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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 16:27

Dédié explicitement "A Bette Davis, Gena Rowlands, Romy Schneider... A toutes les actrices qui ont interprété des actrices, à toutes les femmes qui jouent, aux hommes qui jouent et se transforment en femme, à toutes les personnes qui veulent être mère. A ma mère." Francisca Caballero , la maman du réalisateur, n'avait plus qu'une année à vivre. C'est donc un film important dans cette optique, mais aussi un confluent des avancées d'Almodovar depuis une décennie, qui explore le deuil, la renaissance, la tolérance aussi, dans un univers conquis et occupé par des femmes, dans lequel les hommes sont des souvenirs, des gens mis à l'écart, ou tout simplement ont changé de sexe, tels Agrado et Lola, les deux transsexuels qui jouent un rôle crucial, l'un pour le drame, l'autre pour la comédie... Tout ce qu'il a fait dans ses films auparavant, mène à celui-ci.

Manuela perd son fils Esteban, qu'elle a élevé seule; il est renversé par une voiture alors qu'il courait après la voiture de l'actrice Huma Rojo, dont il souhaitait avoir un autographe. Manuela, qui a accepté la transplantation du coeur de son fils, a cru devoir suivre l'heureux bénéficiaire de l'opération, mais elle finit par souhaiter faire un autre pèlerinage, et se met en quête du père de son fils, un homme qui a choisi de devenir une femme, Lola, et qui se prostitue à Barcelone; elle s'y rend et y retrouve Agrado, une vieille connaissance, ainsi que Soeur Rosa, une jeune religieuse enceinte de Lola-Esteban, qui va vite découvrir sa séropositivité. Elle recroise également la route d'Huma rojo, dont elle va devenir l'assistante personnelle pendant les représentations d'Un tramway nommé désir.

C'est à un triple parrainage cinématographique que nous assistons: à l'inévitable référence au film d'Elia Kazan via la pièce de Tennesse Williams, ce film renvoie aussi beaucoup à All about Eve, de Mankiewicz: par le titre, tout d'abord; ensuite, peu de temps avant sa mort, Esteban l' a regardé à la télévision en compagnie de sa mère; enfin, la situation de Manuela devenant l'assistante personnelle de Huma Rojo renvoie la encore au scénario de ce film, ce que ne manque pas de noter un personnage. Du reste, Huma Rojo confesse dans le film son admiration pour Bette Davis... Un troisième film (Que je n'ai pas vu) joue aussi un rôle, puisque la scène de l'accident a été ici inspirée de Opening night de John Cassavetes. Le monde du spectacle, compte tenu du script, est omniprésent, bien sur, mais on notera aussi une scène qui renvoie directement à La fleur de mon secret: Manuela, qui au début du film est une infirmière coordinatrice en charge des transplantations, participe à un jeu de rôle autour des négociations entre médecins et familles de patients décédés...

Quelles que soient les apparences de provocation, ce film manifestement cher à son coeur est l'occasion pour Almodovar d'explorer l'après: comment survivre à la mort d'un être cher? Mais aussi, comment s'y préparer, puisque ici, ce ne sont pas moins de deux voire trois décès qui encadrent le film; la religieuse que Manuela a prise sous son aile ne survivra pas longtemps, et permettra sans doute à Manuela de tourner la page. De même, Almodovar a-t-il confié à trois femmes des rôles importants ici: Marisa Paredes, Cecila Roth, toutes deux très fréquentes dans son univers, et la nouvelle venue déjà aperçue dans En chair et en os. Après avoir vu le film, on ne peut que croire sur parole le réalisateur quand il dit s'en remettre aux actrices...

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar
26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 15:11

Après un film austère et concentré (La fleur de mon secret) sur le personnage d'une femme qui a bien des égards était en crise d'inspiration autant qu'en crise amoureuse, Almodovar reprend son sens des mélanges avec ce qui est une adaptation très ilibre d'une nouvelle noire de Ruth rendell. Tellement libre qu'on est devant une construction très personnelle, les liens entre les personnages sont en effet du pur Almodovar...

