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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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16 septembre 2021 4 16 /09 /septembre /2021 11:35

New York, 1957: dans les rues, la nuit, les gens sortent. Un homme a l'air préoccupé: c'est Sidney Falco (Tony Curtis), l'agent de quelques artistes, et il a un problème: son "ami", le chroniqueur star des nuits New Yorkaises, J.J. Hunsecker (Burt Lancaster) lui a confié une mission dont il n'a pas pu s'acquitter et maintenant l'homme de média, faiseur intransigeant de rois et de princes, lui refuse son soutien et sa fréquentation... Il va tenter le tout pour le tout, en essayant de rattraper son échec: de n'avoir pas pu séparer Susan, a soeur de Hunsecker, de son nouveau petit ami, un guitariste de jazz dont le quintet est la coqueluche des boîtes de jazz... La course au ragot et à la manipulation est lancée, sous la direction obsessionnelle de Hunsecker...

C'est un univers très malsain qui nous est présenté, et bien qu'il n'y ait rien ici que du politique, en quelque sorte, dans les coulisses crapoteuses d'un mode du spectacle nocturne, c'est un film noir. Autant par la thématique que par la réalisation de Mackendrick, qui profite avec James Wong Howe de tout un savoir-faire en matière de photo, intimement lié au genre roi des années 40 et 50.

Le réalisateur Anglais a choisi de baigner ses acteurs dans un New York qui est toujours authentique, et souvent tourné dans les rues même avec post-synchronisation des dialogues; les protagonistes évoluent systématiquement dans ce monde nocturne qui est le leur, et le personnage de Hunsecker, central, ne nous sera révélé qu'au bout de 25 minutes, qui sont malgré tout une exposition rigoureuse de son importance: la peur qu'il suscite chez les uns et les autres, l'importance de ses chroniques quotidiennes, tout nous prépare à la froideur d'un homme qui est sans doute la plus effrayante des créations de Burt Lancaster! Mais une fois le personnage révélé, le reste sera baroque: un salaud complet, vivant dans une tour d'ivoire au-dessus des médiocres, et qui dit à un sénateur face à lui qu'il n'est qu'un médiocre, c'est l'un des plus grands misanthropes du cinéma! ...Et un sacré psychopathe aussi. 

Si Mackendrick s'est fait connaître par des comédies en Grande-Bretagne, on aura du mal à considérer que ce film fasse partie du genre; pourtant la méchanceté militante des dialogues, la petitesse des personnages (Falco en est un beau spécimen, lui qui ne vit que pour plaire à son "supérieur" car le bon plaisir du prince est sa seule chance à lui de s'élever) ne se situent pas très loin du Wilder des jeux de massacre, mais aussi de ce diamant noir qu'est The Apartment. Et ce film sur un médiocre qui voudrait tant plaire à un sale type ne vous laissera pas indemne: il offre une vision du monde de la nuit qui a été rarement vue au cinéma, et rarement avec autant de méchanceté. 

 

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Published by François Massarelli - dans Noir Alexander Mackendrick
15 septembre 2021 3 15 /09 /septembre /2021 15:04

Un groupe de policiers New Yorkais de la brigade des stupéfiants ont un mode de fonctionnement qui leur permet des résultats enviables: ils réussissent à occasionner des procès très médiatiques et des vies au-dessus de leurs moyens... Mais ils ont aussi une réputation de corruption qui agace de plus en plus les services de régulation. L'un d'entre eux, Danny Ciello, est approché avec un ultimatum: collaborer avec la police des polices pour démanteler la corruption, ou subir les conséquences de l'opération mains blanches qui s'annonce. Dans un premier temps il réussit à obtenir un semblant d'immunité pour lui et ses copains, mais les aléas des enquêtes, les ambitions des uns et des autres et les changements de personnel dans les services font que la pression devient de plus en plus forte...

Côté pile, c'est un regard sans la moindre concession sur une série de système: aussi bien celui des policiers corrompus, dont le héros, que la machinerie qui va les engloutir, à coup d'enquêtes, de contre-enquêtes, de détecteur de mensonge, et d'interrogatoire psychologiquement musclés. Lumet utilise pour rythmer les étapes de son film des fiches des policiers comme de leurs accusateurs, finissant par faire ressembler tout le monde à des gangsters! Le montage ironise également sur la valse des enquêteurs, grâce à une scène qui nous montre le même bureau, qui devient de mois en mois celui de nouveaux avocats au ton systématiquement différent...

C'est tout un monde qui semble d'ailleurs en venir à sa fin, avec cette enquête qui s'adapte à une nouvelle optique policière, qui va à l'encontre des habitudes des vétérans: graissage de pattes, collaboration illégale entre les services et entretien des informateurs à coup de kilos de drogue! Mais les "vieux de la vieille" s'insurgent, pourtant: ils ont toujours fait comme ça et obtenu des résultats; le suspense final du film repose sur ce qu'il adviendra du héros, incarné par Treat Williams: sera-t-il lui aussi broyé par l'impitoyable machine judiciaire qui s'est mise en branle, ou y échappera t-il? 

Le choix des acteurs, souvent de solides seconds rôles ou des gens peu connus, jouent en la faveur d'un film qui fait repose une bonne part de son naturalisme sur la véracité des actes. Autant dire que Brian de Palma (qui a été débarqué du film) avait tout faut quand il a dit que Treat Williams desservait le film avec son côté monsieur tout-le-monde! Au contraire, c'est un atout. Et sans se situer totalement à l'opposé des opéras de Martin Scorsese (dont il anticipe Goodfellas de huit ans), il propose une musique bien différente, moins opératique, le genre de film ironique dont les menaces sont incarnées à l'écran par des fonctionnaires gris, zélés, intransigeants, mal polis et avec des coudes rapiécés sur leurs vieilles vestes de la dernière mode 1973...

 

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Published by François Massarelli - dans Sidney Lumet Noir
9 septembre 2021 4 09 /09 /septembre /2021 12:38

Une fois de plus, on pourrait presque dire une fois de trop, Amaia Salazar mène l'enquête et affronte une secte de fous furieux qui pour certains mangent les enfants, et les autres se contente de les tuer dans un rituel immonde, ce qui décidément donne du merveilleux pays Basque Espagnol une image assez inattendue...

Une fois de trop, disais-je, parce que décidément on ne peut pas vraiment éviter qu'une franchise de devienne l'occasion de bégayer, mais en prime ça vire vraiment au grand n'importe quoi. Donc on en finit par se lasser de soutenir l'héroïne au grand coeur qui finit par devenir la victime d'une auteure qui manifestement lui en veut (Dolores Redondo, qui a écrit les trois romans adaptés dans la série) et à moment, trop c'est trop. 

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Published by François Massarelli - dans Noir
9 septembre 2021 4 09 /09 /septembre /2021 12:31

De la même équipe, du même auteur que le Gardien Invisible et avec le même parti-pris d'ajouter une forte dose de folklore Basque ou assimilé à un film de serial killer, voici le deuxième volet des aventures de l'inspecteur Salazar. Du temps a passé depuis l'affaire qui occupait le premier film, mais il y a des séquelles sérieuses, qui vont encore plus impliquer Amaia Salazar (Marta Etura) et l'amener à reconsidérer son passé...

...Et c'est là que le bât blesse: car ce qui passait pour un film, ne passe pas aussi bien pour un deuxième. Certes, aussi bien à travers les romans que les films, les intrigues sont de toutes façons indissociables les unes des autres, et donc le deuxième s'imposait ne serait-ce que pour apporter des réponses aux questionnements non résolus (et donc, le troisième, hélas, s'impose d'autant plus): on se retrouve donc exactement dans le même problème qu'avec Millenium: une intrigue à tiroirs, ces tiroirs possédant eux-mêmes d'autres tiroirs, un citron pressé jusqu'au pépins, et des coutures qui commencent sérieusement à se voir... Et le pire sera le troisième.

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Published by François Massarelli - dans Noir
9 septembre 2021 4 09 /09 /septembre /2021 12:19

Pays Basque Espagnol, province de Baztan: un serial killer supprime des adolescentes, retrouvées dans la même position, dans une mise en scène qui fait intervenir une dimension folklorique troublante. L'enquête est confiée à une inspectrice, Amaia Salazar (Marta Etura), d'origine locale et qui doit déjà batailler sur deux fronts compliqués: une famille à l'histoire sordide, avec une mère qui a tout fait pour lui mener, à elle spécifiquement, la vie dure quand elle était petite, et quand je dis dure, ce n'est pas un vain mot; et une vie personnelle qui se déroule tranquillement, avec son mari Américain qui a tout abandonné pour la suivre, mais ils veulent un enfant et pour l'instant ça n'a rien donné... Et tout va basculer car cette affaire compliquée va résonner au sein même de sa vie...

C'est une trilogie, adaptée de trois romans de Dolres Redondo, qui tous se situent dans cette même province à la frontière de l'Espagne et de la France, et les Pyrénées Basques y sont omniprésents. En toile de fond, d'une part, car la vie dans les vallées Pyrénéennes et les contraintes qui en découlent sont un des aspects les plus réussis du/des film(s), mais aussi par l'arrière-plan culturel, qui deviendra d'ailleurs de plus en plus riche, pour aller jusqu'à l'étouffement, voire le ridicule, dans les deux volets suivants.

Reste que le premier des trois films, qui donne le ton avant de virer à la sale manie, est une intéressante surprise, qui (pour l'instant) ne se vautre pas trop dans la médiocrité des productions télévisées Européennes (vous savez, avec ces flics qui s'invectivent plus qu'ils ne respirent, le visage coincé dans un rictus peu engageant...), et offre en prime une visite peu banale des Pyrénées sous un angle, mais oui, inquiétant... Et Marta Etura, dont la cote de popularité à énormément gagné dans ces films, reste un héroïne engageante, avec une ascendance encore plus compliquée que la descendance.

 

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Published by François Massarelli - dans Noir
28 août 2021 6 28 /08 /août /2021 08:32

François (Jean Gabin) est barricadé chez lui, tout là-haut, car il vient de tuer un homme et les autorités ont peur qu'il ne s'en prenne à la population, ou pire, qu'il ne dégomme un ou deux pandores... Pendant qu'en bas on s'actionne, on évalue et on essaie de trouver une solution, en haut François se souvient. Comment un jour à l'usine où il travaille, il a vu arriver un petit bout de bonne femme -Jacqueline Laurent) qui venait livrer des fleurs à la femme du patron, comment ils ont sympathisé parce que c'était leur fête à tous les deux, elle s'appelait Françoise. Et comment en la suivant par frustration (elle n'a pas voulu qu'il passe la nuit avec elle) il a découvert qu'elle avait de drôles de fréquentations...

Françoise, pour François, c'est celle qu'il n'aura jamais: dès le départ, toute communication est impossible entre eux, vu le bruit dans l'environnement où ils se sont rencontrés. Et ce défaut d'entente, en quelque sorte, se retrouvera tout au long de leur relation au contraire de la clarté aveuglante de la mini-idylle avec Clara (Arletty), la femme avec laquelle François va se consoler. Au contraire de la mystérieuse Françoise, Clara est offerte, comme dans cette scène censurée par ces salauds de Vichy, durant laquelle Gabin arrive chez elle, la porte est ouverte, et il voit depuis l'entrée la jeune femme, nue dans sa salle de bains, à peine voilée à un endroit sensible par une éponge, tout sourire dehors... Mais cette femme qui n'a rien à cacher est aussi celle qui va, doucement, se sacrifier.

Quant aux mauvaises fréquentations mentionnées plus haut, c'est un bateleur, dompteur de chiens (Jules Berry) de son état. Un sale type, en vérité, qui profite de son talent pour bien parler et séduire les innocentes. Enfin, innocentes, c'est vite dit: connaît-on vraiment la petite Françoise? En tout cas, c'est lui, le sale type Valentin, que François tue dans la première scène, que nous entendons plus que nous ne la voyons, du moins au début car elle reviendra par l'entremise du flash-back. 

De cette histoire, se dégage, comme dans Le quai des brumes, un parfum de mort, de condamnation en tout cas; certaines scènes donnent l'impression que cette mort ou cette fin est celle de la classe ouvrière, qui gronde en bas de l'immeuble où François vit ses derniers instants, mais encore une fois chez Carné, le mal qui ronge le héros est d'ordre privé, c'est la souffrance d'un seul homme, qui n'a pas pu réussir à aimer dans le bon ordre, qui est inadapté à l'affection de celle qui l'aime sans conditions (Clara) et qui s'obstine à vouloir celle qui n'est sans doute pas faite pour lui, qu'il idéalise au-delà du raisonnable, et qui d'ailleurs a le même prénom que lui; pas un hasard pour Carné qui continue à truffer ses films de petites allusions à l'homosexualité... 

C'est un immense film, une sorte d'invention à lui tout seul d'un film noir à la française, sans aucun handicap face au film noir Américain, et qui prolonge vers le noir absolu le "réalisme poétique" des deux films précédents. A travers ce flash-back d'une logique et d'une lisibilité absolue, de deux  ou trois rencontres (on croisera le jeune Bernard Blier et toute une faune tragi-comique dans l'immeuble où Gabin s'est retranché, des gens qui n'approuvent pas nécessairement le meurtre, mais qui comprennent, "et puis c'est un bon gars"), de quelques dialogues vertigineux (Arletty-Gabin, et puis surtout Jules Berry qui domine toutes les scènes où il apparaît) le film déroule une implacable destinée contrariée, une de plus. La photographie de Curt Courant (même s'il n'est pas crédité), la musique de Jaubert, les choix de Carné qui est l'un des rares cinéastes français à oser des montages muets (parce que ça bavasse, le cinéma français, vous avez remarqué!), tout concourt à faire du Jour se lève le chef d'oeuvre désespérant de son auteur!

 

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Published by François Massarelli - dans Marcel Carné Noir
10 août 2021 2 10 /08 /août /2021 16:18

Alors que la guerre interne pour le leadership d'un gang de trafiquants de bière bat son plein, un tireur d'élite (Gary Cooper) qui travaille dans une fête foraine file le parfait amour avec Nan (Sylvia Sidney), la fille d'un des gangsters... Elle essaie de le recruter, mais il résiste, jusqu'au jour où elle fait un petit séjour en prison parce que son père (Guy Kibbee) l'a impliquée dans un meurtre. Une fois sortie de prison, elle décide de tout faire pour qu'il en sorte. Mais ça va être dur, d'autant que le big boss (Paul Lukas) a des vues sur elles, et les moyens d'obtenir tout ce qu'il veut...

Un peu comme dans Scarface ou Public enemy, ce film montre un monde de la pègre où la police semble particulièrement peu efficace, presque une vague utilité plutôt qu'une menace. Mamoulian utilise en permanence l'image en priorité sur le dialogue et son film est l'un des plus stylisés de la période, sans surprise pour qui a vu son Dr Jekyll... Avec ses interprètes, particulièrement Sylvia Sidney et Gary Cooper qui sont vraiment excellent, il s'ingénie à laisser les personnages prendre toute la place, dans une lutte souvent tragique entre le bien et le mal, qui prend souvent des tournants inattendus. 

En parlant d'inattendu, il est curieux de voir des acteurs comme Paul Lukas ou Guy Kibbee dans des rôles aussi antipathiques que les gangsters qu'ils interprètent, mais justement c'est l'un des thèmes du film, l'attrait insurmontable du crime. Un autre thème, omniprésent à cette époque, réside dans l'apparente impossibilité de l'amour, présenté comme la rencontre de deux mondes antagonistes: c'est commun à la plupart des oeuvres de Mamoulian à l'époque, et ça s'incarne, en particulier, à travers le chassé-croisé entre vie honnête et gangstérisme, qui se joue autour des deux héros, dans une scène de visite en prison où une grille dressée entre les deux personnages les empêche avec difficulté de laisser libre cours à leur tendresse... Enfin, le film est notable pour un pari gonflé, celui de dissocier totalement le son et l'image, en choisissant de cadrer l'image d'une conversation sur des figurines d'animaux, qui sous-tendent ironiquement le dialogue, en soulignant les non-dits... tout ça bien sûr enfonce le clou: Mamoulian était doué, très doué.

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Rouben Mamoulian Noir
5 août 2021 4 05 /08 /août /2021 06:39

Un couple de Parisiens, Marianne (Romy Schneider) et Jean-Paul (Alain Delon), se prélasse à St-Tropez au bord d'une piscine: ils ont emprunté la villa somptueuse d'un copain, et passent tout leur temps dans l'eau, ou autour. Mais un coup de téléphone leur annonce la venue d'un copain, Harry (Maurice Ronet), celui qui a réussi. Il débarque avec sa fille, une jeune femme nommée Penelope (Jane Birkin), qu'aucun des deux ne connaissaient, et les ennuis commencent: car Harry est un séducteur, et il a clairement un passé avec Marianne. Pour sa part, Jean-Paul est agacé par son ami, et intrigué par Penelope...

Si Harry va être le révélateur, on a vu, nous, déjà, qu'entre Marianne et Jean-Paul, c'était compliqué: on passe d'une quasi-étreinte passionnelle au bord de la piscine, avec Jean-Paul qui se dépêche de finir e déshabiller sa compagne, à une chamaillerie qui met un terme aux rapports... De câlin hâtif en bouderie, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. D'ailleurs, quand Marianne lui dit "devine qui vient de téléphoner", Jean-Paul lui répond par une question: "qu'est-ce que tu veux que ça me foute?"

On parle, mais on parle peu dans le film: c'était la mission imposée par Deray à Jean-Claude Carrière. A la place, on regarde et on se regarde, on s'observe, on s'épie... il s'installe très vite un jeu sensuel que le dialogue parcimonieux viendra parfois étayer ou expliciter, et puis parfois pas. Harry dévore Marianne du regard, Marianne a du mal à l'en dissuader, Jean-Paul convoite Penelope, et cette dernière, le personnage qui parle le moins, est en fait celle qui semble le plus sentir le vent tourner, et deviner que derrière cette aimable rencontre de vieux amis, il y a un drame qui se profile...

C'est un huis-clos humide, et il a le paradoxe de se jouer en plein air, par des personnages qui sont, apparemment, en totale liberté, mais choisissent de rester "cloîtrés" autour de la piscine, et celle-ci qui aurait du être le théâtre des passions, va devenir le lieu d'un crime. Deray a beaucoup exploité le fait qu'il n'y a que quatre personnages, si on excepte quelques scènes, et s'est manifestement amusé à sortir du cadre des films policiers plus classiques... Il dresse ici le portrait en creux d'une jet-set piégée dans l'ennui, les faux semblants, et l'échec de l'amour. Et derrière chaque personnage, il semble y avoir des secrets inavouables, du moins en 1969... Le film est connu pour l'érotisme de ces corps autour d'une piscine, mais passé une demi-heure, tout le monde se rhabille, comme pour essayer de cacher les éléphants nombreux qui se cachent dans la pièce...

