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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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7 mai 2022 6 07 /05 /mai /2022 16:39

La maternité, c'est bien sûr LE thème le plus souvent présent chez Almodovar, et donc on y retourne avec une nouvelle variation; deux femmes arrivent ensemble à la maternité: Janis (Penelope Cruz) est enceinte de son amant, Arturo, un homme qu'elle a connu professionnellement, avant d'avoir une aventure avec lui. Il est marié, et son épouse est atteinte d'un cancer, autant dire que Janis élèvera sa fille Cecilia toute seule. De son côté, Ana (Milena Smit) est une adolescente qui est tiraillée entre un père dépité et une mère absente. Sa grossesse est le fruit d'une nuit de saoulerie, durant laquelle elle a été abusée par tellement d'amis qu'elle ne sait pas qui peut être le père. Sa fille s'appellera Anita.

Quand Arturo (Israel Elejalde) voit Cecilia, il est formel: ce n'est pas sa fille. Même Janis finit par douter et effectue un test ADN. Le verdict es très clair, Cecilia n'est pas sa fille... Mais plutôt que d'avertir Ana, Janis qui aime Cecilia décide d'étouffer l'affaire. Mais quand elles se revoient, la petite Ania est morte... 

Parallèlement à cette intrigue de mélodrame pourtant totalement plausible, Janis, qui est photographe professionnelle, est engagée dans une cause qui va à l'encontre de l'attitude de la Droite Espagnole (alors au pouvoir, le gouvernement étant sous la direction de Mariano Rajoy, très occupé à gommer les fêlures de l'histoire dues au fascisme): elle souhaite qu'on exhume les corps d'une fosse commune, des militants républicains, tous habitants du village dont elle est originaire. C'est pour cette raison qu'elle avait rencontré Arturo, anthropologue qui connaît l'art et a manière de déterrer les mystères du passé. Le film se situe donc entre ces deux courants: d'un côté, le mélodrame avec la symbolique des deux mères, l'une tournée résolument vers l'avenir et l'autre solidement campée dans la posture d'une découverte du passé, tout en assumant pleinement sa fonction de témoin: son appartement regorge de visions photographiques du passé, là où la maison bourgeoise dans laquelle, abandonnée à son sort, Ana élève sa fille, est décorée "à l'ancienne"; de l'autre, l'histoire de l'Espagne et sa violente fracture du XXe siècle, un drame que l'on ne doit pas oublier. Le mélodramaturge rejoint ici le militant Almodovar pour un chassé-croisé inattendu, qui fera date, car c'est, une fois de plus, un film exceptionnel.

 

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar
5 avril 2021 1 05 /04 /avril /2021 09:21

Pour son unique film réalisé pendant le confinement, un moyen métrage de 29 minutes, Almodovar surprend à plus d'un titre: adaptation libre d'une courte pièce de théâtre (de Jean Coquetôt), une comédienne seule sur l'écran ou presque, et premier film en langue anglaise...

Une femme (Tilda Swinton) attend désespérément un signe de son amant: elle le sait, ils sont au bord de la rupture. Lorsque celui-ci se manifeste, c'est au téléphone... Seule avec le chien que lui a laissé l'homme, elle répond au téléphone et va prendre le dessus durant la rupture.

C'est cette même pièce de Cocktaux qui avait servi de prétexte à un des deux épisodes de L'amore, de Rossellini; c'est Anna Magnani qui interprétait le solo. Cette fois, Tilda Swinton fait preuve de son exceptionnel talent et de son extravagance aussi. Elle est à son aise dans un décor qui est, c'est souligné en permanence, un appartement construit en studio. Le générique, mais aussi la première séquence du film, se déroule sur fond de bricolage, puisque le oint de départ du film est la décision d'acheter une hache afin de rompre symboliquement et de façon tranchante avec l'être aimé depuis quatre ans... 

L'exercice du solo est toujours aride, mais ici, repris en main par aussi l'actrice que le metteur en scène, réactualisé en deux langues (Tilda Swinton est Anglaise mais le cadre est Espagnol), l'intérêt de cet exercice de style de Jean Kocto se maintient, d'autant qu'on y retrouve inévitablement des accents de La fleur de mon secret... en attendant un hypothétique long métrage, pour lequel je serai évidemment toujours preneur...

 

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar
14 avril 2020 2 14 /04 /avril /2020 09:47

Un cinéaste (Antonio Banderas) vieillit: il a mal partout, et d'ailleurs nous présente l'historique de ses afflictions par le menu, dans un séquence d'animation d'une grande classe, qui sert surtout à noyer le poisson, car il veut nous faire croire qu'il ne souffre pas... Mais c'est raté. Salvador Mallo parvient donc à l'âge où tout ce qui compte, tout ce qui motive les gestes d'une journée, et tout ce qui nous tient paradoxalement debout, c'est la douleur et la souffrance...

