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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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4 juillet 2021 7 04 /07 /juillet /2021 08:49

A la fois un western, et un film noir... C'est une production indépendante de Milton Sperling pour la Warner, réalisée avec une tripotée de gens sous contrat au studio: Max Steiner, James Wong Howe, et bien sûr Raoul Walsh, qui a cette fois encore usé de toute sa surprenante science du genre (car il n'e a pas réalisé tant que ça!) et poussé le genre vers de nouveaux développements, inattendus et inoubliables...

Un enfant, Jeb Rand, est recueilli dans des circonstances dramatiques par une mère (Judith Anderson) de deux autres enfants, un garçon et une fille. Elle l'élève et si ce n'est une rivalité parfois inquiétante entre les deux garçons, la petite famille va vivre tranquille, à l'écart. Mais on en veut à Jeb, d'ailleurs il va subir une tentative d'assassinat encore adolescent. Pourquoi? Quel est le secret du jeune garçon, enfoui depuis l'enfance, et qui se cache derrière ce souvenir obsessionnel d'une paire d'éperons? Devenu adulte, toujours en conflit larvé avec son frère adoptif Adam, Jeb (Robert Mitchum) va être tenté par l'indépendance, mais il aimerait aussi se marier avec Thor (Teresa Wright), la petite soeur...

Largement plus nocturne que diurne, ce film situé au Nouveau-Mexique évite constamment de se limiter à une narration strictement linéaire, et on y suivra les flash-backs de diverses longueur, que le script de Niven Busch a parfaitement su limiter à l'essentiel et qui s'inscrivent admirablement dans l'ensemble; la photo crépusculaire est magistrale, et la tension installée par la menace permanente qui pèse sur Jeb, ainsi que par les questions fortes (qui est-il? pourquoi veut-on le tuer? qui est sa mère adoptive et quelle est sa part dans son malheur?), nous cloue littéralement au film... Et la division virtuelle d'un homme en deux entités conflictuelles, Jeb et Adam, est passionnante: l'un sera fermier et l'autre un héros. La rancoeur est inévitable...

A l'heure où la psychanalyse s'invitait dans le cinéma mais plutôt sous la bannière du film noir, on n'attendait pas qu'un western réussisse aussi magistralement l'exercice, mais c'est un fait: ici, le traumatisme a le bon goût de ne pas prendre toute la place, tout en ménageant une part non négligeable de travail pour le spectateur qui pourra prolonger les révélations s'il le souhaite car si le film pose des questions, elles amènent certes des réponses... Mais elles amèneront évidemment aussi beaucoup d'autres questions. Et le happy-end très rapide du film ne limitera en rien les spéculations...

Bref: un chef d'oeuvre de Raoul Walsh, certes moins enlevé que ses films de guerre de la même époque, et avec un héros bien différent de ses personnages incarnés par son ami Erroll Flynn, mais quelle réussite! Au fait, au générique, c'est Teresa Wright qui a la première place... Une situation qui n'allait pas tarder à changer pour Robert Mitchum. 

 

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Published by François Massarelli - dans Western Raoul Walsh
22 juillet 2019 1 22 /07 /juillet /2019 17:45

Dans une histoire qui mélange sans vergogne l'histoire (la fin des guerres Indiennes aux Etats-Unis alors que l'Ouest est progressivement "conquis" et le progrès continue de s'étendre) et la légende (les comportements chevaleresques et pionniers de quelques hommes qui réussissent à voir les excès d'un comportement raciste et décident de changer les choses), on retrouve un peu du grand Raoul Walsh de They died with their boots on... mais un peu, parce que a genèse de ce film a du être difficile, pour plusieurs raisons: Walsh n'est définitivement plus tout jeune (même s'il n'a que 77 ans) et à l'heure où les western n'en finit plus de subir des mutations, il a fallu plusieurs producteurs à se succéder autour du projet...

Frais émoulu de West Point, le lieutenant Hazard (Troy Donahue) arrive à Fort Delivery en Arizona afin de participer à la réalisation du rêve d'un homme qu'il admire, le général Quait (James Gregory): mettre fin aux guerres Indiennes, en essayant de limiter les massacres, et en montrant une certaine décence vis-à-vis des populations Apaches... Parallèlement le lieutenant va aussi participer à un triangle amoureux: sur le point de se marier avec la nièce de Quait, Laura (Diane McBain), il tombe sous le charme de Kitty Mainwaring (Suzanne Pleshette), l'épouse du capitaine du bataillon...

