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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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2 août 2018 4 02 /08 /août /2018 18:40

Ce film de 1932, longtemps perdu, est l'un des plus connus et des plus respectés dans la catégorie «Viens dans ma maison et fais-moi peur », mais ce n'est pas le premier du genre, loin de là... Rien qu'à la Universal, productrice de ce long métrage, un classique réjouissant de 1927 l'a précédé, avec sous la direction experte de Paul Leni une redéfinition complète du genre, hérité du théâtre et il faut le dire, bien poussiéreux (voir à ce sujet le très insupportable film The bat, de Roland West, afin de s'en convaincre): The cat and the canary...

Dans la continuité de cette renaissance d'un genre, il était logique que le style 'gothique' des films d'épouvante de la compagnie débouche sur une nouvelle histoire de maison hantée ! C'est selon les vœux de James Whale, auréolé du succès de son Frankenstein, que Universal s'est lancé dans cette adaptation d'un roman de J.B. Priestley, situé au Pays de Galles. Whale a fait venir le scénariste Benn Levy, et s'est entouré de nombreux acteurs Britanniques en plus de Boris Karloff : Charles Laughton, Ernest Thesiger ou Eva Moore, complétés par le Canadien Raymond Massey, ainsi que les Américains Lillian Bond, Gloria Stuart et Melvyn Douglas...

Une nuit, au Pays de Galles, une voiture et ses trois passagers doivent s'arrêter, tant la tempête fait rage. Une vieille maison située près d'eux leur tend les bras... Façon de parler, car l'accueil de la famille Femm sera particulièrement froid, pour ne pas dire étrange: c'est le commencement d'une nuit d'insécurité dans une vieille demeure habitée par une famille de dingos profonds qui cachent un secret: l'un d'entre eux, le pire de tous, est enfermé, et... leur domestique, le géant Morgan, est une brute, il boit, et il cache des ressources insoupçonnées en matière de friponnerie...

Whale se fait plaisir de bout en bout, c'est une évidence, et tous les personnages deviennent les poupées du metteur en scène, qui s'amuse à doser ses confrontations, entre des personnages qui passent souvent de la simple excentricité à la folie furieuse: je parle des Femm, essentiellement, mais les voyageurs ne sont pas en reste. Et surtout, le film trahit les goûts de son réalisateur pour les penchants nocturnes du cinéma Allemand (qu'il s'amuse quand même à parodier, dans une séance d'ombres chinoises menée par Gloria Stuart), maîtrisés et réadaptés au cahier des charges de la Universal post-Dracula...

 

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Published by François Massarelli - dans James Whale Pre-code
2 juillet 2018 1 02 /07 /juillet /2018 17:07

Pour son deuxième film à la Paramount, Lubitsch a une mission délicate: faire oublier quelques échecs ou semi-échecs embarrassants (Eternal love, en particulier, son dernier film muet réalisé en indépendance totale), d'une part; d'autre part intégrer de façon intelligente le médium du cinéma parlant, à l'heure où bien des metteurs en scène du muet voient leur poste remis en question par les studios... Et enfin, relancer sa carrière. Ce sera une triple mission accomplie, assortie du lancement de pas moins de deux stars: Maurice Chevalier, paradoxalement, et Jeannette MacDonald...

Mais tant qu'à faire, le metteur en scène va aussi créer de toutes pièces un nouveau genre, à l'heure où le musical végète d'une façon misérable, de films-revues en fausses comédies musicales qui mélangent numéros de music-hall joués dans l'intrigue, et mélodrame plus ou moins bien fichu: Lubitsch, avec The love parade, va inventer un genre totalement nouveau de film-opérette dans lequel il va intégrer la musique, la chanson et dans une moindre mesure la chorégraphie à la continuité filmique: à l'exception des musicals de la Warner qui vont perdurer avec génie, tout le genre viendra désormais en droite ligne de ce film...

