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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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20 mai 2017 6 20 /05 /mai /2017 18:51

Ce court métrage d'une bobine fait partie des trois films Solax d'Alice Guy sélectionnés par David Shepard pour l'anthologie Early Women Filmmakers, et il tranche sur ceux qu'on a l'habitude de voir: des comédies sentimentales dans lesquelles Guy se moque des hommes et de leur façon de courtiser les femmes. Ici, c'est d'un mélodrame qu'il s'agit, clairement inspiré d'une histoire d'O'Henry: dans une petite maison bourgeoise, les parents se désolent de voir leur fille aînée partir à petit feu, à cause de la tuberculose. Mais sa petite soeur s'y résout encore moins, et un jour, un scientifique qui passe par là, a la surprise de la voir dans le jardin, tentant de recoller les feuilles mortes aux arbres. elle lui explique que le médecin de famille a dit à ses parents que leur grande fille tiendrait le temps que la dernière feuille morte tombe...

Il se trouve (Ouf!) que le scientifique qui passe est justement l'inventeur brillant d'un vaccin miracle contre la tuberculose, donc tout finira bien. la narration est sage, le montage pas forcément révolutionnaire... Mais Mme Guy utilise avec un certain effet le champ, pour entremêler les niveaux de lecture, sans qu'on s'y perde jamais, et de manière à toujours opposer les points de vue, notamment entre la petite fille qui écoute ce qui se passe autour d'elle sans que les adultes n'y prennent garde, et ses parents de plus en plus préoccupés. La copie est fort bien conservée et joliment teintée...

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Published by François Massarelli - dans Muet Alice Guy
20 mai 2017 6 20 /05 /mai /2017 12:09

Inspirée par les traditions mélodramatiques de la Commune de Paris, Alice Guy construit autour d'une barricade et d'une bouteille de lait, un drame attachant, et qui tranche sur le conservatisme en vogue à la Gaumont: Un gamin part chercher du lait pour sa mère, mais il passe devant une barricade en train de se construire. Quand il revient, les militaires sont là, et exécutent sans barguigner tout le monde. Mais le gamin propose d'aller porter le lait à sa vieille maman, mais promet de revenir pour se faire tuer...

C'est expéditif, comme le pouvait être la justice de ce bon Thiers, qui n'avait certes pas oublié qu'il s'appelait Adolphe... Mais ce film se place résolument du côté du gamin. Pas forcément des révolutionnaires constructeurs de barricade, pour autant, ils sont rougeauds quand même! Mais le film se résout dans une scène du plus haut mélodramatique, avec la maman qui plaide pour la vie de son fils devant un militaire dont on ne manquera pas de penser qu'il s'agit d'un brave homme (En oubliant bien sur de tenir compte des six ou sept cadavres qui jonchent le sol), puisque il se laissera fléchir...

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Published by François Massarelli - dans Muet Alice Guy
20 mai 2017 6 20 /05 /mai /2017 12:00

Ce très court film fait partie de la série des comédies burlesques que la Gaumont produisait avant les années 10, largement en réponse aux films Pathé, qui étaient très populaires et ne s'embarrassaient pas de subtilité, mais aussi aux films Américains qui étaient, pour ceux qui étaient montrés en France, très en avance techniquement. L'histoire, simple et directe, est celle d'une farce qui tourne fort mal pour sa victime: un vagabond s'installe pour dormir dans un tonneau et un farceur le fait rouler... il terminera dans une rivière non sans voir fait des dégâts sur son passage, et le vagabond s'en souviendra.

Inévitablement, je vais râler un bon coup parce que j'imagine que ce bon, ce brave M. Gaumont devait tous les dimanches hypocritement prier pour les pauvres, ce qui ne l'empêchait pas de payer ses réalisateurs/trices à se moquer ouvertement de cette racaille... Mais... autres temps, autres moeurs, bien sur. Au moins le film d'Alice Guy, très soigné, possède-t-il l'avantage d'être une parfaite représentation de ce que la comédie avait à offrir, sans tomber das le mécanisme des productions Pathé de l'époque: situation de base, introduction du mouvement, conséquences, et une dose raisonnable de spectaculaire, plus une tentative de montage, voire quelques effets spéciaux.