Ca aurait pu, ou du, être une catastrophe, et parfois on sent la fatigue dans ce film situé entre deux époques, l'une (les années 50) où Walsh a donné les derniers chefs d'oeuvre de sa longue et glorieuse carrière, et l'autre (la fin des années 60) marquée par les protestations, les révolutions les plus diverses, et qui est pour le cinéma une ère de chamboulements stylistiques: ces derniers n'affecteront en rien le cinéaste, bien entendu. 

Mais Walsh entend bien faire valoir ses points de vue, et cet éternel insatisfait a son mot à dire sur la fin du XIXe siècle et la façon dont le gouvernement Américain a liquidé les affaires Indiennes... Il le montre ici plus qu'il ne le démontre. Et son film, avec ses défauts comme ses qualités, se situe dans une veine assez proche de celle de Cheyenne Autumn, mais en plus narquois que le film de Ford. S'il choisit de montrer la fin des conflits d'une façon positive, il en profite pour ironiser sur les politiciens, les pontes de l'armée et tant qu'à faire le progrès, en nous montrant un ministre (Kent Smith) incapable d'utiliser un téléphone avec aisance pour communiquer avec le président Chester Arthur.

Et puis, le metteur en scène, s'il a filmé ici des Apaches de pacotille, a au moins la double satisfaction de finir sa carrière sur un western et de le faire en Arizona, dans des décors grandioses et chers à son coeur, où il peut une dernière fois orchestrer les charges avec le talent qui avait tant impressionné David Wark Griffith lui-même...

 

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Published by François Massarelli - dans Western Raoul Walsh
16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 13:05

Au moment d'aborder ce bien curieux film, il me semble opportun de rappeler que dans les années 50, à cause de situations légales et fiscales bien particulières et dont l'énoncé serait fastidieux, de nombreux studios se sont trouvés dans l'obligation de produire des films à l'étranger, et notamment en Europe. Ca a donné, entre autres, To catch a thief (Alfred Hitchcock, 1955) et Two weeks in another town (Vincente Minnelli, 1962). Mais ce film de Walsh n'est décidément ni l'un, ni l'autre...

Jonathan Tibbs, fils d'une excellente famille britannique, est un incapable notoire: inventeur raté, il n'a jamais été capable de faire quoi que ce soit pour l'entreprise familiale, une très prestigieuse fabrique d'armes à feu. Il va donc devoir accepter une mission, celle d'aller selon sa propre suggestion "là où notre produit se vendra", c'est-à-dire dans l'Ouest Américain, encore à conquérir. C'est donc un quidam fortement décalé qui arrive quelques temps plus tard à Fractured Jaw, un petit patelin où les indiens sont turbulents, les familles ennemies, et le cimetière l'entreprise la plus florissante de la localité... Lui, le pied-tendre ultime, va pourtant y devenir le shérif...

Côté pile, un décalage entre le bourgeois Britannique et les bouseux de l'ouest, propice à la comédie, une vedette féminine en vogue (Jayne Mansfield), un petit monde westernien sur-représenté avec les silhouettes de Bruce Cabot et Henry Hull, des décors Espagnols qui arrivent à peu près à passer pour ce qu'ils ne sont pas. De l'autre, le sentiment que personne n'a pris ce film au sérieux, qui accumule les clichés sans en faire une histoire valable, où le principal gag reste que le héros ne comprend rien quand on lui parle, parce qu'il ignore l'argot. Sauf que quand Jayne Mansfield parle, la pauvre, on en comprend en effet rien du tout. Et si je dois dire qu'elle chante mieux que Marilyn Monroe et Marlene Dietrich réunies (il n'y a aucune difficulté, je sais), c'est bien son seul talent, car elle est nullissime.

Elle n'est pas la seule, en fait: ce film, où l'on convoque les clichés du western pour ne rien leur opposer, et avec son héros irritant au possible, est une tâche malodorante dans la prestigieuse carrière de son metteur en scène. Et je pense qu'il n'a pas attendu la fin du tournage pour s'en apercevoir, d'ailleurs.

