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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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11 juin 2021 5 11 /06 /juin /2021 16:19

Un journaliste (James Cagney) qui s'est approché d'un peu trop près de la corruption va en payer le prix: il est victime d'un coup monté et va en prison pour meurtre. Sur place, il est bien déterminé à sortir par la grande porte, en faisant état de son innocence, mais il reçoit l'aide inattendue d'un criminel endurci, un condamné à vie (George Raft), qui le prend en amitié...

On est en 1939 et désormais, depuis le printemps 1934, le Breen Office qui veille sous le haut patronage de Joseph Breen au maintien des bonnes moeurs, a changé la donne par rapport aux années 30: impossible de faire un héros d'un gangster, comme c'était si souvent le cas à l'époque pré-code: Cagney sera donc un reporter, qui se bat pour faire triompher une innocence sur laquelle le public n'a aucun doute... A George Raft d'incarner la part "réaliste" du gibier de potence, tout en ayant une chance non négligeable à la rédemption.

Le film était prévu pour être une production de Michael Curtiz, ce qui a été changé entretemps; probablement les acteurs ont-ils été soulagés de travailler avec le plus malléable Keighley, mais celui-ci a su mettre ses pas dans ceux de son collègue plus prestigieux, pour une mise en scène moins "coup de poing" mais souvent très efficace. La recréation du milieu carcéral a fait l'objet d'un grand soin, le montage, Warner oblige, est serré et nerveux à souhait, et le film permet de passer par toutes les épreuves attendues d'un film de prison: fraternité, compétition, trahison, suspense, révolte, évasion... La totale, avec un Cagney suprême et un Raft qui est exceptionnellement excellent tant il est à son aise.

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Published by François Massarelli - dans Noir
31 mai 2021 1 31 /05 /mai /2021 15:21

1885: Brant Royle (Gary Cooper), le fils d'un ancien propriétaire d'une ville de Géorgie, revient au pays pour y relancer le business de sa famille. Mais au pays, tout est tombé dans les mains d'un seul homme, le Major Singleton (Donald Crisp), producteur de tabac, qui fait du cigare, du cigare et encore du cigare. Pour lui faire concurrence, Brant va développer de son côté la production de cigarettes... Son but n'est pas que de restaurer la fortune familiale, ni de manger toute crue la concurrence, non: il souhaite essentiellement séduire la fille de Singleton, Margaret (Patricia Neal) en parlant son langage de conquête...

C'est mitigé: bien sûr, ce film qui ressemble à une production super-Warner (Curtiz, avec Lauren Bacall, Patricia Neal et Jack Carson, avec Gary Cooper en cerise sur le havane) est un film de prestige qui mêle intelligemment, et avec le style flamboyant et impeccable qui caractérise les films de Curtiz, le western et le film noir, tout en louchant du côté du sulfureux film The fountainhead, avec déjà Cooper et Neal, qui adaptait Ayn Rand sous la direction experte de King Vidor, l'année précédente...

Mais voilà: c'est bien le problème, justement. Comme avec Passage to Marseille qui reprenait un peu trop les affaires là où Casablanca s'était interrompu, le film ressemble à une arrière-pensée un peu tardive, une resucée si je puis me permettre... Alors ce drame de l'ambition, rangé sous une rigoureuse structure de tragédie, est parfois un peu trop mécanique, et on peine à aimer les personnages, si ce n'est l'admirable Sonia (Lauren Bacall) en prostitue / petite amie de Gary Cooper, qui doit supporter la fascination de son amant pour une autre... 

Mais les films avec Patricia Neal ont malgré tout un atout: Patricia Neal. En garce vénéneuse avec accent du sud, elle est grandiose...

 

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Published by François Massarelli - dans Western Noir Michael Curtiz
24 mai 2021 1 24 /05 /mai /2021 08:57

Le huitième long métrage de Wright pour les salles a failli ne jamais exister: le choix de travailler à la Fox, soit dans un cadre classique, pour un retour au film noir à l'ancienne, semblait une bonne idée; mais c'était sans compter sur le fait qu'entretemps, Disney allait tout engloutir et commencer à se mêler de tout. Et ajoutez à ça une pandémie, et le film rejoint la longue liste des oeuvres qui seront sorties alors que personne ne peut les voir... Sauf sur Netflix. 