Et furtivement, du coup, les souvenirs remontent à la surface, se parent de nouvelles beauté. Les rencontres étant essentiellement l'occasion de faire remonter les regrets, on a le sentiment que Mallo les évite (des bonjour bonsoir de ce, de là, pas plus) mais il va néanmoins suivre une piste: celle d'Alberto (Asier Etxeandia), un acteur avec lequel il a tourné plusieurs films, mais ils se sont brouillés à mort après le tournage d'un film, Sabor, qui a laissé un goût amer à Salvador. Prenant prétexte d'une restauration du film qui va être présentée à la cinémathèque, Salvador Mallo reprend contact avec celui avec lequel il s'est fâché à mort, ne sachant pas que ce sera le premier pas d'un retour au cinéma, qui sera long, difficile et dépendra autant des souvenirs, que du hasard, que des rencontres...

Autobiographie: évidemment, on n'y échappera pas, Antonio Bandera s'est littéralement fait la tête d'Almodovar, et le cinéaste a placé tellement de petites anecdotes personnelles dans le film qu'on est tenté d'y voir un miroir de sa propre vie. Mais je ne pense pas que ce soit plus qu'une commodité: les petits détails sont en effet très largement tributaires d'un exposé de sa vie, mais le plus gros du film est pour sa part une fiction savamment matinée d'indices. On pourrait argumenter que ce film est plus une anticipation, tant Mallo paraît lessivé au début. Mais tant de films d'Almodovar contiennent déjà ces éléments qui informent son cinéma, et ancrent avec délicatesse son univers filmique dans un monde reconnaissable, de La mauvaise éducation à Etreintes brisées...

Souvenirs, regrets et nouveau départ: c'est l'une des clés les plus importantes du film; de quelle manière les souvenirs qui se re-manifestent (et que Salvador va essayer de déclencher avec l'héroïne à laquelle il commence à s'adonner pour échapper à la douleur) lui permettent de trouver la voie vers la guérison. Parfois ils sont juste un souvenir, justement, comme ce jour où il accompagnait sa mère qui lavait son linge à la rivière, en plein soleil... Le souvenir de sa mère sera un élément crucial du film liant une bonnne fois pour toutes l'oeuvre d'Almodovar, 'oeuvre de Mallo, et son oeuvre future qui ne demande qu'à sortir des limbes. Pas étonnant donc qu'elle prenne la forme de la "muse", Penelope Cruz. Mais si d'autres femmes (Cecilia Roth, en actrice aperçue de façon rapide, Nora Navas dans le rôle de l'assistante dévouée corps et âme, Mercedes) apparaissent ça et là dans le film, ce sont surtout les rencontres cruciales avec les hommes qui ont fait avancer les choses: d'Alberto, l'ami traître ou l'ami trahi, ça dépend du point de vue, à Federico, l'amant-clé d'une histoire amoureuse compliquée, en passant parle souvenir d'Eduardo (Cesar Vicente), un ouvrier auquel le petit Salvador avait appris à lire et écrire, ce sont les hommes qui vont être les jalons essentiel d'une vie amoureuse et amicale (Alberto n'est a priori pas un ancien amant, mais un acteur important des films historiques Salvador).

Style: fidèle à son maître Douglas Sirk, Almodovar situe ses films dans des intérieurs; c'est que Salvador n'est pas un homme public, il fuit les festivals, et même après avoir persuadé Alberto de lui parler puis de présenter une oeuvre ancienne à ses côtés, Salvador ne s'y rendra pas. Tout le contenu contemporain du film semble se passer dans l'arrière-boutique: chambre et appartement, piscine éventuellement, de Salvador; la maison d'Alberto et son jardin; les cabinets médicaux et centres d'examen... Partout où il peut, Almodovar transcende la réalité de ces lieux avec ses couleurs primaires, le rouge d'abord et avant tout; mais la palette est cette fois contenue; l'à-plat de rouge le plus spectaculaire est situé dans une scène où Alberto interprète un texte écrit par Salvador, une tentative de renaissance par procuration pour le cinéaste. A l'opposé, il se paie le luxe de montrer (en numérique on peut aussi) la nature vibrante et ensoleillée de ses souvenirs telle qu'elle est, et sa vie dans la jeunesse, qui tournait autour d'une maison troglodyte, taillée dans du calcaire: blanc, sans l'ombre d'une décoration le jour où sa mère Jacinta et lui l'ont visitée: un tableau blanc à remplir, ce que symboliquement Jacinta et le petit Salvador vont demander à Eduardo, justement, le jeune ouvrier qui revient de façon insistante dans les souvenirs du cinéaste.

Cheminement: on comprend à la fin où mènent tous ces souvenirs, tous ces épisodes et faux départs, et c'est une fois de plus vers un autre souvenir, simple et douloureux. Mais la douleur comme son souvenir, mène à la création, et le film nous fait comprendre que la création mène à la renaissance, à travers le fait d'affronter la mort des autres, puis le titre nous informe que tout ça mène, finalement, à la gloire.

