Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
  • Contact

Recherche

Catégories

22 avril 2022 5 22 /04 /avril /2022 16:26

Les années 50... Deux policiers se rendent à Shutter Island, un pénitencier psychiatrique situé en rade de Boston. Leur mission serait d'aider à trouver une évadée, dangereuse et coupable d'avoir assassiné ses enfants. Mais sur Ted Daniels (Leonardo Di Caprio) les lieux ont un effet négatif, lui faisant revivre beaucoup d'épisodes de sa vie: la mort de son épouse (Michelle Williams), dans des variations constantes; un épisode de la guerre, lorsqu'il a participé à la prise du camp de Dachau, au milieu des cadavres... Bientôt, la paranoïa s'installe pour Ted, d'autant que son partenaire Chuck (Mark Ruffalo) disparaît...

Voilà un film "poupée russe" particulièrement carabiné, dans lequel Scorsese se plaît (sans doute) à varier les approches: noir poisseux au départ, avec ces deux détectives typiquement "hard-boiled" qui débarquent dans un sacré panier de crabes, puis des styles plus étonnants, dans lesquels on ne l'attendait pas: proche du fantastique, et même (la présence de Max Von Sydow, sans doute?) parfois Bergmanien! Mais si on ne l'attendait pas sur ce terrain, c'est peut-être aussi pour une bonne raison: car ça ne lui va pas très bien.

On s'achemine donc inéluctablement vers une résolution d'énigme, et c'est sans doute là que le bât blesse. Il faut toujours savoir se méfier de ce genre de dispositif... Cela dit ça permet au metteur en scène et à son acteur principal de jouer justement sur un type de personnage qui en devient furieusement Scorsesien: un homme qui souhaite tout ignorer de son passé et qui s'accroche à des mythes comme à autant de croyances... Pour autant, on restera poli, mais froid.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Martin Scorsese Noir
20 avril 2022 3 20 /04 /avril /2022 10:26

Dix anciens camarades de la résistance se retrouvent, après quinze ans d'éloignement, à l'initiative de deux d'entre eux: l'industriel aisé François Renaud-Picart (Paul Meurisse) et l'ancienne pasionaria du groupe, Marie-Octobre (Danielle Darrieux), celle que tous ont, à un moment ou un autre, aimée... Au menu de la soirée, un repas copieux préparé par Victorine (Jeanne Fusier-Gir), la domestique fidèle de Picart, des hommages répétés à Castille, leur commandant, tombé lors d'un affrontement avec la gestapo, et des grandes tapes dans le dos entre l'imprimeur Rougier (Serge Reggiani), l'avocat Simoneau (Bernard Blier), le traiteur Martinval (Paul Frankeur) qui aime tant le catch, l'ancien lutteur Bernardi (Lino Ventura), devenu tenancier d'un établissement de Pigalle, le médecin Thibaud (Daniel Ivernel), l'ancien coureur de jupons devenu prêtre catholique, Le Gueven (Paul Guers), Vandamme, le fonctionnaire intègre et contrôleur des contributions (Noël Roquevert), ou le serrurier Blanchet (Robert Dalban). On parlera de tout et de rien, on célèbrera l'esprit de résistance, on taquine les copains. Et puis Marie-Octobre finit par révéler le but des retrouvailles: la mort de Castille est l'aboutissement d'une traîtrise, et l'un des convives présents a contribué à sa mort et a donné le groupe, et par là-même a causé la mort de tous les autres membres du réseau. Il va donc falloir à tous ces gens, autrefois unis dans l'esprit de résistance, décortiquer les événements de la soirée fatale d'Août 1944... Et trouver le coupable, le pousser à se suicider. 

Ce n'est pas du théâtre filmé, et pourtant ça en prend le chemin: Duvivier adapte avec l'auteur un roman noir de Jacques Robert, paru en 1948; le script est conçu sur une unité de lieu et de temps, et les dix personnages principaux ne se quittent quasiment jamais. Les dialogues, concoctés par Henri Jeanson, sont directs, d'un naturel assez impressionnant, surtout si on considère les habitudes du cinéma Français en la matière. On n'abuse pas trop du dialogue pratique, du genre "mais Blanchet, toi qui es serrurier, marié et avec trois enfants, veux-tu reprendre de la blanquette?" même si de toute évidence le dialogue ici a un rôle prépondérant dans le développement de l'action. Mais en réunissant 5 monstres sacrés, tris seconds rôles brillants et deux acteurs de moindre réputation (Guers et Ivernel) mais qui sont excellents de bout en bout, il est indéniable qu'il y a là une recherche de l'efficacité immédiate, du flamboiement des acteurs, et que l'affiche a du jouer un rôle considérable dans le rayonnement du film...