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Published by François Massarelli - dans Western Comédie Raoul Walsh
12 juillet 2019 5 12 /07 /juillet /2019 16:19

Et nous retournons vers la guerre du Pacifique, qui décidément hantait Raoul Walsh, pour un film à l'histoire troublée... Qu'on s'en souvienne, le roman de Norman Mailer avait bouleversé Charles Laughton et son partenaire de The night of the hunter, Paul Gregory: l'idée était de reprendre la même équipe (Laughton, Gregory, Mitchum et le chef-opérateur Stanley Cortez) pour tourner une adaptation "sans concession" du roman... L'insuccès de leur premier long métrage en a décidé autrement... C'est donc une production RKO, distribuée par Warner (le studio RKO en était vraiment à la toute fin, après de rocailleuses années 50), mise en scène par Raoul Walsh, sur un script qui n'est qu'officiellement de Denis et Terry Sanders, les deux auteurs qui avaient été engagés par Paul Gregory. L'image est signée de Joseph LaShelle, en lieu et place de Cortez, et Paul Gregory est bien crédité en tant que producteur... Cerise sur le gâteau, la musique du film est une partition agressive et totalement appropriée de Bernard Herrmann...

On se souvient de Battle Cry dans lequel les Marines devaient accomplir leur devoir, et faire le sale boulot attendu d'eux, tout en rêvant au retour... On se rappelle aussi de Objective Burma, où des soldats coincés en pleine jungle devenaient les prisonniers d'une jungle des moins rassurantes, tombant de piège en piège au gré des embuscades des soldats Japonais qui se confondaient avec la végétation! Ce sont ces deux aspects qui se retrouvent entremêlés dans ce nouveau film, avec une nouvelle dimension de réalisme sordide, et aussi une réflexion amère sur la bêtise humaine face au pouvoir...

Comme dans les deux films précédents, ça passe plus par une galerie de personnages que par l'intrigue, mais Walsh ne refait pas celle de Battle Cry, dont les "types" sympathiques auraient ici été trop empreints de clichés. Et "l'arrière" qui était ce lieu mythique vaguement considéré comme une récompense, ou comme le "repos du guerrier", agit ici plus pour donner une sorte de contexte et de profondeur à certains personnages... Surtout un, en fait: le sergent Croft (Aldo Ray), dur, menteur, tricheur et manipulateur; autant de qualités qui en font pourtant un excellent soldat! Mais il a un secret qui explique en partie sa dureté, un secret sur son intimité qu'il va nous falloir deviner entre les lignes de flash-backs disséminés dans les deux premiers actes. Les autres personnages développés sont au nombre de deux: le général Cummings (Raymond Massey) est tellement auto-satisfait qu'il voir arriver le jeune lieutenant Hearn (Cliff Robertson), un fort-en-gueule mais qui a oublié d'être stupide, comme une opportunité d'affirmer sa supériorité. Il va oublier d'en être un bon commandant en chef... Hearn, de son côté, semble s'être trompé de vocation, comme en témoigne une scène à la fois hilarante et épouvantablement triste qui voit, sans aucun dialogue, Hearn collectionner les conquêtes (parfois jusqu'à trois en même temps). 

L'intrigue va en fait consister à ce que toutes les scènes du film contribuent à mettre le lieutenant Hearn en contact avec Croft, pour une mission suicide qui va tourner à l'affrontement sournois entre es deux hommes, au détriment des soldats bien entendu. Et le principal enjeu, pour Walsh, aura sans doute été de flirter avec les audaces du livre, tout en rendant le film acceptable pour le Hollywood de 1958! Donx exit le langage rude, et si le caractère éminemment sexuel des liens qu'entretiennent les soldats avec l'arrière est maintenu dans le film, il a été rendu acceptable, d'une part par des raccourcis mais aussi par des coupes: Walsh disait de ce film qu'on lui avait enlevé les nus et laissé les morts! Mais c'est à porter à son crédit de dire que c'est l'un des films les plus avancés de la période classique en ce domaine...

Au final, avec son cinémascope superbe et ses couleurs qui n'essaient pas d'être trop jolies, mais rendent justice à la réalité des combats et de l'ordinaire des soldats, c'est un grand film de guerre, âpre et brutal, qui réussit à ne pas trahir le message du roman, en faisant de la guerre un spectacle par exemple. Walsh n'a pas commis cette erreur, et a fait comme il l'a toujours fait, que ce soit pour ses films de guerre ou ses westerns: les batailles sont un contexte auquel il faut survivre. Mais cette fois-ci, l'éthique est en concurrence avec l'ambition, la folie du pouvoir et la frustration: les hommes vont en baver...