Cette "parade d'amour" raconte donc les aventures coquines de la reine Louise de Sylvania (MacDonald) , qui après tant d'années à hésiter, a enfin trouvé l'âme soeur en la personne du beau comte Alfred (Chevalier), de son patronyme seyant Renard. Mais si l'alchimie entre les deux est indéniable, le prix à payer pour Alfred est trop grand: abandonner sa masculinité afin de devenir le prince consort ne va pas aller sans être compliqué...

N'y cherchons pas un message, juste une série de variations géniales sur le thème de la friponnerie la plus pure; avec ses personnages (auxquels il convient d'ajouter Jacques, le valet joué par Lupino Lane) et sa situation, son monde à deux vitesses (les nobles et les domestiques) qui avancent de concert, et la science du sous-entendu, associée non seulement à la suggestion de l'image, mais aussi au pouvoir du langage, fait absolument merveille.

Sans parler du fait qu'avec Chevalier et MacDonald, n'en déplaise aux détracteurs de l'un et de l'autre, Lubitsch a trouvé deux interprètes fantastiques: Chevalier est doté d'un timing impeccable et d'un talent incroyable pour faire passer tout ce qui n'est pas dit dans les sous-entendus, ce que Wilder saura rappeler dans le brillant Love in the afternoon; et MacDonald n'a pas son pareil pour assumer totalement de jouer un personnage de friponne au désir bien chevillé au corps.

Bref, avec cette Love Parade, Lubitsch effectue sans doute la plus décisive de ses métamorphoses...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Ernst Lubitsch Musical Pre-code
26 juin 2018 2 26 /06 /juin /2018 16:51

Commençons par deux évidences: d'une part, ce film de 1932, le dernier des musicals Paramount réalisés par Lubitsch, est un remake de The marriage circle, qui transpose l'adaptation d'une pièce de Lothar Schmidt dans l'esprit d'une opérette; d'autre part, The marriage circle est un chef d'oeuvre dont le remake ne s'imposait pas. Mais une nouvelle "opérette" de Lubitsch avec Maurice Chevalier et Jeanette McDonald? Et en prime un auto-remake d'un de ses propres films par le grand Lubitsch? On ne va certainement pas faire la fine bouche...

Le docteur Bertier (Maurice Chevalier) et Madame (Jeanette McDonald) s'aiment: la preuve, les policiers de Paris les surprennent dans les bras l'un de l'autre dans un parc de la capitale, enlacés dans une embrassade gourmande et nocturne... Tellement occupés qu'on ne les croit absolument pas mariés. Mais ce mariage idyllique va être soumis à rude épreuve: la meilleure amie de Colette, Mitzi Olivier (Geneviève Tobin), véritable croqueuse d'hommes certifiée, vient en effet de déménager de Lausanne avec le professeur son mari (Roland Young), et si elle se réjouit de retrouver son amie Colette, elle va rencontrer le docteur Bertier avec le plus grand intérêt... Ce que ce dernier va d'ailleurs sentir passer, mais pas forcément à son corps défendant.

Le prologue installe le style du film avec autorité: un mélange permanent entre comédie parlante, scènes chantées, et musique accompagnée de récitatifs rimés, qui permettent à tout un chacun de participer à la comédie musicale, sans pour autant prendre le risque du ridicule, et aux chanteurs chevronnés d'intégrer la musique à la mise en scène, de façon fluide. Bref, c'est le style établi par Lubitsch depuis Love Parade en 1929. Et le ton est résolument égrillard, c'est le moins qu'on puisse dire. D'une certaine façon, One hour with you complète ou plutôt prolonge The marriage circle, avec un certain nombre de scènes qui permettent à Lubitsch d'aller un peu plus loin dans l'audace. Deux scènes, l'une est célèbre, montrent bien cet aspect du film: lorsque Adolph (Charlie Ruggles), le soupirant éternel de Colette lui téléphone pour annoncer sa venue à la soirée qu'elle organise, déguisé en Roméo, il a la surprise d'entendre son amie lui dire que ce n'est pas un bal costumé... Reprochant à son domestique de l'avoir induit en erreur, il s'entend rétorquer par celui-ci qu'il avait envie de le voir en collants... L'autre scène "nouvelle" est celle où, durant la soirée, Bertier et Mitzi se retrouvent seuls à l'extérieur, avec une métaphore insistante représentée par un petit jeu autour du noeud papillon: Bertier ne sait pas le nouer, et Mitzi passe son temps à le lui défaire, ce qui les oblige à passer du temps, intimement enlacés, Mitzi concentrant son attention sur la nécessaire satisfaction de Bertier...