Le film n'est en rien un plaidoyer résistant, ou une attaque en règle, juste un exposé de morale, autant que dans un genre différent le film 12 angry men de Sidney Lumet peut fonctionner. Dans les agissements et les conversations  de ces gens venus d'horizons divers (certains d'entre eux ont un pedigree inattendu pour des résistants, comme Simoneau par exemple, qui est passé jusqu'en 1942 par toutes les couleurs de l'extrême droite fasciste, avant de changer de camp à la faveur de la rupture des accords sur les zones par les nazis), tout va tourner autour des contours moraux de l'idéologie, de l'engagement, mais aussi parfois de prescription et de sentiments. L'impression est que tous ces gens, au fond, s'aiment. Il est important qu'il y ait toutes les couches de la société qui soient présentes, de l'artisan à l'industriel en passant par celle qui vit presque comme une femme entretenue, malgré la chasteté affichée des relations entre Marie-Octobre et son mécène Picart, qui a contribué à financer sa maison de couture. C'est toute une société qui se fige dans son fonctionnement et s'interroge sur les fondations même de son existence, à travers toutes les combinaisons possibles: le traiteur qui parle avec envie de la boîte de strip-tease de son copain, ou l'avocat auquel on reproche de défendre des assassins, le dragueur devenu prêtre, mais le prêtre prenant fait et cause contre la peine de mort, tout finalement fait sens, tout ce fatras c'est la société d'après-guerre.

Et cette société donc, est construite sur un mensonge, c'est ce qui ressort de cette soirée: l'un d'entre eux a tué, par jalousie, par intérêt personnel, aussi. Mais on se rendra bien compte qu'à ce mensonge bien spectaculaire et aux conséquences bien dramatiques, font écho autant de petits arrangements personnels avec la vérité, de petites conspirations internes, et de mensonges qui sont parfois d'une absolue insignifiance, comme celui de Blanchet qui a dit pendant quinze années ne pas être présent durant la soirée dramatique de 1944, et qui révèle soudain qu'il était là, mais ne s'était pas montré. Chaque décision prise 15 ans auparavant, chaque parcours, chaque ajout du destin, devient forcément suspect: on sait que le traître aurait par ailleurs volé une somme importante: comment donc ceux qui ont réussi peu de temps après la fin de la guerre, vont-ils justifier les sommes qu'ils ont pu payer pour acheter leur cabinet médical, leur boîte de nuit, leur affaire d'imprimerie...? Les rapports des uns et des autres vont s'éclairer, ainsi que leur relation passée avec leur chef, le si brillant, si disparu, si parfait Castille. ...Parfait, vraiment? De même, si Simoneau a participé à la résistance après ses années d'errance fasciste, il doit rendre des comptes, car il est le premier à être soupçonné dans l'assemblée, par huit des dix protagonistes... Le coupable sera dénoncé, par un stratagème, mais rien ne sera résolu: il y a comme une odeur de pourri dans cette réunion d'anciens résistants devenus des bourgeois ou des gens plus simples, tous parfaitement convenables... 

Ce film noir et tragique d'une société construite sur de beaux sentiments qui finissent par apparaître comme des mensonges et faux-semblants, est exemplaire à plus d'un titre. En réunissant les acteurs, Duvivier a aussi pris la décision de les traiter tous à égalité, d'où un traitement filmique en adéquation: des gros plans parfaitement distribués, un enchaînement rigoureux et constamment motivé dans les dialogues des "épisodes" concernant chaque suspect et les raisons qui peuvent pousser à le suspecter, et un grand nombre de plans dans lesquels le groupe est vu en intégralité dans le 1:66:1 du cadre. Un tour de force de discipline, et une efficacité narrative constante, avec ses petits plaisir vénéneux dans la composition: à chaque fois qu'on ne verra qu'une partie des protagonistes, ce sera avec une thématique. Par exemple, un plan isolera le prêtre, l'avocat, le coupable et Marie Octobre (qui sera souvent la clé de tous les événements passés); bref, chaque plan recèle un aspect de la morale tordue du film... Un film donc très noir, dense, jamais trop riche, qui fait mal. C'est un très grand film de Duvivier, donc...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Noir Julien Duvivier
18 avril 2022 1 18 /04 /avril /2022 08:39

