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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 18:46

L'un des cinq films de Michael Curtiz en cette année 1938, Four's a crowd n'est pas de la même veine que The adventures of Robin Hood (Co-réalisé par William Keighley) ou Angels with dirty faces, mais c'est une intéressante contribution à un genre auquel le cinéaste n'a pourtant pas beaucoup contribué: la screwball comedy. Il y est question, essentiellement, de mariage, de chassé-croisé amoureux entre quatre jeunes gens qui passent leur temps à changer de bras (Errol Flynn, Rosalind Russell, Patric KNowles et Olivia de Havilland); la motivation première pour ce film était essentiellement de permettre à Flynn de démontrer sa versatilité, et il est assez intéressant en consultant en relations publiques prêt à tout pour amener le richissime et extravagant Walter Connolly à lui confier son business. Rosalind Russell est une journaliste qui travaille pour l'éditeur Patric Knowles, et celui-ci est fiancé à Olivia de Havilland, qui n'est autre que la petite-fille du millionnaire...

De l'agitation, des dialogues à la mitraillette, des acteurs qui s'amusent comme des petits fous à buter dans le mobilier, et une action à cent à l'heure ne garantissent pas forcément la réussite d'un tel film. Et si le metteur en scène a décidé de s'approprier le film en se faisant plaisir (Il y a, clairement, du mouvement, et les plans séquences avec centaines de figurants sont là pour témoigner que les rênes sont bien entre les mains de Curtiz), il a surtout livré une copie qui est un peu le Canada Dry des Screwball comedies: ça ressemble à, ça a l'apparence, la couleur, le son ou même le tempo, mais ce n'est pas. C'est, après tout, trop brut de décoffrage, pas assez raffiné. Dans le genre, la même année Hawks allait fournir le joyau ultime avec Bringing up baby, et donner à voir une bien meilleure performance de Rosalind Russell auprès de Cary Grant dans His girl friday deux ans après. Mais c'est sans doute le seul film dans lequel on peut voir Flynn, une poche pleine de beurre, chasser un chien dans une chambre la nuit, en compagnie d'une fofolle en pyjama, jouée par Olivia de Havilland, qui est ravissante. Comme d'habitude. Ceci était malgré tout un argument subliminal en faveur du film.

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Olivia de Havilland
1 janvier 2013 2 01 /01 /janvier /2013 17:32

Il y a un commencement à tout; par exemple, Captain Blood: c'est le premier film parlant spectaculaire de Michael Curtiz, le premier film de pirates à la Warner depuis les années 20 (Et encore ceux-là étaient généralement des films importés de la Vitagraph ou de la First National, les compagnies avalées par WB durant la décennie), la première grosse production à confier un premier rôle à Errol Flynn, et la rencontre de celui-ci avec Olivia de Havilland. L'année 1935, qui voyait le code de production (Supposé amener une auto-censure plus drastique de la part des studios eux-mêmes) se renforcer, voyait également les studios retrouver les films à panache, les grosses productions et le "swashbuckler". Cette même année, la WB sortait A midsummer night's dream (Max Reinhardt et William Dieterle) et préparait Anthony Adverse (Mervyn Le Roy), la MGM obtenait l'Oscar du meilleur film avec Mutiny on the Bounty (Frank Lloyd)... C'était donc une période charnière.

 

De tous ces débuts, le film de Curtiz est surtout notable pour être le début de la carrière Hollywoodienne proprement dite de Flynn: c'est Curtiz qui l'a signalé au studio, en remplacement de Robert Donat qui était le premier choix. L'acteur de Tasmanie allait donc pouvoir interpréter son premier Irlandais... Peter Blood n'est pas un pirate, c'est un médecin: lors de soulèvements protestants contre Jacques II, il ne lève pas le petit doigt, estimant être pus utile à tous en tant que docteur. C'est donc parce qu'il a soigné un rebelle qu'il se fait arrêter. Avec d'autres condamnés à mort, il est envoyé à Port Royal comme esclave, ce qui rapporte plus à la couronne que de les exécuter. Là, il doit supporter le joug du tyrannique Colonel Bishop, aide camp du gouverneur. Par contre il s'attire les bonnes grâces de ce dernier en soignant sa goutte; il tombe amoureux de la nièce du colonel, la jolie Arabella, qui a tout fait pour alléger sa charge... A la faveur d'une attaque Espagnole, Blood et ses camarades s'évadent, chapardent un bateau aux Espagnols, et se font pirates...

