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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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30 juin 2017 5 30 /06 /juin /2017 17:44

Tourné en 1906, La femme du lutteur fait partie de la première vague des courts métrages de Capellani. Vu à plus grande distance que les autres, ce film incorpore un grand nombre de figurants, ce qui est d'autant plus justifié qu'une partie de l'action se place dans le cadre forain: un lutteur à succès se laisse draguer par une riche bourgeoise, et abandonne roulotte, femme et enfants pour s'installer dans la belle vie.

Le sujet parle d'abandon du domicile conjugal, d'adultère, et donc de sexe. Le fait que l'homme fasse un usage professionnel de son corps est à prendre en compte. En tout cas, cette fois, contrairement aux crimes et autres actions violentes commis dans Drame Passionnel, Mortelle idylle ou dans L'âge du coeur, on utilise ici plutôt une arme blanche qu'une arme à feu. Une fois de plus, le crime est la fin: la police n'intervient pas, en tout cas pas dans l'espace filmique, tout comme, on le verra, dans L'assommoir... Pas de résolution bourgeoise, donc. Mais je me garderai d'y voir une intention, puisqu'on nous annonce que cette copie est incomplète.

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Published by François Massarelli - dans Muet Albert Capellani
30 juin 2017 5 30 /06 /juin /2017 11:19

Encore un horrible fait divers: ce dur film conte les mésaventures d'un couple "mal assorti", nous dit un intertitre: il est vieux, elle est jeune, le premier gandin qui passe devient un amant. une bonne âme prévient le mari, qui jure de se venger... Mais il en est incapable, alors... il retourne dans sa chambre et se suicide, de façon très graphique.

On est ici à deux doigts du grand guignol, avec un alliage astucieux de trucage cinématographique (On arrête tout simplement la caméra et le mouvement) et de maquillage sanglant. Le cinéma de Capellani va déjà vers le réalisme sans concessions... Le film est construit sèchement, sans jamais s'encombrer de longueurs, et en utilisant au maximum l'efficacité très impressionnante du signe riche établi riche en possibilités (les amants se retrouvent dans une cabane de chasseur... où ils s'embrassent), et les cadrages les plus clairs. C'est une épure de quatre minutes...

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Published by François Massarelli - dans Muet Albert Capellani
30 juin 2017 5 30 /06 /juin /2017 11:11

Tout comme le rudement bien nommé Drame passionnel, tourné la même année, ce film très court (moins de six minutes) montre l'essentiel d'un drame, dont l'aboutissement est la finalité de la représentation. On termine donc une sombre histoire de sentiments qui dégénèrent, par une image scandaleuse, composée comme pour donner à voir LA photo choc.

Là encore, on ne peut pas dire que le titre soit vraiment crypté. Une femme trahit l'amour de son ami d'enfance, celui-ci se venge d'une façon expéditive. Le film montre un exemple très intéressant de construction de suspense, puisque il y a une tentative de meurtre avant que le tueur n'atteigne son but. Ainsi, le spectateur est placé dans l'attente de ce qui va venir... Encore une fois, un film choc, qui atteint son but en peu de temps. Le plan final renvoie à toutes ces gravures qui se trouvaient aux premières pages des feuilles à scandale de la belle époque.

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Published by François Massarelli - dans Muet Albert Capellani
30 juin 2017 5 30 /06 /juin /2017 11:01

Avec ce film et beaucoup de ceux qui suivront dans la carrière de Capellani, on aborde un genre qui donnera naissance à d'autres types de films, mais qui rappelle que le cinéma est encore, d'une certaine façon, un art "nouveau", un angle d'approche qui permet encore d'expérimenter avec des choses qu'on n'a pas encore faites. Et Pathé, la maison où Capellani fera toute sa carrière Française, est particulièrement attirée par la dimension populaire du média... 

Ce film permet donc de visualiser un fait divers, le genre d'histoire crapuleuse, dont on lira le compte-rend forcément édulcoré dans les journaux du soir, et les détails qui croustillent dans les gazettes... Le titre est très clair, le drame en question nous est narré par le menu: un homme quitte sa maîtresse, mère d'une petite fille, et se marie pour l'argent. Lors du mariage, l'ex est là, décidée à se venger... un film assez direct, cru, d'une grande clarté.

