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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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26 avril 2021 1 26 /04 /avril /2021 18:24

Ce film est une grande date à plus d'un titre: d'une part il est l'un des premiers longs métrages d'un pays qui a bien du mal à exister dans le monde du cinéma, dominé par les Danois, les Italiens et les Français. Ensuite, il est aussi l'invention d'un mythe cinématographique, certes plus ou moins adapté d'une nouvelle de Poe, mais qui va générer sa propre légende, au point de fournir une cargaison de remakes... De là à penser que ce film ouvre la voie à une kyrielle de films fantastiques Allemands, et non des moindres, il n'y a qu'un pas!

Balduin (Paul Wegener) est un étudiant à Prague, matamore et fort satisfait de lui-même: fin bretteur, beau parleur, séduisant, il supporte assez mal le rejet. Aussi, quand une comtesse qu'il a sauvé de la noyade l'envoie paître en raison de son statut social inférieur, il plonge dans le doute. Il écoute la suggestion d'un étrange personnage, Scapinelli, sorte d'incarnation du diable: celui-ci lui garantit la fortune en échange de "tout ce qu'il souhaite prendre" dans l'appartement de l'étudiant. Il prend... le reflet dans son miroir. 

Balduin parvient donc à la richesse, et les portes de la noblesse s'ouvrent toutes grandes pour lui. Mais il est suivi constamment, par son double d'une part, et par une mystérieuse Gitane... Les deux seront sa perte.

On est encore dans un cinéma dominé par les tableaux, les plans uniques qui suffisent à une séquence... Le film délaisse les possibilités du montage pour s'intéresser, d'une part, au champ lui-même, qui est systématiquement traité en fonction de l'effet qu'il produira sur le spectateur (exactement la démarche que suivra à la lettre Wiene dans son Caligari 6 ans plus tard); d'autre part, Ewers et Rye s'amusent avec des doubles expositions, permettant au double maléfique de Paul Wegener de faire peur à Balduin, et c'est rudement bien fait... C'est vrai aussi que le film prend son temps, en particulier pour laisser les effets, justement, faire leur petit effet! Mis on a souvent le sentiment d'assister à la naissance d'un grand courant du cinéma mondial, et ça, ce n'est pas rien!

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1913
25 avril 2021 7 25 /04 /avril /2021 18:38

En Californie, la ruée vers l'or va bouleverser la donne, et pour une famille de propriétaires terriens qui vont tout perdre dans un pari idiot, l'arrivée de tous ces étrangers, qui parlent tous Anglais, est vécue come un traumatisme... Pourtant Dermod D'Arcy, le bel aventurier au coeur d'or (George Duryea) va émouvoir la belle et fière Josephita (Renée Adorée) et la convertir à la nouvelle donne... Mais ce ne sera pas facile!

La MGM est arrivée un peu tard dans la bataille des grands films épiques sur la conquête du territoire, d'autant qu'en 1923-1924, l'essentiel a été joué à travers la présence de deux chefs d'oeuvre définitifs: The covered wagon de Cruze en 1923, puis The iron horse de Ford en 1924. Néanmoins la firme du lion a mis en chantier le très beau The trail of 98 qui explorait sous la direction de Clarence Brown, la ruée vers l'Or aux confins de l'Alaska (et était lui-même aux confins du western). Ce film muet tardif avait tout d'un complément de programme sur le papier, mais le confier à Allan Dwan, vétéran encore plus qu'actif, et cinéaste au goût et aux capacités impressionnantes, en a quand même fait une oeuvre formidable...

Certes, on est en plein MGM land, mais Dwan transcende assez facilement le style maison, et s'approprie le cadre de manière impressionnante. Il donne à voir à plusieurs reprises sa vision d'une caméra mobile en mettant en avant le tumulte des boom-towns, avec un lent travelling arrière capté en hauteur, qui donne parfois l'impression d'être un zoom... Il garde un tempo constamment enlevé à son intrigue, et profite du beau visage plastique de Renée Adorée, qui domine sans aucun problème l'interprétation du film. Il utilise aussi à merveille les gros plans pour lui permettre d'exprimer les émotions requises par son personnage de jeune Californienne d'origine Espagnole... 

