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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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29 août 2022 1 29 /08 /août /2022 16:33

Libby Day (Charlize Theron) est la seule survivante d'un massacre perpétré dans la ferme familiale, en 1985. Ses deux soeurs, leur mère ont été assassinées et l'enquête a très vite conclu que c'était Ben, son grand frère, un adolescent ombrageux, qui avait commis le crime pour rien ou presque: on le disait Sataniste... 25 ans plus tard, Libby, qui survit encore à ce sombre drame, va être amenée à replonger dans l'affaire, quand un club de doux dingues fascinés par les crimes célèbre la contacte... Lyle (Nicholas Hoult), le chef de la bande d'excentriques, essaie de lui faire réviser son jugement, car il est persuadé que Ben n'a pas tué sa famille...

C'est un thriller, le deuxième roman de Gillian Flynn, qui est à la base de ce film. Clairement, l'intention était probablement de capitaliser sur le succès à tous points de vue de l'adaptation par David Fincher et Gillian Flynn elle-même de son troisième roman, son chef d'oeuvre, Gone girl. Donc il y a eu des moyens, et pour peindre la tragédie de la famille Day à sa juste couleur, le moins qu'on puisse dire c'est que les teintes sombres de manquent pas. Mais...

La déception se fait vite sentir, parce que le roman, dense et sinueux, avec une narration éclatée entre Libby maintenant, et les protagonistes, principalement Ben et sa mère, prenait son temps pour asséner ses coups et distiller son venin. Le film fait en 1 heure et 50 minutes et contient non seulement tout ou presque ce que le roman proposait... Il en rajoute même, afin toujours de simplifier la tâche du spectateur... C'est assez malaisé, et je reste persuadé que la lecture du roman est indispensable avant de voir le film... Du coup, ce dernier devient, j'en ai bien peur, inutile.

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Published by François Massarelli - dans Noir
12 août 2022 5 12 /08 /août /2022 13:18

Bernie Lootz (William H. Macy) est un malchanceux chronique, ce qui lui garantit un emploi à Vegas. C'est que son patron, Shelly (Alec Baldwin), qui tient un casino  (c'est donc un mafioso malhonnête et sans scrupules) à Las Vegas, fonctionne un peu à l'ancienne, il l'emploie donc comme "cooler", pour tempérer par sa malchance les possibilités de gain autour de lui! ...Et ça marche. 

Bernie a repéré la nouvelle serveuse, Natalie (Maria Bello), et ils commencent à se voir en dehors du travail. Bernie n'en revient pas: elle s'intéresse à lui, et très vite ils deviennent inséparables. Quand elle lui avoue ses sentiments, Bernie devient chanceux... Ce qui n'est pas du tout du goût de Shelly, qui a justement payé Natalie pour maintenir son "cooler" en l'état... 

Sous des dehors qui tiennent autant de la comédie que du film noir, cette histoire de chance et de malchance, de loyauté et d'amour, de tricherie et de sentiments, est un conte. Pour commencer ce conte repose sur l'un des mythes les plus établis de l'humanité, avec l'astrologie et la religion: le concept de chance... Manifestement, dans cette histoire, ça existe... 

C'est l'occasion pour nous de visiter le monde d'un casino à Vegas depuis les coulisses, et bien entendu, c'est absolument sordide. Alec Baldwin est formidable en patron "à l'ancienne", qui repose sur la superstition, demande de la loyauté à ses employés, mais est capable d'une part de se débarrasser d'un chanteur lessivé en lui forçant une overdose, et d'autre part se débarrasse de ceux qu'il soupçonne d'avoir triché pour gagner, en les massacrant à coups de marteau...

Le principal atout d'un film qui joue à nous faire peu à la fin, avec des retournements de situation (qui sabotent d'ailleurs l'effet de la fin, devenue insipide) est une histoire d'amour improbable entre deux personnages, et comme ils sont interprétés par William Macy et Maria Bello, forcément, on suit.

 

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Published by François Massarelli - dans Noir
6 août 2022 6 06 /08 /août /2022 10:22

Mashhad, Iran, 2001: une prostituée se fait assassiner par un client qui l'a attirée chez lui. Il s'avère que c'est loin d'être la première. Nous suivons en parallèle les parcours de deux personnes: Rahimi (Zar Amir Ebrahimi), une journaliste dont le travail est d'enquêter sur place, dans la ville sainte, et de rapporter à son journal tous les faits sur l'affaire, et Saeed (Mahdi Bajestani), un maçon fondamentaliste dont on ne mettra pas longtemps à comprendre qu'il s'agit du tueur...