Capellani, filmant ses promeneurs nonchalants sur le pavé Parisien, ancre son film dans la vérité de l'époque, aidé en cela par le naturel des acteurs. Quand le drame commence à pointer le bout de son nez, on passe au studio, et le jeu devient nettement moins naturel, mais ça reste dans un certaine limite du raisonnable... Le film aboutit, au terme de six minutes bien remplies, à un plan qui est le but à atteindre pour le cinéaste: parfaitement composé, un mariage qui se finit par un coup de revolver: le poids des passions, le choc des images. La combinaison gagnante...

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Published by François Massarelli - dans Muet Albert Capellani
29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 17:35

Ce premier film conservé de Capellani est aussi sa première adaptation répertoriée de Victor Hugo. Il y reviendra, ne serait ce que pour donner un contexte à ce chemineau: c'est Valjean bien sur, et Capellani réalisera en 1912 une adaptation impressionnante des Misérables.

En attendant il se concentre sur l'épisode de Jean Valjean recueilli chez Monseigneur Myriel, le vol, et l'arrestation du vagabond. La résolution du film manque, les copies conservées étant incomplètes, mais le film est fascinant: Capellani, durant cette aube du cinéma, avait déjà des idées picturales qui l'élevaient au-dessus du lot: ce premier plan de vagabondage hivernal, tout en atmosphère, avec son héros qui s'avance vers l'écran, puis le panoramique chez Myriel qui se substitue à un montage, permettant à un changement de décor dans le plan de faire office d'ellipse, sont plus que prometteurs.

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Published by François Massarelli - dans Muet Albert Capellani
29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 16:27

M. et Mme Lepic ne s'aiment plus, et depuis longtemps. Elle (Charlotte Barbier-Krauss), cette vieille bique, s'accroche comme elle peut à sa réputation et au fait qu'étant aisée, elle tient sans avoir à faire de grands efforts à son rôle de notable, dans la toute petite bourgade à flanc de montagne où ils vivent. Elle aime particulièrement à montrer des photos de son grand fils Félix (Fabien Haziza), un garnement, presque un adulte, auquel elle pardonne tout. M. Lepic (Henry Krauss), donc, n'aime plus son épouse, et comme on le comprend. Il est aigri, solitaire, mais lui non plus ne dédaigne pas briller en société, ce qui explique qu"il va accepter, dans le cadre de ce film, de participer à la vie de la cité en acceptant de briguer un mandat de maire, devant un conseil municipal qui lui fera une bonne fois pour toutes ouvrir les yeux sur ce qui cloche dans son foyer.

Outre le grand, Félix, les Lepic ont deux jeunes enfants: Ernestine (Renée Jean) est une jeune bique, et François (André Heuzé), eh bien, c'est le petit François, celui qu'on n'a pas voulu et qui s'est invité quand même: Madame Lepic le lui fait comprendre tous les jours. Roux, au visage constellé de tâches de rousseur, on a surnommé François "Poil de carotte". Et comme il l'écrit un jour dans une rédaction (qui lui vaudra évidemment les remontrances de son instituteur): La famille, c'est la réunion de gens qui ne peuvent pas se sentir...

Le film commence par nous montrer ses deux principaux protagonistes adultes, les Lepic, dont il est évident que Jules Renard, autant que Julien Duvivier, entendaient cette histoire comme un portrait de l'un et de l'autre. Madame est vue dès la première séquence dans son rôle de matrone sociale, mais vue en ombres chinoises d'abord et avant tout. ...Ca permet d'atténuer le choc, parce que Mme Barbier-Krauss ne s'est pas arrangée pour tenir ce rôle! Elle est à peu près aussi laide que méchante. On passe ensuite à une vision de M. Lepic, qui se tient dans son salon, les volets mi-clos, dans une pénombre enfumée. Il ne quittera d'ailleurs jamais sa pipe du début à la fin du film, pas plus que son attitude distante de solitaire. Au début, donc, il fuit son foyer car le babillage incessant de son épouse, et des commères qu'elle reçoit, l'incommode. En sortant, il croise une jeune femme, autre personnage important du film: Annette (Suzanne Talba) est une domestique qui arrive au service des Lepic, et qui aura un rôle important auprès de Poil de Carotte dont les vexations qu'il subit de la part de sa propre mère irriteront la jeune femme, et l'amèneront plus d'une fois à prendre sa défense.