1939: Stanton Carlisle (Bradley Cooper), un homme inquiétant et mystérieux se joint à des forains dans un patelin à l'écart du monde. Il va s'installer et travailler parmi eux, et montrer assez vite des dispositions spectaculaires pour la manipulation du public, auquel on fait croire que le maître de cérémonie et son assistante possèdent des dons mentaux extraordinaires. Il monte un à un les échelons en ayant de plus en plus la confiance de ses pairs, et finit par "hériter" d'un système mis au point par un vieux forain alcoolique que Carlisle lui-même a plus ou moins poussé vers la tombe. Avec Molly (Rooney Mara), une artiste du cirque (Spécialisée dans... l'électrocution, on peut parler de coup de foudre) qu'il a plus ou moins embobiné, Stanton change de registre et va désormais se produire en ville, dans des salons et des hôtels de luxe. Il attire l'attention de l'étrange psychiatre Lilith Ritter (Cate Blanchett), avec laquelle il monte une escroquerie à grande échelle pour soutirer de l'argent de nombreuses personnes de la bonne société New Yorkaise...

Ca a surpris, forcément, ceux qui attendaient de Del Toro une suite au Labyrinthe de Pan, ou à The shape of water. Mais le metteur en scène a décidé de changer d'univers et déploie ainsi son talent stylistique pour une histoire dans laquelle rien de surnaturel n'effleure, y compris ou surtout d'autant plus qu'il est question ici de don, de transmission de pensée, de fantômes, de médiums et de visite d'entre les morts... Mais pour ce faire, le réalisateur effectue un remake d'un classique du film noir, réalisé en 1947 par Edmund Goulding. Un remake qui va se servir de toute l'expressivité de son metteur en scène pour devenir un tour de force baroque. On n'en attendait pas moins...

Place donc à une intrigue qui part, sinon à la source, d'un passé qui hante le personnage principal. Il est troublant de voir à quel point Bradley Cooper a joué son personnage comme un homme démoniaque, dont les blessures évoquées finissent toujours par remonter à des crimes. Le film, d'ailleurs, commence sans équivoque, par nous montrer l'homme transportant dans une maison délabrée un cadavre, le dissimulant dans une cachette sur le plancher avant de mettre le feu à la baraque: Stan est pour tout le reste du film associé à cette image diabolique... C'est le hasard qui le conduit vers les forains, mais son talent de manipulateur est phénoménal et tout se passe comme s'il poussait les gens à l'aimer, ou l'engager, ou le suivre. Son travail de bonimenteur sera donc basé sur un talent naturel... 

Del Toro prend le temps d'installer un univers de fête foraine qui est d'une incroyable richesse, en laissant libre cours à ses penchants esthétiques, associant les contraires et cherchant la beauté dans les coulisses du monde: la galerie de portraits qui s'ensuit est fabuleuse: Clem (Willem Dafoe), le propriétaire des lieux, est un paradoxe vivant, un forain qui tente de faire avec rigueur et honnêteté un boulot qui consiste à mentir et duper pour soutirer de l'argent, mais légalement. Zeena, la montreuse de cartes (Toni Collette), a vu venir le jeune homme et l'accueille sans ambiguité: elle sait qu'il apportera son lot d'ennuis. Son compagnon, Pete (David Strathaim), est un vieil homme lessivé que l'alcool a complètement ravagé. Molly est une jeune artiste de cirque qui a hérité de la vocation mais qui est sous la protection des larges épaules de Bruno, le costaud (Ron Perlman) dont le meilleur ami est le major Mosquito (Mark Povinelli), homologué (dit la publicité de la foire) comme étant le plus petit homme du monde... D'autres artistes seront vus, sans avoir à proprement parler des rôles de premier plan: un contorsionniste, un homme au système pileux envahissant, des "pinheads", une femme-araignée sortie tout droit de The show, de Tod Browning, des hommes-canons... Et un Geek.

