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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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5 août 2021 4 05 /08 /août /2021 07:30

Dans le petit pays de Corteguay, en 1945, l'armée régulière se livre à un massacre dans la propriété d'un politicien révolutionnaire. Le seul survivant est le fils de la maison, Dax, qui jure de punir les assassins de sa mère et de sa soeur... Une fois la révolution achevée, et triomphale, il est envoyé en Europe pour y accomplir ses études. Il va devenir un élément de la jet-set, qui utilise toutes les techniques de séduction et tout ce qui peut l'arranger pour parvenir à ses fins: mener sa vengeance à son terme...

Lewis Gilbert est le metteur en scène de l'immortellement mauvais Moonraker... Et pourtant c'est de ce film qu'il était le moins fier; il estimait qu'il n'aurait jamais du le faire, et... Il avait raison. Certes, il peut agréablement servir d'illustration de ce qui ne devrait pas être fait, de contre-exemple absolu d'une réussite au cinéma, d'objet historique, document incomparable sur ce qui arrive quand le budget dépasse tout et que le sujet, l'intrigue et les personnages ne cassent rien. Mais il est juste médiocre, comme peut l'être un film qui offre des scènes de bataille, de destruction parfois très onéreuses, de la nudité et du sexe en pagaille, sans que ce soit jamais autre chose qu'embarrassant (vous voulez voir une scène où Olivia de Havilland, vaguement dépoitraillée, a une conversation post-coïtale avec un homme de vingt ans son cadet?), et puis il y a des acteurs tous plus mauvais les uns que les autres (sauf Olivia, bien entendu), des dialogues à hurler de rire ou à vomir d'ennui. Bref; c'est un glorieux, coûteux et fort embarrassant navet...

 

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Published by François Massarelli - dans Navets Olivia de Havilland
22 août 2019 4 22 /08 /août /2019 18:12

Avec un film comme celui-ci, sans doute nous faut-il apprendre à aller au-delà des superlatifs, des raccourcis hâtifs et galvaudés, mais aussi d'une certaine tendance actuelle, dangereuse et inquiétante, au révisionnisme, bref, de tout ce qui environne le film le plus important de Selznick. Et on va d'ailleurs commencer par dire qu'on se fout comme de l'an 40, comme on dit, que cette fresque délirante de 3 heures et cinquante minutes ait obtenu l'Oscar du meilleur film pour l'année 1939, entre autres hochets: ça fait un paquet de temps qu'on sait bien que ce n'est pas ça qui fait un bon film. La preuve? ...cette même année, il y avait aussi Stagecoach de John Ford, et pourtant on ne lui a pas donné la statuette...

Non, on va juger le film sur pièces: un film difficile à attribuer, pour commencer, puisque le tournage a commencé, en 1938, par des plans qui sont dans le film, mais qui ont été tournés avant que les acteurs aient été engagés, et avant l'arrivée d'un réalisateur. Et quel réalisateur, d'ailleurs? On sait que George Cukor a commencé le film, ce qui déplaisait à Clark Gable, donc il a fallu le remplacer par Victor Fleming. Mais au moment où Cukor a été congédié, Fleming était occupé par un boulot prenant (finir sa participation à The Wizard of Oz!) donc l'intérim a été assuré par Sam Wood pour trois semaines, avant que Fleming puisse faire son entrée sur le plateau. Alors dans ces conditions, pourquoi lui attribuer le film? Eh bien, d'une part parce que c'est un crédit officiel; ensuite parce qu'ayant fini le film, il est celui qui l'a porté sur les fonds baptismaux; enfin, parce qu'il est évident (historiquement comme devant le film fini) qu'il en a dirigé une portion significative... Remarquez, il est estimé que Cukor aurait tourné à peu près 35 ou 40% du film tel qu'on peut le voir aujourd'hui. Si on en attribue 50% à Fleming, il reste 15% à partager entre Wood, Selznick et quiconque a mis la main à la pâte, on connait la propension du producteur pour diviser le travail dans l'intérêt d'un film... Et puis le résultat, portant aussi bien la marque de Cukor que celle de Fleming, est sans doute la meilleure des justifications: c'est un chef d'oeuvre, non?

En 1860, sur la plantation des O'Hara, les esprits sont chauffés: d'un côté la jeune Scarlett ne rêve que d'amourettes avec son beau voisin Ashley Wilkes (en dépit des rumeurs alarmantes d'un mariage qui s'effectuerait entre ce dernier et sa cousine Melanie), pendant que les hommes ne parlent que de l'inévitable guerre qui s'annonce... Très vite, les choses se précipitent, et une civilisation construite sur la dureté de l'esclavage et la douceur de la météo, s'apprête à être emportée par le vent, pendant que Scarlett O'Hara va devenir adulte en faisant toujours bien attention à mettre ses affaires et sa survie devant tout: les convenances, le bien-être des autres, et la politique... Se mariant trois fois, toujours avec la pensée de moins en moins secrète qu'un jour Ashley pourrait bien être l'heureux élu...

C'est bien plus que l'histoire d'un égoïsme, car ce qui tient le spectateur en haleine durant quatre heures ou presque, est plutôt la confrontation enetre les êtres, qui vont tous par deux dans des combinaisons différentes: Scarlett et Ashley, son amoureux tellement idéalisé qu'il ne sait plus très bien lui-même où il en est, Scarlett et son ennemie intime Melanie qui semble autant digne et honorable que Scarlett est frivole, et enfin - et surtout, devrait-on dire - Scarlett la terrienne et Rhett Butler le visionnaire, qui vont finir par s'allier, et même s'aimer... Mais pas en même temps. Le film est une époustouflante galerie de portraits, certes centrée autour de la figure flamboyante de Scarlett O'Hara, une héroïne fascinante parce qu'elle n'est pas forcément de celles qu'on aime, mais ses motivations sont claires, et tangibles: un trait du film qui le rapproche des séries d'aujourd'hui...