Réalisé entre The iron mask (pour Fairbanks) et The far call (Un film perdu, pour la Fox), c'est aussi son avant-dernier film muet, et sans doute le plus spectaculaire des films muets de la MGM produits cette année-là, avec l'étrange The mysterious island, bien entendu...

 

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Published by François Massarelli - dans 1929 Western Muet Allan Dwan
25 avril 2021 7 25 /04 /avril /2021 16:17

Une fée au milieu d'un parterre de choux nous démontre comment naissent les bébés...

Le film La fée aux choux est passé à la postérité comme "la première fiction" du cinéma: mon oeil! Le court film des frères Lumière L'arroseur arrosé (1895) ne l'a pas attendu. Mais on s'étonne aussi en voyant ce film, car il vient au bout de quatre années d'existence de la narration cinématographique... 

Tout simplement, cette "Fée aux choux" de 1900 est un remake, l'un des premiers de l'histoire: la première version, nettement plus élaborée, a eu tellement de succès, il en a été tiré tant de copies, que le négatif n'a pas survécu... Et au passage, de copies non plus. Donc quand on vous dit que La fée aux choux est le premier film de fiction, méfiez-vous: ce n'est pas celui qu'on vous montrera! Sans parler du fait que ce remake sera refait deux ans plus tard sous un nouveau titre, avec un scénario et un découpage deux fois plus évolué (il comprendra deux plans!)

Sinon, eh bien lisez l'intrigue, là haut: à part le fait que les pauvres enfants sont bien apeurés et donc doivent brailler tout leur saoul, il ne se passe rien d'autre...

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Published by François Massarelli - dans Muet Alice Guy
25 avril 2021 7 25 /04 /avril /2021 15:47

Au seizième siècle, lors d'une pause dans les guerres de religion, une dame de la cour, Isabelle Ginori, se fiance à un noble catholique, Henri de Rogier. Mais elle est convoitée par un seigneur protestant trouble, aux fréquentations interlopes, et à la morale douteuse: celui-ci intrigue auprès de la régente Catherine de Médicis pour avoir ses chances auprès d'elle, et obtient de la mère du roi l'idée d'un défi: un combat entre les deux homes, dont l'enjeu serait la main d'Isabelle...

Reprenons les mots définitifs prononcés par Max Ernst, en chef des bandits dans L'âge d'or: "Quelle salade!"... Il est fort probable que Renoir n'avait pas la folle envie de tourner ce film, pas plus d'ailleurs que Marquitta (aujourd'hui perdu) et son dernier muet, Le bled. Mais en aspirant cinéaste professionnel (ce qu'il croyait qu'il allait être un jour, comme quoi tout un chacun peut se tromper), il avait de bonne grâce accepté ces missions... ca part pourtant de bons auspices: la compagnie qui a produit ce Tournoi est la même qui avait officié sur Le miracle des Loups, et sur Le joueur d'échecs. Deux fantaisies historiques effectuées avec rigueur par Raymond Bernard. D'ailleurs les remparts de Carcassonne, un décor déjà utilisé pour Le miracle, allaient être repris aussi bien pour ce film que pour la production de La vie merveilleuse de Jeanne d'Arc, de Marco de Gastyne... Les costumes montrent un certain savoir-faire, aussi, alors?

Eh bien, honnêtement, où se trouvait Renoir durant le tournage? Qui a cadré ce film? Certes, en bon cinéphile, Renoir a du voir dans certains films de Griffith mais aussi dans Metropolis, ces plans où l'action importante est dans le fond, derrière ce qui normalement à l'arrière-plan. Des occasions pour les cinéastes de cimenter l'impression de réalité... Il tente de reproduire cet effet à plusieurs reprises et se plante généreusement, donnant l'impression qu'on a monté bout à bout des rushes des répétitions. L'action se traîne (en cause, certainement, la lenteur du défilement choisi pour le transfert), et que dire de ces moments à faire, où un gros plan bien senti aurait fédéré un peu plus les spectateurs à ce spectacle ennuyeux? Par exemple, au moment où l'abominable traître vient de tuer un homme et essuie le sans sur son épée avec les cheveux de sa maîtresse, appelait une implication de cadre et de montage, qui est ici absente. En lieu et place: un plan général, vite fait mal fait, hop! Les préparatifs du tournoi sont autant de plans qui semblent avoir été tournés par un amateur pendant une parade d'une attraction équestre quelconque... 

