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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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5 août 2020 3 05 /08 /août /2020 10:01

Hal Roach souhaitait par-dessus tout que son studio passe au parlant, dès la deuxième moitié de l'année 1928, mais il lui a fallu attendre, en raison des hésitations du distributeur MGM. Car ces derniers étaient impliqués un peu plus que dans la seule distribution des films du petit indépendant: par exemple, ils s'ingéraient dans certains choix éditoriaux et ont notamment tout fait pour ralentir, puis arrêter la série des courts métrages de Max Davidson, jugés trop ethniques, et contraires à l'assimilation prônée par les dirigeants de la plupart des grands studios. 

Il a donc fallu attendre jusqu'à la deuxième moitié de 1929, puisque la MGM souhaitait que Roach ne soit as trop en avance sur le "grand frère" qui retardait le passage au parlant; tous les premiers courts métrages parlants sortis en 1929, un pour chaque série des courts Roach, portaient un titre en rapport avec le son: par exemple, "Unaccustomed as we are " de Laurel et Hardy était une une phrase-cliché souvent prononcée par des orateurs lors d'un discours, mettant en valeur le manque d'habitude de parler en public. Hurdy-gurdy, c'est plutôt du son: un orgue de barbarie...

Le film est situé dans la cour d'un immeuble, on assiste aux conversations d'un certain nombre de familles qui profitent de la chaleur sur leurs balcons: deux familles juives (dont une avec Max Davidson) devisent en un mélange de yiddish et d'anglais, le policier Irlandais Edgar Kennedy tente sans succès de faire une sieste, et les Italiens qui sont juste au-dessus de lui ont du mal à retenir leurs animaux de faire des bêtises: un chat qui fait tomber du lait sur le crâne d'oeuf de l'agent Kennedy, et un petit singe, qui pourrait bien être en rapport avec l'orgue de barbarie du titre, et qui est motivé dans on espièglerie par la velléité de sieste manifestée par le policier.

Dans cette carte postale qui est une caricature du New York populaire, un petit mystère: Thelma Todd fait venir bloc de glace après bloc de glace, et les utilise dans une pièce de son appartement. Elle a peu que quelqu'un meure, mais qui? Le petit mystère ira assez loin, jusqu'à l'intervention du policier dans cet immeuble où tout le monde écoute tout le monde...

C'est assez réussi, maintenant ça reste un film parlant des premiers temps, donc très maladroit dans ses dispositifs, répétitif et assez bavard. Si Max Davidson n'a qu'un rôle décoratif dans ce film, c'est lui qui a droit à son nom en premier au générique. pas de quoi, pourtant, comparer ces deux bobines avec les feux d'artifices de gags visuels très travaillés de ses films muets... un motif de satisfaction: Thelma Todd est arrivée au studio, et elle a déjà un rôle très important...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Pre-code Max Davidson
24 juillet 2020 5 24 /07 /juillet /2020 11:35

Oubliez Edgar Allan Poe un instant: son oeuvre telle qu'explorée par les films Universal n'a été qu'un prétexte à faire des films d'épouvante distinctifs, originaux et profondément perturbants. Des trois films séminaux produits dans les années 30, tous mettant en vedette Bela Lugosi dans des rôles bien différents de son Dracula, celui-ci est, et de loin, le meilleur. C'est aussi le premier film qui mettra côté à côté les deux concurrents, les deux vedettes absolues du genre, en associant donc Lugosi à Boris Karloff... cette fois pour un rôle extrêmement différent de son Frankenstein. 

Un couple de jeunes mariés, qui a décidé (mais pourquoi...?) de passer sa lune de miel dans la Hongrie de 1934, rencontre un médecin, le Dr Vitus Wendergast. Quand leur bus commun est accidenté, celui-ci les aide à atteindre une étrange villa, qui est la propriété d'une de ses relations, le mystérieux ingénieur et architecte Hjalmar Poelzig. Celui-ci cache plus du'n lourd secret, mais Wendergast aussi: il est venu se venger de Poelzig, qui lui a volé sa femme durant la guerre...