Et le film, en faisant semblant de nous montrer une anecdote après l'autre, conte en fait la progression du drame intérieur de François Lepic, comment de fil en aiguille il va être amené à projeter très sérieusement de se supprimer, pendant que le père Lepic va peu à peu prendre conscience du fait qu'il est devenu en quelque sorte complice de l'attitude de son épouse à l'égard de leur plus jeune fils, en affichant pour se défendre un détachement que le petit prend pour une autre version du désamour que lui témoigne sa mère. Et Duvivier installe, mine de rien, un sacré suspense, en nous faisant nous demander si la réalisation par le brave Lepic viendra à temps.

Le metteur en scène a subi une formidable influence: celle de Feyder, dont l'admirable Visages d'enfants vient de sortir quand il réalise ce film. C'est intéressant de rappeler, peut-être, que Feyder a envisagé un temps de réaliser ce film, mais ce projet n'a pas été au-delà d'un script. Duvivier, venu entre-temps sur le projet, a écrit son propre traitement, scénario comme "dialogues", car les intertitres ont une importance capitale ici, relayant le naturalisme particulier, fait d'une vulgarité enfantine consciente, de la langue de Jules Renard. Et le metteur  en scène a choisi de tourner son film dans les Alpes, plutôt que de choisir le Morvan: plus photogénique, le décor du film permet d'atteindre à une certaine grandeur qui contraste avec l'apparent ton de comédie du film. Une réussite, d'ailleurs, car Duvivier refuse de choisir entre le drame et la comédie de moeurs, parce qu'il sait que ce film doit être vu à hauteur d'enfant...

André Heuzé, le jeune acteur qui prête son visage et ses tâches de rousseur à Poil de Carotte, avait affaire à forte partie avec les Krauss. Les deux monstres sacrés sont bien sur splendides, mais... lui est fantastique. Souvent traité en gros plan, il a un naturel époustouflant, et joue avec ses émotions sans difficulté. Il réussit à nous entraîner avec lui sur le chemin de sa tentative de suicide, un terrain glissant s'il en est. Du reste, tout l'interprétation est formidable! Et le metteur en scène est constamment touché par la grâce, privilégiant des compositions complexes qui incorporent plusieurs points de vue, et imaginant des dispositifs inédits: lors d'un début de prise de conscience de M. Lepic, Duvivier filme Krauss seul dans son jardin, qui visualise tout à coup plusieurs Poil de Carotte autour de lui, travaillant à toutes sortes de tâches imposées par la mère sans scrupules... Duvivier imagine aussi de montrer d'une façon inédite le drame d'un soir, quand la mère réalise qu'on a volé de l'argent (C'est ce bon à rien de Félix) et qu'elle va, bien sur, charger ce pauvre François de ses soupçons. Le metteur en scène incorpore des miroirs, pour passer en un éclair d'un côté à l'autre de la pièce, permettant aux acteurs de jouer l'intégralité de la scène sans la morceler, tout en offrant plusieurs angles! Il utilise aussi à plusieurs reprises surimpressions savamment orchestrées et un montage dynamique et parallèle, dont il n'abuse jamais.