Renoir, sans doute, savait ce qu'il faisait, l preuve nous en est apportée par la façon dont il a traité la découverte d'un cadavre, partie importante de l'intrigue mais qui a été jetée par dessus les remparts en même temps que l'infortuné personnage. L'épisode est, là encore, traité en un seul plan: des soldats arrivent, en une grappe grossière. Ils voient le corps, et tous lèvent les yeux vers le haut des remparts: effet comique assuré. 

Je suppose que ce comique est volontaire, sinon, je soupçonne que le metteur en scène de ce film a aussi peu de talent, que, disons, l'acteur abominable qui gâche certaines séquences de, au hasard, Partie de Campagne, La bête humaine et La règle du jeu... Un certain Renoir, Jean.

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Published by François Massarelli - dans Jean Renoir 1928 Muet
24 avril 2021 6 24 /04 /avril /2021 16:13

Lois Weber est l'une des pionnières et pionniers qui ont construit Hollywood, et tout a sans doute été trop vite: ses films, productions indépendantes, ont défrayé la chronique dans les années 10 à cause de (Où grâce à, c'est selon) leurs sujets polémiques (le contrôle des naissances dans l'étrange Where are my children), ou leur traitement osé (La présence d'une représentation symbolique de la Vérité sous le déguisement d'une femme nue, image récurrente qui a beaucoup fait pour le succès du film, dans Hypocrites). Les années 20 l'ont vue s'embarquer dans la production de semi-comédies ou de chroniques de la vie contemporaine, qui observaient avec subtilité la société Américaine, et on peut citer les films Too wise wives, ou The blot, qui font d'elle une cinéaste proche des frères DeMille... Donc pas n'importe qui, mais en prime une cinéaste dotée d'une vraie originalité et d'une thématique propre: à la fois observatrice et partie d'une société réformatrice inspirée des préceptes fondateurs du protestantisme, à la fois juge et partie de la société Américaine.

C'est de la fin précipitée de sa carrière qu'elle a réalisé ce film, pour Universal, qui lui a permis de continuer son oeuvre à sa guise... On y conte la rencontre inattendue entre un pasteur progressiste et pas encore marié (Raymond Bloomer), avec la plus scandaleuse de ses paroissiennes... potentielles (Billie Dove), car elle ne vient pas beaucoup à l'église. Ils vont tomber amoureux l'un de l'autre, mais elle va sacrifier cet amour, afin de le préserver... avant que la situation ne s'inverse pour elle lors d'une tempête qui la voit faire littéralement naufrage. 

D'un côté, Weber s'amuse à nous montrer une jeunesse qui tend à s'évader des préceptes religieux et chercher à jouir à tout prix de la liberté que leur confère un statut social élevé. Les principaux coupables sont le père Hagen (Un riche oisif interprété par Phillips Smalley, l'ex-mari de Weber) et sa fille Luena dite Egypt (Billie Dove). Le premier boit plus que de raison dans des bouges, et la deuxième va de fête en fête, de beuverie en beuverie, à la recherche de sensations fortes et faciles... 

Et pourtant...

La cible de Weber était probablement plus les vieilles commères de la paroisse que la belle flapper, qui est jouée à l'écart des clichés par Billie Dove. Cette dernière est la vedette en titre, et le principal atout du film, mais Weber enfonce souvent le clou d'une société plus préoccupée des apparences  que de ses valeurs. Dans ces conditions, la sceptique à la recherche du plaisir en lieu et place d'un sens à sa vie devient une proie facile pour ces gens qui passent du temps sur leur terrasse à épier les voisins. Et quand le pasteur commence à recevoir (en tout bien tout honneur pourtant) la pécheresse chez lui, on s'émeut et on lui envoie l'évêque! Bref, avec son intrusion dans une petite communauté qui entre avec réticences dans le XXe siècle, avec 27 années de retard, Lois Weber a encore une fois réalisé un film passionnant. Son avant-dernier film muet, et le dernier qu'on ait conservé, hélas... Enfin disponible chez Kino dans une version manifestement intégrale.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1927 Lois Weber
24 avril 2021 6 24 /04 /avril /2021 11:40

Une petite fille, Jewel (Jane Mercer) vient vivre chez son grand-père (Claude Gillingwater) pour une courte période, après avoir été ignorée (le père et l'aïeul sont fâchés) pendant des années. Dans la maisonnée, tout le monde se déteste: le grand-père vit en effet avec sa bru, une femme remariée dont la fille ne trouve absolument pas sa place, jusqu'à la gouvernante qui hait tellement les deux femmes qu'elle souhaite les voir décamper... Quand la petite Jewel arrive, pourtant, elle va révolutionner son monde en les aimant en dépit de tout...

C'est un remake de Jewel, une autre adaptation par Weber du même roman, sortie en 1915. Weber avait aussi écrit le script d'un court métrage de deux bobines, The discontent, qui racontait l'arrivée inopinée dans une famille d'un vieil homme qui finissait par séduire son monde en dépit de son côté bourru. Le film, bien sûr, prend le contrepied avec ce personnage de petite fille angélique, qui vient au monde avec une certaine naïveté, même si elle n'a pas sa langue dans sa poche.

Weber en 1923 est plus que rompue à l'exercice de style qui consiste à familiariser les spectateurs avec les personnages qui cohabitent dans un environnement bien défini, et elle est très à son aise, même si on sera un peu plus impatient face à des intertitres qui alourdissent inutilement le début en mettant un point d'honneur à nous détailler absolument tout des éléments de l'intrigue, ce qui fait qu'on lit, plus qu'on ne regarde, la première bobine... Elle a recours, aussi, à un symbolisme qui renvoie un peu à son célèbre Hypocrites de 1915, à travers un court insert, qui représente la musique jouée par un personnage, sous la forme d'une danseuse drapée d'un voile diaphane... Une fantaisie qui a du trouver un écho dans une scène ultérieure, mais l'insert en a été coupé.

C'est l'un des derniers films de la réalisatrice, qui voyait le travail se faire de plus en plus rare. S'il n'apporte sans doute pas énormément, c'est un style très personnel, une façon de montrer les personnages, et des préoccupations émotionnelles (liées à la Christian Science, comme souvent) qui sont particulièrement singulières dans le cinéma Américain.

 

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Published by François Massarelli - dans Lois Weber 1923 Muet Comédie
24 avril 2021 6 24 /04 /avril /2021 09:18

La jeune Else (Elizabeth Bergner) part en vacances avec des amis, à St Moritz. Sa beauté et sa fraîcheur, dans la petite station de ski en effervescence (ce sont les jeux olympiques d'hiver) ont attiré l'oeil d'un ami de son père, Von Dorsday (Albert Steinrück)... Pendant ces vacances, son père apprend qu'il est ruiné suite à un coup en bourse mal négocié. Les parents envoient donc à leur fille une lettre où ils lui supplient de demander un prêt à leur "ami". Celui-ci accepte, à une condition: voir la jeune femme nue... 

Le film prend son temps pour arriver à ce stade: les vacances et leur douceur de vivre, mais aussi le statut particulier d'Else dans la famille, une jeune adolescente insouciante et heureuse de vivre, qui est adorée par les domestiques (une scène au début montre les convives d'un dîner se boucher les oreilles quand le maître de maison se met au piano, et quelques instants plus tard les domestiques tendent l'oreille quand Else lui succède...). a perspective des vacances l'enchante légitimement, et la caméra véloce et mobile de Karl Freund s'insinue dans chaque pièce, à la suite de la bondissante demoiselle...

Tout n'est pas réussi: la scène de la découverte de la ruine par les parents sonne juste mais est trop longue, et de fait, on aimerait rester plus longtemps en compagnie de l'héroïne. Mais une fois la cruauté de sa situation connue, tous les efforts précédents paient. En effet, dans ce film où tout va se résoudre dans un déshabillage crapuleux et profane, le quotidien et une certaine dimension innocente de la jeune femme nous ont été détaillées, en particulier les efforts pour s'habiller, entre une robe de mousseline, qui soulignait sa jeunesse, les habits adéquats pour faire du ski... Et pour finir les atours d'une jeune femme, pour aller quémander une aide. Le film nous montre ces habillages comme en écho d'une nudité que nous ne verrons jamais vraiment, mais qui est le centre du fil, dans une scène extraordinaire et d'une grande tristesse.. Le film est inspiré d'une nouvelle de Schnitzler, il est inutile de dire que l'ironie domine, et que ça ne se terminera pas bien... 

Quant à Elizabeth Bergner, décidément après Le violoniste de Florence, on pourrait croire qu'elle aimait à interpréter les jeunesses... Mais c'est en phase avec son physique étonnant, et ce film n'en finit pas de nous convaincre, elle n'est pas Mary Pickford. Cette ironique et méchante initiation express est un conte d'une grande noirceur.

 

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Published by François Massarelli - dans 1928 Paul Czinner Muet
24 avril 2021 6 24 /04 /avril /2021 08:47

Pour commencer, Ravel travaillait souvent en collaboration étroite, exclusivement avec Tony Lekain à la fin de sa carrière. D'où une certaine ambiguité sur l'auteur: des filmographies attribuent en vérité ce film à Lekain et Ravel... Ce dernier est pourtant le principal maître d'oeuvre, une maîtrise acquise depuis son arrivée à la Gaumont au milieu des années 10, quand il avait a rude tâche de remplacer Louis Feuillade, principal pourvoyeur de films de la firme à la marguerite, parti au front... Ravel n'est pas Feuillade. Il n'est pas non plus Feyder, autre cinéaste avec lequel il a travaillé en collaboration, mais qui lui a volé de ses propres ailes dès 1916! Mais Ravel a un savoir-faire évident, qui le confine parfois à l'académisme, et parfois, va un peu plus loin: c'est le cas de ce film paradoxal.

Paradoxal, parce qu'un film muet adapté de Beaumarchais, c'est inattendu. Mais Murnau a bien fait l'un de ses films les plus attachants avec le Tartuffe de Molière! Donc Figaro est une comédie, qui utilise pour chacun de ses actes une pièce de la trilogie de Beaumarchais: Le Barbier de Séville occupe donc la première partie, Figaro le barbier (Edmond Van Duren) aide le comte Alma-Viva (Tony D'algy) à conquérir le coeur de la belle Rosine (Arlette Marchal); puis il entre à leur service dans la deuxième partie (Le Mariage de Figaro), où il lui faut empêcher le comte, polisson notoire, de porter à son tableau de chasse sa propre fiancée Suzanne (Marie Bell) également à leur service. Durant cet acte nous voyons les contours de l'idylle entre la comtesse délaissée et le jeune Don Chérubin qui sera par précaution envoyée guerroyer au loin par le comte. Au début de la troisième partie (La mère coupable), Chérubin meurt, et expie son péché... Sauf qu'il y a un enfant, et u'il n'est pas du comte... Profitant de l'arrivée d'un intrigant qui a des vues sur tout ce qui porte jupon, Figaro enfin marié réussit à empêcher le comte d'envoyer son épouse au couvent...

Bref, c'est Figaro sans aucune matière grasse politique, ni sentiment pré-révolutionnaire. Et ça passe très bien parce que Ravel a gardé toute la dimension amoureuse, le jeu sur le désir, sur les tractations, aventures, machinations, déguisements, dissimulations, etc... intacts. Si Figaro et dans une moindre mesure Suzanne ne sont plus les représentants d'une lutte sociale, ils restent les observateurs, et parfois les acteurs de l'amour et du désir... Et à ce titre, le film se rapproche de Lubitsch, qui n'était pas le dernier à utiliser les domestiques pour nous compter la polissonnerie de leurs maîtres... Et Figaro, surtout dans les deux premières parties, est joué par un danseur, et ça se voir de suite, Ravel utilisant à merveille sa capacité à bondir de scène en scène, et sa gestuelle est ce qui va durant tout le film apporter le mouvement... 

Les autres acteurs sont bons, mais force reste aux femmes, Marie Bell en tête, qui est une Suzanne aussi ingénieuse que son fiancé, même si à un moment, on la sent prête à succomber aux avances de son fieffé coquin d'employeur le comte... Dans ce film surprenant, les femmes en prennent un peu pour leur grade et les hommes, comme chez Murnau, se font facilement déshabiller, c'est ainsi. Remarquez, il y a du déshabillage pour tout le monde! Selon la tradition établie dans les années 20 et souvent respectée (voyez les films de Gance, ou des oeuvres comme Casanova de Volkoff, L'enfant du Carnaval de Mosjoukine, ou encore Mandrin de Fescourt), on figure la tendance d'une caste à l'orgie et à la débauche en proposant des petits spectacles sans queue ni tête (si j'ose dire), dans lesquels on déshabille les figurantes à tour de bras: ici, c'est au début de la deuxième partie que des bacchantes inconnues et dévêtues pataugent dans un petit bassin sous l'oeil ravi et coquin du comte et de sa cour... Après cela, c'est sans transition que j'ajouterai que par ailleurs, les costumes, quand il y en a, sont fort bien exécutés...

Enfin, Ravel n'est pas Murnau, il n'a pas un Karl Freund sous la main, et ce n'est pas Eisenstein non plus... Donc il n'y aura pas ici de prouesse de montage ni de caméra ultra-mobile. Il y a juste une mise en scène sensée, qui fait merveille de l'espace, et qui a la lourde tâche de suivre le bondissant Figaro d'une scène à l'autre, la scène étant ici un terme à prendre dans ses deux sens... Bref, une excellente surprise, pour un film qui n'est certes pas le chef d'oeuvre de la période mais qui se défend fort bien... surtout dans ses deux premières parties, et qui a le bon goût rare de ne pas durer trop longtemps, quand on connaît la propension du cinéma Français de l'époque à faire durer le plaisir au-delà du raisonnable... A déguster dans un blu-ray tout nouveau tout beau, effectué sur la base d'une copie magnifique.

 

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Published by François Massarelli - dans Gaston Ravel Muet 1929 Comédie
21 avril 2021 3 21 /04 /avril /2021 09:01

Deux garçons qui viennent de perdre leur père sont recueillis par un oncle et une tante à la Dickens! Ils ne s'entendent pas et fuient en compagnie du fils d'un ramoneur, la pire racaille de l'hémisphère nord Fabian: celui-ci leur propose de faire un tour dans un petit voilier qu'il a bricolé. Mais le bateau ne tient pas le choc, et au terme d'un combat contre les éléments, s'échoue... Les trois garçons, déterminés à ne pas retourner chez eux, vont voler un voilier de luxe et partir pour une vraie croisière pendant que tout le monde les croit morts...

Film de vacances avec aventures pour rire, film moral aussi (le plus grand des trois garçons, interprété par Einar Hanson, est quand même un peu boy-scout sur les bords, et s'oppose à l'abominable et immoral Fabian), film de pirates en culottes courtes, conte initiatique et comédie... Les trois gamins qui ont tourné dans ce film, manifestement, ont apprécié l'expérience!

Quel que soit l'angle d'approche il y a quelque chose à glaner dans ce film de jeunesse de Gustaf Molander, l'ancien scénariste qui a pris du galon! C'est réjouissant, léger, souvent drôle et ça soutient l'intérêt pendant ses 100 minutes. Forcément, ça donne envie d'en voir plus, les comédies muettes n'étant pas légion en Suède...

Il y a une foule de bonnes raisons de ne pas avoir Netflix, ce film est tout le contraire...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1923 Gustaf Molander
18 avril 2021 7 18 /04 /avril /2021 13:28

Un "single standard", c'est le fait de réclamer l'égalité absolue en terme de conduite, pour tous les membres d'un groupe. Appliqué à l'humanité, ça revient donc à revendiquer les mêmes droits de liberté et de séduction pour les femmes que les hommes. Le film étant nommé ainsi, il était derechef considéré comme louche par la censure, et promis à un beau succès.

Ce n'est pourtant pas un chef d'oeuvre, loin de là: Arden Stuart souhaite trouver l'âme soeur chez un égal, mais sa première tentative sera désastreuse: quand un chauffeur sera viré pour avoir fricoté avec elle (elle était consentante, bien entendu), il se suicide... Elle décide de rester farouchement indépendante, jusqu'à ce qu'elle rencontre l'ancien boxeur, peintre et playboy Packy Cannon (Nils Asther), elle est intriguée et ils partent pour les mers du Sud sur un coup de tête... Packy se lasse: quand ils reviennent, elle doit faire face au scandale...

C'est un catalogue de toutes les situations se voulant scabreuses, agrémentées d'un romantisme de pacotille. Garbo joue une caricature probable d'elle-même et le film s'abîme dans la dernière partie, quand elle devient mère d'un abominable enfant 100%Américain, avec boucles blondes et tout et tout. Et si on oubliait ce film?

 

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Published by François Massarelli - dans Greta Garbo 1929 Muet