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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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17 août 2017 4 17 /08 /août /2017 08:45

Avec le succès phénoménal du premier film, il était inévitable qu'une suite fasse son apparition. Contrairement à la loi du genre, qui généralement voue les suites à répéter inutilement les mérites d'un premier film, ou à n'en être qu'un pâle reflet, ici, le deuxième film est un joyau, qui complète, précise le premier, et... triomphe d'un écueil particulièrement important: toute la lente construction du film de Woody Van Dyke pour amener le spectateur vers Tarzan (Johnny Weissmuller) et son univers, en environ trente minutes d'un suspense parfaitement maîtrisé, est ici remplacée par des digressions savantes...

Tout commence pourtant exactement de la même façon: la base de feu James Parker, ce trading post où le père de Jane (Maureen O'Sullivan) effectuait des échanges avec les tribus indigènes, est à nouveau le théâtre de la préparation d'une expédition vers le cimetière des éléphants, menée cette fois par Harry (Neil Hamilton), l'ami des Paker qui a survécu à la première aventure, et avait promis à Jane et Tarzan de revenir... Il souhaite bien sur récupérer de l'ivoire, mais aussi ramener la jeune femme dont il est amoureux. Et il va falloir faire vite, car une autre expédition qui elle aussi convoite l'ivoire est déjà en partance... Cette fois, Harry est accompagné de guerriers indigènes, et flanqué de Martin (Paul Cavanagh), un ami Londonien, un aventurier de la pire espèce qui ne reculera devant aucune bassesse pour mettre la main sur l'ivoire... ou Jane, d'ailleurs. Quand je dis que "tout commence exactement de la même façon" c'est à prendre littéralement: le premier plan des deux films est le même, celui de porteurs avançant, des défenses gigantesques sur l'épaule. Car si Tarzan and his mate repose énormément sur la présence de stock-shots ramenés par Van Dyke de son tournage en Afrique pour Trader Horn, les réserves commencent à s'épuiser, et ce film recyclera pas mal d'images déjà vues...

Après, ma foi, l'histoire ne passera pas par des stades très révolutionnaires: Harry et Martin vont donc se mettre en danger dans la jungle en cherchant à atteindre la célèbre passe Mutia, qui est tabou, être sauvés par Tarzan, revoir Jane, essayer de la persuader de revenir en lui donnant des échantillons de ce qu'elle n'a plus (Robes, parfums, bas de soie, phonographe); puis ils vont se mettre en quête de l'ivoire, pendant que Martin va attenter à la vie de Tarzan afin de pousser Jane à les suivre... Tout ça finira dans une lutte sanglante contre une tribu de sadiques, avec des lions et des éléphants partout... La routine. 

Pourtant je le disais plus haut, ce film prolonge et complète le premier film de manière très efficace: d'une part, il précise avec le personnage d'Harry, beaucoup plus humaniste que son copain Martin, que le colonialisme invétéré de ces Britanniques à sang plus ou moins froid, peut être tempéré: Harry ne considère pas ses porteurs et autres collaborateurs noirs comme des commodités, et c'est souvent souligné... D'autre part, le film éclaire d'un jour nouveau ce qui était en filigrane du premier film: la relation totalement sexuée, librement assumée, de Jane et de Tarzan, dont on ne fait pas mystère ici. Et du coup, ce film qui arrive à la toute fin de la période pré-code, porte en lui une franchise tel, qu'il ne passera jamais, sous la forme qu'on connait aujourd'hui, les portes de la salle de montage! Quiconque a vu e film saura de quoi il retourne: trois scènes enchaînées, qui font monter la température d'une façon inédite... D'abord, après les retrouvailles avec Jane, les deux explorateurs la tentent avec des robes, l'occasion pour Jane de se changer, et d'offrir un strip-tease en ombres chinoises, d'une rare efficacité. Puis, l'arrivée de Tarzan troublé qui n'a jamais vu Jane en robe du soir, se conclut lorsqu'il attrape Jane et l'emporte précipitamment dans leur habitation. Nous les retrouvons les lendemain, Jane n'a plus la robe, et tout porte à croire que la nuit a été torride. La conversation est claire aussi: Tarzan dit bonjour dans un anglais très hésitant à celle qu'il appelle sa femme. Puis, comme chacun le sait sans doute, les deux amoureux vont prendre un bain long et sensuel, pour lequel Maureen O'Sullivan est doublée par la championne de natation Josephine McKim; cette séquence a été l'objet d'une planification particulière, puisque trois versions ont été tournées: celle qu'on peut voir, une version en bikini de la jungle, et une version "topless"... 

Autre point sur lequel Tarzan and his mate symbolise à lui tout seul cette période d'audaces et d'attaques frontales de la pudibonderie et de la censure, le sadisme profond dont les scénaristes ont fait preuve dans la peinture des rapports compliqués entre l'expédition de Harry et Martin, et les indigènes locaux: on fait la connaissance des Gabonis, cette peuplade fictive qui massacre, puis mange ses victimes, amenés dans une scène à la montée de tension particulièrement forte. A la fin, une autre tribu de fêlés s'amuse à supplicier ses victimes en les donnant à bouffer aux lions... Bon, on ne va pas se mentir, c'est toute une galerie de fantasmes délirants sur l'Afrique qui passe dans ces scènes ridicules... Mais aussi indissociables de ces films! D'ailleurs, les Gabonis reviendront, devenus la tribu sauvage "générique" des Tarzan MGM... Ces images naïves, témoins d'une époque révolue à laquelle on parlait encore de "races", ont fini paradoxalement par symboliser, dans l'esprit du spectateur en mal de frisson, l'esprit même de l'aventure, avec ses dangers et ses peurs primales... Tant d'écueils dont Tarzan, entre tous, ne peut que triompher.

La structure du film, qui est le plus long des six, est dominée par la première heure, celle qui comporte toutes les audaces sensuelles. Le reste est surtout l'occasion de mener à son terme le mythe du cimetière des éléphants, et de montrer comment une fois de plus, Tarzan et sa compagne deviendront une bonne fois pour toutes, seuls au monde, et à mon avis très fiers de l'être. Tout cela repose sur une intrigue assez bien menée, mais aussi sur une tendance à répéter les scènes de mise en danger de Jane. Et à ce titre, il faudra quand même qu'on s'y intéresse: franchement, moi qui n'ai jamais été un grand fan du cri de Tarzan-Weissmuller, je suis effondré à chaque fois que j'entends la version féminine, qui est l'une des pires fautes de goût des années 30! 

Pour le reste, terminons sur une énigme: qui a mis en scène ce film, par ailleurs fort bien mené? Le crédit original et officiel est celui de Cedric Gibbons, dont c'est d'ailleurs l'unique film . Le décorateur en chef de la MGM (Qui était en réalité en charge du département décoration, pas forcément décorateur. Son titre lui garantissait un crédit, quoi qu'il fasse: du golf, du macramé, ou... de la déco.) a été placé là afin de gérer ce qui était un travail de patchwork et d'effets spéciaux. Des historiens ont affirmé que l'idée du bain avait été inspirée du visionnage nerveux du film Bird of Paradise de King Vidor, par Gibbons dont l'épouse d'alors Dolores Del Rio batifolait dans les mers du sud en compagnie de Joel mcCrea, seulement armée d'un tout petit, petit string... D'autres équipes complétaient son travail, en particulier celle, nous dit-on, de Jack Conway, ce qui fait qu'aujourd'hui le film est crédité officiellement (Mais pas sur les copies) à Gibbons et Conway. Et pour couronner le tout, Maureen O'Sullivan a toujours affirmé qu'elle a plus vu le réalisateur des séquences d'animaux, James MCKay, sur ce tournage et le suivant (Soit Tarzan Escapes, un film au tournage encore plus compliqué, officiellement crédité à Richard Thorpe!), que Gibbons et Conway! Bref, un tournage complexe, qui débouche sur un morcellement des équipes. On a souvent vu ça à la MGM, mais le résultat a rarement été aussi bon. Au vu d ela complexité du tournage, Tarzan and his mate est un miracle.

Et en plus, il est distrayant: une fois accepté l'idée qu'après a première heure, on perd un peu en efficacité avec les tribulations exaspérantes et répétitives de Cheetah, on passe quand même du bon temps, dans le délire sadique des séquences finales, et dans l'apothéose de destruction menée par les éléphants: personne n'en réchappera! Sauf Tarzan et Jane, bien sur.

Bref: plaisir coupable, rêverie kitsch, nostalgie de l'enfance ou réflexion naïve mais bien menée sur l'état de nature, on trouvera son compte dans ce film, qui mérite bien sa place au sommet du cycle de six films de Tarzan tournés à la MGM!

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code
16 août 2017 3 16 /08 /août /2017 09:20

Dans aucun des romans, dans aucune des nouvelles écrites par Sir Arthur Conan Doyle, Sherlock Holmes n'a jamais dit "Elementary my dear watson", pas plus que "Elémentaire mon cher Watson". C'est comme ça, c'est une légende tenace, mais c'est tellement associé au personnage, qu'on a fini par l'y associer.

Me Tarzan, you Jane, c'est pareil: ni dans le livre, ni dans les bédés, ni surtout dans ce film. Ne cherchez pas, oubliez cette andouille de Christophe Lambert, le (pourtant chouette) dessin animé Disney, les livres la bédé, etc... Tarzan, c'est celui-ci: Johnny Weissmuller, accompagné de Maureen O'Sullivan, sans fils, sans langage ou presque, sans encombrant héritage Greystoke: brut de décoffrage, nu, pas dépourvu devant les dames, il ne lui faut pas longtemps pour comprendre (Et lui faire comprendre sans trop la brusquer) que sa compatibilité avec Jane est inéluctable et ne passe pas nécessairement par une grammaire parfaite.

Le projet revient de loin, totalement assujetti à la présence de tonnes de pellicule ramenées d'Afrique où le réalisateur Woody S. Van Dyke a tourné une partie de Trader Horn. La façon dont les images "authentiques" ont été intégrées à l'intrigue et au découpage de ce film par ailleurs totalement tourné aux Etats-Unis est l'un des étranges mais fascinants témoignages de ce qu'était la MGM lors de son âge d'or. Le film est une construction impressionnante, faite d'aventure sous sa forme la plus classique, dont les héros sont totalement Anglais, de fascination pour l'ailleurs exotique symbolisé par l'Afrique et ses mystères, mais aussi de notations discrètes mais insistantes sur l'esprit colonial: chacun, d'une certaine manière, y trouvera son compte: on pourra pester devant cette tendance à montrer les noirs assujettis qui se réfugient derrière le bwana pour qu'il les protège, tout comme on pourra noter que Jane Parker, qui représente une autre vision de la modernité, se tient à l'écart des comportements ouvertement racistes et apparaît plus ouverte à la différence...

Woody S. van Dyke a probablement ressenti comme une certaine forme de régression en tournant ce film de studio après son équipée délirante en Afrique. Mais en tant que responsable des kilomètres de rushes de Trader Horn, et en tant que véritable baroudeur, il n'avait pas son pareil pour mêler le factice et l'aventure: White shadows in the South Seas était là pour en témoigner. Et il a pu diriger avec une efficacité légendaire le film, qui fonctionne encore plus de quatre-vingts ans après... Les dialogues d'Ivor Novello sont impressionnants, par leur intemporalité toute Britannique, et le jeu permanent avec le non-dit... Sans parler de la simplicité des échanges entre une Anglaise qui se rend compte qu'elle n'a plus à sacrifier aux faux-semblants, face à un bon sauvage qui a tout à coup une soif d'apprendre particulièrement claire.

Et puis on joue avec le mythe, du début à la fin: les membres de l'expédition, venus chercher le cimetière des éléphants, la passe infranchissable qu'il faut ne serait-ce qu'atteindre, parce qu'elle est est tabou dans la région, les tribus versées dans le sadisme le plus cru, et enfin le bon sauvage, qui contrairement à son homologue de bande dessinée, n'est pas un lord Anglais et ne parle pas: il est nu, cru, brut. Et il représente pour Jane qui a l'âge approprié (et tout le matériel nécessaire, ce que Tarzan ne manquera pas de remarquer) l'état de nature le plus idéal qui soit. Un appel criant à la transgression... Jane abandonne tout pour le suivre (Y compris dans les peaux de bêtes de sa tanière, ce qui ne recèle aucune espèce d'ambiguïté), nous aussi. Après, on fera les lectures qu'on voudra de cette recréation d'un mythe ô combien occidental, mais peu importe: il est éternel.

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code
14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 16:18

Le Paradis du titre? D'abord, Venise: on le visite, Lubitsch oblige, en commençant, hum, par les coulisses. Un tas d'ordure est véhiculé... vers une gondole. Typiquement, le metteur en scène qui aurait pu se contenter d'un plan de la lagune, et d'un élégant titre, n'a pas pu s'empêcher d'être inventif. Puis la majeure partie du film se situe dans un autre Paradis, à Paris, dans la très haute société.