C'est un nouveau projet gonflé d'un metteur en scène qui n'est connu ni pour sa discrétion, ni pour son humilité; il le reconnaît du reste lui-même, Joe Wright est un réalisateur qui s'insère dans ses films, mais surtout il aime le cinéma, ses artifices, ses techniques. Il le prouve en s'attaquant ici à un sujet miné: une personne qui ne peut sortir de chez elle s'occupe en épiant les voisins, et constate qu'il se trame des choses louches dans l'appartement d'en face. Un soir elle voit même un meurtre... 

Tiens donc? D'ailleurs, Amy Adams, qui interprète la personne en question, le Docteur Anna Fox (psychologue pour enfants) a un appareil photo à l'ancienne, un de ces gros appareils à téléobjectif qui semble précipiter le film dans le plagiat de Rear window... Un plan de James Stewart, vu sur un écran, enfonce le clou. Mais... ce serait faux. En vérité, le film qui pique incidemment son titre à Fritz Lang, est un hommage au film noir, en général, et donc à Hitchcock certes, mais pas que. Donc le film, tout en le citant, n'est pas un plagiat de Rear window, ni un remake.

Ana Fox est un personnage riche: une psychologue qui vit désormais sans sa famille, soit un mari et une fillette, et qui apprécie peu la distance; devenue totalement agoraphobe, elle est en liaison téléphonique avec un thérapeute qui sait qu'elle mixe un peu trop facilement ses médicaments avec du vin. Elle ne se contente pas d'épier ses voisins, elle regarde énormément de films, notamment des noirs: nous verrons au entendrons, durant le déroulement, des extraits de Laura, Dark passage, Spellbound, et d'autres. Et si elle vit les films (cette manie de représenter les cinéphiles au cinéma comme des gens qui récitent les dialogues), ils finissent par lui tourner la tête. 

Ajoutez à ça les médicaments, et Anna Fox, la seule personne que nous suivions en permanence dans le film, et que nous ne quittons donc absolument jamais, est donc clairement un témoin sans aucune fiabilité dans sa propre histoire! Et les repères du film, qui sont inscrits sur l'écran (Lundi...mardi... etc) deviennent autant de fausses pistes. D'autres fausses pistes sont disséminées, autant pour Anna que pour nous, et c'est de bonne guerre... Les personnages se succèdent aux côtés d'Anna, et participent à sa confusion: essentiellement, il y en a 5, plus une troupe de policiers de plus en plus impatients et énervés (ils ont l'impression qu'on les appelle pour rien): une femme (Julianne Moore) qui se présente comme la femme d'en face et qui va disparaître; le mari d'en face, Gary Oldman; son fils, Fred Hechingher. Et... Jennifer Jason Leigh qui est l'épouse du type d'en face! En prime, Anna héberge dans son sous-sol un homme à tout faire, qui va s'avérer louche et mystérieux...

La musique de Danny Elfman joue à fond la carte d'un expressionnisme musical bon enfant: certes ce n'est pas sa meilleure partition, mais on s'en contentera. Avec l'aide considérable d'un excellent directeur de la photo, Bruno Delbonnel, Wright met sa mise en scène au service de son huis-clos et tout en se livrant parfois à de la pyrotechnie un peu inutile (je comprends ça, moi aussi j'aimerais être David Fincher), raconte son histoire en maintenant l'intérêt.

Mais...

On avait vraiment besoin de cette manie contemporaine de révélations enchaînées pour donner au public l'illusion qu'il est très intelligent et qu'il s'agit d'un jeu d'esprit très sophistiqué? Fallait-il avoir recours au truc du tueur maniaque qui vient se dénoncer et s'apprête à tuer l'héroïne en racontant son crime? Ca flanque le film par terre et c'est tout, sauf original: c'est bien un film de 2021, pour finir...

Cela étant, on se réjouira d'une prestation phénoménale d'Amy Adams qui a pris plusieurs kilos pour le film, et joue ce rôle sans aucun glamour avec une maestria enviable. Rien ici ne nous détournera de la suivre, et elle assume ce rôle sans qu'il y ait besoin d'une batterie d'explications psychologiques à la noix. Wright retrouve aussi son audace d'Anna Karenine, en osant des rapprochements inouïs, comme le fait de considérer l'appartement d'Anna comme son propre cerveau, et de la faire passer d'une pièce à l'autre comme si elle traversait les époques. Une fois de plus c'est un hommage à Hitchcock et au fameux plan de Vertigo où James Stewart se voit transporté de son appartement à une hacienda, en enlaçant sa petite amie transformée en Madeleine. Donc il y aura des raisons de revenir à ce petit film, ne serait-ce que pour ce genre de petites épices...