Tel Tod Browning dans certains de ses films (The unholy three, The show, West of Zanzibar, Mark of the vampire et Miracles for sale), le réalisateur va donner les clés de quelques techniques de manipulation du public et autres attractions. Parmi ces dernières on prêtera d'autant plus attention au "geek" qu'il est souligné à plusieurs reprises. C'est donc un artiste de cirque, mais ce que révèle Clem à Stan dans la première demi-heure, c'est qu'il s'agit d'un homme qui est arrivé au bout du rouleau, soit alcoolique, soit junkie. A cette époque, nous révèle le professionnel, les vétérans qui sont revenus opiomanes sont tellement nombreux, il suffit de tomber sur celui qui est allé au bout de son humanité. Le personnage en question, qui va marquer de son empreinte le film tout en étant pratiquement cantonné à sa première demi-heure, est vu pour la première fois quand il croque un poulet en public. 

Vivant, bien sûr.

Et pourtant c'est un film noir, dans lequel le personnage sombre trouvera la femme fatale à sa mesure: inutile de dire qu'il ne s'agira pas de Molly, la frêle enfant de la balle, qui est incarnée ici par Rooney Mara dans un registre qui la rapproche d'autres femmes-enfants des films du metteur en scène, en premier lieu Ofelia (El Laberinto del Fauno) et Elisa (The shape of water). Mais cette fois elle n'est en aucun cas le centre du film... Par contre elle agira à plus d'une reprise en révélateur et en catalyseur. Elle permet aussi au personnage de Stan de perdre une partie de son caractère démoniaque. Non bien sûr, la femme fatale proverbiale du film est bien sûr l'étrange docteur Ritter, qui cache derrière ses manières des penchants pour la manipulation elle aussi, un carnet d'adresses pousse-au-crime, mais surtout des cicatrices mystérieuses... Des séquelles d'une agression perpétrée par l'un des hommes dont elle veut faire une de ses victimes en utilisant les manipulations pseudo-surnaturelles de Stan. Il s'agit donc d'un projet de vengeance, mais une vengeance dans laquelle Stanton est l'instrument, pas le véritable criminel. 

Ce que confirme son statut dans le film: il est venu, il est passé, il a trompé son monde, et puis ...pouf! Le personnage est de toute façon un spécialiste de la séduction immédiate, mais a les plus grandes difficultés à se faire aimer ou à être crédible sur la distance. Bref, il va vers son destin, que je vous laisse évidemment découvrir dans ce nouveau conte noir, pas fantastique sans doute, mais vénéneux... ça oui! Un film dont l'atmosphère est une grande réussite, avec une galerie de personnages qu'on ira retrouver avec bonheur. Deux motivations pour Guillermo Del Toro à faire le film, à n'en pas douter...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Noir Guillermo Del Toro
17 avril 2022 7 17 /04 /avril /2022 17:32

Un couple gentillet (lui est musicien professionnel, elle est ophtalmologue) emménage à Montréal, dans un magnifique appartement. Le premier soir, ils ont la surprise de constater que leurs voisins en vis-à-vis possèdent un superbe appartement, qu'ils ont une vie sexuelle débridée et qu'ils n'utilisent ni volets ni rideaux... Bref, il y a du sport, et Thomas (Justice Smith) et Pippa (Sidney Sweeney) deviennent dépendants de leur dose de voyeurisme... Au point de profiter d'une soirée d'Halloween en face pour s'y rendre et installer des micros. Alors quand elle constate que l'homme du couple en face, un photographe, se tape tous les modèles qu'il photographie, Pippa est de plus en plus tentée de se rapprocher d'eux pour dire la vérité à la jeune femme...

Le film est un thriller très moyen, très classique, dans lequel on nous assène d'abord une touche de comédie un peu sulfureuse avant que les choses ne se gâtent de manière irrémédiable, puis il enchaîne coup de théâtre sur coup de théâtre, et on entre assez rapidement dans la catégorie "plus c'est gros plus ça passe", et donc ça lasse. Une fois qu'on aura vu la fin (c'est le majordome qui a fait le coup, avec le chandelier), on n'aura zéro motivation pour le revoir, c'est donc officiellement un mauvais film... A moins que ce ne soit qu'un film typique de ce qui se fait aujourd'hui: sitôt streamé/vu, sitôt jeté. Ce qui revient au même...