Mais le film a changé le ton de l'histoire originale, aussi, pour des raisons semble-t-il personnelles: Lubitsch, qui devait être seulement le superviseur de la production, a changé en cours de route de fonction, remplaçant au pied levé George Cukor (qui le lui reprochera toute sa vie), afin de relever un peu la sauce, parce qu'il trouvait les premiers efforts de Cukor insuffisants (Et accessoirement parce que Chevalier ne le supportait pas). Et Lubitsch, justement, sortait d'un divorce particulièrement compliqué... Donc le metteur en scène a tout fait pour teinter ses marivaudages, finalement assez flous dans le film muet de 1924 (A-t-il, ou n'a-t-il pas?) de réalisme. Ici, bien qu'il s'en défende, tout concourt à nous faire penser que le Docteur Bertier a bien été infidèle... Et l'image du couple idyllique du début (et du premier film) en prend, quand même, un sacré coup...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Pre-code Ernst Lubitsch Musical
20 mai 2018 7 20 /05 /mai /2018 10:05

Au début du XXe siècle, à San Francisco, quand les familles Chinoises (les "Tongs") s'opposent, on fait appel au Hatchet man, un médiateur désigné qui rend la justice... de manière expéditive. Son arme? Une hachette, manipulée d'une main experte. Wong-Low-Get (Edward G. Robinson) est cet homme, et la mission qu'il doit accomplir au début du film n'est pas de tout repos, pas plus qu'il ne l'accomplira de gaieté de coeur. En effet, il doit exécuter son meilleur ami, Sun-Yat-Ming (J. Caroll Lynch), celui-là même qui, sentant le vent venir, s'apprête à tout lui léguer, y compris la garde, puis la main de sa fille Toya. Une fois sa mission accomplie, Wong-Low-Get accède donc à la fortune de son ami, et devient le tuteur de sa fille, sans jamais lui cacher que le but ultime est de se marier avec elle.

Les années passent: les coutumes changent, et la communauté Chinoise de San Francisco s'est adaptée. On ne parle plus de "Hatchet man", et Wong-Low-Get est désormais un paisible et prospère négociant en soie, qui attend patiemment le jour si lointain où, sa pupille Toya (Loretta Young) devenue majeure, il pourra enfin l'épouser... Lorsqu'il faut reprendre les affaires de la communauté, toujours soumise à des troubles, l'ancien justicier se retrouve flanqué d'un certain nombre de gardes du corps, dont le séduisant playboy Harry En Hai (Leslie Fenton), que la jeune épousée a déjà rencontré sur une piste de danse: elle tombe amoureuse...

On n'attendait pas William Wellman sr ce terrain, et d'ailleurs, il y a de fortes chances que pour lui non plus, la mission n'a pas été un plaisir. Il s'acquitte de son travail de metteur en scène avec tact et métier, et dirige un Edward G. Robinson fidèle à sa légende, dont on a parfois le sentiment qu'il est engagé ici sur un terrain qui renvoie à Lon Chaney: un amour inconditionnel pour une femme plus jeune, des liens quasi filiaux, une personnalité sombre, à la fois aimante et criminelle... Et l'orient! Si pour Lon Chaney en son temps, le fait d'incarner les Chinois était souvent un défi de maquillage qui débouchait sur des conventions théâtrales ou cinématographiques admises, il y a quand même une gêne à voir tant d'acteurs anglo-saxons dans les rôles de Chinois: Loretta Young, Tully Marshall, Charles Middleton ou Leslie Fenton, voire, un nom particulièrement familier, Edward Peil... Et ça ne passe généralement pas. 