 

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar
26 septembre 2018 3 26 /09 /septembre /2018 16:52

Le corps: c'est le motif numéro un de ce film, qui commence une fois n'est pas coutume par une performance, un ballet de Pina Bausch, auquel assistent deux personnages du film. En guise de prélude, on a donc une de ces apparitions artistiques extérieures dont Almodovar nous gratifie depuis toujours; il y en aura d'autres, mais le corps ne sera jamais absent de l'image... Il me semble que ce film a des points communs en ce sens avec un de ses plus récents longs métrages, le si décrié La piel que habito.

 

Danser, c'est l'un des fils conducteurs entre les personnages; par exemple les deux "héros", Benigno l'infirmier et Marco, le journaliste, ne se voient pas vraiment lors de cette représentation d'un ballet durant lequel ils sont côte à côte; tout au plus Benigno voit-il que Marco pleure... Benigno aime Alicia, qui danse dans l'école juste à coté de chez lui, et dont il a tout fait pour s'approcher; maintenant qu'Alicia est dans le coma suite à un accident, Benigno s'occupe d'elle, jour et nuit, dans le cadre de son métier... Enfin, c'est par le biais d'une enseignante de danse (Geraldine Chaplin) que Marco sera presque officiellement présenté à Alicia à la fin du film, lorsque celle-ci aura retrouvé la vie... Tout ce qui se passe dans le film mène à cet instant, et il est fugitif, mais une fois le moment passé, le générique arrive. Almodovar a tissé entre les êtres des liens solides, fascinants et passionnants...

Toréer: une activité qui touche au sacré... Pas pour moi, je l'avoue (J'ai même tendance à apprécier le fait qu'un torero se fasse massacrer par un taureau, je suis donc comblé ici), mais pour les Espagnols, pour Marco aussi, qui tombe amoureux, fasciné, d'une torero, Lydia. celle-ci a un accident, et se retrouve en mort cérébrale, maintenue en vie dans le même hôpital qu'Alicia. Il rencontre vraiment Benigno, lorsqu'il a l'oeil attiré par la nudité du corps d'Alicia, qu'il aperçoit au hasard d'une porte entr'ouverte, et qui l'a manifestement ému: second fil rouge, le corps dévoilé sans aucune pudeur de la jeune femme, et ses soins prodigués de façon maniaque par Benigno, qui ne cache pas être fou d'amour. D'ailleurs, il lui parle, et conseille à Marco d'en faire autant avec Lydia... Mais celui-ci n'y parvient pas. Au gré des jours, on voit défiler du monde, ainsi le professeur de danse vient-elle elle aussi au chevet de son élève, pour lui parler, en toute complicité avec Benigno.

 

Aimer physiquement, c'est le pas à franchir pour Benigno, dont on devine une difficulté à trouver l'amour: son obsession pour Alicia est comblée: la jeune femme lui est servie sur un plateau, et son corps lui appartient: cette transgression est l'une des clés du film, qui va favoriser le réveil d'Alicia, le sacrifice de Benigno, et la vraie rencontre entre Alicia et Marco, final du film...

 

Parler: le titre du film fait allusion à ces conseils de bon sens prodigués par Benigno à Marco, qui ne parviendra jamais à engager le dialogue avec Lydia et découvrira cruellement qu'il la veille pour rien: au moment ou elle s'est faite piétiner par un taureau, elle était sur le point de le quitter, et souhaitait justement... lui en parler. Quand il le découvre, il cesse immédiatement de venir auprès d'elle. L'autre révélation va venir d'une observation de Marco, fasciné par les seins découverts d'Alicia: il les trouve grossis... En fait elle est enceinte, elle qui est dans le coma depuis quatre ans.

 

Se rencontrer enfin: le film nous conte, finalement, le cheminement vers la création accidentelle d'un amour dont on sait qu'il sera fort, sincère et absolu, veillé de l'extérieur par un grand disparu dont le dernier plan des personnages réussit à la fois à nous montrer l'absence et la présence. Voyez le film... Sinon, Almodovar souligne par des mentions des personnages et de leur interaction la progression amoureuse, ou amicale: Marco et Lydia, Benigno et Alicia, etc... il officialise le coté ronde de son film, en ajoutant des bâtons dans les roues du spectateur, s'amusant à bouleverser la chronologie de façon parfois explicite ("Trois mois auparavant") et parfois moins, comme dans les flash-backs désordonnés de Marco avec Lydia. En plus de la danse de Pina Bausch, qui revient à la fin du film pour achever la ronde, Almodovar une fois de plus s'adonne à son piochage culturel, et nous soumet une adorable interprétation de La Paloma, avec dans le public, les deux personnages féminins principaux de Tout sur ma mère, une façon de continuer à tisser des liens non seulement entre les personnages mais aussi entre ses films. Enfin, il nous gratifie d'une hallucinante parodie de film muet dans lequel un savant rétrécit et se retrouve happé par le sexe géant de sa bien-aimée... excessif? oui. Comme un cheveu sur la soupe, même, mais cette grossière parodie osée me semble totalement appropriée: elle peut dresser un lien entre Benigno et Alicia tous deux fans de films muets, est une allusion à un autre des arts corporels: le film muet est un art du geste, il est donc logique qu'une fois de plus, on assiste à une représentation du corps...