Bref, de par son ton, le jeu de ses acteurs, sa modernité, le traitement d'une histoire désormais classique, et par l'équilibre impressionnant des émotions qu'il distille, ce film est un chef d'oeuvre, qui a bien sur été influencé par Visages d'enfants, et je ne pense pas que Duvivier ait pillé cet admirable film de Jacques Feyder: il l'a, tout simplement, égalé. Le metteur en scène devait d'ailleurs avoir une certaine affection pour ce film et cette histoire, car il en a fait un remake en 1932, avec Harry Baur et Robert Lynen. Un bon film, remarquez... mais il a des défauts. Le premier d'entre eux est d'être parlant. 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1925 Julien Duvivier
29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 12:24

Dans les courts métrages de Capellani, qui sont rappelons-le antérieurs ou contemporains des courts métrages de Griffith, on est frappé par leur imprévisibilité, et le jeu avec ce qui va devenir les genres, ainsi que leurs codes. Ce film en est un exemple frappant...

Bien que contemporain du film L'assommoir (1908), qui était d'une durée plus importante (35 minutes environ), L'homme aux gants blancs ne dure que 17 minutes, et ne prend donc pas trop son temps: il nous montre d'abord l'arrivée à Paris, à son hôtel, d'un homme que son patronyme (M. Rasta) identifie comme un escroc, malgré sa présentation et l'impeccabilité de sa tenue. M. Rasta qui projette un mauvais coup commence par s'assurer de sa présentation, et voit que ses gants blancs sont abîmés: un épisode assez long nous le montre s'en plaindre, puis accueillir une couturière, et on voit (Un gros plan est utilisé) un bouton tout neuf... Pourquoi, au-delà de l'identification au titre, se préoccuper à ce point de ce détail vestimentaire? C'est que Capellani a un plan...

Le reste de la soirée se passe sans accroc: le gentleman cambrioleur rencontre une femme, ils se connaissent, ils se donnent rendez-vous. le soir il l'accompagne chez elle, et pendant qu'elle est occupée en dehors du salon, il lui vole subrepticement un bijou, avant qu'elle ne le raccompagne dehors. Durant toute la scène, nous avons vu, nous, un malfrat (avec le costume d'Apache 1908, des godasses en lambeaux à la casquette sale), qui attendait dehors. Et au moment où M. Rasta sort, il perd, en manipulant l'un des bijoux qu'il a subtilisé, sa paire de gants blancs. Le malfrat s'en empare, rentre dans la villa ou il va faire chou blanc... Et pour cause, le bourgeois qu'il a vu était déjà passé par là. mais ce qu'il n'avait pas prévu, c'était qu'il lui faudrait faire face à la présence de la dame: il la tue, laisse les gants et s'en va.

Le reste, techniquement, est prévisible: c'est une erreur judiciaire particulièrement ironique, dans laquelle Capellani va au bout de tout ce qu'il nous a montré, et la police n'a aucun mal à mettre la main sur la couturière qui a  bien sur très bien vu les gants blancs, et leur bouton distinctif! Mais là ou on attendrait un dénouement qui serait plus confortable pour notre "M. Rasta" (La Gaumont l'aurait sans doute exigé!), le dernier plan nous montre le gentleman cambrioleur emmené par la police sous les yeux des badauds.

Parmi eux, l'apache: il assiste tranquillement à la scène, et une fois la voiture partie, il continue son chemin comme si de rien n'était...

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Published by François Massarelli - dans Muet Albert Capellani
28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 16:42

La belle Daoulah (France Dhélia), princesse et sultane, est convoitée par bien des gens... Son père le sultan Mahmoud (Albert Bras) souhaite la marier à un beau parti, mais la jeune femme est intraitable: elle aime, en secret, un pêcheur qu'elle a rencontré dans des circonstances mystérieuses... De son côté, l'affreux sultan Malik (Paul Vermoyal), un homme cruel, fourbe, capricieux, cherche une femme parfaite, pour "égayer ses nuits", vous voyez le genre. Il attend ses hommes, qu'il a envoyés aux quatre coins du monde pour la chercher, et pour tuer le temps, menace toute sa cour de décapitation. Un de ses hommes, Kadjar (Gaston Modot), a vu Daoulah et il sait qu'elle plaira à son maître. Enfin, le prince Mourad (Sylvio de Pedrelli), un héritier d'une autre famille, se languit: il ne trouve plus goût à la vie depuis la nuit magique durant laquelle, déguisé en pêcheur, il avait rencontré une mystérieuse jeune femme...

Il faut croire qu'en cette fin des années 10 (même si le film a attendu trois ans pour sortir, tout revêtu de couleurs, appliquées au pochoir par des petites mains), l'orientalisme est à la mode. Car sinon, je ne vois pas la moindre motivation pour sortir ce film, sans autre intérêt que de nous montrer le mauvais goût à l'oeuvre, dans un film dont on se demande bien pourquoi il a fallu se mettre à deux pour le mettre en scène, car il me semble totalement dépourvu de capitaine. Il fallait juste quelqu'un pour déplacer la caméra, pas plus...

Tant qu'on est à râler, remarquez, autant y aller: le film est effectivement typique de cette manie contemporaine (Voir le diptyque The Sheik/The son of the sheik, avec Rudolf Valentino) de montrer l'orient comme le royaume du sadisme, de la lascivité et des tortures en tout genre, et France Dhélia, comme du reste la plupart des artistes, en fait souvent les frais: il y aurait matière à étudier la thématique du viol dans ces étranges mélos mal foutus, parce qu'il semble bien qu'à une ou deux exceptions près, ce soit l'unique expression de la sexualité.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1919
27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 17:49

Une danseuse (Mistinguett) rentre chez elle, et se couche. Mais elle ne parvient pas à dormir, et allume une cigarette. En jetant son allumette, elle aperçoit avec terreur un homme sous son lit. Sous le choc, elle prend la fuite. Les domestiques appellent la police. Le cambrioleur cherche à fuir et s’accroche à une gouttière et se laisse glisser le long du mur, suspendu dans le vide. Sa victime va l'aider...

C'est un film étonnant, et à plus d'un titre, d'abord par la rupture de ton qu'il impose dans les cinq premières minutes. Le résumé ci-dessous ne tient pas compte d'un élément important: quand Mistinguett rentre chez elle, nous qui l'avons vu à l'oeuvre, interrompu par le retour de la maîtresse de maison, nous savons qu'il y a un homme caché quelque part! Et cette danseuse qui rentre chez elle après son travail, pourrait être Mistinguett elle-même: l'absence de précision sur ce point permet au spectateur une plus grande identification avec l'atmosphère de tension voulue par Capellani.

Mais celui-ci, qui avait décidément une certaine forme de génie, ne s'arrête pas là: il passe aux actes avec un insert formidable, d'autant plus à une époque où le cinéma Français semblait très réticent face au montage! Lors du coucher de Mistinguett, le cambrioleur est sous son lit. la scène est traitée en plan large, mais lorsque l'héroïne fait tomber l'allumette, la caméra se recule, et on voit alors le cambrioleur qui a vu l'allumette tomber sur la moquette, et avance un bras pour l'éteindre. Capellani coupe et le plan suivant est en plongée, sur le lit de Mistinguett, sur le bras de l'homme qui s'étend vers l'allumette... effet de surprise partagé et garanti!

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Published by François Massarelli - dans Muet Albert Capellani
27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 17:06

E.A. Dupont, bien sur, a réalisé Variétés, le genre de film définitif tellement emblématique qu'il vous plombe le reste d'une carrière! Mais il lui a aussi ouvert des portes, et Dupont, profondément Européen, a choisi de rester sur le vieux continent... Mais en Grande-Bretagne, où il a été choisi par British International Pictures pour faire exister le cinéma Britannique à l'international... Exactement le boulot pour lequel son premier film Britannique a été fait, et ironiquement,le sujet et le lieu de l'action sont éminemment Parisiens, et la distribution de ce film Anglais réalisé par un Allemand est dominée par les Français, à l'exception notable de la star Olga Tchekova et de l'actrice Anglaise Eve Gray... Le film a été tourné, en revanche, dans les studios d'Elstree à Londres, et pour les scènes de music-hall, au Casino de Paris. Pas au Moulin-Rouge? Non, mais j'ai une théorie là-dessus! J'y reviendrai.

On assiste à une grande soirée au Moulin-Rouge. La grande vedette du moment est la danseuse et chanteuse Parysia (Olga Tchekova), et sa fille Margaret (Eve Gray), qui a grandi loin d'elle mais l'idolâtre, est venue non seulement pour assister au spectacle, mais surtout pour lui présenter son amoureux, le jeune André de Rochambaud (Jean Bradin). Celui-ci aime Margaret, mais il est tout de suite subjugué par la beauté et l'énergie juvénile de Parysia. La mère de Margaret rend service à sa fille, en obtenant du très difficile père d'André (George Tréville) son consentement pour le mariage de son fils avec une fille d'actrice, mais André semble plus troublé qu'heureux: il avoue à Parysia qu'il lui est difficile de se résoudre à épouser Margaret, car il aime désormais sa mère plus que tout...

Bref, du mélodrame, du qui tâche, quoi! On retrouve, si on a déjà vu Variétés et Piccadilly, le goût de Dupont pour le mélange entre mélodrame et monde du spectacle... Dans Moulin Rouge, ce qui frappe d'abord, c'est une entrée en matière étonnante, faite d'un quart d'heure de déambulations nocturnes et autres images de revues, dans un kaléidoscope inédit, avant que n'entrent en scène les trois protagonistes. Dupont cherche à nous faire partager son amour du milieu du spectacle, et souhaite aussi situer son intrigue dans un milieu éminemment visuel. Il en ressort l'impression, qui était exactement la même sur les deux autres films que j'ai vus (Dont je rappelle que l'un était antérieur, et l'autre postérieur à celui-ci) que pour le metteur en scène seule l'émotion compte. C'est ce que confirme d'ailleurs l'ensemble de ce long métrage de dimension respectable (il dépasse les deux heures). L'exposition du drame, située dans le cadre de la soirée au music-hall, dure quarante-cinq minutes, et est surtout constituée d'une enivrante série de scènes tournées de part et d'autre des numéros présentés au public... Le metteur en scène se plaît à montrer le public (ce qu'il ne faisait pas dans Variétés, mais il le refera dans Piccadilly, anticipant sur le style des films Anglais de Hitchcock à l'époque des 39 marches. Le drame, bien sur, n'a rien de révolutionnaire, mais il permet au réalisateur de se lancer dans une description moderne du chaos des sentiments qui passe par la vitesse (les voitures, utilisées pour une tentative de suicide ratée, des plus originales), l'ivresse (Eve Gray a droit à une belle scène d'ivrognerie touchante, dont le comique est contrebalancé avec efficacité par le montage parallèle d'une scène pathétique avec Jean Bradin), le jazz et la danse. La peinture du petit monde des coulisses complète un tableau de l'époque, que Dupont a souhaité prolonger avec Piccadilly... Mais Moulin Rouge est bien meilleur.

Mais venons-en à l'inévitable question: pourquoi donc le film n'a-t-il pas été tourné au Moulin-rouge? A mon avis, connaissant le contexte particulier des lois de censure cinématographique en Grande-Bretagne, ça aurait été difficile de tourner des scènes au Moulin-rouge, haut-lieu de la nudité scénique dès les années 20. Ce qui n'a pas pour autant empêché un scandale lors de la sortie (limitée) du film aux Etats-unis, en raison des tenues (très) légères des figurantes. Mais je ne cherche pas ici à en faire un argument de vente d'un film qui se débrouille bien tout seul!

On notera que Moulin Rouge a fait l'objet d'une reconstitution par le BFI et le DFI (l'équivalent Danois) puisque c'est à Copenhague que la copie la plus complète a été retrouvée. Une excellente idée des restaurateurs a été de restaurer également la bande-son de la deuxième sortie du film en 1929, qui respecte totalement le film et ses ambiances, au point de présenter un moment étonnant: le metteur en scène utilise énormément la force contrapuntique du montage parallèle, et une scène de danse endiablée accompagnée de jazz à un tempo infernal, est montée conjointement à une opération dans laquelle une femme joue sa vie. Chaque plan de la salle d'opération est muet, coupant la musique de façon brutale. L'effet est impressionnant...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1928