Maintenant, il est sympathique de ses dire que ce film, qui est précisément typique d'aujourd'hui (c'est-à-dire médiocre, hein), tente de se déguiser justement en une métaphore de ce qui ne va pas dans les réseaux sociaux et d'une société de voyeurs par écrans interposés. Mais c'est finalement d'un cynisme assez étonnant... Et sinon, je ne relèverai pas le jeu sur l'oeil, avec les gros sabots: protagoniste ophtalmologue, tentative de rapprochement avec des lunettes, et proximité entre le laser utilisé pour soigner un oeil, et celui qui va servir de témoin pour diriger un micro. Pas besoin de relever, puisque c'est souligné à gros traits...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Noir
10 avril 2022 7 10 /04 /avril /2022 16:04

Deux policiers New-Yorkais, Nick (Michael Douglas) et Charlie (Andy Garcia) arrêtent un bandit Japonais qui vient d'opérer un massacre dans le restaurant où ils déjeunaient... Nick, qui fait l'objet d'une enquête sur sa probité, et son acolyte doivent escorter le prévenu jusqu'au Japon, mais à l'arrivée, des faux policiers les accueillent, et emportent l'assassin. Désormais en délicatesse avec la police locale, et supervisés par l'inspecteur Matsumoto (Ken Takakura), les deux Américains essaient de mener une enquête à leur façon, dans un pays étranger dont ils ne connaissent ni la langue, ni les usages, ni les pièges...

C'est à peu près le thème principal du film, cette plongée de deux étrangers dans une planète qu'ils ne reconnaissent absolument pas... Scott a totalement joué cette partition de bout en bout, en forçant volontairement sur le décalage horaire! Nick et Charlie, ce sont un peu deux cow-boys au pays des yakusas, mais le spectateur est invité à adopter leur point de vue, aussi; du coup, on est dans un certain malaise, le jeu de Michael Douglas, qui est en permanence le-flic-blessé-qui-ne-peut-faire-les-choses-que-de-sa-façon-et-ça-tombe-bien-il-a-raison, finit par agacer, tout comme le point de vue de deux rednecks sur le Japon, fussent-ils New-Yorkais. 

Bon, on va me dire que l'essentiel dans ce film brutal est justement cette aliénation et ce qu'elle révèle de l'être humain, mais bon, si on ajoute l'esthétique 80s en diable, les mulets de Douglas (même négligé un mulet reste un mulet), son goût pour les Harley Davidson à grosses coucougnettes, et la musique horrible d'Hans Zimmer (guitares Ibanez et Yamaha DX7, on est devant un temple du mauvais goût), je dois dire que le visionnage devient vite profondément désagréable...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Ridley Scott Noir
9 avril 2022 6 09 /04 /avril /2022 09:58

Un rendez-vous romantique entre deux anciens amants tourne à l'affrontement entre espions: la raison d'être de la rencontre secrète entre Henry (Chris Pine) et Celia (Thandiwe Newton) est que huit années après une prise d'otages à Vienne qui a dégénéré en massacre (120 morts), les deux agents (elle a raccroché, mais lui est toujours aux services secrets) vont devoir démêler un sacré sac de noeuds. En effet, une source sûre a révélé, dit-on à Henry, que le désastre serait à imputer en réalité à un traître, et sur tous les agents présents ce jour-là, on lui présente Celia comme étant la plus plausible...

Sac de noeuds, en effet: au-delà de la façon intéressante dont le script dilue l'histoire d'amour intense et passée dans un recours aux flash-backs, le film n'est pas des plus faciles à suivre, fondé sur une multiplication de points de vue, d'interprétations ou de réinterprétations, qui sont supposés faire avancer le spectateur... On est donc en plein devant un pur produit de consommation, léché, soigné et au budget conséquent, dans lequel les effets de coups de théâtre finissent par agacer. Et comme on n'aura aucune raison de le revoir, el film en est donc inutile. Dommage pour son actrice principale, mais... je ne vois pas d'intérêt à continuer au delà de ce point.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Noir
27 février 2022 7 27 /02 /février /2022 17:06

Un meurtre a eu lieu, sous les yeux d'un témoin: Claire Gregory (Mimi Rogers), une jeune femme de la très bonne société de New York sait qu'elle peut être éliminée à tout moment par le tueur qui a réussi à s'enfuir: on lui assigne un garde du corps pour les nuits, un jeune inspecteur (Tom Berenger) qui vient de monter en grade, et qui va avoir de grandes difficultés, surtout pour ne pas laisser libre court à son attirance pour la personne qu'il doit protéger...

Sur la simple foi de son synopsis, ça peut sembler être un quickie destiné à faire avaler la pilule de l'échec cuisant de son dernier film, Legend, pouur Scott. Mais le film a été en gestation, et Scott était sur les rangs, dès 1982, au moment où sortait Blade Runner... De fait, on est en 1987, et Scott coche absolument toutes les cases du néo-noir des années 80: ambiances nocturnes, ruptures de ton brutales, présence obsédante du monde de la nuit (avec passage obligé par des endroits où l'on danse sur, hum, de la musique), mais aussi lumières bleutées de néon, montage "cut" et codification sommaire de la sophistication, Mimi Rogers en tête.

C'est là que le film fera sans doute sourire, dans l'opposition constante entre la belle New Yorkaise de bonne famille, habillée du plus pur chic 1987, et la famille de Tom Berenger, surtout son épouse: ils sont natifs du Queens et ça se sent... Mais la principale tempête souffle ici dans la tête du héros, d'abord face à un dilemme, puis face à des remords, et surtout face à une confusion monumentale en ce qui concerne la notion de devoir... Le film est visuellement certes bardé de clichés, mais il est efficace de bout en bout, et en dépit des atrocités vestimentaires de rigueur, on s'attache à ce policier et à sa famille, même si Lorraine Bracco en fait quand même un peu des tonnes. Et comme si on anticipait un peu sur d'autres films, c'est à cette dernière qu'on devra le dernier mot... Ou plutôt la dernière cartouche. 

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Ridley Scott Noir
26 février 2022 6 26 /02 /février /2022 12:25

A Marseille, la rivalité de bandits entre Justin, l'enfant du pays, et l'infâme Esposito, venu de Naples et qui tente de disputer à Justin sa domination bonhomme et tranquille du vieux port, prend des proportions inquiétantes...

D'un côté, la bande de Justin (Berval), qu'on ne verra pas beaucoup commettre de crimes, et de l'autres, les affreux représentés par Esposito (Alexandre Rignault), qui sont beaucoup plus montrés en situation. Le propos de Carlo Rim est dès le départ assujetti à une forme de folklore local Marseillais, qui nous donne un peu l'impression d'assister aux aventures d'une sorte de Robin de Bois local! C'est discutable, mais ce n'est pas le sujet: on est plus ici dans une sorte de chanson de geste, assez tendre et même occasionnellement picaresque (je rejoins totalement Christine Leteux qui dans son excellente biographie du cinéaste compare la "guerre" entre Esposito et Justin, à la rivalité détaillée par d'autres canailles dans The Bowery de Raoul Walsh): Justin et ses copains, ce sont des braves gars, un peu coquins sur les bords, mais si bons camarades...

Le film prend son temps avant de nous montrer Justin, permettant à Rim et Tourneur d'installer tout un univers: la police, qui compte les points (et occasionnellement les morts), les locaux, qui prennent à la galéjade toute tentative de moralisation officielle de la situation, mais aussi les braves gens qui ont pour la plupart choisi leur camp: ils aiment leur Justin, quoi... Un personnage récurrent, celui d'un journaliste venu d'ailleurs, renvoie à Carlo Rim lui-même, et une sous-intrigue qui déplace adroitement les notions de légalité et d'illégalité vers la morale elle-même, permet d'accroître la sympathie à l'égard de Justin: un jeune Italien, Silvio (Armand Larcher), séduit la jeune Totone (Ghislaine Bru), qui n'a pas compris qu'il va la mettre sur le trottoir, et même pas Marseillais: on pense plutôt à de l'exotique... Quand elle se rend compte de la situation la jeune femme va finir par demander la protection de Justin. 

Une scène souvent commentée du film est basée sur une idée à la Scarface: un convoi mortuaire est le prétexte d'une importante opération de contrebande, pour Esposito qui déplace ainsi une quantité importante d'opium, sans avoir consulté Justin et son allié Chinois: le suspense et la farce se mélangent dans une séquence excellente, et qui montre bien qu'on est finalement dans un univers plus baroque que celui de Duvivier pour Pépé le Moko...  Mais cela montre aussi que Justin, tout Robin des Bois qu'il soit, se mêle aussi de trafic de drogue...

