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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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1 février 2019 5 01 /02 /février /2019 10:58

Lois Ames (Kay Francis) est la rédactrice en chef du magazine dont son mari (Kenneth Thompson) est le propriétaire: il est riche, héritier, et ne fit absolument rien de ses journées. Leur vie est un arrangement perpétuel entre Madame, qui travaille cogite, ne se repose jamais et vit une vie exaltante, et Monsieur, qui papillonne, cocktailise, et flirte. Et pas qu'un peu: bref, l'arrangement a l'air, comme ça, de leur convenir, mais on s'imagine bien qu'un jour ou l'autre, ça ne pourra plus aller. Jusqu'au jour où Madame engage en qualité de secrétaire Thomas Sherman (David Manners), un représentant qui se lasse de son travail, et qui présente bien, voire très bien...

Il est fiancé, elle est mariée. Le mari est volage, la fiancée (Una Merkel) insupportable, donc forcément on sait où ça ira. N'empêche, Dieterle joue en permanence avec de la dynamite dans ce petit film où Kay Francis, qui pour la première fois avait un rôle en vedette pour un film Warner, est la meneuse du jeu dangereux de la séduction. Le film est d'ailleurs taillé pour elle, et c'est un délicieux interlude dans une carrière faite de hauts, glorieux et justement célébrés, et de bas, le plus souvent dispensables mais riches en petites qualités finement dispersées...

Et aux côtés de Ruth Chatterton, spécialisée dans les rôles de grande bourgeoise qui se fait rabattre son caquet plus souvent qu'à son tour, on apprécie au moins que Kay Francis puisse interpréter des rôles de femme forte... ...qui le reste.

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code William Dieterle Comédie
19 janvier 2019 6 19 /01 /janvier /2019 16:34

L'unique film musical de Cecil B. DeMille est son deuxième film parlant, réalisé durant une époque particulièrement troublée: la faillite de sa société a obligé le metteur en scène à se réfugier à la MGM en attendant que l'orage cesse, et il n'y bénéficie bien sûr pas d'une grande liberté. Néanmoins, on peut parier en voyant ce film unique en son genre, qu'il y a eu une certaine marge de manoeuvre, tant Madam Satan lui ressemble... Pour le pire.

Angela Brooks (Kay Johnson) se désole: son mari Bob (Reginald Denny) va chercher le bonheur ailleurs, en particulier auprès de Trixie (Lillian Roth), une jeune femme dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle n'a pas froid aux yeux, ni ailleurs. Devant la situation, Angela que son mari prend pour une bourgeoise prude et rangée, joue le tout pour le tout, et lors de la soirée olé olé organisée par James Wade (Roland Young), le meilleur copain de Bob, elle apparait déguisée en femme fatale pour faire tourner toutes les têtes...

La soirée en question a lieu sur un zeppelin, c'est important à signaler puisque le film repose sur la promesse d'une catastrophe qui implique le vaisseau et une tempête, ainsi qu'un nombre potentiellement restreint de parachutes... Mais le film choisit en un peu moins de deux heures un cheminement paradoxal pour mener à cette séquence que le metteur en scène voulait spectaculaire. Ce n'est pas la première fois que DeMille s'adonne à ce genre de piment dramatique: Something to think about, The road to yesterday ou The Godless girl ont eux aussi leur séquence-choc, mais celle-ci est particulière: elle est excessive, prétentieuse et plutôt mal foutue!

En attendant, on a donc une ouverture à la Lubitsch, mais sans la moindre subtilité, un développement au rythme intéressant, qui tente de jouer la carte boulevardière comme le faisaient certains courts Hal Roach. Puis on a la fiesta dans le zeppelin, un chef d'oeuvre de mauvais goût involontaire, avec ses costumes et ses non-costumes, et ses ballets qui trahissent l'absence d'un Busby Berkeley pour prendre les idées extravagantes et en faire de l'or. Ici, c'est plutôt d'une autre matière qu'il s'agit, mais nettement moins précieuse...

Maintenant, tentons l'impossible: pourquoi verrait-on ce film?

Il y a Martha Sleeper. Un peu, mais c'est déjà ça. 