Mais Wellman étant Wellman, il passe assez rapidement outre la stupidité conventionnelle et prévisible du script, pour s'amuser: plans-séquences muets dans tous les sens, jeu sur l'atmosphère et la lenteur (il semble rivaliser avec tous ses acteurs engager pour jouer lentement car "ça fait Chinois et mystérieux"), et se permet comme d'habitude de nous frustrer de la scène de flambée de violence au moment où on s'attend à la voir. Et il semble prendre plus de plaisir encore que Leslie Fenton (Qui a, et je m'excuse de cette considération mais il faut que je le dise, une vraie gueule de raie, et le maquillage n'arrange rien!) à s'occuper de Loretta Young, dont au passage je tiens à préciser que, seule épargnée parmi tous ces acteurs, le maquillage est plutôt honnête.

Bref, on a tendance à ronger un peu son frein, devant cette histoire de vengeance un peu prévisible, et devant cet homme qui prétend être le serviteur légitime et aveugle de la justice de Buddha, avec son tout petit ustensile ridicule... Jusqu'à ce que... Non, je vous laisse voir.

...Mais si jamais il y eut un film qui nécessite impérativement d'être vu et revu pour ses dernières soixante secondes, c'est celui-ci.

 

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Published by François Massarelli - dans William Wellman Pre-code
8 mai 2018 2 08 /05 /mai /2018 17:39

Africa est, comme le film My Pal Paul du même Walter Lantz, un dessin animé qui a pour but de contribuer à promouvoir sans trop en avoir l'air le musical The King of Jazz, dont il reprend certain éléments du cartoon qui en était l'introduction. En villégiature en Egypte, le lapin Oswald y danse avec une reine d'Egypte un peu (mais pas trop) sexy, et se bat avec des lions, et autres animaux...

Ce serait totalement anecdotique, sauf pour un ou deux détails du générique... Les noms qui y figurent sont impressionnants: les voix en sont assurées par Pinto Colvig, qui allait être la voix de Goofy quelques années plus tard pour Disney. Un autre nom lié à Disney était l'animateur principal, Clyde Geronimi, qui allait un solide réalisateur de la firme de Burbank durant une trentaine d'années. Sinon, les noms de Ray Abrams et Fred "Tex" Avery sont également ceux de futurs animateurs et réalisateurs de talent...

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Published by François Massarelli - dans Animation Pre-code
8 mai 2018 2 08 /05 /mai /2018 17:29

C'est en 1927 que Ub Iwerks et Walt Disney ont créé ce personnage, qui sera ensuite distribué par Universal. Mais le personnage s'avérant insatisfaisant, Disney va demander à Iwerks de revoir sa copie, avec, je ne sais pas, moi, une souris par exemple? 

Donc bonjour Mickey, exit Oswald: celui-ci, dans un premier temps, a été continué pour alimenter les programmes Universal, ce qui explique qu'on en ait quelques minutes en ouverture de l'extravagant musical en Technicolor consacré à la musique de Paul Whiteman, The King of jazz

Dans ce film produit dans la foulée, Oswald cherche à se pendre. Il est secouru par rien moins que Paul Whiteman, qui chante et danse avec lui, avant qu'ils décident de ne plus être copains. Du coup, le chef d'orchestre essaie de pendre le lapin...

Vous avez bien lu: on est bien loin de l'esprit policé des dessins animés ultérieurs! Mais il ne faut surtout pas chercher la cohérence dans un court métrage d'animation des débuts du sonore, où chaque geste est d'abord pensé en fonction de la synchronisation, et non afin de donner libre cours à la motivation d'un personnage! Et le film avait probablement pour fonction d'être une sorte de publicité subliminale pour le dispendieux musical... dont il recycle quelques éléments d'animation. Notons pour finir que parmi les animateurs de ce film, figurent Clyde Geronimi (futur animateur et réalisateur chez Disney), mais aussi Ray Abrams (Qui allait, lui, travailler un peu partout, dont la MGM à l'époque de Tex Avery).

 

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Published by François Massarelli - dans Animation Pre-code
25 avril 2018 3 25 /04 /avril /2018 14:39

L'unique film du metteur en scène de Broadway John Murray Anderson, spécialisé dans les "prologues" pour séances de cinéma (Voir à ce sujet l'excellent Footlight parade de Lloyd bacon, chaudement recommandé pour l'excellence de ses séquences musicales réalisées par Busby Berkeley), est cette production controversée de 1930. La principale controverse en réalité provient du titre: on attend évidemment en 2018 d'un film qui s'appelle The King of Jazz, qu'il nous présente du jazz, ou qu'il y ait un rapport avec la musique Afro-Américaine... Or il n'en est rien. Et pour cause.

Car en 1930 si rien ni personne ne peut vous empêcher quelle que soit votre origine ethnique d'écouter Duke Ellington, Louis Armstrong ou... Paul Whiteman, le mélange n'est pas possible sur pellicule. Sur scène non plus, d'ailleurs! Donc ce King of jazz est dédié à celui qui avait été ainsi surnommé par les médias de l'époque, le rondouillard chef d'orchestre Paul Whiteman. Les tenants d'un jazz pur et dur qui ont vu le film ont eu la dent dure avec ce personnage, qu'ils ont accusé de tous les maux. Ce qui apparaît dans ce film-revue, est que Whiteman était un vulgarisateur qui avait à coeur de fournir une musique populaire de qualité, et savait s'entourer: on entendra les légendaires instrumentistes ou chanteurs Bing Crosby, Frankie Trumbauer, Joe Venuti ou Eddie Lang (ces deux derniers, respectivement violoniste et guitariste, étant l'inspiration principale de la collaboration future entre Stéphane Grappelli et Django Reinhardt)... Les partitions portent aussi de grands noms, à commencer par George Gershwin. Excusez du peu...

Mais The King of Jazz avait plus d'un atout dans sa besace: une forme assez libre, un Technicolor rutilant, des séquences de comédie qui parfois duraient quelques secondes (et qui nous permettent de retrouver Glenn Tryon, Laura La Plante, Slim Summerville ou Walter Brennan, pour de rares fractions de secondes à l'écran), et un metteur en scène libéré des contraintes de la scène et qui pouvait s'approcher comme il le voulait de son show, plus une idée de génie, qu'on attribue à Whiteman lui-même: le film a été tourné en muet (du moins pour ses séquences musicales) et post-synchronisé ensuite. Ca paraîtra idiot, mais personne n'y avait pensé avant! On le voit, la Universal avait mis les petits plats dans les grands...

...Et pourtant le flop, malgré la popularité de Whiteman, a été retentissant. Du coup, le film a été découpé en tranches, afin que ses parties puissent nourrir les programmes de courts métrages durant quelques années. Aujourd'hui, la reconstruction diffusée sur blu-ray Criterion est donc un sauvetage miraculeux... D'un film qui serait sympathique, mais assez quelconque, s'il n'y avait l'intérêt historique d'y voir l'orchestre jouer une version de Rhapsody in blue tel que Ferde Grofé l'avait orchestré pour Whiteman en 1924, et en couleurs dans des décors délirants, entre art déco et kitschorama... Ou le plaisir bizarre du Technicolor Bichrome, décidément tellement plus séduisant que son descendant en trichromie... ou tout simplement le plaisir d'assister à la naissance d'un nouveau style de musical, dont les films de Berkeley seront les rejetons immédiats.

 

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Published by François Massarelli - dans Musical Pre-code Danse
6 janvier 2018 6 06 /01 /janvier /2018 18:36

Tourné à Hawaii, avec ce qui aurait dû être une équipe réduite et un petit budget (mais ce sera tout le contraire), Four frightened people est dans son intention un petit film d'aventures... Qui dégénère sérieusement. Le film est adapté d'un roman oublié de E. Arnot Anderson, mais par certains côtés rappelle furieusement l'un des longs métrages de comédie les plus emblématiques de l'auteur: Male and female n'est jamais très loin. Mais malgré ce pedigree intéressant avec cette réminiscence de l'une des oeuvres les plus enthousiasmantes de DeMille, ce petit (78 minutes) film a été un échec cuisant.

Dommage, car je le répète, ça commençait bien: sur un bateau en partance vers les Etats-Unis, quatre Américains s'enfuient: ils savent que la peste est à bord, et souhaitent survivre. Ils débarquent, et tentent de gagner la civilisation, comme on disait à cette époque. Mrs Mardick (Mary Boland), une femme de la bonne société typique, est attendue chez elle pour donner une conférence sur le contrôle des naissances, une obsession personnelle. Elle ne se départit jamais, ni d'un certain sens pratique un peu décalé, ni d'un pékinois. Arnold Ainger (Herbert Marshall) est un chimiste, assez effacé, et au tempérament facilement cynique. Stewart Corder (William Gargan) est un reporter vedette, qui s'avère d'une impatience assez insupportable, en particulier auprès de celle qui le vénère: Judy Jones (Claudette Colbert) est une vieille fille, c'est à dire, en langage pré-code, une femme portant lunettes... Elle va subir à la fois la solidarité féminine encombrante de Mrs Mardick, et les sarcasmes des deux hommes de l'expédition, qui ne perdent pas une occasion de lui dire qu'elle n' a pas grand chose d'une femme... Avant une scène charnière, sur laquelle je reviendrai plus loin.

Parce que quand même, une fois admis que ce film est plus que politiquement incorrect (Indigènes tous plus primitifs les uns que les autres, discours vaguement eugéniste de Mrs Mardick, et autres fantasmes du film d'aventure classique, voyez les Tarzan pour ça), après tout c'est hautement distrayant. Dès le départ, qui installe rapidement l'intrigue en commençant après un ou deux plans d'exposition (et un montage dynamique) la fuite des passagers. Et on s'amuse beaucoup de voir ces quatre personnes qui n'ont rien à faire dans une jungle, chercher à survivre, et se chamailler pour un rien... Mais le parallèle avec Male and female s'effectue surtout vers la fin du film, quand Ainger et Corder ont enfin reconnu Judy comme une femme (voir plus bas), et se la disputent. Oh, sans véritablement se battre, rassurez-vous. Mais il y a ici un renversement de la situation du film initial, qui voyait deux femmes se disputer les faveurs, sur une île déserte, de celui qui était leur domestique à Londres. Mais en commun entre les deux films, on trouve le fait que l'île déserte devienne un révélateur de l'être profond de chacun des protagonistes. A ce sujet, la transformation de Claudette Colbert est un délice, rappelant l'importance de cette actrice qu'il ne faudrait pas oublier...

Et donc, la scène charnière qui va tout faire changer chez les personnages, est bien sûr... Une scène de douche, sous la cascade qui plus est. Judy s'est éloignée du camp, et les deux hommes la cherchent. quand ils la trouvent, elle est nue, et ça change tout entre eux. A partir de là, le film se pare d'un discours de plus en plus sérieux, et c'est bien dommage, il avait si bien commencé... Mais décidément, entre son utilisation inattendue du lait d'ânesse (The sign of the cross), sa petite habitude matinale d'aller taquiner la vague en oubliant de mettre un maillot (I cover the waterfront, James Cruze, 1933), il semble que Claudette Colbert prenait de mauvaises habitudes avant que le code de production n'y mette bon ordre.

Je le disais plus haut, DeMille considérait ce petit film comme un film de vacances... Mais c'est plus fort que lui, il lui a fallu aller le tourner en pleine jungle! du coup, les ennuis ont dû se succéder, Claudette Colbert a d'ailleurs fini le tournage par une appendicite royale, et les difficultés se ressentent parfois, dans le fait que la caméra reste quand même particulièrement statique. Pour couronner le tout, le film a été retaillé après l'arrivée du code de production, et les quinze minutes qui manquent n'ont pas été retrouvées. 

Du coup, on est en droit de se demander: sachant que cette version censurée contient une scène de trois minutes impliquant Claudette Colbert, nue dans une cascade, secourue par un Herbert Marshall plus flamboyant que jamais, même en peau de léopard, mais qu'est-ce qu'il pouvait bien y avoir dans les scènes qui ont été rabotées? Du cannibalisme? une orgie d'indigènes gays? Henry Wilcoxon?

 

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Published by François Massarelli - dans Cecil B. DeMille Comédie Pre-code
6 janvier 2018 6 06 /01 /janvier /2018 18:11

L'année 1934 a été comme on le dit souvent la dernière de ce qu'on appelle la période "pré-code", ainsi nommée parce qu'après cinq années de quasi liberté, les studios ont été priés avec une certaine insistance par un groupement d'associations surtout religieuses, d'observer à la lettre le code d'auto-censure qu'ils avaient tous accepté. Cette année 1934 a quand même vu la sortie de quelques brûlots, dont bien sûr The scarlet empress de Sternberg et ce film sont sans doute parmi les plus étonnants. Cleopatra n'était pas un film que Cecil B. DeMille avait forcément envie de faire, pas plus que The sign of the cross deux ans auparavant; mais là où son épopée biblico-salace avait été une occasion idéale pour le metteur en scène de faire la preuve qu'il était encore capable de faire venir les foules dans les salles, Cleopatra était supposé faire la preuve auprès de la Paramount qu'il ne fallait pas le foutre dehors, compte tenu du flop de son dernier film Four frightened people...

Claudette Colbert tourne donc pour la troisième et dernière fois avec le metteur en scène autocratique, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il l'a traitée avec des égards: car dans ce film qui mêle (de la même façon que la version de Mankiewicz sortie en 1963) les intrigues de palais avec la tragédie, Shakespeare en tête, la seule personne dotée d'un tant soit peu d'intelligence, est la reine d'Egypte. 

Féministe?

Si on veut. Après tout, Claudette Colbert fait preuve de son génie politique, et d'une certaine façon de son génie tout court, dans une intrigue qui repose largement sur le sexe. Mais soyons clair: si Cléopâtre apparaît effectivement comme la plus intelligente personne dans le film, elle le doit sans doute autant à la crétinerie masculine qu'à son propre génie. Pour commencer, si j'admets que Warren William, en César, possède une certaine prestance, voire un petit peu de son charisme, que penser de Marc Antoine? Il est de coutume de présenter ce dernier comme un militaire borné, ennuyé par la politique, les intrigues et tout ce qui n'était pas une bataille. Mais entre cette image légendaire d'Antoine et l'acteur Henry Wilcoxon qui l'incarne, on a l'impression d'un concours de celui qui sera le plus idiot. Wilcoxon gagne, comme toujours. Je n'ai jamais compris pourquoi DeMille le choisissait parfois pour ses films. Il est atroce.

Kitsch?

Ca oui. Des décors art-déco de Hans Dreier aux costumes de Travis Banton, des scènes de préparation pré-coïtale ("Ma reine, je suis sûr que César adorera vous déshabiller avec les dents") aux dîners-réceptions à la Romaine qui ne demandent sans doute pas grand chose pour dégénérer en orgies, la seule chose qui manque à cette fiesta de mauvais goût est le bain de lait, mais la scène a déjà été tournée pour The sign of the cross!

Bref, si on peut se réjouir du fait que le metteur en scène a pu une nouvelle fois bénéficier du traitement royal de la Paramount (ce qui allait payer, puisque le film a très bien marché), et ainsi mettre particulièrement en valeur Claudette Colbert, il fait quand même dire qu'on est loin, très loin ici du grand DeMille. Tant pis...

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Cecil B. DeMille
30 décembre 2017 6 30 /12 /décembre /2017 16:58

J'ai déjà dit ici où la que la sincérité de Cecil B. DeMille mettant en scène un Jésus blond (The King of kings, 1927) à prendre au premier degré, ou un Moïse barbu descendant la montagne -The ten commandments, 1923 et 1956), ses tables de la loi sur l'épaule, ne saurait être mise en doute. Par contre, celle du même metteur en scène, organisant des orgies pour la Paramount en 1932, c'est une autre paire de manches...