 

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Published by François Massarelli - dans Noir Joe Wright
23 mai 2021 7 23 /05 /mai /2021 10:27

Sarah Morton (Charlotte Rampling) écrit des romans policiers, et obtient un grand succès... Auprès des dames d'un certain âge, manifestement, les seules qui la reconnaissent dans le métro. Elle a envie d'autre chose, peut-être par exemple que son éditeur John Bosload (Charles Dances) lui montre un peu d'intérêt... Celui-ci lui fait une proposition qui paraît intéressante: il lui propose de se rendre dans une maison qu'il possède au Sud de la France, dans le très cinégénique arrière-pays Niçois. Elle pense qu'il l'y rejoindra et se rend sur place, où elle apprécie le calme.

Sauf qu'après un jour ou deux, une jeune femme débarque: Julie (Ludivine Sagnier) est la fille de John, née d'une mère française; elle habite sur place, et a décidé sur un coup de tête de quitter son travail et de se rendre à la villa de son papa, sans savoir que celle-ci est occupée. Srah voulait de la tranquillité, c'est fini... Car Julie a une vie bien remplie, de laisser-aller permanent et de rencontres d'un soir: ce dernier fait impressionne beaucoup Sarah...

Très rapidement, on constate que quelque chose se passe dans la narration, qui n'est pas normal: deux courtes scènes en particulier qui se font écho, comme des rimes salaces... Dans l'une on voit Julie allongée au bord de la piscine, en maillot de bain. A son côté on voit les jambes d'un homme, dont nous ne savions pas qu'il était là... La caméra monte et cadre son visage avant un autre plan de... son maillot de bain. Il s'y sent à l'étroit... La séquence continue en nous montrant les deux qui se caressent sans se toucher l'un l'autre. Quelques temps plus tard, alors que Sarah professe son peu de goût pour les piscines, c'est à son tour de se trouver au même endroit après avoir nagé. A ses côtés, les jambes d'un homme: c'est le vieux jardinier... Au-delà du gag du décalage entre les deux hommes, ces séquences sont intrigantes par le fait qu'elles ne s'inscrivent dans aucun vrai cadre narratif et qu'elles semblent nous indiquer que tout ce qui nous est montré n'est tout bonnement pas vrai.

Dans le récit de la confrontation entre Sarah, la romancière en panne d'inspiration, et Julie, la jeune fille à papa qui ne trouve pas sa voie, il y a des allers et retours troublants, qui vont bien au-delà de cette image de porno chic que le film a acquis, avec cette publicité systématiquement axée sur le corps et la sensualité de Ludivine Sagnier. Le metteur en scène glisse de la confrontation douloureuse de deux univers, vers un thriller où Sarah sera plus à l'aise. Et il le fait en revenant, à l'occasion, en arrière, en laissant Sarah, donc, redéfinir ce qu'elle a vu et entendu, à la lumière d'un meurtre inattendu...

Le jeu de point de vue est donc absolument fantastique: car qui nous raconte cette histoire? Ozon? Sarah? Voire... Julie, ou un autre personnage? Et la fin, non contente de nous aiguiller quand même dans une certaine direction qui permet, un peu, de nous éclairer sur le sens de cette intrigue, nous assène malgré tout un coup sur la tête, en faisant repartir la moulinette à questions. La fin est plus qu'ouverte: elle est béante... 

 

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Published by François Massarelli - dans François Ozon Noir
29 avril 2021 4 29 /04 /avril /2021 09:50

Un inspecteur de police, Park Doo-man (Song Kang-ho) mène une enquête compliquée et qui ne mène à rien, autour des meurtres de plusieurs femmes, tous liés par les circonstances: toutes jeunes, violées et étranglées, et tuées durant une averse carabinée. Il est rejoint par un inspecteur de Séoul, Seo Tae-yoon (Kim Sang-kyeong), qui va sérieusement remettre en cause et bouleverser ses "méthodes"...