 

Victor (Liberto Rabal) est né à Noël 1970 à Madrid, au moment ou Franco instaurait un état d'urgence. Une jeune prostituée (Penelope Cruz) a acouché dans un bus. A la dure, le cordon obilical ayant été coupé avec les dents. Des années plus tard, devenu un jeune homme à problème, Victor a été pris en flagrant délit de menace sur une jeune toxicomane, Elena (Francesca Neri), par deux policiers en patrouille, David (Javier Bardem) et Sancho (Jose Sancho). Les deux hommes partageaient un contentieux, David couchant avec Clara (Angela Molina), l'épouse de Sancho...

 

Compliqué? pas vraiment. Ce point de départ, qui culmine dans une scène avec flingues pointés dans tous les sens, genre oblige, est clair dans sa narration, logique dans ses quiproquos. Il s'agit pour Almodovar d'installer une intrigue de vengeance, qui se déroulera ensuite d'une façon peu commune: si Victor sera motivé par la vengeance durant son passage en prison, il en déviera bien vite, et une autre vengeance se mettra en place, la vieille querelle entre Sancho et David ressurgissant quelques années après.

 

Ce film est troublant, dans la façon dont almodovar nous lance sur la fausse piste d'une vengeance pour nous montrer comment Victor en vient, un jour, à enfin coucher avec Elena, et comment ils se trouvent enfin. Comment également David, devenu paraplégique durant l'arrestation de Victor, va apprendre qui est le varitable responsable de son état. Et coment Victor, né dans un bus, et en constant apprentissage (Il n'a jamais fait l'amour avant de rencontrer Elena, reprend ses études en prison, et sollicite Clara Sancho pour lui enseigner les arts de l'amour) va enfin se réaliser... Le film noir se pare des couleurs invraisemblables du feuilleton, et on avoue, sinon une certaine impatience, en tout cas un certain scepticisme devant tout ce dispositif. Mais une scène parmi d'autres retient l'attention: l'ouverture, durant laquelle Penelope Cruz nait à Almodovar. Elle serait bientôt de retour...

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar
4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 14:20

Véritable épure, parue entre son film le plus extrême depuis longtemps (Kika) et une plongée étrange dans le film noir, La fleur de mon secret est un film-clé de l'oeuvre d'Almodovar, à tel point qu'il y reviendra de façon inattendue dans Volver. Leo (Leocadia, apprend-on à la faveur d'une scène familiale de retour aux sources, justement) est une femme écrivain, qui publie sous un nom de plume des romans à succès qui se vautrent volontiers dans le mélodrame et les pulsions à la Barbara Cartland: Amanda Gris. personne, ou presque, ne connait son secret; mais elle traverse une double crise, conjugale et personnelle, et cherche à diversifier ses écrits; ele obtient une chronique littéraire dans le journal El pais, ou travaille un admirateur d'Amanda Gris, Angel. En même temps, elle va découvrir la vérité sur la double vie de son maris, Paco, un officier engagé en Bosnie qui la délaisse un peu trop facilement...

Bien sur, le résumé typiquement empreint de mélodrame qui précède ne semble pas s'éloigner de façon trop importante des canons Almodovariens, d'autant que parmi les acteurs on trouve par exemple Rossy de Palma et surtout, bien sur, Marisa Paredes (Leo), souvent de rouge vétue, qui incarne en plus un auteur torturé, en crise. Mais de même que Leo n'est pas célèbre autrement que sous un nom d'emprunt, contrairement à tous les artistes déja rencontrés de films en film chez Almodovar, sa crise ne passera que très superficiellement par une explosion. La mise en pièces de sa vie et son confort passe plus par l'implosion. C'est aussi souvent révélé par les personnages extérieurs, Angel notamment, ou encore la famille proche: la soeur et la mère qui apportent par leurs chamailleries futiles un peu de comédie bienvenue.

La mise en scène, faut-il le rappeler, est confiée donc à un homme en pleine possession de son génie, et qui passe par des idées discrètes, subtiles, mais particulièrement efficaces, pour suggérer le chaos de la vie de Leo; celle-ci est le plus souvent laissée à elle-même pour contempler les portraits nombreux et assemblés en un espèce d'autel dédié à son mari absent. Une visite de celui-ci se passe essentiellement entre deux portes (Littéralement), et elle apprendra vite qu'il est en fait entièrement accaparé par une autre. Les rapports des deux sont souvent vus à travers des miroirs disjoints, les carreaux d'une porte, comme les pièces injoignables d'un puzzle. Leo étend ce problème à d'autres, tel Angel, auquel elle refuse son amour durant une bonne partie du film, alors que lui serait contrairement à Paco plus disponible.

