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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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4 avril 2018 3 04 /04 /avril /2018 16:46

Après Gallipoli, ce film aux allures internationales était le sésame pour Weir et Mel Gibson, qui souhaitaient s'affranchir des limites et des carcans culturels d'un cinéma Australien cantonné à une audience locale. De fait, ça marchera pour l'un et l'autre, en partie grâce à ce film. Co-produit par la MGM, The year of living dangerously est basé sur un script adapté d'un roman Australien à succès, écrit par Christopher Koch, et dont plusieurs cinéastes (incluant Philip Noyce) souhaitaient tirer un film. 

1965. En Indonésie, le journaliste Guy Hamilton, correspondant de presse Australien, arrive en urgence pour couvrir les événements en cours pour son journal: la situation est devenue brûlante, entre le gouvernement du président Sukarno, le Parti Communiste local (P.K.I.) et un groupe de généraux Musulmans. Tous ces gens, autrefois unis dans la proclamation de la république, sont désormais concurrents. Mais la concurrence existe aussi dans le milieu du journalisme, comme va le découvrir Hamilton. D'autant qu'il est pressé par ses patrons de fournir des scoops le plus souvent possible, et que la situation évolue de jour en jour. Il va pouvoir bénéficier de l'aide de Billy Kwan (Linda Hunt), un photoraphe Américano-Chinois, qui vit à Djakarta, confesse une véritable admiration pour le président Sukarto, et va agir en bon génie pour Guy: d'une part, il va l'aider à trouver des sujets d'intérêt pour ses articles, le poussant en particulier à écrire sur la misère du peuple; mais il va aussi lui présenter des gens importants, notamment l'envoûtante secrétaire de l'attaché d'embassade Britannique, la belle Jill Bryant (Sigourney Weaver). Mais quel jeu joue réellement Billy Kwan, cet étrange petit bonhomme qui a ses entrées partout, et qui possède aussi des dossiers sur toutes et tous?

C'est un peu la question la plus importante du film, sur un personnage fascinant, mais qui pourrait aussi bien être un démiurge dangereux, que le bon génie qu'il nous apparaît. Le mystère un peu maladroit qui l'entoure reste à la fin l'un des défauts du film, qui accumule les informations à une vitesse impressionnante, et prend en permanence le risque de perdre un peu son public. Mais Billy reste de toute façon l'un des personnages les plus attachants du film, qui reste à l'écart de la romance un brin téléphonée qui se joue entre Gibson et Weaver... Probablement accentuée par un besoin d'audience internationale.

Mel Gibson, à peine remis de ses aventures juvéniles dans Gallipoli, incarne avec le mélange nécessaire de masculinité et de naïveté le personnage de reporter qui croyait vraiment qu'on allait le prendre au sérieux, mais qui ne met pas longtemps à comprendre qu'il ne comprend pas grand chose. Le personnage n'est pas foncièrement sympathique de bout en bout, ce qui rejette d'ailleurs les affections du public vers Billy Kwan.

Puisqu'on en reparle, venons-en à l'un des aspects du tournage les plus souvent rapportés: c'est donc l'actrice Américaine Linda Hunt qui est chargée du personnage-clé du film... IL y a beaucoup de raisons, j'imagine, mais elle est tellement exceptionnelle, qu'on n'a plus besoin de raison. Elle "crée" son personnage complexe comme l'équipe recrée avec talent l'Indonésie enfiévrée de 1965... Mais le film n'est pas une réussite totale, parce que Weir, qui ne s'habituera jamais à la manière Américaine de tout cadrer et de tout fermer, est sans doute mal à l'aise avec son film qui part dans tous les sens. Par contre, il est d'une grande générosité, et nous rappelle que l'occident ne peut pas tout... Et que parfois devant l'histoire en marche, les Anglo-saxons (mais pas que) feraient bien de se faire tous petits.

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Published by François Massarelli - dans Peter Weir
1 janvier 2018 1 01 /01 /janvier /2018 13:39

St Valentin, 1900: dans l'état de Victoria, les jeunes femmes très comme il faut d'une institution privée se rendent pour un pique-nique à côté d'une curiosité géologique locale, Hanging Rock: la secrétion de lave la plus haute de la région, sorte de gros rocher tout biscornu planté au beau milieu d'une jolie contrée. Toutes les filles ne sont pas parties: Sara, la petite orpheline que Mrs Appleyard (Rachel Roberts), la directrice de l'établissement a prise en grippe, est restée à l'école pour parfaire ses leçons. Sara a vu partir ses amies, dont Miranda (Anne Lambert), une jeune femme au charisme impressionnant pour laquelle elle a une affection romantique assez intense. Sur le lieu du pique-nique, tout se passe bien, malgré la chaleur, jusqu'à ce que Miranda et trois de ses camarades décident d'escalader le rocher. Elle parviennent à une certaine hauteur, se reposent, et prises d'une ivresse incompréhensible, trois d'entre elles continuent, laissant la dernière rentrer sur le lieu de pique nique. Sur le chemin du retour, elle croise Miss McCraw (Vivean Gray), le professeur de sciences qui les accompagnait, partie chercher les jeunes femmes qui manquent à l'appel... Et qui ne reviendront pas, pas plus que Miss McCraw. A part Irma (Karen Robson), une des trois filles qui sera retrouvée, amnésique, quelques jours plus tard, on ne retrouvera jamais personne. L'institution est en émoi, et plus grave encore, Mrs Appleyard semble avoir perdu l'esprit, devenant plus dure et plus sèche au fur et à mesure que les parents des unes et des autres annoncent leur décision de retirer leur enfant de l'institution...