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh
11 juillet 2019 4 11 /07 /juillet /2019 15:39

Quand on aime le cinéma, il faut parfois savoir laisser de côté tout raisonnable et tout sens de la mesure... Et faire des arrangements avec l'idéologie aussi. Comment par exemple accepter de se vautrer aujourd'hui en spectateur conquis, devant Gone with the wind, devant The birth of a nation, voire devant M de Fritz Lang? Je m'explique: l'époque dans laquelle nous vivons, où le spectre du racisme, de l'intolérance et des extrémismes de tout poil n'incite pas à l'indulgence devant le romantisme d'un film qui semble proclamer l'importance de l'idée romantique du Sud à n'importe quel prix, ou même comme le fait le film de Griffith, désigner le Ku-Klux-Klan comme une sorte de sauveur de la cause Sudiste. Et que dire d'un film comme l'admirable oeuvre de Lang, peut être aussi bien interprété contre que pour la peine de mort? S'imagine-t-on dire "c'est un chef d'oeuvre mais"?

Je me pose ces questions sans les poser, c'est juste l'enseignant en moi qui s'interroge. Et ces questions , il est probable que Raoul Walsh, qui rappelons-le, était non seulement acteur mais aussi assistant réalisateur sur The birth of a nation, n'a pas pu ne pas se les poser, tout comme il a du se rendre compte du fait que le film qu'il réalisait ici allait forcément être comparé avec Gone with the wind, et allait forcément être un jour regardé sous toutes les coutures pour lui délivrer, ou non, un certificat de viabilité... Car ce dont parle Band of angels, c'est une fois de plus le coeur du vieux Sud, et je ne parle pas seulement des beaux paysages... C'est bien de cette fascinante identité construite sur les mensonges et l'ignominie de l'esclavage...

Et puis, si le cinéma st souvent basé sur la suspension de l'incrédulité, ici on est plus que servi: à l'instar d'un personnage de la nouvelle de Kate Chopin, Désirée's baby, Amantha Starr doit affronter une quête identitaire sérieuse: elle est, elle ne le sait pas, la fille d'une esclave, et lorsqu'elle l'apprend elle est vendue dans la minute, un peu en bonus gratuit d'un paquet de viande humaine: elle est presque un porte-clés. Mais l'actrice qui l'interprète, c'est Yvonne de Carlo, donc il nous faut accepter, pas d'autre choix si on veut que le film fonctionne... Il nous raconte les péripéties de la vie d'Amantha, la jeune femme élevée comme la fine fleur du Sud par un papa aimant, mais trahie par ses origines, et qui va dans sa "vie d'esclave" passer par beaucoup d'aventures en raison du paradoxe de son apparence. Vendue, achetée, convoitée, quasiment violée, et toujours sauvée in extremis, ou par des gens avec des idées derrière la tête...

Car le film, qui ressemble dans sa structure épisodique à une sorte de nouveau Gone with the wind avec réactualisation, est aussi et surtout une formidable galerie de personnages: outre Amantha Starr, qui a été élevée non seulement dans un certain raffinement, mais aussi avec une grande tolérance à l'égard des esclaves, nous faisons la connaissance de Seth Parton, le pasteur passionné qui milite pour l'abolition de l'esclavage, mais qui est prêt à coucher avec Amantha puisqu'elle est noire et que ça n'a pas d'importance; de Rau-Ru, l'esclave élevé par son patron comme un blanc, qui a des fonctions élevées auprès de son propriétaire, mais qui hait sa condition à plus forte raison parce qu'on a fait de lui un secrétaire rigoureux et efficace; et puis bien sûr il y a Hamish Bond, le vieux planteur, ancien trafiquant d'esclaves mais capable de se remettre en question comme il l'a fait un jour en Afrique devant le massacre d'une tribu. Au fait, c'est Clark Gable...

Et tous ces personnages tournent autour de la jeune Amantha, révélant dans une anecdote qui flirte avec les codes du roman initiatique, les véritables valeurs d'une société basée sur l'esclavage, mais aussi de ceux qui comme Seth la combattent. On a parfois l'impression que Walsh s'est donné comme mission de faire une sorte de Gone with the wind, mais à l'envers, car le souhait ardent de Manty Starr devient une sorte de préservation de son univers, quelle soit blanche ou noire. Et derrière Rau-ru, interprété avec sensibilité par Sidney Poitier, se cache une sorte de lutte interne pour le sens de la vie, car Rau-Ru apprend au terme d'une bataille avec lui-même qu'il n'est pas vraiment un esclave, à l'inverse de Manty Starr: derrière le souffle épique, la beauté plastique ébouriffante de ce film, le vieux renard qu'est Walsh ne peut s'empêcher de diffuser une cruelle ironie, accomplissant avec Band of angels un film que les historiens auront beau jeu de trouver louche, ça ne le rendra pas moins magnifique.