Il faudra à Leo le film entier pour réaliser que rien n'est ce qu'il parait être, mais nous nous le savions dès le début: ces gens dans la première séquence qui doivent annoncer une mauvaise nouvelle à une femme ne sont pas des médecins, et cette femme qui semble écrire un roman écrit en réalité ses sentiments et émotions du moment. De même, Amanda Gris n'est pas Amanda Gris (Encore moins après qu'Angel ait pris l'nitiative d'écrire deux romans sous ce nom sans consulter Leo...)... Paco n'est pas en bosnie, et leo qui s'abîme dans l'alcool et les somnifères n'y trouvera rien. Par contre Almodovar est bien lui-même, en dépit des apparences: cette science du moment, cette politesse du désespoir de placer aux bons endroits, ou mieux aux pires endroits possibles des renvois sur terre sous forme de rappel du sexe, de la saleté, du terre-à-terre de l'existence (cette merveilleuse mère toujours là à point pour parler de ses difficultés à déféquer quand Leo éprouve justement une crise de la créativité), ces intermèdes musicaux de moins en moins décalés, mais qui renvoient à une possibilité de sacré (Mélange superbe entre Miles Davis et le Flamenco, via un ballet au son d'un extrait du superbe album Sketches of Spain), et cette fin ouverte, qui nous évite de présenter leo en totale rémission quant à sa déprime, font tout pour notre bonheur.

 

Volver, disais-je, reviendra sur ce film par deux aspects: d'une part, en recyclant le même décor de maison, ou vit ici la maman de Leo. D'autre part, un petit mystère récurrent dans La fleur de mon secret concerne un scénario de film (Attribué à Bigas Luna!) curieusement inpiré d'un roman non publié de Leo: l'intrigue de base de Volver, avec le meurtre du mari par l'épouse qui n'a pas supporté que celui-ci s'en prenne à sa belle-fille, puis le fait que le cadavre soit caché dans un congélateur... Un lien étonnant entre deux chef d'oeuvre d'Almodovar, qui passe évidemment par les ficelles du crime et de l'exagération mélodramatique...

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar
20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 17:34

Donc, le succès de Talons Aiguilles permettait tout à Almodovar, et il en sortira d'ailleurs bien des belles choses, dont l'émouvant La fleur de mon secret, le film noir hanté par le passé A fleur de peau, ou tout simplement tout ce qui a suivi... Mais d'abord, il y a eu Kika. Film en plastique, Kika semble un puzzle mal fini, presque anachronique tant il essaie de renvoyer à l'oeuvre passée, notamment les premiers films, et fait souvent penser à Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça (Pour le portrait  d'une femme sur laquelle tout tombe, mais alors vraiment tout!) ou encore au Labyrinthe des passions et à ses provocations en chaine. Le film nous conte les aventures de Kika (Veronica Foqué), une jeune femme simple qui est amenée à fréquenter deux hommes: l'écrivain Nicholas Pierce (Peter Coyote) et le fils de son épouse décédée, Ramon (Alex Casanovas). Tous deux sont marqués, liés au suicide de l'épouse et la mère respectivement, mais était-ce bien un suicide? Kika, généreuse et oublieuse d'elle-même, couche avec les deux, accepte le mariage avec Ramon par embarras, et subit avanie sur avanie, dont une anthologique scène de viol, qui se transforme en un burlesque échevelé, mais oui!

 

...Et pourtant rien n'y fait. Tout ce qu'on finit par retenir, c'est la présence embarrassante de Victoria Abril, habillée (Par Gaultier, c'est-à-dire de façon ridicule) en voyeuse du futur, présentatrice de télévision (Des émissions de voyeurisme), et qui perturbe toute occasion de cohérence d'une film malade de ses propres audaces, de l'assurance d'un réalisateur qui était conscient d'aller loin, trop loin, dans le n'importe quoi. Si telle était l'intention, alors... C'est réussi. Mais le revoir une deuxième fois???? Non, merci.

