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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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18 février 2022 5 18 /02 /février /2022 15:46

Après Our mutual friend et David Copperfield, c'est la troisième des trois adaptations spectaculaires de Dickens par Sandberg. On y retrouve le même soin que dans les autres, une volonté affichée de rendre le roman aussi complet que possible dans son adaptation, mais avec cette fois des raccourcis: la longueur du premier film avait été la source d'ennuis, cette fois Sandberg a réussi à rester en dessous de deux heures, et livre une version linéaire, d'une fidélité exemplaire, et très réussie...

Philip Pirrip (Martin Hezberg), un jeune garçon orphelin qui grandit aux côtés de sa soeur (Ellen Rovsing), une femme acariâtre, et de son mari Joe Gargery (Gerhard Jessen), forgeron de son état, ressent plus d'affection pour ce dernier que pour sa soeur, qui a la main fort leste. Un soir qu'il est resté au cimetière, sur la tombe de sa mère, un forçat évadé (Emil Helsengreen) obtient de lui la promesse de revenir lui donner de la nourriture en échange de la vie sauve. Il revient le soir même... Sans savoir que son geste allait changer complètement sa vie.

Plus tard, il fréquente la maison excentrique et délabrée d'une dame à demi-folle qui vit en compagnie de sa mystérieuse pupille Estella (Olga D'org): Miss Havisham (Marie Dinesen), éternellement habillée en robe de mariée (son mariage a été annulé in extremis), vit dans le passé et la rancoeur, et semble élever Estella dans la méchanceté à l'égard des hommes, ce dont Philip (surnommé Pip) fera bien vite les frais, d'autant qu'il est amoureux... Quand le premier acte se termine, Pip devenu adulte (Harry Komdrup) apprend qu'il est l'heureux dépositaire d'une fortune, mais sans connaître l'identité de son bienfaiteur... Ou de sa bienfaitrice, car il soupçonne Miss Havisham d'être son ange gardien secret...

Dickens ne s'était pas fait que des amis, avec un roman dans lequel il mélangeait le chaud et le froid, l'amour (Pip) et la souillure (Miss Havisham), les largesses d'un mystérieux bienfaiteur et la violence menaçante d'un forçat. En Pip, héros enfantin devenu adulte sans perdre son âme d'enfant, il avait créé un personnage qui allait déplaire, mais qui est parfait pour le cinéma. D'une part, il y a de nombreuses adaptations, et ça continuera tant que le cinéma et les images qui bougent existeront... Ensuite, avec sa naïveté affichée, il est le parfait vecteur de cette entreprise d'illusions que sont les films.

Et c'est, je pense, ce qui attire Sandberg dans Dickens et la raison pour laquelle il va réaliser tant d'adaptations de ses oeuvres...  Il touche ainsi à une relative universalité, ou du moins à ce que l'occident en 1922 considérait comme tel. Il a du matériau parfait pour du mélodrame, pour des intrigues linéaires avec moult péripéties. Et il a des possibilités plastiques phénoménales, avec ces costumes 1860, ces décors Londoniens qui ici, au passage, ne sont pas forcément très recherchés, mais aussi ces décors naturels qui sont l'une des caractéristiques les plus évidentes du cinéma danois: de la scène dans le cimetière jusqu'à la rencontre finale de Pip et Estella, le film est souvent confronté à une nature sans artifice, parfaitement composée, dans des plans rigoureux. Pas d'audaces filmiques proprement dites, et si le metteur en scène est comme la plupart de ses collègues danois passé expert dans l'utilisation du clair-obscur et ne s'en prive pas, il fait peser de manière importante ces scènes diurnes qui marquent en particulier la première partie: on se souvient de la rencontre sinistre, en plein jour, avec un bandit...

Le film allait-il bouleverser l'histoire du cinéma? Non, bien sûr, pas davantage qu'il n'allait restituer au Danemark sa place de premier plan qui était la sienne en ce qui concerne le septième art, dix années auparavant. Mais ce que voulait Sandberg, c'était offrir à un public populaire des retrouvailles avec un roman qui avait tout pour l'être, en allant si possible un peu plus loin qu'une simple illustration. C'est tout, et c'est déjà beaucoup.

 

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Published by François Massarelli - dans A.W. Sandberg Muet 1922
18 février 2022 5 18 /02 /février /2022 12:04

Les Quatre Diables, des acrobates, sont deux garçons et deux filles, issus de deux fratries différentes, et élevés jusqu'à devenir des artistes talentueux par un père adoptif particulièrement pointilleux... Ils sont très unis, mais avec l'arrivée de l'âge adulte, les ennuis commencent: l'une des deux jeunes femmes, Aimée (Margarethe Schlegel), ressent un amour d'autant plus troublant pour Frederick (Ernest Winar), qu'il ne semble pas se soucier d'elle. Par contre, il est tombé amoureux d'une comtesse qui ne rate pas une seule des représentations, et qui l'a invité à la rejoindre dans sa maison... Frederick en revient épuisé par l'amour, mais commence lors des entraînements à ressentir un vertige qui l'inquiète beaucoup, et ses partenaires également: c'est que pour une soirée de charité très en vue, ils vont effectuer leur numéro de trompe-la-mort sans aucune protection... 

Sandberg est en délicatesse avec la compagnie Nordisk Film de Copenhague au moment où il effectue ce film, tourné à Leipzig et à Berlin pour un distributeur Allemand. Il vient de compléter son film le plus ambitieux (tourné en 1918, monté en 1919, et qui ne sortira qu'en 1921), une adaptation de Our mutual friend de Dickens, et doit batailler sur le montage, l'exploitation et tout un tas d'autres choses. On remet en cause sa position au sein de la compagnie, qui lui permettait de mettre en scène des grands sujets sans interférences... Le choix du film tourné en Allemagne est assez ironique, puisque Les quatre diables avait déjà été un énorme succès en Europe en 1911, sous pavillon Danois! C'était une production de Robert Dinesen, adaptée du roman de Hermann Bang, et qui allait ensuite fournir la base d'un film de Murnau aujourd'hui disparu, réalisé à la Fox en 1928...

Mais Sandberg, dont le style passe-partout s'adaptait assez bien à tous les environnements, en fait un film totalement nocturne, dans lequel il focalise toute son intrigue sur l'âge adulte de ses protagonistes, contrairement aux deux autres adaptations qui proposeront l'histoire en séquence, en commençant par la jeunesse difficile sous la protection mais aussi la férule du clown Cecchi: ici, ce ne sera qu'un flash-back occasionné à Frederick par le répit que lui accorde la "comtesse", et qui aura pour effet de le priver de sa capacité à braver le vide: une métaphore de l'impuissance comme le cinéma des années 10 et 20 les aimait, à la fois subtile et riche en clichés... La copie disponible (retrouvée en Uruguay) laisse assez peu de chances de voir la beauté de la photographie, et est probablement fragmentaire. Sandberg avait-il lui même recentré son film sur les deux personnages tragiques, ou est-ce dû à un remontage (la copie est en 16 mm, et à de nombreuses reprises, on sent des trous dans l'intrigue, avec des flash-backs manquants, de toute évidence)? Nous ne pouvons pas le savoir. Mais en l'état, ce film, un chaînon manquant de la carrière d'un des cinéastes les plus grand public du cinéma danois, reste intéressant, avant qu'une meilleure copie ne soit disponible, au DFI par exemple?

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Published by François Massarelli - dans A.W. Sandberg Muet 1920
16 février 2022 3 16 /02 /février /2022 17:56

La caméra de Lamprecht se promène en Sicile, au pied de l'Etna... Et en profite pour visiter les villages environnants, et saluer la population...

Filmant le volcan, Lamprecht agit finalement bien plus en touriste qu'en cinéaste, se désintéressant bien vite d'un géant de feu, qui bien qu'actif, reste bien sage durant le séjour. Pas de drame en vue donc, et on notera que Lamprecht, qui aimait croire qu'il montrait la vie sans la moindre idéologie, est une fois de plus attiré en optimiste par la vie en apparence indolente des habitants... Le film est manifestement peu connu, absent des filmographies officielles.

https://www.youtube.com/watch?v=sr_ItruvadE

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Published by François Massarelli - dans Gerhard Lamprecht Muet Documentaire
15 février 2022 2 15 /02 /février /2022 09:06

Mamie Smith, une jeune orpheline (Marion Davies), a été placée par son orphelinat auprès d'une jeune mère (Hedda Hopper) qui vit seule avec son bébé. Le mari est parti faire fortune, mais semble s'être perdu en chemin vers le Mexique, et les dernières nouvelles ne sont pas bonnes, puisqu'il décide de rompre avec sa famille... A la mort de Mrs Caldwell, Mamie décide de partir à la recherche du père en compagnie de Zander, le petit garçon. En chemin vers le Mexique, elle va trouver une petite maison en Arizona tenue par trois bandits. L'un d'entre eux est troublé quand il apprend l'histoire du petit garçon...

C'est le premier film MGM de Marion Davies, et selon son habitude, William Randolph Hearst s'est mêlé de tout au point de tempérer quelque peu l'intérêt de la production. On est assez proche, une fois de plus, d'une atmosphère à la Mary Pickford, dont Marion imite ici une fois de plus les boucles... Elle est charmante mais un peu engoncée dans un rôle qui ne lui permet pas suffisamment d'exprimer son caractère extravagant: c'est dommage... Et le film est entièrement suspendue à un grand final qui prend tant de place qu'en l'attendant on s'ennuie un peu.

Reste d'authentiques scènes de comédie, qui sont à la fois une réminiscence évidente de Daddy Long Legs, de Marshall Neilan, avec vous savez qui, et l'occasion pour Marion Davies de jouer sans maquillage aucun des scènes de réelle comédie physique: elle y est excellente. On reconnaît aussi un truc qu'elle a utilisé assez souvent, dans Little Old New York ou plus tard dans Lights of old Broadway et The Red Mill: passer de scènes sans fard ni artifices, à un maquillage sophistiqué: la transformation du vilain petit canard en grand cygne, ou plus sûrement la transformation de Marion Davies en cette statue de normalité qui était tant souhaitée par William Randolph Hearst...

 

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Published by François Massarelli - dans Marion Davies Muet 1925 Comédie
14 février 2022 1 14 /02 /février /2022 13:28

Schenstrom et Madsen ont trouvé un coin de paradis, une plage sur laquelle ils essayent de séduire des baigneuses... Ils se font une amie, Mona, dont ils sont tous deux amoureux. Mais ils sont rattrapés par le service mirlitaire! Sommés de rejoindre leur base, ils vont se retrouver en cantonnement dans une ferme qui est tenue... par la tante de Mona:le monde est petit...

Ca manquait, sans doute, à leur panoplie: ceux qu'on connaît ici sous le nom de Doublepatte et Patachon ont, en effet, été minotiers, artificiers, acteurs, politiciens, photographes, vagabonds, maîtres de danse, voire Quichotte et Panza, mais jamais soldats, à une époque où a tradition du comique troupier était encore vivace: la même année, Maurice Tourneur sortait Les gaietés de l'escadron d'après Courteline... Mais ce n'est pas le meilleur du film, pourtant. 

Non, le meilleur ce sont les dix premières minutes, qui voient les deux héros rivaliser d'ingéniosité bizarre pour se faire une place sur le sable: cet univers reste celui auquel ils revenaient toujours, avec Lau Lauritzen qui reste de toute évidence le meilleur metteur en scène qui ait pu travailler avec eux, ou en tout cas celui qui les comprenait le mieux, leur laissait mener leurs personnages à leur guise, et ne cherchait pas à les diriger plus que nécessaire...

Ce film très moyen est le dernier muet du trio, un film muet tardif: seuls quelques pays, à l'est de l'Europe (l'URSS, la chine et le Japon notamment) pratiquaient encore l'art de la pantomime au cinéma. Et comme d'autres, Carl Schenstrom et Harald Madsen vont être à jamais assimilé à cette merveilleuse période du cinéma mondial. Y compris avec des films parfois médiocres, ce qui st clairement le cas de ce long métrage...

 

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Published by François Massarelli - dans Lau Lauritzen Muet 1932 Comédie Schenstrom & Madsen
13 février 2022 7 13 /02 /février /2022 15:57

Un pianiste joue tellement fort d'un instrument, qu'il irrite tout l'immeuble. A plus forte raison quand il s'avère que le piano, enchanté, entraine malgré eux les habitants de la maison dans une danse sur laquelle ils n'ont aucun contrôle...

Ce n'est pas la première, ni la dernière incarnation de cette intrigue, mais c'est une excellente version, par l'allant et la conviction des interprètes, dont Alice Guy profite pour représenter les corps de métier de l'époque, avec leurs signes distinctifs.

Sinon, comment ne pas penser à une autre oeuvre, immortelle celle-là, dans laquelle un autre instrument maléfique oblige les gens à danser jusqu'à épuisement des troupes? Une flûte, six trous, et des petits bonshommes bleus... 

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Published by François Massarelli - dans Alice Guy Muet Comédie
13 février 2022 7 13 /02 /février /2022 15:53

Des "vues" documentaires, comme on disait alors, d'un de ces géants de la proto-aviation, un dirigeable qui finira par disparaître au large des côtes d'Irlande...

Trop limité pour être intéressant, le film n'est qu'un fragment d'un ensemble documentaire, un genre qui se raréfiait, pour Alice Guy; aux Etats-Unis, elle allait abandonner le genre.

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Published by François Massarelli - dans Alice Guy Muet
13 février 2022 7 13 /02 /février /2022 15:49

Un homme va être expulsé de son logement: un huissier accompagné des agents de la force publique vient procéder à l'inventaire et la saisie des meubles. Le lit est imposant, mais il a des roulettes, ce qui facilite son transport. Son évasion aussi... 

Le film montre bien que finalement tout est acceptable dans la comédie, y compris l'expulsion d'un pauvre bougre... Mais le plus intéressant reste que e lit traverse les inévitables décors les plus à même de provoquer la surprise, dont cet escalier qu'on reverra dans Fantômas...

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Published by François Massarelli - dans Alice Guy Comédie Muet
13 février 2022 7 13 /02 /février /2022 15:40

Une fillette échappe lors de sa promenade quotidienne à la vigilance de sa gouvernante, et va jouer seule dans le parc des Buttes-Chaumont: à cette occasion, elle utilise sa corde à sauter pour mettre des "apaches" hors d'état de nuire, et sauve un aveugle... La gouvernante, honteuse, alerte la police pendant ce temps de la disparition de la petite...

C'est un petit film tourné en liberté par une réalisatrice qui est sans doute bien contente de pouvoir se débarrasser des pesanteurs du théâtre, et de profiter des décors Parisiens superbes, dont le parc des Buttes-Chaumont.

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Published by François Massarelli - dans Alice Guy Muet
13 février 2022 7 13 /02 /février /2022 15:35

Le frotteur du titre est un homme consciencieux qui se doit de nettoyer la place du mieux qu'il peut. Alors il frotte... Au mépris des dommages collatéraux.

Règle numéro un en ce qui concerne la comédie chez Gaumont, ce que notera bien Jean Durand quelques années plus tard: tout acte a des conséquences... Donc ici, plus on frotte, plus ça glisse, plus ça glisse, plus c'est dangereux, et plus c'est dangereux, plus c'est de la comédie. C'est mathématique.

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Published by François Massarelli - dans Alice Guy Muet Comédie