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh
8 juillet 2019 1 08 /07 /juillet /2019 07:16

Dans le Montana, en 1866, deux hommes tentent avec difficulté de passer un col enneigé, avec leurs chevaux; ils peinent, et pour cause: l'environnement les change de leur Texas d'origine... Ce sont les frères Allison (Ben, Clark Gable et Clint, Cameron Mitchell) , deux anciens confédérés qui ont quitté le Sud pour changer de vie, et passer à autre chose... et accessoirement se rapprocher de mines d'or. Ils enlèvent un éleveur et notable, Nathan Stark (Robert Ryan), après avoir tenté de lui soutirer de l'argent, mais pendant qu'ils trouvent refuge dans une cabane, il les convainc de s'associer avec lui, car il a besoin d'aide pour une grosse affaire: ramener un troupeau géant pour le vendre dans le Montana. En chemin, ils vont venir en aide à une jeune femme, unique rescapée d'une attaque d'Indiens: Nella Turner (Jane Russell) a vécu, elle est habituée à vivre à la dure, et le coup de foudre avec Ben Allison est réciproque. Sauf que lui a tendance à se contenter de ce qu'il a, et elle souhaiterait s'élever un peu... Après une nuit partagée par les deux, ils vont se fâcher, et Nella va trouver refuge auprès de Stark...

C'est un western modèle, épique et totalement satisfaisant, où Walsh retrouve le souffle narratif de The big trail (Dont il reprend d'ailleurs certains épisodes, dont le difficile passage des chariots à flanc de montagne), les grands espaces aussi... Et il livre une fois de plus une méditation sur l'homme Américain, un peu revenu toutefois, non seulement du romantisme Sudiste, même si les frères Allison sont bien deux héros positifs qui en participant à la cause confédérée, ont tout perdu, mais aussi du mythe de la destinée manifeste... Nella Turner, personnage complexe et riche, interprétée avec verve par Jane Russell, se retrouve face à trois hommes qui représentent à eux seuls une sorte d'état des lieux du western...

Nathan Stark, l'ambitieux et riche notable, représente l'homme qui a oublié sa part de nature, et se jette corps et biens dans les causes douteuses. Il est riche, certes, il a de l'influence, mais est-il un "tall man", un homme d'envergure tel que le rêve Nella? Il a tellement oublié son humanité qu'il parle de la jeune femme comme d'une possession. Clint Allison est lui beaucoup plus 'nature'; un peu trop en fait. Il boit, a la gâchette facile, ne souhaite pas avoir d'attaches, et possède quand même de sérieuses qualités de scout. Ce qui lui coûtera la vie... Il est le prototype même du cow-boy sans avenir. Enfin, Ben, un homme qui a eu des causes lui aussi, et ne les a pas oubliées, même si son pragmatisme lui docte de ne pas s'acharner. Il se présente, à deux reprises, comme un quart Comanche, et est au plus près de la nature. Il est dur, mais a son propre code d'honneur... C'est bien sûr lui, l'idéal de Nella, mais il faudra qu'elle abandonne ses rêves de grandeur pour pouvoir l'accepter...

Et toute cette histoire est contée avec grandeur par Raoul Walsh, dans un Cinémascope de luxe (Raoul Walsh, ne l'oublions pas, est un ds pionniers de l'écran large, et sait parfaitement composer ses plans en fonction du dispositif du Cinemascope) et  un Technicolor aux belles teintes bien plus réalistes que d'habitude. La palette choisie n'est pas rutilante, elle est juste. Des monts enneigés du Montana (des images qui ne trichent absolument pas) au convoyage de milliers de vaches dans les plaines arides du Texas, de bivouac en embuscade d'Indiens, Walsh nous donne à voir un des derniers westerns classiques et épiques, avant les remises en cause des années 60, sans jamais perdre en crédibilité. Lui qui a toujours affiché avec insistance une sympathie pour la cause Sudiste (pas l'esclavage, l'indépendance des états), nous montre surtout comment les hommes avancent et comment l'Ouest aurait pu être à la fois conquis et préservé, avec des hommes comme Ben Allison: un homme d'envergure.