 

Peter Blood est l'archétype du héros joué par Flynn: apolitique de coeur, il ne prend parti que contraint et forcé, pour des raisons humaines toujours, jamais idéologiques. Capable d'indulgence envers le camp adverse, à plus forte raison si Olivia de Havilland y figure (Arabella Bishop comme Maid Marian Fitzwater), il est aussi un Irlandais cabochard dont les vertus sont parfois entâchées d'un soupçon d'arrogance (Custer, Blood), d'une tendance à la vengeance qui est d'abord et avant tout une tenace rancune: Peter Blood en veut particulièrement, non à la couronne, mais au roi Jacques II. quand celui-ci est déposé, il abandonne la piraterie et se porte immédiatement au secours des Anglais qu'il vouait à la mort quelques secondes auparavant... C'est un meneur d'hommes porté par un code d'honneur très strict, qu'il n'impose qu'en en démontrant la nécessité... Beaucoup plus complexe et entier que bien des héros, il n'hésite jamais à joindre le geste à la parole, ce qui nous donne d'impeccables scènes d'action. Il est secondé par la fine fleur de la Warner: Guy Kibbee, Ross Alexander, et doit croiser le fer avec Lionel Atwill (Bishop) ou le grand Basil Rathbone (Le pirate Français Levasseur, qui a décidé de vivre en dehors du code d'honneur de Blood...). Et il tombe bien sur amoureux de celle qu'il recroisera sept films durant: Olivia de Havilland, l'autre grande découverte du film; Arabella est un personnage complexe là aussi, mue par autre chose que ses sentiments de classe, elle est clairement attirée par Blood, envers lequel elle nourrit sans doute bien plus qu'un intérêt matrimonial.Son tempérament fait d'Arabella une égale, ou en tout cas une femme qui dépasse le rôle conventionnel de potiche.

 

Michael Curtiz a mis du temps à revenir à un film de l'ambition de celui-ci. Mais son métier impeccable, et ses états de service irréprochables lui ont sans doute valu d'être considéré par la Warner comme le seul à même de mener un tel spectacle à son terme. C'est un pari tenu, et le metteur en scène le signe dès le début, dès cette scène qui voit Jeremy Pitt, à cheval (Un souvenir de la fameuse chevauchée de Paul Revere pour fédérer le public Américain? Peut-être...), se mettre en quête d'un médecin pour soigner un de ses compagnons de rebellion. Le mouvement, dès la première image: c'est une tradition qui a la peau dure chez le réalisateur fasciné par la notion même de locomotion, qui entend ainsi signaler que le cinéma se doit de bouger. Et c'est parti pour un film dont chaque scène est parfaitement intégrée à une continuité solide, pour 119 minutes... Curtiz accompagne la destinée du vagabond des mers Peter Blood, à nouveau un héros de ses films qui a la bougeotte, et nous le montre aspirer à une idée de conquête et de pillage, certes, mais avec décence. Apolitique par nature, comme d'autres personnages de Curtiz, il se situe de lui-même hors du droit Anglais, à l'écart de tous, à la recherche d'un idéal qui n'existe pas encore, mais qui pourrait bien être l'Amérique... Le film n'est pas un pamphlet, pourtant. Curtiz est trop occupé à faire le meilleur des films de pirates possible, et y parvient semble-t-il sans peine! Il convoque suffisamment de scènes obligées, d'humour, et de possibilités de s'identifier à la quête de Blood, pour permettre au public de s'y retrouver parfaitement. Les scènes de bataille portent sa marque, c'est-à-dire qu'elles sont épiques, montées de mains expertes, et filmées au plus près: la caméra est au milieur du bateau, et les plans semblent s'approcher toujours plus près des visages et des armes...

 

Au beau milieu des années 30, donc, Captain Blood rend une nouvelle jeunesse à un genre tout entier, le recrée de fait. impossible d'imaginer après ce film une épopée de pirates qui n'en aurait pas subi l'influence, un héros qui aurait vu le personnage créé par Flynn. Ce film va placer Curtiz au sommet de la Warner, le rendre définitivement incontournable... et en plus, Captain Blood est totalement irrésistible! Chef d'oeuvre, donc, en plus d'inaugurer une noucvelle ère...