Je parlais de Scarface, tout à l'heure, il est intéressant de noter que le film y fait directement allusion dans son dialogue. Mais c'est bien d'un film français qu'il s'agit, qui évite constamment le bavardage, et qui nous donne droit à une belle plongée dans la pègre Marseillaise, avé l'accent, qui en fait un superbe classique, l'un des meilleurs films de son auteur. Un film dans lequel les gangsters iront, pour certains, au bout de leur destin, mais qui nous montre 'une vérité tellement belle qu'on la prend pour un mensonge'... en quelque sorte.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Maurice Tourneur Noir
8 février 2022 2 08 /02 /février /2022 11:03

Thérèse (Juliette Gréco) et Denise (Irène Galter), deux soeurs, perdent leurs deux parents dans un accident de voiture. Thérèse, l'aînée, doit quitter le couvent où elle est novice pour s'occuper de sa soeur et tenir la papeterie familiale... 

Max (Philippe Lemaire), un jeune employé d'un garage, vit non seulement de son salaire, mais aussi de la boxe, et de son incommensurable succès auprès des femmes: il séduit une voyageuse de passage (Yvonne Sanson), et devient son chauffeur, avec la complicité de son copain Biquet (Daniel Cauchy), qui est chasseur au Carlton de Cannes où la belle dame est descendue. Les deux complices sont attirés par ses bijoux... 

Ces deux univers vont se mélanger quand Max va rencontrer Denise.

Je m'arrête là, car le film passe finalement par des détours surprenants: pour son troisième long métrage, il semble que Melville ait voulu greffer plusieurs genres les uns contre les autres: drame (la foi de Thérèse et ses dilemmes particulièrement carabinés, un thème qui reviendra de façon plus ascétique dans l'admirable Léon Morin, Prêtre), comédie sentimentale qui vire au cauchemar (Denise), film de gangsters minables (Biquet et Max), et film noir pour mélanger le tout.

On s'y perd parfois un peu, justement en raison des ruptures de ton qui sont particulièrement spectaculaire, mais aussi parce que le film ressemble à un mélange entre une production classique, et du cinéma de guérilla comme Melville savait en faire: d'un côté, des acteurs établis (on reconnaîtra Fernand Sardou et Robert Dalban en plus de Juliette Gréco) et des scènes tournés dans d'impeccables studios, de l'autre, un tournage méridional, à l'italienne, c'est à dire que toutes les scènes d'extérieur ont été tournées en muet et post-synchronisées: du coup, plusieurs acteurs de figuration ont la même voix; celle de Melville lui-même. 

Mais c'est un film plein de vitalité, d'idées, de tentatives. Suivre max ou suivre Thérèse? En proposant à son public la réunion scandaleuse de deux êtres que tout oppose, il commence à aller vers ce qui fera sa légende, le film noir. Rien que pour ça...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Noir Jean-Pierre Melville
6 février 2022 7 06 /02 /février /2022 09:51

Le "bal du monstre" du titre est, selon un personnage du film, une tradition de la justice Britannique: avant d'exécuter un homme, on aurait organisé une fête à son honneur dans les geôles d'Angleterre; si c'est avéré (je n'ai rien trouvé sur ce point en faisant une rapide recherche), c'est donc une tradition qui remonte à un certain temps, d'une part parce qu'on imagine assez mal l'Angleterre du XXe siècle procéder à ce genre de rituel, d'autre part parce que le Royaume s'est sainement débarrassé en 1969 de cette sale manie qu'ont certains états de vouloir assassiner légalement ses ressortissants à l'occasion...

Pas les Etats-Unis, encore moins le Sud du pays. Le film est situé en Géorgie,  vers 2000 (l'état n'abandonnera la chaise électrique qu'en 2001) dans une petite bourgade située très près d'un pénitencier d'état. On va y exécuter un homme, qui a effectué un assaut sur un policier, entraînant sa mort. L'accusé Lawrence Musgrove (Sean Combs) est noir, comme trop d'hommes qui sont ses compagnons à Death Row. On fait la connaissance de la famille du futur défunt, son épouse Leticia (Halle Berry), qui doit non seulement faire face à la nécessité de rester seule avec son fils Tyrell (Coronji Calhoun), mais aussi de se battre pour survivre dans une société où la ségrégation est encore très vivace.