D'ailleurs, c'est remarquable: quand l'ancien directeur général du studio, co-fondateur avec Jesse Lasky, rejoint la Paramount après huit ans de bouderie, il vient d'enchaîner échec sur échec avec son dernier muet pour Pathé (The Godless Girl, 1928), et ses trois premiers parlants pour MGM (Dynamite, 1929; Madam Satan, 1930; The squaw man, 1931). A l'heure où le cinéma parlant rebat les cartes et de façon cruelle pour les vétérans, non seulement on lui ouvre toutes grandes les portes qu'on a refermées sur Griffith et Stroheim, mais en prime on lui alloue un budget faramineux avec carte blanche pour les caprices.

Et pour raconter quoi? Il ne faut pas attendre longtemps pour reconnaître Quo Vadis derrière The sign of the Cross. Si ce n'est que le film commence au moment où Rome brûle... Néron (Charles Laughton avec un faux nez qui vous fera mal aux yeux) déclame sa poésie atroce, sur fond de flamme et de surimpressions dues à un grand nom, celui de Karl Strüss. Le ton est donné: une histoire grandiloquente, à côté de la plaque, et des techniciens à leur sommet. Le ridicule des mots, et le luxe des moyens... Sans oublier le baroque absolu de ce film, dans lequel on se livre à des excès que je détaille plus loin. Mais à la fin, pas avant...

Tout ça donc pour raconter une histoire de chrétiens pris dans les filets d'un système étatique sadique, dans les mains d'une populace qui n'aime rien tant que les massacres d'êtres humains dans l'arène, les combats de gladiateurs, et j'en passe. Mais Marcus (Fredric March), le préfet Romain zélé qui a rencontré la belle Mercia (Elissa Landi), va-t-il se convertir, où va-t-il garder jalousement la belle Chrétienne avec lui pour la noyer dans la débauche? Vous en connaissez la réponse: comme souvent, chez DeMille, les prêcheurs impénitents et fanatiques ont la peau dure, et Mercia est bien de cette trempe. Le film prend parti pour elle et sa troupe, mais assez mollement, et pour cause...

Car vous vous rappelez, quand il était question de cette populace sadique quelques lignes plus haut, je rappelais à quel point ils étaient friands de scènes sadiques. Oui, mais s'agit-il des Romains montrés dans le film (Telle cette famille qui a hâte de "sentir l'odeur du sang des Chrétiens"), ou du public de 1932 qui a fait un triomphe au film? Ceux-là savaient-ils qu'ils étaient caricaturés par avance dans le film?

...Savaient-ils que le film ne devrait sa notoriété qu'à ses excès, et absolument pas à ses qualités techniques? Car ne cherchez pas, le scénario de ce film est un tas de boue à faire fuir les cochons. Rien à voir. Ou plutôt si, justement:

Des forts-à-bras à demi-nus, qui poussent des charrettes en pleine rue, ou qui s'empoignent dans l'arène: des éphèbes nus qui attendent que tout ça se passe, aux pieds de Néron; une danse lascive et indicative du lesbianisme tel que les puritains de 1932 l'imaginent: des robes qui ne tiennent que par miracle; des amazones en peaux de bêtes qui combattent des pygmées (tous les acteurs de petite taille qui n'étaient pas sur Freaks, maquillés en noir), dont un se fait proprement décapiter; un chrétien exécuté en se faisant écraser la tête par un éléphant; le festin des félins; des crocodiles qui mangent de la jeune femme nue; un orang-outan qui s'amuse avec le plat de l'item précédent...

J'ai failli oublier: Claudette Colbert, à poil dans une piscine de lait d'ânesse.

Pour de vrai.

Donc si on cherche la source du soupçon selon lequel Cecil B. DeMille avait parfois le mauvais goût bien vivace, je crois qu'il n'est pas nécessaire d'aller chercher plus loin. Mais on pourra toujours ajouter qu'il savait ce qu'il faisait: son but était de tout faire pour montrer son pouvoir sur le public, afin de retrouver la position de toute-puissance qui était la sienne avant la fâcherie avec la Paramount.

Pari gagné.

 

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Published by François Massarelli - dans Cecil B. DeMille Pre-code Mettons-nous tous tout nus