Conclure: ce film est à n'en pas douter l'un des sommets de l'art d'Almodovar. Il en est fier, très fier, même. Il peut.

 

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar
26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 11:46

Retour à la noirceur... Ce film prend une fois de plus prétexte de flash-backs à la recherche de secrets de famille plus ou moins enfouis, pour fouiller dans l'âme de certaines femmes. Les hommes? A l'image de cette statuette d'argile souvent montrée dans le film, et qui est la production de l'une des protagonistes, ils ont le sexe érigé, mais coupé à la moitié: ils sont bien sûr souvent l'objet des secrets, mais n'en sont jamais le sujet, et ils restent à l'écart; une fois de plus, c'est une affaire de femmes.

Julieta s'apprête à tirer un trait sur sa vie à Madrid, une vie uniquement passée à attendre que sa fille Antia qui l'a quittée il y a douze ans, donne de ses nouvelles ou revienne, et elle va donc suivre son amoureux Lorenzo au Portugal... mais peu avant le départ, elle croise Béa, la meilleure amie de sa fille quand elle était adolescente, et celle-ci lui dit qu'elle a vu Antia. Elle va bien, elle a des enfants... Bouleversée, Julieta annule son départ, et sous le prétexte d'écrire à sa fille, replonge dans ses souvenirs, à partir d'une nuit dans un train, lorsqu'elle a fait la rencontre de Xoan, un jeune homme séduisant. Un pêcheur passionné, retenu à terre par la maladie de sa femme... Une nuit d'amour dans le train plus tard, les destins de Xoan et Julieta allaient être liés... Du moins pour un temps.

Aucune provocation, aucun humour non plus. Almodovar retrouve avec ce très beau film qui vous agrippe et ne vous lâche plus, la rigueur de La fleur de mon secret, de Volver ou de Etreintes brisées, mais il se refuse à détacher son regard et le nôtre, par des notations humoristiques, du drame de cette femme, qui vit dans l'éternelle incompréhension d'une absence. Celle-ci ne sera d'ailleurs pas totalement ni comprise, ni résolue dans le cours du film, mais Almodovar s'est plu à en montrer l'effet, les contours, avec l'aide de plusieurs actrices: Adriana Ugarte interpète Julieta jeune, et Emma Suarez à quarante-cinq ans.Tout autour d'elle est fait de regret, de souvenirs aussi, ce n'est d'ailleurs pas un hasard si un épisode prémonitoire du flash-back nous raconte la visite de Julieta à sa maman atteinte d'Alzheimer. Car le souvenir a beau être douloureux, au point qu'on veuille s'en débarrasser, il est aussi vital, et Julieta âgée est en grand danger de se perdre en essayant d'oublier son passé.

La mise en scène est faite de cette magnifique passion des personnages, suivant Julieta surtout dans ses recherches, égarements, décisions et regrets. chaque détail bien sûr compte, et Almodovar se permet parfois une douce ironie: lorsqu'on dit à Julieta qu'elle n'est pas vieille, un poster au fond la pièce annonce la production d'une pièce: The old woman... Une scène superbe lui permet de nous surprendre en passant d'une actrice à l'autre au sein de la même période temporelle, comme pour montrer le poids d'un traumatisme sur le personnage de Julieta. Il se livre aussi à une belle auto-parodie, en choisissant de privilégier pour la jeunesse de Julieta la palette de couleurs vives voire criardes qui était la sienne à ses débuts, pour contrer avec les nuances plus sobres et naturelles des scènes contemporaines. 

Bref: un film magnifique, un de plus.

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar Espagne
1 novembre 2013 5 01 /11 /novembre /2013 12:07