L'énigme provient d'un roman de Joan Lindsay publié en 1967. L'auteure avait résolu l'affaire dans un chapitre final, que l'éditeur a suggéré de retirer afin de donner plus de poids au mystère... Tout comme le livre, le film fonctionne superbement de la sorte. L'essentiel n'est en effet pas l'énigme en soi, mais bien le contexte, et ce que Weir a choisi de mettre en valeur dans son film: une atmosphère incroyablement étouffante de non-dits et de chuchotements, un Victorianisme rendu plus envahissant encore par l'éloignement géographique (Aucune des filles, ni aucune des enseignantes de l'institution scolaire, ne parle avec un accent Australien). Le film, mélange de répression et de liberté, est situé en un territoire donc dans lequel les passions peuvent se déchaîner, mais on n'en saura rien... Ou plutôt si: Sara, la très créative rebelle, et Miranda ont de toute évidence une relation (Amicale ou plus, peu importe) dans laquelle Miranda domine son amie de chambrée; Mademoiselle de Poitiers (Helen Morse), enseignante de français, couve toutes les filles avec un instinct maternel touchant tandis que Mrs Appleyard, une veuve assez agée, a beau avoir dans sa chambre un tableau qui renvoie à l'imagerie mythologique de la maternité, elle se comporte en tyran, en particulier auprès de Sara dont elle ne supporte pas la moindre velléité de rébellion. On apprend incidemment que le frère de cette dernière est Bertie (John Jarratt), un personnage qui a de l'importance dans l'intrigue puisque c'est lui qui sauve Irma. Et Sara ignorera jusqu'au bout la présence proche de son frère qu'elle n'a pas vu depuis longtemps. Mais Bertie est aussi au coeur d'un développement (Du moins dans le montage sorti en 1975) qui voit comment la bonne société locale va naturellement négliger le vrai sauveteur Bertie, issu de la classe ouvrière, au profit de son compagnon Michael (Dominic Guard), un Anglais de l'aristocratie, sans que le jeune homme l'ait cherché. Il est regrettable que Weir ait choisi de se passer de certaines sous-intrigues en enlevant 10 mn de son film...

 

La trace Aborigène est bien sur très importante: le film ne laisse échapper aucun détail à la caméra, et est ponctué de visions d'animaux qui renvoient à la croyance des premiers Australiens (L'Eden est le monde dans lequel nous vivons, et l'harmonie est dans la terre, les animaux, la relation entre le vivant et l'inanimé: de fait tout animal, toute être vivant et tout rocher ne sont que les pièces d'un puzzle gigantesque créé par les rêves ancestraux). Cette confrontation ironique du Victorianisme et de l'univers Aborigène tourne bien sur à l'avantage de ce dernier... Les scènes sur Hanging Rock sont toujours au bord d'une interprétation surnaturelle, ce que le fameux chapitre manquant du roman tend à corroborer, du reste. Et dans l'obsession de Michael pour Miranda, obsession née de sa rencontre avec la jeune femme quelques minutes avant sa disparition, il y a de nombreuses scènes qui font mine d'indiquer que celle-ci pourrait bien s'être réincarnée... en cygne. Un aspect qui restera irrésolu, comme sa disparition.

Par ailleurs, Les scènes centrales, qui laissent en l'état la porte ouverte à bien des interprétations, sont baignées d'une sensualité naissante (L'une des premières choses que les filles font est de retirer leurs bas et leurs chaussures, et celle qui sera retrouvée aura perdu son corset...), et sont traitées par Weir comme un mythe (A dream within a dream...), avec force ralentis, et un flou narratif savamment entretenu. Miranda, avant de partir vers le rocher pour sa promenade fatale, inspire à Mademoiselle de Poitiers une comparaison d'ailleurs mal formulée, avec la Vénus de Botticelli: "I know, Miranda is a Botticelli angel". Non, elle n'est pas un ange, mais cette  jeune femme qui a une beauté à tourner les têtes, et qui dans une disparition symbolique, tourne le dos à l'institution rigoriste qui l'a accueillie pour en faire une gentille victorienne écervelée, est effectivement, au moins, Vénus.

A propos de mythes, la séquence de la disparition n'est pas entièrement documentée par des images, beaucoup d'informations sont reprises de témoignages, et tous ne disent pas la même chose. Certains apparaissent même en contradiction avec ce que nous avons vu: d'où un sentiment, très fort, et qui reste au-delà de la vision du film, de mythe en mouvement perpétuel. Les flash-backs nombreux des images des trois jeunes filles disparues font dominer l'impression d'un film hanté par ces fantômes, trois jeunes femmes et une gouvernante (Qui elle aussi avait ses mystères à en croire Mrs Appleyard qui déplore sa disparition et la perte de sa "masculinité" rassurante) qui l'espace d'une sortie en pleine nature ont comme été happées par une liberté inattendue, qui est totalement incompatible avec le bon esprit Victorien de cette institution bien comme il faut. Les personnages de Peter Weir (Dead Poets Society, Witness, The Truman Show...) sont toujours attirés par une liberté qui va à l'encontre de la marche d'un monde trop ennuyeux... Peut-être que les trois femmes disparues (dans ce film que Sofia Coppola a certainement vu...) l'avaient trouvée.