Situé en Iran, le film a été tourné en Jordanie, car Abbasi, qui est désormais basé en Scandinavie, savait que le sujet ferait polémique dans son pays d'origine... Le film est inspiré de faits réels, et si le personnage de Saeed est sans doute très proche du tueur authentique (16 victimes entre 2000 et 2001, toutes prostituées et toxicomanes, comme dans le film), le personnage de Rahimi, la journaliste rebelle qui se fait constamment rembarrer pour un oui ou pour un non, pour un tchador mal mis, pour avoir ouvertement dit qu'elle fumait, ou pour les libertés qu'elle se permet en tant que journaliste, est un composite qui permet d'étendre le sujet. Car cette histoire n'est pas qu'une simple intrigue policière...

Le style adopté par Abbasi est la caméra sur l'épaule, dans une urgence qui renvoie à la guerilla cinématographique d'un Soderbergh (Traffic). Pas ici d'images léchées ou de maniérisme, tout va dans le sens d'un naturalisme à coups de poings, d'une franchise sur les domaines du sexe, de la drogue... On imaginerait un Iran qui, après la révolution Islamique, aurait nécessairement "réglé" son compte à la prostitution et à la drogue, mais il n'en est rien: dans un pays aussi rigoriste, avec une telle barrière entre les hommes et les femmes, la prostitution est encore plus sordide, c'est l'un des aspects les plus frappants, surtout dans le premier tiers du film. Avec le point de vue de Rahimi, nous découvrons une situation terrible pour la femme, pour la jeune journaliste qui ne joue pas jeu bien sûr, mais pour toutes les femmes...

Car le personnage principal est Rahimi, mais nous suivons aussi Saeed chez lui, dans sa famille, en espérant qu'à un moment ou un autre il se trahisse: son désir de tuer est tellement fort qu'il nous est montré à plusieurs reprises, profitant d'un départ momentané de son épouse (elle rend visite à ses parents qui habitent la même ville) pour "partir en chasse", ramener une fille et la tuer. Lors d'une de ces scènes extrêmement graphiques, l'épouse revient, et Saeed échappe à la confrontation de justesse... 

Du coup, on sera très surpris d'un développement du troisième acte dans lequel, après une planque durant laquelle Saeed a ramené chez lui Rahimi, qui se fait passer pour une prostituée, l'homme a enfin été arrêté: il se tient un double discours, d'ailleurs pressenti par la jeune femme. D'un côté, le ministère public ira dans le sens d'une condamnation très dure, et d'un châtiment sans espoir. De l'autre, Saeed devient le héros de la ville sainte, et sa famille le soutient sans l'ombre d'une hésitation. La douce Fatemeh, son épouse, explique sans ambiguité à leur fils Ali que ce que son père a fait, son obsession de ce qu'il appelle le "nettoyage", est un acte divin. Et devant le caméscope de Rahimi qui va rentrer à Téhéran, le jeune Ali explique d'une part le mode opératoire de son père en utilisant la complicité de sa petite soeur qui "joue la morte", puis il explique avec un sourire exalté qu'une fois son père mort, il y aura une relève. Et au vu du comportement global des hommes dans le film (il y a une exception, un journaliste), il a cent fois raison.

 

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Published by François Massarelli - dans Noir
18 juillet 2022 1 18 /07 /juillet /2022 15:57

Un bateau explose dans un port Californien; à son bord, des cadavres de toutes nationalités, et selon toute vraisemblance il s'agirait d'un deal de drogue qui aurait particulièrement mal tourné. Sur la piste de Dean Keaton (Gabriel Byrne), un malfaiteur qui a été identifié sur les lieux avant que tout ne brûle, l'agent David Kujan (Chazz Palminteri) a sur les bras une affaire complexe, et un seul témoin viable: Roger "Verbal" Kint (Kevin Spacey), un obscur petit malfrat qui a été mêlé à une série de problèmes, et qui non seulement protège Keaton en le dédouanant dans son témoignage, mais surtout semble ne pas en dire beaucoup. Jusqu'à ce qu'un autre témoin ne se manifeste, un Hongrois qui a survécu à l'incendie, et qui a identifié sur les lieux le bandit le plus redoutable qui soit, le mystérieux Keyzer Söze. Kujan écoute Kint lui raconter une incroyable histoire de manipulation de cinq gangsters dans les griffes d'un homme que d'aucuns s'obstinent à identifier comme le diable...