Et parmi ces personnages qui ont tous le temps d'exister (la liste serait longue, mais allez voir le film, vous verrez) et qui sont servis par des prestations de l'un des plus beaux castings de l'histoire du cinéma (Vivien Leigh, Leslie Howard, Clark Gable, Hattie McDaniel, Thomas Mitchell, Harry Davenport, Jane Darwell, Ward Bond, Laura Hope Crews...), il y a une prestation que je trouve absolument essentielle, et qui donne probablement tout son sens au film: Olivia de Havilland, "prêtée" par Warner à Selznick, savait-elle qu'elle avait le meilleur rôle du film? Celui de la douce, tendre, sage, fidèle Melanie, parangon du sacrifice et femme modèle, qui sert du début à la fin de repoussoir, de défouloir, de contre-exemple à cette peste égocentrique de Scarlett O'Hara. Choisissant de la jouer d'une façon frontale, Miss de Havilland dont on connaît le talent, et qui a quelques années plus tard donné toute la mesure de son grand art en se spécialisant dans les rôles ambigus, a joué Melanie de manière à ce qu'elle offre plusieurs grilles de lectures. Derrière la façade (brave, religieuse, fidèle à son mari, dévouée à la cause du Sud comme à sa belle-soeur, allant jusqu'à prendre la défense de cette dernière quand le tout Atlanta se met à exploser en rumeurs, par ailleurs fondées, sur elle et Ashley), il y a plusieurs Melanie possibles. Fières, se sachant gagnante quand elle garde son sang-froid, victorieuse par KO sur l'intrigante Scarlett quant à l'opinion publique? Melanie en femme du Sud a appris la valeur de cacher ses sentiments profonds, elle partira en demandant, de façon là encore ambiguë, à Scarlett, de faire attention aussi bien à Ashley qu'à Rhett... Rhett, qui a passé le film a chanter les louanges de Melanie, et dont la maîtresse Belle Watling ne jure d'ailleurs que par Melanie Hamilton Wilkes. Loin de moi l'idée de vouloir nécessairement faire passer Olivia de Havilland devant Viven Leigh, dont la prestation est mémorable, mais je suis juste en train d'émettre une préférence.

Mais comme je le disais, cette histoire tient la route en effet, grâce aussi à une intrigue historique, une tourmente qui était du genre à inspirer le cinéma: quels qu'en soient les réalisateurs, le film accumule les séquences qui sont autant d'exploits, dans un souffle constamment renouvelé: la construction en deux parties est d'ailleurs exemplaire, et nous permet de prendre du plaisir à tant de grands moments... Plastiquement, c'est aussi une fête, qui a fait dire à beaucoup d'ignares que la couleur avait été inventée en 1939! Une intrigue qui rappelons-le, est basée sur une guerre fameuse pour sa pyrotechnie, et le nombre de ses morts, ce qu'un plan célèbre entre tous nous rappelle opportunément, un plan qu'on peut sans aucun problème attribuer à Semznick lui-même: venue à Atlanta pour chercher le Dr Meade, car Melanie va accoucher, Scarlett se retrouve au milieu d'un mouroir, jonché de soldats blessés, mourants ou morts: la caméra recule et s'élève, jusqu'à cadrer un drapeau Sudiste bien mal en point...

Et c'est là qu'il va falloir taper du poing: certes, on tiquera dans ce film, sur le comportement de toutes ces feignasses de blancs du Sud devant ceux qu'ils appellent les "Darkies", mais force est de constater que le film joue la carte d'un recentrage surtout si on en croit la réputation de racisme délirant de Margaret Mitchell, auteure du roman adapté. Ca et là, des allusions à un comportement décent (Ashley parle du fait qu'il aurait de toute façon affranchi les esclaves en prenant possession du domaine de ses parents, même sans la victoire du Nord), des personnages qui offrent une perspective au-delà de l'esclavage (Mammy, interprétée par la géniale Hattie McDaniel), et replacent les rapports entre maîtres et esclaves dans un contexte moins marqué. Bien sûr, que c'est un petit arrangement avec la vérité, mais le fait est que le film n'est pas une leçon d'histoire. De la même manière, s'il est évident pour la personne informée que la réunion de Sudistes qui se lancent à un moment dans une expédition punitive a tout d'une allusion au KKK pour qui sait lire entre les lignes, il n'en reste pas moins que dans le film, les Sudistes en question en ont après les blancs nordistes. 

Dans ces conditions, on ne peut déplorer (surtout dans le climat actuel, où le premier Donald Trump venu, ou le premier Eric Zemmour, ou Renaud Camus, ou Michel Onfray, la liste serait longue, peut se permettre d'aller sur les médias dire des horreurs qui sont autant d'appels à la haine), que le film subisse aujourd'hui une mise à l'index, ayant été déprogrammé pour son racisme supposé. Je pense que si on met Gone with the wind à la poubelle, il va falloir élargir le dépotoir, parce qu'il va y avoir du déchet! C'est en phase avec une époque où l'homo sapiens admet qu'il ne connaît ni son istoire, ni son patrimoine culturel... C'est grave, et c'est bien sûr à rapprocher de récentes censures concernant Lillian Gish ou encore Buster Keaton: ce dernier avait représenté dans un rêve de The playhouse un numéro de music hall qui le voyait se représenter en blackface, selon les règles du music hall de 1922. Le film a lui aussi été déprogrammé pour son contenu politiquement incorrect! Quant à Miss Gish, une décision a été prise de retirer son nom du frontispice d'un cinéma, en raison de son appartenance au casting de The Birth of a Nation, film certes raciste (et d'ailleurs, Miss Gish, que je vénère en tant qu'artiste, était elle-même franchement très rétrograde sur les questions ethniques, mais ce n'est pas une raison)... La seule solution pour pouvoir sereinement affronter le futur est de connaître le passé, ses artefacts, bref, notre histoire. Et Gone with the wind, film phénomène, en fait partie à 100%... Et quel plaisir il nous donne, ce film de 80 ans!

 

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Published by François Massarelli - dans Victor Fleming George Cukor Olivia de Havilland
20 août 2019 2 20 /08 /août /2019 16:30

Le jeune Philip Ashley (Richard Burton) perd son cousin Ambrose dans des circonstances tragiques: celui-ci s'est rendu en Italie pour sa santé, s'est marié, à une mystérieuse cousine, et est tombé malade. Puis la mort l'a emporté: un avocat assure que c'est une tumeur au cerveau qui serait responsable, et du reste le père d'Ambrose était mort de la même façon. Mais les lettres envoyées par Ambrose à son jeune cousin sont troublantes: il y faisait part de ses craintes croissantes d'être victime d'un complot ourdi par Rachel et ses amis... Néanmoins, toute la fortune d'Ambrose revient à Philip. Afin de confondre Rachel (Olivia de Havilland), il la fait venir en Angleterre, et tombe éperdument amoureux d'elle...

Tourné à l'époque où tout à la Fox renvoyait au film noir, ce film gothique adapté de Daphné du Maurier ne fait pas exception à la règle. C'est une production d'une rare élégance, qui a reçu il est vrai un budget conséquent en vue d'être réalisée par George Cukor... Une fois celui-ci retiré du projet, Koster a donc pris les rênes, et s'est plutôt bien acquitté de sa tâche. Mais soyons franc: si le film tient vraiment debout, il le tient à sa star, et je ne parle évidemment pas de Richard Burton... Olivia de Havilland, déterminée depuis la fin de son contrat avec la Warner à incarner l'ambiguïté cinématographique, est à la fête avec ce rôle délicieusement équivoque: si on la voit du point de vue de Philip, alors il est clair qu'il y a deux interprétations pour chaque geste, chaque regard, chaque phrase qu'elle prononce. Mais retirée de son contexte "noir", la performance de l'actrice est totalement, superbement dans le canon d'un personnage de veuve Victorienne. Et le film a le bon goût, tout en offrant une résolution à certains aspects de l'intrigue, de laisser la porte suffisamment ouverte.

 

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Published by François Massarelli - dans Olivia de Havilland Noir
6 juillet 2019 6 06 /07 /juillet /2019 08:05

On ne va pas tourner autour du pot: avec son ouverture en forme de quasi abstraction (une visite nocturne sublimée par la musique de Dmitri Tiomkin, dans une maison où un crime vient d'être commis), son numéro d'actrices (Olivia de Havilland et Olivia de Havilland qui interprètent toutes les deux des jumelles identiques), son limier atypique (Thomas Mitchell), l'arrière-plan psychologique, et les prouesses techniques, ce film de Robert Siodmak est un film noir modèle, à la fois totalement satisfaisant dans ce qu'il montre du genre, et complètement unique par ses extravagances...

Un crime vient donc d'être commis, le Docteur Peralta a été retrouvé un poignard baroque dans le dos! L'inspecteur chargé de l'affaire (Thomas Mitchell) a dans un premier temps du mal à trouver une piste, jusqu'à ce qu'une femme fréquemment vue chez le bon médecin ne soit signalée par un, puis deux, puis trois témoins: Teresa Collins (Olivia de Havilland), en effet, était supposée se marier avec lui, et ils se seraient disputés assez fortement le jour de sa mort... L'inspecteur identifie la jeune femme, qui travaille en bas de l'immeuble du cabinet du docteur, puis lui annonce la mort de son ami: elle s'écroule... Le problème, c'est qu'elle a un alibi, assez solide. "Assez", mais pas totalement: l'inspecteur se rend chez elle, et tombe sur non pas une mais deux femmes, totalement identiques. Le docteur Scott (Lew Ayres) un brillant psychologue ami de Teresa (et qui lui aussi ignorait qu'elle avait une soeur jumelle) est mis sur l'affaire par la police, et la situation ne va pas tarder à devenir vraiment compliquée: soit Ruth, soit Teresa, qui avaient toutes les deux pris l'habitude de se mélanger, et de passer pour Teresa, a tué le docteur Peralta, et le procureur est dans l'impossibilité de faire la différence entre les deux femmes, rendant l'enquête et ses conclusions nulles: les deux soeurs utilisent en effet leur ressemblance absolue pour se couvrir mutuellement...

On passera sur le cas juridique, théoriquement possible, mais hautement improbable: en se contentant de répondre 'je ne peux pas répondre' à toutes les questions qu'on leur pose, les deux jumelles rendent en effet toute investigation impossible, car quelle que soit la jumelle qui a effectivement tué (et une conversation entre elles prouve que l'autre, quelle qu'elle soit, ne croit pas en sa culpabilité), l'autre ne peut sous aucun prétexte être inculpée... Le film se place très vite plus sur le domaine de la psychologie que de l'enquête policière proprement dite: dès le générique, qui se déroule sur fond de cartes pour le test de Rorschach, en fait, nous le savons, et la symétrie présente sur les taches d'encre des cartes nous donne aussi un renseignement de taille...

Car l'enjeu du film c'est justement non la culpabilité de l'une des soeurs, et par conséquence l'innocence de l'autre: c'est basé sur une superstition d'ailleurs citée par le film, selon laquelle la gémellité entraînerait fatalement un déséquilibre psychique chez les paires identiques, que le film avance l'hypothèse de deux soeurs, une saine, et une... dérangée, pour ne pas dire furieusement homicide. Et c'est là que la mise en scène de Siodmak fait un boulot fabuleux: d'abord par l'installation du doute chez le spectateur: le doute que ces deux femmes qui sont un cocon à elles toutes seules, du moins apparemment, puissent vraiment ne rien avoir à se reprocher, puis le doute qu'elles soient si identiques, et enfin le doute que l'une d'entre elle puisse longtemps échapper à la folie de sa soeur. Laquelle? Regardez le film!

Prouesse technique, disais-je: ce n'est pas peu dire, car Siodmak ne s'est rien interdit, et choisit à la façon d'Hitchcock de nous livrer assez tôt la partie importante de la clé de l'énigme, puisque tout dans le film repose sur la dualité, vieux serpent de mer du film noir, mais ici retourné complètement par le fait qu'elles sont deux. Et il nous invite chez elles pour des apartés qui jettent de l'huile sur le feu. Avant de semer en nous la confusion, car l'une des deux femmes se fait aisément passer pour l'autre, et la manipule comme un rien... A moins que ce ne soit l'autre. Ou les deux... Donc Siodmak passe par les miroirs, énormément, d'ailleurs l'une des premières choses qu'on verra dans la maison du crime dans le premier plan, est un miroir brisé, qui a sauvagement été attaqué! Une petite énigme dans l'énigme qui aura son explication finale, rassurez-vous. Ensuite, le cinéaste a recours à des caches, puis des doubles pour les plans où l'une des deux Olivia de Havilland est de dos. Enfin, il a trouvé en Olivia de Havilland une actrice géniale, qui a beaucoup souffert d'être considérée comme la sainte-nitouche premier choix du cinéma d'aventures, et a donc très envie d'écorner son image: interprétant deux femmes parfaitement identiques, habillées exactement de la même façon, l'actrice n'a pourtant aucun mal à les différencier, et finit même par nous les rendre soit reconnaissables au premier regard, soit par nous en donner l'impression: nous sommes irrémédiablement propulsés dans la même confusion psychologique que les enquêteurs et scientifiques... C'est un rôle, pardon deux rôles formidables pour une actrice géniale. Siodmak s'amuse aussi en les montrant d'abord systématiquement habillées de la même façon, puis en changeant progressivement... à partir du moment où le psychologue affirme qu'elles sont différentes et qu'une d'entre elles est folle, les vêtements changent, et les différences vont passer autant par le comportement que par l'habit...

Je ne vais pas développer trop, mais je me demande dans quelle mesure Siodmak et Olivia de Havilland ont utilisé pour ce film la notoire et embarrassante rivalité si désespérément publique entre Olivia et sa soeur Joan Fontaine, d'autant que les deux soeurs, les vraies, se ressemblaient beaucoup.  Ce serait à Olivia de Havilland de nous le dire.

Ce film qui a le bon goût d'être court, intense, jamais dénué d'humour, qui a en prime une solide dose de culot, et qui aligne les performances (actrice, acteurs, photographie et truquages, par le grand Eugen Shüfftan, hélas non crédité, musique de Tiomkin, et script d'une grande finesse par Nunnally Johnson) est sorti en 1946, et contrairement à beaucoup des premiers films noirs (Rebecca, Laura, ou encore The Big Sleep et The Maltese Falcon) qui eux étaient distribués par les grands studios, Warner, RKO, Paramount ou 20th Century-Fox, est en fait dû à une toute petite structure indépendante créée par Nunnally Johnson. Mais il joue, sans aucun doute possible, dans la cour des grands!

 

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Published by François Massarelli - dans Noir Olivia de Havilland Robert Siodmak
1 juin 2019 6 01 /06 /juin /2019 08:54

Plus ou moins basée sur Washington Square de Henry James, la pièce originale avait tapé dans l'oeil de Olivia de Havilland, qui depuis son départ de Warner se lançait avec audace dans des projets de plus en plus personnels. De même, c'est elle qui a fait appel à William Wyler - en espérant qu'il dise oui! C'est dire si le film lui tenait à coeur...

Les Sloper vivent à Washington Square à New York, un quartier tout ce qu'il y a de convenable pour des gens "très biens". Le docteur (Ralph Richardson) fait son travail, hautement respecté de sa clientèle; il vit avec sa fille Catherine (Olivia de Havilland), accueille pour un petit temps sa soeur Lavinia, récemment devenue veuve (Miriam Hopkins), et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes... Austin Sloper, veuf inconsolable, souhaite bien entendu que sa fille trouve un jour un mari, mais... Il en doute, car il n'a pas le moindre doute: elle est irrémédiablement, définitivement, incontestablement médiocre. Le seul atout en sa faveur serait, probablement, son argent: et c'est bien là le problème, comme Catherine ne va pas tarder à le constater quand un prétendant, Morris Townsend (Montgomery Clift), va s'infiltrer avec insistance dans sa vie. Pour Catherine, peu habituée aux attentions, ce sera l'amour au premier regard. Pour son père, Morris n'est qu'un chasseur de dot. Pour Morris...

La cruauté: c'est bien sûr le mot clé de tous les commentaires sur le film, aussi bien la cruauté de James, que celle de la situation développée dans le film, celle du père également, qui a tant regretté le décès prématuré d'une épouse qu'il adorait qu'il en a en retour projeté sur sa fille unique l'image impossible à atteindre de la perfection. Et en retour, aussi des développements qui vont encore plus loin, le fait d'être cruel dans cet environnement devenant la solution à tous les problèmes, semble-t-il...

Wyler organise sa mise en scène autour d'un nombre limité de personnages. Aucun des domestiques ne partage son point de vue, et Lavinia est hors-jeu, y compris lors de quelques scènes où elle complote gentiment pour faciliter les affaires des amoureux, que le père empêche de se voir. Morris est quant à lui toujours cantonné dans le point de vue des uns (Austin, qui n'a pas le moindre doute quant à la duplicité du jeune homme, et qui a des arguments) ou des autres (Catherine, amoureuse, et qui a des arguments elle aussi, est persuadée que son affection est réelle). Et pour cause: il est l'enjeu même du film, et à travers lui, le destin d'une femme qui a tellement été étouffée par son père qu'elle en a acquis une certaine incapacité à vivre par elle-même...

Outre une utilisation parfaitement maîtrisée du cadre dans ces scènes généralement situées dans la maison des Sloper, le miroir est sans doute le "truc" le plus souvent utilisé dans le film par la mise en scène, dans ces pièces immenses où évoluent les personnages. Extension de l'action, raccourci génial quand l'image qui s'y reflète est celle de Lavinia (Miriam Hopkins vit le film entier comme une occasion pour son personnage de revivre sa vie amoureuse par procuration, elle est formidable) qui dévale l'escalier pour rejoindre sa nièce; occasionnellement le miroir est aussi un reflet de l'âme des personnages notamment dans deux plans, l'un où Austin aperçoit sa fille occupée à son unique passe-temps, la broderie, mais l'image qui se reflète d'elle montre un visage dur, voir impitoyable vis-à-vis de son père. Puis quelques instants plus tard, le père qui vient d'annoncer une mauvaise nouvelle se retire, aperçu dans le miroir comme assujetti à la volonté désormais bien affirmée de sa fille, multipliée par deux: la vraie Catherine et son reflet. mais cette fois-ci les deux ont exactement la même attitude...

Olivia de Havilland a joué ce rôle avec une gourmandise particulièrement visible, et n'a pas lésiné sur les effets pour se vieillir, et comme la réaction de toute la bonne société, à part Morris bien sûr, est de lever les yeux au ciel quand il s'agit d'elle, on notera aussi qu'elle évite le maquillage, sauf sur les paupières mais pour les enlaidir; elle joue en permanence dans le premier et le deuxième acte une jeune femme qui tient sa place et ne comprend pas grand chose... Avant de revenir transformée au troisième, légèrement maquillée, comme rajeunie: elle a pris son destin en main, car elle est livre: son père est mort...

Le film est d'une richesse inépuisable, une grande gorgée de venin et d'ironie vacharde, déguisée en drame romantique, avec ces décors et ses costumes si soignés... La vie de la pauvre Catherine n'est pas rose, certes, mais quel bonheur cinématographique! Quel film! Quelle actrice!

 

 

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Published by François Massarelli - dans William Wyler Olivia de Havilland
17 mai 2019 5 17 /05 /mai /2019 16:21

Avant de s'attaquer à ce qui est un admirable monument, considérons un instant l'histoire, la vraie. Celle avec un grand H... Quand Custer meurt à Little Big Horn, c'est la dernière chance d'un homme que la politique Américaine a sévèrement rejeté, qui a trop longtemps été considéré comme non fiable, et qui meurt d'envie de devenir le président des Etats-Unis. Militaire compétent mais impulsif, il a gagné des médailles pour le Nord durant la guerre de Sécession, mais la vie civile ne lui a pas été clémente. Il a vu d'un oeil de plus en plus jaloux le général Grant, ancien alcoolique notoire, devenir président en 1868, 'est s'est dit que son tour viendrait. Mais plus soucieux de son image, de sa publicité que de stratégie ou de plan à long terme, il n'a pas réussi à s'imposer... La bataille de Little Big Horn, c'est donc un cas atterrant de manque total d'intelligence, de forfanterie, et d'aveuglement, qu'une publicité posthume a transformé en sacrifice divin: la vérité, c'est que Custer refusait d'ouvrir les yeux devant le fait que ses 700 hommes, face aux milliers d'Indiens exceptionnellement unis entre trois branches normalement antagonistes, ne faisaient tout bonnement pas le poids, et que non, une fois confrontés aux demi-dieux blancs et blonds, les hommes rouges n'allaient pas battre en retraite. Il a donc, par sa bêtise, sur un coup de poker, envoyé plus de trois cents bonshommes à la mort, et forcé le gouvernement Américain, pour gérer la confusion qui s'ensuivit, à pendre des mesures encore plus féroces contre les Sioux vainqueurs... Bref, Custer, historiquement, est une nuisance, qu'on a trop facilement transformé en un héros... un peu à la façon d'un Napoléon, le chapeau à la con en moins...

Venons en au film, qui prend le contre-pied, s'assoit allègrement sur l'histoire, et propose un spectacle western de toute beauté. Walsh est un artisan de l'histoire, avec un petit h, il en a raconté toute sa vie, a aussi menti toute sa vie, comme tant d'autres, et ses contes ne sont pas près de nous lasser, donc on ne va pas, pour une fois, se plaindre, ou alors il faudrait jeter tous les westerns! Car je ne sais pas si vous le savez, mais un western, c'est forcément un ramassis de stupidité, et si ce film ment, c'est en nous montrant la politique politicienne qui n'hésite pas à s'asseoir sur un traité de paix avec les Indiens, pour protéger des intérêts privés... Ce 'est un mensonge que par déplacement, et si on fait de ce pauvre imbécile de Custer un chevalier blanc tentant de protéger les intérêts des Indiens, et se sacrifiant plutôt que de cautionner le mal qui leur est fait, interprété par Errol Flynn qui plus est, c'est historiquement faux, mais tout à fait valide de mon point de vue!

Donc, on suit Custer, de son arrivée à West Point en 1857 jusqu'à Little Big Horn, 19 ans plus tard. On voit comment le cadet incorrigible, impétueux, mais sympathique gaillard se voit dépêché à Washington avant la fin de ses études par les dirigeants de l'école comme un officier potentiel, et ruser pour obtenir un poste. On le voit changer la donne à Gettysburg, courtiser Olivia de Havilland, à laquelle je souhaite à nouveau un bon anniversaire puisqu'elle eu 100 ans hier, on le voit, et c'est Errol Flynn! Et Flynn plus Raoul Walsh, dont c'était la première collaboration, c'est un alliage fantastique. C'était un film, une fois de plus, prévu pour Michael Curtiz, mais Flynn y a mis son veto (Lassé de servir un metteur en scène certes génial, mais qui ne savait qu'aboyer sur les acteurs), et je pense que le film en a bénéficié: Walsh, depuis The birth of a nation sur lequel il était en charge de la coordination des batailles, est parfaitement dans son élément dans ce genre de film, et le montre en permanence. Tout ici est fait pour nous agripper, et ne plus nous lâcher avant la fin du film, qui bien sur passe par une spectaculaire et galvanisante reconstitution de la boucherie de Little Big Horn...

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Western Olivia de Havilland
10 mai 2019 5 10 /05 /mai /2019 18:21

Le flash-back, dans le Hollywood classique, reste toujours une affaire de choisir son camp: Welles, en 1940, en use et en abuse avec génie; Hawks, du début à la fin de sa carrière, l'évitera avec une constance bornée... Raoul Walsh, conteur pourtant ô combien classique, n'avait pas cette pudeur, et pour cause: tant de films le montrent, le réalisateur restera toute sa carrière durant coincé dans la nostalgie de ses années de jeunesse à New-York, celles-là mêmes qui font le sel de Regeneration et de The Bowery... Et en deux films-clés, The Strawberry Blonde et Gentleman Jim, le vétéran revenu au premier plan grâce à son passage à la Warner va se replonger dans ce bain de jouvence fortement nostalgique, et fortement teinté d'un humour solide, Irlandais, et... profondément humain.

Comment le dentiste Biff Grimes (James Cagney) a-t-il fini pour se marier avec Amy Lind (Olivia de Havilland) alors qu'il en pinçait sérieusement pour une autre (Rita Hayworth), et pourquoi a-t-il fait de la prison? A l'occasion d'un retour inattendu d'un ancien ami dans sa vie, le personnage se souvient du début de son vingtième siècle à lui, à une époque ou tout semblait modestement lui sourire, et surtout, il allait sans doute réussir à séduire Virginia, la femme de sa vie...

Avec son sens phénoménal du conte, Walsh fait de l'or avec presque rien, une petite histoire nostalgique, avec le soupçon d'une vengeance qui se dégonfle comme une baudruche, et la satisfaction d'une vie finalement pas ratée, des petits bonheurs d'avoir finalement trouvé le partenaire idéal alors que tout faisait craindre le contraire... On aime Biff Grimes et ses idées rétrogrades, et surtout on adore Amy et son sens de la provocation, il faut dire que James Cagney et Olivia de Havilland, c'est l'alliance du bien et du bien. Comme en plus Walsh se plaît une nouvelle fois, quoique de façon plus policée que dans The Bowery (mais c'est d'une autre époque, plus permissive que date ce dernier) à recréer le New York de sa jeunesse, à travers ses quartiers ("allons faire un petit tour tranquille à Harlem"), ses moeurs (le rendez-vous arrangé sous trois tonnes de prétextes afin de préserver les faux-semblants), et même son langage, le plaisir ne peut qu'être au rendez-vous.

Film-bonbon, film-madeleine, The Strawberry Blonde est l'un des plus beaux films de Walsh. Il n'a pas son pareil pour recréer une époque jusque dans ses moindres détails, sans en faire tout un plat, et pour adopter la meilleure façon de raconter une histoire qui vous accroche et ne vous lâche plus... Parce qu'il aime ses personnages, son dentiste autodidacte, son infirmière amoureuse, et son coiffeur Grec, et qu'il nous les fait aimer.

 

 

 

 

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Comédie Olivia de Havilland
4 mai 2019 6 04 /05 /mai /2019 16:56

Ce film, adapté d'un roman largement autobiographique à gros succès de Mary Jane Ward, était le projet personnel de Litvak, déterminé à le mettre en route, mais qui avait du essuyer un refus catégorique de tous les studios et producteurs auxquels il s'était adressé... Sauf Zanuck. Il est vrai que sous l'impulsion de ce dernier, la Fox était un peu devenu LE studio des gros projets: Gentleman's agreement, qui venait d'obtenir l'oscar du meilleur film, traitait de l'antisémitisme ordinaire, par exemple... Mais le sujet promettait des difficultés phénoménales pour devenir attractif pour le public. 

Et pourtant...

Certes, il y a eu de profondes modifications entre le livre et le film, l'une d'entre elle, et non la moindre, consistait à résoudre la question de la source du trouble du personnage principal, et en la présentant comme une énigme. Bon, je ne vous le cacherai pas plus avant: elle n'a pas le plus grand intérêt, si ce n'est de nous offrir une perspective d'avenir intéressante pour un personnage qu'on ne peut pas ne pas aimer... Pour le reste c'est juste une convention cinématographique, et l'intérêt est ailleurs. Et ça, Olivia de Haviland l'avait bien compris...

Elle interprète donc Virginia Cunningham, une jeune mariée à problèmes, qui est internée suite à une dépression monumentale, et un comportement particulièrement erratique. Virginia sera notre sésame pour "visiter" une institution mentale... La jeune femme va expérimenter la confusion, les traitements violents, la douceur, le dépit, la jalousie des un(e)s, l'amitié et la pitié des autres... Et se méfier de toutes, tous, et de tout... Y compris de son mari.

Le film commence d'ailleurs par une scène de confusion mentale impressionnante, dans la mesure où la grande actrice la joue en nous faisant passer d'une impression à l'autre, mais en gardant une grande cohérence. La chronologie bouleversée du film est l'une des meilleures idées de Litvak, tout comme son choix de privilégier aussi souvent que possible le point de vue de Virginia. Le film est dur dans sa peinture des relations difficiles non seulement entre les pensionnaires elles-mêmes, mais aussi entre les personnes malades et leurs soignants. Le système y est vu avec ses qualités et ses défauts, et il faut parfois avoir le coeur bien accroché, même si compte tenu de la date de confection du film, il y a de nombreux aspects qui étaient fatalement proscrits. Mais ils sont là pourtant, en filigrane. On les trouvera assez facilement... 

Quoi qu'il en soit, c'est un superbe film, et une performance hors du commun par une des plus grandes actrices de l'âge d'or d'Hollywood, au sommet de son art...

 

 

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Published by François Massarelli - dans Olivia de Havilland
20 juillet 2016 3 20 /07 /juillet /2016 16:32

Ce film est une preuve supplémentaire du fait qu'il faut se garder de sous-estimer la carrière de Curtiz après son départ de la Warner; La période "free-lance" qui commence avec The egyptian et s'achève avec The comancheros et la mort du réalisateur est en effet riche et même si quelques films ne valent pas grand chose (A breath of scandal, St Francis of Assisi), on y trouve quelques joyaux... Dont cet impeccable western.

Tout commence par l'arrivée du "proud rebel" à Aberdeen, une petite ville, L'homme est un ancien soldat Sudiste, et il va dans le Nord pour oublier. Il est accompagné de son fils, devenu muet pendant la guerre suite à un traumatisme, et sinon ils ont un cheval et un chien. Le but de Chndler (Allan Ladd) est de se rendre dans le Minnesota pour y dénicher un docteur qui rendra la parole à son fils. Celui-ci, David (David Ladd) pourtant semble s'accommoder de son handicap, et a développé une solide amitié avec son chien Lance, qu'il a d'ailleurs dressé avec succès. Du coup l'animal devient un objet de convoitise, en particulier pour deux bergers qui tentent de le voler. dans l'altercation qui suivra, Chandler n'aura pas le dessus, et devra en prime, à cause de l'hostilité de la population à son égard, passer en jugement. Linett (Olivia De Havilland), une femme qui vit seule, un peu à l'écart de la ville, et qui a pris David en affection, se propose de payer la caution de John Chandler en échange d'un peu de travail. Mais le séjour de l'homme et de son fils ne sera pas de tout repos: non seulement il s'avère que le prix d'une opération de la dernière chance pour David est très cher, mais la lutte avec les voisins, les éleveurs de moutons rencontrés au début, sera âpre...

Le "rebel" du titre est un "reb", un ancien Sudiste qui a participé à ce que le Nord a appelé "civil war", et le Sud "Guerre de rébellion"... Et de fait, dans ce film comme toujours Allan Ladd incarne un homme fier, campé sur ses principes, en butte à la folie humaine et pas spécialement un rigolo. le contraste avec la bonté chaleureuse de Linett ne dure pas longtemps, on se doute que ces deux-là sont faits l'un pour l'autre et qu'ils se sont trouvés. Mais le film n'est pas que l'histoire d'un amour tardif et poétique, c'est aussi une étude de l'éternelle violence des pionniers, y compris dans une ville pacifiée, établie et dont les affaires marchent rondement. on y dénombre des éleveurs, des agriculteurs, et un roche éleveur de chiens. il y a aussi un docteur, un quaker qui va beaucoup aider John pour tenter une opération... mais en dépit de ces gages de civilisation, Curtiz nous montre les hommes en proie à la lutte pour la terre, des bergers faisant exprès de faire brouter leurs bêtes sur la terre des agriculteurs, pour affirmer leur puissance et les faire dégager... Des gens qui assènent, du hait de leur suffisance, que "tout s'achète, si le prix est le bon" avant de perdre bêtement ce qu'ils ont acheté au jeu. Au milieu de tout ça, John Chandler, gentleman sudiste qui a tout perdu sauf l'honneur, apporte justement un souffle de vraie civilisation à Linett, qui redevient une femme grâce à sa présence... Allan Ladd est fidèle sa légende, à l'austérité de Shane, mais il est aussi, avec ses illusions perdues et sa volonté de survivre à l'abri des autres, et des conflits, un héros Curtizien, un homme revenu de tout qui va apprendre en bon Américain à s'impliquer un peu au moment opportun...

Le film est délibérément chargé en émotions, non seulement par le truchement d'Allan ladd, qui a beaucoup à gagner dans cette aventure, lui qui est décidément très mal vu (On l'appelle "Le reb" partout où il va), mais aussi par le biais de David Ladd, qui est absolument parfait. Je n'ai pas besoin de dire qu'Olivia De Havilland est formidable dans un rôle qui lui fait assumer son âge avec panache, mais ce qui est aussi très frappant dans le film, c'est la façon dont, dans une superbe scène d'une grande cruauté, le metteur en scène adopte le point de vue... du chien. Superbe film quoi qu'il en soit

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Western Olivia de Havilland
29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 18:34

Ce film très controversé est le troisième des westerns de Michael Curtiz avec Errol Flynn. Ce dernier y interprète le personnage historique de Jeb Stuart, un militaire sudiste qui a bien, comme le dit le film, été à West Point avec Custer, mais qui est ici bien plus romantique que son modèle. L'histoire est surtout celle de John Brown (Raymond Massey), un prédicateur fanatique qui trouvait que les anti-esclavagistes prenaient bien trop leur temps pour passer à l'action contre le Sud, et qui a été un important agitateur durant la décennie qui a précédé la guerre civile.

Si des gens (nordistes, dont le fameux Custer -Ronald Reagan- dans le film) ont eu tendance à le suivre ou l'excuser, il était malgré tout considéré comme un dangereux terroriste: il souhaitait tout simplement libérer tous les esclaves, par la force s'il le fallait. Flynn-Stuart (Ce dernier était effectivement esclavagiste dans la réalité) adopte une position légitimiste: ce n'est pas à une initiative privée de trancher entre les états du Sud et ceux du Nord. Le sous-entendu est clair: c'est à un président démocratiquement élu de le faire...

Ce que Lincoln fera d'ailleurs, mais ça n'a pas du plaire à Jeb Stuart!

Fidèle à son habitude, Curtiz n'a que faire de la politique, par ailleurs très ambigue, de ce film: les seuls politiciens présents sont le Général Lee, et un ministre de l'administration démocrate qui précéda Lincoln, du nom de Jefferson Davis. Le premier est connu pour avoir rejoint le Sud dont il était originaire au moment de la guerre de Sécession, et avoir embrassé la cause des esclavagistes alors qu'il n'en était pas un partisan... Le deuxième est surtout connu pour avoir été le président de la confédération du Sud durant la guerre.

Le scénario rappelle la sympathie toujours observée aux Etats-Unis non pour la cause de l'esclavage, mais pour la défense par les états du Sud de leur légitimité; ce que Curtiz met en valeur, c'est le destin de tous ces gens, la marque de John Brown qui en fait un futur pendu, ou la visite de tous les jeunes soldats à une voyante Indienne, qui leur annonce leur "brouille": celle-ci, dit-elle, a déjà commencé et fera d'eux des ennemis mortels.

John Brown a permis d'allumer le feu de la guerre civile; en attendant, Curtiz nous montre les uns et les autres qui vont devoir choisir leur camp et s'entre-déchirer s'il le faut; un thème typique de ses films de la période, donc, même si le metteur en scène, fidèle à son habitude, reste neutre, et nous décrit des Etats-Unis en proie au chaos. Il se laisse volontiers aller à quelques séquences baroques, et Raymond Massey a beau être le méchant de l'affaire, le dernier mot lui revient: il sait que le destin l'a choisi pour entamer ce conflit, et bien qu'on célèbre un mariage (dans un train en marche, tout un symbole! Et avant que vous ne posiez la question, oui, c'est bien Olivia De Havilland...), c'est vers une guerre nécessaire que les Etats-Unis se dirigent.

On passera sur le traitement des noirs dans le film, désignés naturellement comme des esclaves dans un train où les braves gens s'offusquent de leur présence, ou se rendant eux-mêmes à la conclusion que la liberté que leur promet Brown n'est pas tant plaisante, et que dans ce cas ils préfèrent retourner à la servitude! Il n'y avait pas vraiment de progressisme à attendre en matière d'ethnicité de la part des dirigeants de la Warner en 1940, et Curtiz continuait à filmer en contournant les obstacles avec prudence!

Ce que le film ne dit jamais, mais sous-entend, tant par les prédications foldingues de Brown que par la prudence du soldat Jeb Stuart, c'est que la raison pour laquelle les USA ont tardé à régler leur problème d'esclavage, c'est que les gouvernements qui ont précédé Lincoln étaient trop timorés pour faire quoi que ce soit: Le statu quo observé dans le film a duré 40 ans... Il ne faut sans doute pas trop s'attacher à la politique de ce film, pas plus qu'à celle de Casablanca ou Passage to Marseille; mais il recèle de nombreux détails, visibles ou non, qui en font un film Curtizien très classique, même mineur.

 

The Santa Fe Trail (Michael Curtiz, 1940)
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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Western Olivia de Havilland