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Published by François Massarelli - dans Peter Weir Australie
15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 08:25

Des événements météorologiques étranges se déroulent en Australie, dans divers endroits aussi bien ruraux que citadins. Peu après, lors d'une altercation entre cinq Aborigènes, l'un d'entre eux est tué. Les quatre autres sont immédiatement accusés du meurtre. Leur défense est confiée à un homme qui n'a aucune expérience en matière de défense criminelle, étant avocat pénaliste spécialisé dans les affaires financières... David Burton (Richard Chamberlain), qui n'a jamais côtoyé les Aborigènes, et qui a de leur condition et de leur culture une vision très restreinte, va recevoir l'aide d'un homme qui connait bien les deux mondes, Chris Lee (Gulpilil). Mais s'agit-il vraiment d'une aide?

Dès le départ, le film cultive le flou: il n'est pas vraiment clair comment David en vient à se voir confier l'affaire, ni pourquoi un avocat spécialisé en impôts a été préféré; et pour David, son inexpérience bien sur s'étend au monde des Aborigènes, inexpérience qui est relayée par celle de sa famille. Mais élevé par son pasteur de père, ayant vécu toute sa vie dans la quiétude Blanche de Sydney au milieu des certitudes, David Burton a sans le savoir une connexion avec la civilisation Aborigène, et le film va au bout d'un moment quitter sa propre intrigue, au terme d'un procès de toute façon perdu d'avance, pour s'intéresser à un voyage hallucinant dans l'imaginaire: on y explore le dreamtime, cet "âge d'or" des Aborigènes qui est leur mythologie religieuse, et dont sans le savoir david Burton est un dépositaire...

Donc une fois encore, un héros de Peter Weir se découvre une existence parallèle, décalée par rapport à ce qu'il croyait être son destin. David Burton et sa famille sont assez symboliques de la façon dont les blancs Australiens ignorent totalement les Aborigènes et leur société... Mais le film multiplie les zones d'ombre, les non-dits, au point de devenir plus obscur qu'il n'est supportable. Au point qu'on se demande parfois pourquoi ce film a le statut de classique, très franchement, tant il lui arrive de ressembler à un téléfilm pour samedi soir.

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Published by François Massarelli - dans Peter Weir
10 février 2017 5 10 /02 /février /2017 18:03

Comme d'autres metteurs en scène parmi ses contemporains, Weir, étudiant en cinéma, a réalisé pour la télévision un certain nombre de films en tous genres: documentaires, sujets d'actualité étirés, et même d'étranges fictions. Certains de ces films dont inclassables, mais l'oeil du bonhomme est incontestablement là. Patricia Lovell ne s'y est pas trompée, qui l'a approché afin de travailler avec lui après avoir vu Homesdale... Et ces films en tous genres présentent déjà, comme le feront The cars that ate Paris, Picnic at hanging Rock, The last wave, The plumber et Gallipoli une vision très personnelle d'une Australie à plusieurs vitesses partagée entre tradition servile et tentations d'absolu...

Homesdale (1971)

Dans une pension de famille, des vacanciers (certains habitués, d'autres nouveaux) viennent passer un petit séjour, et sont accueillis par une équipe en uniforme qui rappelle celui (ridicule, mais c'est un uniforme) des marins locaux. Il va se passer des choses étranges, surréalistes, mais ce qui compte semble-t-il pour Weir c'est de montrer des types de comportement et de caractères. Cette apparente méchanceté goguenarde lui passera avec l'âge. Tourné en noir et blanc, le film anticipe largement sur le ton de The cars that ate Paris. Quant au metteur en scène, il a su payer de sa personne en interprétant un petit rôle... et en tournant dans sa maison.

Three directions in pop music (1971)

Littéralement: trois groupes contemporains sont filmés en situation, en couleurs. C'est anecdotique, assez typique des documentaires sans commentaires socio-culturels des années 70, mais on voit que Weir s'intéresse autant au public qu'aux groupes, tous a priori oubliés dans les poubelles de l'histoire.

Incredible Floridas (1972)

Ce film documentaire nous présente la démarche du compositeur Richard Meale, qui a souhaité rendre hommage à Rimbaud à travers une pièce contemporaine. C'est un aller-retour permanent entre la vie et la mort du poète, et la performance de la pièce musicale.

Whatever happened in Green valley (1973)

Alors qu'il présente un programme de courts métrages réalisés par des habitants d'un quartier, qui avaient été invités à défendre leur environnement face aux médias, Weir se fend d'un pastiche burlesque des actualités filmées. Il y a une certaine complicité affichée avec les petites gens dans ce petit moyen métrage, pour lequel le metteur en scène a laissé la place à d'autres.

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Published by François Massarelli - dans Peter Weir
8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 16:34

En entendant parler de cette évasion spectaculaire de prisonniers d'un goulag en pleine seconde guerre mondiale, Peter Weir a plus que tout souhaité savoir si leur expérience, contée dans un roman, était authentique ou non. De fait, trois hommes ont bien réussi à rejoindre l'Inde depuis la Sibérie, en marchant. Les péripéties, l'itinéraire, tout est vrai. Les personnages sont inspirés des caractères originaux, mais sont bien sur romancés...

Bien sur, si le film est généreux, il a ses défauts, à commencer par l'insupportable manie de donner à des personnages qui parlent l'Anglais pour les besoins du public, mais qui sont d'origine non anglophones, un accent idiot: Jim Sturgess, Colin Farrell et Saoirse Ronan doivent ici mâcher leur langue et rouler les R. Mais c'est une convention que le scénario explique en mettant dans les prisonniers un Américain, qui va faire que les autres s'expriment d'abord et avant tout dans sa langue, car après tout ils viennent d'un peu partout: Russes, Polonais, Lettons...

Les commentaires sur ce beau film sont unanimes: peut mieux faire! Mais comment faire mieux qu'une évocation délicate et respectueuse, qui se refuse en permanence au spectaculaire, et qui prend bien soin d'opposer deux philosophies de la survie, celle d'un individualiste forcené (Ed Harris, l'Américain), et celle d'un Polonais déterminé à rester décent, et la générosité à fleur de peau (Jim Sturgess, le Polonais)? Peut-être l'ascèse cherchée (Mais pas atteinte) par Weir a-t-elle gêné? Cette équipée grandiose, qui a été tournée sur des lieux plausibles, en Asie sur les traces du parcours original (Sibérie, lac Baïkal, Mongolie, Chine, Tibet, Inde), rappelle le prix qu'accorde Peter Weir à la liberté, fut-elle cosmique (Picnic at Hanging rock), spirituelle (Witness), culturelle (Dead poets Society), concrète et politique (Green card) ou sous toute autre forme (Mosquito Coast, The Truman Show, Master and commander). et ce film est de ceux qu'on reverra souvent et avec plaisir, j'en suis certain. Partis du goulag, déshumanisés, animalisés, ses protagonistes vont littéralement apprendre à redevenir humains. Et "The way back", le chemin du retour donc, devient essentiellement un chemin vers l'avenir.

Et puis quand on aime Peter Weir, comment ne pas constater les allusions? Un plan qui mêle un train et une carriole, est-il un renvoi conscient à Witness? Un autre qui montre un personnage épuisé par le soleil en plein désert, qui se voit visiter par un serpent, est-il un clin d'oeil à Picnic at Hanging Rock? Coïncidences, ou dépôt de bilan? après ce film, et à l'heure où j'écris, pas de nouvelles du metteur en scène.

Dommage.

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Published by François Massarelli - dans Peter Weir
8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 08:50

Eh oui, car il fait bien parfois rappeler que Peter Weir est Australien, et qu'il a fait ses classes de réalisateur à la télévision et dans les bureaux de studios locaux qui se battaient désespérément non seulement pour maintenir une industrie cinématographique locale, mais aussi pour l'imposer à l'extérieur. Bon, avec Picnic at Hanging Rock ou même The last wave, Weir a par la suite beaucoup contribué à faire connaître le cinéma Australien... Mais ses débuts, le plus souvent avec des sujets courts, sont intrigants. Pour commencer, avec ce film qui est sa première participation à un long métrage, aussi fauché soit-il, on trouvera des éléments de ce qui deviendra sa thématique de base, en même temps qu'une certaine ironie qui se manifeste probablement à cause des limites imposées par la censure, ou tout simplement par les codes moraux en vigueur. Three to go, film collectif, examinait l'Australie au tournant d'une décennie, alors que les coups de boutoirs des médias, de la mode, mais aussi de l'atmosphère explosive héritée des années 60, menaçait de se manifester dans l'autre monde qu'est le continent Australien, drapé jusqu'à présent dans un conservatisme de bon aloi. Les deux autres segments ont été tournés par d'autres réalisateurs, et les trois films sont désormais disponibles indépendamment les uns des autres.

Michael présente, dans une Australie obsédée par les changements dans la jeunesse, la vie de Michael (Matthew Burton), un jeune fils de bonne famille tenté de rejoindre Grahame (Grahame Bond) et ses amis, des jeunes aux cheveux longs et aux vies de bohème, mais se heurte à ses propres parents, ainsi qu'à ses propres codes...

Le film commence par un montage très finement fait de situations qui mettent en valeur le contexte, et il est très surprenant d'y voir en ouverture une révolution façon Cuba, sanglante et violente, qui s'avère être un film interprété par Grahame et ses copains, que Michael a vu. D'autres images nous montrent des panels d'adultes qui tentent de comprendre le phénomène des nouveaux jeunes, des manifestations anti-Vietnam, et une parodie d'un micro-trottoir mené par un journaliste tout droit sorti des années 50, entouré de jeunes ironiques aux cheveux longs... Michael va se heurter à ses parents, à la société toute entière, mais il n'ira pas au bout de sa tentative de liberté: "la drogue", comme on dit, va l'en empêcher, parce qu'il se sent assez mal lorsque son ami Grahame fait passer une cigarette qui rend nigaud. C'est gentil, c'est naïf, mais cette limite (Qui a probablement été imposée à Weir, lui même assez bohème à cette époque) n'empêche pas une vraie échappée vers de nouveaux horizons, et des images marquées par le contraste: entre Michael et ses amis, mais aussi entre jeunes et adultes, et enfin, dans de réjouissantes images probablement tournées en contrebande, entre les cheveux longs et les uniformes ridicules de quelques troufions. Je sais, c'est facile, mais je n'y résiste pas, que voulez-vous: on ne se refait pas.

Bref, on l'aura compris, aussi anecdotique soit-il, ce film nous promène déjà un peu dans l'univers de ce cinéaste fasciné par les chemins de traverse. Ce qui n'allait pas cesser de se manifester jusqu'à The Way back.

Youtube:

https://www.youtube.com/watch?v=MZEMwLERdIs

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Published by François Massarelli - dans Peter Weir Australie
30 janvier 2017 1 30 /01 /janvier /2017 16:33

Avec Gallipoli, retour sur un haut fait d'armes (Comprenez "une boucherie totale") qui a permis à un grand nombre de jeunes Australiens, en âge de voir le temps venir, de rejoindre leurs ancêtres plus tôt que prévu et pour pas grand chose (Comprenez "mourir pour leur pays", et d'ailleurs même pas, puisque c'était pour l'Empire Britannique), Peter Weir ne célèbre pas, il narre. Il chronique même pourrait-on dire, à travers la fiction... Il invente deux personnages, deux jeunes (L'un d'entre eux est même trop jeune pour combattre) qui pour voir le monde se sont engagés en 1915 et se sont retrouvés en Turquie pour la plus fameuse bataille ayant impliqué des Australiens. 

Archie (Mark Lee) veut voir le vaste monde, comme d'autres Australiens avant lui. Il a malgré tout une belle vie: il est champion de course, et connu un peu partout dans la région de Perth. Lors d'une compétition il fait la connaissance de Frank (Mel Gibson), un autre coureur un peu plus âgé que lui. Ils s'engagent: un désir mûrement réfléchi pour Archie, mais un coup de tête pour Frank. Ils vont bientôt se retrouver, chacun dans un régiment différent, en Egypte puis en Turquie à Gallipoli où les Turcs alliés aux Allemands donnent du fil à retordre aux Anglais.

La bataille en elle-même est vue selon une multiplicité de points de vue: les soldats, des hommes jeunes et idéalises se rendant de plus en plus compte de la gravité de leur situation, et des officiers; ceux-ci sont soit Australiens, et amers du sacrifice qu'on demande à leurs recrues, soit Britanniques, et décodés à utiliser les Australiens comme chair à canon.

On attendra une heure et une quinzaine de minutes avant de voir les deux personnages principaux arriver sur le lieu du conflit, le temps de sacrément les aimer. A travers eux, on saisit l'illusion héritée du romantisme du XIXe siècle (Pour Archie) ou plus simplement née d'une hésitation quant à l'avenir (pour Frank). Le voyage se transforme en une série de rites de passage qui tendent à se succéder à une vitesse folle... Jusqu'à l'épreuve du feu, qui est vue, comme souvent, comme un enfer qui vient progressivement effacer toute l'innocence.

...Peter Weir finit par faire se rencontrer la fiction et l'histoire dans ce film humaniste et généreux.

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Published by François Massarelli - dans Première guerre mondiale Australie Peter Weir
8 mai 2015 5 08 /05 /mai /2015 09:23
Green card (Peter Weir, 1990)

Peter Weir prend son temps: les délais entre ses films lui permettent d'en contrôler les aspects les plus divers et d'y imprimer sa marque. C'est un réalisateur à la personnalité très affirmée, dont on retrouve le style et l'univers depuis ses débuts, quel que soit le genre du film qu'il tourne: thriller historico-politique, évocation onirique, fable ou film d'horreur... C'est pourquoi on ne sera pas surpris de le retrouver aux commandes d'une comédie sentimentale. Par contre, on peut s'étonner de le voir sortir un film juste un an après son grand succès de 1989 (Dead poets society). Mais dire que le film est raté, voire que Green card est le pire film de Weir, c'est prononcer une telle évidence qu'il n'y en a pas besoin. C'est, en effet, un désastre. Un film pour moi parfaitement résumé par le plan un peu embarrassant du linge mis à sécher: une délicate culote féminine, sis à côté d'un gros kangourou qu'on imagine encore fumant.

Brontë (Andie McDowell) est horticultrice, et militante écolo à sa façon. Elle a besoin de décrocher la location d'un appartement possédant une magnifique serre, mais les bailleurs sont récalcitrants à le laisser à une célibataire. Georges (Un gros acteur Sarkozyste) est Français, et son visa de touriste est arrivé à expiration, il désire posséder la carte verte qui l'autorise à rester, et éventuellement à demander la nationalité Américaine. Ils sont faits pour s'entendre... eh bien non justement: l'affaire n'est pas aussi simple, car s'ils s'imaginent devoir se contenter d'une licence de mariage, les autorités particulièrement tâtillonnes vont les embêter jusqu'au bout, et Georges va devoir partager la vie de Brontë, au moins pour un moment. Donc il va venir mettre ses gros pieds aux chaussettes trouées, fumer des Gitanes dans les plantes vertes, cuisiner au beurre et tout et tout dans le bel appartement de la jeune femme qui évidemment va très vite se sentir plus qu'embarrassée d'une telle invasion. On connait la propension de l'acteur en question à se comporter en viking mal éduqué en toute circonstance, et le personnage de Georges ne fait pas exception.

C'est sans doute un cliché de le dire, mais une 'comédie sentimentale' a besoin, afin d'appartenir au genre, d'un certain nombre d'éléments. et pour commencer, on a besoin de croire au couple, de croire par exemple dans It happened one night, que Gable et Colbert s'aiment bien que tout les oppose, et que le mur de Jéricho qu'ils ont placé entre eux tombera un jour. Ici, on n'y croit pas, pas un seul instant, et pas seulement parce que la caricature d'acteur qui joue Georges (Dire qu'il est mauvais est je le pense inutile, ce type salit tout ce qu'il touche) est lancé en roue libre dans une caricature de Français d'un autre siècle: rustaud, anti-végétarien, sans-gène, sans hygiène, etc... Non, l'histoire d'amour tristounette qui se joue entre les deux protagonistes n'a en réalité aucune prise sur le spectateur, car Weir, habitué à son univers, a surtout tout fait pour montrer l'idéal de Brontë. Les plantes, la nature, et à mon sens le film souligne que ça passe par la solitude. Donc il m'apparait qu'on n'a qu'une envie, c'est que l'éléphant se tienne à l'écart de la serre de porcelaine. Si donc le film, paradoxalement, se tient quand même dans une version plausible de l'univers typique du réalisateur (Après tout, les deux héros recherchent tous deux un idéal impossible, un ailleurs hypothétique), il souffre de n'être qu'une version mal fichue de ce qu'il affiche être. Et pour finir, je le dis: c'est comme le désastreux After hours de Scorsese, une comédie se doit d'être drôle. Weir sait le faire, après tout, il l'a fait avec certaines scènes de Dead poets society, et The Truman Show est souvent très drôle... Green card est juste ennuyeux, embarrassant et lourdingue. Comme l'autre, là.

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Published by François Massarelli - dans Peter Weir Navets
2 mars 2015 1 02 /03 /mars /2015 07:15

Choisir un sentier imprévu, et le plus souvent le faire seul, parce que l'on refuse ce qui était "écrit", voilà le parcours de nombreux héros et protagonistes des films de Peter Weir: transgresser la règle imposée par les éducatrices du pensionnat et disparaitre dans un au-delà d'essence aborigène (Picnic at hanging Rock), défier les parents et s'engager pour combattre (Gallipoli), éviter les pièges d'une bande de malfrats et se réfugier chez les Amish (Witness), abandonner le monde et partir pour reconstruire une autre vie ailleurs (Mosquito Coast), enseigner à sa guise, à l'écart des canons de l'académie (Dead Poets Society), refuser le parcours tout tracé d'un script de show télévision dont on est le héros pour partir découvrir le monde (The Truman Show) ou s'évader d'un goulag (The way back), les occasions de vérifier cette thématique ne manquent pas chez le réalisateur Australien! En même temps, ceux qui choisissent ces chemins de traverse ont tendance à drainer des gens dans leur sillage! Le père de Mosquito Coast, par exemple, ne demande pas l'avis des gens de sa famille avant de les entraîner dans une aventure, et Truman est suivi à la télévision par presque toute l'humanité. Et pour prendre un autre exemple, le capitaine du bateau dans Master and Commander est lui aussi un meneur, même si sa motivation première est d'échapper aux conventions et à une vie morne et toute tracée... Dans cet univers circonscrit par les films de Weir, le personnage de Max Klein (Jeff Bridges) est lui aussi amené à prendre des chemins de traverse, mais il a un facteur déclencheur particulièrement spectaculaire: il est dans un avion au moment d'un sérieux problème, lorsque toutes les fonctions hydrauliques de l'appareil ne répondent plus, rendant un aterrissage en catastrophe quasi impossible. Il y aura des morts, dont son meilleur ami et collaborateur, mais Max fait partie des survivants; et même mieux que ça: il réalise qu'au moment de l'accident, il n'a pas peur, et décide de prendre les choses en main, en aidant d'autres passagers dont deux enfants, à sortir. Il n'attend pas, part, sans aller à l'hopital, et... improvise: notamment, il se rend à Bakersfield, ou il a passé sa jeunesse, et va visiter une ancienne amie, ou même expérimente: il mange des fraises... Or il est allergique aux fraises depuis toujours. Bref, Max, plutôt que de se rendre chez lui et de rassurer sa famille, s'échappe, ne retourne pas tout de suite au cocon rassurant de sa vie d'architecte, mais décide d'assumer sa condition de miraculé miraculeux: comme le Christ devant St Thomas, il porte une blessure au côté, mais pour le reste, il est quasi intact sans aucune trace de l'accident. Max, auparavant de nature inquiète et très anxieux à l'idée de voler, se croit désormais indestructible et lorsque le FBI le retrouve en compagnie d'une responsable de la compagnie aérienne, il prend la décision de rentrer chez lui en avion...

Le retour à San Francisco est très médiatique, la télévision et la presse écrite ne manquent pas de souligner la bravoure des actes héroïques de celui qu'on appelle désormais le "bon samaritain". L'enfant qu'il a sauvé le réclame, et la famille (son épouse Laura, interprétée par Isabella Rossellini, et son fils Jonah, par Spencer Vrooman) voit surgir un homme profondément changé, avec lequel ils vont avoir le plus grand mal à communiquer. Par ailleurs, l'accident a provoqué l'intervention de deux professionnels qui vont essayer d'y voir clair, et d'aider Max et les siens, sans grands résultats: un psychologue, le Dr Perlman (John Turturro), et un avocat extrêmement tortueux, Brillstein (Tom Hulce). Mais eux non plus ne vont pas réussir à atteindre Max. Certaines entrevues entre l'avocat, Max et son épouse, et la veuve de son ami décédé dans le crash vont mal se passer, Max ayant tendance à ne prendre aucun gant vis-à-vis de son amie Nan lorsqu'elle essaye de trouver des compensations financières ou des réponses à son désarroi. La seule personne avec laquelle il va réussir à communiquer sera Carla (Rosie Perez), une jeune femme qui voyageait en compagnie de son fils de deux ans; celui-ci est mort, par sa faute estime-t-elle, et le Docteur Perlman a l'idée de les mettre en contact. Au début, Carla prête en dépit de son catholilcisme à se suicider, reste sur ses gardes, mais elle entre en communication avec Max, auprès duquel elle se sent bien, et de son côté Max persuadé d'être invincible va tout faire pour la "sauver"...

Le film commence après le crash, par une scène inattendue: des gens, certains sont blessés, ont des vêtements en lambeaux, avancent péniblement dans un champ de maïs. On sent qu'il y a eu un accident, mais la première impression est celle d'une situation de détresse. Mais au milieu de tout, Max, un garçon au bout de son bras et un bébé dans l'autre, avance surement, comme menant les autres rescapés. C'est au bout de quelques minutes que Weir prend de la hauteur et commence à nous montrer la vérité de la situation: un plan en hélicoptère nous donne à la fin de la séquence une vision de l'étendue des dégâts. Le choix de ne nous montrer le crash que comme un flashback, et d'entrer dans le film alors que Max est "passé de l'autre côté", en quelque sorte, va nous aliéner le personnage, et à aucun moment Jeff Bridges ne joue son architecte comme un homme qu'on puisse aimer, ni nous ni les autres protagonistes: direct, ne prenant jamais de gants, le personnage ne semble vivre que pour lui-même, et s'il essaie de convaincre les autres, c'est semble-t-il plus pour sa satisfaction personnelle. Son mariage va sérieusement pâtir de sa nouvelle situation, et son rapprochement avec Carla sera un motif de discorde avec Laura. Mais Max, miraculé auquel l'accident revient de temps à autre, sous forme de rêve ou de souvenir, ne vit plus pour les autres. Comme souvent dans ses films, Weir joue sur l'équivoque, entremêlant les images du crash et celles de l'après, comme pour mieux nous troubler, voire nous amener à douter que Max ait survécu; le fil rouge des fraises, par exemple, fonctionne de façon illogique sur l'ensemble du film, et permet de partir dans plusieurs interprétations, aucune ne pouvant être cohérente par rapport au reste du film; de fait on a le sentiment qu'une grande part de ce qu'expérimente Max est dans sa tête, à commencer par son séjour à Bakersfield. Mais Fearless n'est pas qu'une mise en image du comportement erratique et post-traumatique d'un miraculé, il est aussi une parabole sur l'envie de fuir, et d'une certaine manière sur la tentation de la religion. Max, dans d'autres films, aurait pu devenir le point de départ d'une dérive sectaire, entraînant les autres après lui! Le paradoxe est que si Max se croit vraiment invincible et protecteur des autres, il n'a aucune affection pour eux... Du moins jusqu'à un certain point: il va à un moment provoquer un accident pour prouver quelque chose à Carla, venant en aide de façon sérieuse à la jeune femme, mais se prouvant du même coup qu'il n'est pas indestructible.

Entièrement tourné dans la tension du décalage entre d'une part un homme revenu de tout et dont le rush d'adrénaline ressenti lors de son expérience la plus traumatique semble se prolonger au-delà du raisonnable, et d'autre part une société qui cherche des réponses rapides, satisfaisantes et rassurantes, Fearless intrigue, passionne, sans donner de réponse satisfaisante aux spectateur en quête de solution facile: il donne du même coup une occasion d'expérimenter une situation de crise, et de suivre le comportement d'un homme qui ne peut trouver de vie à sa mesure parce qu'il est persuadé d'avoir atteint une sorte d'essence divine. Il est, de son propre aveu, passé de l'autre côté, a vécu sa mort dans une sérénité telle qu'elle l'a oublié, c'est du moins ce qu'il expliquera à Carla. Et contre vents et marées, contre lui-même aussi, il va sauver des gens, jusqu'à ce qu'il réalise qu'il n'est qu'un homme comme un autre, et qu'il tente de persuader Carla de rester avec lui... Et là, la chute sera plus dure. Weir ne donnera donc aucune suite, aucune résolution aux divagations divines de Max, mais nous laisse un indice final ironique et mystérieux, en forme de... fraise. Un indice dont chacun peut se saisir à sa guise, bien sur, avec le libre arbitre du spectateur qui est, une fois de plus, renforcé par ce beau film méconnu.

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Published by François Massarelli - dans Peter Weir
17 février 2015 2 17 /02 /février /2015 08:58
The plumber (Peter Weir, 1979)

"Le plombier", c'est un chevelu, qui travaille pour le réseau d'entretien d'une résidence dans laquelle Jill et Brian, deux universitaires, vivent. Elle est en pleine rédaction d'une thèse d'anthropologie, et lui est maitre de conférence en biologie; Brian postule pour un poste de prestige qui va l'amener à partir pour Genève, et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes s'il n'y avait... Le plombier, justement. Au départ, il vient pour une visite de routine, et Jill le laisse entrer, un peu inquiète mais confiante dans la nature manifestement tranquille du jeune homme. La première chose qui ne cadre pas, c'est que le dit plombier (Il s'appelle Max) commence par prendre un douche, justement... De plus il se mèle de tout, travaille en faisant énormément de bruit, casse beaucoup, ne répare rien, et finit par envahir tout l'appartement en racontant qu'il a été en prison (Pour viol, dit-il avant de dire que c'était une blague). Et Jill, coincée chez elle, finit par avoir le sentiment qu'on ne peut pas s'en débarrasser...

