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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 11:46

Retour à la noirceur... Ce film prend une fois de plus prétexte de flash-backs à la recherche de secrets de famille plus ou moins enfouis, pour fouiller dans l'âme de certaines femmes. les hommes? A l'image de cette statuette d'argile souvent montrée dans le film, et qui est la production de l'une des protagoniste, ils ont le sexe érigé, mais coupé à la moitié: ils sont bien sur souvent l'objet des secrets, mais n'en sont jamais le sujet, et ils restent à l'écart; une fois de plus, c'est une affaire de femmes.

Julieta s'apprête à tirer un trait sur sa vie à Madrid, une vie uniquement passée à attendre que sa fille Antia qui l'aquittée il y a douze ans, donne de ses nouvelles ou revienne, et elle va donc suivre son amoureux Lorenzo au Portugal... mais peu avant le départ, elle croise Béa, la meilleure amie de sa fille quand elle était adolescente, et celle-ci lui dit qu'elle a vu Antia. Elle va bien, elle a des enfants... Bouleversée, Julieta annule son départ, et sous le prétexte d'écrire à sa fille, replonge dans ses souvenirs, à partir d'une nuit dans un train, lorsqu'elle a fait la rencontre de Xoan, un jeune homme séduisant. Un pécheur passionné, retenu à terre par la maladie de sa femme... Une nuit d'amour dans le train plus tard, les destins de Xoan et Julieta allaient être liés... Du moins pour un temps.

Aucune provocation, aucun humour non plus. Almodovar retrouve avec ce très beau film qui vous agrippe et ne vous lâche plus, la rigueur de La fleur de mon secret, de Volver ou de Etreintes brisées, mais il se refuse à détacher son regard et le nôtre, par des notations humoristiques, du drame de cette femme, qui vit dans l'éternelle incompréhension d'une absence. Celle-ci ne sera d'ailleurs pas totalement ni comprise, ni résolue dans le cours du film, mais Almodovar s'est plu à en montrer l'effet, les contours, avec l'aide de plusieurs actrices: Adriana Ugarte interpète Julieta jeune, et Emma Suarez à quarante-cinq ans.Tout autour d'elle est fait de regret, de souvenirs aussi, ce 'est d'ailleurs pas un hasard si un épisode prémonitoire du flash-back nous raconte la visite de Julieta à sa maman atteinte d'Alzheimer. Car le souvenir a beau être douloureux, au point qu'on veuille s'en débarrasser, il est aussi vital, et Julieta âgée est en grand danger de se perdre en essayant d'oublier son passé.

La mise en scène est faite de cette magnifique passion des personnages, suivant Julieta surtout dans ses recherches, égarements, décisions et regrets. chaque détail bien sur compte, et Almodovar se permet parfois une douce ironie: lorsqu'on dit à Julieta qu'elle n'est pas vieille, un poster au fond la pièce annonce la production d'une pièce: The old woman... Une scène superbe lui permet de nous surprendre en passant d'une actrice à l'autre au sein de la même période temporelle, comme pour montrer le poids d'un traumatisme sur le personnage de Julieta. Il se livre aussi à une belle auto-parodie, en choisissant de privilégier pour la jeunesse de Julieta la palette de couleurs vives voire criardes qu'i était la sienne à ses débuts, pour contrer avec les nuances plus sobres et naturelles des scènes contemporaines. 

Bref: un film magnifique, un de plus.

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar Espagne
1 novembre 2013 5 01 /11 /novembre /2013 12:07

Après un film controversé (La piel que habito), mais qui reste l'un de ses plus intéressants à bien des égards, Almodovar s'autorise une sorte de pause, en forme de retour en arrière: retour pour commencer tant dans la thématique que dans le style. Une comédie, donc, truffée de provocations en tous genres, et confectionnée, une fois n'est pas coutume, avec l'aide d'effets spéciaux. Pas de film-matrice derrière l'intrigue cette fois, mais comme dans Volver qui prenait comme point de départ un synopsis inspiré d'une histoire entendue dans La fleur de mon secret, Les amants passagers est le titre d'un film dont on voit l'affiche dans La Mauvaise éducation... Par ailleurs, on assiste ici à une parodie évidente des films catastrophes, façon The high and the mighty, de Wellman. Comme ce dernier, le film d'Almodovar se passe pour l'essentiel de l'intrigue dans un avion en route pour le Mexique, mais un souci technique va obliger l'appareil à faire du surplace en attendant qu'une piste d'atterrissage soit disponible pour l'accueillir. Pendant ce temps, une passagère douée de pouvoirs de prédiction met la pagaille en disant qu'elle a pressenti de gros problèmes à venir pour la plupart des passagers; elle a aussi, sur une note plus privée, ressenti la certitude qu'elle allait perdre sa virginité dans l'avion. De leurs côté, l'équipage composé de deux pilotes et trois stewards (Tous les trois gays) va distribuer et consommer moult produits euphorisants, et un pilote va faire son coming-out de façon assez spectaculaire. Quant aux autres passagers, certains vont changer radicalement leur vie, d'autres vont changer leur façon de voir, et d'autres vont avoir des rapports sexuels dans l'avion...