Un: le film est un film noir, à l'ancienne (et déjà identifié comme tel à l'époque de sa sortie, au sein d'un genre qu'on qualifiait à l'époque de "néo-noir") dans lequel le metteur en scène et le monteur (qui est aussi le compositeur du film) se jouent allègrement de la chronologie et du spectateur. Chaque carte de l'édifice ajoute une nouvelle dimension à une histoire qui devient vite prenante et dont on se rendra vite compte qu'elle tient entièrement sur des témoignages: ceux qu'untel a entend de tel ou telle autre, qui n'est souvent plus là pour confirmer. Ou encore, l' ami agent du FBI (Gianni Esposito), qui parfois vient au téléphone pour expliquer comment la conversation avec plusieurs interprètes évolue, car avec un Hongrois qui ne parle pas Anglais, à plus forte raison grand brûlé sur un lit d'hôpital, ce n'est pas facile de converser...

Deux: tout est, en fait, histoire de point de vue. Entre un policier à qui on ne la fait pas (Palminteri, magistral) et un malfrat minable mais protégé par une relative bonne étoile (il a obtenu une quasi immunité qui sert bien ses intérêts), qui a raison? Celui qui est sur la piste de l'insaisissable Dean Keaton, le policier corrompu devenu malfrat avant de dire à qui veut l'entendre qu'il a décidé de changer, alors que ce ne serait que de la poudre aux yeux? Ou celui qui lui raconte comment, ayant vu Keaton en action puis l'ayant vu se faire tuer par le diable même, Keaton est finalement une victime? 

Trois: manipuler, le grand mot est là. Comme le dit Verbal, le plus grand tour de magie que le diable a réussi, c'est de persuader l'humanité qu'il n'existe pas. A travers cette histoire dans laquelle des malfaiteurs, un temps réunis presque comme par hasard dans une identification bidon (et hilarante) se retrouvent manipulés par un maître en la matière, Bryan Singer s'intéresse au mal, celui qu'on n'ose à peine nommer, celui qui vous enlève toute volonté, et dont les ramifications sont telles qu'on ne sortira jamais de son emprise.

Quatre: je ne reviens pas sur Keyser Söze, l'une des plus éblouissantes figures du mal qui soit. Singer a aussi réussi ses flics, et tous ses bandits, en particulier Keaton, mais aussi MacManus le dur cynique (le seul grand rôle de Stephen Baldwin), le petit malin Hockney (Kevin Pollak, totalement hors de son registre), et l'inattendu Benicio del Toro, avec d'incompréhensibles tics de langage, est lui aussi parfait. Le montage de ce film, dont les acteurs se rappellent d'un tournage sans queue ni tête (lors de l'identification, le mauvais esprit et les fous rires ne sont pas ceux des personnages, mais ceux des acteurs qui se moquaient ouvertement du film et de son metteur en scène, et la scène est devenue un classique), est un tour de force. Et même quand on en connaît tous les contours et tous les développements, le plaisir est toujours là: c'est le meilleur film de son auteur, sans problème. Et manifestement, au vu de sa carrière, ça le restera!

 

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Published by François Massarelli - dans Noir Bryan Singer
16 juillet 2022 6 16 /07 /juillet /2022 18:20

En 2016, dans les environs de Grenoble, une jeune femme quitte une soirée entre filles pour rentrer chez elle. Elle rentre à pied, parce qu'elle n'habite pas loin... Mais elle n'arrivera jamais chez ses parents: en chemin, elle est agressée par un homme, dont nous ne verrons pas le visage, qui l'asperge d'essence avant de l'enflammer avec un briquet. Une équipe Grenobloise de la Police Judiciaire est chargée de l'enquête. Très vite, celle-ci s'enlise pendant que les policiers qui doivent s'en charger s'impliquent plus avant, allant jusqu'à se mettre en danger.

C'est, à l'origine, un fait divers réel, qui a inspiré un livre sorti en 2020, 18.3, une année à la P.J., de Pauline Guéna. Un carton introductif nous a prévenu: l'affaire qui occupe les policiers, dans le film, ne sera pas résolue... En lieu et place, des possibilités, toutes aussi vraisemblables les unes que les autres, et toutes démenties par des alibis, des preuves, des impossibilités pour les suspects d'avoir été présents lors des faits, le 12 octobre de cette année là... Mais ce qui fait l'essentiel du film, c'est un mélange subtil et généralement chronologique et linéaire de narration de l'enquête dans toutes ses formalités, avec des personnages qui font leur métier à fond, mais aussi de ces petits riens qui font la journée d'un fonctionnaire de police. Des conversations sur des sujets divers, des copinages un peu inattendus, des vannes qu'on se balance en buvant des bières et des histoires de couples qui se défont... Et puis des photocopieuses qui refusent de fonctionner.

Parfois, une lueur d'espoir se manifeste, quand une juge plus pugnace que ses prédécesseurs relance l'enquête, ou quand une écoute révèle la fausseté d'un alibi. Et parfois on semble échouer à un cheveu, parce qu'un policier c'est aussi un être humain, et ceux qui s'occupent de cette enquête en finissent par ressentir une authentique colère. 

Car dans le film, il se fait jour une réalité sordide: comme le disent deux personnages, pour l'un (Bouli Lanners) "C'est quoi cette obsession que vous avez, vous autres, de vouloir brûler les femmes?"; pour l'autre (Mouna Soualem) "Les hommes commettent les crimes, et les hommes enquêtent". Dans le film, le Capitaine Yohan Vivès (Bastien Bouillon) va vite se rendre compte qu'à part ses parents, il n'y a semble-t-il pas un seul homme, et peu de femmes, pour faire autre chose que de condamner la pauvre Clara, qui dans le film ne saura même pas pourquoi elle est morte, asphyxiée par la fumée générée par son corps incendié.

Tout en étant plus émotionnel que Zodiac (sans doute un modèle conscient pour Dominink Moll, mais il n'a absolument pas cherché à en imiter les contours), ce film sur l'obsession du crime, à la recherche de la vérité, dresse un constat effarant: le monde tourne mal, et en voici la preuve. D'emblée, un chef d'oeuvre hautement moral, à voir et revoir.

 

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Published by François Massarelli - dans Noir Dominik Moll
14 juillet 2022 4 14 /07 /juillet /2022 17:25

Après Obsession, Passion? De Palma adapte un film noir du défunt Alain Corneau, son dernier, et le moins que l'on puisse dire c'est qu'il s'en approprie sérieusement les contours. Pas de redite ici.

Deux femmes travaillent ensemble dans a publicité: Christine (Rachel McAdams) est la patronne, et Isabelle (Noomi Rapace) sa subordonnée. Chaque fois que cette dernière aura eu l'impression de progresser, soit dans son rapport avec la patronne, soit dans sa carrière, ça lui reviendra en pleine figure. C'est qu'il n'y a pas plus manipulateur, menteur et gonflé que Christine. Et parfois sa méthode confine à la cruauté pure et simple, jusqu'à l'humiliation. Jusqu'à quand Isabelle va-t-elle laisser faire? Et n'est-elle pas, elle aussi, amenée à imiter sa patronne avec sa jeune assistante Dani?

C'est un film noir, basé sur une, ou plutôt des, passions pas toujours amoureuses, et généralement trouble. On y navigue en eaux opaques, entre folie, mythomanie, rêve et réalité. L'un des intérêts du film est de soulever tellement de questions, que certaines resteront délicieusement sans vraie réponse, c'est une bonne chose. De Palma, sinon, renoue ici avec un style de cinéma qu'il affectionne au point que certains l'ont parfois (c'est mon cas et je l'assume) accusé d'être un plagiaire: un cinéma noir, baroque, basé sur la peur, le regard et une certaine forme d'aliénation, dans laquelle le metteur en scène, le directeur de la photo et le compositeur semblent être les seuls à connaître le fin mot...

On a donc une leçon de regard, assez pertinente et fréquente. La musique (de Pino Donaggio) est sous forte influence de Bernard Herrmann, ce qui ne nous étonnera pas trop... Et De Palma décline toutes ses petites manies qui rendent sa mise en scène bien plus intéressante que le film: split-screen, point de vue, plan-séquence... Les deux actrices principales sont excellentes... Et le film se vautre sur sa dernière demi-heure en une suite de révélations qui auraient pu se trouver dans un film de M.Night Shyamalan: et ça, ce n'est pas un compliment.

