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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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27 juin 2019 4 27 /06 /juin /2019 11:37

1896: John Wesley Hardin (Rock Hudson) sort de prison, et sa première visite sera pour le journal local: il y dépose son histoire, celle d'un hors-la-loi paradoxal, et le rédacteur en chef entame de suite la lecture qui s'avère passionnante: on y apprend comment Hardin, à peine sorti de chez son père qui l'a élevé à la dure, a tué un homme durant une partie de poker, mais en légitime défense... Pourchassé pour un crime qu'il estime ne pas en être un, désireux de s'affranchir de la conception morale rigoriste de son père, Hardin a aussi deux femmes dans sa vie: la gentille Jane Brown (Mary Castle), sage et réfugiée sous l'aile protectrice mais sévère du pasteur Hardin le père de Wes, et Rosie la fille de saloon (Julia Adams), qui sait très bien qu'elle vient après Jane dans le coeur du fougueux outlaw, mais ça ne l'empêche pas d'espérer... de jeu en évasion, de fusillade en poursuite, John Wesley Hardin tente d'échapper à une loi à laquelle il ne croit plus...

On se rappelle de George Custer: pas le vrai, celui que Walsh a concocté avec Errol Flynn; un maverick, un homme sans scrupules qui cherchait à compter quand même dans l'écriture de l'histoire des Etats-Unis. A sa façon, le John Wesley Hardin de Walsh, héros populaire dont on nous dit et on nous répète que certes il a tué des hommes, mais c'était lui ou eux, est un personnage totalement Walshien, un homme qui se définit par son action d'abord, mais qui paiera quand même sa dette à la société. Certes, c'est un peu manichéen, d'autant qu'à chaque choix, Hardin se retrouve confronté uniquement à l'adversité: la blonde ou la brune? la loi "divine" et forcément trop stricte de Papa Hardin, ou la loi aveugle de l'Ouest en devenir?

Mais Walsh maintient, après quelques films un peu trop lâches, une sorte de rigueur morale autour du personnage de Wes Hardin, auquel Rock Hudson et son manque total de flamboyance finissent par donner le meilleur des visages: un homme simple, aspirant au bonheur, mais sûr de son bon droit... Tout en étant soumis dans une évolution salutaire au doute de l'âge adulte. Et le doute ici est apporté par l'amour d'une femme, interprétée avec intelligence par Julia (Future Julie) Adams, elle aussi une créature totalement Walshienne. Il y a, dans l'amour entre Rosie et Wes, une série de réminiscences formidables, on y retrouve le couple Lupino-Bogart de Hugh Sierra, ou encore Virginia Mayo et Joel McCrea dans son remake Colorado Territory; on pourrait aller jusqu'à tenter une comparaison avec Gloria Swanson et Raoul Walsh lui-même qui lui donnait la réplique (muette) dans Sadie Thomson, et constater que le metteur en scène à la réputation d'indicible macho se laisse ici aller à une représentation d'amour fou assez inattendue. Rien que pour ça, ces 83 minutes en Technicolor de western impeccable valent le détour!

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Published by François Massarelli - dans Western Raoul Walsh
26 juin 2019 3 26 /06 /juin /2019 15:32

18e siècle: Le lieutenant Maynard (Keith Andes) a une mission, celle de prouver que le corsaire Henry Morgan est en réalité un pirate. Il vient donc en qualité de chirurgien sur le bateau du capitaine Bellamy... Que nous ne rencontrerons pas, puisqu'au moment où le film commence, il vient de perdre son bateau, accaparé par le cruel Ned Teach, dit Barbe-Noire (Robert Newton), et subséquemment, Bellamy a aussi tant qu'à faire perdu la vie. Le bateau part donc pour une série d'aventures difficiles à résumer, en compagnie de Maynard, mais aussi de la belle Edwina Mansfield (Linda Darnell), qui s'apprêtait à partir en compagnie de Bellamy, mais qui est aussi convoitée par Morgan...

