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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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2 juillet 2017 7 02 /07 /juillet /2017 18:50

Une petite fille a une préceptrice qui ne l'aime pas, et elle le lui rend bien... Le problème, c'est que la dame en question doit devenir sa belle-mère, et pour mener à bien cette entreprise, elle s'est résolue à demander à son futur mari de mettre la petite en pension: elle prétend que de vivre en permanence avec une petite dont elle a été la préceptrice ne l'aiderait pas à se sentir chez elle. Pour la jeune fille, il lui fait agir, et vite, d'autant qu'elle a bien vu que dès que le père s'absente, la dame réussit à passer du temps avec un autre homme. Elle décide de prendre une photographie en douce des amants...

Ce nouveau film est une comédie, mais elle incorpore des éléments de drame, du suspense, et même quelques éléments de mélodrame qui auraient pu avoir leur place chez Dickens. Et surtout, le metteur en scène y expérimente brillamment avec le montage, le morcellement et les champs et contrechamps. La morale bourgeoise y trouve bien sur son compte, mais pas autant que le cinéma, qui avance brillamment... Sans prendre  de temps: ce film ne dure que huit minutes.

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Published by François Massarelli - dans Muet Albert Capellani
2 juillet 2017 7 02 /07 /juillet /2017 18:38

Le vieux pianiste Darblay (Edmond Duquesne) ramène du restaurant du pain pour donner aux oiseaux. Pendan qu'il nourrit les volatiles, une fillette misérablement vêtue (Stacia Napiekowska) se jette sur les miettes. Le vieil homme, ému, prend pitié d'elle, la recueille et l'adopte. Lors de ses répétitions avec une danseuse, Darblay a la surprise de voir la jeune femme danser, elle aussi, avec un certain talent. De fil en aiguille, encouragée par le vieil homme, elle va devenir une vedette. Mais en son absence, son père adoptif est rongé de chagrin. Sa présence seule pourrait le sauver. L’artiste , l'apprenant, rentre à Paris, et... retrouve le vieux Darblay en compagnie de ses moineaux sur le banc où ils se sont rencontrés.

On est surpris évidemment après avoir passé du temps en compagnie des drames (La fille du sonneur) et des films inspirés de faits divers sordides (L'homme aux gants blancs, Drame passionnel, L'épouvante): Capellani avait aussi, parfois, la tâche de donner à voir des petites histoires sentimentales de patronage qui se terminent bien. C'est plaisant, bien interprété, même si de toute évidence ce film ne me semble pas avoir la même portée que les sombres drames cités plus haut. Pour l'anecdote, on retrouvera Napierkowska chez Feuillade (Les Vampires) et chez Feyder (L'Atlantide).

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Published by François Massarelli - dans Muet Albert Capellani
2 juillet 2017 7 02 /07 /juillet /2017 18:18

Commençons une bonne fois pour toutes par affirmer que ce film n'est pas, contrairement à ce qui est souvent affirmé de façon appuyée, le premier long métrage de l'histoire du cinéma... Par contre c'est bien un long métrage, c'est sûr, et prévu, assumé et montré comme tel: contrairement par exemple à La naissance, la vie et la mort du Christ d'Alice Guy par exemple, ce film était bien prévu pour une séance qui le contiendrait en entier, sans option de voir les tableaux séparément les uns des autres.

J'ai dit "tableaux", et c'est en effet une caractéristique héritée de la décennie précédente, que de diviser le film en plusieurs tableaux qui tiennent lieu de séquences, d'ailleurs généralement annoncés par des intertitres qui nous disaient tout ce qu'on allait voir. Mais La Divine Comédie s'y prête plutôt facilement, et les réalisateurs du film se sont donc décidés à utiliser le cinéma pour transcrire la visite hallucinée du poète Dante aux Enfers, avec pour guide l'âme de Virgile...

Inspirées de Gustave Doré, les images font un grand usage de décors naturels, laissant les mots des intertitres faire une part du boulot... Mais il y a aussi une part de truquages parfaitement fonctionnels, surimpressions, caches, images composites. Les figurants nombreux qui interprètent les damnés ne sont probablement pas des acteurs, mais ils ont beaucoup donné pour le film, car le moins que l'on puisse dire c'est que la production ne les a pas ménagés! N'empêche, le film impressionne justement par ce jusqu'au-boutiste dans la volonté de suivre les illustrations établies et de fournir au texte un équivalent visuel à peu près aussi fou. On pense par moment à un Méliès qui aurait mis sa fantaisie au service d'une peinture violente et irréaliste, mais qui saurait non seulement doser ses effets, mais aussi ne pas se retenir parfois... Bref, ce film plus que centenaire est certes antique, mais il est aussi d'une grande beauté visuelle.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1911
1 juillet 2017 6 01 /07 /juillet /2017 16:59

Un intertitre sans équivoque nous prévient: Jeanne d'Arc, c'est la nation, c'est la naissance de la France... De mon point de vue, forcément, ça ne commence pas bien. Pourtant, sans épiloguer sur le fait qu'il soit important ou non de célébrer l'esprit national (Pour ma part, j'ai tranché depuis longtemps: la nation, c'est du vent et du pipi de chat, ça ne sert à rien d'autre qu'à rejeter les autres et on en a la preuve tous les jours), le film démontre à sa façon que c'est un peu vrai: il prend Jeanne d'Arc comme une héroïne tangible d'un peuple en train de se fédérer, et le fait en nous contant une histoire dont on connaît les tenants et les aboutissants, la part d'Histoire et la part de légende, la part de faits rigoureux et la part de superstitions. Car Jeanne d'Arc est, bien sur, indissociable de tous ces éléments. On peut (c'est mon cas) ne pas partager cette fascination de l'extrême-droite pour un personnage dont le parcours est, d'un point de vue laïc, bien trop religieux pour être honnête, et être malgré tout ému par ce destin humain... C'est ce qui fait le prix de ce film qui cherche à fédérer tous et toutes autour de ce petit bout de bonne femme... Interprété par une actrice méconnue de tous ceux qui ne sont pas des habitués du cinéma muet.

Ce film fait partie de tout un pan du cinéma qui n'a pas été couvert, ou presque, par les grands historiens du cinéma Français, les Sadoul, Jeanne ou Ford, qui n'étaient préoccupés que de faire coïncider leur vision du cinéma avec une idéologie, Sadoul en particulier, ou de considérer l'histoire du septième art sous le seul angle de la distribution de hochets et de bons points. On admet un Renoir, on vénère un Gance, un Epstein ou un L'Herbier, on fait entrer un René Clair (d'autant qu'il a pu se transformer en son propre hagiographe, c'est pratique), un Feyder ou un Feuillade par la petite porte, mais les Le Somptier, de Morlhon, Bernard, Perret, Volkoff, Fescourt et autre de Gastyne, porteurs d'une vision d'un art jugée populaire, sont forcément louches... Les années 80, la redécouverte du muet par des gens neufs (Kevin Brownlow, grand admirateur de ce film, en tête), et la mise en route d'un chantier de reconstruction moins arbitraire par les cinémathèques, ou le CNC, ou d'autres, ont changé la donne. C'est à Renée Lichtig et à la Cinémathèque Française qu'on doit la reconstruction de ce beau film méconnu, qui est condamné à rester dans l'ombre du film de Dreyer. Et toutes proportions gardées c'est injuste, bien sur!

Le cinéma muet n'a pas attendu très longtemps pour s'emparer du personnage et de son histoire: Méliès a sorti un film en 1899, déjà à la recherche de sujets populaires... mais il n'était pas le premier, ce privilège revenant au méconnu Georges Hatot (1898) qui tournait parfois pour les frères Lumière. A cette époque, l'héroïne est encore d'essence surtout populaire, la béatification n'intervenant qu'en 1909, et la canonisation en 1919. En cette période qui faisait suite à la première guerre mondiale, la "sainte" Jeanne d'Arc était forcément du pain bénit (si j'ose dire) pour l'extrême droite nationaliste, et ceux-là étaient influents en cette époque de cocardes: qu'on en juge, on a acquitté la même année le meurtrier de Jaurès. Mais revenons à nos moutons... Jeanne d'Arc a été aussi l'héroïne de films Italiens (en 1908 et 0913) et bien sur d'un imposant et très intéressant film de 1916, Joan the woman par lequel Cecil B. DeMille prenait le contre-pied des isolationnistes Thomas Ince (Civilisation) et David Wark Griffith (Intolerance), en en faisant dans une scène inattendue la conscience de l'Europe qui appelait à l'union sacrée contre la barbarie Allemande! Comme on le voit, Jeanne d'Arc est décidément indissociable de l'idéologie. Les deux derniers films muets mettant en scène Jeanne d'Arc sont donc La passion de Jeanne d'Arc de Carl Theodor Dreyer (1928, produit par une petite compagnie indépendante, La Société Générale de films), et cette Merveilleuse vie sortie par Natan en 1929, dont le script est de Jean-José Frappa. 

Frappa est un journaliste, qui a surtout travaillé dans le cinéma Français dans les années 20. On lui doit en particulier le scénario de deux films de Raymond Bernard, Le miracle des loups en 1924 (Qui comporte de nombreuses similitudes avec cette Merveilleuse vie), et le fantastique Joueur d'échecs de 1926. Marco de Gastyne, pour sa part, est un décorateur (Pour René Le Somptier, entre autres) passé à la réalisation en 1923, et dont cette superproduction imposante de 1928-1929 est sans doute le plus important de ses films. Et n'oublions pas de parler de Simone Genevois: l'actrice à laquelle on a confié le rôle de Jeanne d'Arc n'est pas une inconnue (Rien que sur ce blog, on peut se référer à deux films majeurs qu'elle a interprétés, La maison du mystère de 1923, réalisé par Alexandre Volkoff, et bien sur Napoléon d'Abel Gance, qu'on ne présente plus). C'était, au début des années 20, une enfant-star, et sa participation à ce film historique est probablement l'apothéose de sa carrière. Non seulement elle est fantastique dans ce rôle difficile, mais en plus elle a un atout considérable, y compris sur la redoutable Renée Falconetti, qui au moment d'incarner Jeanne en 1927, avait 35 ans: Simone Genevois avait 16 ans au début du tournage de ce film, ce que de Gastyne et elle-même ont rapidement transformé en une garantie impressionnante de naturalisme.

Le film tel qu'il existe (On parle de copies de 16 bobines qui auraient été présentées en 1929, les versions actuellement disponibles tournent autour de 11 ou 12, donc deux heures) présente essentiellement un certain nombre d'épisode de la vie de la jeune femme, de sa "vocation", à sa fin tragique. On commence par faire un état des lieux, vu à une certaine distance des combats de la Guerre de cent ans: le film nous montre la vie à Domrémy, parfois lieu de passage de soldats en partance pour les combats. De Gastyne choisit de privilégier un naturalisme impressionnant sur les lieux, les comportements et le mode de vie des habitants de cette Lorraine du moyen-âge, en tournant dans des lieux aussi proches que possible de ce qu'on savait de l'époque: les scènes d'intérieur, éclairées à la cheminée, ont une vérité impressionnante. Tout comme l'arrivée des soldats, vécue avec curiosité par la population locale qui reste prudemment à distance... Durant tout le prologue, Simone Genevois et le réalisateur maintiennent Jeanne à distance: c'est la partie la plus privée du personnage, ainsi que celle qui requiert le plus de foi de la part du spectateur! Si les copies actuelles maintiennent un premier degré absolu sur les "visions" de Jeanne (Oui, c'est bien Dieu qui lui confie sa mission), le film trahit par son état le fait que certains de ces passages, uniquement disponibles dans des versions en 9.5mm, ont du être coupées à certaine occasions. Et de Gastyne choisit de faire de cette jeune Jeanne un mystère en la donnant à voir de plusieurs points de vue: son père Jacques d'Arc, un compagnon de jeu, mais aussi un soldat de passage à la veillée, sont tous impressionnés par la jeune femme. Nous aussi: le regard de Simone Genevois, son visage, témoignent d'une vie intérieure qui ne sera, dans ces séquences, jamais vraiment révélées. C'est ce qui fait tenir le film debout, y compris pour une personne qui n'a pas forcément envie de croire à tous ces faits religieux. L'important après tout, et on rejoint totalement Dreyer sur ce point, c'est que Jeanne d'Arc y croyait, elle, de façon inconditionnelle. Grâce à Simone Genevois, de Gastyne n'a aucun mal à nous en persuader.