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Published by François Massarelli - dans Muet Alice Guy
20 mai 2017 6 20 /05 /mai /2017 11:51

Je n'aime pas les chiens. Mais alors pas du tout, même pas en sauce.

Donc normalement, je n'aurais pas grand chose à dire sur ce film, qui n'est rien d'autre que la captation (effectuée en studio, donc il y a eu une salutaire tricherie cinématographique) d'un numéro de music-hall du début du siècle, durant laquelle la dite Miss Dundee, qu'on imagine écossaise tant qu'à faire, fait exécuter tout un tas de tours à ses corniauds. Bon.

Mais là ou je m'interroge, c'est quant à l'opportunité d'avoir sélectionné ce film pour être le court métrage d'ouverture de la formidable anthologie Early Women Filmmakers de Flicker Alley: parce que si effectivement Madame Alice Guy est non seulement la première des dames du cinéma, et l'une des quatre ou cinq pionniers du septième art mondial, elle est aussi une artiste qui tourne pour Gaumont, la très très très conservatrice maison de production qui n'est pas spécialement connue pour ses idées larges. Et si Gaumont lui a sans doute donné carte blanche, j'imagine que ce film s'est largement vendu sur le fait que Miss Dundee n'est pas habillée très chaudement, une façon comme une autre de prouver, pour les compilateurs de cette merveilleuse boîte magique, que pour les cinéastes du "beau sexe", comme on disait alors avec une malice salace dans l'oeil, le chemin allait être rude, lourd d'embûches, de compromis, et... d'exploitation de la femme sous toutes ses formes, en toutes circonstances. Y compris dans les films de la sainte, vénérable et ô combien convenable de la maison Gaumont.

Avec des sales bêtes.

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Published by François Massarelli - dans Muet Alice Guy
17 mai 2017 3 17 /05 /mai /2017 16:43

Les premiers films de Borzage, ceux du moins qui ont été conservés, témoignent de la vitalité de sa vision du western, un genre auquel il souscrit dans tous ses développements (Villes sur la frontière, personnalités entre le bien et le mal, plus versées sur ce dernier, conditions précaires et éveil pionnier d'une conscience civilisatrice), mais auquel il ajoute une part toute personnelle: bien sur, les sentiments y ont leur place. Ce film dont la vedette est la cow-girl Texas Guinan, une actrice qui a tourné brièvement, mais uniquement des westerns, montre bien cet aspect...

Dans la ville de La mesa, située sur la Frontière, il y a bien un shérif, mais celle qui fait la pluie et le beau temps, c'est la patronne de The devil's kitchen, le saloon local. On l'appelle La tigresse, et le moins qu'on puisse dire c'est qu'elle mérite son surnom... Mais l'arrivée de deux étrangers va bouleverser la ville, et chambouler sa reine: l'un d'entre eux, un pied-tendre comme on dit, surnommé "Le Bostonien", a été victime sur la route des méfaits du bandit local, "Le collectionneur", et du coup Le Bostonien décide de devenir adjoint au shérif. L'autre étranger, un homme élégant aussitôt surnommé The gent, devient l'amant de La tigresse, et ils échafaudent des plans d'avenir... Mais plus dure sera la chute.

On connaît Borzage en chantre de l'amour fou, celui qui soulève les montagnes, et transforme les hommes. Ici, il s'intéresse à l'amour comme facteur de civilisation, avec son héroïne qui devient de plus en plus 'respectable' au fur et à mesure de sa relation avec l'homme de sa vie. sauf que Borzage va également mettre en scène, plus tard, la tempête d'un amour déçu, et c'est là qu'on voit que pour la compagnie Triangle, Texas Guinan était un eu le pendant féminin des westerns de William Hart... Ca va donc canarder. Et c'est un petit bout de femme qui va sortir les armes.