Par ailleurs, une autre famille est présentée, les Grotowski: trois hommes, le grand père (Peter Boyle), invalide, un raciste invétéré, qui a poussé son épouse au suicide si on en croit ce qu'il en dit; le petit fils, Sonny (Heath Ledger), en conflit avec son père, et enfin ce dernier, Hank (Billy Bob Thornton): le premier est un retraité du département des corrections de l'état, le service public qui gère la peine capitale entre autres; Hank est chef d'équipe au pénitencier d'état et il a transmis la vocation à Sonny, à moins qu'il ne lui ait pas laissé le choix... Le racisme du grand-père établit les règles chez les Grotowski, dont les voisins sont noirs: ça n'arrange rien...

Hank et Sonny ne partagent pas que leur métier, ils fréquentent aussi la même prostituée, Vera, ce que nous montrent deux scènes sordides par leur naturalisme, leur franchise mais aussi le fait que la jeune femme se comporte point pour point, geste pour geste, également de la même façon avec l'un qu'avec l'autre... Pour résumer, Hank et Sonny ne sont pas heureux: le premier semble reprocher en permanence à son fils de n'être pas tout à fait comme lui (pour commencer, Sonny ne partage pas le racisme de ses aînés), et ne lui passe aucune erreur. Le second reproche à son père de ne pas l'aimer... Sonny se suicide. 

Après la mort de Lawrence et celle de Sonny, et la démission de Hank, les destins de Leticia et Hank vont se croiser, puis se mélanger, et enfin une histoire d'amour, fragile mais réelle, va se mettre en place. Mais comment dire à la femme qu'on aime qu'on a participé à la mise à mort de son mari?

C'est le fil rouge du film, un fil rouge qui a le bon goût d'une part de ne jamais être évoqué ouvertement, d'autre part de ne pas vraiment être rompu au fil des scènes de ce film exigeant mais envoûtant. Forster a placé ses personnages dans une caractérisation sur la distance, et c'est le premier des atouts considérables du film: Leticia et Hank, finalement, partagent un point qui est la source de bien des douleurs, une solitude envahissante... Et un besoin de trouver quelqu'un avec qui partager le quotidien. C'est le sens d'une scène qui a fait couler beaucoup d'encre, et qui a eu pour conséquence qu'il y a deux versions du film, l'une plus explicite que l'autre: l'inévitable rapprochement de Leticia et Hank, qui a commencé de façon traumatique par une troisième mort, aussi navrante que les autres, va se concrétiser par une nuit de sexualité intensive et particulièrement graphique, que Forster a souhaité tourner dans une vraie maison afin non seulement de truffer le champ de meubles et autres objets (ce qui est bien pratique, on en conviendra), mais aussi pour se conformer à un modèle assumé de naturalisme narratif... Le travail des acteurs est passé par un dialect coach, et tous s'en sortent merveilleusement bien, surtout Halle Berry, dont l'accent naturel est aux antipodes de celui, brut de décoffrage, de Leticia. 

On pourra questionner le raccourci qui donne l'impression qu'on peut se sortir facilement d'un triple deuil, d'une misère de vivre dans un état rétrograde, et des pires vicissitudes de l'existence, grâce à une bonne vieille nuit de débauche assumée, mais au-delà de ce défaut, le film réussit à placer sous nos yeux les paradoxes d'une société culturelle qui a tout fait pour que misère, injustice, racisme et ségrégation, violence, fassent partie de son ADN. Dans ces conditions, quelle que soit la méthode qu'un Hank (qui va se débarrasser symboliquement de son père, comme s'il abandonnait tout racisme avec ce geste) et une Leticia prennent, on se dit qu'après tout qu'elle sera bonne à prendre... Même au milieu de sa rigueur naturaliste, Forster n'hésite pas à pimenter de symbolisme (comme le moment frappant où Hank brûle sa tenue de travail, qui est filmée sous un angle qui nous donne l'impression qu'il brûle lui-même, comme pour se laver de sa tentation raciste?) son portrait de la Géorgie malade. Et le film est une formidable introduction à l'atmosphère particulière d'une certaine Amérique, celle qui exécute.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Noir