La presse a été plutôt maussade sur le film, pourtant cohérent et soigné. La durée plutôt courte du film (90 minutes), l'apparition d'un grand nombre d'acteurs d'Almodovar (Lola Duenas, Cecilia Roth, ou encore Antonio Banderas et Penelope Cruz, une fois de plus enceinte, pour une petite apparition tous les deux), son côté "accessoire" (une comédie légère, impertinente et auto-référentielle) ne doivent pas nous faire oublier d'une part que la rigueur acquise par Almodovar, surtout depuis l'écueil de Kika, est bien au rendez-vous, et que cette accumulation d'expériences, bien qu'interrompue comme aux temps héroïques des 80s par un numéro musical hilarant (Et plus gay que jamais, on ne se refait pas!), sonne comme un échantillonnage concentré des thèmes de prédilection de Pedro Almodovar, certaines anecdotes auraient après tout pu être développées en des films à part entière: l'acteur qui fuit les femmes sur lesquelles il a une désastreuse influence, l'ex-star du porno qui tombe amoureuse du tueur payé par une épouse trompée pour la tuer, ou encore bien sur l'adorable Lola Duenas en fil conducteur, un Puck qui aurait autant à gagner de l'expérience que les gens qui l'entourent, et qui découvre la sexualité dans un avion en perdition, preuve que la vie continue en toutes circonstances, et qu'il ne faut surtout pas oublier ni la bonne humeur, ni le sexe.

Sage vision des choses.

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Published by Allen john - dans Pedro Almodovar
6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 17:02

Habituellement, quand Pedro Almodovar revient de Cannes, il a une critique à ses pieds, et la frustration de ne rien remporter. Kieslowki, il y a quelques années, souffrait aussi (En silence) de la même maladie. Sachant que d'une part, la critique n'est pas infaillible, et que d'autre part, n'importe quel film y compris un navet de la pire espèce peut avoir un prix à Cannes (On ne va pas en nommer, c'est très subjectif), on devrait s'abstenir du moindre commentaire à ce sujet, mais il y a aussi à Cannes une sorte d'indicatif. Ainsi, lorsque un film d'Almodovar ne convainc ni le jury, ni le public, ni la critique, on se dit que c'est peut-être le début de la fin. Pourtant, le film ne mérite pas le désamour dont il a été victime... Certes, ce n'est pas un chef d'oeuvre, mais la bouffée d'air frais dans le petit cirque Almodovarien qu'il représente me semble justifier d'y retourner souvent.

Et puis il y a les Yeux sans visage, de George Franju, chef d'oeuvre certes, mais auxquels on a cru bon de devoir absolument comparer ce film. C'est forcément mortel. songe-t-on à comparer All about Eve à Tout sur ma mère? Ca reviendrait au même, pourtant, puisque le film de Franju n'est ici que ce lointain modèle, ce film-source, auquel se réfère Almodovar par amour du cinéma, mais dont il se sépare pour mieux s'en éloigner: à la base, les liens sont ténus: un médecin qui se livre à des expériences défendues,  une jeune femme qui subit ces expériences, et une complice d'un certain age; une villa, éloignée des regards, des expériences dont la portée se dérobe à notre compréhension jusqu'à ce qu'un flashback nous éclaire, et une atmosphère de mort lente. Mais au-delà, on est en terrain plus classique: des amours traitées sur le mode baroque, des secrets enfouis et inavouables bien qu'assumés et montés en mode de vie, et des improbabilités flagrantes qui tendent le récit, coloré de violentes taches rouges, vers le mélodrame flamboyant et halluciné, matiné de beaucoup plus d'humour (Noir, bien sur) que ce qu'on a bien voulu y voir...

 

Dans cette histoire que je ne tenterai pas de raconter, Almodovar a sans doute voulu changer brusquement de ton, ce qui explique la difficulté à y déceler autant d'émotion que d'habitude. Mais l'impression qui domine, c'est que tous ces gens qui s'agitent tentent plus de prolonger leurs vies qu'autre chose, comme du reste le héros cinéaste d'Etreintes brisées. Le désespoir a envahi le film, c'est une évidence. La piel que habito dans lequel le cinéaste nous donne à nouveau à voir une histoire de possession amoureuse et physique d'un genre nouveau, est une fois de plus une danse de mort, mais dépourvue d'amabilité excessive...