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Olivia de Havilland
25 décembre 2012 2 25 /12 /décembre /2012 18:38

Film de prestige? Plutôt caprice d'actrice d'abord et avant tout, ce film aux couleurs magnifiques est aussi, selon moi l'un des plus ennuyeux films Warner de son auteur! Bette Davis avait désiré participer à l'adaptation de la pièce à succès de Maxwell Anderson, Elizabeth the Queen, et envisageait Laurence Olivier pour lui donner la réplique. La Warner a préféré confier le rôle d'Essex à Errol Flynn, afin de capitaliser non seulement sur la popularité de l'acteur, mais aussi sur le choc d'une rencontre au sommet entre la reine (Queen bitch, mais passons) de la WB et leur acteur le plus aimé du public. et de fait, le film a atteint son but, paradoxalement...

L'ensemble de l'intrigue est basée sur le conflit intérieur d'Elizabeth d'Angleterre, entre son amour pour Robert Devereux, Duc d'Essex, et sa dévotion pour son pays: se marier à Robert, c'est prendre le risque de confier les clés du pays à un ambitieux qui ne reculera devant rien pour s'approprier le trône. De fait, le film est essentiellement politique, plutôt qu'un film d'aventures comme ceux auxquels Flynn nous a habitués... Quant à Curtiz, il exécute avec son savoir-faire inimitable, sauvant parfois le spectateur de l'ennui par son sens esthétique, son utilisation de la flamboyance des couleurs, et ses caméras aux mouvements fluides, commandées par son complice Sol Polito... Olivia de Havilland est gâchée en courtisane jalouse, la musique de Korngold a la classe nécessaire, et le film se traîne de scène de conversation en scène de conciliabules, avec des sommités telles que Donald Crisp, Alan Hale, Henry Stephenson, ou Vincent Price...

 

The private lives of Elizabeth and Essex (Michael Curtiz, 1939)
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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Olivia de Havilland
23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 09:25

En 1939, un renouveau soudain et inattendu du western va faire resurgir le genre dans la cour des grands. Non que le genre n'existe plus, bien au contraire, mais les Cow-Boys et les Indiens, c'est plutôt dans la série B, et les serials qu'on en trouve. Mais les studios, petits et grands, vont s'y replonger, avec bonheur: rien qu'en cette année 1939, la Fox, la Warner, la Paramount et la Universal s'y mettent: Union Pacific, Dodge City, Destry rides again... le film le plus emblématique de ce renouveau en cette année, c'est bien sûr Stagecoach, de Ford (Tourné pour le compte de Walter Wanger et distribué par UA), mais il ne faut pas passer à coté d'autres oeuvres considérées comme plus ou moins mineures, dont ce Dodge City, du à l'impeccable patte de Curtiz, qui retrouve son petit monde à cette occasion autour de Errol Flynn et Olivia de Havilland, pour le premier Western de l'acteur de Tasmanie... On ne dit pas vraiment "Western" d'ailleurs à cette époque, le nom est par trop entaché de cette indignité liée aux petits compléments de programme tournés par les petites compagnies que sont Monogram ou Republic.

Au milieu de l'ensemble de films tournés par Curtiz avec Flynn, celui-ci fait partie en apparence des moins intéressants: il ne possède pas la fougue pionnière d'un Captain Blood, film primal sur une certaine vision d'un désir de révolte; le personnage de Wade Hatton, redresseur de torts bien dans la ligne, pourrait passer pour assez insipide, à tel point qu'on l'a flanqué de deux zigotos (Joués par les vieux complices Alan Hale et Guinn Williams) chargés de mettre un peu de comique de situation là-dedans. Olivia de Havilland est une jeune femme partagée entre sa situation de lady et sa volonté d'indépendance, qui la pousse à devenir active en participant à sa façon au développement de la presse.

L'intrigue est basée sur l'assainissement d'une ville qui est la proie d'une bande de gangsters, qui imposent leur loi. On propose le poste de shériff à Flynn, qui le refuse jusqu'au moment où il ne peut plus se dérober; à partir de là, avec l'appui courageux de la population, il va réussir à faire revenir la loi et la sécurité à Dodge City. Une intrigue qui rend le film assez proche de My darling Clementine de Ford (ou de Frontier marshall de Dwan, qui est lui sorti en cette même année 1939): un canevas somme toute commun à des dizaines de westerns...