Après un film controversé (La piel que habito), mais qui reste l'un de ses plus intéressants à bien des égards, Almodovar s'autorise une sorte de pause, en forme de retour en arrière: retour pour commencer tant dans la thématique que dans le style. Une comédie, donc, truffée de provocations en tous genres, et confectionnée, une fois n'est pas coutume, avec l'aide d'effets spéciaux. Pas de film-matrice derrière l'intrigue cette fois, mais comme dans Volver qui prenait comme point de départ un synopsis inspiré d'une histoire entendue dans La fleur de mon secret, Les amants passagers est le titre d'un film dont on voit l'affiche dans La Mauvaise éducation... Par ailleurs, on assiste ici à une parodie évidente des films catastrophes, façon The high and the mighty, de Wellman. Comme ce dernier, le film d'Almodovar se passe pour l'essentiel de l'intrigue dans un avion en route pour le Mexique, mais un souci technique va obliger l'appareil à faire du surplace en attendant qu'une piste d'atterrissage soit disponible pour l'accueillir. Pendant ce temps, une passagère douée de pouvoirs de prédiction met la pagaille en disant qu'elle a pressenti de gros problèmes à venir pour la plupart des passagers; elle a aussi, sur une note plus privée, ressenti la certitude qu'elle allait perdre sa virginité dans l'avion. De leurs côté, l'équipage composé de deux pilotes et trois stewards (Tous les trois gays) va distribuer et consommer moult produits euphorisants, et un pilote va faire son coming-out de façon assez spectaculaire. Quant aux autres passagers, certains vont changer radicalement leur vie, d'autres vont changer leur façon de voir, et d'autres vont avoir des rapports sexuels dans l'avion...

La presse a été plutôt maussade sur le film, pourtant cohérent et soigné. La durée plutôt courte du film (90 minutes), l'apparition d'un grand nombre d'acteurs d'Almodovar (Lola Duenas, Cecilia Roth, ou encore Antonio Banderas et Penelope Cruz, une fois de plus enceinte, pour une petite apparition tous les deux), son côté "accessoire" (une comédie légère, impertinente et auto-référentielle) ne doivent pas nous faire oublier d'une part que la rigueur acquise par Almodovar, surtout depuis l'écueil de Kika, est bien au rendez-vous, et que cette accumulation d'expériences, bien qu'interrompue comme aux temps héroïques des 80s par un numéro musical hilarant (Et plus gay que jamais, on ne se refait pas!), sonne comme un échantillonnage concentré des thèmes de prédilection de Pedro Almodovar, certaines anecdotes auraient après tout pu être développées en des films à part entière: l'acteur qui fuit les femmes sur lesquelles il a une désastreuse influence, l'ex-star du porno qui tombe amoureuse du tueur payé par une épouse trompée pour la tuer, ou encore bien sur l'adorable Lola Duenas en fil conducteur, un Puck qui aurait autant à gagner de l'expérience que les gens qui l'entourent, et qui découvre la sexualité dans un avion en perdition, preuve que la vie continue en toutes circonstances, et qu'il ne faut surtout pas oublier ni la bonne humeur, ni le sexe.

Sage vision des choses.

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Published by Allen john - dans Pedro Almodovar
6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 17:02

Habituellement, quand Pedro Almodovar revient de Cannes, il a une critique à ses pieds, et la frustration de ne rien remporter. Kieslowki, il y a quelques années, souffrait aussi (En silence) de la même maladie. Sachant que d'une part, la critique n'est pas infaillible, et que d'autre part, n'importe quel film y compris un navet de la pire espèce peut avoir un prix à Cannes (On ne va pas en nommer, c'est très subjectif), on devrait s'abstenir du moindre commentaire à ce sujet, mais il y a aussi à Cannes une sorte d'indicatif. Ainsi, lorsque un film d'Almodovar ne convainc ni le jury, ni le public, ni la critique, on se dit que c'est peut-être le début de la fin. Pourtant, le film ne mérite pas le désamour dont il a été victime... Certes, ce n'est pas un chef d'oeuvre, mais la bouffée d'air frais dans le petit cirque Almodovarien qu'il représente me semble justifier d'y retourner souvent.

Et puis il y a les Yeux sans visage, de George Franju, chef d'oeuvre certes, mais auxquels on a cru bon de devoir absolument comparer ce film. C'est forcément mortel. songe-t-on à comparer All about Eve à Tout sur ma mère? Ca reviendrait au même, pourtant, puisque le film de Franju n'est ici que ce lointain modèle, ce film-source, auquel se réfère Almodovar par amour du cinéma, mais dont il se sépare pour mieux s'en éloigner: à la base, les liens sont ténus: un médecin qui se livre à des expériences défendues,  une jeune femme qui subit ces expériences, et une complice d'un certain age; une villa, éloignée des regards, des expériences dont la portée se dérobe à notre compréhension jusqu'à ce qu'un flashback nous éclaire, et une atmosphère de mort lente. Mais au-delà, on est en terrain plus classique: des amours traitées sur le mode baroque, des secrets enfouis et inavouables bien qu'assumés et montés en mode de vie, et des improbabilités flagrantes qui tendent le récit, coloré de violentes taches rouges, vers le mélodrame flamboyant et halluciné, matiné de beaucoup plus d'humour (Noir, bien sur) que ce qu'on a bien voulu y voir...