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar
21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 09:46

Le plus long des films de Pedro Almodovar commence par un générique prometteur: un moniteur, lord d'un tournage, montre le cadre dans lequel les acteurs du film en cours vont évoluer. On reconnait Penelope Cruz, et l'image finale, celle d'un metteur en scène de dos qui dirige son actrice, s'orne du crédit "Guion y direccion: Pedro Almodovar". Le décor est planté, il va être question de cinéma, de tournage, de film en cours, d'actrice, et... d'amour. La première séquence, d'abord énigmatique, montre un oeil en gros plan, au centre duquel l'image d'une jeune femme se dessine nettement. Elle lit le journal pour un homme aveugle, qui se présente sous le nom d'Harry Caine. Il s'agit en fait de Mateo Blanco, ancien cinéaste, devenu aveugle, et qui symboliquement a définitivement adopté son pseudonyme de scénariste quand un accident l'a privé de la vue. Il vient de rencontrer la jeune femme, et va la séduire, parce que désormais il veut "profiter de la vie". Nous sommes en 2008, et on va, au gré de souvenirs et de conversations, se promener entre 1992 et le présent du film, et faire la connaissance d'un certain nombre de personnages:

Judit Garcia (Bianca Portillo), l'agent de Mateo Blanco, qui a eu une aventure avec lui, et veille jalousement sur sa carrière et sa vie. depuis la cécité de son ami, elle est encore plus proche.

Diego (Tamar Novas), le fils de Judit, aussi proche de mateo que peut l'être sa mère. Selon la version officielle, le père de Diego est un amant de passage.

Ernesto Martel (Jose Luis Gomez), riche industriel, qui se mèle de cinéma afin de rester près de sa maitresse actrice.

Ernesto martel Junior (Ruben Ochandiano), dit ray X, le fils écrasé par son père, se mèle de cinéma, et en 2008 tente de prendre contact avec Mateo blanco, dont il a filmé tout le tournage du dernier film.

Lena (Penelope Cruz): La jeune femme dont Ernesto Martel tombe amoureux en 1992, et qui afin de survivre, accepte de devenir sa maitresse. Elle est engagée par mateo Blanco pour le tournage de son sixième film, Filles et valises, une comédie exubérante qui mèle des éléments de cinéma américain (Une actrice grimée en Audrey Hepburn) et de cinéma Espagnol (Notamment des éléments tirés de Femmes au bord da la crise de nerfs).

Mateo Blanco (Lluis Homar), metteur en scène amoureux de son actrice, a fui le tournage avec elle, et a subi une humiliation: apprendre que son film, monté en son absence, est un navet absolu. Juste après, lui et Lena ont eu un accident dans lequel elle a perdu la vie, et lui, la vue. Depuis, il a décidé de changer d'identité, et est devenu Harry Caine.

Le film se voit sans grand effort, en dépit des changements permanents d'époque, et comme toujours des petits et gros secrets se font jour. certains sont de fausses pistes, d'autres non: qui est le père de Diego? Qui est Ray X, le jeune homme qui se présente au domicile d'Harry Caine comme un metteur en scène? Quelle est la part d'Ernesto Martel dans le sabotage du film Filles et valises? Quelle est la part de la jalouse Judit dans ce même sabotage, sachant qu'elle ne supportait pas Lena? Qu'est-il advenu du matériel du film?

Parallèlement aux questions ci-dessus, dont certaines trouvent des réponses, alors que d'autres non, Almodovar a comme d'habitude semé des indices, des petits riens, des tendances aussi: allusions au cinéma, à des films, des détails. On voit un extrait du Voyage en Italie, de Rosselini, qui trouve un léger écho dans les derniers jours de Lena et Mateo; on apprend incidemment que Mateo est amateur de bande-sons de films, qu'il aime à écouter lmaintenent qu'il ne peut plus les voir; c'est ainsi qu'il en vient à se trouver devant sa télévision, alors qu'une diffusion de son film maudit le surprend. Pour la première fois, il en entend un extrait, qui le fait bondir: les actrices jouent tellement faux! C'est à partir de là, et de révélations en cascade données par Judit, qu'il va prendre la décision qui s'impose: reprendre 14 années plus tard le montage, afin de donner une vraie vie au film qu'il a tant voulu faire avant de quasiment mourir. C'est le sens de la dernière scène: le cinéma avant tout, il faut achever son film... et c'est la fin d'un puzzle que plusieurs visionnages ne parviendront pas à épuiser...

Au passage, Almodovar généralement peu friand de ce genre de bonus, a fourni pour le DVD de ce film deux suppléments intéressants, sui prolongent des aspects du film: les relations très particulières entre Mateo et Diego y trouvent un éclairage passionnant, et la décision de Mateo de reprendre le montage y devient plus claire; une scène forte voit Mateo emmener Judit et Diego dans un restaurant "aveugle", ou l'on dîne dans l'obscurité totale, ce qui rend Judit très nerveuse, et insiste sur un aspect très important du film: le sensoriel (représenté bien sur dans le film dans les aventures libertines de Mateo qui ramène de belles inconnues chez lui, mais aussi dans le visionnage de films muets tournés par Ernesto Junior sur le plateau de Mateo, pour le compte de son père qui surveille jalousement sa maîtresse, et doit se faire aider de Lola Dueñas, qui lit sur les lèvres des gens filmés en cachette)... La scène est longue et très belle. Enfin, le DVD propose aussi La conseillère anthropophage, numéro d'actrice, tiré du film Filles et valises, film dans le film Etreintes brisées. Libertin, limite cochon (Sans pour autant qu'il s'agisse d'autre chose qu'un monologue), c'est du Almodovar de défoulement, d'ailleurs signé Mateo Blanco, alors que le scénario en est bien sr attribué à Harry Caine. Ainsi le film est doté, même si c'est en supplément, de sa performance artistique saugrenue, comme tant d'autres films avant lui... et par la même occasion, la filiation du drame avec la comédie, de Etreintes brisées avec Femmes au bord de la crise de nerfs, est accomplie.