Le "trouble" du titre, quant à lui, est soit le fait que dans la haute société, il y a des gens qui ne sont pas forcément de la plus grande honnêteté, car ils ne sont pas nés avec une cuillère en argent dans la bouche, comme on dit... Alors ils volent la cuillère. Ou alors, ce fameux "trouble" pourrait tout aussi bien être l'amour, ce sentiment intempestif qui arrive comme un cheveu sur la soupe et gâche tout en faisant intervenir les sentiments là où on n'en a pas besoin... 

A Venise, un voleur-escroc internationalement connu, Gaston Monescu (Herbert Marshall), rencontre Lily (Miriam Hopkins), une voleuse qui a un certain talent. Comme ils se volent mutuellement avec une adresse qui les stupéfie mutuellement, ils savent qu'ils sont faits l'un pour l'autre, et s'associent. Monescu vient justement de voler un homme d'affaires dans sa chambre d'hôtel, le Parisien François Filiba (Edward Everett Horton). 

Le couple, des années plus tard, se rend à Paris, attiré par les bijoux de la belle Madame Colet, héritière des parfums Colet et Cie. Durant un opéra, c'est un jeu d'enfant pour Monescu de voler un sac orné de diamants, appartenant à la charmante veuve (Kay Francis), d'autant que celle-ci est flanquée de deux prétendants aussi ridicules qu'inutiles: le Major (Charlie Ruggles), et son ennemi juré se disputent les faveurs de Mariette Colet. Lennemi en question n'est autre qu'un certain... François Filiba. 

Mais une fois le sac volé, Monescu apprend que sa propriétaire donnera une récompense de 20000 Francs à qui le lui rendra. Sous le nom d'emprunt de Gaston La Valle, il va lui rendre l'objet, empocher la prime, et... devenir son secrétaire. Et plus, si affinités.

Après cinq films parlants, dont quatre comédies musicales, Lubitsch s'attaque enfin à une comédie sentimentale, qui reprend un thème déjà très présent dans certains de ses films, notamment The student prince (1927) et The smiling lieutenant (1931): la barrière des classes. Le triangle formé ici par La voleuse, le voleur aux manières de dandy, et la bourgeoise, aussi raffinée et adorable soit-elle, nous rappelle que certaines barrières sont infranchissables, et qu'il est inévitable, quel que soit le désir de l'un comme de l'autre, que Gaston "La Valle" et Mariette Colet finissent leurs vies ensemble... Mais en attendant de faire ce constat, ils auront pu rêver un peu.

Et puis Lubitsch creuse d'autres pistes, bien sur, continuant de s'intéresser aux coulisses, avec ce Gaston la Valle qui s'y entend si bien à tirer les ficelles, ou ce garçon si obligeant qu'il prend des notes quand la requête d'un client de l'hôtel est malgré tout indicible. Et enfin, dans ce film en forme de vitrine de tout son génie, Lubitsch joue avec l'identité, ses faux-semblants, le pouvoir d'un nom aussi: Colet "and Company", comme on se plaît souvent à le souligner! Il nous dresse en 82 minutes une histoire qui a tout pour tourner au sublime et au tragique (après tout, mme Colet et M. La Valle vont si bien ensemble, quel dommage que ce soit impossible), et qui devient tout bonnement une sublime comédie sentimentale. Mais la mélancolie qui s'installe ici reviendra de façon insistante dans l'oeuvre de Lubitsch, de Angel à Heaven can wait, en passant par The shop around the corner.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Ernst Lubitsch Pre-code
13 août 2017 7 13 /08 /août /2017 18:13

A Vienne, le Lieutenant Niki (Maurice Chevalier)est toujours prêt. Pour son empereur, bien sur, mais aussi pour les dames, qui se bousculent au portillon! C'en est au point où quand un de ses collègues (Charlie Ruggles) le consulte pour que Niki lui donne son avis sur une jeune violoniste, Franzi  (Claudette Colbert), c'est finalement Niki qui se retrouve au bras de la jeune femme. Il en néglige d'ailleurs bien vite toutes les autres. Jusqu'à un drame: lors de l'arrivée du Roi Adolph XV (George Barbier) d'un royaume quelconque, en compagnie de sa fille Anna (Miriam Hopkins), Niki qui n'a que Franzi dans son champ de vision sourit béatement, ce que la jeune femme pincée prend pour une moquerie. pour réparer ce qui menace de devenir un incident diplomatique, Niki se sacrifie et prétend avoir été sous le charme d'Anna...

Oui, Miriam Hopkins en jeune femme pincée... Ca surprend, mais elle le fait très bien. Le film est la troisième production parlante-et-chantante de Lubitsch pour la Paramount, et cette fois Jeanette McDonald n'est pas présente. Les deux actrices en vedette ne sont, ni l'une ni l'autre, des chanteuses, et ça s'entend... d'où une tendance à mettre les ritournelles en veilleuse. On ne s'en plaindra pas, après tout: ce n'est pas ce qu'on vient chercher dans un Lubitsch, enfin!

...Et c'est justement délicieux. L'histoire, on peut assez facilement le constater, pourrait largement déboucher sur de la mélancolie, car après tout il y est question de rang social, et de trois niveaux qui ne peuvent cohabiter: la Princesse, le lieutenant et la violoniste... Le lieutenant étant d'extraction noble, le mariage avec la princesse devient possible. Il peut en revanche facilement fricoter avec Franzi (Voire prendre des petits déjeuners avec elle) mais ne pourra l'épouser: elle le sait d'ailleurs très bien... Mais si le film nous raconte d'une certaine façon la prise au piège du séducteur, et le renvoi à l'égout de la jeune musicienne, il le fait avec le style si léger du Lubitsch "Viennois"... bien que ce dernier soit Berlinois! Et les scènes d'anthologie sont nombreuses...

Citons deux perles: la seule confrontation dans ce film entre Hopkins et Colbert est une merveille. Ce qui aurait du tourner au règlement de comptes (Aussi bien entre les personnages qu'entre les deux actrices, d'ailleurs) se résout en une merveilleuse séquence de complicité féminine. Et il en résultera une métamorphose de Anna, de vieille chrysalide en papillon flambant neuf, qui occasionne un grand moment de slapstick: Chevalier pouvait aussi, en fin, se taire!

Lubitsch cherchait la bonne formule à cette époque: ce film a été suivi d'une oeuvre ambitieuse et douloureuse, Broken Lullaby, puis d'une quatrième comédie musicale (One hour with you) reprenant la trame d'un de ses films muets (The marriage circle), et enfin d'un film qui reprend la même réflexion sur les différences de classe, à nouveau avec Miriam Hopkins: mais en compagnie de Herbert Marshall et de Kay Francis: dans Trouble in paradise, la comédie n'est plus musicale, et la mélancolie ne se cachera plus. Ici, c'est à peine si on y pense...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Musical Pre-code Ernst Lubitsch
9 août 2017 3 09 /08 /août /2017 09:15

Les Townsend sont un couple heureux, John (Adolphe Menjou) a plus que réussi, et son épouse Carol (Genevieve Tobin) est très heureuse... même si de plus en plus elle constate qu'ils sont "techniquement mariés" , sans plus: comme elle le dit elle-même, le lit double est devenu deux lits jumeaux, puis dernièrement deux chambres. Elle se dit que ça doit être sa santé et consulte en secret un docteur, ami du couple. Celui-ci lui révèle involontairement que John lui ment: il prétend faire du polo, beaucoup de polo, on ne l'a jamais vu au club...

Eric Schulteis (Edward Everett Horton) est un magnat de la sardine, il est célibataire... c'est le meilleur ami de John depuis toujours, mais il est aussi amoureux fou de Carol. Il ne s'en cache d'ailleurs pas... Celle-ci va l'utiliser pour fouiller un peu dans la vie de son mari.

Et justement, Carol découvre que les secrets de John cachent une aventure avec Charlotte (Mary Astor), sa meileure amie...

Ce petit scénario boulevardier est divisé en deux parties d'environ une demi-heure chacune: j'avoue un faible pour la première dans laquelle Genevieve Tobin mène l'enquête, et son mari par le bout du nez: elle a une verve rare, et il est dommage qu'elle n'ait pas été plus employée pour ses qualités de comédienne. Mais la deuxième partie, plus enlevée, et plus traditionnelle (Portes qui claquent, quiproquos, confrontation...) a ses qualités aussi. Disons qu'elle est plus rythmée, mais que tout y rentre dans l'ordre d'une façon si propre...

Quoi qu'il en soit, on passe du bon temps: vous avez la liste des quatre principaux acteurs plus haut. Ajoutons-y pour faire bonne mesure Guy Kibee et Hugh Herbert: la Warner dans toute sa splendeur...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Pre-code
4 août 2017 5 04 /08 /août /2017 16:03

Paris 1845. L'étudiant Dupin (Leon Waycoff) et sa fiancée (Sidney Fox) rencontrent l'étrange Dr Mirakle (Bela Lugosi), un forain qui est montreur de singe, et dont la créature Erik est particulièrement fascinée par la jeune femme... A cette même période, des prostituées sont repêchées, mortes, tuées par une substance ajoutée à leur sang. Dupin, qui étudie la médecine, mène l'enquête, qui pourrait bien se compliquer et impliquer sa bonne amie...