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Published by François Massarelli - dans Cecil B. DeMille Comédie Musical Pre-code Reginald Denny
28 décembre 2018 5 28 /12 /décembre /2018 18:14

This day and age est à la fois l'un des films les moins vus et les moins connus de Cecil B. DeMille, et une cause célèbre, un de ces films à la réputation sulfureuse. Pas pour des raisons d'excès de zèle dans le représentation du sexe, ou pour un quelconque prosélytisme religieux, non: ici, le mot qui fâche par un F... F comme fascisme. Nous sommes en 1933, et tout le monde à Hollywood est fasciné par Mussolini et dans une moindre mesure par Hitler, celui-ci ayant quand même le racisme trop voyant... Pourtant le film qui nous occupe n'a rien d'Italien, ni d'européen. C'est une histoire située dans une communauté de moyenne importance, dans les années 30...

Au lycée public, les garçons et les filles se préparent à vivre une expérience formatrice: ils vont durant une journée assumer le rôle d'un édile, d'un responsable du service public, ou d'un responsable de la sécurité publique. Ainsi, par exemple, Steve Smith (Richard Cromwell) sera procureur. Une expérience qui est destinée à leur ouvrir les yeux, même si Smith et ses copains sont dans l'ensemble des braves garçons et filles: même Morry (Ben Alexander), son rival pour les beaux yeux de Gay (Judith Allen) a beau être un peu voyou, et pas religieux pour deux sous, le vertueux Smith le maintient dans son groupe d'amis. Gay, de son côté, est tentée... mais elle ne sait pas exactement par qui, ni par quoi. Sous l'influence de Morry, elle traîne un peu dans le night-club de Louis Garrett (Charles Bickford) où elle attire l'attention de Toledo (Bradley Page), première gâchette du truand Garrett...

Pendant ce temps, tout irait mieux dans le meilleur des mondes, et Smith et ses copains continueraient à se retrouver chez leur ami, le tailleur Juif du coin, Herman... Si celui-ci n'était éliminé par la machine de Garrett: celui-ci, qui travaille pour une mafia locale, était venu lui faire comprendre qu'il fallait payer et adhérer au "syndicat", s'il voulait continuer à travailler ...ou respirer, et la discussion a tourné court. Les garçons, qui voient la justice et la police s'écraser devant Garrett lors de son procès, voient rouge et décident de faire justice eux-mêmes...

Nous y voilà: le film, à l'instar d'autres oeuvres de l'époque (The Cat's paw, de Sam Taylor et Harold Lloyd, Gabriel over the White House, de Gregory La Cava, ou encore Meet John Doe de Capra) s'intéresse à ce moment où le citoyen devient inventif et décide de régler ses comptes lui-même. Une ligne rouge à ne franchir que dans une comédie (Le Lloyd, par exemple) sinon la sanction sera dure! La plupart de ces films ont d'ailleurs fait de monumentaux flops au box-office. Malgré tout, on se pose la question: en imaginant cette histoire dans laquelle des garçons s'improvisent juges, policiers, et bourreaux, et vont jusqu'à torturer un bandit, DeMille voulait-il se placer dans une limite acceptable du fascisme?

Disons que ce qui a fait tiquer plus d'un critique, et qui reste aujourd'hui le plus difficile à accepter, c'est la torture à laquelle un groupe d'une centaine de gamins soumet Charles Bickford. Une séquence rehaussée par les plans de gamins tous unis dans une certaine dose de fanatisme, avec des torches, et certains des gosses qui portent un uniforme. DeMille a peut-être de bonnes intentions, mais il ne sait pas s'arrêter, contrairement à Borzage, qui sait lui que quand on laisse les gamins mettre des uniformes, il n'en sort rien de bon: voir l'admirable No greater Glory (sorti l'année suivante) pour s'en convaincre. Sentant le danger venir (il avait l'habitude de s'en prendre plein la figure, il faut le dire) le metteur en scène avait multiplié les précautions, à la fois à l'extérieur du film (Une série d'interviews dans laquelle il insistait sur le fait qu'il ne fallait pas faire ça à la maison!) et à l'intérieur (les gamins, contrairement aux deux groupes rivaux et fanatiques de Godless Girl, sont ouverts les uns aux autres, et viennent de tous les horizons: W.A.S.P., juifs, et noirs cohabitent et sont unis dans leur quête de justice). Par ailleurs dans son film, si le système politique est corrompu, les politiciens sont dépassés, comme la police et la justice: pas responsables, en attente d'un salut que les gamins leur apportent sur un plateau.