...avec du gaspacho, et un lit fumant.

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar
5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 10:45

Après le soap-opera homosexuel à tiroirs, autobiographique et transgressif, de La mauvaise éducation, Volver constitue en apparence un retour à la comédie, un retour aux femmes aussi après leur quasi-absence du film précédent. Plus encore, il s'agit aussi d'une déclaration d'amour aux femmes, mères, filles, grand-mères, tantes, restauratrices, meurtrières ou prostituées... et d'un film, une fois de plus, gonflé: mort brutale, mensonges, trahison et inceste débouchent sur une vision rassérénée du monde, un monde dans lequel les femmes sont plus fortes parce qu'unies, en paix avec elles-mêmes, en paix avec le passé, et enfin, débarrassées des hommes. Donc la comédie n'est pas à proprement parler si légère que cela, mais le public a fait un triomphe au film, l'un des plus beaux de son auteur. Tour de force puisque cela reste une oeuvre dans laquelle par exemple, un lien dans le temps entre une femme et sa mère qu'elle croit disparue s'exprime, dans l'émotion basée sur un souvenir olfactif: l'odeur des pets maternels... Et pourtant on n'a pas tant que ça l'impression de provocation; d'une part, on est habitué, d'autre part la force des sentiments, la puissance des actrices sont magiques et font magnifiquement leur travail.

 

Raimunda (Penelope Cruz), originaire d'un petit village, vit avec sa fille à Madrid. Elle a perdu ses deux parents dans un incendie, mais garde un lien fort avec le village natal, puisqu'elle se rend souvent en compagnie de sa soeur Soledad (Loa Dueñas), et de sa fille Paula (Yohana Cuobo) au cimetière, et visite sa tante restée seule; celle-ci est un peu gâteuse, mais les accueille toujours avec gentillesse. Raimunda, dont la fille est née de père inconnu, s'est mariée avec Paco (Antonio de la Torre), un homme pas vraiment admirable. Celui-ci tente un soir de molester Paula restée seule avec lui, et Paula le tue avec un couteau de cuisine. En rentrant et en découvrant ce qui s'est passé, Raimunda prend illico la décision, d'une part d'assumer la responsabilité, d'autre part de cacher la mort de Paco. Elle va utiliser le congélateur du restaurant en voie de fermeture dont un ami va lui confier la garde. De son coté, Soledad au même moment apprend la mort de la tante Paula. le jour de l'enterrement, alors que Raimunda reprend le restaurant, Soledad découvre que sa mère (Carmen Maura) est bien vivante, et cache un secret bien lourd à porter...

 

J'ai tenté ici, sans grand succès, de rendre compte d'un scénario qui a tout pour être extrêmement embrouillé, mais qui est aussi clair dans son déroulement que captivant. La part belle est faite aux femmes, et dans le cadre de cette intrigue on découvrira des faits peu glorieux, cachés par le passé, mais qui établissent une étonnante filiation entre la maman qui se fait passer pour morte, Raimunda qui a si longtemps été fâchée avec sa mère, la petite Paula, et la figure tagique de Agustina (Bianca Portillo), la voisine de la vieille tante Paula, dont la mère a disparu la nuit de l'incendie. Almodovar s'amuse à enfouir de façon ludique une intrigue finalement pas très compliquée à deviner dont les différentes implications vont lier à tout jamais les femmes, qui dans ce film, c'est une évidence, enterrent tous les hommes, comme le dit quelqu'un au début du film, lors de la scène du cimetière. Sinon, Almodovar a recours à des ficelles de son univers, et si on peut dresser un parallèle avec Talons Aiguille, à travers la sacrifice potentiel de Raimunda pour Paula, si on constate une nouvelle fois le recours à un intermède musical (la chanson Volver) qui renvoie une fois de plus à la culture populaire Espagnole, le lien le plus fort avec le reste de l'oeuvre reste quand même le fait que l'histoire vécue par Raimunda était déja l'objet d'un roman qui joue un rôle dans le film La fleur de mon secret...

