Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Allen John's attic
  • Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
  • Contact

Recherche

7 juillet 2017 5 07 /07 /juillet /2017 16:13

Lorsque le générique se termine, pas de temps à perdre: nous suivons Catherine Allégret qui entre dans un wagon, où elle rencontre un jeune homme (Jacques Perrin) au comportement gauche. Puis elle se rend dans son compartiment où sont déjà installées quatre personnes. Nous allons en revoir certaines très vite, notamment une actrice qui se la raconte (Simone Signoret) ou encore l'étrange type à l'allure d'obsédé sexuel (Michel Piccoli) qui d'ailleurs se fait sérieusement rabrouer par une jeune femme (Pascale Roberts)... C'est ce dernier personnage, Georgette Thomas, qui va mourir... Du moins la première parce que les passagers de ce compartiment auront une fâcheuse tendance à disparaître dans des circonstances tragiques à partir de là.

On est dans l'univers de Sébastien Japrisot, un monde dans lequel les choses ne sont jamais ce qu'on croit voir, et pour cause: on change de point de vue comme de chemise. Ici, les policiers sont les seuls à pouvoir faire le plein d'informations devant le trop plein de versions, mais qu'importe: comme toujours avec ce genre de films, si l'intérêt se limitait à une énigme, autant jeter les bobines après usage... Non, tout, bien sur, est dans la mise en scène, et Costa-Gavras, dont c'est quand même le premier long métrage, s'y entend déjà fort bien! Il se joue de tout, et livre un découpage absolument étanche, dans lequel chaque plan compte et maintient l'intérêt, et dans lequel il s'amuse à suivre les associations d'idées et les associations de point de vue qui sont conditionnées par l'intrigue. C'est renversant d'efficacité...

...Et tout ça débouche sur une galerie de portraits fantastique, et bien sur trompeuse: car selon la loi du genre, l'un de ces portraits est celui du tueur. Mais en attendant, on a une sorte de galerie des monstres assaisonnée de quelques affreux, comme dans les meilleurs Clouzot: l'actrice vieillie qui s'accroche à sa jeunesse en se laissant aller à ne histoire d'amour avec un jeunot; le quadragénaire complexé qui vire au louche, portant en plus un ignoble imper transparent, et qui transpire à chaque fois qu'il croise une femme; l'amant de la disparue, un gauchiste invétéré qui passe son chagrin dans la diatribe anti-flic (Charles Denner); le commissaire qui a tout vu tout compris et qui passe son temps à se planter; et enfin le flic Marseillais qui patine, parce que décidément entre son supérieur et ses subalternes, il n'est pas aidé... C'ets Yves Montand, qui a pris un malin plaisir à laisser courir son accent. Le tout est saupoudré de dialogues fabuleux...

Alors on passera sur une poursuite en voiture un peu convenue, et des notations franchement à la limite de l'homophobie (autre temps, autre moeurs, et on est confronté au même type de situation que dans Rope, de Hitchcock...) même si elles sont bien cachées. Cette accumulation de scènes impeccables débouche sur un film noir modèle, un policier sans faille ou presque, bref, du plaisir.

Repost 0
Published by François Massarelli - dans Noir
10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 16:47

Tout commence par l'arrivée d'un Anglais (Un "angliche", un "limey" en argot), interprété par Ternce Stamp, à Los Angeles. Sa fille Jennifer, qui avait quitté la Grande-Bretagne (Et son papa repris de justice), vient de mourir dans des circonstances plus que douteuses: elle a eu un accident sur Mulholland Drive, et sa voiture a pris feu. C'est un ami à elle, Eduardo (Luis Guzman), qui a envoyé à Dave Wilson la mauvaise nouvelle de la mort de son unique enfant. Il est donc venu pour tirer ça au clair, avec l'aide parfois réticente d'Eduardo (Un ancien taulard, qui souhaite plus que tout rester à l'écart des ennuis), et d'Elaine (Lesley Ann Warren), une autre amie de Jennifer. Très vite, Wilson se concentre sur le producteur Terry Valentine (Peter Fonda), avec lequel sa fille a passé beaucoup de temps, et qui a tout l'air de mener des affaires bien louches...