 

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Published by François Massarelli - dans Western Raoul Walsh
3 juillet 2019 3 03 /07 /juillet /2019 10:10

L'homme, dans son environnement: la nature bien sûr, dans The big trail, mais celle-ci peut aussi être hostile: en témoignent les deux faux jumeaux, Objective Burma et Distant drums... Et l'environnement, ça peut être tout autre chose, comme dans The roaring twenties, The strawberry Blonde voire The Bowery: un milieu, un monde même, un univers dans lequel trouver sa place, quitte à remuer ciel et terre (Gentleman Jim, They died with their boots on). Je parlais d'Objective Burma plus haut, et je pense que ce film de guerre est l'une des plus importantes oeuvres de son auteur, sa première occasion de s'intéresser à la guerre du Pacifique. Il ne pouvait qu'y revenir, il l'a fait: Battle cry en est un formidable exemple...

1942: les Etats-Unis sont en guerre, et la jeunesse s'engage. Nous suivons le individus qui composeront un bataillon de Marines, depuis leur voyage en train, jusqu'à l'accomplissement de leur mission. Peu de batailles pourtant, et parfois elles ne sont qu'esquissées. C'est que le film incorpore l'acte guerrier dans un ensemble plus vaste, qui comprend aussi (on a envie de dire et surtout) l'éloignement affectif, mais également le doute, la camaraderie, et l'esprit de corps... 

C'est donc un film choral, dans lequel Wlsh se concentre surtout sur un certain nombre de personnages. Certains restent bien schématiques, mais on peut au moins apprécier de les reconnaître... Cela étant dit, si Walsh ne reste pas trop longtemps sur les deux personnages de Navajos, il a au moins le mérite de rappeler le rôle crucial joué par cette nation indienne durant la seconde guerre mondiale. Il s'est donc concentré sur les personnages de Danny (Tab Hunter), le gendre parfait qui s'encanaille au contact d'une belle dame mariée et éloignée de son mari; Andy (Aldo Ray), le bûcheron fort en gueule, qui fond complètement au contact d'une veuve de guerre qui ne souhaite pas revivre le même calvaire qu'avec la mort de son mari; Huxley (Van Heflin), le gradé qui chapeaute tout ce petit monde avec sévérité mais aussi et surtout une grande humanité. Autour, dans une ambiance joyeuse mais disciplinée, le monde s'agite, et on reconnaîtra les uns et les autres: Joe, le voyou qui va montrer un peu de camaraderie au fur et à mesure de l'avancée du film, Marion l'intellectuel, et Mac, l'officier proche de ses hommes.

Il y a certainement quelques fadaises, et le film n'est ni M.A.S.H., ni un pamphlet antimilitariste. Je pense plutôt qu'il s'agit d'une de ces études en humanité, dont les plus anciens exemples dans la carrière de Walsh remontent à ses films muets: pour ceux qu'on peut encore voir aujourd'hui, Regeneration, le film dans lequel il montrait avec élégance toute une humanité rarement montrée au cinéma, et What price glory? qui montrait l'importance de ce qu'on pourrait appeler "le repos du guerrier"... Il retourne à cette verve, mais sur un mode plus grave, car les temps changent, et la seconde guerre mondiale, pour les Américains de 1955, est une plaie encore béante...

Mais avec le renfort d'une palette superbe de couleurs (Walsh, je pense, est l'un de ceux qui a le mieux utilisé cette tendance à la fois quotidienne et naturaliste du Technicolor et des ses petits cousins, et il le prouve ici une fois de plus), et une première utilisation spectaculairement maîtrisée de l'écran large, et avec une flopée de nouveaux venus souvent doués, il fait des miracles, et nous montre sans trop de fards la vérité quotidienne de ces gamins grandis trop vite, qui doivent devenir un peu plus vieux en cours accélérés sous les balles. Son film évalue ainsi le milieu dans lequel tous ces gamins et les quelques adultes qui les entourent évoluent.

Et ça commence dès la première scènes, à Baltimore où Danny dit adieu à ses parents et sa petite amie: les parents sont divisés, la mère anxieuse de voir son fils partir pour la guerre, et son père qui lâche un laconique 'I'm proud of you, son'. Ils sont, finalement, tous les deux un peu à côté de la plaque. Danny et les autres viennent d'entrer dans la vie, et dans une expérience qui les définira, et les marquera à tout jamais. On a beau attendre, avec les soldats, les batailles du début à la fin du film, celui-ci se déroule sans nous lâcher...