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Published by François Massarelli - dans Muet Western 1918 Frank Borzage
14 mai 2017 7 14 /05 /mai /2017 08:54

Dans un endroit qui ressemble plus à l'Italie qu'à l'Angleterre, nous assistons aux exploits de l'athlète fantôme, un justicier mystérieux qui se charge des voleurs avec muscle et efficacité. Il est, pour la belle Jenny Ladimoor (Elsa Zara), le modèle parfait de l'homme, ce que n'est certes pas son fiancé, le réservé et ennuyeux Harry Audersen (Mario Guaita-Ausonia)... Come le fait remarquer un ami de la famille Ladimoor, elle, c'est le Vésuve, et lui, le Mont-Blanc! Elle veut du frisson, de l'aventure, et lui... du confort. Lorsque les bandits de tous poils d'un côté, et Jenny Ladimoor de l'autre, se mettent tous à convoiter un bijou fabuleux qui va être mis en vente, le mystérieux athlète va pouvoir entrer en scène...

...Mais au fait, qui donc est cet athlète fantôme, pourrions nous nous demander, si nous n'avions pas vu le Zorro de Fred Niblo?

Comme tant de films Italiens muets, celui-ci est un objet plat à deux faces...

Pile: une histoire rocambolesque, rythmée, dans laquelle un héros déploie non seulement ses muscles (Beaucoup, mais alors beaucoup), mais aussi une vraie ingéniosité, dont on peut d'ailleurs se demander comment elle fonctionne, car cet athlète fantôme est fort bien renseigné: il se trouve toujours sur la route du crime! Héros ultime, il ne s'encombre ni de manières ni de tergiversations, et il atteint son but en utilisant des moyens fortement cinématographiques: déguisé en statue, ou se saisissant à pleines mains de deux fâcheux, il distribue les bourre-pifs et ne sera mis en danger que brièvement. De son côté, la belle Jenny, fiancée à un homme qu'elle n'apprécie guère, se languit de trouver un jour sur sa route le valeureux justicier, et il est aisé de deviner qu'elle ne serait probablement pas farouche le cas échéant: car Jenny Ladimoor, vue la façon dont elle contemple les muscles exposés de l'Athlète fantôme dans une de leurs scènes communes, en ferait bien son goûter.

Bref, un film rigolo, distrayant, rebondissant, et s'il n'avait pas un côté face, on ne trouverait rien à y redire.

Donc, face: Après Cabiria, le cinéma Italien a pris plusieurs routes: continuant d'un côté à explorer les possibilités graphiques de l'antiquité, et développant un intérêt pour les actrices flamboyantes, c'est tout un pan du cinéma populaire qui s'est jeté dans les bras de Maciste, l'homme fort révélé par Bartolomeo Pagano dans le film de Pastrone. Mais dans un pays qui s'apprête à se laisser séduire par ce matamore de Mussolini, cet attrait pour la force brute qui triomphe de tout, y compris de l'intellect, laisse songeur. Et dans ce film, on constate que le principal protagoniste fait tout reposer sur ses muscles, qui sont le principal argument. Et quand on constate aussi que parmi les bandits qu'il affronte, se trouvent les boucs-émissaires les plus courants du cinéma populaire de l'époque, on tousse; certes, ils ne sont jamais nommés, identifiés comme juifs (Ou Israelites, le terme qui aurait probablement été utilisé à l'époque), mais ces deux fripouilles ont tout du cliché... Facile, trop facile, et embarrassant au regard de l'histoire. 

Pour résumer, ce film sans cerveau, pourvoyeur de plaisir immédiat et d'une idiotie assumée, n'est pas à proprement parler un film fasciste. Mais il nous permet de voir que l'Italie (Comme les trois quarts de l'Europe, soyons juste) était prête à basculer quand même...

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Published by François Massarelli - dans 1919 Muet
13 mai 2017 6 13 /05 /mai /2017 16:21

Déjà, rien que le titre inspire le respect. On ne se rend sans doute pas bien compte, mais filmer en 1913 une histoire d'amour transfrontalière, et montrer qu'elle est vouée à l'échec à cause de cette propension qu'ont les hommes à se foutre sur la gueule pour un oui ou pour un non, c'était quand même une belle transgression. A tel point que ce film Franco-Belge, tourné à la fin de l'été à grands frais par l'un des metteurs en scène de prestige de Pathé, a attendu huit mois, avant de bénéficier d'une sortie en... juin 1914. Ironique...