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar
1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 09:59

Personnel et une fois de plus extrêmement ouvragé dans sa construction, La mauvaise éducation délaisse, c'est très notable, les héroïnes au profit cette fois d'un ensemble quasi uniquement masculin: Ignacio et Enrique se sont connus dans une institution scolaire Espagnole durant les années 60. L'un et l'autre ont ressenti une attirance mutuelle, mais elle a été tuée dans l'oeuf par un prêtre qui était clairement amoureux d'Ignacio, qu'il a d'ailleurs essayé de violer, avant que celui-ci ne se laisse faire afin de protéger Enrique. Mais ce dernier a quand même du quitter l'école, et les deux garçons ne se sont jamais revus. Au début des années 80, un homme qui se prétend Ignacio frappe à la porte d'Enrique, devenu un cinéaste à succès, et lui remet une nouvelle (La Visite) inspirée de leur histoire commune et qui prolonge la vie des deux garçons, en montrant Ignacio devenu un travesti, rencontrant Enrique au hasard d'une soirée, et faisant l'amour avec le garçon durant son sommeil. Enrique a du mal à reconnaître Ignacio, mais accepte de tourner un film adapté de la nouvelle; les deux hommes vont vite se quereller autour de la question du rôle d'Ignacio, que "Angel" (C'est ainsi que celui qui prétend être Ignacio veut désormais qu'on l'appelle) souhaite interpréter lui-même. De conflits en rabibochage, ils parviennent à un compromis, et le film se fait. Au passage, on apprend que "Angel", de son vrai nom Juan, est en fait le petit frère du vrai Ignacio, et que celui-ci, héroïnomane, est décédé quelques années années auparavant. Enrique va aussi apprendre d'autres choses, plus embarrassantes encore... 

Les aller-retours entre réalité, soit contemporaine du temps choisi par le film au début, soit les années 80, et la fiction, qu'elle soit largement inspirée des souvenirs des deux garçons (L'institution et la découverte de l'identité sexuelle), ou totalement fantasmée (la rencontre érotique entre Enrique endormi et "Ignacio"), est l'occasion pour Almodovar de brouiller les pistes en proposant un kaléidoscope de souvenirs, d'actes manqués, de moments de grâce qui ne tardent pas à se transformer en cauchemar, avec toujours cette élégance qui consiste à citer des oeuvres extérieures pour détourner l'attention: ainsi une scène bucolique et chargée, durant laquelle le prêtre du film accompagne à la guitare le garçon Ignacio chantant Moon River se détourne-t-elle de sa simplicité initiale lorsque, à la faveur d'un éloignement de la caméra, la bande-son nous révèle que le bon père  a tenté d'abuser du garçon. Mais on retrouve, dans une autre scène, une allusion à Breakfast at Tiffany's (Un référence homosexuelle parmi d'autres, du reste), le film de Blake Edwards dont la chanson Moon River est le thème principal. Cette scène, à l'interprétation musicale gauche et franchement mal synchronisée, est à l'image du film et de son décalage constant entre réalité et fantasme.

Mais une chose est sure: derrière une histoire qui comme d'habitude tourne au drame noir, avec une forte odeur de regrets et de pulsions, mâtinée d'un humour frontal, et d'un certain talent pour filmer le sexe de très près en restant suggestif (la scène durant laquelle "Ignacio" tente de ranimer les ardeurs d'Enrique trop saoul est un modèle du genre), Almodovar nous parle de lui, de sa jeunesse, de la découverte de son identité sexuelle, et ce n'est pas un hasard si à la fin du générique, la mention "Guion y direccion: Pedro Almodovar" se mue soudain en "Guion y direccion: Enrique Goded", sur une affiche qui est vue en gros plan dans la première scène... Almodovar nous parle de façon détournée de sa jeunesse dans l'institution catholique, avec ses prêtres pédophiles, la volonté d'étouffer la jeunesse; il nous parle aussi des liens étroits entre la vie et l'art, entre les désirs et leur réalisation par le biais du cinéma, tel ce "Juan" qui va devenir son frère le temps d'un film, au prix de révélations hallucinantes. A ce titre, Gael Garcia Bernal est formidable. Le film aussi.

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar
14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 17:39

Le corps: c'est le motif numéro un de ce film, qui commence une fois n'est pas coutume par une performance, un ballet de Pina Bausch, auquel assistent deux personnages du film. En guise de prélude, on a donc une de ces apparitions artistiques extérieures dont Almodovar nous gratifie depuis toujours; il y en aura d'autres, mais le corps ne sera jamais absent de l'image... Il me semble que ce film a des points communs en ce sens avec son dernier long métrage, le si décrié La piel que habito.