Entre Peter Fonda, Terence Stamp, Lesley Ann Warren, ou encore la présence de Joe Dalessandro, et la bande-son, le film est envahi par les années 60 dont il s'amuse mine de rien à tirer une sorte de bilan, mi-cruel, mi-nostalgique. Soderbergh va jusqu'à donner des flash-backs à son personnage principal, qui sont autant de réemplois de Poor cow, de Ken Loach, permettant ainsi de confronter le personnage de Stamp à ses souvenirs de jeunesse. Comme le dit Terry Valentine à sa nouvelle petite amie, "les sixties, c'était essentiellement 1966 et le début de 1967. Le reste..." Et lui, ainsi que tant d'autres protagonistes, sont coincés comme pour l'éternité dans un lendemain de fête cosmique, dont la mort de Jennifer ne serait qu'une sorte de réveil brutal... Le personnage de Wilson, d'ailleurs, admet avoir passé plus de temps en prison qu'ailleurs, comprenant pourquoi sa fille a tant souhaité prendre le large!

Mais ce film au style si fortement empreint de cette cinématographie particulière qui a tant marqué Soderbergh, reste avant tout un film noir modèle, avec son ange exterminateur mû par une idée fixe, aux méthodes expéditives qui nous renvoient à Get Carter (A ce propos, Michael Caine était pressenti pour le rôle!), et tout sert ici le style, dans un film qui semble n'avoir pas d'autre message que de nous montrer ce qu'il raconte! Et le metteur en scène entremêle les points de vue, et nous fait parfois, de manière abrupte, passer du côté de l'ennemi, soit le riche Terry Valentine, ce qui l'humanise fortement. Le montage aussi est à la fête, avec un déroulement apparemment anarchique, qui joue avec la chronologie un peu à la façon dont Alain Resnais (L'un des modèles de Soderbergh, là encore) s'amusait à perdre le spectateur entre les couches temporelles... C'est un tour de force, et il est du à l'excellente Sarah Flack.

Repost 0
Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh Noir
5 mai 2017 5 05 /05 /mai /2017 10:59

Le dernier film Américain de Lang, bien que noir, et proche de M par son approche d'un sujet aussi complexe et "langien" que la peine de mort, est certainement parmi les plus clivants de son oeuvre! Certains critiques lui sont tombés dessus à boulets rouges à sa sortie, et aujourd'hui les avis sont encore partagés... Il serait une erreur d'imaginer que ce film prenne d'ailleurs vraiment parti pour ou contre la peine de mort, comme M d'ailleurs: les deux films prennent prétexte du débat sur la peine capitale, pour évoquer la justice, l'un à hauteur d'un homme, cet assassin qu'on cherche, qu'on traque, et qu'on séquestre, dont on interroge la posture de victime: de ses pulsions, de ses kidnappeurs, qui sont des criminels... l'autre situe le débat dans la sphère judiciaire, c'est-à-dire dans un univers policé ou on est supposé voir plus clair, mais... ce ne sera pourtant pas le cas.

Tom Garrett (Dana Andrews) est un écrivain, et son meilleur ami, Austin Spencer (Sidney Blackmer), le patron du journal qui l'a longtemps employé, est un fervent militant contre la peine de mort. Il cherche à atirer son ami à sa cause, et celui-ci accepte de collaborer avec lui, d'autant qu'il est préoccupé par la possibilité d'envoyer un innocent à la chaise électrique. On parle en France, de "preuves à l'appui", la formule légale récurrente en Anglais est "beyond a reasonable doubt"', l'accusé doit être considéré comme coupable "au-delà d'un "doute raisonnable". C'est cette notion de "doute raisonnable", qu'ils veulent explorer: et si on fabriquait un coupable, pour guider la justice dans la mauvaise direction, et prouver ensuite au terme d'un procès bien huilé que la justice s'est faite avoir et s'apprête à condamner un innocent... Tom Garrett, l'écrivain sans histoire, va donc être le cobaye de l'expérience, et les deux hommes trouvent un crime inexpliqué, qui est parfait pour leur dessein: ils vont donc s'acharner à faire de Tom le seul coupable possible, en inventant des preuves de sa culpabilité... Tout va se dérouler comme prévu, jusqu'à ce que Spencer, qui porte les clichés et les preuves sur lui, soit victime d'un accident de voiture, et bien sur celle-ci est carbonisée...

Avec les preuves, bien sur.

Une motivation supplémentaire pour Tom Garrett qui va bien sur compliquer les choses, est qu'il est prévu qu'il se marie avec la belle Susan Spencer (Joan Fontaine), la fille d'Austin, qui n'est pas mise au courant de la machination et qui bien entendu doit voir son fiancé se comporter d'une manière inattendue: pour commencer, la victime du meurtre "exploité" par les deux héros est une strip-teaseuse, dontc Tom doit fréquenter ce milieu, ce qui ne va pas arranger les choses.

On a donc un genre de suspense lié à l'issue du procès, rendu d'autant plus palpable que Garrett a perdu avec Austin toute chance de faire valoir sa vérité... Mais il y a aussi une exploratyion du mode de fonctionnement de la justice, et de la gravité de l'acte de condamnation: comme le dit le juge qui s'apprête à condamner Tom Garrett, en entendant sa version des faits (Après la mort de Spencer, il est bien obligé de parler de la machination), "ca m'a lair bien invraisemblable, mais la vie d'un homme est en jeu". Alors bien sur, on peut quand même penser que cette machination tirée par les cheveux est absolument baroque, délirante, bien qu'elle ait été depuis supplantée en n'importe quoi par le fameux contre-exemple filmique qu'est Life of David Gale... Mais cette idée saugrenue nous permet d'évaluer le travail de la justice, approcher aussi et surtout une dimension inattendue de la justice: une dimension privée. Car dans ce film, il y a un homme qui agit d'une façon peu banale, pour des raisons très personnelles, et clairement, c'est mal... Mais je ne peux pas en dire plus.

Enfin, ce film situe son intrigue en plein sur la notion de culpabilité, car on nous montre bien comment on peut fabriquer un coupable, comment n'importe qui finalement, peut être accusé de 'nimporte quoi, ce sera toujours plausible. La culpabilité chez Lang (Voir Metropolis et Fury à ce sujet, entre autres) est un phénomène très partagé, en effet...

Repost 0
Published by François Massarelli - dans Noir Fritz Lang
1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 16:29

On a retrouvé le cadavre d'un homme, le docteur Monro, à son domicile. Trois témoins sont appelés à éclaircir les circonstances de sa mort: une femme de chambre, celle qui a découvert le corps; et deux ingénieurs... dont le hasard a voulu qu'ils soient des sosies. C'est à cause de cela que l'un d'entre eux a été mêlé à la mort d docteur, bien malgré lui...

Sjöström expérimente avec ce film dont il ne reste aujourd'hui que trente minutes à peu près, et c'est bien regrettable: on ne comprend pas grand chose de cette intrigue alambiquée, et qui ne justifie pas vraiment de la nécessité pour le metteur en scène d'interpréter un double rôle... au-delà de la possibilité technique de s'amuser un peu à mettre deux Sjöström dans le plan! Donc je pense que c'est l'une des deux choses que le réalisateur s'est plus à explorer avec ce petit film. La noirceur propre à Sjöström a tendance à laisser la place ici à une sorte de puzzle extravagant, dans lequel le sinistre et l'étrange ressortent plus de la politesse du genre, que de la propension du metteur en scène pour le tragique! Et il se plait, en plus de la double exposition de la pellicule qui lui permet de se dédoubler, à situer tout son film dans la pénombre, ce qui lui donne un aspect cauchemardesque. Un savoir-faire dont le réalisateur se souviendra lorsqu'il tournera La Charrette Fantôme.

Repost 0
Published by François Massarelli - dans Muet Noir Victor Sjöström 1916
27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 16:23

Un homme désespéré d'avoir perdu la femme de sa vie, une mort dont il peut plus ou moins s'accuser, rencontre quelques temps après les faits un sosie de son épouse disparue, et tombe bien sûr amoureux... Ca rappelle forcément des souvenirs, et le fait que la musique de ce film soit signée de Bernard Herrmann n'arrange rien à la confusion entretenue par De Palma. Celui-ci avait déjà largement repris des thèmes de Psycho dans Sisters, dont la musique était aussi signée par Herrmann. La première partie est, contrairement à Vertigo, très courte: en 1959, la vie de Michael Courtland (Cliff Robertson) est un conte de fées, mais il perd tout lorsque son épouse et sa fille sont enlevées. La police le persuade de ne pas livrer la rançon, afin de garder le dessus sur les ravisseurs, et lorsque les bandits constatent qu'ils se sont faits avoir, ils s'enfuient. leur voiture explose lors d'un accident, et aucun des corps ne sera retrouvé...

Quinze années plus tard, Robertson accompagne son associé Robert Lasalle (John Lithgow) à Florence, et rencontre une jeune restauratrice d'art dans une église; Sandra (Geneviève Bujold) est le portrait craché de son épouse Elizabeth. Il la courtise, l'emmène dîner, puis... se décide à l'épouser. Pour ce faire, il revient à New Orleans avec elle. Une fois arrivée dans sa grande maison hantée par le souvenir permanent d'Elizabeth et Amy, Sandra semble perdre pied avec la réalité, exactement comme si en plus de plagier Vertigo, De Palma se mettait à loucher avec insistance sur Rebecca...

L'intrigue, bien sur, est gonflée, on n'y croit pas une seconde. Ce qui rappelle qu'il y a toujours un élément vaguement camp chez De Palma... Ce qui l'intéresse ici, c'est de manipuler le spectateur devant la manipulation dont est (bien entendu) victime le héros. Et de lui donner des indices dans tous les sens, en cadrant juste ce qu'il faut cadrer. Le film n'a pas été au bout de ses audaces, dans la mesure ou du début à la fin il y a des soupçons d'inceste: une scène posait problème, et a été traitée en rêve. Sinon, le metteur en scène a recours à la psychanalyse, bien sur, comme il sait si bien faire, et on constatera qu'il utilise souvent Herrmann en complément dramatique: certaines scènes, privées de musique, seraient anodines. Elles en deviennent intéressantes... C'est le génie.

Celui de Herrmann, bien sur. De Palma n'est qu'un plagiaire sans aucun intérêt, ni le moindre talent, si ce n'est celui d'être un perroquet, et son film ne vaut pas tripette. Il y accumule les clichés Hitchcockiens, et on retrouve comme chez Truffaut cet étrange impression d'assister à un brouillon de film plutôt qu'un produit fini.

Repost 0
Published by François Massarelli - dans Noir
9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 14:00

Clint Eastwood confie les rênes à son complice Buddy Van Horn, et Harry rempile une fois de plus... Une fois de trop: l'intrigue est encore bien tordue, mettant aux prises Harry Callahan avec un dingue qui a pris acte de l'importance médiatique du policier, dans un mélange indigeste et typique des années 80 entre milieux artistiques (Avec le jeune Jim Carrey en caricature de chanteur de hard rock sous diverses drogues) et criminalité. Clint Eastwood fait son âge, décidément, mais continue à singer l'ange exterminateur Harry Callahan, qui surgit des vapeurs et fumées urbaines pour faire triompher la justice, aussi bien avec un gros flingue qu'avec un harpon. Plus que jamais, après la réussite de Sudden impact (Qu'il a réalisé lui-même), ce Harry-là est inutile...

...Mais si c'est pour "payer" Bird, alors on peut comprendre.

Repost 0
Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood Noir
24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 15:59

A Londres, en 1929, juste un jour comme les autres pour la police: appréhension d'un coupable, manquement de délit de fuite, arrestation, interrogation... Un jeune détective (John Longden) retrouve sa petite amie (Anny Ondra), et ils sortent... Mais aussi se disputent. Il faut dire que la jeune femme a une idée derrière la tête: elle passerait bien un peu de bon temps avec un autre homme. Celui-ci la ramène chez lui, mais ils ne sont pas d'accord sur la marche  suivre, et elle le tue alors qu'il tente de la violer. Elle part chez elle, hagarde, et se réveille pour apprendre qu'il y a eu un meurtre dans le quartier; et non seulement elle laissé suffisamment de traces de son passage pour que son fiancé comprenne qu'elle a fait le coup, mais en plus il y a eu un témoin (Donald Calthrop), et celui-ci a décidé de la faire chanter...

Film muet, film parlant? A en croire Hitchcock, il avait commencé ce film en muet, et a paré à toute éventualité en préparant chaque scène pour une hypothétique synchronisation... Pas sur que ce soit la vérité, car j'imagine que la production d'un film parlant devait quand même, au moment de redéfinir complètement les contours du métier, mais aussi les studios, le matériel, etc, prendre un peu de temps, un peu de planification, et disons un peu de réflexion aux dirigeants d'un studio! et du reste, la compagnie British International Pictures a tout bonnement sorti les deux versions du film simultanément: la version parlante pour Londres, mais aussi pour se pavaner dans les festivals et aux Etats-Unis, ou la transition du muet vers le parlant était déjà bien avancée; et la version muette pour le reste du monde. Je pense que c'est celle qui a été vue le plus en cette année-là, mais jusqu'à une date récente, c'est la version parlante qui faisait foi. Les différences sont infimes, et une bonne part du film parlant est effectivement une "redite" du film muet. Le début du film, pendant une dizaine de minutes, est d'ailleurs de fait muet, avec accompagnement musical sur bande-son. Les différences se font sensibles sur deux scènes: celle du meurtre, qui se voit ajouter un accessoire intéressant avec un piano, et celle, célèbre, dans laquelle le mot "knife" est prononcé tellement de fois devant la coupable, qu'elle en perd le reste du dialogue...

La version parlante est riche en superbes idées, mais possède un défaut rédhibitoire: le son. Pas au point, bien sur, on est en 1929... Mais le film reste vraiment très intéressant, ne serait-ce que par le naturel (Relatif) des débits et des accents. Il y a quand même un souci de rythme, et une ou deux scènes qui traînent inutilement en longueur. Mais on peut noter que si la version muette est clairement supérieure, elle n'est à peine plus courte! Et l'essentiel du film est là dans les deux, avec cette histoire de jeune femme qui, cette fois-ci, est bien coupable de meurtre! Qu'il soit justifié ou non importe peu, car d'une part le film développe quand même une situation propre à alimenter la misogynie (Un défaut qu'Hitchcock b'est pas près d'abandonner!), et on peut quand même se demander quelle était la motivation de cette jeune femme, pour abandonner son fiancé, et venir chez ce peintre! Mais, et ça, le metteur en scène le sait déjà, le public se fait avoir dans les grandes largeurs: oui, elle a tué, et que ce soit légitime ou non importe peu: nous sommes désormais de son côté, instinctivement... Comme son fiancé qui va tout faire pour qu'elle se disculpe. Ce qui nous arrange, c'est qu'il y a bien pire qu'elle, et on peut applaudir la prestation de Donald Calthrop en maître-chanteur, il est fantastique!

En fait, en se frottant pour son dixième film à une nouvelle histoire policière à suspense (Et ce n'est que la deuxième fois après The Lodger), Hitchcock retrouve une situation qui le motive, qui lui permet d'organiser ses idées visuelles, les rendre très efficaces, et faire ses gammes: il joue avec le son pour passer d'une séquence à l'autre (La découverte du corps, un procédé qui reviendra dans The 39 steps), il imagine des visions délirantes (La jeune femme pour laquelle les enseignes lumineuses "rejouent" la scène du crime), et il utilise avec une maestria impressionnante le procédé Shüfftan pour faire croire au spectateur que'une scène de poursuite a été tournée au Britush Museum! Bref, il s'amuse, beaucoup plus que dans The Manxman, ou Champagne et on sait combien c'est important pour ce réalisateur! Et tout en nous attirant dans ses filets pour nous obliger à endosser une part de responsabilité dans un crime en en développant le suspense, il nous montre le renoncement d'un homme, un policier qui est désormais motivé pour que la vraie coupable d'un meurtre ne se fasse pas prendre! 

Avec ce film, certes, le cinéma Britannique fait brillamment le passage vers le parlant, mais Hitchcock, lui, trouve enfin sa vocation.

Repost 0
Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock Noir Muet 1929
19 octobre 2016 3 19 /10 /octobre /2016 15:50

Régulièrement cité parmi les films préférés, dans les listes des meilleurs films de tous les temps, et recueillant partout où il est montré une adhésion qui contraste singulièrement avec le peu de crédit qu'on lui a apporté à sa sortie, voici un film hors normes, une oeuvre unique en tous sens, seul film de son réalisateur, seul film de son genre aussi, un mélange rare de film noir, de chronique symbolique, et de vision onirique. C'est une de ces chroniques de la grande dépression comme il en existe beaucoup, mais elle tranche en permanence sur le réalisme, fut-il baroque, des autres films. Loin donc de Our daily bread, de The grapes of wrath, s'il fallait choisir un film à lui comparer, peut-être pourrait-on essayer avec Modern times de Chaplin: même tentation de faire un film sur une période à partir de carton-pâte assumé, même sentiment d'avoir devant soi les images définitives, une vision aussi inventive que paradoxalement authentique!

Cette "nuit du chasseur" raconte la cavale de deux enfants durant les années 30: leur père a volé et tué afin de leur garantir un avenir, mais il doit cacher l'argent avant de se faire arrêter. Une fois en prison, il partage sa cellule avec un fou dangereux; bien qu'arrêté pour des broutilles, Harry Powell (Robert Mitchum) est un serial killer, dont la spécialité est de supprimer des veuves avant de partir avec leur argent. Il se présente aussi comme un prédicateur auto-ordonné, ce que ses futures victimes apprécient particulièrement. Une fois libéré, il se rend chez la veuve de celui dont il a partagé les deniers jours, va vite la supprime, et comprenant que les deux enfants du couple sont la clé de son accession au magot, il va les poursuivre pendant qu'ils prennent la fuite sur une barque de fortune, sur la rivière Ohio. Ils vont trouver refuge chez une dame qui voue sa vie entière à recueillir des enfants en fuite, Rachel Cooper (Lillian Gish)... Et Harry Powell n'a qu'à bien se tenir!

Pourtant, ce film n'aurait pas du exister: à la base, trois visions se retrouvent: celles de James Agee, écrivain, cinéphile, écrivain, critique et scénariste, de Paul Gregory, producteur, qui avait lu le roman de Davis Grubb, et bien sur, Charles Laughton, l'ami de Gregory, qui saisissit avec cette production la chance de sa vie, celle de tourner un film selon ses propres termes, dans lequel l'acteur mythique choisissait de ne pas apparaître. Gregory voulait transposer à l'acran une intrigue riche, à la fois noire et empreinte du récit du parcours d'un enfant qui vivait l'enfer avant de pouvoir trouver à grandir dans de meilleures conditions. Agee, adaptant une histoire située sur la rivière Ohio, a laissé ses souvenirs du sud Profond se matérialiser sur l'écran, transfigurés par le style inattendu de Laughton: celui-ci est en effet arrivé au projet avec une idée très précise de ce qu'il voulait obtenir: un retour au cinéma muet, celui de Griffith, mais qui ne négligeait pas d'emprunter intelligemment aux meilleures sources cinématographiques comme picturales. Le film emprunte donc à Griffith (Dont deux anciens collaborateurs sont du reste présents), mais aussi à King Kong, et le cinéma d'épouvante des années 30 n'est jamais loin. Les techniques de trompe l'oeil utilisées par Murnau refont leur apparition... Laughton s'est enfermé dans une salle de projection pour y engloutir des kilomètres de cinéma muet avant de faire le film, et le résultat est à la hauteur...

Faisant du point de vue de deux enfants, surtout soyons juste celui du 'grand frère' John (Billy Chapin), le fil conducteur de son histoire, Laughton brouille savamment les pistes: il ne s'agira pas ici de livrer un film pour la jeunesse, loin s'en faut. Dès le départ, d'ailleurs, le metteur en scène choisit de nous perdre, en nous montrant d'abord des enfants qui écoutent sagement une femme leur lire avec douceur des morceaux choisis, d'une sagesse et d'un bon sens qui n'ont rien de très sophistiqué, de la bible...On ne le sait pas encore, mais c'est notre première rencontre avec Rachel, qui nous met ainsi en garde contre les dangereux hypocrites, des loups qui viendront déguisés en agneau. Et justement, la caméra plonge sur un champ inondé de soleil, et se concentre sur un enfant qui joue à cache-cache et s'apprête à se cacher dans une grange... le film oscille constamment entre l'univers de l'enfance, mais une enfance malheureuse, malmenée, confrontée au crime et à la nécessité de grandir trop vite, car il faut d'abord et avant tout survivre, et la vision d'une humanité adulte et corrompue, qui est incarnée par l'affreux Powell, et sa vision tordue et simpliste de la religion. Je ne parlerai pas de ses tatouages, l'anecdote est très connue...

A Powell, Laughton oppose Rachel Cooper, et a confié le rôle à Lillian Gish. La belle actroce du muet, désormais sexagénaire, s'approprie tout de suite le rôle de la dame d'un âge certain, et en fait l'une de ses plus belles caractérisations... Elle est un pendant bénéfique à Powell, mais elle partage la même vision personnelle de la religion. Une scène magnifique à voir (Stanley Cortez est un immense chef-opérateur, et le prouve en  durant 93 minutes) appuie justement sur cet aspect: tous deux sont face à face, prêts à s'affronter. Et ils chantent le même hymne... Sauf que Rachel n'oublie pas d'y citer Jésus. Mais Rachel a "adapté" la religion (Dans des dialogues savoureux) dans le but de protéger les enfants,, contrairement à Powell qui lui l'adapte pour s'enrichir! Et elle le comprend tel qu'il est: un homme qui sacralise le meurtre (Dans des compositions superbes, qui font froid dans le dos, comme lorsqu'il supprime Willa Harper, le cadre ressemble à une image pieuse), mis qui s'avère être un animal parmi tant d'autres; le film contient beaucoup d'images d'animaux, là aussi composées de façon très distinctive, mais celui qui grogne, aboie ou couine le plus fort, c'est bien sur Harry Powell.

Peinture de l'enfer d'être un enfant à part (Autobiographie?), merveilleux livre d'image aux connotations vénéneuses, dans lequel un homme tue des femmes qui ne demandent que ça, et un petit bout de bonne femme tient tête à une créature diabolique avec son caractère bien trempé, et son gros flingue, un film muet et parlant à la fois, dans lequel le metteur en scène a tout donné de lui-même, se doutant peut-être qu'il n'aurait pas d'autre chance. Dirigeant ses acteurs à la voix, il obtient le meilleur de chacun, et donne à la grande actrice qu'il a lui-même personnellement choisie, l'un de ses plus beaux rôles. Je ne vois là aucun défait, que de la beauté. Je dépose les armes: c'est un chef d'oeuvre, point.

Repost 0
Published by François Massarelli - dans Noir Lillian Gish
15 octobre 2016 6 15 /10 /octobre /2016 11:25

Chili Palmer est un prêteur sur gages, qui vit à Miami une petite vie traquille de gangster "soft", jusqu'au jour où son patron décède, le mettant en danger d'avoir de sérieux ennuis à cause d'un homme auquel il a résisté, Ray Barboni. Palmer, à la feveur d'une mission, se retrouve à Los Angeles, et infiltre le milieu du cinéma... Il est très cinéphile, et se décide à sauter le pas: il va devenir producteur... Avec un producteur de série Z, Hary Zimm (Gene Hackman), une actrice qui lui fait les yeux doux (Rene Russo) et un acteur égocentrique, Martin Weir (Danny De Vito), il se lance dans le rêve de sa vie, avec l'optimisme qui le caractérise...

Adapté d'un roman d'Elmore Leonard, qui était tant à la mode à l'époque, Get Shorty est à la fois un succès certain, et un film à la réputation mollassonne, ce que j'ai du mal à expliquer: d'une part, c'est peut-être le film de Sonnenfeld qui ressemble le plus à ce que les frères Coen ont fait dans leur carrière depuis qu'ils se sont attachés à reproduire aussi fidèlement les genres qu'ils parodient. Et Sonnenfeld, justement, était le chef-opérateur des premiers de ces pastiches éclairés. Ici, le metteur en scène, passé par la comédie comme chacun sait, maintient un parfait équilibre entre comédie visuelle, comédie de dialogues (Ray Bones et sa vulgarité assumée!!!), et un portrait ambigu du monde du cinéma. La morale souffrira, mais le fait est que ces escrocs, gangsters et autres margoulins semblent évoluer dans un monde d'où la police est (presque) totalement absente... Et les producteurs, acteurs, cinéastes en tous genres évoluent main dans la main avec des malfrats, tentant parfois de les imiter (Gene Hackman, dans une scène hilarante) avec des résultats peu probants... John Travolta est excellent dans le rôle de Chili Palmer, le cinéphile qui semble ne jamais devoir avoir le moindre pépin. On appelle ça la force tranquille... Sa gentillesse paradoxale nous permet de garder l'impression que tout ceci n'est qu'un film de gangsters pour rire...

Sauf que pour moi il se fait constamment voler la vedette par Dennis Farina, dans le rôle sublime, une vraie synthèse de l'art du comédien, de Ray Barboni dit Bones, mafieux de la vieille école au verbe haut (Fuck you, fuckball!), au front bas, et aux chaussettes antiques dans des mocassins en croco qui trahissent quelque peu son statut professionnel, ainsi que son mauvais goût absolu...

Repost 0
Published by François Massarelli - dans Barry Sonnenfeld Noir Comédie
11 août 2016 4 11 /08 /août /2016 12:20

Denis Villeneuve a-t-il trouvé le filon avec Incendies, comme avant lui Amenabar avec Ouvre les yeux, ou Shyamalan avec Sixth Sense? Ca sonne un peu méfiant, voire carrément hostile, et ce n'est pas mon intention, mais à chaque fois qu'un réalisateur récidive le coup fumant et payant de réaliser un film-à-révélation-finale-hallucinante, ça vire au procédé et ça finit par tourner à vide. Mais Incendies, bien que le réalisateur ait fait le choix de nous laisser installer devant le film pour ménager ses surprises pour la fin, reste un film formidable, dans lequel le cheminement est crucial, justement, sorte de parcours du combattant au pays où la morale n'existe pas. Et ce nouveau film, déguisé en thriller Américain à la Seven, est bien au-dessus, largement, des films jetables du tout petit Shyamalan, là encore, derrière l'énigme à résoudre, il y a une exploration morale, de certains codes de conduite et de certaines idéologies qui gardent un pouvoir important dans l'Amérique d'aujourd'hui, sans angélisme ni caricature extrême.

Evacuons l'énigme pour commencer, je vous en donne les contours sans dévoiler quoi que ce soit qui ne soit un argument de vente de DVD à lire sur le dos de la jaquette : les filles de deux familles d'Américains moyens, qui jouaient ensemble pendant que leurs parents dinaîent en amis pour Thanksgiving, ont disparu. Elles ont été vues près d'un camping-car en très muvais état, et le conducteur était à l'intérieur, et depuis, plus rien. Le camping car et son conducteur, Alex Jones (Paul Dano) sont retrouvés dès le lendemain, mais l'homme est incohérent, et les filles ne sont pas avec lui. La police sera obligée de le relâcher faute de preuves, contre l'avis de l'inspecteur Loki (Jake Gyllenhall). Et Keller Dover (Hugh Jackman), le père de l'une des deux fillettes, va voir rouge, et attaque Alex... Loki mène l'enquête, ce qui est difficile, et va le mener à faire une découverte macabre, celle d'un cadavre tout momifié, chez un prètre, ancien pédophile ; il va aussi enquêter sur un étrange personnage, un homme qui vit cloîtré et qui semble s'intéresser de près aux jeunes filles disparues, et va acheter des vêtements d'enfants dans les magasins du bourg... Mais Dover, qui impose à son ami Franklin Birch (Terrence Howard) de l'aider dans cette tâche, décide d'enlever Alex, parce qu'il est persuadé de sa culpabilité, et de tout faire pour le faire parler. Il se transforme en tortionnaire, sous les yeux horrifiés de son ami, trop effrayé de ne jamais retrouver sa fille pour le dénoncer à la police...

Voilà, vous savez tout. Le film commence par une partie de chasse dans laquelle on apprend assez clairement que Keller Dover, joué avec intelligence, c'est une première, par Hugh Jackman, fait partie de ces Américains blancs surs de leur bon droit qui ont des armes d'abord et avant tout parce qu'il faudra bien, un jour, se défendre contre une menace quelconque et que ce jour-là, il faudra être prêt. Un brave type prêt à se transformer en milicien, voire en tortionnaire si le besoin s'en fait sentir. Le film, finalement, est beaucoup plus son histoire, que celle d'une énigme à résoudre, et c'est là qu'il est passionnant. D'une certaine façon, on y rejoint, mais en contrebande, le terrain Hitchcockien, parce qu'on y assiste à un glissement inéluctable vers l'horreur, d'un homme qui est pourtant honnête, certes il a des codes un peu antédiluviens, mais il est très ami avec son voisin noir, et vit une vie tranquille et modeste sans embêter personne. Il a eu un signe, lorsque il a attaqué Alex devant témoins, celui-ci lui a dit une phrase étrange (Elles riaient quand je suis parti), qui prouvait qu'il savait effectivement quelque chose sur la disparition des deux filles. Et Villeneuve, lors de la scène qui voit Dover enlever le jeune homme, nous met encore un peu plus de son côté en nous montrant Alex comme un jeune homme particulièrement glauque, qui s'amuse (?) à « pendre » un chien avec sa laisse pendant une quinzaine de secondes, avant de le reposer au sol. De quoi se ranger à l'avis tranché de Keller Dover... Même si il apparaît très vite qu'Alex Jones n'a rien fait. Loki, joué par un acteur qui lui aussi est à l'aise dans les zones d'ombre, aura fort à faire pour que force revienne à la loi. Tant que j'y suis à parler des acteurs, une fois de plus Paul Dano est fantastique...

Mais voyez le film si cette énigme vous emballe, vous y trouverez beaucoup plus, un voyage au pays des petits Américains, paumés au pays du deuxième amendement, qui pestent en permanence contre leurs forces de police, contre l'état, leurs politiciens, et qui sont prêts à prendre les armes, pas pour faire triompher la justice, non, juste pour faire quelque chose, et se donner l'impression qu'ils contrôlent tout.

Et ça, ça fait vraiment peur.

Repost 0
Published by François Massarelli - dans Denis Villeneuve Noir