...Et plus si affinités: car dans ce film on ne s'arrête pas à une simple histoire de vengeance. Hjalmar Poelzig ne pouvait pas se contenter de voler la femme du Docteur, il a fallu qu'il se marie aussi avec sa fille! Et il garde dans son sous-sol des momies parfaitement conservées de ses épouses. Et par dessus le marché, il est aussi grand prêtre d'un culte sataniste... Ce qui ne devrait pas passer tellement ça pousse le bouchon du ridicule, mais justement la force du film est à la fois dans le fait d'assumer l'exagération sous toutes ses formes, et de proposer une direction d'acteurs, pour une fois toute en finesse et en subtilité! Ce qui, avec Lugosi et Karloff, tient du miracle. Ou du Mirakle... Et Ulmer met une forte distance entre nous spectateurs et ses personnages, en se servant à merveille du décor, ainsi que d'une cinématographie très maîtrisée (le chef opérateur était John J. Mescall, et il se tient concernant l'ombre et le clair-obscur dans la lignée de Karl Freund, sans l'inclinaison pour les caméras qui bougent dans tous les sens.

Et Poe dans tout ça? D'une part, cette sombre histoire de personnage diabolique qui tient dans sa cave une sorte de collection de ses épouses empaillées, se situe quand même en droite ligne de l'oeuvre, et il y a bien un chat noir ici: il apparaît pour jouer des tours de cochon au pauvre Dr Wendergast, qui a la phobie de ces gentilles bêtes. Comme quoi même quand Lugosi interprète, enfin, un personnage positif (bien que très ambigu), il lui fallait un défaut... Et le chat est présent, en creux, à travers cette impression que les épouses collectionnées sont un peu les neuf vies de la compagne de Poelzig, plus que les huit femmes de Barbe-bleue. Sinon, on retrouve la poésie particulière de Poe dans une scène d'écorchage subliminale mais effective...

Avec son intrigue improbable, et ses deux américains d'une quasi totale inutilité (au fait, il s'agit de David Manners, déjà vaguement aperçu dans Dracula, et de Jacqueline Wells, alias Julie Bishop), le film réussit à être l'un des tous meilleurs parmi les oeuvres d'épouvante des années 30 réalisées à la Universal. Pas pour autant le plus raisonnable...

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code
20 juillet 2020 1 20 /07 /juillet /2020 16:57

Parce que Mrs Hardy (Mae Busch) se plaint de voir son mari s’associer constamment avec Mr Laurel, ce dernier suggère à son ami d’adopter un enfant ; mais lorsque de retour à la maison avec un bébé Hardy apprend que son épouse souhaite divorcer, il va donc devoir élever cet enfant seul, ou plutôt avec Laurel, ce qui est pire.

L’histoire ne tient pas debout, et par ailleurs, on remarquera la façon dont le bébé devient un objet pur et simple et bruyant. Quelques bons gags sauvent l’entreprise, avec en particulier le biberon que Laurel sort de sa chemise de nuit, comme s’il y était toujours caché, et diverses scènes de destruction dues à la rencontre inopinée entre la tête de Hardy et les meubles. Pour le reste: la routine...

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Published by François Massarelli - dans Laurel & Hardy Pre-code Comédie
9 juillet 2020 4 09 /07 /juillet /2020 14:36

Convention city, réalisé par Archie Mayo, conte les exactions cocasses d’un groupe de participants à une convention sise à Atlantic City. C’est l’un des films perdus les plus emblématiques de la période dite pré-code; cette comédie avec Joan Blondell et Dick Powell serait, selon les sources, soit l’un des films les plus vulgaires jamais sorti par un studio, soit l’une des œuvres à l’avant-garde de ce qu’on ne doit ni montrer, ni aborder dans un film en 1933; et quoi qu’il arrive, puisqu’il est perdu, le film peut être interprété comme bon nous semble...

Le fait qu’il soit perdu ne fait que peu de doute: dans le collimateur du Breen Office, ce film était réputé insortable, tant et si bien que la Warner a fait procéder à la destruction de son négatif après que la décomposition l’ait de toutes façons rendu inutilisable-et dangereux. Le film porte donc le funeste honneur, d’une part d’avoir sans doute significativement contribué à un renforcement du code de censure en 1934, d’autre part d’être le dernier film Warner–First National perdu… Et le rapport avec Laurel et Hardy, c’est que Convention City a triomphé à l’automne 1933, et en décembre 1933 Sons of the desert sortait.

Sons of the desert, dont le nom glorieux a été repris par un club international dédié à célébrer la gloire de nos deux héros, est un film de long métrage absolument délicieux, totalement dans la lignée des courts métrages des deux vedettes: en alternance avec les pesants films musicaux (entre The devil’s brother et Babes in Toyland pour être précis), le duo joue pour ainsi dire à domicile: les garçons ont fait le serment de participer avec tous les membres de leur loge des « fils du désert », une société plus ou moins Maçonnique semble-t-il, à la convention de Chicago, un prétexte à faire la fête et à se comporter en célibataire. Le problème, c’est que Mrs Hardy (Mae Busch) ne veut pas. Mrs Laurel (Dorothy Christie) a autorisé Stan à participer, mais celui-ci va être obligé de se mouiller dans les mensonges d'Oliver, afin d’aider celui-ci à participer quand même aux festivités; les deux hommes font appel à un vétérinaire (A l’origine, Hardy avait demandé à Stan de lui amener un docteur, mais bon) interprété par Lucien Littlefield afin de déclarer Hardy malade, et de lui prescrire un voyage à Honolulu. Une fois le subterfuge réussi, les deux hommes rencontrent à Chicago un délégué du Texas, vulgaire, farceur et bruyant, interprété par Charley Chase, et dont le personnage s’avérera être en fait le beau-frère inconnu de Hardy… Ouf ! Lorsque la convention s’achève, les deux épouses apprennent que le bateau censé ramener les deux hommes de Honolulu a coulé…

Au-delà de l’enjeu initial, le pari (réussi) de transcrire l’esprit des courts métrages de Laurel et Hardy dans un long métrage, on appréciera les multiples petites touches qui donnent encore plus de vie à l’ensemble: les têtes des spectateurs d’un cinéma qui bougent en rythme dans la même direction en regardant une compétition sportive lors des actualités, le plan de Laurel et Hardy sortant du taxi: le taxi s’arrête, le chauffeur court pour permettre à Laurel (Assis à l’arrière, à droite) de descendre, mais se prend la portière en pleine figure et tombe. Lorsqu’il se relève, il trébuche sur la valise que son passager à opportunément laissé là. Pas un mot pour nous distraire de la perfection du slapstick avant que Hardy ne remercie fort civilement le chauffeur sonné, à terre. Comme quoi tout en restant fidèle à l’esprit du duo, le film élargit le champ d’action de Stan Laurel qui peut également nuire à autrui sans pour autant que Hardy en souffre, ou en soit même conscient. 

Reprenant la situation matrimoniale déjà explorée de diverses façons (We faw down, Be big !) le film donne un contexte qui n’a besoin que d’un seul plan: lorsque les deux hommes rentrent chez eux après la réunion de leur loge, ils ont parlé dans le taxi de l’importance pour un homme d’être le maître chez lui ; comme en écho à cette idée, on voit en gros plan la sonnette du 2220, Fairview Avenue : Mrs and Mr Laurel, puis juste à coté, le 2222 : Mr Hardy and wife. Mais les apparences sont trompeuses, et on verra vite qu’à coté de Mae Busch (Désormais blonde, mais toujours aussi tonique) Oliver Hardy ne peut rivaliser. Charley Chase, dans le rôle du gêneur de service, de l’odieux et excité farceur, ne ressemble pas tant à ce personnage qu’il a soigneusement composé dans ses courts métrages, mais ce n’est pas grave: il reste inoubliable, et il est d’autant plus précieux de le voir là que le comédien n’est pas apparu dans beaucoup de films de long métrage. Un autre intérêt de ce film est de situer dans une certaine continuité chez Roach, dont de nombreux comédiens étaient soit franc-maçons (Laurel et Hardy) soit membres d'organisations à la Sons of the desert (Lloyd était un "Shriner"); mais dès 1917, dans un court métrage, Lloyd se moquait gentiment des rites de ces réunions. Ici, la moquerie passe par les farces de collégien auxquelles se livre Chase...

Voilà ce que l'on peut dire sur ce film très réussi et dont la vision redonne confiance en l’humanité : après tout, pour l’un des personnages, l’affaire se termine plutôt bien.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Pre-code Laurel & Hardy Lewis A. Seiter
8 juillet 2020 3 08 /07 /juillet /2020 10:20

De tous les films fantastiques de la Universal réalisés dans les années 30, il y en a un qui toujours sera au-dessus des autres... Et ce n'est pas celui-ci. Mais ce film étrange, première réalisation d'un vétéran ce qui à sa façon est un intéressant paradoxe, n'est pas sans qualités. Le script est avant tout fonctionnel: à la façon de la malédiction de Tut-Ankh-Amon qui est dans toutes les mémoires au moment de la sortie, The Mummy raconte comment un prêtre Egyptien (Boris Karloff), amoureux fou d'une princesse et puni 3700 années avant le Code Hays, revient à la vie lors de fouilles, et met tout en oeuvre pour retrouver la réincarnation de l'amour de sa vie (Zita Johann)...

La photo est signée de Charles Stumar, mais on ne va pas me faire croire que l'immense chef-opérateur de Variété, du Dernier des hommes, ou de Dracula, n'allait pas s'impliquer aussi dans l'image de sa première réalisation. Et de fait le film porte constamment une marque visuelle forte, qui rend chaque plan fascinant, chaque séquence visuellement mémorable. Le jeu s'en ressent aussi: par exemple, ce qui a attiré Freund dans l'apport de Karloff est essentiellement son visage, que la caméra ne se lasse jamais de nous montrer longuement. Tout ici, est dans l'étrangeté de ces yeux, la puissance de ce visage dont Jack Pierce a fait la momie ultime. 

Maintenant, l'histoire est convenue, une réminiscence de Dracula à la sauce Egyptienne. Le film, dramatiquement, vaut sans doute plus par sa lenteur et son pouvoir hypnotique, qui le fait ressembler à un rêve éveillé, que par ses acteurs (à part Karloff, ils sont assez quelconques) ou ses péripéties. Mais par endroits, le film distille une poésie vénéneuse et étrange, héritière du cinéma muet, d'autant qu'une de ces séquences (le flash-back) a été volontairement tournée sans le son et à 20 images par secondes....

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code
24 mai 2020 7 24 /05 /mai /2020 16:56

Avant ce musée de cire, il y a bien sûr Doctor X, premier film d'épouvante de Curtiz, qui partage plus d'un point commun avec celui-ci: Lionel Atwill dans un rôle clé, le Technicolor, Fay Wray, un ton hérité des différents genres auxquels il emprunte (film de gangster, film d'horreur, comédie journalistique...), mais ce nouveau film apparaît plus structuré; l'histoire est connue:

Un musée de cire s'ouvre à New York, hérité du souvenir d'un autre établissement brûlé 25 ans auparavant par un malhonnête actionnaire; les héros du film finissent par rapprocher les activités du musée de la disparition d'un certain nombre de cadavres de la morgue...
Michael Curtiz était par bien des côtés le symbole de la renaissance de la Warner, lui qui avait été débauché de son travail dans les studios Européens en 1926 pour permettre au studio d'acquérir un statut plus  noble, en réalisant pour eux des films spectaculaires: c'était l'idée. Ca n'a pas empêché les producteurs maison de l'employer à tous les genres, de la comédie musicale au western en passant par le film policier. Et le plus souvent, Curtiz a délivré en temps et en heure des oeuvres à succès... Plus prestigieux que Dieterle, moins à cheval sur les idées de ses films qu'un Wellman, et nettement plus adroit qu'un Del Ruth ou qu'un Lloyd Bacon, Curtiz était le joyau de la couronne chez les frères Warner, et c'est lui qui depuis 1929, était en charge dans le studio de la mise en scène de films en Technicolor.

La mise en scène de ce film est plus épurée, moins brute et délirante que celle du Doctor X, mais dans les grandes lignes, cette épure permet à Curtiz de retenir les principaux effets d'épouvante de son film précédent, tout en situant les protagonistes dans un espace un peu moins stylisé. Mais les correspondances sont nombreuses: la présence de Igor, émigré (Déjà à Londres, c'était un étranger) et exilé dont les souvenirs le hantent et motivent sa vie, et sa folie, vient en écho au meurtrier cannibale soi-disant bienfaiteur de l'humanité, alors que les hommes qui l'entourent ne sont pas reluisants non plus: un drogué (Le mot Junkie est franchement utilisé plusieurs fois), un sourd-muet vaguement idiot (On reconnait Mathew Betz, qui croisait déjà Fay Wray dans The wedding march en 1928)... Le tout en pleine fin de la prohibition, avec les débordements que cela implique (Le gentil héros: "C'était mon Bootlegger, inspecteur/ on peut en parler, maintenant, non?"). Au cannibalisme créateur, Curtiz substitue ici une action artistique tout aussi monstrueuse, avec de nouveau un Lionel Atwill qui tire les ficelles: on se rappelle que celui-ci agissait déjà en metteur en scène dans Doctor X, mais cette fois-ci il donne de l'action artistique une vision qui fait froid dans le dos...

Le processus artistique dans ce film repose en effet sur l'appropriation pour un musée de cire de cadavres, parfois trouvés à la morgue, parfois provoqués. C'est le cas d'un juge qui s'est avéré gênant, c'est aussi le cas d'une jeune femme qu'on va "suicider" puis dont le corps sera volé pour en faire une réplique de Jeanne D'Arc. Igor, qui montrait déjà à Londres une tendance à la sociopathie, parlant plus à ses créations qu'aux hommes de chair et d'os, va se transformer en un monstre obsédé par une certaine forme d'amour nécrophile pour ses créations détruites, dont bien sûr la Marie-Antoinette dont il était si fier et qui pour lui renaît quand il aperçoit Fay Wray. Alors bien sûr que rien ne tient debout dans l'idée d'immortaliser pour un musée de cire, le corps se tordant de douleur d'une femme sur laquelle on fait tomber des centaines de litres de cire bouillante... Mais c'est justement cette folie qui fait le jusqu'au-boutisme du personnage, et donc du film...

Un dernier détail enfin, si Glenda Farrell est quelque peu irritante en Cagney féminin (Quoiqu'elle fasse partie d'un ensemble de rôles de femmes d'action notables, parmi lesquelles on retrouve beaucoup d'héroïnes Curtiziennes), la présence de Fay Wray (Souvent nommée "The Scream Queen" à cause de son rôle dans King Kong, durant lequel elle crie, disons, beaucoup...) donne lieu ici à un très beau champ-contrechamp, pas une habitude de Curtiz qui faisait tout pour les éviter:vue de trois quarts dos, elle touche le visage d'un assaillant, qui se casse; puis, vue de trois quarts face, alors que le visage de l'homme lui apparaît désormais défiguré, elle écarquille les yeux, ouvre la bouche, et pousse avec un léger retard un cri d'effroi: elle est absolument convaincante, pour le plus beau cri de sa carrière, elle qui admettait avoir préféré le muet, car on ne l'y faisait pas crier, elle fait dresser les cheveux sur la tête dans cette séquence...

Le film, après des années de purgatoire, durant lesquelles il n'était trouvable qu'en bonus de son remake, est enfin reconnu à sa juste valeur et a fait l'objet d'une salutaire restauration, et d'une parution très soignée en Blu-ray. 

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Pre-code
27 janvier 2020 1 27 /01 /janvier /2020 15:55

Laura Seton (Mary Astor) va se marier avec Johnny Case (Robert Ames). Elle est une jeune héritière, qui vit dans une gigantesque demeure, où toute la famille est installée: le père (un magnat à succès de la finance), et ses trois enfants. Outre Laura, il y a aussi Linda (Ann Harding) et Ned (William Holden, mais pas le même!). Autant Laura est à l'image de son père, hautaine et coincée (elle croit dur comme fer qu'elle va posséder son mari, et que se marier avec lui va le hausser à son niveau à elle), autant Ned, qui aurait du mal à cacher son alcoolisme, et Linda sont humains et pétris de fantaisie. Du reste, Linda ne perd pas de temps avant de constater qu'elle en pince sérieusement pour Johnny, qui de son côté a du mal à accepter la façon dont les deux Seton qui mènent tout le monde par le bout du nez, semblent s'occuper de son avenir sans lui demander son avis...

C'était une pièce à succès, dont l'adaptation la plus célèbre n'est pas ce film: il s'agit de l'adaptation par George Cukor, en 1938, réalisée pour la Columbia (ici, c'est un film tardif réalisé pour Pathé peu de temps avant que sa branche Aéricaine ne périclite). On s'attendrait à ce que Edward Griffith se contente de filmer platement les scènes, il n'en fait rien, anticipant parfois le cinéma d'un Capra avec l'utilisation de caméras multiples pour permettre aux acteurs de continuer à délivrer un texte comme au théâtre, tout en rendant possible un montage plus élaboré: un bon point, donc... Pour le reste, on voit venir l'idylle entre Hardin et Ames avec une bonne demi-heure d'avance, et Griffith donne à Mary Astor la scène inévitable de ces années pré-code, à savoir une séquence en déshabillé vaporeux...

Soyons indulgents envers un film qui a manifestement survécu contre vents et marées, et qui montre souvent des signes de décomposition qui ne trompent pas... Sans compter que le film bénéficie du jeu étrange mais toujours inspiré de Ann Harding, injustement oubliée (mais pas de tout le monde!), et s'illumine lorsque apparaît le grand Edward Everett Horton; justement, c'est le seul acteur présent dans les deux versions, et dans le même rôle par-dessus le marché! 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Comédie
16 novembre 2019 6 16 /11 /novembre /2019 13:47

Dans un grand magasin à la pointe, le principal acteur reste M. Anderson (Warren William), qui est en l'absence du propriétaire passant du temps sur son yacht, le seul maître à bord. Il est rude, ambitieux et profondément attaché à une logique entrepreneuriale qu'on n'appelait pas encore le libéralisme sauvage. Mais si il fait du mal à tous ses employés, ça va être pire quand les affaires de coeur vont s'en mêler, surtout avec son adjoint Martin (Wallace Ford) et son épouse (secrète), interprétée par Loretta Young...

Un capitaliste sans scrupule, qui tient ses employés d'une main de fer, quel beau rôle pour Warren William qui ne retient aucun coup! Ca donne une curieuse identité au film, qui ressemble à une dénonciation visant plus d'humilité et d'humanité dans l'entreprise, sauf qu'aucune amélioration ne vient clôre le film... C'est avant tout l'occasion d'opposer William avec les deux tourtereaux qui se sont mariés en secret, interprétés par Loretta Young et Wallace Ford, qui est excellent dans un rôle difficile.

Pour finir, si le film fait la part belle à une splendide galerie de portraits, il parvient assez peu à déguiser qu'il s'agit pour partie d'une adaptation pirate de...

Au bonheur des dames.

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code
10 novembre 2019 7 10 /11 /novembre /2019 12:01

Alan Crosland, après avoir été un metteur en scène important à la Warner (il avait un rôle similaire à celui de Curtiz dans les années 30 et 40, pour situer: l'efficace réalisateur de projets ambitieux, en premier lieu desquels bien sûr trône son magnifique Don Juan), a sérieusement perdu du crédit et de l'influence. Ce film tarif le voit s'attaquer à un problème social pas beaucoup exploité dans le cinéma de l'époque, celui des Indiens. Mais le film peine à convaincre...

Joe Thunderhorse (Richard Barthelmess) est assimilé, jusqu'à l'extrême; il fait partie d'une troupe de spectacle équestre, et signe autographe sur autographe... Si des blancs, dont une riche snob (Claire Dodd) le renvoient facilement à sa condition d'Amérindien, il ignore tout de son identité sioux. Jusqu'à ce qu'il rentre à la réserve à l'occasion de l'agonie de son père: il y retrouve son peuple, exploité et en situation de quasi expropriation par des anglo-saxons sans scrupules, et il va prendre les choses en main quand sa petite soeur de quinze ans est violée par un croque-mort le jour de la mort de leur père...

La dernière phrase donne l'une des raisons du ratage du film: l'excès de zèle, qui donne parfois l'impression que ce film a surtout pour la WB une valeur de pulp... Difficile après de croire en la véritable portée sociale du film, quand on voit justement à quel point celui-ci schématise. On se prendrait à rêver d'une version par Lloyd Bacon (qui aurait su harmoniser le rythme du film), William Dieterle (Qui aurait su tempérer les incohérences ou carrément glisser du côté baroque), Curtiz bien sûr (son film Black Fury l'année suivante est une grande date du cinéma Rooseveltien) ou carrément William Wellman. Et surtout, si on est toujours content de voir Ann Dvorak (son rôle de jeune Amérindienne est hélas très convenu), faut-il méchamment encore dire à quel point ce pauvre Barthelmess est mou?

Donc si le film n'est pas indigne, il n'est pas, loin s'en faut, beaucoup plus qu'un prétexte à se donner bonne conscience tout en se permettant quelques licences...

 

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Published by François Massarelli - dans Alan Crosland Pre-code
6 octobre 2019 7 06 /10 /octobre /2019 17:15

Voici un film à cheval entre le muet (pour ses premières 55 minutes) et le parlant (pour les dernières 24!): il est aussi situé entre le mélodrame et la comédie, avec un fort penchant pour ce dernier genre d'autant qu'il s'agit d'un "véhicule", comme on dit, pour la comédienne Laura La Plante dont la carrière était sous surveillance à la Universal, car si elle pouvait jouer la comédie muette, le parlant lui posait problème. ...Ce que confirme le film, hélas...

Evelyn Todd est une chorus girl, naïve et simple, montée à la grande ville de son propre chef. Et elle se fait licencier parce qu'elle n'est pas très douée... Effondrée, elle accepte le conseil d'une amie, qui lui propose de passer u bon temps dans la mesure où elle a un joli minois. Mais les hommes qu'elle côtoie dans une soirée aimeraient un peu plus, et elle s'enfuit... Pour trouver sa porte close et ses affaires dans la rue: elle vient d'être mise à la porte de son logement!

C'est le moment que choisit Paul (Neil Hamilton) pour entrer dans sa vie. Le richissime prince charmant la sauve, l'emmène, l'épouse, et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes, si le propre oncle du jeune marié n'était un témoin du passé de la jeune femme. Elle n'a rien à se reprocher, mais comment pourrait-elle le prouver?

La Universal, contrairement à la MGM, peut largement se permettre de dégonfler les bonnes moeurs comme une baudruche, et s'amuser de voir une jeune femme de la classe ouvrière se payer la tête d'une vieille baderne qui la traite comme de la crotte, mais comme je le disais plus haut, le film passe soudainement, en plein milieu de sa partie dramatique, du muet vers le parlant, et justement, quand il s'agit de parler, Laura La Plante ne tient pas vraiment la distance. Reste un film soigné, dont les ruptures de ton sont parfaitement bien amenées, et dont les acteurs, dans l'ensemble, assument parfaitement leur rôle... Tant qu'il ne faut pas trop parler!

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie William Wyler 1929 Pre-code