Oubliez Poe: rarement l'oeuvre adaptée n'a été autant un prétexte vague pour faire un film: Une scène pas plus, et un personnage lient cette petite production de la Universal, et la nouvelle originale... Et les raisons de faire ce film sont sans doute parmi les plus douteuses: La Universal venait de renouveler son approche du film fantastique et d'obtenir deux succès particulièrement impressionnants avec Dracula et Frankenstein, donc la première motivation ici est purement de continuer à élargir le champ d'action du genre, tout en tablant sur les acquis: un solidement basé sur le cinéma muet Germanique et ses jeux d'ombre et de lumière, un mélange fragile d'horreur et de comédie, et une tendance marquée à l'exotisme Européen... 

Autre raison de faire le film, Robert Florey était à deux doigts d'être devant un sérieux contentieux avec le studio, qui l'avait fait travailler sur Frankenstein avant de confier le film à James Whale. Ce film, situé à Paris, était un peu le lot de consolation idéal pour le réalisateur d'origine Française. Et ajouter Poe à Shelley et Stoker, avant de convoquer Wells, permettait d'élargir la gamme des films d'horreur futurs.

Avec tous ces pré-requis le film est un divertissement, ludique plus qu'autre chose, fort bien mis en scène, et si l'intrigue en est profondément idiote (mais ça fait partie du jeu), Florey s'est souvent beaucoup amusé avec l'atmosphère et le montage... Quant au chef-opérateur Karl Freund, que voulez-vous, il fait du Karl Freund!

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Published by François Massarelli - dans Pre-code
2 août 2017 3 02 /08 /août /2017 17:59

Un milliardaire impétueux et excentrique qui va mourir bientôt fait poireauter son entourage avec des revirements constants par rapport au testament qu'il entend laisser. Il ne veut ni le laisser à ses employés qu'il déteste, ni à sa famille qui n'attend rien d'autre que son décès pour faire main basse sur le pactole! Il choisit, tant qu'il est à peu près sain d'esprit, et encore en capacité de le faire lui-même, d'adresser dix chèques, chacun d'un million de Dollars, à huit personnes prises au hasard... Chaque segment du film racontera ainsi le devenir de chaque chèque.

Les sept metteurs en scène se répartissent les portions de la façon suivante: Taurog est en charge du prologue et de l'épilogue, les autres films ayant été tournés indépendamment. Roberts et McLeod ont chacun deux segments à leur charge, et Lubitsch, Humberstone, Cruze et Seiter ont tus un sketch. Le ton est globalement à la comédie, sauf pour l'histoire de Cruze, qui est atroce, et (volontairement ou non?) dramatique: un condamné à mort reçoit le chèque et ne parvient pas à digérer la nouvelle. Certaines des vignettes tombent dans la comédie sans grâce, comme l'histoire de William Seiter avec W.C. Fields: un couple de forains dépensent leurs millions en voitures à casser, et c'est épouvantablement répétitif. J'ai un faible pour les deux premiers sketchs, l'un tourné par McLeod avec Charlie Ruggles en employé timoré d'une boutique de porcelaine qui est en plus étouffé par son épouse acariâtre, et l'autre tourné par Roberts, avec Wynne Gibson en prostituée surbookée qui va avoir une idée très précise de ce que son million lui permet d'acheter...

Et puis il y a Lubitsch: c'est intéressant de constater que ce film lui est souvent attribué en entier, alors qu'il en a réalisé le segment le plus court, mais aussi le plus fort et le plus percutant. Il l'a aussi écrit et en a confié l'interprétation à Charles Laughton... C'est une merveille. 

Pour le reste, aucun des metteurs en scène n'arrive à sa cheville, bien sur, donc il ne faut pas s'attendre à du grandiose. Juste à un film malin qui se saisit, en 1932, d'une préoccupation réelle, qui n'a rien à voir finalement avec le rêve Américain, mais plus avec l'idée de survivre, car comme chacun sait après 1929 les temps sont durs. Et le film nous montre l'Amérique (Blanche, il ne faut pas trop en demander), dans sa relative diversité sociale: on pourra juger que ce film nous montre une belle brochette d'égoïstes. On pourra aussi se dire que cette comédie tape gentiment là où ça fait toujours mal, tout en ayant le bon goût de vouloir faire rire...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Ernst Lubitsch Pre-code James Cruze
31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 19:00

A sa façon, ce film est plus ou moins un remake d'un film de Rex Ingram, The Arab, qui était le premier film du metteur en scène à se situer dans le monde Arabo-Musulman. Je ne l'ai pas vu, et s'il existe effectivement des copies en circulation, ça reste un film rarement montré. Ce n'est absolument pas le cas de ce film réalisé à la MGM en 1933, par un vétéran chevronné, pas du genre à faire la chochotte sur un tournage, et avec la star du premier film qui fait son numéro habituel: l'exotisme de l'orient, un visage d'ange qui cache bien des choses, et une ou deux chansons pour qu'on entende son filet fluet de ténor... Je veux bien sur parler de Ramon Novarro, qui finissait quasiment sa carrière de jeune premier, avant de tomber dans l'oubli.
mais si aujourd'hui The Barbarian est très facile à dénicher, souvent montré sur TCM, et fréquemment montré comme un exemple particulièrement typique de ce qu'était la période pré-code, c'est sans doute plus pour Myrna Loy, qui elle était en pleine ascension...

Myrna Loy interprète Diana Standing, une jeune femme Américaine qui vient rejoindre son fiancé (Reginald Denny) en Egypte avant un mariage attendu, et que le jeune homme voit venir comme la récompense à tant de mois d'attente. D'ailleurs il passerait volontiers cette étape, mais étant Anglais, il se retient. Le jour de son arrivée, Diana devient la proie de Jamil (Novarro), un jeune escroc qui sous couvert de faire découvrir le pays à des touristes, tend à les mener en bateau voire devenir si indispensable qu'il devient très facile de leur soutirer de l'argent. Au grand désespoir de son fiancé Gerald, Diana mi-troublée, mi-amusée laisse Jamil occuper le terrain, jusqu'au jour où ça dérape.

Autant le dire tout de suite: le film est un documentaire fascinant sur l'état des lieux du racisme anti-Arabe en 1933... Mais à son corps défendant; l'intrigue, pour être clair, joue sur les deux tableaux en laissant les personnages d'Anglais qui accompagnent Diana faire toutes les remarques désobligeantes. Mais Diana a de sérieux préjugés: la peur du viol, notamment... qui s'avère d'ailleurs tout à fait justifiée.

Sinon, il plane sur ce film le spectre de la peur du mélange: Diana est attirée par Jamil, presque autant que lui est attiré par elle. Mais ce qui l'arrête, c'est cette sale impression de l'impossibilité du mélange de ce que les humains les moins intelligents appellent les "races"... Et pour permettre au film de se résoudre sans attirer toutes les foudres de la censure sur lui, il a fallu avoir recours à un stratagème: la maman de Diana était Egyptienne, apprend-on. Donc ça va, on peut y aller!

Le film se divise en deux parties. La première ressort de la comédie, avec l'omniprésence canaille de Ramon Novarro qui met souvent les rieurs de son côté. la deuxième concerne l'enlèvement de Diana, qui va subir toutes les avanies possibles, jusqu'à une tentative de mariage imposée. C'est cette partie qui est d'une part aussi proche d'un rêve, voire d'un fantasme (celui de Diana?) que possible, tout en jouant à fond la carte du film d'aventures exotiques...

Myrna Loy est fantastique, mais ça on le sait déjà... Elle porte ce film sur les épaules, qui sont comme chacun sait adorables, et qu'on aperçoit assez souvent dans le film du reste. Pour ceux qui ne seraient pas au courant, mais vous avez ici une photo, c'est aussi un de ces films où une héroïne qui doit se laver de tout le sable du désert qu'elle a sur le corps, prend un bain dans une baignoire de rêve... une scène qui prolonge à la fois l'impression d'un songe, et celle d'assister au fantasme ultime d'une Américaine de 1933. Ce que confirme la fin, mais aussi l'interdiction du film, une fois le code de production qui régentait la censure en vigueur.

Il aurait de toute façon été impossible d'atténuer ce film en le coupant: il n'aurait pas duré plus de deux bobines.

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code
9 juillet 2017 7 09 /07 /juillet /2017 16:30

Herbert George Wells avait des intentions derrière ses romans de science-fiction, la première étant de véhiculer des idées qu'on qualifiait de progressiste à l'époque, socialistes ou sociales, c'est selon. Le roman dont est tiré ce film était son deuxième après le célèbre The time machine... Et c'est bien sur, à sa façon, un classique: pas autant pourtant que d'autres oeuvres, ou même que d'autres livres adaptés par les gens de Universal avant: Dracula, Frankenstein en particulier... Mais ceux-là viennent décidément d'une autre planète.

Ce qu'on peut dire sans conteste du metteur en scène James Whale, ci-devant réalisateur de Frankenstein, ainsi que d'une excellente première adaptation de Waterloo Bridge la même année, et qui avait commencé à explorer les arrière-boutiques du genre fantastique avec The old dark house en 1932. Pour cette adaptation de Wells, il semble prolonger le ton de ce dernier film.

Et bien sur, il a fallu choisir un acteur qui allait jouer sans être vu, ou presque. Claude Rains avait une voix qui se prêtait de façon splendide à l'exercice, et comme on le sait, au vu de l'impressionnante carrière du monsieur, ça ne lui a pas porté préjudice, finalement... Il y est donc Jack Griffin, assistant d'un scientifique, qui s'est senti pousser des ailes et a fini par explorer tout seul dans son coin, à l'insu de son employeur, des voies dangereuses... Il est devenu invisible, mais aussi, par la même occasion, fou. Et avant la fin du film, il deviendra homicide, avec un certain nombre de victimes au compteur (Dont un train entier...). Gloria Stuart, déjà vue dans The old dark house, revient jouer les fiancées éplorées, mais elle n'a plus qu'à s'y faire; depuis qu'il a exploré la liberté absolue, Jack Griffin n'est plus intéressé par elle...

On sent comme tout un matériau de contrebande glissé là avec une joie sans mélange par ce brave James Whale, qui se sentait pousser des ailes avec le succès de ses petits films fantastiques, et se permettait de plus en plus d'humour. Jack Griffin, plus qu'un scientifique devenu foi, est un sale gamin qui a découvert le jouet ultime et s'y abandonne. On a fait grand cas des effets spéciaux particulièrement réussis du film, à juste titre, mais ce qui me frappe plutôt, c'est le ton de provocation à la révolte représenté par le parcours de Griffin qui ressort le plus clairement! Bref, cet Invisible man de James Whale prêche plutôt la liberté absolue, et le fait par la disparition et l'absence... 

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Published by François Massarelli - dans James Whale Pre-code
27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 10:18

Anton Lorenze? Inconnu au bataillon, si ce n'est pour un film... celui-ci bien sur, réalisé en 1933 dans le sillage de la "révolution" The front page, le film de Lewis Milestone qui avait seriv à établir les histoires de journalistes comme un genre à part entière. Le principal titre de gloire de ce petit film, une comédie concentrée en une heure, c'est Peggy Shannon, une actrice qui aurait pu atteindre à plus de notoriété, mais sera empêchée de percer avant de décéder bien tôt, à 34 ans, des ravages de l'alcoolisme. Ici, elle interprète une de ces femmes indépendantes qui ont fait l'intérêt des films pre-code, une journaliste ambitieuse et douée, et bien sur intègre...

Jerry Hampton (Peggy Shannon) démissionne de la rédaction de son journal le jour où elle apprend que son enquête sur un suicide louche a été refusée parce qu'elle mettait en cause un gros bonnet. Elle se réfugie dans un petit patelin, Apex, Californie, où le journal local cherche un rédacteur en chef. Elle va s'appliquer à transformer la rédaction en une équipe moderne, affairée, et diablement efficace, tout en accompagnant la transformation de la localité en une vraie ville: la preuve, au bout que quelques mois, on y trouve des hommes d'affaire véreux...

C'est mignon, efficace, et gentiment drôle: Sterling Holloway y interprète un petit rôle, de ceux dont il avait le secret. Shannon est dynamique et excellente en femme moderne qui sait ce qu'elle veut, sans jamais exagérer sur sa séduction. On sent bien que le film est fauché, mais il est interprété avec une certaine conviction... reste à imaginer ce qu'un autre metteur en scène en aurait fait bien sur, mais en l'état on est déjà bien content de pouvoir disposer de ces petits films qui  nous rappellent qu'Hollywood en 1933 n'était pas limité aux Warner, Fox, MGM, Paramount, ni même aux Columbia voire aux Republic. Il y avait aussi les films de la Modern film and Sound corporation...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Pre-code