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh
2 juillet 2019 2 02 /07 /juillet /2019 15:49

Je suppose que ça ne surprendra personne, mais ce film se passe au Canada, dans le Saskatchewan justement. Sous de majestueux sommets enneigés, au bord de lacs sublimes, c'est le drame de tout un pays qui se joue: alors que les Sioux viennent de réussir un pari impossible aux Etats-Unis, à savoir soulever plusieurs nations Indiennes pour mettre une copieuse pâtée à Custer, ils ont l'idée de recommencer au Canada, et tentent de rallier la nation Cree à leur cause. Mais ceux-ci, qui vivent en paix, ne souhaitent pas se retourner contre les gens de la police montée, les "tuniques rouges", qui jusqu'à présent les ont laissés libres et armés, pour pouvoir chasser ou se défendre...

Tout est dans le "jusqu'à présent": alarmés par la présence signalée de Sioux du côté Canadien, les Mounties reçoivent l'ordre de désarmer les Crees; du coup, ceux-ci envisagent de rejoindre les Sioux dans leur folie meurtrière, ce qui risque de porter un coup fatal à l'amitié entre l'inspecteur de la police montée Tom O'Rourke (Allan Ladd) et son frère d'adoption, le Cree Cajou (Jay Silverheels)...

A cette intrigue, vient se greffer l'aventure de Grace Markey (Shelley Winters), une fuyarde Américaine, recherchée pour un meurtre dont elle est en fait innocente. Tout ce petit monde va donc jouer à cache-cache avec les Indiens, remonter les rivières, bivouaquer, subir les ordres idiots d'officiers ignorants, et ne jamais quitter l'ombre majestueuse des superbes montagnes citées plus haut...

C'est un film qui vaut, je regrette de le dire, surtout pour son côté décoratif: il en faut! Mais soyons juste: il manque de grandeur, et je parle en fonction du fait que Raoul Walsh est le réalisateur de The big trail et de Objective Burma. On retrouve un peu de l'enjeu de ce dernier film dans la fuite compliquée des mounties et leur jeu de cache-cache avec les Indiens, mais sans l'urgence et l'horreur sous-jacente du destin des soldats du film initial. Une autre chose qui manque, est le rapport de l'homme à la nature, un thème qui reviendra heureusement à Raoul Walsh d'ici peu, tant il est vrai que depuis Distant Drums, on a l'impression que les films se succèdent à un rythme effréné, mais que le coeur du vétéran Walsh n'y est plus... Restent, je le répète, d'admirables paysages... Que voulez-vous, les lacs, les montagnes... On ne s'en lasse pas!

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Western
1 juillet 2019 1 01 /07 /juillet /2019 09:14

Le titre annonce tout de suite la couleur... Gun fury est un (petit) western avec lequel la Columbia cherche à rattraper le train de la 3D, une technique qui ne durera qu'un temps, et dans laquelle Warner restera sans doute le leader. Walsh n'a pas grand chose à faire du procédé, et s'en débarrasse en proposant deux ou trois plans spécifiques: un crotale qui bondit vers la caméra, un bandit qui jette un couteau, puis une pierre. Pas de quoi fouetter un chat, et de l'esbroufe indigne du metteur en scène... Qui a trouvé son intérêt ailleurs.

En Arizona, quelques années après la fin de la guerre civile. Dans une diligence, les passagers devisent... Parmi eux, une jeune femme d'origine Sudiste, Jennifer (Donna Reed) vient rejoindre son fiancé avec lequel elle doit se marier quelques jours plus tard. D'autres hommes, Sudistes également, engagent la conversation avec elle, dont Slayton, un ancien officier (Philip Carey); arrivés à une étape, les voyageurs retrouvent Ben (Rock Hudson), le fiancé de la jeune femme. Une conversation entre Slayton et Ben tourne à l'évidence: les deux hommes ont eu l'impression de perdre beaucoup avec la guerre, mais l'un d'entre eux, Ben, en a conclu qu'il fallait voir ailleurs et ne rêve que de paix et de tranquillité, alors que l'autre, Slayton, a un désir de vengeance, et de prolonger la guerre... Quand la diligence repart, Slayton et Jess, son compagnon de voyage (Leo Gordon), se retournent contre les passagers et les conducteurs, et volent l'or qu'elle contient. Ils emmènent aussi Jessica, à l'insistance de Slayton... Une poursuite s'engage...