Les guillemets s'imposent: confrontés à un serial killer en pleine cambrousse, Park et ses collègues sont bien incapables de quoi que ce soit, si ce n'est harceler la population jusqu'à trouver un coupable... Torturer? Pourquoi pas! D'ailleurs ils sont tellement désespérés qu'ils sont prêts à tout, y compris à "inventer" un coupable en désignant à la justice un gamin avec des problèmes mentaux, proie facile et qu'ils manipulent afin de lui faire dire tout et n'importe quoi...

Le film est âpre, violent, tourné dans des couleurs trafiquées pour être toutes plus moches que les autres, avec une teinte générale entre le brun et le verdâtre... Sauf deux nuances: les crimes ont souvent lieu dans un champ de céréales dont la blondeur tranche avec le reste. Et les victimes (pas toutes) ont en commun de porter des vêtements rouges... On oscille entre des scènes à la limite du burlesque, avec les pieds nickelés du poste de police qui se comportent comme des gosses ou des voyous, et le professionnel de Séoul qui n'en peut plus de leur immaturité... Mais le rire s'étrangle très vite, car si les méthodes changent vers plus de logique et d'efficacité, les résultats, eux manquent à l'appel.

Au final, le film nous offre une vision de la façon dont le crime et le mal finissent par tout corrompre, avec la rigueur d'une mise en scène qui choisi de s'arrêter aux faits, saisissant dans l'urgence uniquement les comportements des inspecteurs. La caméra se met presque à les suivre y compris dans leurs égarements, comme pour en suivre la véracité... ca en est même dérangeant, mais c'est voulu: voilà une approche fascinante du film de serial killer, qui semble prendre le genre là où il était, pour le bouleverser totalement.

 

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Published by François Massarelli - dans Bong Joon-Ho Noir
18 avril 2021 7 18 /04 /avril /2021 08:41

Le trou, d'abord, c'est la prison: finir au trou, dit-on. et puis après ça devient, bien, sûr, juste un vrai trou, celui que des prisonnier creusent afin de s'évader. Enfin, on pourrait aller plus loin, et parler d'un trou qui représenterait les aspirations déçues, quand on creuse pour n'obtenir au final, rien du tout. Enfin, c'est le trou qui nous attend tous, sans doute, sorte de représentation sardonique du destin... On le voit, le dernier film de Becker est riche, profond, et parfaitement philosophique: il éclaire sans doute tellement bien son penchant pour les histoires d'hommes qui finissent par une trahison (voir l'ensemble de ses films) qu'on le prendrait facilement pour étendard de toute sa carrière...

Claude Gaspard (Mark Michel) arrive à la Santé, en préventive. Il est accusé par son épouse d'avoir voulu la tuer, lui, sa version est différente. Ils se sont disputés, il voulait lui enlever le fusil des mains, le coup est parti... Elle n'est que légèrement blessée, lui est passible de 5 à 10 ns de prison, puisque le fusil était chargé, on considère qu'il y avait préméditation. Dès le départ, on s'attache à ses pas, et ce sera lui le personnage central, le Candide, par lequel le reste de l'intrigue sera vue et entendue. Et comme il sera le seul "bleu" dans une cellule autrement occupée par des criminels endurcis, ce sera bien pratique...

Les autres, ce sont des voleurs et des meurtriers, on ne saura jamais totalement ce qu'ils ont fait, on saura juste que deux d'entre eux risquent gros, très gros: on parle d'une menace de guillotine. Tous sont en préventive... Jo (Michel Constantin), Manu (Philippe Leroy), "Monseigneur" (Raymond Meunier)... et Roland (Jean Kéraudy),le roi de l'évasion, celui qui va superviser toutes les phases d'une évasion savamment orchestrée. Tous ces hommes ont été choisis parce qu'ils ne sont pas tous acteurs, et qu'aucun n'est une vedette...

Venu de nulle part, du monde des gens honnêtes pour se retrouver à la Santé, Gaspard va se sentir tellement chez lui dans cette cellule, qu'il va adhérer au projet. Au projet et aux hommes... Seulement pendant ce temps, le monde va continuer à tourner à l'extérieur.

Becker voulait des inconnus pour son film, adapté d'un roman de José Giovanni, qui lui-même retraçait une anecdote réelle: l'évasion ratée en 1947 d'un groupe de détenus. Parmi eux, José Giovanni, et Roland Barbat, dit Jean Kéraudy... 

