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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 17:10

Petit film d’épouvante réalisé en plein cœur de la vague des films d’horreur entamée par les succès en 1931 de Dracula et Frankenstein pour Universal, Doctor X était la réponse de la Warner, tout comme Freaks et Fu-Manchu étaient celle de la MGM, Dr Jekyll celle de la Paramount et The most dangerous game celle de la RKO. L’énumération le montre bien : tous ces films évoluent dans des univers différents, et on peut schématiquement affirmer que chaque firme répond avec ses propres armes, son propre style. Doctor X sera un film super-Warner ou ne sera pas, il est donc fait appel à Michael Curtiz. En ces années 1931-1933, WB sort selon Jean-Pierre Coursodon 17 films de Curtiz, c’est donc une valeur sure. Mais Doctor X possède sur toute la concurrence un atout de poids : il est tourné en couleurs, à l’aide du système Technicolor deux bandes : le film consiste en deux bandes de celluloid de couleurs(Composite, ce ne sont pas des couleurs primaires)différentes qui une fois placées l’une sur l’autre recomposent la palette de l’image. Ce sera le même principe grosso modo avec le Technicolor 3 bandes utilisé plus tard(Robin Hood, Gone with the wind)mais les trois couleurs primaires seront utilisées, de manière à obtenir des teintes plus variées, et notamment du vrai bleu, du vrai rouge… ce qui n’est pas le cas ici. Une parenthèse s’impose: les réalisateurs détestaient le Technicolor, qui avait surtout été utilisé pour quelques scènes occasionnelles dans certains films lors des années 20. Le recours au long métrage était toujours une expérience, voire un gimmick ; rare sont les réalisateurs qui y ont eu recours plusieurs fois. Curtiz qui récidivera l’année suivante avec The Mystery of the Wax Museum en fait partie, et ses deux films en 2-strip Technicolor sont, aux cotés de The Black Pirate de Douglas Fairbanks, parmi les plus merveilleuses œuvres en couleurs de l’époque.

Doctor X n’a sans doute pas été considéré à sa sortie comme un chef d’œuvre : il est vrai que cette histoire de cannibalisme et d’expériences sadiques ne fait pas dans la légèreté. Mais c’est peut-être ce qui fait le sel de cet incroyable petit long métrage: souvent erratique, mélangeant constamment les registres, le réalisateur ne discutant rien et laissant les anecdotes les plus gratuites et illogiques sur l’écran, le film fonctionne en permanence comme un rêve des plus baroques, et la couleur n’atténue en rien cette impression, au contraire. Cette dernière ajoutée à la gourmandise de Curtiz pour l’utilisation de la lumière et du clair-obscur, permet d'obtenir des effets souvent somptueux.


Voici un petit rappel de l’histoire pour le cas ou elle ne vous serait pas familière, mais sachez que je parlerai de la fin (Et de certains petits secrets) d’ici peu : un meurtrier apparemment cannibale sévit dans les bas-fonds de New-York, utilisant du matériel chirurgical qui l’identifie comme un médecin appartenant à l’académie du docteur Xavier (Lionel Atwill) ; celui-ci va tenter de démasquer le criminel lui-même avec la collaboration de ses collègues (Dont le monstre, bien sur), sous le regard appréhensif de sa fille Joan (Fay Wray) et le tout se déroule également sous les yeux d’un reporter en mal de scoop (Lee Tracy). A l’épouvante, totalement maîtrisée (La mise en scène de Curtiz se régale de ces jeux d’ombres et de ces coups de théâtre visuels et gratuits), s’ajoutent des fragments de comédie épicée : on est en pleine époque « Pré-code », et Fay Wray, pas plus que dans King Kong n’est portée sur les pyjamas de fourrure. Il y a des relents de films de gangsters, le début du film, avec ces mouvements de police autour d’une morgue sous le regard d’un journaliste fouineur aurait pu être une annexe de Public Enemy, et on y trouve des réminiscences des comédies à la Front Page (Ce succès de 1931 était alors dans toutes les mémoires, et se retrouve ici dans les conversations entre Tracy et son patron : c’est à qui parlera le plus vite). La mise en scène tend globalement à nous faire penser que Curtiz a laissé le script se débrouiller tout seul, tournant tout y compris ce qui est illogique (Les fausses pistes et les actes manqués abondent : tout ce qui peut produire un effet, même mensonger, est utilisé), et a comme d’habitude évité de privilégier un acteur ou un groupe de vedettes, laissant le casting habiter l’action, et permettant à chaque personnage d’acquérir une vérité troublante, et une vie intérieure assez effrayante. Il y aurait beaucoup à dire sur le sadisme du majordome, qui se délecte de l’atmosphère horrifique en terrifiant la bonne en permanence, ou des tendances de certains des médecins qui lisent des revues cochonnes en cachette, ou observent d’un air mystérieux la fille de leur patron bronzant sur la plage… Curtiz utilise bien sur ses marques de fabrique, les jeux d’ombres, les plans composés de façon impeccable avec les objets du décor à l’avant plan, les conversations filmées derrière des paravents, et d’une certaine façon ne montre jamais rien de front : les ombres au lieu des acteurs, les personnages vus derrière un drap soulevé à la morgue, l’utilisation des miroirs pour les transitions, le tout forme un ensemble tortueux et visuellement excitant d’actions suggérées et cachées, en coulisse ou en son off : le film est, comme d’habitude pour un Warner des années 30, admirablement monté.


Cette mise en scène tire par ailleurs sa cohésion, d’autant plus remarquable si l’on se penche sur l’aspect hybride (Genres, acteurs de style différents…) du film, de la volonté de Curtiz de relayer le X du titre par sa mise en scène: les docteurs dissimulent tous un handicap ou une cicatrice, une malformation ou un vice, et le film est couturé de partout : combien de grilles, de croisement de fenêtres, d’ombres, de colonnes de rampe d’escalier viennent se placer entre nous et les acteurs pour participer à la dissimulation générale? Et du même coup, comment ne pas s’interroger sur le Docteur Xavier lui-même, y compris une fois le film vu, et une fois qu’il est disculpé ? Lorsqu’il examine le corps mutilé d’un collègue, se content-t-il d’examiner ou…? Il est frappant de constater que pour un directeur d’académie médicale, il a de drôles de motivations, s’étant efforcé de rassembler autour de lui une bande de bras-cassés (Littéralement) obsédés par les fanges déliquescentes les plus tortueuses de l’ame humaine : cannibalisme, influence de la lune… cela ressemble ç un appel d’offres pour savant fou. Et d’ailleurs, la première fois que l’on voit e Docteur Xavier avec sa fille, c’est pour le voir gêné par la lumière du jour. Pourquoi? On me répondra qu’il s’agit principalement de fournir du suspense au public, ce qui est vrai, mais il s’agit aussi d’ouvrir des portes, et le fait qu’on ait négligé de répondre à ces questions dans le cadre du scénario ne gêne en rien Curtiz lui-même, qui contrairement à d’autres réalisateurs qui auraient trouvé certaines scènes redondantes ou inutiles, les garde et les traite avec le même perfectionnisme que toutes les scènes plus importantes… Cela sert son dessein, et c’était le principal contentieux avec le studio, et cela s’apparente sans doute à toute l’histoire de sa vie de réalisateur…

Au-delà de l’apparente décérébration de ce film, s’agite un monde typiquement Curtizien : a ces galères microcosmiques, au bateau en provenance de l’Ile du diable (Passage to Marseille), au café Américain de Rick (Casablanca) se substituent ici l’académie et la « maison hantée » du docteur Xavier, repaires de gens de provenance diverses (Otto le majordome, Docteur Xavier et son accent appliqué, Docteur Rowitz…)bien définis et finalement tous inquiétants. Tous ont bourlingué, beaucoup ont survécu à des circonstances extraordinaires : ces exilés font de plus écho au propre exil de Curtiz, qui les peint comme de véritables névrosés, des accidentés de la vie, impossibles à réparer… De plus, il nous montre le meurtre comme un acte de création (Cannibale, bien sur) : le meurtrier ne mange pas ses victimes, il en utilise les chairs pour créer un produit qui sera la solution à toutes les blessures: ce type d’expérience absurde est bien sur l’apanage des savants fous, mais le coté créatif, allié à l’obsession de Xavier pour le théâtre, lui qui recrée les meurtres pour provoquer des réactions chez ses collègues Sinon, l’utilisation de figures de cire renvoie à l’art, sous toutes ses formes, y compris les plus sordides. Curtiz a filmé en 1931 un maître de ballet rendu fou et devenant criminel dansThe Mad Genius, et on verra avec Mystery of the Wax Museum ce que cette vision cannibale de l’art peut entraîner…

Bref, un film à voir tous les six mois.

 

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Pre-code
13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 11:44

Situé au tout début de la période dorée durant laquelle Curtiz devient l'un des incontournables de la Warner (les autres "grands" sont William Wellman, et Mervyn Le Roy. Sinon, les solides artisans que sont Archie Mayo, Roy Del Ruth ou Lloyd Bacon sont souvent mis à contribution, et bien sur d'autres vont et viennent, dont un jeune Howard Hawks....). C'est aussi cet étonnant moment durant lequel les studios louvoient constamment entre une tentative de censure tatillonne et leur envie de repousser les limites permises. Peu de choses pourtant affleurent dans ce drame un peu raide, adapté d'un roman de james Oliver curwood, et situé comme il se doit dans le Nord Canadien: Deux hommes (Un "mountie", Connie, interprété par Charles Bickford et un civil, J. Farrell Mc Donald) sont à la poursuite d'un meurtrier, Keith. Ils le trouvent, il leur sauve d'ailleurs la vie. Mais il est surtout le sosie de Connie. celui-ci meurt durant le voyage de retour, et Part (McDonald), pris de sympathie pour le héros, accepte d'être complice de son changement d'identité, qui permet à Keith de prendre momentanément la place de Connie. Ce qu'il n'a pas prévu, c'est que la place de Connie lui conviendrait tant, mais aussi que la jeune fille que Connie aimait puisse être aussi jolie; devenu amoureux de Mimi (Evelyn Knapp), Keith prend peu à peu la place de Connie, et d'ailleurs tout le monde aime mieux Connie "depuis qu'il a changé". C'est compter sans un autre prétendant de Mimi, qui va trouver de quoi gêner son rival...

1931, c'est l'année de M, et de beaucoup d'autres films parlants valides, dont les acteurs ne semblent pas engoncés dans leur costume, raides comme des piquets. Le film souffre cruellement de cette fadeur, de ce manque cruel de vie. L'histoire aurait pu être plus intéressante en y concentrant plus d'action, dans la mesure ou les dialogues peu inventifs lus par des acteurs qui articulent de façon exagérée deviennet la rêgle dès que J. Farrell Mc Donald disparait de l'écran. la faute à Curtiz, ou à son "dialogue director"? Tant pis: River's end n'est après tout que l'un des nombreux films de 1931 dirigés par Curtiz, et il fera bientôt bien mieux...

Sinon, l'histoire ridicule de sosie, que personne ne semble questionner dans le film, et la romance avec Mimi (Evelyn Knapp est atroce, si vous voulez mon avis) gâche donc une aventure qui présentait quand même des avantages dont Curtiz pouvait tirer parti/ Keith, après tout, est en perpétuelle fuite, et le film joue, surtout au début, la carte d'insister la-dessus, en montrant dès le départ les deux hommes qui cherchent le criminel en plein mouvement. le film se terminera sur un bateau, en partance pour... pour où, au fait?

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Pre-code
10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 10:45

Frank capra a fait ses preuves à la Columbia au moment ou il s'attaque à ce film, qui va tout bonnement être la matrice de ses grands films à venir. Après s'être imposé à Harry Cohn en sortant un film tout les 45 jours en 1928 et 1929, après avoir fait en 1929 le passage du muet vers le parlant en deux temps (The younger generation, muet avec des séquences sonores, puis The Donovan affair, tout parlant), Capra a surtout réalisé un trio de films d'aventures (Submarine, Dirigible, Flight) qui ont entériné sa position: non seulement le réalisateur le plus en vue du studio, le plus efficace, mais aussi et surtout le seul, aux yeux de son patron, capable d'élever le petit studio qu'était à lépoque la Columbia au rang de ses concurrents plus prestigieux. On sait bien sur ou cela va les mener: vers l'Oscar en 1934 (It happened one night) et 1938 (You can't take it with you), à Shangri-la en 1937 (Lost horizon, production très ambitieuse), vers Washington et la politique sinon (Mr deeds goes to town en 1936, Mr Smith goes to Washington en 1939).

 

Florence Fallon, la fille d'un pasteur déchu de ses fonctions par un groupe de pères-la-pudeur, annonce à la congrégation la mort de son père, survenue quelques minutes avant la messe. En colère, elle les chasse en les accusant d'hypocrisie. Un homme qui passait, témoin de la scène, se trouve être un escroc, spécialistes en arnaques en tout genre. Il profite de la colère de la jeune femme pour lui proposer un moyen de se venger, et ils montent tous deux une affaire: Evangéliste médiatique, Florence amasse les foules et l'argent qui va avec, promettant de construire un tabernacle qui ne verra jamais le jour. Elle guérit aussi les éclopés, tous complices, jusqu'au jour ou un ancien soldat, aveugle, qui avait le projet de se suicider, se rend à une de ses spectaculaires représentations, et tombe amoureux d'elle.

 

La religion comme échappatoire à la crise, la manipulation des masses, le volontarisme optimiste, la découverte de la vraie âme d'un personnage, tous ces thèmes sont au coeur des grandes oeuvres "idéologiques" de Capra, et en particulier de Meet John doe, qui reprend bien des choses ici, à commencer par Barbara Stanwyck. L'immense actrice incarne Florence Fallon avec une ferveur indiscutable, mais il faut savoir que ce film, qui n'eut pas tant de succès que cela, était adapté d'une pièce autrement plus satirique. Capra s'est refusé à montrer un personnage qui utilise la religion pour se perdre, et a donc ajouté à Florence Fallon le manager, qui lui est pourri jusqu'à l'os. la jeune femme est littéralement sauvée par l'amour de John Caron, son ami aveugle, et si celui-ci fomente à un moment un faux miracle prétendant avoir retrouvé la vue pour la retenir à ses côtés, leur rencontre tient du miracle: au moment ou il s'apprête à sauter par la fenêtre, Carson entend la voix de Florence exhortant ses "frères humains " au courage... De même, le climax du film est-il un petit miracle humain, l'un des deux personnages sauvant l'autre d'un incendie spectaculaire.

Soyons clairs: le propos n'est pas d'attaquer la religion, ce qui aurait été de toute façon étonnant de Capra, mais le réalisateur est suffisamment roublard pour ne pas s'étendre trop sur le préchi-prêcha, sachant que la mission du film est de rameuter le plus de gens possibles. Il nous donne donc des personnages humains, dont les vicissitudes et les blasphèmes sont dans l'ensemble excusables. il n'en est pas non plus à dénoncer des grands systèmes corrompus comme il le fera plus tard, l'escroquerie présentée ici étant plutôt ponctuelle, et tirant à sa fin dans le déroulement du film.

 

La réalisation est solide, le montage aussi. Capra impose une diction à cent à l'heure, ce qui ne le quittera pas, et le jeu fervent des acteurs lui doit beaucoup. Il y aurait eu des chances de sombrer dans le ridicule (Et les grands messes avec lion et cage n'en sont pas loin) mais l'atmosphère pré-code imbibe le film (sans jeu de mots), l'humour discret et les personnages (Surtout joués par Stanwyck et David Manners) sont attachants. Le film est l'acte de naissance de ce que d'aucuns appelleront Capra-corn (Jeu de mots, visant à dénigrer l'auteur de It's a wonderful life), mais que je préfère, plus sobrement, appeler le style de Frank Capra, dont l'ambition et les prétentions ne font aucun doute: ce R qu'il mettait au milieu de son nom à l'époque (A Frank R. Capra production) n'était qu'une façon de se rendre plus important, lui qui voulait avoir son nom "au dessus du titre" de ses films. Bon, d'une part il l'a finalement obtenu, et ensuite, ce film prouve qu'il le méritait bien.

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Published by François Massarelli - dans Frank Capra Pre-code