 

Dans cette histoire que je ne tenterai pas de raconter, Almodovar a sans doute voulu changer brusquement de ton, ce qui explique la difficulté à y déceler autant d'émotion que d'habitude. Mais l'impression qui domine, c'est que tous ces gens qui s'agitent tentent plus de prolonger leurs vies qu'autre chose, comme du reste le héros cinéaste d'Etreintes brisées. Le désespoir a envahi le film, c'est une évidence. La piel que habito dans lequel le cinéaste nous donne à nouveau à voir une histoire de possession amoureuse et physique d'un genre nouveau, est une fois de plus une danse de mort, mais dépourvue d'amabilité excessive...

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar
21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 09:46

Le plus long des films de Pedro Almodovar commence par un générique prometteur: un moniteur, lors d'un tournage, montre le cadre dans lequel les acteurs du film en cours vont évoluer. On reconnait Penelope Cruz, et l'image finale, celle d'un metteur en scène de dos qui dirige son actrice, s'orne du crédit "Guion y direccion: Pedro Almodovar". Le décor est planté, il va être question de cinéma, de tournage, de film en cours, d'actrice, et... d'amour. La première séquence, d'abord énigmatique, montre un oeil en gros plan, au centre duquel l'image d'une jeune femme se dessine nettement. Elle lit le journal pour un homme aveugle, qui se présente sous le nom d'Harry Caine. Il s'agit en fait de Mateo Blanco, ancien cinéaste, devenu aveugle, et qui symboliquement a définitivement adopté son pseudonyme de scénariste quand un accident l'a privé de la vue. Il vient de rencontrer la jeune femme, et va la séduire, parce que désormais il veut "profiter de la vie". Nous sommes en 2008, et on va, au gré de souvenirs et de conversations, se promener entre 1992 et le présent du film, et faire la connaissance d'un certain nombre de personnages:

Judit Garcia (Bianca Portillo), l'agent de Mateo Blanco, qui a eu une aventure avec lui, et veille jalousement sur sa carrière et sa vie. depuis la cécité de son ami, elle est encore plus proche.

Diego (Tamar Novas), le fils de Judit, aussi proche de Mateo que peut l'être sa mère. Selon la version officielle, le père de Diego est un amant de passage.

Ernesto Martel (Jose Luis Gomez), riche industriel, qui se mêle de cinéma afin de rester près de sa maîtresse actrice.

Ernesto Martel Junior (Ruben Ochandiano), dit Ray X, le fils écrasé par son père, se passionne pour le cinéma, et en 2008 tente de prendre contact avec Mateo Blanco, dont il a filmé tout le tournage du dernier film.

Lena (Penelope Cruz): La jeune femme dont Ernesto Martel tombe amoureux en 1992, et qui afin de survivre, accepte de devenir sa maitresse. Elle est engagée par Mateo Blanco pour le tournage de son sixième film, Filles et valises, une comédie exubérante qui mêle des éléments de cinéma américain (Une actrice grimée en Audrey Hepburn) et de cinéma Espagnol (Notamment des éléments clairement tirés de Femmes au bord da la crise de nerfs).

Mateo Blanco (Lluis Homar), metteur en scène amoureux de son actrice, a fui le tournage avec elle, et a subi une humiliation: apprendre que son film, monté en son absence, est un navet absolu. Juste après, lui et Lena ont eu un accident dans lequel elle a perdu la vie, et lui, la vue. Depuis, il a décidé de changer d'identité, et est devenu Harry Caine.

Le film se voit sans grand effort, en dépit des changements permanents d'époque, et comme toujours des petits et gros secrets se font jour. certains sont de fausses pistes, d'autres non: qui est le père de Diego? Qui est Ray X, le jeune homme qui se présente au domicile d'Harry Caine comme un metteur en scène? Quelle est la part d'Ernesto Martel dans le sabotage du film Filles et valises? Quelle est la part de la jalouse Judit dans ce même sabotage, sachant qu'elle ne supportait pas Lena? Qu'est-il advenu du matériel du film?

Parallèlement aux questions ci-dessus, dont certaines trouvent des réponses, alors que d'autres non, Almodovar a comme d'habitude semé des indices, des petits riens, des tendances aussi: allusions au cinéma, à des films, des détails. On voit un extrait du Voyage en Italie, de Rosselini, qui trouve un léger écho dans les derniers jours de Lena et Mateo; on apprend incidemment que Mateo est amateur de bande-sons de films, qu'il aime à écouter maintenant qu'il ne peut plus les voir; c'est ainsi qu'il en vient à se trouver devant sa télévision, alors qu'une diffusion de son film maudit le surprend. Pour la première fois, il en entend un extrait, qui le fait bondir: les actrices jouent tellement faux! C'est à partir de là, et de révélations en cascade données par Judit, qu'il va prendre la décision qui s'impose: reprendre 14 années plus tard le montage, afin de donner une vraie vie au film qu'il a tant voulu faire avant de quasiment mourir. C'est le sens de la dernière scène: le cinéma avant tout, il faut achever son film... et c'est la fin d'un puzzle que plusieurs visionnages ne parviendront pas à épuiser...

Au passage, Almodovar généralement peu friand de ce genre de bonus, a fourni pour le DVD de ce film deux suppléments intéressants, qui prolongent des aspects du film: les relations très particulières entre Mateo et Diego y trouvent un éclairage passionnant, et la décision de Mateo de reprendre le montage y devient plus claire; une scène forte voit Mateo emmener Judit et Diego dans un restaurant "aveugle", ou l'on dîne dans l'obscurité totale, ce qui rend Judit très nerveuse, et insiste sur un aspect très important du film: le sensoriel (représenté bien sur dans le film dans les aventures libertines de Mateo qui ramène de belles inconnues chez lui, mais aussi dans le visionnage de films muets tournés par Ernesto Junior sur le plateau de Mateo, pour le compte de son père qui surveille jalousement sa maîtresse, et doit se faire aider de Lola Dueñas, qui lit sur les lèvres des gens filmés en cachette)... La scène est longue et très belle. Enfin, le DVD propose aussi La conseillère anthropophage, numéro d'actrice, tiré du film Filles et valises, film dans le film Etreintes brisées. Libertin, limite cochon (Sans pour autant qu'il s'agisse d'autre chose qu'un monologue), c'est du Almodovar de défoulement, d'ailleurs signé Mateo Blanco, alors que le scénario en est bien sûr attribué à Harry Caine. Ainsi le film est doté, même si c'est en supplément, de sa performance artistique saugrenue, comme tant d'autres films avant lui... et par la même occasion, la filiation du drame avec la comédie, de Etreintes brisées avec Femmes au bord de la crise de nerfs, est accomplie.

...avec du gaspacho, et un lit fumant.

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar
5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 10:45

Après le soap-opera homosexuel à tiroirs, autobiographique et transgressif, de La mauvaise éducation, Volver constitue en apparence un retour à la comédie, un retour aux femmes aussi après leur quasi-absence du film précédent. Plus encore, il s'agit aussi d'une déclaration d'amour aux femmes, mères, filles, grand-mères, tantes, restauratrices, meurtrières ou prostituées... et d'un film, une fois de plus, gonflé: mort brutale, mensonges, trahison et inceste débouchent sur une vision rassérénée du monde, un monde dans lequel les femmes sont plus fortes parce qu'unies, en paix avec elles-mêmes, en paix avec le passé, et enfin, débarrassées des hommes. Donc la comédie n'est pas à proprement parler si légère que cela, mais le public a fait un triomphe au film, l'un des plus beaux de son auteur. Tour de force puisque cela reste une oeuvre dans laquelle par exemple, un lien dans le temps entre une femme et sa mère qu'elle croit disparue s'exprime, dans l'émotion basée sur un souvenir olfactif: l'odeur des pets maternels... Et pourtant on n'a pas tant que ça l'impression de provocation; d'une part, on est habitué, d'autre part la force des sentiments, la puissance des actrices sont magiques et font magnifiquement leur travail.

 

Raimunda (Penelope Cruz), originaire d'un petit village, vit avec sa fille à Madrid. Elle a perdu ses deux parents dans un incendie, mais garde un lien fort avec le village natal, puisqu'elle se rend souvent en compagnie de sa soeur Soledad (Loa Dueñas), et de sa fille Paula (Yohana Cuobo) au cimetière, et visite sa tante restée seule; celle-ci est un peu gâteuse, mais les accueille toujours avec gentillesse. Raimunda, dont la fille est née de père inconnu, s'est mariée avec Paco (Antonio de la Torre), un homme pas vraiment admirable. Celui-ci tente un soir de molester Paula restée seule avec lui, et Paula le tue avec un couteau de cuisine. En rentrant et en découvrant ce qui s'est passé, Raimunda prend illico la décision, d'une part d'assumer la responsabilité, d'autre part de cacher la mort de Paco. Elle va utiliser le congélateur du restaurant en voie de fermeture dont un ami va lui confier la garde. De son coté, Soledad au même moment apprend la mort de la tante Paula. le jour de l'enterrement, alors que Raimunda reprend le restaurant, Soledad découvre que sa mère (Carmen Maura) est bien vivante, et cache un secret bien lourd à porter...

 

J'ai tenté ici, sans grand succès, de rendre compte d'un scénario qui a tout pour être extrêmement embrouillé, mais qui est aussi clair dans son déroulement que captivant. La part belle est faite aux femmes, et dans le cadre de cette intrigue on découvrira des faits peu glorieux, cachés par le passé, mais qui établissent une étonnante filiation entre la maman qui se fait passer pour morte, Raimunda qui a si longtemps été fâchée avec sa mère, la petite Paula, et la figure tagique de Agustina (Bianca Portillo), la voisine de la vieille tante Paula, dont la mère a disparu la nuit de l'incendie. Almodovar s'amuse à enfouir de façon ludique une intrigue finalement pas très compliquée à deviner dont les différentes implications vont lier à tout jamais les femmes, qui dans ce film, c'est une évidence, enterrent tous les hommes, comme le dit quelqu'un au début du film, lors de la scène du cimetière. Sinon, Almodovar a recours à des ficelles de son univers, et si on peut dresser un parallèle avec Talons Aiguille, à travers la sacrifice potentiel de Raimunda pour Paula, si on constate une nouvelle fois le recours à un intermède musical (la chanson Volver) qui renvoie une fois de plus à la culture populaire Espagnole, le lien le plus fort avec le reste de l'oeuvre reste quand même le fait que l'histoire vécue par Raimunda était déja l'objet d'un roman qui joue un rôle dans le film La fleur de mon secret...