Alors? dans ces circonstances on se sentirait autorisé à pousser le film du coude, et pourtant il ne manque pas d'atouts spéciaux; d'une part, c'est après Under the Texas moon d'assez mauvaise réputation, et le très moyen Gold is where you find it le troisième western en couleurs de Curtiz, et la palette est magnifique; d'autant qu'on sait à quel point la couleur inspire le metteur en scène, qui la pratique depuis la fin du muet. Ensuite, le réalisateur a traité son sujet en s'autorisant comme souvent cette appropriation en contrebande du film, par le biais de ces plans qui en disent plus long sur l'humanité présente dans ces rues, dans cette ville, que de longs discours: ces plans à la grue qui partent d'un détail pour se promener ensuite dans le saloon dont nous voyons ainsi toute la vie et la faune... Curtiz commence son film par du mouvement, et il nous montre en réalité trois groupes en chemin pour ce qui deviendra bientôt Dodge City: Wade Hatton et ses deux camarades, qui six ans après la fin de la guerre civile travaillent en tant que convoyeurs de bétail, mais sont intéressés par l'édification des Etats-Unis aux côtés du colonel Dodge, le célèbre artisan de la construction des lignes de chemin de fer vers l'ouest; les bandits, qui convoitent le bétail et sont déjà très menaçants, et enfin le colonel Dodge lui-même qui amène avec lui le chemin de fer, symbole d'un monde en construction. C'est la locomotive qu'on aperçoit en premier, avec donc un clin d'oeil à ce trait de Michael Curtiz, de commencer un film par un plan de véhicule en mouvement...

Le film est célèbre pour une homérique bagarre d'une dizaine de minutes, menée en particulier par Williams et Hale, mais on y remarque d'autres traits moins évidents: c'est un film complètement dans la ligne Warner, avec une tendance Rooseveltienne totalement assumée: la présence tutélaire d'un vieux chef, d'un père de la nation, en la personne du colonel Dodge; l'union sacrée des ex-sudistes (Hatton et ses copains Texans) et du Nord; la nécessité communautaire de retrousser ses manches, face au risque du chaos, et la foi en la création d'un gouvernement qui fasse son travail; l'assimilation de la menace d'une criminalité facilement comparable au fascisme, bien sur, et le combat pour la justice incarné par un cow-boy certes un peu trop propre sur lui, mais aussi un journaliste motivé (Qui paiera cher!) et une femme volontaire. Ce monde est impitoyable, et le film nous montre toutes les facettes du mal lorsqu'un enfant devient la victime même indirecte des exactions des bandits; de son côté, Flynn se rend durant le premier acte involontairement responsable de la mort du frère de la femme qu'il aimera bientôt... Mais surtout, et là on retrouve la notion chère à Curtiz du perpétuel exil, le film se clôt sur un nouveau voyage: la civilisation n'est pas encore installée partout, et Flynn et Havilland partent une fois mariés vers Virginia City, où ils vont procéder à ce même travail de nettoyage de la criminalité... (L'un des westerns suivants de Curtiz et Flynn s'appellera d'ailleurs bien Virginia City, mais ce seront d'autres héros, ne concluons pas trop vite!)

Dans ce film, Curtiz s'abandonne bien sur à son péché mignon de faire jouer les ombres, par deux fois: d'une part, lors de la mort du journaliste vu dans la pénombre de son bureau, alors qu'il range des documents dans son coffre, on aperçoit sur le mur du fond la silhouette d'un bandit situé hors champ qui va tirer. Le coup de feu sera entendu dans le plan suivant, depuis la rue. Mais à ce plan impeccable et esthétique, Curtiz ajoute quelques séquences plus loin une superbe idée, plus riche de sens: alors que les héros sont dans un train, pour convoyer un bandit qui devra être jugé à Wichita, Olivia de Havilland observe depuis le wagon l'ombre du train sur le sol, et constate qu'il y a des silhouettes de bandits sur le toit... Elle sait à quoi s'en tenir; avec ces deux plans, Curtiz renforce l'idée d'une criminalité désincarnée, plus menaçante car elle tend à échapper à la réalité physique. Une idée qui prolonge la réflexion sur un fascisme qui avance masqué, qui acquiert ainsi une dimension fantastique et insaisissable... Mais comme Curtiz est Curtiz, il va aussi prendre un malin plaisir à incendier le train pour une séquence riche en émotions, comme il l'avait déjà fait en Autriche pour Les chemins de la terreur. Tout ceci est bien riche pour un film mineur...