Le film commence par une douche, ce qui nous aiguille forcément vers une référence à Psycho. Et le plombier Max (Ivar Kants), jeune homme insouciant, vaguement hippie, toujours habillé d'un jean sale, avec ses bouclettes, ferait un Norman Bates assez valide. Mais il me semble que le propos de Weir est ailleurs. On peut aussi constater que le film est situé dans un immeuble plutôt atypique: au milieu d'une agglomération non identifiée, cette haute et massive structure n'est pas sans faire penser à la concrétion géologique située du milieu de nulle part dans Picnic at Hanging rock. Et l'expérience que va vivre Jill (Judy Morris) est à prendre à plusieurs degrés. On ne saura jamais si Max, qui est effectivement un plombier et travaille bien pour l'organisme dont il prétend dépendre, poursuit comme le croit Jill une finalité de destruction psychologique sur sa "victime", et lorsque Brian se renseigne, il apprend qu'en effet, la plomberie de tout l'immeuble, comme le prétend le plombier sorti au départ de nulle part, est à revoir. Mais la clé du film est probablement située dans la tête de Jill, et surtout dans sa perception de ce plombier pour lequel l'adjectif "envahissant" est un peu trop faible... Chevelu, hippie, ancien taulard, au parler direct, franc et vulgaire, se prétendant chanteur folk, impulsif et sans -gène, ça fait beaucoup pour un seul homme, et il semble difficile de le résumer à une étiquette. On ne saura d'ailleurs jamais vraiment qui il est.

Max est bien sur une menace, un violeur potentiel, quelqu'un qui démontre assez souvent qu'il n'a aucun respect pour la propriété, ni pour les gens qui l'entourent: un plombier qui ne fait pas vraiment son travail, et se vexe à la moindre remarque, filant s'enfermer dans la salle de bain ou il grifonne au marqueur des paroles de chanson (Du sous-Dylan), sort une guitare et un harmonica et se met à chanter à tue-tête. Mais il est aussi une sorte de reflet d'une mauvaise conscience résiduelle dans un pays qui ne manque pas de raison de ressentir de la culpabilité. Les deux films précédents de Weir (Picnic at Hanging Rock, The last Wave) étaient tous deux imbibés de mythologie Aborigène, et celui-ci fait parfois allusion en filigrane, à ce vieux conflit qui date de l'arrivée des blancs en Australie: Max le rappelle, certains foyers Australiens, "se méfient des ouvriers comme ils le font des noirs". Une affiche sur une porte dans l'appartement fait la publicité d'une exposition consacrée aux arts de toutes les civilisations. Jill, qui a travaillé en Afrique sur son mémoire, a aussi rapporté de nombreux artefacts venus de cultures Africaines, dont une statuette dédiée à la fertilité. Il est intéressant de constater qu'elle parle avec une aisance non-feinte de cette figurine dotée d'un énorme pénis fièrement exhibé, tout en ressentant un malaise persistant vis-à-vis de la présence de "son" plombier, dont une copine lui fait remarquer qu'elle le lui emprunterait bien. Elle commence aussi le film en rappelant une anecdote tirée de ses expériences Africaines: elle a été une nuit 'envahie' dans sa tente par un sorcier, qui est resté toute la nuit, sans rien lui faire de mal. Mais elle a eu peur, très peur...

Mais Max, qui est considéré par Jill au mieux comme une gène, au pire comme une menace, est aussi très disert sur les différences de classe. Il le dit dès le départ, il apprécie de pouvoir discuter avec elle d'égal à égal (Ce qu'il lui a imposé, mais passons) alors que tant de gens maintiennent à l'gérd de sa classe un dédain affiché... Consience de classe, permanence de la lutte sociale, symbole (Bien que blanc) de la mise à l'écart d'une certaine partie de la population, Max est tout ce que semble rejeter Jill, et elle devra avec lui user de grands moyens pour finir enfin par se débarrasser de lui. On notera d'ailleurs que Jill est une femme "au naturel", durant les trois quarts du film, contrairement à sa copine Meg qui se maquille à la mode de l'époque. Mais à la fin du film, c'est en femme parée qu'elle accueille Brian: sa vengeance sur le plombier est en marche...

Tourné pour la télévision Australienne en 3 semaines, avec des acteurs de feuilleton rodés à l'exercice du tournage rapide en matériel léger, c'est surprenant de voir que ce film est si réusi, d'autant qu'il s'agissait essentiellement pour Weir de sortir d'un contrat. On a vu le résultat, puisque dès le film suivant le réalisateur s'est senti pousser des ailes, avec l'ambitieux Gallipoli... Mais son petit film de suspense inattendu qui tourne autour d'une salle de bains ou pas grand chose arrive vaut bien mieux que ce destin de bouche-trou qui lui était out tracé! Les multiples niveaux d'interprétation, la parenté inévitable avec les trois films de long métrage précédents, l'aliénation et la quasi-captivité de Jill, otage d'un plombier dont elle ne sait même pas vraiment ce qu'il est venu faire chez elle, et qui casse tout, le retour à l'esprit de parabole rigolarde qui était déjà l'apanage de The cars that ate Paris... la richesse de ce film de 77 minutes vite-fait-bien-fait n'est pas à démontrer.

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Published by François Massarelli - dans Peter Weir