Les deux choses qui ont motivé Walsh dans ce film, manifestement, sont l'envie de faire un film où tout ne serait qu'action et mouvement, d'une part et d'autre part une certaine forme de méditation romanesque inattendue sur le devenir du Sud et sa trace dans l'aventure de l'Ouest... A des degrés divers, Donna Reed, Rock Hudson et Philip Carey interprètent tous un éléments du puzzle.

Faire un film sans temps morts, c'est une des spécialités de Walsh, et il s'y emploie ici avec abnégation. C'est donc très court, 83 minutes, ce qui arrange tout le monde car à cette époque hautement expérimentale, les promoteurs de la 3D ne voulaient pas prendre de risque et proposaient des programmes assez courts, ou, comme Dial M for murder, dotés d'entr'actes afin de reposer les yeux des spectateurs. Mais si Walsh n'a aucun mal à faire un film qui bouge tout le temps, il perd en substance sur la distance, et le film peine à briller dans l'ensemble de sa production... On pourra au moins se réjouir de voir Walsh s'amuser à son tour dans Monument Valley, et saupoudrer son film d'allusions à d'autres de ses westerns: un peu The Lawless Breed (Dans la diligence, les voyageurs devisent sur les hors-la-loi qui se sont récemment distingués, et parlent de Wes Hardin), et beaucoup In old Arizona (Les décors, mais aussi l'idylle passée entre Slayton et une jeune femme Mexicaine, qui vit dans une cabane et attend en permanence son retour)...

Le romantisme Sudiste a souvent plus attiré les cinéastes que les visions Nordistes. C'est dommage, mais ça va souvent avec le western... Ici, on a donc trois personnages qui représentent, chacun d'entre eux, un aspect du Sud: Jennifer est une "Southern belle", une de ces femmes élevées dans la tradition d'une sorte d'élite, et qui étaient plus ou moins intouchables. Sans surprise, elle va en baver, puisque Slayton, dans sa folie de possession de la jeune femme, ira jusqu'au viol! Le bandit est étonnant, dans la mesure où Walsh en a presque fait un personnage de premier plan, un jusqu'au-boutiste qui accumule les cadavres autour de lui, dans une fuite en avant qui confine à l'escalade meurtrière pure et simple. Il se conforme à l'image des Jayhawkers, ces soldats sudistes qui refusaient l'armistice et continuaient "leur" guerre dans l'illégalité en allant jusqu'à devenir des bandits. Ils ont bien sûr, pour beaucoup d'entre eux, émigré vers le Sud-Ouest, pour y semer la terreur, et profiter de la porosité de la frontière. Enfin, Rock Hudson qui revient une troisième fois travailler avec Walsh incarne une certain esprit pionnier des Sudistes venus trouver une nouvelle vie et repartir à zéro dans l'ouest. Il aspire à la paix, mais va être obligé par les circonstances à reprendre les armes...

Voilà qui fait au moins un film distrayant, et dans lequel les hommes et les femmes se définissent dans l'action. Un film à demi achevé, mi-programme de complément, mi-western symbolique. C'est peu, mais on s'en contentera...

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Western
28 juin 2019 5 28 /06 /juin /2019 17:05

Après Captain Horatio Hornblower, The World in his arms et Blackbeard the pirate, voici à nouveau un film dans lequel Raoul Walsh se frotte à des histoires de marins... Et c'est aussi l'un de ces films où le metteur en scène s'enfonce allègrement et sans scrupules dans son sujet, en gardant le cap vers la distraction pure et l'abstraction assumée... Tout en inaugurant une collaboration avec une actrice qui reviendra, Yvonne de Carlo. Notons que le film est une production personnelle, pour le compte de RKO, et sous pavillon... Britannique.

L'intrigue, volontiers embrouillée, concerne un marin de Guernesey, Gilliatt, qui accepte une mission, celle de transporter une comtesse Française vers le continent, sauf qu'elle n'est ni comtesse, ni Française. Commence alors une intrigue dans laquelle tout le monde trahit tout le monde, chacun choisissant son camp en fonction des affinités et/ou de l'intérêt immédiat...

C'est un film fait en toute liberté, dans laquelle Walsh s'amuse avec des gens qui sont tous des pieds de nez à l'engagement politique. Au final, bien sûr, rien d'autre ne compte que le rapprochement inévitable et réjouissant de Rock Hudson et Yvonne de Carlo, dont une fois de plus Walsh, qui avait déjà révélé une nouvelle facette de Ida Lupino et avait fort bien dirigé et exploité le potentiel de Virginia Mayo, va faire en quelque sorte une nouvelle égérie, le temps d'une poignée de films.

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh