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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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27 mars 2020 5 27 /03 /mars /2020 11:06

1916 est vraiment une année charnière dans le cinéma Américain qui en l'absence d'une vraie compétition, prend clairement son envol, ce qui explique sans doute l'exceptionnelle vitalité et les impressionnants ajouts dans la plupart des filmographies: sur cinq films actuellement disponibles (merci à Kino et au formidable projet Women film pioneers) liés à la carrière de Julia Crawford Ivers, quatre sont sortis cette année-là...

C'est elle qui a mis en scène, pour Pallas Pictures, ce film avec Dustin Farnum et Winifred Kingston. Il est situé en Irlande pour moitié: Denny O'Hara (Farnum) aime la belle Katie O'Grady (Kingston). Il rêve de partir aux Etats-Unis où le cliché des policiers Irlandais l'inspire... Il souhaite ardemment devenir chef de la police. Mais une fois arrivé aux Etats-Unis, il se heurte aux machineries politiques en tous genres...

C'est un film charmant, qui ne possède qu'un défaut, et il n'est pas d'origine: la quatrième bobine, qui voit le début de la précipitation du drame, est manquante. Le reste est déséquilibré, et les personnages devenus totalement transparents en soufrent un peu. la partie Irlandaise évite le décoratif (et pour cause, elle a été tournée en Californie) mais le tournage des extérieurs New-Yorkais en plein air à Los Angeles, fat respirer le film. Notons qu'une idée ici présente (la corruption incarnée par une décision de gagner de l'argent sur des matériaux de construction) se retrouvera de façon spectaculaire dans The ten commandments (1923) de Cecil B. DeMille. Tiens, tiens...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Julia Crawford Ivers 1916
26 mars 2020 4 26 /03 /mars /2020 21:11

Oui, Taylor, n'est pas que le protagoniste d'un des mystères judiciaires les plus insistants qui soient (cherchez, et vous trouverez tout ce qu'il y a à savoir sur cette sombre histoire jamais résolue): c'est aussi un cinéaste des années 10, dont bien sûr nous n'avons que peu de films (il n'est ni Griffith, ni DeMille, et les films de cette période ont massivement disparu), mais il y en a. 

Ben Blair est un film Pallas, une filiale de Paramount à laquelle Julia Crawford Ivers a beaucoup collaboré. Comme The Call of the Cumberlands, c'est un véhicule pour l'acteur Dustin Farnum et sa partenaire Winnifred Kingston. C'est très proche du western, sans être à 100% identifiable au genre: dans une famille très riche, le fils doit se rendre dans l'Ouest avec sa femme et sa fille, car il est malade et la grande ville ne lui sied plus; arrivé dans l'Ouest, il se sent mieux, et la petite commence à vivre au milieu de la nature... avec un ami, Ben Blair, à l'histoire plus que rocambolesque: sa mère enceinte de lui, a fui son mari en compagnie d'un moins que rien. Une fois la mère décédée et l'amant parti, Ben a été recueilli par son vrai père. Devenus adultes, les deux amis ont une vision différente des choses: Ben (Dustin Farnum) est amoureux, et Florence (Winnifred Kingston) souhaite retourner avec sa mère à New York pour vivre une vie moderne...

Beaucoup de choses, en fait: d'une part, le film accumule les péripéties, et le script de Julia Crawford Ivers complique le mélodrame avec adresse, permettant à Farnum de faire la totale: un homme, un vrai, mais un amoureux transi... Un sentimental, mais qui a une mère à venger... Et enfin, un homme de bon sens, qui oppose sa morale infaillible à un Est corrompu rempli de menteurs... C'est profondément distrayant, et Taylor passe son temps à surprendre. Son sens du cadre et du rythme est impeccable, et sa direction d'acteurs est splendide.

 

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Published by François Massarelli - dans 1916 Muet Julia Crawford Ivers William Desmond Taylor Western
24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 18:29

Les années (19)10, ça a l'air reculé comme ça, mais il y a un point sur lequel nous aurions des leçons à prendre: les femmes étaient non seulement acceptées au poste de réalisatrice dans les studios Américains, mais la pratique était encouragée. Il était bien vu de confier une production à une réalisatrice, et c'est ainsi qu'ont pu travailler Lois Weber, Ida May Park, et Elsie Jane Wilson, entre autres. Ivers était scénariste et en 1915, elle a tourné ce premier de quatre longs métrage...

Hélas, si les studios étaient plutôt avancés en 1915, les hommes ont vite repris le dessus, et l'incurie de la préservation des films de l'époque aidant, on n'a que peu de traces de ces oeuvres. Par exemple, il ne subsiste de ce film qu'une seule bobine, la quatrième...

Elle est remarquable: il y est question d'une partie de carte qui dégénère, à cause d'un tricheur, et le montage nous fait évoluer de point de vue en point de vue  avec un gros plan sur la main du tricheur... Le perdant va s'attirer des ennuis et entraîner un ami dans sa chute, qui pour le couvrir va falsifier les comptes de la banque où ils travaillent tous deux: une belle séquence en montage parallèle. Voilà, c'est à peu près tout... Ah, j'oubliais, un "jeune" acteur débute avec ce film, il s'appelle George Fawcett, et on ne peut pas le rater... C'est lui qui interprétait le rôle principal du film, dans un arc narratif quasiment absent de la bobine: il était un juge intransigeant dans les tribunaux, qui se rattrapait ensuite en s'investissant dans l'aide aux familles de ses "victimes"...

 

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Published by François Massarelli - dans Julia Crawford Ivers Muet 1915
22 mars 2020 7 22 /03 /mars /2020 10:03

Deux garçons, Fritz et Adolphe, sont vendus à un Cecchi, artiste de cirque qui va les entraîner à la dure pour qu'ils le suivent dans son métier. Avec deux jeunes filles, Louis et Aimée, ils deviennent partenaire sur la piste et inséparables dans la vie, unis face à la sévérité de leur mentor. Aimée en particulier est très attentive au bien-être de Fritz... A la mort de Cecchi, Fritz (Robert Dinesen) a une idée: créer un numéro unique et spectaculaire, Les Quatre Diables, mêlant acrobaties et sensations fortes. Ils deviennent une sensation, et du coup leur fortune change: Lucy, une belle jeune aristocrate commence à tourner dangereusement autour de Fritz...

C'est la première version d'une histoire qui sera souvent filmée, notamment par Murnau dont la version de 1928, un film perdu, est sans doute l'une des oeuvres les plus recherchées des années 20. Ce qui ne doit pas enlever d'intérêt à cette version qui a au moins deux mérites, à vue de nez: c'est la première, d'une part. Et en prime elle est toujours disponible! Mais son intérêt va plus loin... 

Car en 1911, le cinéma Danois domine, et impose en Europe la vision d'un cinéma qui s'installe dans la longueur, et qui explore les genres les plus divers. Un mélodrame, après tout, correspond en ces années d'avant-guerre à un divertissement qui pourra résonner dans tous les pays, un calcul simple mais qui s'avérera payant... Et les auteurs vont pousser le bouchon un peu plus loi, en choisissant notamment de tout faire reposer sur un final grandiose, dans lequel on verra enfin le numéro de cirque tant attendu, mais aussi un suspense fort: car nous savons qu'Aimée veut se venger de Fritz, et ces deux artistes sont d'ailleurs, parmi les quatre diables, ceux qui vont tenter le "saut de la mort", sans filet...

Nous le savons, parce qu'une scène nous montre Aimée souligner de son doigt cette mention (unde net, en Danois) sur une affiche. Le suspense repose donc sur l'attente par le public d'un dénouement fatal... Mais aussi sur le montage, qui délaie à loisir en étendant le champ des prises de vue. Le film est très moderne dans son découpage, et franchement en avance sur la plupart des concurrents de 1911; et la censure Danoise était sans doute moins pointilleuse qu'ailleurs, du coup si la suggestion reste de mise, on n'a pas beaucoup de doutes sur la teneur des rendez-vous entre Fritz et Lucy...

Le mélodrame Danois, avec ce film et avec Afgrunden de Urban Gad, devient donc particulièrement baroque...

Le film est disponible en streaming sur le site du DFI: les intertitres sont en Danois, mais c'est très facile à comprendre...

https://www.stumfilm.dk/stumfilm/streaming/film/de-fire-djaevle

 

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Published by François Massarelli - dans Muet DFI 1911
22 mars 2020 7 22 /03 /mars /2020 09:15

M. Robinet est un fieffé séducteur, qui rencontre une jeune femme, la suit dans les transports en commun, et devient particulièrement lourd, au point de lui laisser dans son sac un message... Qui est lu par le mari: il penche pour l'action immédiate, et va à la rencontre de l'infortuné dragueur, et le provoque en duel. Duel qui ne se passe pas très bien pour Robinet: le mari le blesse... ce qui fait instantanément fondre le coeur de la belle, fin du film.

Sauf que... Marcel Fabre a eu l'idée de tourner intégralement son film en cadrant les pieds des protagonistes, une idée qui sera reprise par Gaston Ravel l'année suivante pour un excellent film chez Gaumont. Bien meilleur que celui-ci, mais ici nous avons non seulement l'idée originale, nous avons aussi un ton qui se permet d'aller beaucoup plus loin que le ton ambiant de la comédie contemporaine le permettait. Grâce au subterfuge qui consiste à ne cadrer que les pieds, le film se termine quand même par un déshabillage sans équivoque à quelques centimètres d'un lit... Le film est détenu par la cinémathèque de Milan, qui l'a mis en ligne ces derniers jours...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Muet
22 mars 2020 7 22 /03 /mars /2020 09:08

Si en effet Max veut grandir, c'est parce que son beau-père potentiel ne le laissera épouser sa fille Jane (Renouart) que s'il est plus grand. Car il est vrai que, comme Langdon, Chaplin ou encore Keaton, Max Linder n'est pas très grand. Et il a décidé de s'en moquer dans ce petit film rempli de petits bonheurs: 

D'une part, le comédien-scénariste-metteur en scène se laisse aller à des gags absurdes et techniques, impliquant déformation de l'image, truquages et autres machines folles, et ça lui va très bien... Ainsi on appréciera la machine qui consiste en un curseur qui comprime l'image du film de façon verticale, par exemple. Ou la machine à allonger le corps par l'électricité...

Ensuite, il se moque une fois de plus des moeurs de l'époque, en soulignant à quel point il faut que le jeune homme séduise son beau-père comme condition sine qua non de son mariage: le film se termine quand même par la palpation des jambes du futur gendre par le futur beau-père, qui tente de voir si c'est du lard ou du cochon, pour reprendre une expression triviale...

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Published by François Massarelli - dans Max Linder Muet Comédie
21 mars 2020 6 21 /03 /mars /2020 19:06

Cherchant à échapper à ses nombreux créanciers, Max gagne à la loterie, grâce à un bossu qui lui a vendu un ticket... Il a l'intention de le remercier et a l'idée dangereuse de mettre une annonce dans le journal, provoquant un afflux de bossus.

Ce film de trois minutes, dans un état assez lamentable, est en ligne sur le site de la Cinémathèque de Milan, qui vient de charger sur leur site un grand nombre de films en accès gratuit. C'st un film plus ou moins méconnu, qui n'a pas laissé beaucoup de traces, et qui rappelle que Max Linder a énormément tourné, dans à peu près tous les sens... 

Ce film appelle quelques commentaires, quand même: il nous rappelle à quel point le comédien savait être économe de la pellicule, par exemple, puisque ces trois minutes passent très vite. Ensuite, il s'y met en scène en comédien célèbre avec des ardoises un peu partout, ce qui était faux mais cocasse. Enfin, si une autre expression existe (une veine de...), il nous rappelle qu'il fut un temps durant lequel le bossu, mais oui, portait bonheur...

 

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Published by François Massarelli - dans Max Linder Muet Comédie
21 mars 2020 6 21 /03 /mars /2020 17:15

Harold et Snub Pollard courent après la même jeune femme (Bebe Daniels), qui travaille chez le même antiquaire qu'Harold. Celui-ci apprend de son patron que, les affaires n'étant pas florissantes, il va devoir licencier la jeune femme. Harold trouve un stratagème pour renflouer les caisses...

C'est l'un des films de la période de transition, quand Lloyd s'essayait à un nouveau personnage pour se débarrasser de l'univers de Lonesome Luke. Mais c'était bien souvent Lonesome Luke avec des lunettes, d'autant que les acteurs autour de lui étaient les mêmes dans les deux séries de courts métrages... 

C'est doc assez limité, avec de gentils moments de slapstick, d'autant que le film raconte ce qui s'apparente à une véritable arnaque: si l'honnêteté de ses personnages sera souvent douteuse, Lloyd sera plus inventif à l'avenir, y compris devant des situations similaires: voyez Speedy (1928)...

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Published by François Massarelli - dans Harold Lloyd Comédie Muet
19 mars 2020 4 19 /03 /mars /2020 16:27

L'officier Hermann (Ivan Mosjoukine) passe des soirées entières au milieu des autres officiers, à regarder sans y prendre part aux parties endiablées de cartes. Entendant une anecdote racontée par un de ses collègues, dont la grand-mère, une vieille comtesse, a un jour joué trois cartes particulières qui lui ont donné la fortune, il décide de questionner la vieille aristocrate sur son secret. Il cherche à l'approcher en séduisant sa dame de compagnie, et bientôt il réussit à pouvoir lui parler...

Ce sera un désastre.

Ce film est l'un des plus célèbres parmi les films de l'époque pré-révolutionnaire en Russie. Protozanov y développe un style de narration qui joue sur l'extrême lenteur, d'une part: lenteur de jeu et lenteur de rythme. Et il y filme dans des décors et des éclairages particulièrement soignés... Donc soyons clair: le rythme est si particulièrement lent, qu'on risque assez souvent de s'y perdre, paradoxalement... Mosjoukine, pour l'un de ses rôles les plus notables avant son arrivée à Paris, y est l'ombrageux, tourmenté officier abstinent qui ne veut jouer qu'à coup sûr... Et qui pourrait bien être une métaphore narquoise d'autre chose, d'autant que le bellâtre est bien prompt à sortir son arme de poing pour faire peur aux vieilles dames!

Sinon la technique du film fait la part belle aux truquages (eh oui, brave gens, on n'a pas attendu Netflix pour voir des films avec des effets spéciaux), notamment la surimpression, tant utilisée dans les films de Bauer pour véhiculer les pensées, souvenirs, regrets et tourments des protagonistes... Et une séquence finale montre Mosjoukine pris au piège d'une gigantesque toile d'araignée...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1916 Ivan Mosjoukine
17 mars 2020 2 17 /03 /mars /2020 16:39

Sorti en 1923, mais prêt depuis la fin 1922 quand il a été montré aux exploitants, La maison du mystère est pour la compagnie Albatros d'une grande importance; hérité des productions Ermolieff, qui s'installent à Paris à l'aube des années 20, le petit studio de Montreuil dominé par les Russes, va enfin rencontrer le succès, en particulier grâce à ce film en dix épisodes, qui sera un triomphe, après les succès d'estime des précédentes productions des Russes Blancs (Dits "De Montreuil") qui ont fui la révolution. Leur cinéma est essentiellement basé sur l'émotion, l'évasion et la captation des sentiments à l'écran, et nul mieux que Mosjoukine ne sait exploiter ce créneau. C'est ce que démontre cette imposante mais superbe production de 6h30, entièrement conservée et reconstituée avec un soin incroyable par feue Renée Lichtig, et enfin mise à notre disposition depuis 2015 en DVD dans la collection Flicker Alley.

Julien Villandrit est un chef d'entreprise heureux en amour, mais dont des soucis de comptabilité assombrissent la vie. Sa femme, la tendre Régine, est à son insu l'objet d'un lourd secret: le banquier Marjory est en effet son père, issu d'une liaison passée et secrète. Depuis la mort de la maman, plus personne n'est au courant, et Marjory ne souhaite pas propager la nouvelle... Mais ses largesses pour le jeune couple, et son amour débordant pour Régine finissent par faire jaser, en particulier Henri Corradin: le meilleur ami de Julien est en effet depuis toujours amoureux de Régine, et très, très jaloux... Et bien sûr le drame est inévitable: après avoir fait part de ses soupçons à Julien, Corradin assiste à une bagarre entre les deux hommes, et lorsque Julien (Qui a compris la vérité) va chercher du secours pour venir en aide à Marjory mal en point, son ami tue froidement le banquier. Les empreintes de Villandrit, les traces de lutte, et les rumeurs sur l'infidélité de Régine, tout concourt à faire accuser Julien du crime... C'est le point de départ de 20 années de tumultes, de coups de théâtre, de trahisons et de mésaventures en tous genres...

Le roman de Jules Mary à la base de cette sombre histoire est sans aucun doute un pensum à fuir, mais le traitement qu'en proposent Volkoff (Et Mosjoukine, qui comme d'habitude à la main sur le scénario) est tout en passion... L'âme Russe, toujours, pour le flamboyant Mosjoukine, qui habite chaque scène de son regard intense, et grâce à son jeu d'une puissance rare, et presque unique dans le cinéma Français. Volkoff se tire de l'invraisemblance de chaque scène en jouant avec un talent fou la carte d'un cinéma visuel, tant dans l'utilisation de décors naturels que dans la composition magnifique; il prend par exemple le parti dans le premier épisode de traiter le mariage des Villandrit en cinq minutes d'ombres Chinoises, sans céder à la tentation de la joliesse et de la mièvrerie: ce théâtre d'ombres incorpore aussi le drame à venir. En prime, il se sert du montage comme personne, sans se vautrer dans l'utilisation d'effets à la Gance (Ce qu'il fera malgré tout avec plus de retenue que le metteur en scène de La roue, dans Kean en 1924 et Casanova en 1927): tout ici est dédié à la mise au coeur de l'action, et au coeur des passions, des spectateurs. Une fois mis le pied dans l'engrenage du premier épisode, impossible de s'arrêter ou de demander grâce!

Et le serial, avec sagesse, suit le parcours inévitable du genre: il installe une harmonie (Un mariage, une naissance) à peine entachée de quelques zones d'ombre suffisamment définies pour apporter plus tard leur lot d'ennuis (L'argent, les soupçons d'infidélité, la présence envahissante du "rival" félon Corradin), et le chaos qui s'ensuit (L'arrestation, puis l'incarcération et enfin l'évasion et la fausse mort de Villandrit) va être la toile de fond d'un long retour à la joie et au bonheur, véritable but des protagonistes et du public (En l'occurrence proclamer et prouver son innocence pour avoir le droit de récupérer sa femme et sa fille!). Les règles du genre sont donc bien respectées, et les passages obligés aussi: spectaculaires retournements de situation, traîtrises diverses (le méchant Corradin), dosage de l'émotion, suspense, accélération du rythme en fin d'épisode...

Ni Mosjoukine, ni Volkoff, ni leurs acteurs ne se sont lancés dans cette aventure pour faire passer quelque message paternaliste que ce soit: on n'est pas chez Gaumont, et si "le patron" est bien mis en danger, c'est par son égal, son meilleur ami, un jaloux, un bilieux qui poursuit probablement des motifs peu recommandables. Certes, le monsieur est amoureux. ...La belle affaire! La façon dont Corradin, l'éternel éconduit par Régine (Hélène Darly), l'épouse de Julien, se retrouve tout à coup à dévisager la petite Christiane, la fille des Villandrit (Francine Mussy), nous laisse à penser qu'en plus d'être un lâche, un traître et un assassin (comme lui fait remarquer Villandrit dans leurs retrouvailles de l'épisode 8), Corradin est peut-être aussi un salopard fortement louche. Pour le reste, justement les sous-intrigues du film (un maître-chanteur pétri de remords et mû uniquement par le bien-être de son fils adoré, un évadé sûr de son bon droit, mais qui montre un profil bas en devenant l'humble et anonyme contremaître de l'entreprise dont il est le propriétaire et patron légitime) donnent l'impression d'une véritable humanité, qui s'étend au-delà des stéréotypes. Le héros est un brave homme, qu'il soit patron ou employé. Et le rôle joué par la religion (exactement comme dans Michel Strogoff, même si ici c'est de Catholicisme Romain qu'il s'agit et non de Catholicisme Orthodoxe) est essentiellement décoratif, pour Mosjoukine et Volkoff qui ont compris où s'arrêter pour qu'un motif ne prenne pas toute la place...

Et la cerise sur le gâteau, c'est qu'au milieu de tout ça, face à Ivan Mosjoukine, qui domine (mais comment pouvait-il en être autrement?), on trouve dans le rôle de Corradin le grand Charles Vanel, qui est superbe. Le clou du film, selon moi, est situé dans le huitième épisode, lorsque les deux hommes luttent après s'être perdus de vue pendant près de quinze ans: ils en sortiront vivants tous deux, mais la lutte est à mort et dure sept minutes, alors tout y passe: les poings, les baffes, l'arrachage de vêtements, les jets d'objets, même les meubles sont mis à contribution dans ce qui est une destruction systématique de l'environnement. Cette lutte se terminera d'une façon inouïe, par la projection d'un des deux protagonistes dans le vide, qui survivra à flanc de falaise. Falaise qui est filmée, entre autres, de très loin, avec des personnages qui ne sont que de menues silhouettes (voir photos plus bas)... Et pourtant, c'est on ne peut plus clair à comprendre. A l'issue de la bagarre, le spectateur est sans doute aussi exténué que les personnages...

C'est frappant, à quel point la mise en scène de ce film, à l'interprétation à la fois sobre et profondément émotionnelle, tranche sur toute la production française de l'époque, à de rares exceptions... Feyder et Crainquebille, ou Visages d'enfants, peut-être? Mais la modernité de Volkoff (et Mosjoukine, et leur assistant non crédité Tourjansky, soyons juste) passe par une habitude Russe d'une part: les personnages et leurs émotions sont constamment relayés par le décor et l'éclairage; et d'autre part, l'influence des Américains est là et bien là: le montage, le rythme de jeu et les angles de prise de vue sont tout entiers dédiés à l'impact émotionnel, et à la rigueur du point de vue. Il en résulte un film joué de façon convaincante, avec autant de fougue que de subtilité. Même si comme je le disais plus haut Mosjoukine domine, ce qui est incontestable, il semble avoir imprimé son style à tous les acteurs... Et c'est la naissance du style Albatros, justement, ces films merveilleux qui vont montrer au cinéma français la marche à suivre!

La Maison du mystère propose donc une évasion express, un divertissement spectaculaire et totalement grisant, dans des images qui sont du cinéma pur de bout en bout. En bref: c'est un film à voir absolument, l'un des chefs d'oeuvre de Mosjoukine, et sans doute l'un des plus beaux films muets Européens... Voilà c'est dit.

 

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Published by François Massarelli - dans Ivan Mosjoukine Muet Albatros 1922 Alexandre Volkoff