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar
1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 09:59

Personnel et une fois de plus extrêmement ouvragé dans sa construction, La mauvaise éducation délaisse, c'est très notable, les héroïnes au profit cette fois d'un ensemble quasi uniquement masculin: Ignacio et Enrique se sont connus dans une institution scolaire Espagnole durant les années 60. L'un et l'autre ont ressenti une attirance mutuelle, mais elle a été tuée dans l'oeuf par un prêtre qui était clairement amoureux d'Ignacio, qu'il a d'ailleurs essayé de violer, avant que celui-ci ne se laisse faire afin de protéger Enrique. Mais ce dernier a quand même du quitter l'école, et les deux garçons ne se sont jamais revus. Au début des années 80, un homme qui se prétend Ignacio frappe à la porte d'Enrique, devenu un cinéaste à succès, et lui remet une nouvelle (La Visite) inspirée de leur histoire commune et qui prolonge la vie des deux garçons, en montrant Ignacio devenu un travesti, rencontrant Enrique au hasard d'une soirée, et faisant l'amour avec le garçon durant son sommeil. Enrique a du mal à reconnaître Ignacio, mais accepte de tourner un film adapté de la nouvelle; les deux hommes vont vite se quereller autour de la question du rôle d'Ignacio, que "Angel" (C'est ainsi que celui qui prétend être Ignacio veut désormais qu'on l'appelle) souhaite interpréter lui-même. De conflits en rabibochage, ils parviennent à un compromis, et le film se fait. Au passage, on apprend que "Angel", de son vrai nom Juan, est en fait le petit frère du vrai Ignacio, et que celui-ci, héroïnomane, est décédé quelques années années auparavant. Enrique va aussi apprendre d'autres choses, plus embarrassantes encore... 

Les aller-retours entre réalité, soit contemporaine du temps choisi par le film au début, soit les années 80, et la fiction, qu'elle soit largement inspirée des souvenirs des deux garçons (L'institution et la découverte de l'identité sexuelle), ou totalement fantasmée (la rencontre érotique entre Enrique endormi et "Ignacio"), est l'occasion pour Almodovar de brouiller les pistes en proposant un kaléidoscope de souvenirs, d'actes manqués, de moments de grâce qui ne tardent pas à se transformer en cauchemar, avec toujours cette élégance qui consiste à citer des oeuvres extérieures pour détourner l'attention: ainsi une scène bucolique et chargée, durant laquelle le prêtre du film accompagne à la guitare le garçon Ignacio chantant Moon River se détourne-t-elle de sa simplicité initiale lorsque, à la faveur d'un éloignement de la caméra, la bande-son nous révèle que le bon père  a tenté d'abuser du garçon. Mais on retrouve, dans une autre scène, une allusion à Breakfast at Tiffany's (Un référence homosexuelle parmi d'autres, du reste), le film de Blake Edwards dont la chanson Moon River est le thème principal. Cette scène, à l'interprétation musicale gauche et franchement mal synchronisée, est à l'image du film et de son décalage constant entre réalité et fantasme.

Mais une chose est sure: derrière une histoire qui comme d'habitude tourne au drame noir, avec une forte odeur de regrets et de pulsions, mâtinée d'un humour frontal, et d'un certain talent pour filmer le sexe de très près en restant suggestif (la scène durant laquelle "Ignacio" tente de ranimer les ardeurs d'Enrique trop saoul est un modèle du genre), Almodovar nous parle de lui, de sa jeunesse, de la découverte de son identité sexuelle, et ce n'est pas un hasard si à la fin du générique, la mention "Guion y direccion: Pedro Almodovar" se mue soudain en "Guion y direccion: Enrique Goded", sur une affiche qui est vue en gros plan dans la première scène... Almodovar nous parle de façon détournée de sa jeunesse dans l'institution catholique, avec ses prêtres pédophiles, la volonté d'étouffer la jeunesse; il nous parle aussi des liens étroits entre la vie et l'art, entre les désirs et leur réalisation par le biais du cinéma, tel ce "Juan" qui va devenir son frère le temps d'un film, au prix de révélations hallucinantes. A ce titre, Gael Garcia Bernal est formidable. Le film aussi.

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