"Difficile à résumer" en effet, le film semble obéir aux caprices de sa paradoxale vedette, ce pirate dont Robert Newton donne un portrait délirant, exagérant absolument tout, au risque d'ailleurs parfaitement calculé de flanquer toute tentative de sérieux par la fenêtre... L'intrigue du film est située de bateau volé en bateau coulé, de trésor enfoui en traîtrise caractérisée, et Barbe-Noire n'a peut-être pas son pareil en ce monde pour s'entourer de traîtres, mais avec lui, ils sont à bonne école. 

Tout se passe d'ailleurs comme si Walsh nous poussait à adopter le point de vue du pirate le plus immoral, le plus grossier qui soit. Il est assez difficile de s'intéresser à ce pauvre Maynard qui finit par ressembler à un prétexte cinématographique, et puis clairement, on le voit bien, tout ce spectacle en Technicolor rutilant, c'est finalement de la bonne grosse rigolade! Un film de pirates avec à peu près tout ce qu'on en attend.

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh
17 juin 2019 1 17 /06 /juin /2019 16:00

1850, à San Francisco, nous faisons la connaissance du capitaine Américain Jonathan Clark, désireux d'acheter l'Alaska aux Russes, qui ont quelques soucis de budget; nous voyons aussi "Le portugais", un autre marin encore plus malhonnête, leurs équipages respectifs, une comtesse Russe qui souhaite échapper à un mariage et un phoque... Et à un moment ou un autre, tout ce petit monde se retrouvera bien sur l'eau, non?

Après la structure épisodique de Captain Horatio Hornblower, qui commençait par une aventure pleine de majesté avant de bifurquer vers du tout-venant sympathique, Walsh pour son premier film à la Universal se retrouve avec de nouveau Gregory Peck, et un script auquel Borden Chase a participé, mais ça ne se voit pas tant que ça... La première partie, située à San Francisco, épuise très rapidement les effets comiques du manque total de retenue des marins face à une bonne société pincée, et traîne en longueur pour appliquer de façon plus ou moins artificielle, d'un côté une idylle (avec Ann Blyth en princesse russe) et de l'autre une rivalité d'ivrognes avec Anthony Quinn. La deuxième partie se perd dans les méandres de scènes dont les effets spéciaux poussifs trahissent le manque d'intérêt de l'équipe, et si ce  n'était pour l'effort concernant les couleurs, il n'y aurait pas grand chose à glaner dans ce film...

Disons malgré tout que Walsh y montre sa conception de l'homme qui fait avancer l'histoire, et bien sûr c'est un homme d'action, Gregory Peck dans ce film sans relief rejoignant malgré tout la galerie des obscurs aventuriers qui, pour le réalisateur, sont les vrais architectes du monde d'aujourd'hui...

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh
16 juin 2019 7 16 /06 /juin /2019 11:08

On va le dire tout de suite, ce film est un remake de Objective Burma, mais transposé dans l'Amérique de 1840, il nous raconte un épisode probablement glorieusement faux de la guerre contre les Seminoles, une peuplade Indienne qui refusait la re-localisation que le gouvernement des Etats-Unis imposait aux tribus locales à chaque fois qu'on remodelait les cartes... C'est le futur président Zachary Taylor qui était à la manoeuvre lors des événements racontés dans le film, mais le militaire en charge des troupes dans le film, qui doivent rejoindre comme Errol Flynn et ses hommes dans le film de 1945, un point de ralliement mais risquent de se faire massacrer à tous moments, est le capitaine Quincy Wyatt (Gary Cooper), qui connaît bien la région de Floride où l'action se passe, puisqu'il y habite...

Côté pile, c'est un spectacle en Technicolor, débarrassé du message d'urgence du premier film tourné alors que la guerre du Pacifique continuait. Ici, c'est le plaisir qui est visé, celui du spectateur bien sûr auquel on offre des aventures dépaysantes, romancées, et vaguement crédibles. Wyatt est un personnage ombrageux mais valeureux, miné par la mort de son épouse Creek (oui, c'est un homme doté d'une ouverture d'esprit importante), et qui élève son fils, un tout petit Indien, à la dure mais avec amour. On lui a flanqué un "love-interest" assez bidon, en la personne de Mari Alden, qui n'est absolument pas Virginia Mayo... Et les notations sur la vie entre garçons dans la jungle, disparaissent au profit d'un côté boy-scout distrayant...

Mais côté face, ça reste un film mineur, distrayant certes, mais surtout réduit à ses passages obligés. Maintenant une vision de ce film à un âge tendre m'a sans doute donné envie de vivre ce genre d'aventures lacustres et aquatiques, mais je ne suis pas un grand fan de l'opportunité de me faire bouffer par un caïman... Bref: si ce presque western (pas de chevaux, et une action située fermement à l'Est) est plaisant, il confirme que Walsh commence à tourner en rond à la Warner à cette époque...

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Western
14 juin 2019 5 14 /06 /juin /2019 17:17

En 1807, un navire de sa très gracieuse majesté le Roi d'Angleterre croise dans le Pacifique, au plus loin des combats, afin de remplir une mission secrète: apporter de l'aide à un petit tyran local qui s'est soulevé contre la couronne d'Espagne. Pris dans le feu de l'action, le capitaine Hornblower (Gregory Peck) livre au potentat en question un navire Espagnol... avant d'apprendre que la marine Espagnole vient de s'allier avec l'Angleterre! Dans la bataille qui s'ensuivra, Hornblower fera la connaissance d'une belle inconnue, de la cour d'Angleterre, Lady Barbara (Virginia Mayo); il gagnera aussi l'affection durable de ses hommes. Enfin, il ira d'aventure en aventure, tout en permettant à l'Angleterre de gagner des points dans son opposition à Napoléon.

...Mais ça, ce n'est pas le plus important: le héros de Raoul Walsh se définit dans l'action, pas dans l'engagement politique. Ce que confirme le cafouillage initial, avec la gaffe de Hornblower qui annonce avoir donné un bateau à un fou furieux qui est désormais un ennemi... Ombrageux, mais juste, le capitaine est un homme sûr de sa morale qui se fait aimer sur la longueur. Mais surtout c'est un aventurier particulièrement débrouillard! Marié, il ne peut laisser libre cours à ses sentiments pour la belle lady Barbara, et leur passion partagée sert de fil rouge, en même temps qu'un idéal commun de ces deux personnages dont l'accent Américain ne peut être masqué, même s'il sont supposés être deux représentants de la digne Angleterre!

Bref, ce film luxueux, tourné dans de superbes couleurs par un Raoul Walsh qui se laisse aller à la gourmandise de mettre en scène des combats navals de première classe, est une magnifique occasion de s'échapper dans les coulisses nébuleuses de l'histoire. Ce n'est pas sérieux, non, mais c'est du cinéma, quoi!!

 

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh
10 juin 2019 1 10 /06 /juin /2019 17:10

Ca commence par un plan circulaire, tourné depuis un promontoire en haut duquel la caméra nous montre toute une ville et les collines alentour... Un point haut placé, une image qui reviendra sans cesse dans ce film. Sans aucun jeu de mots, je pense que White heat est un triple sommet: dans le film noir d'abord, bien sûr; ensuite, dans la carrière longue et distinguée de Raoul Walsh, et enfin dans celle de James Cagney, qui a rarement été aussi loin dans un personnage, y compris dans l'admirable Public enemy de William Wellman...

Cody Jarett, un gangster particulièrement dur, mène une attaque de train dans un tunnel, qui se passe bien jusqu'à ce qu'un de ses complices ne dise son nom. Pris d'une frénésie de tuer, il élimine les deux chauffeurs, ce qui va déclencher un autre accident: un de ses complices est brûlé par la vapeur de la locomotive... C'est ainsi que nous faisons connaissance du personnage de psychopathe méthodique incarné par James Cagney. Mais le portrait n'est pas complet...

Une fois rentré chez lui, il sème et maintient la terreur parmi ses acolytes, s'en prend à son épouse Verna (Virginia Mayo) qui nous fait comprendre qu'elle préférerait passer du temps avec Big Ed (Steve Cochran), le plus contestataire des complices de Cody, et enfin il montre qu'il n'a confiance qu'en une seule personne sur terre: sa maman (Margaret Wycherly). Celle-ci le couve, et lui promet qu'un jour il sera "au sommet", on top of the world. Et surtout, elle l'assiste y compris quand il fait une crise de migraine, un petit héritage de son père, un gangster comme lui, mais qui a fini enfermé dans un asile.

Quand il est arrêté et enfermé pour un délit mineur, la police décide de lui adjoindre un co-détenu bidon pour infiltrer son gang: "Vic Pardo" alias Hank Fallon (Edmond O'Brien) va donc devenir l'indispensable allié, le confident, et s'efforcer d'être au dessus de tout soupçon.

Le film prend souvent une tournure documentaire, quand il nous plonge dans la vie carcérale, remarquablement dépeinte, ou quand les policiers "nous" expliquent de façon didactique de quelle façon ils vont procéder pour suivre Cody et sa bande. Un parcours très bien balisé, donc, mais qui connaîtra évidemment ses accidents, et ses imprévus. Le plus spectaculaire est sans doute ce moment en prison, quand Jarett demande à un nouveau venu des nouvelles de sa mère, et qu'il apprend la mort de cette dernière: la scène qui suit est sans doute l'une des plus phénoménales crises de folie de toute l'histoire du cinéma, particulièrement effrayante parce que justement totalement réaliste. Cagney va au bout de la folie, de la cruauté de son personnage, ce qui ne l'empêche pas de le rendre étonnamment touchant à l'occasion.

On ne s'étonnera par contre pas trop de la façon dont Walsh traite le film noir, comme s'il l'avait inventé. Le film est particulièrement cru, d'ailleurs, contribuant encore un peu plus aux égratignures de la censure que se permettait l'auteur de The naked and the dead à chaque fois qu'il le pouvait. Il est aidé dans cette tâche par Virginia Mayo, dont le personnage a une sensualité qui dépasse de partout. Mais il n'y a pas de glamour dans ce film extraordinaire qui reste l'un des chefs d'oeuvre de Walsh, et un portrait formidable de la folie en action.

Il a construit le dernier acte du film comme un crescendo émotionnel, qui nous implique en tous points, de l'intervention de la police à la présence de Hank Fallon parmi les bandits, en passant par la folie mégalomane de plus en plus palpable de Cody Jarett... qui finit par se trouver un promontoire digne de sa folie pour faire ses adieux: dans une explosion, il quitte la scène, en tirant un coup de feu sur le réservoir d'essence en forme de globe, qui lui sert de scène...

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Noir
8 juin 2019 6 08 /06 /juin /2019 16:46

En cette fin des années 40, Walsh est amené à refaire ses propres films à la Warner: ce n'était pas spécifique au metteur en scène de Gentleman Jim, du reste: n'avait-il pas, avec Background to danger (1943) et They died with their boots on (1942), revisité Casablanca (1942) et The charge of the light brigade (1936), respectivement, tous les deux de Michael Curtiz? Et ce dernier n'avait-il pas à son tour, en 1944, partiellement refait Casablanca avec Passage to Marseilles

Mais si Walsh revisite en mode mou The strawberry blonde dans One Sunday afternoon (1948), il va mettre beaucoup plus de lui-même dans ce film: Joel McCrea y incarne Wes McQueen, un bandit qui s'évade de prison juste avant son transfert dans une grande ville, et cette évasion est favorisée par un ancien associé, dans le but de profiter de l'expertise de McQueen pour un cambriolage de train. Le coup va être réussi, mais tournera au désastre en raison de l'incapacité et de la duplicité des associés de Wes...

Dans High Sierra, impeccable film noir, Humphrey Bogart incarnait un bandit d'un autre âge qui tentait malgré tout de trouver s place au soleil, se trompait de muse, et finissait par trouver l'amour avec Ida Lupino, juste avant d'accomplir son destin au pied d'une montagne. L'Amérique semblait continuer sans lui, alors que dans Colorado Territory (dont le final grandiose reste le plus beau moment du film) on a le sentiment que le monde qui entoure Wes McQueen disparaît avec lui... A Ida Lupino, succède Virginia Mayo, qui est excellente en sauvageonne revenue de tout, avec une sensualité à fleur de peau; elle est la première d'une série de jeunes héroïnes avec lesquelles Walsh va pousser un certain nombre de coups de boutoirs sur la censure tatillonne des années 40 et 50...

Quant à ce film, qui raconte à peu près la même histoire mais entièrement adaptée au western, il ne s'imposait certes pas, et il n'apporte sans doute pas grand chose ni à l'histoire initiale, ni au personnage. La rédemption offerte au personnage, thème éminemment Walshien par excellence, passe ici par un don inattendu fait par les deux personnages principaux à une église, dont la cloche sonne au final... Sans doute Bogart est-il largement au-dessus de McCrea, mais cette fin à la fois baroque et digne finit par envelopper le film dans une vision de tragédie qui emporte tout sur son passage...

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Western
5 juin 2019 3 05 /06 /juin /2019 16:34

Au terme de six années de collaboration entre les deux hommes, Raoul Walsh et Errol Flynn ont donc tourné ce dernier western ensemble, un genre qui leur convenait à tous deux, mais dont il n'auront pas pu sacrifier très souvent l'un avec l'autre: l'unique autre expérience du duo en la matière est cette merveilleuse épopée, They died with their boots on. Flynn était content d'avoir échangé Michael Curtiz contre Walsh: il pouvait enfin sympathiser avec son metteur en scène et se sentait épaulé, plus que jeté dans l'arène, à charge pour les acteurs de se débrouiller sans le réalisateur. C'est du moins ce qu'ont ressenti de nombreux acteurs sous contrat à la Warner qui ont tourné avec le Hongrois génial mais ombrageux... 

Et puis Flynn en avait assez de jouer les Robin Hood, les vaillants Capitaines Blood ou les Aigles de mers, vertueux et dotés d'un code d'honneur même dans la piraterie! Certes, il allait jouer des héros avec Walsh aussi. Mais les personnages qu'il va interpréter dans ces sept films (sauf peut-être l'officier de Objective Burma, et l'Australien de Desperate journey) ont leurs zones d'ombre: Custer est épouvantablement vaniteux, Corbett manipulateur et porté sur une exagération systématique qui le met en avant en toutes circonstances; dans Northern pursuit, on soupçonne le canadien d'origine Allemande d'allégeance au nazisme; dans Uncertain glory, Jean Picard est une fripouille... Pire, c'est un assassin! mais à chaque fois, il va finir le film par une mort héroïque, ou a tout prendre, une rédemption bien assumée.

Et justement, la rédemption est un thème éminemment Walshien, qui l'a donc illustré dans Uncertain glory, mais aussi à travers Arthur Kennedy dans They died with their boots on, et on peut ajouter les héros de The roaring twenties, High sierra, et bien d'autres. Mike McComb, dans Silver River, en fait partie: il est un officier de la guerre civile qui a un jour pris une bien mauvaise décision, mais qu'il estimait juste. Il a brûlé la paie des soldats (un million de dollars) pour qu'elle ne tombe pas aux mains des hommes de Jeb Stuart (un officier Sudiste interprété au passage par Flynn dans Santa Fe Trail de Curtiz); mais le geste lui a valu promptement une dégradation, que McComb a fait suivre d'une descente aux enfers d'un style bien personnel: il est devenu en fondant un saloon, le maître du jeu à Silver River, une ville située près de mines d'argent, et dont il ne va pas tarder à devenir le  maître tout court...

Walsh choisit une narration parfois assez ironique, ayant sélectionné pour permettre au public de s'identifier (car il est difficile de s'identifier à Flynn dans ces circonstances) le personnage d'avocat interprété par Thomas Mitchell. Celui-ci prête sa bonhomie et son humanité au personnage, largement inspiré des rôles tenus par Mitchell chez Ford. Mais surtout, il va incarner la part positive de McComb, alors que ce dernier va multiplier les actes carnassiers: laisser le principal propriétaire minier se faire massacrer par les indiens, lui piquer son épouse (Ann Sheridan), et au final écraser toute opposition pour devenir le maître de la ville, allant jusqu'à promettre deux trois mots doux au président Grant, mais ces promesses ne seront pas tenues. Durant tout ce temps, Mitchell sera le baromètre de la popularité de McComb...

Sauf que dans l'ombre du spéculateur sas trop de scrupules, d'autres agissent, et ils sont pires. J'en profite au passage pour saluer la présence, comme dans tant de films parlants de Walsh, de Monte Blue, le grand acteur du muet, qui comme d'autres (Leo White qui est ici un barbier), a été sauvé de la misère par le metteur en scène qui lui confiant des apparitions dans presque tous ses films. Ici, son personnage de politicien est bien plus qu'une apparition. Et Walsh de nous montrer que si l'Amérique a souffert de la rapacité des hommes comme McComb, elle en a probablement eu besoin. Mais il réserve ses coups de griffe pour les profiteurs de tous poils, qui sont prêts à aller jusqu'au meurtre... 

Ainsi le film obéit-il à une sorte de structure en grandeur et décadence, suivie... de rédemption, bien sûr, car c'est dans l'ombre de son double positif, l'avocat Plato Beck, l'homme qui a osé briser les secrets du 'grand homme' McComb, que ce dernier va enfin prendre sa vraie place dans la communauté de Silver River, songeant enfin au bien commun et non à sa seule personne. A ses côtés, son épouse Georgia interprétée par Ann Sheridan. Du coup, le film prend son temps, mais Walsh fait monter la pression jusqu'aux dernières scènes, dans lesquelles l'intrigue se pare des couleurs sociales des plus belles heures de la Warner...

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Western
1 juin 2019 6 01 /06 /juin /2019 16:43

1867: un joueur qui vient de ratisser un certain nombre de notables dans une ville de la frontière, se retrouve coincé: s'il veut qu'on lui laisse la liberté, il devra accepter une mission dangereuse. Il doit enquêter incognito et trouver l'identité du voleur mystérieux qui dévalise la Wells Fargo depuis quelques temps. Systématiquement, les diligences se retrouvent détroussées, sans que quiconque s'en soit approché, et le seul indice est un petit poème, laissé au fond des coffres vides... Jim Wylie, qui tient autant à la liberté qu'à ses cartes, accepte et part pour Cheyenne, la ville autour de laquelle les derniers hold-ups ont gravité...

C'est l'histoire de Black Bart qui a inspiré le scénario de ce film. Charles Boles (1828 - ?) était en effet un citadin qui avait suffisamment de renseignements sur les déplacements des diligences, pour ensuite se servir lui-même, en opérant des attaques à main armées, très théâtralisées: il était masqué, et avait lui aussi cette petite manie de laisser de courtes poésies, souvent tournées autour d'une petite vulgarité. Mais on attendrait de Walsh un film enlevé, et... celui-ci ne l'est pas du tout.

Le problème, c'est la multiplication des problèmes justement: plusieurs femmes, plusieurs bandits, plusieurs bandes, plusieurs missions... et au milieu, une énigme qui finit d'en être une, car on apprend assez vite qui est ce "Poet" recherché par toutes les polices, et on en vient d'ailleurs à se demander comment ils ont fait pour ne pas comprendre! Tout cela n'est pas très sérieux, comme ce personnage principal mal défendu par Dennis Morgan, plus prompt à flirter sans vergogne avec Jane Wyman, qu'à faire son travail de héros. Et la confusion s'installe lorsque le "poet" que tout le monde recherche s'avère être un filou assez sympathique. C'est le problème lorsqu'un film cherche à lancer un bandit aux trousses d'un autre bandit. On se rattrapera avec d'autres westerns de Walsh, à n'en pas douter.

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Western
30 mai 2019 4 30 /05 /mai /2019 15:47

The man I love, c'est bien sûr la célèbre chanson de Gershwin, qui va jouer les fils rouges dans ce très beau film de Raoul Walsh, un retour au film noir, un retour à Ida Lupino aussi, mais surtout un film qui se tient à l'écart de tous les sentiers battus: il aurait pu être un musical, après tout, ou un film réaliste qui ausculte l'état des Américains au lendemain du traumatisme de la guerre. Voire un film de gangsters sanglant... A la place, on aurait presque un conte de Noël, avec une bonne fée très inattendue...

Petey Brown (Ida Lupino) chante, c'est son métier et sa vie. Ce qui veut dire que pour elle, la stabilité ne signifie pas grand chose: d'engagements en contrats de quelques jours, elle a l'habitude de sillonner les Etats-Unis. Pour Noël, elle a pris la décision de retourner vers sa famille, chez sa soeur Sally (Andrea King) qui vit avec leur petite soeur Virginia (Martha Vickers), leur petit frère Joey (Warren Douglas), et Buddy, le fils de Sally. Le mari de cette dernière est revenu amoché de la guerre, et il est pour l'heure interné en hôpital psychiatrique... Toute la famille vit plus ou moins dans l'ombre de la famille Toresca: l'oncle, un brave homme, emploie Sally dans son restaurant, et le neveu Nick (Robert Alda), un jeune séducteur avec des accointances louches, tient une boîte de nuit dans laquelle Joey travaille. Il a des vues sur Sally, et Petey décide d'intervenir pour alléger les soucis de sa soeur... Elle rencontre Nick Toresca, et ça va avoir des conséquences...

Durant cette histoire qui voit Nick tourner de façon insistante aur=tour de Petey, cette dernière va rencontrer un homme pour lequel elle aura le coup de foudre: San Thomas (Bruce Bennett) est un ancien pianiste qui a gravé quelques disques formidables, mais qui a disparu de la scène jazz: et pour cause: son lien avec une femme, dont il fut le premier mari, et dont il ne parvient pas à se débarrasser, le maintient à l'écart des studios. Cette prépondérance de la musique dans le film ne débouche pas sur une utilisation baroque de séquences musicales telles qu'on en trouverait dans de nombreux films et en particulier bien sûr dans les comédies musicales. Ca permet de souligner l'univers très particulier dans lequel évolue l'héroïne, et on tend justement à éviter bien des clichés. Même si on râlera bien sûr de voir dans le film le jazz représenté uniquement par des musiciens blancs, au moins la plupart d'entre eux sont-ils d'authentiques jazzmen.

Petey, une femme qui a roulé sa bosse et qui est toujours plus seule que jamais, va être la bienfaitrice d'à peu près tout le monde dans le film, agissant comme une bonne fée de Noël, au mépris généralement de son propre bonheur. Je ne vois pas beaucoup d'actrices qui auraient pu jouer le rôle aussi bien voire mieux que Ida Lupino ne l'a fait: elle est parfaite, même s'il a fallu la doubler pour les rares scènes où elle chante, par Peg La Centra, une illustre inconnue en ce qui me concerne. Par un ton souvent noir, une tendance à tourner de nuit, et son personnage principal, The man I love est un regard d'une grande humanité sur la vie nocturne et sur ces gens qui se tiennent à l'écart de certaines tentations, même si Petey, qui le souligne dans une des premières scènes, sent bien qu'elle est extrêmement dépendante de l'alcool, et si la mise en scène ne le souligne jamais, elle boit une quantité impressionnante de verres dans son film...

Enfin, le personnage de San Thomas, le pianiste génial mais lessivé, et amoureux d'une saleté qui l'a complètement assujetti au point d'avoir ressorti de lui toute volonté de se remettre à l'oeuvre, pourrait être bien des exemples de jazzmen géniaux: Charlie Parker (qui commençait à peine à émerger), Fats Navarro, ou même Bix Beiderbecke viennent à l'esprit. Mais en ce qui les concerne, ce n'était pas une femme qui a eu leur peau... Raoul Walsh avait-il eu cette tentation de passer par une métaphore pour parler de ces parcours de génies usés en peu de temps par les drogues dures? je ne sais pas, mais c'est en tout cas troublant, et ça augure assez mal d'un avenir pour Petey Brown, encore une belle âme qui se sacrifie pour le bien-être de tous...

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Noir