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar Navets
26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 13:25

Enorme succès à sa sortie, ce film qui a installé définitivement Pedro Almodovar aux yeux du grand public, tout en le dégageant partiellement de sa réputation de provocateur impénitent, a remarquablement bien vieilli; c'est d'autant plus remarquable que le film était loin d'être une capsule temporelle des années 80 à la base, marqué par de nombreux flash-backs dans les années 60 et 70, liés à l'expérience sensorielle de l'enfance vécue par le personnage de Victoria Abril, Rebecca. Désormais au centre de l'oeuvre, annonçant une série de films mélodramatiques flamboyants et classiques, on peut s'y repencher sans dommages, avec un plaisir sans cesse renouvelé. L'émotion y est intacte, la provocation y est aussi toujours présente, mais diffuse, presque comme un réflexe inévitable...

 

Ce film renvoie aussi, par sa structure et ses obsessions formelles et esthétiques, à tous les films qui l'ont précédé: un interlude dabsé kitsch détaché du reste de l'intrigue se tient lors d'une scène de prison, par exemple, et une fois de plus l'histoire concerne la nouvelle bourgeoisie médiatiques Espagnole, après le metteur en scène de La loi du désir, la doubleuse de Femmes au bord de la crise de nerfs et l'actrice de Attache-moi: l'héroïne, Rebecca (Victoria Abril), est présentatrice du journal télévisé; elle est mariée à son patron (Manuel: Féodor Atkine), producteur coureur et ancien petit ami de sa mère, la chanteuse Becky del Paramo (Marisa Paredes); peu après le retour de Becky en Espagne, après une longue absence, Manuel est assassiné, et Rebecca aboue le crime à la télévision. mais l'affaire, entre les mains du juge Dominguez (Miguel Bosé), prend vite une tournure très compliquée, dans laquelle les relations difficiles entre la mère et la fille vont éclater de nombreux conflits et frustrations...

 

Le lien mère - fille, à travers un kaléidoscope de problèmes, voilà le principal thème du film. Almodovar se plait à faire de Victoria Abril une sorte de reflet déformé, comme raté, de Marisa Paredes; l'une s'est mariée à l'ancien amant de l'autre, elle a hérité de son prénom aussi, mais la délurée et flamboyante Becky a donné naissance à la sage et frustrée Rebecca; l'une est une chanteuse célébrée dans le monde entier, l'autre est une présentatrice de journal télévisé. Le film va nous montrer le difficile processus de libération, presqu'un échange, entre la mère et la fille, comment contre toute attente de la complexée Rebecca, une autre femme va naître, une fois qu'elle aura réglé ses problèmes, le premier d'entre eux étant sa relation conflictuelle, dont les marques d'affection n'ont plus le moindre sens, avec sa mère.Le personnage triple interprété par Miguel Bosé, tout de tromperie et de dissimulation, va agir comme un révélateur, en jouant sur la dualité: imitateur de la mère dans son numéro de cabaret travesti, il saute sur la première occasion de coucher Quoique le terme soit franchement impropre devant leur prestation acrobatique) avec la fille, et va beaucoup faire pour la libérer: concrètement, de prison; sexuellement; mais aussi en lui permettant de faire face à sa mère.

 

La prestation des deux actrices est bien sur exceptionnelle, avec une mention spéciale pour Marisa Paredes, qui trouve ici, peu de temps avant La fleur de mon secret, un rôle en or, dont elle s'acquitte avec une classe folle. Almodovar lui donne bien sur des scènes d'anthologie, surlignant le glamour de la chanteuse comme dans la magnifique scène du tour de chant, avec le baiser au sol. Elles s'habillent toutes deux en rouge, dans des variations qui les rendent complémentaires: le plus souvent, Rebecca s'habille de manière stricte, et c'est de toute manière Becky qui a de la classe. Introduit par des images qui renvoient à la mode luxueuse du début des années 60, le film évolue dans une esthétique décalée, et les provocations 80's (La scène de rencontre sexuelle entre Rebecca et "Letal", ou la fameuse anecdote du grain de beauté, qui sert de fil rouge au personnage du juge) et la mode contemporaine n'y font rien: on est constamment dans un autre monde, une création Almodovarienne qui se situe à l'écart du vrai Madrid. On est aussi dans un film qui ne lasse jamais, et qui est un fabuleux moment de cinéma. Désormais, Almodovar allait évoluer dans la cour des grands.

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar
11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 16:45

Si les trois films précédents d'Almodovar représentent à bien des égards un passage progressif du mélo à la comédie, en enchaînant les figures et les variations, Attache-moi doit beaucoup à des genres qui furent réputés mineurs, et qui sont omniprésents par les références (une affiche de Invasion of the body snatchers, de Don Siegel, un extrait de Night of the living dead de George Romero visionné à la télévision par Victoria Abril), par le film dans le film qui est une variation sur les films d'horreur de série Z, par le suspense et, mais oui, les scènes d'action impliquant notamment Antonio Banderas et Rossy de Palma. De plus, le cinéaste a fait appel pour la musique de ce film à Ennio Morricone, qui s'est fait un plaisir de composer une bande-son truffée d'associations étranges, comme il en a toujours eu le secret. Bref, une série d'hommages au cinéma d'action, à suspense, mais qui débouchent sur une comédie, une étrange comédie sentimentale avec un vrai kidnapping dedans...

Ricky (Antonio Banderas) obtient le droit de sortir de l'institution psychiatrique ou il vient de passer un grand nombre d'années; son obsession, c'est de retrouver Marina (Victoria Abril) une actrice de porno avec laquelle il a passé une nuit mémorable. Il la kidnappe alors qu'elle rentre chez elle après avoir fini le tournage d'un long métrage "mainstream", son premier, en compagnie de Maximo (Francisco Rabal), un metteur en scène mourant qui tente de rendre hommage au film d'horreur. Le kidnappeur est déjà amoureux de sa victime, mais celle-ci va paradoxalement vite tomber sous son charme... 

Le ton est, finalement, assez léger, et Antonio Banderas qui a interprété jusqu'ici un terroriste moyen-oriental, un jeune violeur raté et homosexuel, un psychopathe homo fétichiste, et un fils de famille dépassé par les événements, trouve ici un rôle à sa (dé)mesure, et une partenaire avec laquelle faire les quatre-cents coups... On a beaucoup glosé sur l'authenticité présumée de leur joyeuse partie de jambes en l'air, je ne me risquerai pas sur ce terrain, bien que la scène fut réjouissante. Mais le film réussit l'impossible en nous attachant (sans jeu de mot) à ses personnages et leur improbable situation. L'amour du cinéma extrême, et de ses exagérations en série nous autorise à considérer cet étrange kidnapping comme une sorte de renaissance pour la pulpeuse Marina, rangée des pornos, mais toujours affublée d'une libido notable, et dont la fin de la toxicomanie l'a rendue sans doute soucieuse de trouver un nouveau sens à sa vie. Le choix de la référence à Don Siegel et son film prend alors du sens, avec cette histoire de corps qui volent les âmes, comparés à Marina qui souhaite elle que son âme et son corps soient sur la même longueur d'ondes, après un passage désastreux par l'héroïne. De plus, le film qu'elle tourne ne lui offrira symboliquement pas grand chose, tourné par un metteur en scène infirme, incomplet, et qui tourne pour ne pas mourir plus que pour s'exprimer...

Bref, si le film est bien un 'petit' Almodovar (Avec une fin qui vient trop facilement), une comédie certes délectable, on y trouvera sans doute suffisamment de fils rouges, et beaucoup de ces petits délices farfelus (Une chanson décalée, interprétée avec conviction, une fois de plus, et une fausse pub outrageusement hilarante), et de cette science de l'allusion et de la référence qui se poursuit avec rigueur jusqu'à nos jours dans l'oeuvre de Pedro Almodovar.

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar
5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 17:07

Voici un film charnière dans la carrière d'Almodovar. Non seulement il va lui apporter enfin un succès international conséquent, et amplement mérité, non seulement ce film est la preuve que le raffinement et le soin apporté à ses scénarios ont permis au cinéaste de dépasser sa tendance au clinquant et à la provocation, sans pour autant perdre son humour, mais surtout ce film va consacrer une bonne fois pour toutes Almodovar comme un cinéaste de la femme: Ce film se concentre sur les affres d'un certain nombre de femmes, liées entre elles par un homme (Ivan), et d'autres billevesées, et passe avec une certaine dextérité du mélodrame, dans la droite lignée du film précédent La loi du désir, à la comédie de boulevard. une large portion du film se passe en effet dans un appartement, celui de l'héroïne Pepa (Carmen Maura), chez laquelle tous les protagonistes ou presque semblent s'être donnés rendez-vous; il décline les figures de la rupture, de la tromperie, du désespoir, avec une verve comique étourdissante, sans oublier d'ajouter... du gaspacho.

Pepa, une jeune actrice dont l'essentiel du travail est consacré au doublage et à la publicité, a une liaison avec son partenaire Ivan (Fernando Guillien); mais celui-ci la quitte pour une autre sans le lui dire. Au bout du rouleau, elle souhaite lui avouer qu'elle est enceinte, mais les choses vont se précipiter lorsque son amie Candela (Maria Barranco) vient se cacher de la police après avoir hébergé son petit ami terroriste, que le fils d'Ivan, Carlos (Antonio Banderas), vient par coïncidence visiter son appartement qu'elle envisage de sous-louer, en compagnie de sa petite amie Marisa (Rossy De Palma), et que l'épouse légitime d'Ivan, Lucia (Julietta Serrano), vient pour chercher querelle. il faut dire qu'elle sort d'un long séjour en hôpital psychiatrique, suite à sa rupture avec son mari... Voilà, j'ai tenté un résumé, c'est sans doute très insatisfaisant...

Le lien avec l'oeuvre déjà existante d'Almodovar tient en une série de motifs et d'anecdotes: les premières séances reprennent l'idée de la loi du désir, de faire vivre une partie du quotidien des protagonistes par le biais de séances de doublage; mais ici, le doublage d'un film (Johnny Guitar, de Nicholas Ray) est effectué en différé, par les deux acteurs séparément; une façon comme une autre d'indiquer la fin d'une histoire d'amour. Sinon, le mélange entre pathos et comédie, mélodrame et modernité (D'ailleurs relayé par le générique qui fait la part belle à l'imagerie de la mode féminine des premières années 60), renvoie à l'art du mixage façon Almodovar, qui n'a jamais été aussi fin qu'ici. Il y a aussi, comme dans Pepi, Luci, Bom et les autres filles du quartier, une fausse publicité trash, avec Carmen Maura en mère de meurtrier, qui utilise la lessive ecce Omo pour nettoyer le sang et les viscères de ses chemises... Le lien entre les deux films est un renseignement intéressant, comme si Almodovar souhaitait signaler le début d'une renaissance personnelle, en revenant à son premier film. Symptomatiquement, le court métrage qui accompagne Etreintes brisées revient d'ailleurs à ce film-ci, et à son gaspacho plombé.

Mais l'un de ces motifs sert aussi le film lui-même, en introduisant la voix: c'est elle qui semble être le principal élément de séduction d'Ivan; Lucia revient à la raison en entendant la voix de son mari qui a doublé un film, c'est en effectuant des doublages que Ivan et Pepa ont commencé leur aventure, et Pepa reste dépendante du téléphone, l'instrument qui lui permet de communiquer avec Ivan; Mais Almodovar sait aussi donner dans la joie de la comédie, avec le fameux gaspacho, qui sert de fil rouge, truffé de somnifères, qui auront raison d'à peu près tous les personnages. La galerie de portraits déjantés autour de Pepa sert largement la comédie, mais l'argument principal, celui de Pepa et de la fin de sa liaison, reste un solide élément dramatique, propre à toutes les flamboyances du mélo; que ce soit Carmen Maura qui en soit chargée reste une excellente idée, elle sait y faire. Mais le film offre une véritable renaissance à la jeune héroïne, qui a quasiment détruit son appartement, et qui par sa confrontation avec Lucia, décidément folle, va trouver une sérénité inattendue. La fin d'ailleurs illustre sans ambiguïté l'idée que la vie serait sans doute meilleure sans les hommes, avec Rossy de Palma et Carmen Maura en conversation sur une jolie terrasse, tranquilles. Elles ont, l'une et l'autre, avancé...

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar
25 août 2011 4 25 /08 /août /2011 08:24

Bien qu'il soit arrivé aux portes du succès (les trois films suivants lui apporteront la notoriété définitive), Almodovar continue de mélanger le mélodrame et la provcation avec son style personnel dans ce film qui le touche de près; il y est, après tout, question de la vie privée d'un réalisateur et metteur en scène de théâtre Espagnol homosexuel, aux prises avec un amant récalcitrant. Le début est un intéressant trompe-l'oeil ambigu et provocateur: un jeune homme seul à l'écran se déshabille et obéit aux ordres très explicites d'un homme hors champ, qui lui donne de l'argent une fois les actes accomplis. C'est à ce moment qu'on comprend qu'on assiste à une séquence de post-synchronisation, dans laquelle les deux voix des protagonistes sontr interprétées par des hommes d'age moyen, pas vraiment aussi glamour que le jeune homme vu à l'écran; dès le début, Almodovar a su imposer une distance entre ce qui va nous être montré et la vérité, tout en se livrant à une provocation, en montrant un jeune homme soumis à un plus agé et se livrant sur l"écran à des actes sexuels... La quadrature du cercle...

 

La première partie concerne la vie de Pablo (Eusebio Poncela), metteur en scène arrivé et amoureux d'un jeune homme libre, Juan (Miguel Molina), qui ne l'aime pas. Pablo voudrait plus, mais il voudrait également le dominer, et lui imposer ses faits et gestes. Tina (Carmen Maura), la soeur de Pablo, est également déçue de la vie: elle est en fait le frère de Pablo, et son histoire compliquée l'a faite se détourner des hommes un fois sa transformation accomplie; elle vit avec sa fille, qui aime Pablo d'une façon excessive... Enfin, on rencontre Antonio (Banderas), un jeune homme qui aime Pablo avec déraison. Il va réussir à s'introduire dans sa vie, et y semer la pagaille... la deuxième partie montre l'assassinat de Juan par Antonio, puis la machination de celui-ci pour que le meurtre soit imputé à Pablo. La troisième partie fait intervenir deux policiers antagonistes, l'un vieux et ouvert, l'autre jeune et psychorigide. C'est la partie la moins intéressante du film...

 

Le désir, donc, est la clé du film. Pas tant le désir sexuel que ses conséquences: chacun des protagonistes a une histoire différente, et une façon différente de traiter ses désirs: Tina a été très loin pour assumer son attirance pour les hommes en devenant une femme, et a perdu toute confiance dans les hommes (Après deux histoires mouvementées... avec un prêtre, puis avec son père... Hum.) Sa fille est manifestement prète à tout pour que Pablo la remarque (mais Almodovar a su rester dans le ton léger de la comédie, il n'a pas franchi la ligne jaune ici); Pablo, lui, est un dominateur frustré: il voudrait que tout marche dans son sens, mais que ça le fasse naturellement: il va jusqu'à écrire une lettre à Juan dans laquelle il lui dicte la réponse qu'il souhaite lire; il ne sera jamais satisfait... Antonio, prèt à tout lui aussi, est le moins inhibé des personnages, c'est lui qui va le plus loin... il va bien sur trop loin.

 

Le film va loin aussi, nous enjoignant de le suivre dans l'intimité sexuelle de Pablo et Antonio. Les deux acteurs sont remarquables, dans la mesure ou ces scènes réussissent à dépasser la malaise qu'elle pourraient installer, et remplissent avec aisance leur fonction. Elle donnent du poids à la composition des personnages, tout en maintenant un lien avec les années de jeunesse du metteur en scène. De fait, son cinéma est devenu plus rigoureux, plus solide et pour tout dire plus engageant. On assiste ici à une partie intéressante de sa métamorphose: Avec La loi du désir, il a su continuer à intégrer le mélodrame débridé dans son cinéma transgressif, mais sans sombrer dans les excès de Matador...