Et puis bien sûr, dans ce film super chargé en épices DeMilliennes de toutes sortes, on a droit aux montagnes Russes: des scènes de suspense et d'action inattendues et d'une grande rigueur, et un sauvetage de dernière minute d'une jeune femme enfermée en robe de soirée avec décolleté révélateur, qui doit rester le plus longtemps possible avec un gangster qui n'a qu'une envie, celle de la consommer sur le champ: une situation risquée mais la mission pour Gay est d'empêcher l'intervention de Toledo auprès de Garrett, par tous les moyens, pendant que les gamins s'occupent de lui... Bref, ça va loin, et en toute logique DeMillienne, ça n'en finit pas d'aller très loin... tout en durant que 85 minutes.

On ne résoudra pas les questions posées par le côté sulfureux du film, mais en l'état (mauvais, le film n'a pas bénéficié de toute l'attention de la Paramount, et a un peu souffert du passage des années) ça reste un des films, justement les plus fascinants de DeMille. Tellement meilleur que, disons, au hasard, ses Ten commandments...

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Published by François Massarelli - dans Cecil B. DeMille Pre-code
4 novembre 2018 7 04 /11 /novembre /2018 20:32

Bon, autant le dire tout de suite: Fast workers, le film qui a suivi l'extraordinaire Freaks dans la carrière du metteur en scène, n'est pas un bon film. Ni dans sa conception, ni dans son accomplissement, et le fait de confier un tel scénario à Browning était sans doute plus ou moins une insulte, une façon de plus ou moins remettre à sa place non seulement l'auteur du bide le plus gênant de toute l'histoire de la MGM, mais aussi sa star, l'acteur John Gilbert, qui n'en finissait pas de payer, par sa participation à des films de série B, le bourre-pif qu'il avait allongé à Louis B Mayer en 1927...

L'histoire est hautement improbable, et concerne deux travailleurs du bâtiment (ils sont sur des poutrelles métalliques en plein New York, bref ils participent à l'élévation... des autres), qui ont une drôle d'habitude: l'un d'entre eux (Robert Armstrong) tombe amoureux toutes les cinq minutes, alors l'autre (John Gilbert) s'emploie à séduire l'élue pour prouver à son copain que la fille ne vaut rien. ca marche, ça a toujours marché, ils restent copains comme cochons... Jusqu'au jour où Armstrong tombe amoureux d'une femme que Gilbert connaît...

On le voit, cette intrigue semble déplacée dans la carrière d'un metteur en scène qui a passé sa vie entière à réaliser des films d'aventure, des films fantastiques, et ces nombreuses bizarreries, qui ont fait sa renommée. Mais après tout, pourquoi pas? Mais voilà, le film a beau être vendu comme une comédie, le jeu constamment amer de John Gilbert (qui a un sérieux problème d'alcool, et ça se voit) rend la chose désagréable, la naïveté du personnage de Robert Armstrong fait que tout le film se joue contre lui. Maintenant, le "truc" des deux hommes, connu de leurs copains, vire parfois à la représentation, ce qui occasionne des scènes curieuses, mais attachante, et les deux personnages, brièvement, rejoignent les professionnels du spectacle qui abondent dans l'oeuvre de Browning... Mais par endroits seulement.

 

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Published by François Massarelli - dans Tod Browning Pre-code
5 septembre 2018 3 05 /09 /septembre /2018 18:22

Il devait y avoir une sorte de fascination pour l'aspect spectaculaire obtenu en ajoutant «of the century» à n'importe quel substantif chez Hal Roach, comme en témoigne le superbe Battle of the century de 1927. Mais pour les deux filles Thelma Todd et Zasu Pitts, c'est la bonne affaire qui est celle du siècle: une allusion essentiellement aux six premières minutes du film. Zasu et Thelma, pour échapper à une contredanse, inventent un scénario improbable qui calme les ardeurs du policier (James Burtis) qui s'apprête à verbaliser: Zasu serait la fille de son lieutenant, ce qui est bien sûr faux.

