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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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23 mai 2021 7 23 /05 /mai /2021 10:06

Le premier long métrage "professionnel" de René Clair (par opposition au statut amateur de Paris Qui dort, et au fait que le célèbre Entr'acte soit un court métrage) est sorti au printemps 1925, et c'est un bien étrange objet... Il fait semblant durant son premier tiers d'être un mélodrame bourgeois, soigné mais pas forcément folichon:

Le député Julien Boissel (Georges Vaultier) va se marier avec Yvonne Vincent (Sandra Milowanoff), la fille d'un ancien ministre (Maurice Schutz). Tout irait pour le mieux si ce dernier n'avait laissé durant son activité politique des traces compromettantes... L'éditeur véreux (José Davert) d'une feuille de chou à scandales possède des preuves et souhaite les utiliser pour faire chanter le vieil homme; en échange il demande la main d'Yvonne... Celle-ci doit rompre, et Julien est au trente-sixième dessous...

C'est là que René Clair semble se reprendre et nous sort une histoire dominée par le fantastique. Boissel rencontre un étrange personnage (Paul Ollivier) et disparaît... Quelques temps après d'étranges phénomènes se produisent partout: des objets apparaissent et disparaissent, des moustaches mystérieuses sont désormais apposées sur un tableau (devinez lequel) et on jure qu'il y a un fantôme dans tout Paris... C'est un journaliste valeureux, bien qu'il s'appelle Degland (Albert Préjean), qui va découvrir la vérité: Boissel est toujours vivant, mais il participe à une expérience folle et dangereuse avec un savant probablement génial, mais aussi un peu fou.

On ne cachera pas qu'on accueille l'arrivée du deuxième acte avec plaisir, car le début, cette interminable exposition où tout le monde fronce le sourcil en permanence, est un peu pesant. D'ailleurs, à part son copain Préjean qui parcourt le film avec sa tonicité habituelle, pas grand monde n'a grand-chose à faire ici! Sandra Milowanoff en particulier, qui n'a que quelques plans pour se montrer, et sert essentiellement de prétexte poétique et de motivation dramatique. Quoique... une scène d'une rare violence, une tentative de viol perpétré par l'affreux éditeur, est située au milieu du film, et sauve un eu son personnage. Mais une fois Clair dans le cadre fantastique, on retrouve sa verve et son talent fou pour bricoler avec des effets spéciaux de base, un conte délirant et marqué par sa dette envers les cinéastes les plus lunaires. Rien que pour ça, on peut s'enthousiasmer pour ce cinéma d'un amoureux fou du septième art, auquel il restait encore à écrire quelques-unes des plus belles pages du cinéma Français.

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Published by François Massarelli - dans René Clair Muet 1925
29 mars 2020 7 29 /03 /mars /2020 18:39

On ne parle pas beaucoup de ce film, qui a pourtant tout pour être une cause célèbre... Une star en fin de course qui profite de sa dernière occasion de briller dans un premier rôle, une production internationale (scénario, distribution et studio français, réalisateur Italien, star Américaine, techniciens Allemands et extérieurs Espagnols...), et par dessus le marché un problème de timing particulièrement important: commencé en plein muet, sorti synchronisé et doublé puisque sa star ne parle pas un mot de français... ce qui se voit, et se lit sur les lèvres.

Le film devait être une réalisation de René Clair, mais ça ne s'est pas fait; il signe par contre l'argument, aussi simple que peut l'être Sous les toits de Paris: Lucienne (Louis Brooks) est en couple avec André (George Charlia), et il est jaloux, mais jaloux... La jeune femme, qui est dactylo, rêve de participer à un concours de beauté, et s'inscrit malgré les réticences de son fiancé... Et évidemment elle gagne: le couple va se déchirer à la suite de l'affaire...

Le miroir aux alouettes et l'illusion des paillettes, la difficulté à opérer une véritable ascension sociale, la jalousie, les moteurs mélodramatiques ne manquent pas pour une héroïne qui a autant envie de rêver que de s'en sortir: rêver, c'est justement, probablement, le point qui a motivé René Clair, mais le film me paraît peu en phase avec son oeuvre. D'une part parce que Gennina en a gommé toute fantaisie au profit d'une étonnante et souvent efficace peinture des milieux, des contrastes entre les deux vies possibles de Lucienne la dactylo. Avec son André si terriblement jaloux , elle aurait un peu d'affection et très peu de glamour. Avec les hommes qui guettent les miss, et qui tentent de les séduire et les exploiter elle bénéficie d'un rêve glauque et probablement de courte durée: le film nous conte le choc de ces deux mondes en même temps que le choc entre le prolétariat des années 20 et 30 et une certaine vision de la bourgeoisie. 

Louise Brooks est excellente, à condition bien sûr de regarder la version muette exhumée ces dernières années, qui font de Prix de beauté un bien meilleur film que le bricolage dégoûtant sorti en août 1930. Le film est plus long, plus fluide aussi... La tentation du son y est bien présente (nombreux plans de "machines parlantes", radios, phonographes, etc), et aurait pu être l'affaire d'une ou deux chansons, le reste tient la route presque sans intertitres. C'est souvent du grand cinéma muet, avec cette attention toute particulière du détail, de l'environnement, ces mouvements de caméra et cette place donnée au suspense. A ce titre, la dernière bobine est tout simplement remarquable... 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1930 René Clair Louise Brooks
23 octobre 2019 3 23 /10 /octobre /2019 15:29

Je ne peux pas me résoudre à comprendre pourquoi René Clair a coupé son premier film, en 1950 (pas le seul d'ailleurs, il a aussi taillé dans Sous les toits de Paris et A nous la liberté), et je ne peux que condamner un geste décidément courant et irritant (Chaplin, Kubrick, Peter Weir) qui tend à nous priver, objectivement, de la réalité physique d'un film en son temps et en son heure. Comme il est de bon ton chez les critiques Français de dire amen à certains réalisateurs, et de condamner les autres, Clair faisant partie de la première catégorie, personne ne semble s'en émouvoir. Maintenant, admettons que le film est un film amateur, ne cherchant pas à être autre chose, et qu'il était peut-être encore pire dans son incarnation originelle... Mais là n'est pas le sujet. D'autant que c'est la version intégrale de Paris qui dort qui est désormais disponible dans une magnifique édition restaurée en 4K, chez Pathé, avec ses qualités, et ses défauts de 1923...

Parfois acteur, souvent journaliste, toujours cinéphile, Clair était à cette époque suffisamment passionné pour se lancer dans un film, pour lequel il décrocha un contrat avec Henri Diamant-Berger. Ecrit et mis en scène par lui-même, avec Henri Rollan et entre autres Albert Préjean, Paris qui dort est une introduction idéale à son univers...

Le gardien de la tour Eiffel (Rollan) se réveille un matin, surpris: là, en bas, plus rien ne bouge... Il descend pour constater et se retrouve seul, tout seul. Les autres Parisiens sont bien là, mais endormis, figés dans un geste: un voleur sur le point d'être attrapé par un agent de police, un homme qui allait se jeter dans la Seine, des clients d'un restaurant: plus personne ne bouge! Mais il est rejoint avant longtemps par le pilote (Préjean) et les passagers d'un avion qui vient d'atterrir: eux non plus n'ont pas été touchés par le phénomène étrange qui a endormi la capitale (Et, incidemment mais ça n'a pas l'air de choquer qui que ce soit, le monde entier)... Ils vont donc se livrer à des pillages en règles, cambriolages faciles, repas gratuits dans les meilleurs restaurants et même vol de Joconde, avant de se rendre compte de l'inévitable: qu'est-ce qu'on s'ennuie quand tout est permis...

Quant à l'étrange phénomène, ils auront bien sûr une explication, définitive et se passant avantageusement de commentaire: savant fou.

L'oeuvre de Clair, à l'époque du muet, est encadrée par la Tour. Son premier et son avant-dernier film des années 20 lui doivent beaucoup, et ici, on retrouve cet émerveillement d'enfant qui est l'essence même du court métrage de 1928 (La Tour, justement), dans la plupart des plans. ces gens, des oisifs de fait, forcés par l'étrange arrêt du monde à ne plus rien faire, sont basés à la Tour Eiffel, s'y amusent, testent leur équilibre, etc... Des vrais gosses, si vous voulez mon avis. C'est sans doute là que se situe le meilleur de ce petit film sympathique mais si mal foutu, dans le plaisir de la transgression légère, du méfait gentiment irresponsable.

Mais le film installe aussi, à sa façon, le style et l'univers d'un metteur en scène lunaire, et bien souvent trop poli: il y aurait eu tant à faire avec ce film, qui a au moins un avantage certains sur les Gance et L'Herbier et consorts (oui, c'est bien à mes yeux un film avant-gardiste): il n'a aucune prétention d'aucune sorte. Juste l'envie de se laisser aller à une rêverie gentiment irresponsable, et située délibérément là-haut, à 300 m de hauteur: autant dire à l'écart du monde...

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Published by François Massarelli - dans Muet René Clair 1923
26 janvier 2019 6 26 /01 /janvier /2019 13:39

Huit invités dans une île isolée au large de la Grande-Bretagne découvrent qu'ils sont seuls avec un couple d'employés de maison, nouvellement arrivés, et ne trouvent aucune trace du mystérieux propriétaire, le bien nommé "U.N. Owen", pour "Unknown", soit "inconnu". Une vois enregistrée leur annonce qu'ils ont tous été réunis ici afin de subir un châtiment, car chacun d'entre eux est accusé d'un crime... Peu à peu, selon un ordre établi par une comptine ("Ten little Indians") les dix "accusés" meurent les uns après les autres... Mois ils seront, plus le soupçon sera fort entre eux. ce qui promet bien évidemment quelques péripéties...

René Clair nous montre assez souvent qu'il ne s'est pas vraiment sérieusement projeté dans ce film, dont la première scène nous montre, conduits sur une barque précaire par un marin jovial, les huit personnes qui arrivent sur l'île. La séquence est totalement de la comédie, avec un jeu de relais entre les personnes, qui tous commencent à manifester leurs différences. Le choix des interprètes est déterminant, car l'une des motivations du film était clairement de favoriser les numéros d'acteurs: Walter Huston, Judith Anderson, Roland Young, C. Aubrey Smith et Barry Fitzgerald faisant partie de la distribution, nous sommes servis! Et Clair se fait plaisir justement... 

Et du début à la fin, le scénario de Dudley Nichols est relativement fidèle au roman, mais il n'a pas pu l'être jusqu'au bout. Sans rien révéler de l'un ou de l'autre, disons  que le film est une version que nous pourrions qualifier d'édulcorée, qui fera probablement hurler les fans d'Agatha Christie à la trahison, mais aussi qui a le désavantage de perdre, dans ses cinq dernières minutes, tout son sel... Restent quelques scènes qu'on pourrait aisément qualifier de réminiscences du muet, notamment un jeu du chat et de la souris entre Young, Huston et Fitzgerald...

 

 

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Published by François Massarelli - dans René Clair
2 novembre 2018 5 02 /11 /novembre /2018 18:17

Dans la rigoriste Nouvelle-Angleterre du XVIIe siècle, on brûle une famille de sorciers, dont Jennifer, une jeteuse de sorts particulièrement espiègle, qui décide de maudire la famille Wooley, ses tourmenteurs, en les condamnant à échapper à l'amour. Ce que chaque descendant va, en effet, expérimenter. Emprisonnés dans un arbre, les esprits des sorciers vont se tenir tranquille... Jusqu'à 1942, lorsqu'un orage détruit le vénérable chêne qui les empêchait de sortir. Le père, Daniel (Cecil Kellaway) et Jennifer (Veronica Lake) vont donc reprendre forme humaine et repartir au charbon: tourmenter les Wooley, c'est un peu l'affaire de leur vie!

Sauf que ce que Jennifer n'a pas prévu, c'est qu'en tentant d'empoisonner la vie de Wallace Wooley (Fredric March), qui s'apprête à se marier (avec une Susan Hayward en mode méchante) mais aussi à se faire élire en douceur avec l'argent de beau-papa gouverneur du Massachussetts, elle va en réalité tomber profondément amoureuse de sa victime.

...Mais en attendant elle lui en fait voir de toutes les couleurs. Marier le fantastique, la comédie, et les sentiments, c'est un peu l'obsession de René Clair, depuis Paris qui dort jusqu'aux Belles de nuit, en passant par Le fantôme du Moulin Rouge, The ghost goes west, et La beauté du diable! Il y réussit brillamment ici, grâce d'abord à un scénario suffisamment fantaisiste, et à des acteurs tout à fait capables de le suivre dans son délire (de même que des effets spéciaux bien dosés, même s'ils restent vénérablement limités...). Le film se nourrit beaucoup de l'esprit de la screwball comedy, dans laquelle le duo Veronica Lake (excellente ici) et Fredric March sont très à l'aise. Et un mariage qui ne veut pas se faire permet à René Clair de rejouer une variation sur son célèbre chef d'oeuvre de 1927, Un chapeau de paille d'Italie, pour notre bonheur...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie René Clair
18 juillet 2017 2 18 /07 /juillet /2017 10:00

...Ou comment avec un budget sans doute ridicule, un panel de collaborateurs dans lesquels on trouve un certain ombre de noms particulièrement prestigieux d'artistes, des idées qui fonctionnent à cent à l'heure, et un peu de pellicule, on donne une direction à l'avant-garde. A l'origine du film, un ballet intitulé Relâche, conçu par Francis Picabia fondateur du mouvement Dada, chorégraphié par Jean Börlin, et mis en musique par Erik Satie. je ne sais pas qui a eu cette idée géniale, peu importe d'ailleurs, mais la décision a été prise de compléter cette oeuvre iconoclaste par un film, qui serait situé entre les deux actes du ballet.

Entr'acte tel qu'on peut le voir actuellement est précédé du prologue de Relâche, également cinématographique: Francis Picabia et Erik Satie viennent tous deux se placer de part et d'autre d'un canon, et tirent. Le dernier plan de ce prologue est une vision d'un obus tiré sur la caméra, au ralenti... Le ralenti qui a été utilisé pour un effet qui donne vraiment son style à ce prologue de deux minutes: Satie et Picabia sautent au ralenti pour venir se placer aux côtés du canon...

Puis le film proprement dit commence. Il est, forcément, indescriptible, fait d'associations d'idées (Souvent des contraires), de manipulation d'images (Multiplication, ralenti, surimpressions, montage rapide), de burlesque et de moments qui sont pris sous des angles inédits, voire embarrassants: ainsi en est-il du leitmotiv de la ballerine qui, filmée en dessous d'un plancher de verre (Et montée au ralenti) n'est pas l'image de la grâce, non, mais plutôt une présence vaguement charnelle. Beaucoup d'images des toits de Paris rappellent l'inspiration poétique urbaine propre à René Clair qui venait de tourner Paris qui dort sur la Tour Eiffel.

Cet étrange objet sans queue ni tête semble se doter d'une intrigue avec l'enterrement d'un homme (le chorégraphe Börlin) dont le corbillard conduit par un chameau sera suivi par une foule de gens, qui eux aussi vont sauter au ralenti, avant de se lancer dans une course endiablée. On pense à Sennett, il est probable que Clair y pensait aussi...

Mais le cinéaste, y compris dans ce grand moment de n'importe quoi triomphal, cherche à trouver de l'ordre dans sa poésie délirante: lorsqu'il laisse aller son scénario aux associations d'idées, par exemple en montrant les gens qui courent après le corbillard rejoints par, premièrement, un authentique coureur en short, puis un cul-de-jatte, il les installe pour de bon. Le coureur fera partie des dernières personnes que fera disparaître Börlin d'un coup de baguette magique après sa résurrection...

...Oui, je l'avais bien dit, il est impossible de décrire ce film! Mais il n'est pas qu'indescriptible, il est aussi iconoclaste, probablement proche de l'esprit initial du ballet qu'on qualifie dans les livres d'histoire de franchement drôle et grotesque. Et Entr'acte est  de fait un bout d'histoire de l'art, pas foncièrement triste à voir, et une pièce de choix à verser au dossier de la poésie très particulière qui émane des films de René Clair.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet René Clair
21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 11:06

Le dernier long métrage muet du metteur en scène d'Un chapeau de paille d'Italie naît clairement du succès de ce dernier film, et la compagnie Albatros et le metteur en scène ont tout naturellement choisi de rééditer l'expérience en retournant à la même source: le théâtre de boulevard d'Eugène Labiche, mais cette fois il met moins l'accent sur l'époque comme il l'avait fait pour son film précédent, pour se concentrer sur la situation et les personnages. 

Ceux-ci, les deux timides du titre, sont respectivement un jeune avocat débutant et maladroit, Frémissin (Pierre Batcheff), éperdument amoureux de Cécile (Véra Flory), une femme à laquelle il lui est fort difficile d'adresser la parole, et Thibaudier (Maurice de Féraudy), le père de la jeune dame en question. Lui aussi a des soucis de communication, et il est fort embarrassé de choisir entre un jeune homme qui ne lui inspire pas grand chose, mais que sa fille aime, et un coureur de dot sans scrupules, Garadoux (Jim Gérald), mais qui l'intimide sérieusement voire lui fait peur. Et pour compliquer le tout, Garadoux a reconnu Frémission comme l'avocat minable qui l'a envoyé en prison suite à une regrettable erreur de jeunesse: il a battu sa femme. Pour Garadoux, tous les moyens sont bons pour éloigner Frémissin avant qu'il ne le reconnaisse et ne fasse capoter tous ses plans d'avenir...

Le film commence pr une mémorable scène, dans laquelle se joue l'avenir de Garadoux: il rentre chez lui et attaque son épouse de façon fort brutale... C'est en fait un flash-back, l'histoire est racontée par l'avocat général dans son réquisitoire contre le prévenu. Frémissin va bénéficier de la même attention du metteur en scène, et son flash-back à lui va bien sur partir dans une direction totalement différente... avant de dégénérer suite à l'intervention d'un animal inattendu: une souris qui sème la panique dans le tribunal. Ce début réjouissant est rendu encore plus drôle par les interprétations contrastées de Jim Gerald (Un excellent acteur... du muet.dommage que sa voix n'ait jamais reflété le talent versatile mais visuel de ce comédien!) et de Pierre Batcheff. Clair qui commence son fil sur les chapeaux de roue, va rééditer l'exploit à la fin en utilisant cette fois pour ses plaidoiries contradictoires des photos, et un split-screen qui là aussi va partir dans tous les sens. C'est cette inventivité fabuleuse qui fait tant défaut au cinéma Français muet (On se méfiait des "effets", n'est-ce-pas, ce n'est pas "artistique"... Les guillemets sont d'époque), et qui détache les films de René Clair, mais aussi les films de l'Albatros, du reste de la production... Mais pas que.

Car si j'admire aussi bien Un chapeau de paille d'Italie que La proie du vent, les deux autres productions Albatros (Je mets de côté La tour, qui est un très court métrage) du metteur en scène, force est de constater que ce film possède un atout de taille dans la personne de Pierre Batcheff, inspiré à dose égale de deux comédiens dont il y a fort à parier que Clair les vénérait, car il avait bon goût: Lloyd et Keaton. Et c'est largement sous le parrainage de ces deux acteurs-cinéastes que se place le metteur en scène ici, pour un film qui se moque gentiment mais avec finesse des avocats, et des moeurs corsetées d'une époque révolue durant laquelle il fallait passer par les adultes pour pouvoir s'aimer. Les scènes bucoliques entre Pierre Batcheff et Véra Flory, la façon aussi dont les enfants, observateurs innocents et extérieurs à l'action, se mêlent pourtant de la partie, le sens rigoureux de la composition, allié à un découpage strict, achèvent de mener le film vers la réussite. Et bien sur, pas le succès... 

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Published by François Massarelli - dans René Clair Albatros Muet Comédie 1928
11 avril 2015 6 11 /04 /avril /2015 18:03

Un homme sur le point de se marier détruit par mégarde le chapeau de paille d'une dame. Celle-ci avait en effet posé son couvre-chef sur un buisson le temps d'aller se faire lutiner dans les fourrés par un beau militaire, et notre héros (C'est Albert Préjean) n'a pu empêcher son cheval de croquer le rebord... C'est le point de départ pour le futur marié, Jules Fadinard, d'une rude journée! Nous sommes en 1895, et le beau militaire dont il était question est du genre plutôt ombrageux, il lui semble important de sauver l'honneur de sa belle, qui est bien sûr mariée à un autre, et cet autre aura sans doute à coeur de demander des explications quant à l'état du chapeau. Fadinard va donc devoir, d'une part, se marier, et de l'autre récupérer un chapeau similaire afin d'éteindre l'incendie, et de calmer le lieutenant Tavernier, qui menace de tout casser chez lui... Littéralement. La noce se déroule donc pour Fadinard dans une ambiance particulière, le temps presse, et le moindre détail peut faire basculer la situation...

Après La Proie du Vent, Clair a trouvé la perle rare: une adaptation de la pièce d'Eugène labiche, mais au lieu de la situer en 1851, il a l'idée de la transposer en 1895, créant ainsi une possibilité d'hommage au cinéma. Et ce film, de fait regorge d'idées visuelles fantastiques! Le metteur en scène ne se contente pas de filmer la pièce, et suit ses personnages dans tous leurs périples, tout en démultipliant l'espace filmique par le recours au point de vue de son héros. Nous avons vu, nous, l'incident initial, situé en pleine nature. Mais lorsque Fadinard le raconte, il devient un film-farce de 1905, tourné en décor peint avec les acteurs qui gesticulent comme dans les films Pathé de Ferdinand Zecca... Lors du bal de mariage, Fadinard sourit à qui veut bien le regarder, mais il passe son temps à imaginer les dégâts commis par le lieutenant dans son appartement. et Clair s'amuse avec la cadence de défilement des images, les meubles sortant au ralenti, jetés par un lieutenant Tavernier qui lui gesticule à toute vitesse!

Et durant tout ce temps, chaque acteur a un vrai rôle, certains étant prisonniers d'un petit détail, un problème de cravate, des chaussures trop petites ou trop grandes... tous vont porter ce problème jusqu'au bout, dans une narration qui passe sans effort du premier plan (Fadinard et les risques qu'il prend pour sauver la réputation et ses meubles!) au second (Les invités qui s'imbibent, le beau-père et ses chaussures trop petites, l'invité qui a perdu son gant, le mari de la femme adultère, joué avec génie par Jim Gérald).

La réussite de ce film, l'un des meilleurs jamais réalisés à la firme Albatros, et l'un des deux meilleurs films de René Clair qui à mon sens aura tout dit à l'arrivée du parlant 3 ans après, me fait immanquablement penser à l'univers d'Hal Roach, et en particulier aux courts métrages interprétés par Charley Chase, auquel d'ailleurs Préjean fait physiquement penser: il a aussi le même souci de respectabilité, pris comme argent comptant, et y est aux prises avec les aléas d'une situation qui n'en finit pas d'être embarrassante. On n'aurait pas cru que le théâtre de boulevard puisse donner naissance à une telle merveille, éminemment cinématographique.

 

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Published by François Massarelli - dans René Clair Albatros Muet 1927
6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 17:09

Avant-dernier film muet de Clair et troisième (Sur quatre) production des sutudios Albatros, La tour n'est peut-être qu'un court métrage fort anecdotique aujourd'hui, le genre de film désormais destiné à être présenté sous forme de bonus sur un DVD, ce qu'il est d'ailleurs (Sur le disque consacré au Chapeau de paille d'Italie chez Flicker Alley), c'est quoi qu'on en dise un film très personnel pour René Clair. Il l'a dit, d'ailleurs, il sentait devoir retourner à la grande dame tout en fer qui trône au beau milieu de Paris depuis le tournage de Paris qui dort, son premier film... Il avait seti comme une certaine frustration de ne pas pouvoir consacrer plus de pellicule à l'évocation de cet audacieux édifice, dans la mesure ou le film avait une histoire à raconter. Donc avec La tour, en 1928, il a les coudées franches, et l'Albatros le laisse faire. Il en résulte un poême cinématographique intrigant, mais d'une logique documentaire assez implacable. Pas de prétexte dadaïste ou surréaliste ici, rien que des vues motivées par une tentation de montrer la Tour sous l'angle d'une flânerie: une introduction faite de quelques images montées un peu à la façon de l'avant-garde, un rappel historique de la construction avec documents et photos d'archives, puis une visite, du bas vers le haut, puis du haut vers le bas... Ni plus, ni moins...

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Published by François Massarelli - dans René Clair Muet Albatros
6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 16:52

René Clair est encore un peu un amateur après ses quatre premiers films: Paris qui dort est un moyen métrage bricolé, Entr'acte un exercice de style vampirisé par l'esprit Dadaïste, et Le Voyage Imaginaire et Le fantôme du Moulin rouge, aussi sympathiques soient-ils, sont des fantaisies qui tirent un peu à la corde. La proie du vent, en revanche, est une commande de la compagnie Albatros au jeune cinéaste, basée sur un scénario qu'il a écrit, mais qui se doit de rester fidèle au roman d'origine, L'Aventure amoureuse de Pierre Vignal d'Armand Mercier. Charles Vanel, dans le rôle de l'aviateur perdu Pierre Vignal, s'y retrouve suite à une tempête dans un mystérieux château où une jeune femme prétend être séquestrée. Le héros décide de passer outre son attirance pour la châtelaine (Lillian Hall-Davis, qui tentait alors une carrière internationale) et d'aider l'infortunée prisonnière (Sandra Milowanoff)...

Un film de René Clair muet, c'est forcément intéressant, même si la fantaisie absurde si chère au cinéaste est absente de ce poème visuel. De toute façon, il laisse encore et toujours l'image et le mouvement primer sur le verbe, et si le scénario est très moyen, l'interprétation est extrêmement convaincante. Vanel prête tout son côté ombrageux au pilote qui ne sait pas vraiment à qui se fier, entre les deux femmes qui l'entourent. Et le spectateur, qui en sait juste un peu plus, grâce à un prologue trompeur, est bien obligé de céder à son point de vue: on sait que la prisonnière a été séquestrée lors d'une guerre, que son mari, Jean Murat) présent au château, a été libéré avant elle, mais que les codétenues lui ont dit que cette libération était louche. Quel jeu joue la châtelaine? Quel jeu jouent le mari, et le mystérieux docteur Massasky (Jim Gérald)?

On est en 1926, et Hitchcock n’a pas encore accompli son long parcours au pays du suspense et du point de vue, mais ce sont des éléments que le cinéma explore déjà et René Clair n’est pas en reste : dans ce film, il y a des effets de suspense, de fort belle tenue (sans parler d’une situation alambiquée qui rappelle un peu Notorious, à moins que ce ne soit que mon impression!), et un passage de l’autre côté du miroir qui s’effectue par le jeu du point de vue : Vanel comprend que quelque chose se trame entre la châtelaine qui l’attire, et le beau-frère de celle-ci qui garde ses interventions au château furtives. Clair fait passer les choses en utilisant en apparence le regard Vanel regardant une fenêtre illuminée, occupée par deux personnes dont il ne fait que deviner la présence; pourtant la séquence nous présente plus sûrement un rêve, dans lequel le personnage va trouver de quoi alimenter ses doutes, ainsi qu’une rocambolesque confrontation avec le beau-frère, armé. La scène est introduite et conclue par le même mouvement de caméra, mais inversé : on s’approche de la fenêtre, on en repart… L’utilisation du point de vue est ici magistrale.

Et puis Clair utilise à merveille la ressource de ses acteurs: Vanel va plus loin dans ce film que son personnage ombrageux habituel, il est un homme partagé entre le désir et une cause perdue; entre deux femmes donc, dont Clair s'amuse à brouiller l'impression qu'elles donnent au spectateur: si Lillian Hall-Davis joue la douce châtelaine et Sandra Milowanoff la soeur folle, cette dernière finit par nous convaincre tandis que l'autre installe une ambiguité... qui une fois de plus tient du point de vue de Pierre Vignal. Enfin, personnage essentiel mais toujours filmé de loin, Jim Gerald compose une silhouette rendue inquiétante de médecin louche, inquiétant parce qu'on ne va jamais vraiment le voir, et rendu plus étrange encore par le choix de s'être rasé la tête: à mille lieues de ses compositions de grosse brute dans les deux films suivants de René Clair...

Le jeu des acteurs et la gestion par René Clair de cette histoire constamment sur le fil entre rêve et réalité (D'ailleurs situé au-delà d'un long voyage, pour lequel l'aviateur Vanel a dû traverser les nuages...), font qu’on râle un peu quand on lit une critique contemporaine du film qui nous dit qu’une bonne part de ce film consiste essentiellement à montrer des gens bien habillés dans une vaste demeure richissime. Du coup, on applaudit à tout rompre lorsque tout à coup Vanel se décide et se précipite sur la châtelaine... dans le rêve. Mais il y a aussi, vers la fin, une jolie poursuite en voiture... Et enfin, on se réjouira surtout que cet exercice de style extrêmement soigné ait permis au cinéaste d’expérimenter en dehors de son cadre habituel (pour un type de film dramatique auquel il ne reviendra jamais) et ensuite de faire ce qu'il voulait dans ses deux films suivants: deux chefs d’oeuvre, tous deux tirés de classiques du théâtre populaire, Un chapeau de paille d’Italie (1927) et Les deux timides (1928).

 

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Published by François Massarelli - dans Muet René Clair Albatros 1926