 

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Published by François Massarelli - dans Plouf Noir
10 juillet 2021 6 10 /07 /juillet /2021 11:13

Emma Brody (Madeleine Stowe) a eu une greffe miraculeuse de cornée, après avoir passé vingt ans sans rien voir. Il y a donc un temps d'ajustement... durant lequel elle est le témoin d'un meurtre qui se tient juste au-dessus de chez elle. Mais elle qui a du mal à interpréter ce qu'elle voit désormais, avec ses yeux encore convalescents, peut-elle être considérée comme un témoin fiable? C'est ce que l'inspecteur en charge de l'affaire (Aidan Quinn), qui en pince pour elle, va devoir déterminer...

On ca évacuer ça tout de suite: il est fort probable que la partie "médicale" du film, autour de ces hypothétiques retards d'information par rapport aux images que le cerveau n'a plus l'habitude de gérer, sont un gros tas de pipeau bien baveux, et du coup le film sans sa caution scientifique risque de ressembler à un téléfilm du samedi soir basé sur une idée à la noix ("eh, on ferait un film avec une fille, elle voit mais elle voit pas")... Pourtant pas tout à fait...

C'est un peu l'âge d'or du néo-noir, avant que David Fincher ne lui fasse la peau en incluant, tout à coup, une vraie rigueur avec Zodiac! The silence of the lambs a triomphé, Seven va triompher l'année suivante; et Blink se situe un peu dans cette mouvance, avec l'entre-deux de l'esthétique du milieu des années 90 (entre le mulet et la chemise à carreaux, donc): madeleine Stowe (chemise à carreaux) y incarne une improbable violoniste ex-aveugle qui a beaucoup à faire pour ne pas sombrer dans la folie, entre un petit ami policier et une nouvelle situation compliquée, à savoir le fait de sortir de la cécité. L'actrice traite son personnage avec ce mélange de doute et d'impulsivité qui manquent cruellement depuis sa semi-retraite. Aidan Quinn (mulet) porte un imperméable, est vulgaire à souhait et on se demande bien ce qu'elle lui trouve...

Sinon, c'est un honnête film à suspense qui tend à trop laisser le meurtrier en dehors de l'équation, mais bon, voir plus haut: téléfilm du samedi soir.

 

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Published by François Massarelli - dans Noir
11 juin 2021 5 11 /06 /juin /2021 16:19

Un journaliste (James Cagney) qui s'est approché d'un peu trop près de la corruption va en payer le prix: il est victime d'un coup monté et va en prison pour meurtre. Sur place, il est bien déterminé à sortir par la grande porte, en faisant état de son innocence, mais il reçoit l'aide inattendue d'un criminel endurci, un condamné à vie (George Raft), qui le prend en amitié...

On est en 1939 et désormais, depuis le printemps 1934, le Breen Office qui veille sous le haut patronage de Joseph Breen au maintien des bonnes moeurs, a changé la donne par rapport aux années 30: impossible de faire un héros d'un gangster, comme c'était si souvent le cas à l'époque pré-code: Cagney sera donc un reporter, qui se bat pour faire triompher une innocence sur laquelle le public n'a aucun doute... A George Raft d'incarner la part "réaliste" du gibier de potence, tout en ayant une chance non négligeable à la rédemption.

Le film était prévu pour être une production de Michael Curtiz, ce qui a été changé entretemps; probablement les acteurs ont-ils été soulagés de travailler avec le plus malléable Keighley, mais celui-ci a su mettre ses pas dans ceux de son collègue plus prestigieux, pour une mise en scène moins "coup de poing" mais souvent très efficace. La recréation du milieu carcéral a fait l'objet d'un grand soin, le montage, Warner oblige, est serré et nerveux à souhait, et le film permet de passer par toutes les épreuves attendues d'un film de prison: fraternité, compétition, trahison, suspense, révolte, évasion... La totale, avec un Cagney suprême et un Raft qui est exceptionnellement excellent tant il est à son aise.

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Published by François Massarelli - dans Noir