Machin, ce n'est pas n'importe qui. Toutes proportions gardées, il avait pour Pathé l'importance d'un Feuillade ou d'un Tourneur, et il lui a confié la mission d'aller en Belgique créer une production Pathé afin d'installer, de dominer et de contrôler le marché du Nord. Et Machin a tourné en toute liberté un certain nombre de films, dont celui-ci qui imagine une guerre fictive entre deux pays, à travers lesquels on devine aisément la Hollande et la Belgique.

Il imagine donc l'histoire d'un jeune homme envoyé par sa famille (Du pays du Nord) chez des amis (Du sud), afin qu'il puisse bénéficier de l'apprentissage militaire de l'aviation. Logé chez les amis le Morzel, le jeune Adolf apprend très vite, et non content de se faire beaucoup d'amis à l'académie militaire, il s'éprend aussi de la fille de ses hôtes. Mais bien sur, la guerre entre les deux pays éclate, et les deux amoureux doivent se dire adieu... Adolf, devenu un pilote émérite, on demande à un jeune as de l'aviation du Sud de l'abattre. C'est son ami personnel, le frère de sa fiancée qui exécutera la basse besogne, y trouvant lui même la mort...

L'heure est grave, et comme au Danemark Benjamin Christensen avec L'X mystérieux (1913), Machin anticipe sur le conflit inévitable qui hante les esprits de l'époque, en représentant des batailles qui bien sur seront dépassées en sauvagerie par la réalité; c'est néanmoins un bel effort, d'autant que le cinéaste a décidé d'utiliser beaucoup de ressources et d'effets spéciaux afin de rendre son film percutant: le plus spectaculaire étant l'utilisation de la couleur au pochoir, présente dans la copie restaurée sur la quasi totalité de ces trois solides bobines. Il va plus loin en utilisant la surimpression (Pas la meilleure idée) pour "ajouter" dans l'image des explosions, et des flash de rouge vif pour figurer le choc des explosions; il use abondamment de split-screen "à l'ancienne" aussi, en insérant ainsi les souvenirs et la pensée de ses héros...

Le film est engageant par la sincérité de son propos, par son économie, le jeu des acteurs qui n'en font jamais trop (Machin avait assemblé, au bout de quelques années, une troupe authentique), et par sa construction magistrale. Bon, par contre, si le film a été salué à sa sortie, ça n'a pas empêché l'inévitable. Mais il est temps de rendre à Machin sa place...

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Published by François Massarelli - dans Muet Alfred Machin 1914
13 mai 2017 6 13 /05 /mai /2017 08:43

Six ans avant Ford et son célèbre film à l'atmosphère noire tourné pour la RKO, le cinéaste Allemand tournait une première version du roman de Liam O'Flaherty à Londres, pour le compte de British International Pictures. A la vue de ce dernier, on est totalement surpris de la façon dont l'histoire a choisi l'un (Le film de Ford) au détriment de l'autre (Celui de Robison), tant l'avantage de ce film, qui porte la marque de cette période durant laquelle le cinéma hésitait entre muet parlant, est flagrant. Peut-être, que l'importance du metteur en scène a été la seule raison. Peut-être parce que le film Anglais est surtout connu pour sa version partiellement parlante, aussi: dans un film Anglais, sensé se situer à Dublin, quand tous les personnages ou presque parlent avec un accent Oxfordien, la vraisemblance a du plomb dans l'aile! Mais le fait qu'il ait fallu doubler Lars Hanson (Gypo Nolan) et Lya de Putti (Katie Fox) a probablement joué un rôle... Mais quand on voit la version muette, largement supérieure, il n'y a plus de doute possible.

A Dublin, en 1922, les révolutionnaires (Opposés donc à l'établissement d'un gouvernement qui serait indépendant mais toujours affilié à l'empire Britannique) envisagent de mettre un terme à la lutte armée, pour entrer plus sereinement en politique... Mais ils ne sont pas aidés: durant leur réunion, les forces soutenant le gouvernement les attaquent. Durant la confusion qui s'ensuit, le chef de la police locale est tué par le révolutionnaire Francis McPhilipp. Il doit se cacher... Gypo Nolan, son meilleur ami, est amoureux depuis toujours de Katie, la petite amie de McPhilipp, et il va profiter de son absence pour la conquérir. Quand l'homme recherché revient en ville une dernière fois pour voir sa mère, il passe chez Katie, et Gypo les voit s'embrasser. Ce qui est à l'origine un geste d'adieu est mal pris par Nolan, qui prend une décision impulsive: il va donner son copain au poste de police...

Tout le reste découlera de ce geste fou: Gypo n'a pas d'autre motivation que la vengeance, et d'ailleurs il est très étonné quand on lui tend de l'argent, qu'il tente de refuser. Cette somme dérisoire devient d'ailleurs un symbole: celui de sa trahison autant que de sa confusion...Lars Hanson est formidable en homme impulsif, blessé par des gestes qu'il n'a pas compris, lui qui dès le début est dans l'ombre de McPhilipp à tenter d'attirer l'attention de Katie par tous les moyens. Mais une fois devenu l'amant de Katie, le comportement de celle-ci est très clair: elle l'aime vraiment, le lien entre eux n'st pas fait que de pitié. Et Gypo s'ouvre à la femme qu'il aime en lui disant directement qu'il a dénoncé son copain, et il n'y aura pas le moindre doute dans l'esprit de la jeune femme: il faut l'aider! 

A cette vision d'un amour total, mais compliqué, le film ajoute une grande part de poésie urbaine qui bénéficie d'une superbe direction des foules et des figurants; la scène de la décision de Gypo, qui le voit fendre la foule en pleine rue pour se rendre au poste de police, est à cet égard splendide... Et Robison, qui comme de juste a tourné tout le film dans l'illusion d'une atmosphère nocturne, se délecte d'un jeu d'atmosphères, d'ombres de fumées et de lumières, qui restent fascinantes... Bien plus que son exercice de style expressionniste, le fortement médiocre Schatten de 1923.

La version parlante du film ne l'est que partiellement, et suivant la mode de l'époque, on n'y parle que dans le dernier tiers. L'examen des deux versions est sans appel... La comparaison avec le Ford aussi: Celui qui prétendait parfois s'appeler Sean Aloysius O'Fearna (Mais s'appelait en réalité Sen Feeney, ce qui aurait été bien suffisant...) était surtout motivé par l'ambiance et l'enfilade de clichés: catholicisme, parcours christique, absorption massive de Guiness, etc. On a souvent l'impression que le Gypo de Ford vend son copain parce qu'il n'a plus de quoi se payer à boire. Grandeur et décadence...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1929
7 mai 2017 7 07 /05 /mai /2017 19:02

Sans aller jusqu'à partager le cri du coeur de Louis Delluc, qui a vu le film à sa sortie Française et ne pouvait le juger qu'à l'aulne de ce qui existait déjà, ce film de Sjöström est, comme on dit, un sacré morceau! Une histoire d'amour hallucinée et jusqu'au-boutiste, dans laquelle le cinéaste nous livre une fois de plus sa vision de la vie, de la noirceur de l'existence, et du destin de l'homme, dans une fuite en avant magnifique... et d'un pessimisme radical. Et l'homme doit forcément entrer en conflit avec la société, c'est-à-dire avec lui-même, et se battre contre un ennemi encore plus implacable: la nature...

Dans une ferme, en Islande, un nouvel arrivant provoque les passions: la fermière, une veuve encore jeune et convoitée par tous les partis importants de ka région, est fascinée par celui dont on ignore tout, et le beau frère de la dame quant à lui, ne va pas tarder à découvrir qu'il a un passé sulfureux. Kari (Sjöström) s'appelle en réalité Egvind, et il est un voleur qui a fait de la prison. Mais Halla (Edith Erastoff), en l'apprenant, lui avoue quand même son amour pour lui. Et quand on vient le chercher, elle décide fuir avec lui vers la montagne, ou ils pourront vivre, sinon heureux, du moins ensemble.

Et bien sur, le film ne s'arrête pas là. D'une certaine manière il commence même vraiment tant la deuxième partie, entièrement située en montagne dans des décors naturels magnifiques et menaçants, est le coeur même de l'oeuvre. C'est là le choix qu'ont fait les deux amants, qui auront un enfant, et n'auront de cesse que de fuir les autres: la venue d'un ancien ami, par exemple, ou un parti de fermiers qui les cherchent, vont précipiter les deux héros toujours plus loin, et vont même indirectement provoquer un infanticide: préférant le tuer plutôt que de laisser son enfant à sa propre famille, Halla le précipite dans le vide... Et la venue de l'ami, qui au début apporte un peu de changement, va avoir un effet désastreux quand le nouveau venu apercevra Halla qui se lave dans une source. Il ne s'en remettra pas... Je ne peux m'empêcher de penser que si, dans The scarlet letter, Hester et Dimmesdale avaient pu s'enfuir, dans l'esprit de Sjöström, ils n'auraient pas connu un autre destin que celui-ci.

Louis Delluc non plus, qui voyait en ce film, jusqu'à la fin de sa vie, le meilleur film du monde! Je ne suis, bien sur, pas de cet avis. Mais la hauteur de vues, le fait que Sjöström ait osé aller tourner ce film dans des conditions incroyables, et la noirceur de l'ensemble, forcent l'admiration pour le savoir faire du metteur en scène, un homme entièrement dédié à un art qui n'avait pas 25 ans d'existence.

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Published by François Massarelli - dans Muet Victor Sjöström 1918
7 mai 2017 7 07 /05 /mai /2017 18:44

Lady Godiva, selon la légende, était la femme du seigneur de Mercie, dont une légende qui date du XIIIe siècle raconte qu'elle a été soumise à un chantage sordide de la part de son époux, auquel elle réclamait à ma demande de leurs sujets, qu'il allège les impôts: la seule condition à laquelle il accéderait à cette requête, serait si elle acceptait de parcourir les rues de Coventry nue sur un cheval. Mais la fière dame décida d'accepter... De nombreuses variantes ont existé de cette histoire, dont Lord Alfred Tennyson a tiré un poème qui en a quelque peu cristallisé l'intrigue. Il en aurait écrit les vers (en 1840) alors qu'il était coincé à Coventry, pour passer le temps, dans cette ville ou survit jusqu'à nos jours le culte de la dame.

Et le cinéma dans tout ça? Bien sur qu'il y a succombé, et pas qu'une fois! la première fois, c'était en 1911 et à la Vitagraph aux Etats-Unis. Il y a eu une Godiva célèbre: Maureen O'Hara, qui apparaît dans Lady Godiva of Coventry d'Arthur Lubin... mais le rôle est surtout typique de la tentation de la nudité, avec cette convention bien pratique qui repose sur la tradition des longs cheveux de la dame. Gladys Jennings, qui interprète le rôle ici, est effectivement dotée de cheveux anormalement longs et touffus, qui lui permettent de passer la moitié du film entièrement nue (Ou du moins la légende le dit) sans rien montrer de plus que ses orteils. L'histoire, bien sur, est assez typique de ce jeu du chat et de la souris avec la nudité que le cinéma Anglo-saxon a pratique durant 75 ans. Mais il incorpore aussi son corollaire, le voyeurisme: le personnage de Peeping Tom fait en effet son apparition dans cette histoire, qui nous rappelle que lady Godiva avait quand même pris soin de prévenir la population de son passage, et demandé que nul ne la voit. Mais Tom, le tailleur salace, avait creusé un trou dans un volet... et fut foudroyé sur place. Bien fait!

Pour résumer: Gladys Jennings est très bien, très sobre et digne. Le reste de l'interprétation est sans intérêt, sauf le tailleur qui est atroce. Les décors sont abominables, les costumes moches, et les fausses barbe et moustaches sont tellement mal fichues qu'on se demande s'il y avait quelqu'un à la barre de ce court métrage!

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Published by François Massarelli - dans Muet