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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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28 avril 2022 4 28 /04 /avril /2022 17:37

En Italie, au XVIIe siècle, la jeune Benedetta Carlini est amenée par ses parents au couvent. Elle est destinée depuis son plus jeune âge à entrer dans les ordres, et clairement elle a la vocation, puisque son assurance devant la foi qu'elle professe lui permet, ainsi qu'à ses parents, d'échapper à une attaque de mercenaires qui voulaient les détrousser. Devenu une adulte, Benedetta (Virginie Efira) attire souvent le regard: elle joue le rôle de la vierge dans une représentation théâtrale par exemple, et commence à avoir des visions: elle prétend avoir été visitée par le Christ... Elle pousse la mère supérieure du couvent (Charlotte Rampling) à recueillir une paysanne locale, Bartolomea (Daphné Patakia) qui cherche à échapper à son père qui a décidé que la jeune femme remplacerait sa propre mère dans son lit! Les visions de Benedetta prennent alors des proportions incroyables et en dépit des réserves de la mère supérieure, Benedetta commence à être considérée comme une sainte...

Verhoeven a tout fait pour adapter cette étrange histoire au cinéma, et surtout, semble-t-il, pour la situer dans la descendance des Diables de Ken Russell. Mais la donne a changé: d'une part Russell était probablement surtout amusé par l'idée que face à un allègement des restrictions morales du cinéma et de la censure, il allait quand même pouvoir suffisamment pousser le bouchon pour déclencher un scandale (ce qui n'a pas loupé), Verhoeven à son époque sait que la permissivité actuelle l'empêcherait de provoquer un scandale. Mais là où on le retrouve, sous un vernis de classicisme remarquable, et à travers une mise en scène rigoureuse et esthétiquement très convenable, c'est dans le mélange savant entre les différentes épices qui composent le plat...

Si le film ne se contente pas de taper sur l'église, il ne s'en prive pas: l'église, corrompue, est symbolisée par un Nonce Apostolique (Lambert Wilson) qui est un sale type, profondément cynique, pervers, libidineux (on se doute que la servante enceinte qui vient lui déballer ses seins en pleine réunion s'est faite engrosser par lui), soucieux de son image et de ses habits, méprisant pour tout ce qu'il ignore ("ces femmes sont folles! comment peuvent-elles penser qu'elles peuvent s'aimer comme un homme et une femme"), et constamment à l'affût de la portée politique de son action, et constamment amené à avancer les intérêts de l'église, donc les siens propres. Bref: un dignitaire catholique à l'ancienne, un vrai, un beau, un gros! Mais l'église dans sa complexité est aussi représentée dans le rapport du couvent à l'argent, représenté par la dureté au négociations de la Mère Supérieure incarnée par Charlotte Rampling. celle-ci, qui a cessé de croire, et restera de marbre face aux "miracles" de Benedetta, est probablement une femme qu'on a poussé à entrer dans les ordres, et qui s'y est fait une place. Elle aussi a des réflexes politiques... Mais elle est plus compréhensible. Non, le film ne se contentera pas de ce menu-là...

Sinon, comme souvent, la foi est malmenée, et représentée par des gardiens du temple qui font tout ce qu'ils peuvent pour l'étouffer: à Benedetta qui prétend être visitée par Jésus, beaucoup font tout ce qu'ils peuvent pour opposer leur incrédulité, leur refus même de ses miracles. Avec et sas arguments: à chaque fois que Benedetta se retrouvera avec des stigmates après ses rêves de Jésus, on aura des doutes, et quand on retrouve du verre brisé sous son corps une fois que des écorchure se soient retrouvées sur son front, on la soupçonnerait volontiers... Mais que ces gens qui ont dédié leur vie à la religion refusent de la croire finit par résonner d'une profonde ironie...

Cette ironie ne sera jamais subtile, Verhoeven aimant toujours tout bousculer: les limites, les conventions, les acteurs (demandez à Sharon Stone ce qu'elle en pense), le bon goût (Showgirls), les traditions de genre, et même l'histoire. Prendre le contrepied est devenu une habitude chez lui, donc en s'attaquant à cette histoire il multiplie les cibles. S'il nous indique souvent, par le biais de Bartolomea (qui y compris à travers son amour pour Benedetta, ne croira jamais en la véracité de ses miracles, se contentant de profiter de la situation) que les excentricités de la religieuse sont simulées ou enjolivées, il garde le mystère sur la duplicité de Benedetta, devenue une sainte pour toute sa région: "hystérique" (comme on le dirait au XIXe siècle) atteinte d'un délire érotique pour Jésus, et qui transpose sa frustration vers une recherche d'un orgasme (avec une statuette de la vierge, tout un symbole), illuminée réellement atteinte d'un complexe de sainte, ou opportuniste tentant de faire son intéressante pour profiter de la bêtise de tous les croyants qui l'entourent. Entre ces hypothèses, le film choisit son camp, avec ironie, et s'amuse beaucoup du décalage entre la vie de couvent, l'intelligence cynique des unes (Rampling, géniale), et la découverte gourmande du plaisir, de l'interdit et d'une sexualité partagée chez deux femmes qui n'auraient sans doute jamais du se rencontrer!

Et le tout, avec une actrice géniale, elle aussi, et habitée: Virginie Efira, ça commence à devenir une habitude, est exemplaire... Et n'a pas froid aux yeux: on est chez Verhoeven. Un Verhoeven, une fois de plus, qui a joué avec subtilité la carte de l'ironie violente. Il faut le faire...

 

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Published by François Massarelli - dans Mettons-nous tous tout nus Hallelujah Paul Verhoeven