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Published by François Massarelli - dans Noir
8 juillet 2022 5 08 /07 /juillet /2022 16:27

Un bandit s'évade... A Seattle, des inspecteurs déjà sur les dents sont chargés d'une mission: surveiller l'ex-petite amie du malfrat. Chris (Richard Dreyfuss) et Bill (Emilio Estevez) sont tous les deux de l'équipe de nuit pour observer tous les faits et gestes de Maria (Madeleine Stowe), et la mettent sur écoute. Quand il rentre chez lui après sa première nuit de surveillance, Chris a la désagréable surprise de constater que sa compagne est partie (et d'ailleurs, avec les rideaux, ce qui n'arrange pas ses affaires puisqu'il doit dormir le jour...). En revenant à sa planque, Chris s'attache de plus en plus à la jeune femme qu'il observe.

C'est un film des années 80, pur et dur: musiques envahissantes et détestables, montage serré scènes coup de poing... Mais tout ça, d'une certaine manière, devient assujetti à ce qu'en fait Richard Dreyfuss qui transforme à sa façon, sous nos yeux, le film en une comédie de caractères. Clairement, L'arme fatale est passée par là! Mais ça se regarde gentiment, et on passera sur le fait que le personnage de Madeleine Stowe est un ramassis de clichés (l'actrice doit d'ailleurs se coltiner un accent vaguement hispanique populaire du début à la fin) et elle a du mal à lui conférer son jeu nerveux et impulsif. Le malfrat, Aidan Quinn, est lui aussi un cliché, celui du tueur psychopathe, et les copains de Chris sont distrayants (Forrest Whitaker est de la partie).

Au final, il y a une scène qui surnage particulièrement: Chris fouille la maison de Maria pendant que celle-ci prend une douche... Le flic continue à fouiller, et se met à danser sur la soupe de funk FM insupportable qui sort de la stéréo. Dreyfuss est irrésistible. Il faut croire que Madeleine Stowe aussi, du reste, puisque le policier tombe amoureux...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Noir
30 juin 2022 4 30 /06 /juin /2022 19:07

Un policier qui vit éloigné de son épouse doit s'occuper d'une affaire de meurtre impliquant l'épouse de la victime, une immigrée Chinoise qui le fascine... Et c'est réciproque. Quand d'épouse elle devient suspecte, l'affaire prend un tour de plus en plus obsédant...

C'est raté, et dans les grandes largeurs: si on apprécie que Park Chan-wook, qui nous a subjugués avec une histoire profondément imbibée de sexualité et de sensualité (Mademoiselle) tente cette fois de prendre en tout le contrepied de son plus grand succès international, et si il est plus qu'appréciable qu'il ait fait appel à Tang Wei, qui interprétait le rôle principal d'une autre histoire d'amour tortueuse (et nettement plus sensuelle, c'est le moins qu'on puisse dire), Lust, caution de Ang Lee, ce film noir à la Coréenne a eu beau remporter la palme de la mise en scène, il y a un ingrédient qui ne passe pas... L'intrigue, insupportablement fade.

Il y a une sorte de fantôme de Vertigo dans le film, qui court malgré tout en permanence après son modèle prestigieux. Mais voilà: le metteur en scène a cédé à la manie insupportable de croire que le public est inculte (remarquez...), et de lui faire confiance pour gober n'importe quoi. A chaque fois que la mise en scène se met en quatre pour appuyer les coups de théâtre supposés, il s'avère qu'ils n'en sont pas... C'est redondant, bavard, et bien que simplet, toujours incompréhensible, ce qui fait qu'au bout d'une demi-heure, il arrive ce qui peut arriver de pire à un film: en dépit de toute la bonne volonté dont on peut faire preuve quand on a vraiment envie de voir un film, là, on s'en fout. Que de talent gâché...

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Published by François Massarelli - dans Park Chan-Wook Noir
13 juin 2022 1 13 /06 /juin /2022 15:13

Un détective est tué alors qu'il s'apprêtait à faire un petit travail de routine: protéger une cliente... Le partenaire du détective, Sam Spade (Humphrey Bogart), reprend les choses en main et se retrouve au milieu d'un panier de crabes particulièrement sordide, entre la cliente, Brigid O'Shaugnessy (Mary Astor), qui admet à un moment qu'elle est une menteuse aguerrie, le très délicat Joel Cairo (Peter Lorre), qui inspire tout, sauf la confiance; et enfin l'imposant Gutman (Sidney Greenstreet), qui semble tirer les ficelles, à moins que là encore ce ne soit un mensonge. Tous semblent avoir trempé dans les divers meurtres qui seront perpétrés durant le film. Tous sont prêts à absolument tout pour doubler les deux autres, dans leur quête d'un objet unique et rare: une statuette de Faucon, incrusté de joyaux mais déguisé en une quelconque babiole... Sam Spade ne tarde pas, lui aussi, à convoiter la bestiole.

C'est le deuxième film noir d'importance à la Warner, et on pourrait sans doute argumenter que c'est le premier film qui semble être consciemment et systématiquement représentatif du genre: un enchaînement rapide de scènes, qui font intervenir les personnages dans le dédale de leurs rapports et conciliabules, entre traîtrise, poudre aux yeux, alliances chargées de possibilités, et guet-apens fatal. Huston a eu recours à un script qui contient un dialogue abondant (le principal défaut du film sui vous voulez mon avis, Hitchcock et Hawks, dans leur réappropriation du genre, règleront ce défaut), mais l'a entièrement soumis à une mise en scène de précision. Les acteurs de théâtre, Bogart le premier, se sont glissés sans peine dans leur personnage et c'est ce qui fait le prix du film: une galerie fascinante de tordus et de gens prêts à tout.

Sam Spade n'est bien sûr pas en reste: certes, il a une morale, mais il le prouve en donnant la femme qu'il aime à la police! Et quand son partenaire est tué, il donne des instructions à sa secrétaire: s'occuper de prévenir la veuve, mais surtout qu'elle se tienne à l'écart; remplacer la mention "Spade et Archer" sur la porte par un plus sobre "Samuel Spade"... Quand c'était Ricardo Cortez qui interprétait le détective dans le film de Roy Del Ruth, on était dégoûté. Ici, on est fasciné: à jouer systématiquement les sales types dans les nombreux films de gangsters qu'il a interprétés durant des années, Bogart a acquis une solidité, une gamme de possibilités, qui sont étonnantes. Rien d'étonnant à ce qu'après avoir joué les sales types, il se soit vu, par la grâce de High Sierra, se diriger vers des personnages qu'on ne peut qu'aimer. 

...Y compris quand il manipule les affreux réunis autour de lui, pour se payer la fiole de la petite frappe qui a la gâchette si légère qu'on ne peut pas résister à lui jouer un vilain tour: la scène, présente dans le roman, était déjà dans l'adaptation de 1931, mais elle prend ici une dimension d'humour noir et cruel. Bref, du sel, et pas qu'un peu!

Maintenant, une scène montre la transformation du détective, par la grâce de la convoitise: lorsqu'il met la main sur une statuette, qui pourrait bien être celle que tout le monde cherche, son regard change, son attitude aussi. L'homme n'est pas incorruptible, loin de là. Mais si force restera à la loi, n'est-ce-pas parce que c'est la convention du genre? Un genre qui avait de eaux jours devant lui, mais je reste quand même sur la défensive: oui, trop bavard

 

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Published by François Massarelli - dans Noir John Huston
22 avril 2022 5 22 /04 /avril /2022 16:26

Les années 50... Deux policiers se rendent à Shutter Island, un pénitencier psychiatrique situé en rade de Boston. Leur mission serait d'aider à trouver une évadée, dangereuse et coupable d'avoir assassiné ses enfants. Mais sur Ted Daniels (Leonardo Di Caprio) les lieux ont un effet négatif, lui faisant revivre beaucoup d'épisodes de sa vie: la mort de son épouse (Michelle Williams), dans des variations constantes; un épisode de la guerre, lorsqu'il a participé à la prise du camp de Dachau, au milieu des cadavres... Bientôt, la paranoïa s'installe pour Ted, d'autant que son partenaire Chuck (Mark Ruffalo) disparaît...

Voilà un film "poupée russe" particulièrement carabiné, dans lequel Scorsese se plaît (sans doute) à varier les approches: noir poisseux au départ, avec ces deux détectives typiquement "hard-boiled" qui débarquent dans un sacré panier de crabes, puis des styles plus étonnants, dans lesquels on ne l'attendait pas: proche du fantastique, et même (la présence de Max Von Sydow, sans doute?) parfois Bergmanien! Mais si on ne l'attendait pas sur ce terrain, c'est peut-être aussi pour une bonne raison: car ça ne lui va pas très bien.

On s'achemine donc inéluctablement vers une résolution d'énigme, et c'est sans doute là que le bât blesse. Il faut toujours savoir se méfier de ce genre de dispositif... Cela dit ça permet au metteur en scène et à son acteur principal de jouer justement sur un type de personnage qui en devient furieusement Scorsesien: un homme qui souhaite tout ignorer de son passé et qui s'accroche à des mythes comme à autant de croyances... Pour autant, on restera poli, mais froid.

 

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Published by François Massarelli - dans Martin Scorsese Noir