Dodge City (Michael Curtiz, 1939)
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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Western Olivia de Havilland
18 août 2011 4 18 /08 /août /2011 15:59

Quelle que soit l'importance de l'histoire de Robin des Bois en tant qu'image d'Epinal, et ce n'est pas rien, quelles qu'aient été les tentatives nombreuses pour renouveler, voire parodier le mythe, on revient toujours à ce film comme à une référence absolue. Le tournage de The adventures of Robin hood a commencé sous la direction de William Keighley, qui venait avec Flynn de réaliser The prince and the pauper, un excellent divertissement. La Warner étant déterminée à retenter l'aventure de la couleur (le contrat d'exclusivité de la compagnie Technicolor avec Disney pour l'utilisation du Technicolor trois bandes ayant pris fin en 1935), le film allait pouvoir bénéficier d'une avantageuse palette. Mais Keighley ne satisfaisait pas le studio, et il a été décidé de le remplacer (Après environ un tiers du tournage, mais selon toute vraisemblance, des scènes seront retournées par le nouveau metteur en scène) par rien moins que Michael Curtiz: celui-ci a pratiquement inventé Errol Flynn, il est d'une efficacité légendaire, et il a une habitude enviable de la couleur, qu'il utilisait dès 1930, et du Technicolor trois bandes, qu'il vient d'utiliser pour Gold is where you find it... A partir du moment ou Curtiz était à bord, Robin Hood est devenu un film mythique. Il l'est toujours.

 

Le film, contrairement au précédent Robin (Celui de Dwan et Fairbanks, en 1922), commence dans le vif du sujet, avec une série de scène d'exposition d'une incriyable efficacité. En particulier, la présentation des protagonistes en situation permet à Flynn de donner la pleine mesure de son talent bondissant dès la fin du premier quart d'heure... Le film expose non seulement la traitrise du Prince Jean, comme le précédent, mais il la place dans un contexte politique plus affirmé, avec la rivalité entre les Saxons (Loyaux au Roi Richard, derrière Robin de Locksley) et les Normands qui souhaitent avec Jean prendre le contrôle: on est donc devant le même contexte politique que dans Ivanhoe, de Walter Scott. Une autre marque de cette contextualisation politique est la référence à l'enlèvement du Roi Richard, contrairement une fois de plus au film de Dwan dans lequel Wallace Beery, en roi au coeur de lion, revient victorieux d'une croisade...

 

Aux cotés d'Errol Flynn, on trouve parmi les Saxons Alan Hale (En Little John, qu'il jouait déja dans le film de Dwan en 1922), Patric Knowles en Will Scarlett, un personnage purement décoratif, et Eugene Palette en Frère Tuck, le redoutable religieux querelleur; après le film de Dwan dans lequel Jean était le traitre en chef, sir Guy son exécuteur des basses-oeuvres, et le Shériff de Nottingham une silhouette, ce film divise le camp des félons en quatre personnages de premier plan, parfaitement campés: Claude Rains est un prince John admirablement retors, Basil Rathbone un admirable Sir Guy, véritable âme damnée, Melville Cooper un Shériff couard et un peu ventripotent, et enfin le vétéran Monatgu Love un évèque Normand sur de son bon droit et de ses privilèges. Parmi les Normands, donc les "méchants" du film, Lady Marian Fitzwalter(Olivia de havilland) joue un rôle particulier. Loyale à Richard, elle découvre au fur et à mesure de l'intrigue que Robin n'est pas un brigand, et que Jean manigance des conchonneries avec son âme damnée Guy de Gisbourne. Son cheminement permet au film de mettre en avant le choix personnel de l'héroïne de se mettre aux côtés de Robin, et de participer à sa façon à la résistance; de fait, cela donne au film un personnage féminin intéressant, un suspense final tangible (Elle est emprisonnée, et Robin n'est pas content), un enjeu qui va donner à Gisbourne et Robin une raison d'être rivaux au-delà de la politique, et au cinéphile une occasion supplémentaire de se prosterner aux pieds de la grande Olivia de Havilland... Face à un Robin engagé dès le départ aux cotés de Richard, contre Jean et ses politiques iniques, elle humanise sérieusement l'intrigue, et l'actualise même. Comme toujours, le film est typique de la Warner de l'époque et de sa politique humaniste...

 

Il peut s'avérer épineux de déterminer la paternité d'un tel film, comme cela l'est devant Spartacus, par exemple, ou encore Gone with the wind. Avec celui-ci, on a peu de scrupules à l'attribuer au seul Curtiz. Bien sur, Keighley est mentionné au générique, une façon de rappeler qu'il n'est pas resté les bras croisés... Mais ici, on n'a aucune peine à voir que c'est bien Curtiz qui a signé ce film, depuis le rythme très enlevé de l'action, au luxe de détails utilisés pour peupler le chateau, avec ces plans d'exposition qui commence par montrer les mitrons qui s'emparent des plats, avec rathboe et rains au fond du champ, et qui finissent... sur les chiens qui se disputent les carcasses! Et puis il y a le duel final, qui oppose bien sur Flynn et Rathbone, et qui a pour objet non pas le futur de l'Angleterre, mais bien la main de marian. Curtiz les filme dans une confrontation effrenée, à travers escaliers et donjons, et les perd un moment pour mieux cadrer leurs ombres qui se battent à leur place, comme deux immenses titans. l'ombre de ce film n'a pas fini de se faire sentir, admirable film d'aventures universel, parfait, un film qui rend toujours aussi heureux celui qui a le bonheur de le voir. C'est tout.

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Olivia de Havilland
4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 10:46

Ce splendide film représente à mes yeux deux tendances des années 30, dans toute leur éclatante splendeur: d'une part, la réalisation par un major studio, la Warner, que les films devaient de nouveau retrouver la splendeur des années muettes, et ne pas avoir peur de faire dans le luxe et l'extravagance. Exit donc les budgets serrés, retournons aux dépenses somptuaires et au prestige: rien qu'en cette année 1935, les films "de luxe" vont se multiplier, et même aller jusqu'à valoir un Oscar pour le Mutiny on the Bounty de la MGM. D'autre part, le fait que le merveilleux et le fantastique féérique allaient pouvoir enfin être explorés, alors que les Américains s'y risquaient jusqu'à présent peu (Et les exemples conservés sont aujourd'hui peu ragoûtants, à part bien sur les films de Tourneur, ou le Thief of Bagdad de Walsh et Fairbanks).

 

 

 

A la base du film, se trouve la prestigieuse mise en scène de Max Reinhardt de la pièce de Shakespeare au Hollywood Bowl, qui a débouché sur un contrat pour faire le film. Pour le réaliser, bien sur, Reinhardt, qui était d'abord et avant tout un homme de théâtre, et n'avait à notre connaissance dirigé qu'un seul film, le court métrage sonore Autrichien Das Mirakel, en 1912. Comme il ne parlait que l'Allemand, la Warner lui dépêcha William Dieterle, alors sous contrat (Et déjà un metteur en scène de prestige à la firme) afin de jouer les interprètes de luxe... Le résultat reste, officiellement du moins, entièrement l'oeuvre de Reinhardt, dont il est vrai les connaissances scéniques ont été de toute évidence mises à contribution: construction d'un studio, utilisation de décors stylisés, et les parties féériques ont toutes une dimension théâtrale, parfois réhaussée ça et là d'un trucage photographique. L'utilisation de ballets, de costumes sombres ou blancs, va aussi dans le sens d'une illusion d'abord scénique. Pourtant le film n'est pas du théâtre filmé, mais bien du cinéma: la caméra est entièrement soumise aux exigences de chaque scène, et le montage est typique de la Warner, c'est à dire très serré. Les acteurs sont tous satisfaits d'être là, et ça se voit... On se réjouira de voir les débuts de la très grande dame qu'est Olivia De Havilland, à l'aube d'une belle carrière, et on pourra s'amuser aussi d'une part de voir Cagney jouer du Shakespeare, d'autre part de voir ses interactions avec Joe E. Brown. Tous les acteurs ne réussissent pas, je vous laisse juges.

Alors que le Alice de la Paramount, deux ans plus tôt, a assez mauvaise réputation (mais il faut sans doute le voir) ce film reste magique. Bien sur, on ne va pas aller derrière toutes les coutures, et on admettra que certains passages ont peut-être un peu vieilli, mais le pouvoir du film demeure, à l'égal de certaines productions Disney réussies (Sleeping beauty, voire Fantasia), et la beauté hallucinante de la production vaut à elle seule le voyage.

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Published by François Massarelli - dans William Dieterle Olivia de Havilland Shakespeare
2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 09:00

C'est presqu'un genre à soi tout seul: les films concernant les batailles et conquêtes coloniales de l'empire Britanniques, sensés jouer sur le parfum d'aventure exotique, tout en offrant un pendant au western, avec lequel les  passerelles sont nombreuses. Dans tous ces films, la dimension d'aventures subsiste aujourd'hui, et les penchants coloniaux, et autres stupidités liées à l'honneur de l'armée (Honneur et armée, deux mots tellement vomitifs...) restent toujours aussi insupportables... Justement, la Warner en 1936 est à la recherche d'un nouveau souffle, et l'a prouvé dès l'année précédente en mettant en chantier un grand nombre de films, réalisés par des auteurs prestigieux, qui quittent la peinture de l'Amérique de la crise pour s'attaquer à de grands sujets littéraires et d'aventures... Anthony Adverse (Le Roy) et Black Fury (Curtiz) en ont représenté deux versants, le premier une adaptation littéraire de grande classe, le deuxième un plaidoyer social magnifique. A midsummer night's dream (Reinhardt, Dieterle) de son coté, est venu apporter ue caution 'artistique', pendant que Captain Blood (Curtiz) semblait faire la synthèse: film épique, adaptation littéraire populaire d'un roman qui certes avait déjà servi, et grand film d'aventures, avec création de star à la clé: Erroll Flynn est né. et son succès est si immédiat, que la Warner lance un nouveau film en chantier, qui reprend le romantisme aventurier, les pseudo-prétentions littéraires (Un poême de Tennyson), les deux stars (Flynn et Olivia de Havilland), ainsi que le metteur en scène.

 

En Inde, sur la frontière, les agissements politiques d'un indépendantiste turbulent, liés à des mouvements de troupe russe, inquiètent les Anglais; en même temps, deux frères, les Vickers, se disputent l'affection d'une femme...

 

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Je pense que contrairement à Captain Blood, Curtiz n'a pas été spécialement interessé par ce nouveau film; il n'en a signé que la photographie principale, et le morceau de bravoure en est parait-il du principalement à des assistants... Mais il a réussi à y apposer sa marque d'une façon intéressante, et bien dans sa manière: ironiquement, bien sur... D'une part, il y a du désespoir chez Flynn, qui doit ici jouer l'échec total de sa vie amoureuse. Curtiz le souligne, montrant une Olivia de Havilland qui se sent forcée à devoir l'épouser, prisonnière d'une affection aveugle... La complicité des acteurs rend ces scènes qui auraient du être mièvres (Qu'on les compare avec les scènes des deux tourtereaux, Patric Knowles et De Havilland...) gagnent une forte ironie, et la vision romantique de Curtiz en ressort grandie. Mais surtout, devant un film conçu pour gagner par des scénaristes qui ont tout verrouillé, Curtiz choisit une scène et la soigne particulièrement: dans les dix premières minutes, la colonne de lanciers arrive chez Surat Khan, pour lui signifier son changement de régime, qui n'est en rien favorable, puisqu'un importante subvention lui est retirée. Les scènes dans son palais, un endroit baroque avec des relents art déco, sont toutes de politesse, et de gentillesse: "quel brave homme, ce Surat Khan, il a très bien pris la chose..." Seul Flynn semble amer: il a flairé que l'ennemi veille, et qu'il va se passer quelque chose. Mais Curtiz l'a pris de vitesse: toute la première entrevue entre les lanciers et le Khan est filmée par un Curtiz goguenard, qui a multiplié les ombres de danseuses projetées sur les murs effrayants de blancheur... Pendant que les hommes parlent, et empilent deux trois fadaises, les ombres qui s'agitent nous rappellent ironiquement à l'ordre, et de fait, l'atmosphère entre les deux factions ne va pas tarder à se refroidir...

 

Le héros Flynn, de plus, se voit attribuer un sacrifice, qu'on veut nous faire croire idéaliste et politique, mais Curtiz souligne la nature privée et romantique de ce qui est bien un suicide. Baroque, puisqu'à l'instar de Custer dans They died with their boots on, Vickers entraine des soldats dans la mort... Sinon, fidèle à son habitude, Curtiz a particulèrement soigné certaines scènes: massacres, escarmouches, scènes de panique, et bien sur diverses parties nocturnes. Ce n'est donc pas le meilleur Curtiz-Flynn, qui ne doit sans doute sa  réputation qu'à la présence de la star, mais certains films ont une vie propre: des passages répétés à la télévision durant notre jeunesse ont fini d'en faire un classique, qu'on le veuille ou non... Cela dit, j'ai fait une allusion à They died with their boots on, de Walsh: celui-là est un chef d'oeuvre, un vrai.

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Olivia de Havilland
17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 18:54

Premier film de Curtiz sorti en 1938, premier de ses films en Technicolor trois bandes, Gold is where you find it est intéressant à plus d'un titre. D'une part, il nous offre la première de deux collaborations entre le metteur en scène et Olivia de Havilland, sans Erroll Flynn (La deuxième sera The proud rebel de 1958); d'autre part, il est sa première incursion dans le western, si on excepte Under a Texas moon (1930), qui était probablement plus un musical qu'un western. Western est sans doute un bien grand mot, car après tout le renouveau du genre, ce sera plutôt l'année suivante, avec Stagecoach. Enfin, le metteur en scène retourne avec le charmant George Brent, qui était déja l'une des vedettes du fascinant Mountain justice en 1937...

 

L'histoire nous conte la lutte entre les grandes corporations qui exploitent les filons d 'or dans les hauteurs de Californie du Nord, et les agriculteurs qui tentent de cultiver du blé, et des vergers en contrebas: l'eau utilisée pour provoquer l'érosion des filons finit toujours par inonder les champs... Intéressant, mais ce film, qui prend directement l'approche historique avant de nous entrainer sur un terrain typique du western la lutte entre les anciens et les modernes, et les conflits inter-corporations, ne réussit pas ses paris. Trop sage, à l'image d'une Olivia de Havilland cantonnée à un rôle de trop jeune femme passionnée, ou à l'image du gentil George Brent. la menace n'est pas clairement identifiée, et la principale qualité de ce film qui aurait pu le voir déchainer les passions (qu'on songe à Duel in the sun), reste ses très belles couleurs. Du reste, la Warner devait être au moins satisfaite de cet aspect: c'est afin de tenter l'aventure des extérieurs en couleurs que ce film mi-figue, mi-raisin a été lancé. On pourra se consoler aussi en prêtant attention à la performance de ce vieux Claude Rains, dans l'une de ses nombreuses apparitions impeccables chez Curtiz. Pour l'année 1938, ce dernier n'avait pas dit son dernier mot: quatre autre films suivront, deux sont parmi les plus importants films du metteur en scène, si pas les plus importants films du cinéma Américain. Et un observateur attentif de l'univers de Michael Curtiz pourra toujours s'amuser à voir George Brent louvoyer entre le progrès (L'or) et son coeur, éternel insatisfait ayant du mal à choisir son camp, tentant vainement de rester un témoin impartial de la folie des hommes, qui se déchaîne quand même d'assez belle façon, vers la fin de ce film trop sage. Et on appréciera un clin d'oeil dans cette production Cosmopolitan (Le studio de W. R. Hearst): on y rencontre le sénateur Hearst, de Californie, qui se plaint lors d'une soirée du fait que son fils ainé qui veut se lancer dans le journalisme vienne d'acheter un journal, l'Examiner...

 

Sinon, mon premier contact avec ce film date de la vision en 1987 du film Daffy Duck à Hollywood sorti la même année: le héros de Tex Avery, cinglé comme jamais, y massacrait le montage d'un film Warner de ce titre, tourné par un autocrate porcin à fort accent Européen...

 

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Western Olivia de Havilland