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar
16 août 2011 2 16 /08 /août /2011 17:20

Matador est le cinquième film de Pedro Almodovar, et après l'intermède "vie quotidienne" un brin destroy de Qu'est-ce-que j'ai fait pour mériter ça, il reprend le chemin du mélodrame flamboyant là ou Dans les ténèbres l'avait laissé. Mais les provocations, constante malpolie de notre metteur en scène à cette époque par ailleurs très permissive qu'étaient les années 80, sont toujours là, et à ce niveau, Almodovar se surpasse: dès l'ouverture, ce film est placé sous le signe d'un sexe mal vécu, qui laisse un goût de frustration, jusqu'à un final en forme de libération liée au meurtre et à l'orgasme... Pourtant, le début est déroutant: Diego, ancien matador (Nacho Martinez) qui a tout abandonné sur un coup de corne, se masturbe allègrement devant des vidéos de films d'horreur de bas étage, et on assiste via son téléviseur à des démembrements et autres joyeusetés perpétrés sur des femmes nues, pendant qu'il continue son activité solitaire... Puis on s'intéresse à un autre frustré, le jeune Angel (Antonio Banderas), un étudiant en tauromachie étouffé par sa maman ultra-catholique, qui en pince probablement pour Diego, et qui voudrait tant l'imiter qu'il viole la petite amie de celui-ci en pleine rue, puis s'accuse du viol (raté) mais aussi d'autant de meurtres qu'il peut. Ces meurtres, en fait ont été effectués par Diego, et Maria (Assumpta Serna)une de ses admiratrices. Chacun trouve son plaisir en disposant d'êtres humains, mais on le sait: un jour, ces deux à se croiseront... Bref, un salmigondis assez indigeste.

 

Déja porté sur le mélodrame sans retenue, Almodovar s'amuse à enchaîner rimes et allusions internes, en montrant Diego et Maria se croiser sans se voir, entrant tous les deux à la fin d'une séance de Duel au soleil de King Vidor, au moment précis ou Jennifer Jones et Gregory Peck se tuent mutuellement, ou encore en montrant au début un cours de Diego durant lequel il explique le rituel de la mort du taureau, alors que sur l'écran on voit maria perpétrer un meurtre, qui rime assez étrangement avec ce que dit le matador. Il accumule aussi les situations invraisemblables, au point ou il devient difficile de rester capté par le film... Son petit monde est là aussi, avec Carmen Maura en psychologue qui prend Angel sous son aile, et un directeur de défilé n'est autre qu'une Almodovar en rajoutant dans le registre fofolle... Difficile de garder son sérieux. E, 1986, un film comme Matador permettait à de nombreuses personnes de porter leur attention sur Pedro almodovar. Aujourd'hui, cette énième provocation mal fagotée, en dépit de véritables couleurs de mélodrame assumé, est bien pénible à voir...

Surtout qu'il y est question de tauromachie, une activité fort peu recommandable (Sauf lorsque le taureau gagne: les seuls bons matadors sont les matadors morts.).

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar
5 août 2011 5 05 /08 /août /2011 10:53

Les deux premiers efforts du réalisateur sont peut-être un reflet fidèle des années de défoulement qui ont suivi l'effondrement du fascisme en Espagne, ils sont quand même des films de potache. Avec son troisième long métrage, Almodovar prend enfin le cinéma au sérieux, tout en poursuivant ses provocations. On peut voir dans ce film qui nous conte l'arrivée d'une héroïnomane en fuite dans une communauté de soeurs déjantées le futur gout pour le mélodrame, et un talent particulier pour sublimer le baroque...

 

Après le décès par overdose de son petit ami, la danseuse Yolanda bel se cache dans le couvent des "rédemptrices humiliées", un ordre religieux assez pittoresque: toutes les soeurs y portent des noms humiliants, et sont toutes affligées de perversions assez voyantes ou d'excentricité galopante. Le séjour de Yolanda va être l'occasion pour Almodovar de laisser libre cours à l'étalage d'un bestiaire grotesque digne de Luis Bunuel (A commencer par le tigre qui hante les lieux sans beaucoup d'explication, et qui sert d'enfant de substitution à la soeur interprétée par Carmen Maura...), et d'une série de vignettes qui ne cherchent pas à discréditer l'église, mais à la représenter daans toute sa monstruosité. Le film est le premier du réalisateur à soigner son cadre, et en dépit d'un script assez erratique, à créer une tension mélodramatique basées sur les sentiments exacerbés, et à décliner ses figures du désir, de la frustration et de l'homosexualité (La mère supérieure, de toute évidence, nourrit à l'égard de Yolanda un amour très brûlant qui ne sera jamais payé de retour)

 

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