Ensuite, le film se morcelle: des intertitres nous résument l'action en usant de ouï-dires, ou de formules du genre "la rumeur se répandit comme une traînée de poudre". Mais on va à l'essentiel: l'emblématique entrevue de Chinon,entre Jeanne (que la cour s'apprêtait à congédier d'une chiquenaude) et le roi Charles, lorsque celui-ci échange sa place avec Gilles de Rais pour ridiculiser la jeune fille, mais Jeanne n'est pas dupe. Puis elle fait la promesse de libérer la ville d'Orléans, et enfin de faire sacrer le roi à Reims. La bataille d'Orléans est un modèle de grandiose cinématographique, qui tranche par bien des côtés sur le spectaculaire à la sauce Américaine, tout en l'égalant. Sans surprises, c'est une scène qui a du coûter cher, très cher... Je devrais d'ailleurs plutôt dire une série de scènes, parce que ça se passe en trois temps: le départ vers Orléans, avec une foule de plus en plus imposante, de soldats, de pages, de gueux, de moines... C'est là que le récit tranche sur le cinéma Américain: le départ vers Orléans aurait probablement été réglé en un ou deux plans, avec un nombre de figurants conséquents, et un décor fait d'une longue route droite, permettant en un seul plan de visualiser l'armée. Mais l'effet recherché ici est tout différent: le foisonnement, l'indiscipline mais aussi la ferveur de l'armée sont évidentes, et ils ne suivent pas une route en file indienne: on les voit traverser en ordre dispersé, certains à cheval, d'autres à pied, une prairie... Et la séquence dure, mais atteint ses buts. Parmi ces buts, bien sur, tout faire pour faire durer l'attente vers la bataille... On passe ensuite au point de vue des Anglais qui apprennent l'arrivée de l'armée de Jeanne, puis enfin à la bataille elle-même, menée de main de maître par de Gastyne, qui retrouve l'esprit des scènes de violence du Miracle des Loups de Raymond Bernard... ainsi que son décor: la cité de Carcassonne tient en effet le rôle de la ville fortifiée d'Orléans. Cette bataille, qui dure toute une bobine, est une scène impressionnante qui mériterait de rester parmi les grandes scènes classiques du cinéma muet.

Après Orléans et la blessure de Jeanne (Traitée avec un réalisme impressionnant et des gros plans hallucinants du visage de Simone Genevois), une courte scène semble presque bâclée, celle du couronnement de Charles. pas sur qu'il était nécessaire d'y passer plus de temps que les deux minutes que dure la séquence, mais elle impressionne au moins par les moyens mis en oeuvre: tournée à Reims même, elle semble avoir nécessité 500 figurants! mais le film s'emballe ensuite, avec une série de scène durant lesquelles Charles apprend le résumé du reste, plus désastreux, de la carrière militaire de Jeanne d'Arc, sa défait à Compiègne et son arrestation par les Anglais. Une façon d'expédier le sujet gênant entre tous, le fait que les "amis" de Jeanne d'Arc l'ont sans doute assez peu soutenue, mais aussi une façon de passer à l'autre pan hors du commun de l'histoire de la jeune femme, la partie la mieux connue de sa vie puisque tout a (sans doute, il convient d'être prudent lorsque politique et religion se mêlent aussi étroitement) été consigné.

Nous savons que Dreyer a consacré tout son film de 1928 au procès de Jeanne d'Arc, qu'il a traité à la fois comme la réalité et la fiction (en en triturant la chronologie de manière à tout faire tenir dans une journée de tension). Mais de Gastyne souhaite faire de son procès l'aboutissement d'un parcours spirituel et humain, la fin aussi d'une histoire, d'où un traitement différent. D'une part, le tempo du film se ralentit considérablement. Ensuite, cette fois plus que jamais le point de vue de l'essentiel de ces scènes sera celui de la jeune femme, qui se comporte face à ses juges de multiples façons, toutes logiques: arrogantes quand on questionne sa foi, habitée par la même conviction depuis le début, elle peut aussi être souriante, douce, gentille même avec ses juges. Tout un éventail de comportements et d'émotions que le personnage nous a déjà données à voir au travers des 90 minutes qui précèdent: la détermination de Jeanne face à son père réticent à la voir prendre les armes, sa façon de s'imposer à des soudards, y compris des gros lourdingues comme La Hire (Fernand Mailly), ou le trouble Gilles de Rais (Philippe Hériat n'a pas besoin d'être très démonstratif, jouant essentiellement de ses yeux qui en disent long, pour une caractérisation qui restera dans les annales au moins pour son économie!), sa force de caractère... Dans ces scènes, suite logique de tout ce qui précède, c'est sans jamais se mentir ni se renier qu'elle affronte son procès, mais le spectateur en sait toujours un peu plus: le jeu est, bien sur, pipé. Dreyer gardait le silence sur la manipulation à laquelle se livraient les Anglais et les juges acquis à leur cause. De Gastyne y sacrifie et nous montre la traîtrise des geôliers qui manoeuvrent pour que Jeanne, se parjurant, finisse quand même au bûcher... On ne lui en voudra pas, ce type d'intrigue facile atteint son but et reste complètement dans le cadre acceptable et dramatique du film.

Reste que, comme Falconetti, Simone Genevois doit affronter la venue inéluctable d'une mort horrible, dont le signe avant-coureur est la perte de ses cheveux, une scène impossible à jouer sans la vivre... Falconetti y est bouleversante, Genevois aussi. Là où Dreyer choisit de se concentrer sur le drame intérieur de Jeanne, et filme les visage du début à la fin de son film, de Gastyne choisit de reprendre de la distance pour son final, tourné sur une place de village (Cette scène n'a pas été tournée à Rouen, bien sûr) où se pressent des badauds. ils prennent de l'importance au fur et à mesure de la scène, qui est splendide. La mise à mort de Jeanne est comme de bien entendu, odieuse, terrifiante, et semble ressentie par une Simone Genevois réticente, dont les pieds nus semblent ne plus pouvoir la porter... Le film se termine sur le même constat que La passion, avec le chaos, un fait qui n'a rien d'historique nous dit-on... Les Anglais, les ecclésiastiques sont pris de panique, et avec eux le public de l'exécution. Tout le monde déserte la place, où le bûcher se tient. Le dernier plan nous montre, à bonne distance, le feu en train de s'éteindre, il n'y a plus une trace de la jeune femme.

On reste pantois devant la maîtrise de la plupart des scènes dont j'ai parlées plus haut. Je reste un peu plus réservé quant au film en tant qu'ensemble, dont j'ai le sentiment de n'avoir quand même vu qu'un condensé, aussi habile soit-il... Mais Marco de Gastyne, et cette oeuvre résultant de 18 mois de tournage, de la patiente construction et reconstruction d'un univers moyen-âgeux dont il souhaitait donner pus de vie à voir que ce que les images d'Epinal nous montraient à l'époque, mériteraient aujourd'hui un peu plus de considération. Et s'il n'avait fait que ce film, le metteur en scène mériterait quand même d'être rappelé au bon souvenir des historiens... et du public. Ce film est parfois présenté, souvent mentionné, mais peu vu; une cassette vidéo est parue chez René Chateau en 1996, et depuis... plus rien.

C'est d'autant plus dommage que le film présente en plus une prestation exceptionnelle d'une actrice de 16-17 ans, qui a tout donné dans ce rôle: Simone Genevois est bouleversante. Quant à caractériser ce qui différencie ce Jeanne d'Arc de l'admirable film concurrent (Au-delà du fait que le film de Dreyer contrairement à celui-ci ne couvre que le procès, et se tient à l'écart de toute interprétation religieuse un tantinet naïve), je pense que c'est par la différence entre l'interprétation de Renée Falconetti et celle de Simone Genevois qu'on aura la clé: Renée Falconetti a interprété une Jeanne privée, apeurée mais habitée, alors que Simone Genevois, qui a l'âge du rôle, nous donne à voir l'image publique, donc historique de Jeanne d'Arc face à ses accusateurs.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1929
1 juillet 2017 6 01 /07 /juillet /2017 11:50

Dans un cirque, on ne quittera pas la "galerie des monstres" et sa collection de personnages excentriques. Parmi eux, le clown Riquett (Jacque Catelain) vit dans une roulette avec la plus pure et la plus jolie des femmes du cirque, Ralda (Lois Moran)... Sa beauté influence les convoitises, depuis le dompteur au directeur. Celui-ci va tenter de la violer pendant un spectacle, alors que Riquett est en pleine danse de folie...

Marcel L'Herbier n'envisageait pas d'être le seul maître à borde des productions Cinegraphic, et son mode de vie l'encourageait à pousser ses proches à voler de leurs propres ailes, d'où ce curieux film. Jacque Catelain, acteur, écrivain et artiste multi-formes, était à bien des égards le protégé de L'Herbier, le jeune premier de bien des formes, parfois assez peu convaincant, mais qui donnait tout de même de sa personne.

Son film, qu'il a réalisé d'après un scénario adapté de son propre roman par l'obscur Eric Allatine, se distingue des films de L'Herbier par sa brièveté, et son refus d'en diluer le romantisme sec, qui parfois confine au cauchemar. Mais, avec l'apport du maître à la décoration de son film, Jacque Catelain ne peut faire oublier ses influences, en particulier lors d'une scène qui utilise la vitesse, le tourbillon, le délire et un montage ultra-rapide, qui semble venir en droite ligne de Eldorado (1921). Et le film échappe aussi à une tendance "raisonnable" de L'Herbier, qui ne peut pas s'empêcher de faire revenir les acteurs de ses drames dans les limites bourgeoises de l'acceptable. as Catelain, qui choisit de nous montrer que la vie d'artiste, c'est pour toujours, c'est un choix, et on peut y vivre heureux.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1924 Marcel L'Herbier
1 juillet 2017 6 01 /07 /juillet /2017 08:51

Une oeuvre partagée entre deux créateurs, qui nous permet de rappeler comment Pathé fonctionnait à l'époque, avec des "techniciens" et metteurs en scènes qui avaient leurs propres domaines de compétence... Très décoratif, ce film assez peu intéressant est typique de la production féerique, avec ses tableaux et son final en forme de ballet ou de revue. Le chef-opérateur de génie Segundo de Chomon était au studio un disciple affirmé de Méliès, dont il contournait assez aisément les limitations techniques parce que lui, contrairement à l'illusionniste de Montreuil, avait compris que le cinéma pouvait évoluer et affiner sa technique. Mais Pathé ne lui faisait malgré tout pas confiance pour tourner seul un film, dont il fallait faire appel à un spécialiste dramatique!

Chomon a donc contribué avec ses effets, qui sont très bien amenés (Et le film présente un génie en diable cornu et bossu qui renvoie lui aussi à l'esthétique des films Méliès), mais les deux minutes de danseuses exotiques avec couleurs au pochoir nous donnent envie de retourner à notre Paris des passions en 1906 tel que le dépeint Capellani... 

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Published by François Massarelli - dans Muet Albert Capellani
1 juillet 2017 6 01 /07 /juillet /2017 08:44

Encore un film dur de Capellani: cette fois, il nous présente une mère dont la fille s'est tuée et qui sombre dans l'alcoolisme, devient folle, et s'empare dans un jardin public d'une fillette qu'elle prend pour la sienne. Elle meurt dans un couvent, "visitée" une dernière fois par le fantôme de sa fille.

On notera que la pauvre créature vit au départ seule avec sa petite fille, sans qu'on puisse déterminer si elle est veuve, divorcée, ou... pire. Au mur, dans la première scène, un portrait anonyme d'un monsieur en moustache permet éventuellement de rassurer le bourgeois! Sinon, la scène inaugurale de la mort de la petite est filmée depuis un intérieur, donc en studio, la caméra vissée sur le centre de la scène, ne quittera pas la mère, et quand la petite fille s'approche de la fenêtre et tombe, c'est quasiment hors-champ: une manière d'affirmer que le drame est ailleurs, dans la solitude qui s'ensuit et ses funestes conséquences... Capellani ira bien sur plus loin dans la peinture de l'alcoolisme avec L'assommoir en fin 1908.

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Published by François Massarelli - dans Muet Albert Capellani
30 juin 2017 5 30 /06 /juin /2017 17:49

Un vieil homme, sonneur de cloches à Notre-Dame, désavoue sa fille qui fricote avec un monsieur pas comme il faut. La fripouille abandonne la jeune femme avec un bébé, et celle-ci n'a d'autre solution que de laisser la petite à son père, qui la prend en charge, avec suffisamment d'amour. Mais la mère cherche ensuite à revoir la petite, contre l'avis du grand-père.

Ce film, toujours tourné en 1906, est nettement plus long que ses prédécesseurs: la copie dure dix minutes, et est un condensé du film, qui nous est annoncé incomplet... un mélodrame, donc, mais marqué par la composition, la scénographie et l'utilisation parcimonieuse de figuration: on est devant un film qui ménage ses effets, et si certaines scènes avec le vieux sonneur, au jeu excessif, vont trop loin dans le pathos, on le suit avec tension. Une scène avec le vieux sonneur à coté d'une gargouille, qui contemple l'horizon, et donc les toits de Paris, atteint à la grandeur: c'est un moment de pure poésie. N'oublions pas que Capellani réalisera une version de Notre-Dame de Paris, en 1911...

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Published by François Massarelli - dans Muet Albert Capellani
30 juin 2017 5 30 /06 /juin /2017 17:44

Tourné en 1906, La femme du lutteur fait partie de la première vague des courts métrages de Capellani. Vu à plus grande distance que les autres, ce film incorpore un grand nombre de figurants, ce qui est d'autant plus justifié qu'une partie de l'action se place dans le cadre forain: un lutteur à succès se laisse draguer par une riche bourgeoise, et abandonne roulotte, femme et enfants pour s'installer dans la belle vie.

Le sujet parle d'abandon du domicile conjugal, d'adultère, et donc de sexe. Le fait que l'homme fasse un usage professionnel de son corps est à prendre en compte. En tout cas, cette fois, contrairement aux crimes et autres actions violentes commis dans Drame Passionnel, Mortelle idylle ou dans L'âge du coeur, on utilise ici plutôt une arme blanche qu'une arme à feu. Une fois de plus, le crime est la fin: la police n'intervient pas, en tout cas pas dans l'espace filmique, tout comme, on le verra, dans L'assommoir... Pas de résolution bourgeoise, donc. Mais je me garderai d'y voir une intention, puisqu'on nous annonce que cette copie est incomplète.

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Published by François Massarelli - dans Muet Albert Capellani
30 juin 2017 5 30 /06 /juin /2017 11:19

Encore un horrible fait divers: ce dur film conte les mésaventures d'un couple "mal assorti", nous dit un intertitre: il est vieux, elle est jeune, le premier gandin qui passe devient un amant. une bonne âme prévient le mari, qui jure de se venger... Mais il en est incapable, alors... il retourne dans sa chambre et se suicide, de façon très graphique.

On est ici à deux doigts du grand guignol, avec un alliage astucieux de trucage cinématographique (On arrête tout simplement la caméra et le mouvement) et de maquillage sanglant. Le cinéma de Capellani va déjà vers le réalisme sans concessions... Le film est construit sèchement, sans jamais s'encombrer de longueurs, et en utilisant au maximum l'efficacité très impressionnante du signe riche établi riche en possibilités (les amants se retrouvent dans une cabane de chasseur... où ils s'embrassent), et les cadrages les plus clairs. C'est une épure de quatre minutes...

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Published by François Massarelli - dans Muet Albert Capellani