Il les aide ensuite à faire du shopping dans un magasin, ce qui se termine par une émeute, et il est viré quand il est repéré en petite tenue par... son lieutenant. Les deux filles l'hébergent afin de le dédommager, et vont essayer de se rattraper en invitant son capitaine (Billy Gilbert à goûter, ce qui s'avère une très, très, très mauvaise idée.

Charley Chase, c'est notable, a signé de son pseudonyme et non de son nom réel, Charles Parrott, la direction de ce film, l'un des meilleurs du duo Pitts/Todd. Il y apporte sa rigueur, qui se manifeste dans la clarté de l'intrigue. Son savoir-faire technique lui permet non seulement d'assumer des gags superbes, mais il tente aussi à plusieurs moments de supprimer tout son direct, ce qui est un plus, tant l'utilisation du son dans ces courts métrages est souvent embarrassante. Et il dirige avec un timing impeccable des acteurs aguerris, qui ne demandent que ça, bref: c'est un (petit) régal.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Pre-code
2 septembre 2018 7 02 /09 /septembre /2018 17:03

Doté d'un des titres les plus glorieusement idiots qui puissent être (et qui fait allusion à l'étrangeté particulière dont fait preuve le personnage décalé de Zasu Pitts), ce petit film de deux bobines a la réputation d'être l'un des meilleurs parmi les courts métrages de Thelma Todd et Zasu Pitts. Il a été réalisé par un nouveau venu, qui est arrivé sur le plateau avec un principe : aucun gag ne sera gratuit, tout dans le film sera motivé par l'intrigue. D'où une évidente unité...

Todd et Pitts ont appris que leur voisine va être priée de quitter sa chambre, car elle n'a pas les 20 dollars du loyer. Une autre voisine (Anita Garvin) leur suggère de venir avec elle pour danser moyennant finances dans un établissement tenu par Billy Gilbert (avec son accent Germanique quasi contractuel). Mais dans le dancing où les hommes et les femmes ont l'habitude de se laisser aller, un trio de pères-et-mères-la-pudeur, dont un shérif, vont faire un raid...

L'essentiel du film (après un prologue durant lequel Thelma et Zasu doivent dire adieu à tous les aliments qu'elles ont acheté pour préparer le dîner, les uns après les autres) se déroule dans le dancing, et le show est surtout assuré par les difficultés de Zasu Pitts à se comporter normalement, mais surtout à séduire les hommes pour qu'ils aient envie de l'inviter à danser. En résulte une scène à la fois très drôle et un peu inquiétante, dans laquelle l'actrice adopte un maquillage excessif qui ne lui va pas, mais alors pas du tout, se dandine en tortillant du popotin, et surtout lâche avec son manque total d'assurance habituel, des Poo-poo-pi-doo volontiers gênants...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Pre-code
30 août 2018 4 30 /08 /août /2018 17:13

Jules White est un troupier de la comédie de court métrage aux Etats-Unis, un routier du deux bobines : de 1924 à la fin des années 50, par principe, il n'a jamais été amené à réaliser seul un film de long métrage, préférant le champ d'expérimentation et la permissivité du court... Il a tourné avec Buster Keaton, Harry Langdon (ces deux exemples à l'époque du parlant), les Three Stooges auxquels il est souvent associé, et Charley Chase. Et il a parfois été amené à réaliser des courts métrages pour Hal Roach avec Thelma Todd et Zasu Pitts, dans la mesure où Roach voulait garder l'équipe des Laurel et Hardy intacte, entièrement consacrée aux aventures des garçons...

C'est toujours à Laurel et Hardy qu'on pense quand on voit un film de cette série féminine, mais avec celui-ci plus que d'habitude : car une bonne part de ce film est une variation sur le film Berth Marks (1929) : Zasu et Thelma, artistes de music-hall, sont engagées pour une tournée, et doivent prendre le train en compagnie d'autres artistes. Elles ont un numéro avec un singe, et bien sûr, c'est l'animal qui va fournir l'essentiel des problèmes, mais pas seul... Un accrochage homérique avec Anita Garvin (dans un grand numéro d'auto-parodie) fait tout le sel de ce film, qui n'est pas excellent, mais qui est plutôt réussi face à d'autres courts métrages moins convaincants du duo.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Pre-code
30 août 2018 4 30 /08 /août /2018 12:07

Les courts métrages mettant en vedette le duo Thelma Todd et Zasu Pitts (remplacée quelques années plus tard par Patsy Kelly, moins nunuche et plus pro-active que Zasu Pitts) ont des hauts et des bas, et on comprend ce qui motivait Roach en créant cette série : profiter d'une dynamique similaire à celle de Laurel et Hardy, tout en explorant les aspects d'une intrigue que les deux célèbres comédiens s'interdisaient, à savoir tout ce qui avait trait au charme et à la romance...

Les deux filles sont en couple avec deux musiciens, qui leur donnent rendez-vous pour une petite période de vacances. Mais en partant en voiture, elles ont un petit accident, et la voiture se retrouve dans un étang. La riche personne responsable de leur malheur les invite dans sa maison, où on donne justement une fête somptueuse... Si Thelma n'aura aucun mal à s'imposer et à séduire son monde, Zasu a plus de mal à s'adapter aux façons du grand monde...

...Le problème ici vient de la direction : on sait que Hal Roach, qui s'est longtemps entêté à mettre en scène, n'était doué que s'il avait face à lui des acteurs capables de supplanter son absence de talent : Charley Chase, Stan Laurel ou Harold Lloyd, par exemple. Ici, on a le sentiment que Roach a décidé de calquer le rythme de son film sur Zasu Pitts, justement, ce qui en fait un film lent, très lent... Même si elle a du génie, à sa façon, c'est parfois pénible : le film, qui a ses qualités, est surtout une occasion manquée.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Pre-code
14 août 2018 2 14 /08 /août /2018 17:55

 

Un show en pleine dépression? Un show sur la dépression, plutôt!  Et pour le monter, les bonnes volontés sont les bienvenues. On suit les aventures de Carol, Trixie, Polly, et de leur voisin le mystérieux compositeur Brad, qui chante si bien mais se fait prier pour venir sur scène. Et lorsqu'il se laisse enfin faire, les ennuis commencent, puisque le jeune homme est l'héritier d'une puissante famille de financiers de l'est qui prennent assez mal son intronisation dans le milieu du show business...

Bien sur, il y a plus de chances de voir ce film rangé sous une bannière "Busby Berkeley" que Le Roy. Pourtant, tout en venant après deux films formidables également dus à la patte Berkeley, mais signés par Lloyd Bacon, en charge des scènes jouées (Footlight Parade et 42nd Street), cette comédie se prète assez bien à la comparaison avec les autres films majeurs de Le Roy. D'une part parce que contrairement aux deux films de Bacon qui obéissent à la même règle fondamentale (faisons un show, mettons des bâtons dans les roues du producteur, et attendons la fin pour lâcher les gros numéros de Busby berkeley), celui-ci tourne autour d'un prétexte de comédie plus traditionnel, et permet aux comédiennes et aux comédiens de développer une histoire pas entièrement dissoute dans le spectacle. Ensuite, en faisant intervenir Warren William et Guy Kibbee en hommes du monde qui tombents amoureux de deux showgirls, la vraie comédie de moeurs est plus encore de la partie. Et on retrouve la mise en scène discrète de Le Roy, son talent pour limiter le passage du temps en quelques mètres de pellicule, et son ton direct, quasi journalistique, à mille lieues du baroque des autres metteurs en scènes-artistes de la WB.

Quant à Berkeley, eh bien, ses scènes sont parfaitement intégrées, et vont encore plus loin que dans les films précédents, en particulier le grand final, Remember my forgotten man, qui prend le parti de montrer la crise et l'un de ses effets pervers de façon brutale et noire. Curieuse façon de terminer ce qui reste une vraie, une authentique "comédie" musicale, et décidément l'un des fleurons du genre. Et tant qu'à faire, rappel: il y a Joan Blondell et Warren William, et les petites manies de Berkeley en matière de numéros musicaux hallucinogènes. Donc c'est rigoureusement indispensable! Sans parler du fait que les films dans lesquels le jeune premier s'attelle à dépiauter les vêtements de sa petite amie avec un ouvre-boîte, ça ne court pas les rues...

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Musical Busby Berkeley Mervyn Le Roy Danse
7 août 2018 2 07 /08 /août /2018 09:02

Ce Dracula hispanophone, miraculé des archives poussiéreuses de la Universal, a tout pour être une curiosité, une note en bas de page de la grande histoire du cinéma. Ce qu'il est. Mais pas que... A l'origine de sa conception, deux choses: d'une part, la compagnie décide de se lancer dans la production de films d'épouvante afin de créer un genre à part entière dont deux ou trois de leurs films, dans le passé, ont pu contribuer à tracer les contours: The cat and the canary (1927) et The man who laughs (1928), tous les deux de Paul Leni, mais surtout The Phantom of the opera (1925), de Rupert Julian sont donc les précurseurs de toute une vague, qui commence avec le Dracula de Tod Browning. D'autre part, en ces temps de réadaptation de toute la machine cinématographique, la question des langues étrangères se pose de manière importante: comment importer les films dans des pays qui ne parlent pas la langue? Les sous-titres ne s'imposent pas encore, et si cet abruti de Mussolini a inventé le doublage, cette pratique éhontée, il n'est pas encore accepté par tous (et ne sera d'ailleurs jamais accepté par les anglo-saxons, qui eux ont du goût). L'idée de créer des versions multiples vient de là: une équipe tourne une version en langage natif, une autre dans un autre langage.

Si l'essentiel de cette production parallèle, dont la préservation ne s'imposait pas aux yeux des studios, a disparu, les versions étrangères sont aujourd'hui disponibles pour quelques films précis (Anna Christie, The big house, The merry widow, certains Laurel et Hardy), mais ce sont des curiosités. Le cas de ce Dracula, tourné la nuit quand Browning occupait le studio le jour, reste vraiment à part.

C'est que quand je dis que Browning occupait le studio le jour, c'est une façon de parler: son unité, oui. Karl Freund, le grand chef-opérateur, dont la présence est attestée dans quelques plans de caméra mobile de toute beauté, était bien là, et les acteurs, évidemment, aussi. Mais l'acteur David Manners a toujours soutenu n'avoir jamais été dirigé par Browning; pire, certains plans et des séquences entières sont purement et simplement bâclés. Bref, le grand classique a tout du vilain petit canard. Et ça se voyait lors du tournage, à tel point que Melford avait pris l'habitude de se rendre sur le studio avant la fin des périodes de tournage de l'équipe de jour, afin de jauger le désastre, et de concevoir des idées personnelles pour sauver SON Dracula, ce film en langue Espagnole qu'on lui avait assigné.

Le résultat est sans appel: bien plus cohérent, plus long aussi (103 minutes au lieu des 74 de l'original), mieux interprété, mieux monté, bénéficiant de meilleurs soins de la part des équipes techniques, le Dracula Espagnol reste le meilleur des deux: sans Bela Lugosi, bien sûr, remplacé par Carlos Villarias, un acteur compétent, qui lui ressemble vaguement, mais qui sur-joue aussi bien (ou mal) que l'illustre histrion Hongrois. L'intrigue, adaptée d'une pièce, reste bien sûr assez tarte, et on est encore dans les années de formation du cinéma parlant, donc la diction reste lente et lourde. Pablo Alvarez Rubio, lacteur qui transpose le rôle de Renfield, a beau en faire des tonnes, il sera toujours meilleur que l'abominable Dwight Frye! A ce propos, le montage favorise Renfield, au point de fournir des explications plus étendues sur son comportement. Car le montage du Dracula de Browning a sans aucune logique amputé les développements de plusieurs scènes, qui ici sont montrées in extenso, rendant la chose au moins plus fluide et plus cohérente. 

Je ne dis pas que ce Dracula est un chef d'oeuvre, loin de là: simplement, on voit que Melford, confronté à un pensum, a au moins fait son boulot consciencieusement, et a rendu une copie décente: deux choses que Browning a été incapable de faire avec son Dracula, l'un des pires navets de son oeuvre.

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code George Melford