence et fait la paix avec sa nation, il va désormais remplacer son drapeau sudiste par un beau « stars and stripes ».

Oui, bon, en effet c’est ridicule.  Mais le ton est si léger, les péripéties si bien menées, et le jeu de tous ces gens fait qu’on suit ce film avec énormément de plaisir. Il nous laisse moins voir la supposée vie intérieure codée de ses personnages, n’abuse pas de ses gros plans déconnectés de l’intrigue, et franchement Carol Dempster est tout à fait à sa place ici. Par surcroît, le rôle confié à Clarine Seymour, qui ressemble un peu à Bebe Daniels et dont la coiffure accentue cette ressemblance, est intéressant par le fait que cette-fois, la vamp est montrée sous un jour finalement positif : elle a le choix entre un homme riche et un homme qu’elle aime, et fait le bon choix. De même, le stéréotype des Allemands brutaux et cruels (représentés dans le film par Edward Pell) est contrebalancé par un soldat présenté comme un descendant de Kant : non seulement il est humain, mais en prime il sauve Carol Dempster du viol contractuel (Au passage, Griffith ne se prive pas pour la déshabiller au passage, ce qui confirme: elle n’est pas Lillian Gish.  Il refera le coup dans America en 1924) avant de mourir. Il est marqué par un indice Griffithien d’humanité : il aime sa maman.
 
J’ai souligné ici et là les rapports de ce film avec les films contemporains de DeMille, mais s’il fallait choisir entre The little American et celui-ci, je pense qu’il serait judicieux de privilégier le film de DeMille avec Mary Pickford, qui est plus réussi, et pour tout dire beaucoup plus distrayant. Cela étant dit, ce film mineur ouvre un certain nombre de voies, par sa durée, son énergie et le fait que ses jeunes acteurs relèvent plus que bien le défi. On les reverra…

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Published by François Massarelli - dans Muet 1919 David Wark Griffith Première guerre mondiale
4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 21:15

Après Intolerance, et son semi-échec, Griffith a eu fort à faire. La commande d’un film de propagande des forces armées alliées a donné non pas un, mais deux films : Hearts of the world (Avril 1918), déjà mentionné, mais aussi le film perdu The great love (Aout 1918). Il retrouvait une dernière fois Henry B. Walthall dans ce dernier, aux cotés du fidèle Bobby Harron et de Lilian Gish. Griffith va jusqu’à ré-utiliser la guerre et ses images dans le film suivant, également perdu, The greatest thing in life (Décembre 1918) : ces deux films ne semblent pas avoir laissé une grande impression, et le terme propagande les décrit sans doute assez bien.

L’année 1919 commence avec la sortie de deux films, A romance of happy valley (Janvier 1919), et The girl who stayed at home (Mars 1919). Ce dernier revient une fois de plus à la première guerre mondiale, mais le premier des deux est la première pierre d’une série de films "domestiques" qui mènent, de comédie en chronique familiale, à Way down East… Il serait donc mal venu d’imaginer un Griffith à terre, il a encore des choses à dire… Il est intéressant de voir qu’avec ces deux films consécutifs, Griffith nous montre l’étendue de sa palette. Mais ils sont peut-être précieux d’abord par leur durée; Griffith a beaucoup donné dans les grandes machines, et il est maintenant attiré par des films de plus petite taille. Cette période, qui le voit flirter avec les genres, en expérimentant de nouveaux, alternant les films très personnels avec des petites histoires destinées à faire bouillir la marmite, est l’une des plus intéressantes de sa carrière, et nous donnera aussi des films très importants, Broken blossoms en tête.

Par ailleurs, on est en droit de se dire qu’il revient à l’esprit de ses années Biograph, se reposant sur une équipe soudée, et sortant film sur film. A romance of happy valley repose largement sur le couple Harron/Gish, mais l’accent est mis sur l’homme cette fois ci. Ce sera le contraire avec True Heart Susie ; on peut donc imaginer que Griffith a fait ce deuxième film en réaction à une demande de sa star principale. Le jeune homme veut donc quitter son cocon familial dans le Kentucky (le berceau du réalisateur) pour tenter sa chance dans la grande ville corruptrice. On assiste à l’attente de sa petite fiancée durant huit ans, et au retour bizarre et qui vire au suspense gauche et inutile, du fils prodigue. Les scènes de l’exposition, qui voient Griffith reconstituer la petite vie d’une bourgade du Sud, sont attachantes, et le film est très mignon, mais pas à la hauteur de True Heart Susie.

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Published by François Massarelli - dans Muet David Wark Griffith 1919 Lillian Gish
4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 15:33

En 1928, c’est un Griffith rentré dans le rang qui met en scène ce film: désormais au service de Joseph Schenck, en partenariat avec … mary Pickford pour la United Artists, le conglomérat d’artistes indépendants que Griffith a contribué à créer. S’ils l’ont laissé choisir un sujet à sa convenance (Déjà tourné lors d’une période incertaine pour faire bouillir la marmite en 1914, le film étant perdu), s’ils l’ont laissé travailler avec ce vieux Bitzer, l’ajout de Karl Struss à la cinématographie est très symbolique : il s’agit de rajeunir coûte que coûte le vieux Griffith ; de même, l’intrigue de la pièce adaptée est ramenée en plein jazz age, et les toilettes des actrices rappellent à tout moment la date de création du film.

Jean Hersholt, le Marcus de Greed, joue William Judson, un homme aux finances confortables et à la famille idéale : une épouse élégante (Belle Bennett), un fils quasi inexistant (William Bakewell), une fille volontaire et futée, Ruth (Sally o’Neill). Il croise la route d’une jeune femme (Phyllis Haver) qui en a après son argent, et va laisser le démon de (L’après-) midi détruire peu à peu sa famille… Mais heureusement, l’appât du gain chez la jeune femme est tel, et la fille Judson est si futée, que tout finira par rentrer dans l’ordre.

Avec un tel synopsis, on peine à croire qu’on est chez Griffith, et c’est d’ailleurs souvent confirmé en visionnant le film. Le problème, c’est qu’on n’est pas non plus chez Lubitsch, voire Clarence Badger ou Mal St Clair, voire Charley chase ou Harold Lloyd : le cinéma Américain des années 20, que ce soit sur son versant burlesque ou du coté sophistiqué de la comédie, savait très bien faire pétiller ce genre de film. Mais ici, en dépit de quelques scènes fort distrayantes, et malgré l’attachement réel qu’on porte aux personnages, ce bon Judson en tête (C’est un Hersholt en mode Nounours !), on ne peut pas dire que ça pétille! De plus, Griffith choisit la rupture de ton afin de pouvoir rattraper le film avec son forte, le suspense émotionnel, mais les scènes (un égarement de Mrs Judson, qui va peut-être se jeter dans le vide, puis le désir de Ruth de tuer la maitresse de son père), mais ces scènes ne s’intègrent pas dans l’ensemble. Aussi sympathique soit-il, Hersholt ne peut pas non plus empêcher l’ennui de s’installer devant ces scènes de comédie poussive qui le voient longuement se battre avec des techniques pour maigrir, sur plusieurs longues minutes de pellicule : Griffith, on le sait depuis Way down East, ne comprenait pas grand chose à la comédie. Avec tous ces défauts, le film reste quand même franchement regardable, mais on regrette que le metteur en scène se soit contenté, tant qu’à explorer le versant dramatique de cette situation vaudevillesque, de traiter le sujet en mode binaire : vaudeville d’un coté (La tromperie de Phyllis Haver avec un escroc, les efforts de dissimulation et les mensonges de Judson, et même le coté « Sauvons Maman ! » de la jeune Ruth) , tragédie de l’autre : pour Mrs Judson, il n’y a plus rien à faire. Mais cette figure tragique, passive et inerte, laisse à désirer. On se réjouit de voir que le metteur en scène évite au moins de retomber dans son moralisme facile, mais tant qu’à jouer la carte tragique, il aurait pu aller plus loin dans la peinture de la désagrégation du couple, dans la mise en perspective des scrupules du père (il hésite durant deux secondes !) . Mais de toutes façons, pourquoi tant en demander ? Le but de ce film, était de remettre en course le vieux Griffith, le réactualiser. C’est un film agréable, peu ambitieux, et qui a sans doute redonné confiance à la fois au metteur en scène et à ses producteurs. Griffith allait encore tourner trois films pour la United Artists, et bientôt passer au parlant.

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Published by François Massarelli - dans Muet David Wark Griffith 1928
4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 15:30

En 1925, Griffith est amené à produire ce film d’après une pièce à succès, Poppy, dans laquelle s’est illustré W.C. Fields. On peut s’étonner d’un pareil choix, et les critiques se sont généralement divisés en deux camps distincts : les défenseurs du film, attribuant généralement les qualités à Fields, parfaitement à l’aise dans un rôle sur mesure, et les détracteurs, qui ne pardonnent pas à Griffith de s’attaquer à un sujet qui ne lui convient pas. Sans parler de la malédiction de Carol Dempster sur les épaules de laquelle le film repose énormément. Pourtant, et sans aller jusqu’à suivre Claude Beylie qui s’est attaché à défendre dans un magnifique article (Griffith, sous la direction de Jean Mottet, L’Harmattan, 1984) les films jugés comme mineurs de Griffith, je donnerai sans doute tout America pour certaines séquences de ce film.

Evitant le piège du théâtre filmé, Griffith donne beaucoup de mouvement à cette histoire, basée sur un mélo typique : une jeune femme (Dempster) élevée dans un cirque a été élevée par le « proffesseur » (sic) Eustace Mcgargle (Fields), un escroc-bonimenteur qu’elle considère désormais comme son propre père. Celui-ci se rendant compte qu’il lui sera difficile d’éviter à la jeune femme les dangers de la vie (En gros, elle est jolie et naïve, et on est dans un mélo, donc tous les hommes sont des loups.), il l’emmène en Nouvelle-Angleterre afin de retrouver la famille de Sally : le grand père (Erville Alderson), un juge qui a désavoué sa fille lorsque celle-ci a épousé un homme du cirque, et une grand-mère à jamais inconsolable de la perte de son unique fille (Effie Shannon). La jeune femme, lors de ce voyage, n’est au courant ni de la filiation ni de la volonté du « proffesseur » de la confier à sa famille. Elle va, inévitablement, rencontrer un beau jeune homme (Alfred Lund) dont elle va tomber amoureux, et qui se trouve être le fils du meilleur ami du juge. Celui-ci se verra confier la tâche d’éloigner du jeune homme la saltimbanque, une mission dont il va tâcher de s’acquitter avec efficacité.

L’intrigue permet de varier les décors, depuis le cirque du début à la splendide et coûteuse maison du juge Foster, en passant par la prison, le palais de justice et même la campagne verdoyante ou des scènes de poursuite automobile quasi burlesques ont été improvisées autour de W.C. Fields. L’ensemble du film est centré non pas sur Fields lui-même, mais sur le couple Fields-Dempster, manifestement complices. Griffith, toujours attaché à mettre en valeur sa protégée contre les nombreux détracteurs, lui a d’ailleurs donné le « Star billing », avant Fields. Elle doit, dans ce film, jouer le mélodrame en usant beaucoup du canon Griffithien de la jeune adolescente infantile, à la façon de Mae Marsh dans Intolerance, avec une hyperactivité rendue plus forte par le fait que Dempster joue beaucoup de son corps (En tout bien tout honneur, on est chez Griffith, quand même) ; elle est danseuse dans le film comme dans la vie, ce qui permet à griffith de placer une scène qui nous rappelle immanquablement Way down east : invitée par Mrs Foster à danser pour ses invités, elle se déguise en dame de la haute société et dame le pion à tous les bourgeois présents, telle Lillian Gish dans une scène d’élégance au début du film précité. Le reste du film voit Sally déambuler dans une petite robe sans forme, avec des bas noirs, des chaussures plates et un chapeau boule… Dire de Dempster qu’elle est bonne actrice relève du défi, de la mission impossible, tant elle est poussée à jouer, grimacer à la façon dont Griffith s’imagine que les toutes jeunes filles le font. Certaines scènes pourtant, lui permettent de s’investir autrement. Sa faculté d’afficher des larmes, déjà remarquée dans America, est mise à profit dans les scènes au cours desquelles elle est jugée, et passe le plus clair de son temps à crier que son « Pop » va arriver pour la sauver, et la scène la voit s’enfuir, poursuivie par des policiers, dans une scène de poursuite spectaculaire : jamais elle n’y joue les poules décapitées, contrairement à Lillian Gish ou Mae Marsh : elle y possède une assurance physique qui est pour beaucoup dans le plaisir qu’on prend lors de la scène. La scène de quasi viol dans america lui permettait de montrer là aussi plus de prsence physique que l'aurait demandé Griffith à ses autres actrices ("Lève les bras au ciel, Mae! Bien, roule des yeux, maintenant!")

Fields, en, 1925, est déjà le Fields de toujours, la parole (Et quelques kilos ) en moins… il est donc burlesque dans le mélo, son regard plein d’une assurance d’escroc toise le reste du casting avec autorité. Mais le mélange, qu’il soit ou non voulu par Griffith entre comédie, voire une timide tentative de slapstick, et le mélo classique a bien du mal à prendre. Il me semble que c’est une erreur d’avoir utilisé le montage alterné pour passer d’une poursuite dramatique (Sally, dans sa fuite) à l’autre, franchement burlesque (Fields, se battant à la fois contre sa voiture et contre des poursuivants qui veulent l’empêcher de porter secours à Sally). Néanmoins, et malgré le mélange des genres, on se réjouit de voir Griffith essayer de renouveler la poursuite finale…

Au final, ce film se laisse regarder, en dépit de sa longueur ou de ses mélanges de genre mal fichus , avec plaisir. Il faut dire que le metteur en scène, peut-être résigné par son travail sur la pièce d’un autre, scénarisé par un autre (Forrest Halsey), a enfin daigné abandonner les intertitres verbeux, sentencieux tendancieux et redondants, et cela rend le film plus léger, ô combien. Sally of the sawdust a été suivi d’une autre collaboration entre Fields et Griffith, avec Carol Dempster, le film That Royle girl, mais celui-ci est perdu.

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Published by François Massarelli - dans David Wark Griffith 1925 Muet
4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 15:25

Sorti en 1924 sous le titre America or love and sacrifice, cette grosse production avait hérité du titre Français, supposé plus explicite, de « Pour l’indépendance ». L’ironie, c’est que derrière cette rare intrusion du prestigieux cinéaste presque quinquagénaire dans l’histoire sacrée de la Révolution Américaine, se cache la dernière tentative de sauver son indépendance et son statut de père du cinéma Américain. C’est raté ; 1924 est une très grande année : sortie de classiques immortels (Greed, Thief of Bagdad, The marriage circle, The iron horse) , réalisation de grandes œuvres (The gold rush) et aussi la création de la MGM , qui éclaire d’un jour nouveau l’économie et le mode de production du film US. Entre l’affirmation d’un art de metteur en scène voulu par Griffith, et la toute puissance du système de production dans lequel le « director » est un employé, l’histoire a tranché. Bien sur, d’autres auteurs ont réussi à maintenir leur position, tels Chaplin ou DeMille, mais Griffith était déjà dans une position délicate depuis trop longtemps. Qui plus est, comparé à la concurrence, son film ne tient pas la route…

Griffith se lance donc dans un quitte ou double qui doit lui permettre de redorer son blason : depuis Orphans of the storm, aucun film n’a marché, et ceux qui auraient eu des chances de rapporter des sous ont vu leur budget alourdi par des dépenses imprévues : on l’a beaucoup dit, et cela pourrait être vrai :la nouvelle vedette de Griffith, Carol Dempster, a exigé de son mentor un final grandiose pour un petit film (One exciting night), afin de se voir traitée à l’égal de Lillian Gish… le budget a ainsi explosé, rendant tout bénéfice impossible pour ce qui était à la base une petite comédie à suspense. Dempster, dont Griffith s’obstinait à vouloir faire une star, est de retour ici, avec un ensemble d’acteurs parmi lesquels le seul vétéran vraiment visible est le grand Lionel Barrymore. Sinon, Neil Hamilton et Louis Wolheim pour s’en tenir aux noms connus, sont de la partie. Le bon vieux Bitzer est toujours là, mais il n’est que l’un des opérateurs. Sinon, le scénario est crédit à l’écrivain Robert Chambers (Ce n’est pas un énième pseudonyme de Griffith) et pourtant, l’histoire de ce nouveau film est un ensemble de scènes recyclées de Intolerance, Birth of a nation, et Orphans of the storm.

Le but officiellement poursuivi par Griffith est commémoratif : donner à voir aux spectateurs Américains un album d’image, tourné en Nouvelle-Angleterre, des grandes dates de la guerre d’indépendance, rassembées en une histoire typiquement griffithienne : en Virginie, une famille « Tory » (Loyale à l’Angleterre), les Montague, assiste à l’éclosion d’une rebellion, dont l’un des membres, le jeune Nathan Holden (Hamilton), est amoureux de la jeune Nancy Montague (Dempster). Les Montague, par ailleurs amis de George Washington, restent volontiers loyalistes, jusqu’ à ce qu’un certain nombre d’incidents les poussent à changer de camp : le jeune Charles, d’abord, va rejoindre les rebelles, après avoir assisté à une répression sanglante (Réminiscente de Intolerance). Nancy choisit le camp rebelle par amour, et le père Montague réagit après avoir été témoin du comportement ignoble des soldats loyalistes acoquinés avec des Indiens (A la façon du père Stoneman, qui professe l’égalité durant tous le film, mais s’indigne des demandes extravagantes de Sylas Lynch dans Birth of a nation). Le film est noyé sous les intertitres, qui redondent à tout va, explicitent et didactisent, et excusent un certain nombre de choses. Afin de ne pas s’aliéner le public Anglais, Griffith a par ailleurs un réflexe malheureux, renvoyant l’essentiel des combats menés au nom du roi à la responsabilité d’un groupe de renégats menés par le capitaine Butler (Barrymore) présenté souvent comme une être aux passions débridées : on devine que l’homme ne déteste pas ajouter des squaws à son ordinaire ; ses hommes font pire : ils se déguisent en Indiens pour commettre leurs forfaits. Pour un peu, on croirait à la vision du film que cette guerre d’indépendance a été principalement un combat pour la pureté de la race… Fâcheux coup pour la célébration de la naissance des idéaux politiques démocratiques Américains, passés à la trappe. Sinon, les images d’Epinal sont là, la reddition de Cornwallis à Washington, la prière de Washington à Valley Forge sur un tapis de neige, la chevauchée de Paul Revere… ce sont les plans les mieux composés du film. Les scènes de bataille retrouvent la lisibilité légendaire de Naissance d’une nation, et Griffith ayant posé une famille comme principal vecteur de son histoire peut laisser libre cours à son motif favori : la maison assiégée. La meilleure séquence du film voit ainsi Barrymore et ses soldats s’inviter chez les Montague, et envahir la maison ou les orgies et beuveries vont se succéder. La vertu de Nancy Montague, convoitée par le Capitaine Butler, devient ainsi l’enjeu de la lutte, lorsque Nathan Holden s’introduit dans les lieux pour déjouer les plans des ses ennemis. Cette scène est aussi un rappel de Four horsemen of the apocalypse, en moins efficace : on se souvient de ce manoir pris d’assaut par les soudards Allemands menés par un Wallace Beery en répugnant officier prussien. Mais dans le film d’Ingram, il n’y avait pas cette menace de viol, un trait décidément ultra-Griffithien. A ce sujet, Dempster, l’héroïne que tous convoitent, n’est pas mauvaise, contrairement à la légende. Son visage particulier et ses yeux étranges lui donnent une allure intéressante, et lors d’une scène avec Barrymore, elle joue beaucoup de sa présence corporelle (Elle était danseuse). La scène de la mort d’un proche est jouée avec une sincérité inattendue et de vraies larmes, ou en tout cas ce qui y ressemble… Une autre scène située à la fin du film voit les héros réfugiés dans un fort, envahis par des Indiens assoiffés de sang, pendant que les rebelles chevauchent afin de les sauver… Pourquoi changer de marmite quand la soupe est bonne ?

Bon, sans être un pensum de bout en bout, le film n’est pas brillant. Le motif familial auquel le metteur en scène tenait tant a fait long feu, et on s’irrite de le voir ressortir une fois de plus, surtout lorsque sur le même principe, Ford a fait beaucoup mieux la même année(La vision Lincolnienne des Etats-Unis comme une famille à unir, renvoyant à la symbolique du train, fil rouge de The iron horse, un film dans lequel l’influence Griffithienne est très présente.) De surcroît, America est un gros mélange, on l’a vu, et les gênantes opinions raciales de Griffith ne peuvent décidément pas se cacher. Qui plus est, ce film est sans doute celui pour lequel la vision historique est la plus crûment démontrée comme indigente. L’âge? Le fait de n’avoir plus rien à perdre? Qui sait. En tout cas, le muet se finira sans qu’aucune épopée Griffithienne ne voit le jour. Quant à son indépendance, elle était définitivement derrière lui. En 1926, après d’autres films moins imposants que celui-ci, Griffith allait tourner pour la Paramount Sorrows of Satan.

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Published by François Massarelli - dans Muet David Wark Griffith 1924
4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 15:22

Le traitement de l'Histoire chez Griffith est une affaire entendue: il suffit de voir ou revoir le début de ce film pour comprendre: en quelques plans, quelques intertitres, Griffith nous refait l'histoire de France afin de proposer aux spectateurs un contexte approprié aux aventures de ses héroïnes prises dans la tourmente. Il assène donc que les Français sont mal gouvernés (Par des "Kingly bosses", pas par un roi, la nuance est intéressante) et qu'ils vont légitimement se révolter contre les nobles et leur gouvernement. mais il nous propose aussi en complément la suite de l'histoire dans laquelle il assimile joyeusement Robespierre aux bolcheviks. Il termine son introduction en conseillant aux Américains de ne pas se laisser faire par la tentation du communisme. Comment pourrait-on le prendre au sérieux après ça? D'ailleurs le film ne nous encourage pas à la faire; ces Deux orphelines ne sont pas une leçon d'histoire, juste un mélo excessivement distrayant, qui déroule tranquillement ses 150 minutes de péripéties irrésistibles autour du vieil argument: deux jeunes filles, orphelines depuis peu, se préparent à aller à Paris pour consulter un spécialiste: l'une d'elles, Louise (Dorothy Gish) est aveugle, et pourrait éventuellement guérir. Elles arrivent dans un Paris agité que Griffith a fait exprès de situer en pleine révolution, et Henriette (Lillian Gish) se fait kidnapper dans le but de servir d'apéritif à une orgie. Laissée seule, Louise se fait enlever par une famille de margoulins, dont la mère, interprétée par la grande Lucille La Verne (Pour laquelle l'expression "laideur fascinante a sans doute été inventée) terrorise la jeune fille, l'obligeant à mendier. Pendant ce temps, Henriette échappe à un destin pire que la mort, se fait des ennemis, rencontre un Danton interprété par Monte Blue et un jeune premier du nom de Joseph Schildkraut. Ca n'arrête pas, ça court dans tous les sens, les décors sont comme d'habitude très soignés...

S'attendre à la moindre innovation de la part de Griffith, ce serait trop en demander, mais s'il applique une formule, il le fait ici avec le plus grand succès, et joue soigneusement avec nos nerfs dans un grand nombre de scènes. Citons pour la bonne bouche deux scènes souvent commentées: Henriette discute avec une femme de la noblesse (Qui n'est autre que la vraie maman de Louise qui a été adoptée par la famille d'Henriette), lorsqu'elle entend, venant de la rue, la voix de sa soeur; Elle est en train de mendier dans la rue: Henriette la reconnait, l'appelle, et s'ensuit une scène d'hystérie collective menée sans faux semblants par les soeurs Gish... Sinon, l'inévitable scène de condamnation à mort, suivie de charrette, suivie de menace de guillotine, donne lieu à un climax en pleine forme de Griffith, qui se plait à ajouter une dosette de sadisme en plus pour enrichir le tout: lorsque Henriette est condamnée à mort, Louise est dans la salle. Les plans de Jacques-Sans-oubli, le juge qui en veut personnellement à Henriette en qui il voit un symbole de l'oppression et de la collaboration, sont alternés avec ceux de Louise qui essaie de comprendre la situation, et avec ceux d'Henriette qui demande a être condamnée en silence pour épargner sa soeur, qu'elle a cherchée durant tout le film. Danton s'improvise en sauveur de jeune fille en détresse, avec ses cavaliers qui nous rappellent une autre chevauchée, décidément dans toutes les mémoires.

Donc, c'est très distrayant, mais le fait est que Griffith n'a plus de bouleversement à apporter. Ce film a été exploité avec un système de sonorisation (Déjà essayé sur Dream Street, en 1920) et un procédé d'illumination pour compléter les teintes, déjà utilisé dès Broken Blossoms. On remarquera que les innovations techniques ainsi mises en avant par la publicité sont extérieures au film: après Intolerance et son histoire compliquée, Griffith n'a peut-être plus envie de prendre des risques. Après tout, en 1921, il appartient à la vieille garde; ce film, un véhicule pour les soeurs Gish qui s'apprêtent à quitter Griffith, est bouclé avec panache, mais sera suivi d'autres oeuvres qui peineront, si on en croit les réactions des critiques, contemporains et autres, à rivaliser avec les Lubitsch, Stroheim, Chaplin, Ingram... Mais il faut défendre ces films, qui nous réservent sans doute d'autres frissons, des petits plaisirs, et peut-être plus... Ici, réjouissons-nous de quitter les soeurs Gish ensemble, dans un film haut en couleurs.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1921 David Wark Griffith Lillian Gish
19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 20:22

Ce long métrage est entièrement taillé sur mesure pour l'énormité de John Barrymore, qui ne s'en est jamais vraiment remis, et c'est le premier Jekyll important. Il ressemble à une démonstration du savoir-faire de la Paramount en matière d'ambiances et de mise en valeur des images. L'histoire est aussi un prétexte intéressant pour une descente aux enfers de l'humanité, ce dont Robertson ne se prive absolument pas... Le film aurait pu être bien anodin, s'il n'y avait eu la volonté affichée de traiter le sujet de manière appropriée: en rendant une vision aussi valide que possible de l'Angleterre Victorienne dont cette intrigue est imprégnée de façon inextricable, en tournant l'essentiel du film en scènes nocturnes, en prenant son temps, et en laissant le grand acteur faire le boulot comme il l'entendait...

Donc Barrymore est bien le Docteur Jekyll qui poussé par son entourage et sa vanité, a voulu isoler le bien du mal et a tenté de faire des allers retours entre les deux. Il me semble que le personnage de Lord Carew, le père de la fiancée du Docteur, doit beaucoup à Oscar Wilde, plus qu'à Stevenson, et en faisant le tentateur qui ne se mouille pas, il a le même rôle dans le film qu'avait Lord Henry Wotton dans The picture of Dorian Gray. Mais le mal et la descente aux enfers, si palpables et si réels, sont filmés avec un naturalisme qui est finalement bien rare dans le cinéma fantastique Américain. Même les adaptations futures en seront bien dépourvues... Et il y a Nita Naldi, la vamp qui incarne la séduction du mal. elle est grandiloquente, mais elle sied si bien à l'intrigue, tranchant avec l'hypocrisie ambiante par son allure de femme fatale...

N'empêche, elle finit bien tristement, l'histoire du gars qui avait voulu se transformer en un autre pour évaluer la part de mal qui est en chacun de nous. Un jour, j'aimerais, rien qu'une fois, voir un Jekyll qui se termine par le triomphe du mal. Rien que pour rigoler... Quant à Barrymore, il a tellement aimé se déguiser (Et incarner un Hyde sautillant qui a beaucoup fait rire Laurel, tant et si bien qu'il l'a parodié en 1925 dans le film idiot mais superbe Dr Pyckle and Mr Pryde) en monstre, qu'il s'est souvent ménagé dans ses futurs films des apparitions horrifiques pour y retourner.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920