Le monde de la prison en 1960 nous est raconté sans fards, en se concentrant sur la journée et le quotidien d'un taulard à cette époque, sur les rapports compliqués, d'une part entre l'administration et les gardiens, d'autre part entre les détenus et leur co-détenus... Des scènes entières sont dédiées à ces petits riens, ces vexations du quotidien, comme la fouille systématique de toutes les denrées qui sont envoyées de l'extérieur: le beurre, le savon, le saucisson, le gâteau de riz, tous ouverts, massacrés, mis en morceaux, écrasés par l'administration pénitentiaire pour y chercher des objets interdits... 

Et sinon, le gros du film se déroule dans la cellule où les prisonniers attendent leur jugement, et où ils préparent leur départ, une évasion qui cette fois aurait bien pu réussir: minutieusement préparée par un cerveau de la chose, le taciturne Roland, dont les gestes sûrs trahissent à quel point il sait de quoi il est question. Il y a un peu de la manière de Howard Hawks dans la façon dont Becker nous montre le travail des hommes. Sauf que chez lui, le travail est souvent dénué du lyrisme que lui donne le metteur en scène Américain... Mais ce qui frappe, c'est bien sûr à quel point le suspense habite chaque action des occupants de la cellule, unis dans leur but commun. Nous sommes, dès le départ, avec eux et contre le reste du monde... Et l'identification, devant ces hommes courageux et unis en apparence comme les cinq doigts de la main, est immédiate. Le suspense qu'elle engendre culminera dans une scène formidable, dans un plan extraordinaire, auquel Becker nous aura savamment préparés durant plus de deux heures haletantes...

Mais derrière le code des hommes, les obligations du quotidien, le partage systématique, l'honneur et la fraternité, il y  quand même le fait qu'à la fin, l'un de ces hommes trahira. On le sait très vite, remarquez, et on se doute d'où viendra la trahison. On pense souvent à La Grande Illusion, mais sans le bagage idéologique du film de Renoir. Mais on se rappelle de ce que disait le personnage de Pierre Fresnay: une prison, ça sert à s'évader. Eh bien chez Becker, on ajoute que dans une affaire d'honneur comme l'évasion de ce film, il y a forcément un traître...

 

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Published by François Massarelli - dans Jacques Becker Noir
14 avril 2021 3 14 /04 /avril /2021 09:50

Un drame mystérieux se joue, au retour de l'aventurier-journaliste-détective Stanislas Octave Seminario (Paul Meurisse) dit S.O.S. en France, après cinq années passées à crapahuter en Afrique: il est le bienvenu chez ses amis les Pescara, mais son meilleur copain Charles, le fils de la famille, fait d'étranges cachotteries... On le retrouvera mort sous peu.

Stanislas-Octave mène l'enquête, rondement, aidé (un peu) par Guillaume (Jean Tissier), le majordome farfelu qui écoute aux portes, par l'oncle Seminario (Jean Brochard), un juge irascible, et par Muriel (Micheline Francey), la soeur de Charles... Il y aura des poursuites en voiture, des bandits masqués, de l'illusion, un asile d'aliénés, une mystérieuse morte, un traître, des secrets enfouis, des chats et... une péniche.

Ne nous intéressons pas tant que ça à l'histoire, après tout: Jean-Paul Le Chanois et Jean Devaivre ont tout fait pour qu'elle mène aux scènes spectaculaires, plutôt que le contraire. C'est l'un des premiers films de genre (ici le noir) volontairement décérébré, guidé par le sens du collage et une certaine dose d'humour absurde, plus que par l'envie de faire passer un message. Et ça témoigne d'une volonté de faire du cinéma avant tout, qui permet à Paul Meurisse de jouer à la Tintin sans l'ombre d'u scrupule ni le soupçon d'un remords, une tendance qu'il se remémorera quelques années plus tard pour "sauver" la série des Monocles, en... la massacrant.

 

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Published by François Massarelli - dans Noir Comédie
8 avril 2021 4 08 /04 /avril /2021 07:39

Mary (Kristin Davis) écrit, ou du moins écrivait. Elle considère qu'elle n'a plus à se lancer sur le marché maintenant que sa vie est faite et que sa série à succès fonctionne très bien, lui permettant de vivre avec son mari et leurs deux enfants, de façon très confortable. Et elle se souvient que l'acte de création n'a pas été de tout repos, la fragilisant toujours psychologiquement... Mais quand son mari (Dermot Mulroney) lui annonce avoir fait un très mauvais choix dans son travail (une affaire d'argent), elle est obligée de retourner à l'écriture. Et donc doit engager une nounou pour ses jumeaux... L'heureuse élue sera Grace (Greer Grammer), une jeune innocente tellement fleur bleue, tellement au-dessus de tout soupçon dans sa virginale blondeur, qu'on se demande comment le couple n'a pas repéré qu'ils allaient avoir les pires ennuis du monde... Ils n'ont sans doute jamais vu ni L'exorciste, ni Jeune femme cherche appartement, ni Saw.

(Oui, parce que vers la fin, ça tranche à tout va)

C'est un bon gros navet, bien mal fichu, qui coche toutes les cases les unes après les autres... Rien à en tirer, on décroche d'ailleurs très vite de cette route balisée de clichés et de rebondissements qui sont autant d'invitations à faire autre chose. La plupart des acteurs avaient sans doute un toit à réparer, des difficultés de fin de mois ou toute autre chose dans ce genre, et ce qu'on craignait est arrivé: entre les exceptionnels Mank, The Irishman, Roma et ce tas de boue gluant, Netflix est devenu un robinet à film, sans jugement, sans éthique, sinon l'envie de remplir l'espace avec tout et n'importe quoi.

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Published by François Massarelli - dans Noir Navets
6 avril 2021 2 06 /04 /avril /2021 07:46

Dominika Ergonova (Jennifer Lawrence) est une ballerine du Bolchoï, qui ira loin... Le soir de sa grande performance, pourtant, son partenaire la blesse accidentellement... La jambe cassée, l'os littéralement brisé, pourra-t-elle marcher, et surtout danser? Son oncle, ponte des services secrets Moscovites, lui apporte la preuve que l'accident n'en était pas un, précipitant un acte de vengeance. Parce que sa mère a besoin d'elle, et que son unique rêve a été anéanti, elle accepte une proposition de son oncle: elle travaillera pour lui, et deviendra un "moineau", un agent à tout faire. Mais plutôt qu'une école d'espionnage, ça ressemble à s'y méprendre à une école de prostitution... Devenue un modèle, Dominika est engagée pour tirer au clair une affaire sombre, la recherche d'un agent double qui donne trop de renseignements aux Américains...

La guerre froide, c'était le bon temps, finalement! Le cinéma avait du tout cuit, du tout chaud, du prêt à servir, et nul n'était besoin de la moindre mise en contexte, on y était déjà. Aujourd'hui, les précautions oratoires prennent toute la place, d'où les quarante premières minutes du film. Cela étant, cette lente montée de l'atmosphère et de l'action du film servent au moins la caractérisation, puisqu'on y apprend à connaître, non seulement Dominika, mais aussi son oncle affreux (Matthias Schonaerts), l'agent Américain qui a déclenché toute l'affaire de la recherche de l'agent double (Joel Edgerton) voire les supérieurs de Dominika (Ciaran Hinds, Jeremy Irons et Charlotte Rampling dans un grand numéro de chef de camp d'entraînement avec une nette tendance au sadisme laconique). Et assez rapidement, on comprend qu'on est tombé devant un film qui d'une part va beaucoup sacrifier à la quête du sensationnel, et d'autre part va mettre en avant la notion de sacrifice à un idéal, tendance extrême.

Ce qui me fait immédiatement penser à l'admirable Lust, caution, de Ang Lee: Wei Tang y incarne une jeune idéaliste qui se révèle prête à tout, mais alors tout, pour se lancer dans une lutte contre l'envahisseur Japonais, mais qui va se prendre au piège de sa propre sensualité et tomber amoureuse de sa cible. Dominika va devoir se plier à des contraintes particulièrement drastiques, et coucher, recoucher, en public, avec tout un tas de personnes, et ça se voit: on est partagé. D'une part, bien sûr, l'actrice n'a subi aucune pression, et donne d'elle-même avec un aplomb remarquable... Mais d'autre part, on comprend assez rapidement de quoi il retourne, fallait-il en rajouter autant? Non seulement en matière de sexualité, mais aussi et surtout, la question de la violence extrême du film fait débat. Si le sujet reste bien une réflexion sur les sacrifices que le fameux "service au pays" requiert, ce vieux prétexte des salopards pour mener des saletés dans leur coin, reste que le film est surtout un tour de manège, mais au lieu d'y attraper la queue de Mickey, on y voit beaucoup, mais alors beaucoup, de sexe et de violence...

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Published by François Massarelli - dans Noir
21 mars 2021 7 21 /03 /mars /2021 09:16

Deux tueurs se planquent en Belgique, à Bruges, et doivent attendre les instructions de leur commanditaire: Ken (Brendan Gleeson), le plus âgé, veille sur son copain Ray (Colin Farrell), qui est en essence, un vrai gamin... Pourtant il souffre d'avoir commis une faute très grave dans l'exercice de son "métier". Alors que Ken, aussi ignorant que Ray de la finalité de leur présence dans la ville médiévale, profite des lieux en se livrant à des visites touristiques, Ray s'ennuie ferme, jusqu'à ce qu'il fasse une rencontre nocturne, sur un plateau de tournage en pleine ville: une jeune femme locale, Chloé (Clémence Poésy), avec laquelle il va fixer un rendez-vous. 

Le lendemain, alors que Ray et Chloé dînent en ville, Ken apprend par un coup de téléphone de leur commanditaire Harry (Ralph Fiennes) que la mission est de tuer Ray...

C'est d'abord un film noir, qui raconte comme les meilleurs du genre le crépuscule d'un ou plusieurs truands (je vous laisse découvrir qui et dans quel ordre), dans un lieu inattendu et habité par des siècles d'histoire. La ville y est le théâtre de la violence paradoxale qui ne va pas réussir à y changer le cours des choses... Mais le film noir se pare d'une merveilleuse comédie de caractères, qui associe mots qui font mouche, et rigueur filmique. McDonagh est un paradoxe dans le cinéma actuel, puisque dans ses scripts les mots ont tant d'importance qu'il refuse de laisser improviser les acteurs à la virgule près. C'était déjà le mode de fonctionnement de Wilder, donc c'est en soi une idée intéressante. Les acteurs, d'ailleurs, s'en sortent admirablement, avec pour chacun d'entre eux un autre terrain de jeu, celui de la comédie physique, à travers un jeu d'expressions formidables. On constate qu'en Gleeson, Farrell et Fiennes, McDonagh a choisi des cas particuliers! L'utilisation fréquente de gros plans permet de détailler le jeu tout en tranquillité de Gleeson, celui tout en tics nerveux de Farrell, qui est ici à son meilleur, entre le tragique de la culpabilité et le comique de son personnage; enfin Fiennes fait merveille avec son accent cockney, et le jeu irrésistible de ses yeux, sans parler de son impayable grossièreté langagière.

Les clés du film sont dans l'utilisation de ces décors magnifiques, la cohérence de l'intrigue qui nous annonce à sa façon la suite des événements en utilisant des sous-intrigues et des balises de sens: les personnages de tueurs sont tellement diserts qu'ils nous racontent non seulement leur vie, mais aussi leur principes: ça permet d'anticiper! Et mine de rien, confronté via l'oeuvre de Hyeronimus Bosch au Jugement dernier, les tueurs se réparent à affronter la mort...

Mais le dernier mot semble, dans ce film époustouflant, revenir à la morale, car au départ, s'il y a la mort d'un homme, un décès commandité pour de basses raisons économiques, mais donc prévu par le code des truands, il y a aussi la mort d'un enfant, un crime inattendu, imprévu, que Ray n'en finit pas de souhaiter expier. Le film va se rythmer sur des reprises de cette tâche indélébile: par exemple, Chloé dit à Ray que le tournage sur lequel il l'a rencontrée était un hommage à Don't look now. Il ne connaît pas le film de Nicolas Roeg, et donc ne sourcille pas, mais c'est l'histoire de deux parents hantés par la mort de leur enfant, dont ils s'estiment responsables, et qui se rendent à Venise; Venise, Bruges... 

Bref: des acteurs au plus haut de leur art, tous amenés à donner une interprétation hors de leurs clichés personnels, des accents ciselés pour accentuer le pittoresque, un endroit saisi dans tous ses avantages, une intrigue prenante et racontée avec expertise, et une mise en scène faite de la plus grande précision, sans un gramme de graisse: c'est le premier film d'un metteur en scène débutant, et c'est un chef d'oeuvre.

 

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Published by François Massarelli - dans Martin McDonagh Comédie Noir