 

Danser, c'est l'un des fils conducteurs entre les personnages; par exemple les deux "héros", Benigno l'infirmier et Marco, le journaliste, ne se voient pas vraiment lors de cette représentation d'un ballet durant lequel ils sont côte à côte; tout au plus Benigno voit-il que Marco pleure... Benigno aime Alicia, qui danse dans l'école juste à coté de chez lui, et dont il a tout fait pour s'approcher; maintenant qu'Alicia est dans le coma suite à un accident, Benigno s'occupe d'elle, jour et nuit, dans le cadre de son métier... Enfin, c'est par le biais d'une enseignante de danse (Geraldine Chaplin) que marco sera presque officiellement présenté à alicia à la fin du film, lorsque celle-ci aura retrouvé la vie... Tout ce qui se passe dans le film mène à cet instant, et il est fugitif, mais une fois le moment passé, le générique arrive. Almodovar a tissé entre les êtres des loiens solides, fascinants et passionnants...

 

Toréer: une activité qui touche au sacré... Pas pour moi, je l'avoue (J'ai même tendance à apprécier le fait qu'un torero se fasse massacrer par un taureau, je suis donc comblé ici), mais pour les Espagnols, pour Marco aussi, qui tombe amoureux, fasciné, d'une torero, Lydia. celle-ci a un accident, et se retrouve en mort cérébrale, maintenue en vie dans le même hopital qu'Alicia. Il rencontre vraiment Benigno, lorsqu'il a l'oeil attiré par la nudité du corps d'Alicia, qu'il aperçoit au hasard d'une porte entr'ouverte, et qui l'a manifestement ému: second fil rouge, le corps dévoilé sans aucune pudeur de la jeune femme, et ses soins prodigués de façon maniaque par Benigno, qui ne cache pas être fou d'amour. D'ailleurs, il lui parle, et conseille à Marco d'en faire autant avec Lydia... Mais celui-ci n'y parvient pas. Au gré des jours, on voit défiler du monde, ainsi le professur de danse vient-elle elle aussi au chevet de son élève, pour lui parler, en toute complicité avec Benigno.

 

Aimer physiquement, c'est le pas à franchir pour Benigno, dont on devine une difficulté à trouver l'amour: son obsession pour Alicia est comblée: la jeune femme lui est servie sur un plateau, et son corps lui appartient: cette transgression est l'une des clés du film, qui va favoriser le réveil d'Alicia, le sacrifice de Benigno, et la vraie rencontre entre Alicia et Marco, final du film...

 

Le titre du film fait allusion à ces conseils de bon sens prodigués par Benigno à Marco, qui ne parviendra jamais à engager le dialogue avec Lydia et découvrira cruellement qu'il la veille pour rien: au moment ou elle s'est faite piétiner par un taureau, elle était sur le point de le quitter, et souhaitait justement... lui en parler. Quand il le découvre, il cesse imémédiatement de venir auprès d'elle. L'autre révélation va venir d'une observation de Marco, fasciné par les seins découverts d'Alicia: il les trouve grossis... En fait elle est enceinte, elle qui est dans le coma depuis quatre ans.

 

Almodovar souligne par des mentions des personnages et de leur interaction la progression amoureuse, ou amicale: Marco et Lydia, Benigno et Alicia, etc... il officialise le coté ronde de son film, en ajoutant des batons dans les roues du spectateur, s'amusant à bouleverser la chronologie de façon parfois explicite ("Trois mois auparavant") et parfois moins, comme dans les flash-backs désordonnés de Marco avec Lydia. En plus de la danse de Pina Bausch, qui revient à la fin du film pour achever la ronde, Almodovar une fois de plus s'adonne à son piochage culturel, et nous oumet une adorable interprétation de la paloma, avec dans le public, les deux personnages féminins principaux de Tout sur ma mère, une façon de continuer à tisser des liens non seulement entre les personnages mais aussi entr els films. Enfin, il nous gratifie d'une hallucinante parodie de film muet dans lequel un savant rétrécit et se retrouve happé par le sexe géant de sa bien-aimée... excessif? oui. Comme un cheveu sur la soupe, même, mais cette grossière parodie osée me semble ttalement appropriée: elle peut dresser un lien entre benigno et alicia tous deux fans de films muets, est une allusion à un autre des arts corporels: le film muet est un art du geste, il est donc logique qu'une fois de plus, on assiste à une représentation du corps...

 

 

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar
27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 16:27

Dédié explicitement "A Bette Davis, Gena Rowlands, Romy Schneider... A toutes les actrices qui ont interprété des actrices, à toutes les femmes qui jouent, aux hommes qui jouent et se transforment en femme, à toutes les personnes qui veulent être mère. A ma mère." Francisca Caballero , la maman du réalisateur, n'avait plus qu'une année à vivre. C'est donc un film important dans cette optique, mais aussi un confluent des avancées d'Almodovar depuis une décennie, qui explore le deuil, la renaissance, la tolérance aussi, dans un univers conquis et occupé par des femmes, dans lequel les hommes sont des souvenirs, des gens mis à l'écart, ou tout simplement ont changé de sexe, tels Agrado et Lola, les deux transsexuels qui jouent un rôle crucial, l'un pour le drame, l'autre pour la comédie... Tout ce qu'il a fait dans ses films auparavant, mène à celui-ci.

Manuela perd son fils Esteban, qu'elle a élevé seule; il est renversé par une voiture alors qu'il courait après la voiture de l'actrice Huma Rojo, dont il souhaitait avoir un autographe. Manuela, qui a accepté la transplantation du coeur de son fils, a cru devoir suivre l'heureux bénéficiaire de l'opération, mais elle finit par souhaiter faire un autre pèlerinage, et se met en quête du père de son fils, un homme qui a choisi de devenir une femme, Lola, et qui se prostitue à Barcelone; elle s'y rend et y retrouve Agrado, une vieille connaissance, ainsi que Soeur Rosa, une jeune religieuse enceinte de Lola-Esteban, qui va vite découvrir sa séropositivité. Elle recroise également la route d'Huma rojo, dont elle va devenir l'assistante personnelle pendant les représentations d'Un tramway nommé désir.

C'est à un triple parrainage cinématographique que nous assistons: à l'inévitable référence au film d'Elia Kazan via la pièce de Tennesse Williams, ce film renvoie aussi beaucoup à All about Eve, de Mankiewicz: par le titre, tout d'abord; ensuite, peu de temps avant sa mort, Esteban l' a regardé à la télévision en compagnie de sa mère; enfin, la situation de Manuela devenant l'assistante personnelle de Huma Rojo renvoie la encore au scénario de ce film, ce que ne manque pas de noter un personnage. Du reste, Huma Rojo confesse dans le film son admiration pour Bette Davis... Un troisième film (Que je n'ai pas vu) joue aussi un rôle, puisque la scène de l'accident a été ici inspirée de Opening night de John Cassavetes. Le monde du spectacle, compte tenu du script, est omniprésent, bien sur, mais on notera aussi une scène qui renvoie directement à La fleur de mon secret: Manuela, qui au début du film est une infirmière coordinatrice en charge des transplantations, participe à un jeu de rôle autour des négociations entre médecins et familles de patients décédés...

Quelles que soient les apparences de provocation, ce film manifestement cher à son coeur est l'occasion pour Almodovar d'explorer l'après: comment survivre à la mort d'un être cher? Mais aussi, comment s'y préparer, puisque ici, ce ne sont pas moins de deux voire trois décès qui encadrent le film; la religieuse que Manuela a prise sous son aile ne survivra pas longtemps, et permettra sans doute à Manuela de tourner la page. De même, Almodovar a-t-il confié à trois femmes des rôles importants ici: Marisa Paredes, Cecila Roth, toutes deux très fréquentes dans son univers, et la nouvelle venue déjà aperçue dans En chair et en os. Après avoir vu le film, on ne peut que croire sur parole le réalisateur quand il dit s'en remettre aux actrices...

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar
26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 15:11

Après un film austère et concentré (La fleur de mon secret) sur le personnage d'une femme qui a bien des égards était en crise d'inspiration autant qu'en crise amoureuse, Almodovar reprend son sens des mélanges avec ce qui est une adaptation très ilibre d'une nouvelle noire de Ruth rendell. Tellement libre qu'on est devant une construction très personnelle, les liens entre les personnages sont en effet du pur Almodovar...

 

Victor (Liberto Rabal) est né à Noël 1970 à Madrid, au moment ou Franco instaurait un état d'urgence. Une jeune prostituée (Penelope Cruz) a acouché dans un bus. A la dure, le cordon obilical ayant été coupé avec les dents. Des années plus tard, devenu un jeune homme à problème, Victor a été pris en flagrant délit de menace sur une jeune toxicomane, Elena (Francesca Neri), par deux policiers en patrouille, David (Javier Bardem) et Sancho (Jose Sancho). Les deux hommes partageaient un contentieux, David couchant avec Clara (Angela Molina), l'épouse de Sancho...

 

Compliqué? pas vraiment. Ce point de départ, qui culmine dans une scène avec flingues pointés dans tous les sens, genre oblige, est clair dans sa narration, logique dans ses quiproquos. Il s'agit pour Almodovar d'installer une intrigue de vengeance, qui se déroulera ensuite d'une façon peu commune: si Victor sera motivé par la vengeance durant son passage en prison, il en déviera bien vite, et une autre vengeance se mettra en place, la vieille querelle entre Sancho et David ressurgissant quelques années après.

 

Ce film est troublant, dans la façon dont almodovar nous lance sur la fausse piste d'une vengeance pour nous montrer comment Victor en vient, un jour, à enfin coucher avec Elena, et comment ils se trouvent enfin. Comment également David, devenu paraplégique durant l'arrestation de Victor, va apprendre qui est le varitable responsable de son état. Et coment Victor, né dans un bus, et en constant apprentissage (Il n'a jamais fait l'amour avant de rencontrer Elena, reprend ses études en prison, et sollicite Clara Sancho pour lui enseigner les arts de l'amour) va enfin se réaliser... Le film noir se pare des couleurs invraisemblables du feuilleton, et on avoue, sinon une certaine impatience, en tout cas un certain scepticisme devant tout ce dispositif. Mais une scène parmi d'autres retient l'attention: l'ouverture, durant laquelle Penelope Cruz nait à Almodovar. Elle serait bientôt de retour...

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar
4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 14:20

Véritable épure, parue entre son film le plus extrême depuis longtemps (Kika) et une plongée étrange dans le film noir, La fleur de mon secret est un film-clé de l'oeuvre d'Almodovar, à tel point qu'il y reviendra de façon inattendue dans Volver. Leo (Leocadia, apprend-on à la faveur d'une scène familiale de retour aux sources, justement) est une femme écrivain, qui publie sous un nom de plume des romans à succès qui se vautrent volontiers dans le mélodrame et les pulsions à la Barbara Cartland: Amanda Gris. personne, ou presque, ne connait son secret; mais elle traverse une double crise, conjugale et personnelle, et cherche à diversifier ses écrits; ele obtient une chronique littéraire dans le journal El pais, ou travaille un admirateur d'Amanda Gris, Angel. En même temps, elle va découvrir la vérité sur la double vie de son maris, Paco, un officier engagé en Bosnie qui la délaisse un peu trop facilement...

Bien sur, le résumé typiquement empreint de mélodrame qui précède ne semble pas s'éloigner de façon trop importante des canons Almodovariens, d'autant que parmi les acteurs on trouve par exemple Rossy de Palma et surtout, bien sur, Marisa Paredes (Leo), souvent de rouge vétue, qui incarne en plus un auteur torturé, en crise. Mais de même que Leo n'est pas célèbre autrement que sous un nom d'emprunt, contrairement à tous les artistes déja rencontrés de films en film chez Almodovar, sa crise ne passera que très superficiellement par une explosion. La mise en pièces de sa vie et son confort passe plus par l'implosion. C'est aussi souvent révélé par les personnages extérieurs, Angel notamment, ou encore la famille proche: la soeur et la mère qui apportent par leurs chamailleries futiles un peu de comédie bienvenue.

La mise en scène, faut-il le rappeler, est confiée donc à un homme en pleine possession de son génie, et qui passe par des idées discrètes, subtiles, mais particulièrement efficaces, pour suggérer le chaos de la vie de Leo; celle-ci est le plus souvent laissée à elle-même pour contempler les portraits nombreux et assemblés en un espèce d'autel dédié à son mari absent. Une visite de celui-ci se passe essentiellement entre deux portes (Littéralement), et elle apprendra vite qu'il est en fait entièrement accaparé par une autre. Les rapports des deux sont souvent vus à travers des miroirs disjoints, les carreaux d'une porte, comme les pièces injoignables d'un puzzle. Leo étend ce problème à d'autres, tel Angel, auquel elle refuse son amour durant une bonne partie du film, alors que lui serait contrairement à Paco plus disponible.

Il faudra à Leo le film entier pour réaliser que rien n'est ce qu'il parait être, mais nous nous le savions dès le début: ces gens dans la première séquence qui doivent annoncer une mauvaise nouvelle à une femme ne sont pas des médecins, et cette femme qui semble écrire un roman écrit en réalité ses sentiments et émotions du moment. De même, Amanda Gris n'est pas Amanda Gris (Encore moins après qu'Angel ait pris l'nitiative d'écrire deux romans sous ce nom sans consulter Leo...)... Paco n'est pas en bosnie, et leo qui s'abîme dans l'alcool et les somnifères n'y trouvera rien. Par contre Almodovar est bien lui-même, en dépit des apparences: cette science du moment, cette politesse du désespoir de placer aux bons endroits, ou mieux aux pires endroits possibles des renvois sur terre sous forme de rappel du sexe, de la saleté, du terre-à-terre de l'existence (cette merveilleuse mère toujours là à point pour parler de ses difficultés à déféquer quand Leo éprouve justement une crise de la créativité), ces intermèdes musicaux de moins en moins décalés, mais qui renvoient à une possibilité de sacré (Mélange superbe entre Miles Davis et le Flamenco, via un ballet au son d'un extrait du superbe album Sketches of Spain), et cette fin ouverte, qui nous évite de présenter leo en totale rémission quant à sa déprime, font tout pour notre bonheur.

 

Volver, disais-je, reviendra sur ce film par deux aspects: d'une part, en recyclant le même décor de maison, ou vit ici la maman de Leo. D'autre part, un petit mystère récurrent dans La fleur de mon secret concerne un scénario de film (Attribué à Bigas Luna!) curieusement inpiré d'un roman non publié de Leo: l'intrigue de base de Volver, avec le meurtre du mari par l'épouse qui n'a pas supporté que celui-ci s'en prenne à sa belle-fille, puis le fait que le cadavre soit caché dans un congélateur... Un lien étonnant entre deux chef d'oeuvre d'Almodovar, qui passe évidemment par les ficelles du crime et de l'exagération mélodramatique...

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar