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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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19 mai 2016 4 19 /05 /mai /2016 17:28

J'appellerais bien ça la "poétique de l'excès". Zemeckis, réalisateur touche-à-tout et virtuose, aime la comédie, qu'il a beaucoup pratiqué, aussi bien en tant que scénariste (1941, de Spielberg) qu'en tant que réalisateur (Un nombre important de films, dont les deux premiers, I wanna hold your hand, et Used cars, mais aussi le super méga-carton de 1984 Romancing the stone avec Michael Douglas). Mais il a une façon de faire, qui est essentiellement résumée par la façon dont Christopher Lloyd, l'un de ses acteurs fétiches, interprète le Docteur Brown dans Back to the future: de façon survitaminée, surcaféïnée, et pour tout dire excessive. Pas de repos, pas de calme, on n'a pas le temps! Ce film drôle mais profondément irritant est là pour le prouver...

Deux femmes, deux amies qui sont en concurrence amoureuse depuis la fac (Meryl Streep et Goldie Hawn) se disputent le même homme, un chirurgien esthétique interprété par Bruce Willis. Elles vont aller très loin pour gagner, même si au passage elles le perdent: l'idée ce n'est pas de gagner, mais c'est bien que l'autre ne gagne pas. Et elles vont signer une sorte de pacte avec une sorte de diable drôlement aguichant: c'est Isabella Rossellini, et elle n'est pas tellement habillée dans les scènes qu'elle a tournées. Grâce à ce marché (Coûteux) elles vont toutes deux retrouver la jeunesse, et découvrir l'immortalité. Mais elles vont devoir aussi faire très attention à leur corps, parce que ce n'est pas parce qu'elles sont immortelles qu'elles ne risquent pas de l'abîmer...

Aucune scène dans ce film généreusement idiot n'est calme, ça part dans tous les sens. On peut trouver ça gentiment loufoque, d'autant que les acteurs se sont copieusement amusés. n peut aussi se lasser de tant de folie, qui débouche quand même sur une certaine vacuité. les femmes en prennent pour leur grade, et on se rappelle du fait que Zemeckis n'aime pas tellement ses personnages. A la vision de ce film, c'est une évidence...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Robert Zemeckis
17 juillet 2015 5 17 /07 /juillet /2015 13:52

Beaucoup des films du jeune Spielberg s'intéressent d'une façon ou d'une autre à l'âme Américaine, que ce soit en créant du suspense à partir du mythe de la route (Duel), ou de l'univers des stations balnéaires (Jaws), en racontant un folk tale qui dépoussiérerait presque les légendes de l'Ouest Américain tout en révélant de façon poussée le dangereux culte des armes au Texas (The Sugarland Express), ou en s'intéressant à la famille sous l'angle inattendu... de la science fiction (Close encounters of the third kind, E.T.). Spielberg a aussi, dans cette première décennie, exploré le passé glorieux du cinéma d'aventures en participant comme chacun sait à la création en compagnie de George Lucas d'un personnage doté désormais d'un univers solide, et si éminemment Américain (Raiders of the lost ark)... Donc 1941 ne ressemble pas tant à un accident de parcours qu'on a bien voulu le dire depuis sa sortie qui avait comme on s'en rappelle débouché sur un flop, et engendré un désamour persistant de la critique voire d'une partie du public, désamour facile à motiver: le film est raté.

En décembre 1941, la Californie vit dans une certaine psychose bien compréhensible: Pearl Harbor attaqué par les Japonais, tout porte à croire que l'état richissime est le suivant sur la liste. On s'y prépare donc. La défense civile anti-aérienne, l'aviation, la marine, toute l'armée est sur le pied de guerre, et les civils s'attendent au pire. Le risque de sombrer dans la folie paranoïaque sera-t-il franchi? ...Oui. D'autant qu'un sous-marin Japonais croise justement au large de Santa Monica, et que bien des militaires, rendus fous par l'attaque inattendue et spectaculaire du 7 décembre, sont au-delà de leurs esprits dans des proportions inédites...

L'alliance entre Spielberg et le duo Zemeckis-Gale était inévitable, tant Spielberg, jeune producteur, appréciait leur esprit, tel qu'il s'était déchaîné en particulier dans le film I wanna hold your hand, qui contait le chaos qui régnait dans les coulisses d'une visite des Beatles aux Etats-Unis. En gros, 1941, c'est le même film, mais cette fois dans les coulisses de l'après Pearl Harbor. Sans doute Spielberg qui savait quel était son enviable statut en tant que principal des jeunes loups qui s'étaient établis dans les années 70 (Aux côtés de Scorsese, Lucas, Cimino, ou le plus âgé Coppola), et souhaitait devenir un chef de clan, en produisant et mettant le pied à l'étrier des plus jeunes. Peut-être avait-il jugé que Zemeckis était trop peu aguerri pour mettre lui-même le film en scène, ou peut-être la stature de Spielberg permettait-elle d'accumuler les grands noms: après tout, on peut voir ici, rien moins que Robert Stack, Slim Pickens, Christopher Lee, ou Toshiro Mifune. Les jeunes vedettes qui montaient à l'époque, Dan Aykroyd ou John Belushi, y côtoient des acteurs qui s'étaient illustrés dans le film de Zemeckis: Bobby Di Cicco, Nancy Allen ou l'insupportable Wendy Jo Sperber, dont l'énergie en apparence inépuisable finit par devenir lassante... après deux secondes. Parce que le problème du film, c'est que l'excès pour l'excès, ça ne marche pas. Aucun dosage, aucun répit, tout part en vrille dès le départ. Parfois, c'est drôle: Belushi en aviateur fou arriverait à nous faire rire plus facilement, si par exemple tout ce qui l'entoure n'était pas plongé dans le chaos. Robert Stack, en général ému par Dumbo aux larmes, est splendide, et le duo incarné par Mifune et Lee, en général Japonais et en saleté de Nazi SS respectivement, est mémorable, mais le film peut parfois nous arracher un sourire grâce à ses allusions au cinéma: de Spieberg d'abord (Une scène de Duel est rejouée par la même actrice, avec un avion en lieu et place de camion), de Ford ensuite (une bagarre se déroule au son de la même musique folklorique Irlandaise que The Quiet Man).

Peut-être que Kubrick, qui avait expérimenté (Dr Strangelove) le même type d'exploration du chaos avec tellement plus de réussite que Spielberg, estimait que ce genre de film ne devait surtout pas être vendu comme une comédie, afin que le décalage fonctionne. Il avait sans doute raison, ais il faut ajouter que dans ce film dont les cinq premières minutes sont le sommet du film (En particulier si on a vu l'ouverture de Jaws), on surtout la preuve éclatante que Spielberg est certes un génie, mais qu'il ne sait pas tout faire, loin de là. L'intention de montrer l'Amérique profonde, et la Californie en particulier, en proie au chaos était bonne, mais ces deux heures (Et 25 minutes dans la version intégrale) sont souvent dures à passer.

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Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg comédie Robert Zemeckis
17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 17:51

De glorieuses années des Etats-Unis vues à travers les yeux et les souvenirs de Forrest Gump (QI: 75), interprété par Tom Hanks, voilà qui pousse à l'interprétation, mais il n'y a pas qu'une façon d'analyser ce beau film complexe, qui rejoint d'autres euvres de Robert Zemeckis. Il est tentant de l'approcher de façon cynique (Certaines scènes nous y encouragent) et de pointer du doigt la vacuité terrifiante de l'Homo Americanus, qui voit passer le premier imbécile venu en train de courir sans aucune raison, et s'imagine qu'il s'agit du messie (T-Shirt à son effigie à l'appui, comme Jesus!). L'avantage de Gump comme narrateur, c'est son incapacité à se livrer au moindre cynique ou au moindre sous-entendu, et le génie de Hanks est de nous faire passer cete pilule, tout en nous faisant aimer ce grand nigaud de Forrest... Il n'ya peut-être jamais eu meilleur narrateur de film au premier degré et ça devient d'ailleurs vite un gag: le narrateur nous dit une chose, et le personnage de Forrest dans la narration nous la répète immédiatement... Forrest Gump donc traverse trois décennies, celles qui ont marqué Zemeckis dans sa vie de garçon, de jeune homme et d'adulte, il n'y a pas de secret. Mais surtout, il va partout, avec des motivations toujours décalées, ce qui tend à souligner un grand nombre de dysfonctionnement. La vision de la politique à travers les yeux de Forrest Gump met en valeur le peu de cas qu'il faut faire de ces grands hommes (Et Gump en a rencontré un certain nombre, en effet!); la guerre du Vietnam devient un non-évènement sans grande conséquence, tout comme cette étrange période de contestation qui passe au-dessus de la tête de notre héros. Il est assez facile de deviner globalement un ertain conservatisme de bon aloi devant cette façon de voir, mais c'est aussi la voie la plus confortable, ce que Zemeckis ne nous cache pas.

Mais au-delà de l'élégance de la mise en scène qui joue constamment sur le fil du rasoir entre une légère ironie sombre et la tendresse réelle que le réalisateur (Comme les spectacteurs) porte à Forrest Gump, de la prouesse technique (Forrest Gump est sans doute le premier film avec des acteurs qui semble avoir été contrôlé dans tous ses plans à 100% par un metteur en scène devenu tout puissant grâce aux outils informatiques), le film est aussi à sa façon une leçon de philosophie ouverte, par un homme trop peu intelligent pour parler par hyerbole; le destin, ou la dérive au gré des évènements, une vie contrôlée par un Dieu tout-puissant, ou un phénomène hasardeux dans lequel l'homme n'est qu'un élément, Forrest Gump nous invite à suivre notre idée sur la question, respectueusement. Zemeckis, qui commence et finit son film avec une plume balayée au gré du vent, semble avoir choisi...

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Published by François Massarelli - dans Robert Zemeckis
13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 10:45

On prend les mêmes et on recommence... Non, justement. Le deuxième opus nous en a prévenus, c'est en 1885, dans une Californie de western qu'on se rend cette fois-ci, avec bien entedu la DeLorean voyageuse et un lot à peine recyclé de paradoxes temporels, mais on peut penser que le public est rodé à l'exercice... La réalisation hyper-efficace de Zemeckis (Qui venait d'enchaîner les deux films, II et III), le scénario de Gale, nos acteurs tous réunis (Lloyd et Fox, accompagnés de l'inévitable Tom Wilson, qui incarne ici le hors-la-loi Buford Tannen, ainsi que son descendant Biff dans sa version modifiée aperçue à la fin du premier film, et au début du second; Lea Thompson incarne de façon un brin gratuite une ancêtre de Marty, ce qui pose un problème quand on y pense: est-on si consanguin chez les McFly?), accompagnés de l'adorable Mary Steenburgen dans le rôle inattendu de l'institutrice amoureuse de ce grand fou de doc Emmett Brown! Marty y rencontre ses ancêtres, la ville se construit sous nos yeux, dont l'inévitable et emblématique horloge du village...

 

Rappelons qu'à l'issue des 478 paradoxes temporels créés dans le contexte du second chapitre, le Doc de 1985 s'est retrouvé envoyé à son époque idéale, vers le Hill valley du temps des pionniers. Il ne souhaite pas que Marty (Coincé en 1955) vienne le chercher, et lui a donné par courrier (Qui aura donc attendu 70 ans!) les renseignements nécessaires à la réparartion de la machine temporelle, rangée sagement dans une galerie souterraine en attendant l'avenir. Mais très vite, Marty apprend en lisant des documents de 1885, que Brown a été abbattu par l'aancêtre de Biff, c'est donc vers le passé qu'il se rend.

 

La formule est donc répétée ici avec son lot de variations: les moyens utilisés pour provoquer la proverbiale charge de n gigawatts, propice à l'envol dans le temps; Marty se réveillant face à sa mère ou une personne qui en tient lieu; la scène du débit de boissons, avec l'agression de Marty par un Tannen... et celui-ci finira bien sur par tomber dans le fumier. Plus attaché à peindre l'image d'un univers fermé et qui se répète à l'envi, le film s'amuse d'un monde westernien en proie à au moins trois interprétations différentes: Celle de Marty qui vient dans le far west légendaire fort de sa connaissance du western Italien, plus dur; celle du Doc Brown de 1955, qui envoie son jeune ami dans le passé affublé d'un costume rose ridicule qui correspond à l'image westernienne de série B véhiculée dans les drive-ins; enfin, l'image locale, plus réaliste, de la ville de Hill Valley, avec ses gens qui tentent de vivre sur la frontière malgré les Indiens et les délinquants. Mais le sentiment qui domine, c'est que le passage de Emmett Brown et Marty McFly (Qui se fait appeler "Clint Eastwood", pour ne pas éveiller de soupçons chez les membres de sa famille) va probablement contaminer la ville de façon durable. Pas de commentaire satirique sur l'Amérique post-Reaganienne ici, mais juste un moyen comme un autre de finir enfin une trilogie qui aura, qu'on le veuille ou non, élevé la barre assez haut en matière de, comme on dit dans la langue de Steven Spielberg, "fun".

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction Robert Zemeckis
6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 13:58

Etant admis que ce film est la suite du premier, qu'une une suite est généralement inférieure à plus forte raison si la raison d'être en est essentiellement la volonté de capitaliser sur un succès phénoménal, et qu'en prime le film est aussi là pour poser les bases d'un film à sortir ultérieurement (Nommé, bien sur, Back to the future part III!), on devrait en temps normal ne rien avoir à dire de ce deuxième opus. D'ailleurs, je le confirme: la nouveauté du premier, la découverte d'un univers, ici tout est repris, et on va jusqu'à remettre les pieds dans les mêmes évènements... Et c'est justement l'intérêt de ce film, qui aurait très bien pu n'être qu'une passerelle, ou une introduction au troisième film. En lieu et place, ce deuxième chapitre devient un stimulant jeu de l'esprit, compliquant à l'envi avec une certaine virtuosité tout ce qui faisait le sel de la première partie...

On se souvient donc que Marty McFly était parti vers le futur en compagnie de son ami Doc Brown, et de sa fiancée Jennifer, dans ce qui était tout bonnement une fin volontairement ouverte, ne présageant absolument pas d'une suite. Une fois la nécessité de faire une suite admise par tous et toutes, studio comme auteurs du film, il a fallu transformer cette fin en une introduction valide (Malgré des problèmes, dont le fait que l'actrice qui jouait Jennifer avait changé entretemps...), et expliciter le besoin mentionné par 'Doc' Brown de filer vers le futur après avoir réglé les problèmes du passé: il s'agit de la progéniture de Marty et Jennifer... Marty doit donc se rendre dans le futur, ou il va réussir par une série de cafouillages à provoquer des réactions en chaine qui vont rejaillir sur le passé commun de tous: le vieux "Biff" Tannen a en effet surpris une conversation, qui lui a fait comprendre que les Marty et Brown possédaient en réalité une machine à remonter le temps, qu'il a emprunté afin de faciliter la vie du jeune Biff Tannen de 1955; et de fait en conséquence la vie du Marty de 1985 s'en est trouvée profondément altérée. Pour suivre le raisonnement de Doc, la seule solution était de partir à la source, soit en 1955, ce qui permet aux deux hommes de se retrouver au même endroit que leurs alter egos de 1955... Ouf!

 

On a donc de réjouissantes scènes qui accumulent les paradoxes liés à la situation, et le micro-suspense lié systématiquement au risque pour un personnage de se retrouver face à un autre lui-même... La narration s'est donc densifiée, compliquée, mais le talent de Zemeckis pour rendre les complications plus explicites est de nouveau très utile, le film étant toujours doté d'un sens fluide l'exposition de personnages. Et une fois de plus, la vision de l'Amérique, dans laquelle un malfrat odieux comme Biff Tannen peut effectivement devenir le maitre d'une ville dédiée au crime, et dont le futur passé par les fourches caudines du libéralisme tromphant des années 80 ne peut que livrer aux générations futures une société dans laquelle la justice expéditive finirait par régner. De fait, l'avenir n'est pas rose pour les McFly... et à ce propos, la tentation de faire revenir George et Lorraine, les deux malheureux parents de Marty, en pauvres cloches lamentables, a été la plus forte, malgré le recadrage spectaculaire qu'ils avaient subi à la fin du premier film; et ce, en dépit de la difficulté due à l'absence de Crispin Glover qui avait fortement déplu à la production! On applaudira les stratagèmes pour contourner son absence (Même si on le voit effectivement dans des chutes du premier film)...

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction Robert Zemeckis
29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 15:22

Adolescent Californien moyen de 1985, Marty McFly part dans le passé, en 1955, à la faveur d'un contretemps. Et comme toute histoire de voyage dans le temps n'a pas d'intérêt sans son petit paradoxe temporel, il ne se passe pas un quart d'heure sans que Marty ne prenne la place de son père dans l'anecdote de la rencontre entre ses parents... L'enjeu pour lui est triple: il va devoir, sans trop modifier l'avenir, faire en sorte que ses parents se rencontrent et s'aiment; il va falloir qu'il trouve le moyen d'utiliser sa connaissance du passé pour revenir dans le futur; enfin, il lui faut aussi passer par l'aide du Dr Emmet Brown, l'inventeur de la future machine à remonter le temps, qui refuse qu'on lui donne trop d'indices sur le futur afin de ne pas provoquer de turbulences dans le continuum spatio-temporel... Bref: il va y avoir du sport...

 

Le quatrième film de Zemeckis, son premier à être vraiment significatif, est une fois de plus une collaboration avec Bob Gale (Co-production, co-scénariste) et Steven Spielberg (Producteur via Amblin Entertainment). Une chance que Spielberg, en cette année 1985, soit engagé en tant que réalisateur vers des projets plus proche de David Lean (Empire of the sun, qu'il préparait, et The color purple, qu'il venait de sortir) que du sale gosse qu'il était supposé être: l'enthousiasme de vieil ado qu'il manifestait pour ce projet de voyage dans le temps farfelu l'aurait sinon probablement poussé à le diriger lui-même... Et c'est pourtant du pur Zemeckis, au sens noble du terme. Une vision de l'Amérique, profonde et détaillée, sous d'aimables apparences d'un divertissement anodin. Marty McFly, l'ado parfaitement interprété par Michael J. Fox (Qui n'était pas le premier choix, semble-t-il) est une parfaite incarnation de ces ados coincés entre une réussite présentée comme modèle de société y compris aux plus défavorisés, et des parents médiocres (Un père expoité par tous, y compris ses voisins, et une mère alcoolique), qui va s'inventer une vie parallèle: skateboard, rock 'n roll, le vieux profeseur fou en guise de meilleur copain, et bien sur une petite amie, riche en promesses, mais qu'il faut cacher à la maman qui désapprouve entre deux lampées de vodka...

 

Et le passage en 1955 est miraculeux, un voyage aussi complet que possible: l'obsession, créée ou relayée par les médias, de l'invasion extra-terrestre, qui prend soudain corps lorsque Marty sort d'un véhicule futuriste dans une criarde combinaison anti-radiations; la danse proprette, durant laquelle les ados se lâchent dans les coins, se papouillant allègrement dans des voitures pendant que les musiciens de l'orchestre se paient une petite cigarette créative et récréative; la ville saine, dominée par les blancs, dans laquelle un noir qui sert d'homme à tout faire au bar du coin, rêve en silence qu'il sera maire plus tard... ce qui est d'ailleurs exact, mais pas du tout à l'ordre du jour en 1955! Enfin, le docteur Emmet Brown, un savant fou que personne ne prend au sérieux, ne peut être que le complice de Marty, préfigurant leur amitié des années 80. Quant au joker du film, c'est l'inénarrable George McFly, le papa de Marty, interprété par Crispin Glover (Vieilli en 1985, mais tel qu'en lui même dans les séquences de 1955): à un moment, peu de temps après avoir rencontré l'ado perturbé, voyeur, solitaire, timide et gaffeur, éternel souffre-douleur de toute une génération ("Hey, McFly, anybody home?"), Marty se demande comment il a pu devenir le mari de sa mère. Nous aussi, mais l'un des intérêts du film c'est d'offrir à ce médiocre absolu de George une vengeance définitive, une façon comme une autre de voir que le film n'est pas aussi manichéen qu'on a voulu le croire en 1985, en pleine Amérique Reaganienne.

 

Certes, le film montre de quelle façon le voyage dans le temps va permetre à toute la famille McFly d'accéder à leur propre version du rêve Américain, mais c'est d'une part une façon de finir un film qui se réclame d'abord et avant tout du divertissement, et c'est comme toujours chez Zemeckis une belle exagération caricaturale. Revenu du passé, Marty ne peut désormais se fier à ce qui l'entoure, que ses mésaventures ont considérablement transformé. Paradoxalement, il a désormais tout ce qu'il voulait et même plus, mais privé de toute l'expérience qui a mené à cet état de fait, il est complètement déboussolé... Sans parler du traumatisme qu'il a vécu lors de son séjour dans le passé, quaisment violé dans une voiture par sa propre mère (La version adolescente contredisant avec une impudeur incroyable devant son futur fils toute la portée de sa pruderie des années 80...)! Ce qui explique sans doute pourquoi les studios Disney ont refusé le film.

 

Cette histoire d'inceste manqué n'est pas le seul paradoxe temporel manipulé par les auteurs: Marty MCFly a aussi inversé les rapports entre son père et la brute locale Biff Tannen, ainsi que leurs classes sociales (Ce qui indique au passage l'idée qu'aux Etats-Unis il faut se comporter de façon brutale et dominante pour réussir... Quitte à marcher sur les autres); Marty a également inventé le skateboard, et interprété Johnny B. Goode devant des musiciens, dont un guitariste qui n'est autre que le cousin de Chuck Berry (une bonne blague dans le film, qui a fait dire à quelques coueurs de cheveux en quatre que Zemeckis inversait le cours de lhistoire en montrant un blanc qui apprenanit aux noirs à jouer de la musique. La créativité des gens ne nous décevra jamais)... Le film a d'aileurs à ce titre été construit de façon fort lisible par les scénaristes, et ce dès la première scène qui expose en un plan-séquence à travers la cuisine du bricoleur génial Emmett Brown tout ce qu'il est, et tout ce qu'il a vécu. Très vite, on apprned aussi tout ce qui nous est nécessaire pour Marty: son savoir-faire en matière de skateboard, la guitare (Gag génial au début du film, les connaisseurs savent déjà), son rapport complexe à l'école, etc... Un film bien rangé donc, mais surtout lisible, ce qui est une première concernant le voyage dans le temps. Bien sur, Zemeckis, Gale et Spielberg vont y revenir ensuite, et considérablement compliquer la donne avec deux suites très agréables même si pas forcément inutiles, mais au moins ce film sans temps morts, parfaitement interprété par tous, est le film définitif sur le voyage dans le temps, seulement dépassé en génie par Terry Gilliam pour un Twelve Monkeys sublime... et pour finir, un dernier paradoxe pour un film décidément riche: tourné en 1985, mais revu en 2013, ce film sur le voyage dans le temps nous transporte dans un univers riche et cohérent, qui est autant celui de 1955 que celui de 1985. une double capsule temporelle, en quelque sorte, à portée de l'écran.

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction Robert Zemeckis
13 août 2013 2 13 /08 /août /2013 09:54

New York, 1964... Les Etats-Unis, pour la première fois, accueillent les quatre membres d'un groupe musical Anglais qui a fait succomber toute, ou presque, la jeunesse du pays. Et justement, dans le New Jersey, un groupe de six adolescents se prépare à rouler vers New York, sous l'impulsion de Pam (Theresa Saldana): celle-ci a en effet l'intention de s'introduire dans l'hôtel fréquenté par les quatre musiciens, afin de prendre des photos et devenir journaliste grâce à son scoop. Autour d'elle, on retrouve Larry (Marc McClure), un fils d'entrepreneur des pompes funèbres qui fournit l'indispensable limousine qui permettra d'accomplir le plan, et qui en pince sérieusement pour Pam; Rosie (Wendy Jo Sperber), qui souhaite tout simplement s'approcher de son idole Paul McCartney; Grace (Nancy Allen), une jeune femme bientôt mariée qui s'autorise une dernière folie; Janis (Susan Kendall Newman) quant à elle vient parce qu'elle désire aller protester contre la présence des Beatles, qu'elle considère comme une simple mode passagère, et Tony (Bobby Di Cicco) vient surtout parce qu'il souhaite séduire Janis, et lui aussi est particulièrement remonté contre les Beatles... Et bien sur, si les six jeunes vont s'approcher de très près des musiciens, tout ne va pas aller selon leurs désirs.

 

L'essentiel de l'intrigue tourne autour du fameux Ed Sullivan Show de février 1964, lorsque la Télévision Américaine a pour la première fois retransmis le virus de la Beatlemania. un jour symbolique puisque des millions d'Américains étaient ce jour devant leur poste, mais aussi parce que c'est d'une certaine manière le point de rencontre historique de l'American way of life et de la contre-culture telle que les Beatles, à leur façon bien particulière, pouvaient la véhiculer. Zemeckis, qui s'amusera une autre illustre fois à remettre ses pas dans l'Histoire, en la reconstituant à sa façon, avec Forrest Gump (1994), montre ici comment il peut manipuler la vérité (Les images ultra-connues de la prestation des Beatles) en y ajoutant non seulement ses personnages mais aussi toute une intrigue. Sinon, il prend un malin plaisir à démultiplier les points de vue à partir des plans de foule (Les fans qui campent devant l'hôtel des Beatles), de choses aussi anodines que le retour des quatre musiciens dans leur chambre (Vus de sous un lit par Grace qui a atterri par hasard dans leur chambre en essayant d'échapper à un vigile de l'hôtel); on pense d'ailleurs à Back to the future et la mission de Marty, qui doit s'assurer de faire en sorte que le passé se déroule dans le bon sens; c'est exactement ce que fait Zemeckis ici, qui rejoue la prestation des Beatles au Ed Sullivan Show, vue de loin et simultanément dans des écrans de contrôle qui passent la vidéo authentique, originale, de l'événement: l'effet est saisissant. Et comme Zemeckis est déjà une incontrôlable boule d'énergie délirante, le film défile à un tempo hystérique... A rapprocher de 1941, construit l'année suivante par Spielberg sur un mode similaire avec d'ailleurs certains acteurs de ce film; rappelons que les scénaristes de 1941 sont justement Bob Gale et Robert Zemeckis, les auteurs de ce film. Si tout n'est pas réussi, la belle énergie déployée par certains acteurs (Nancy Allen et Theresa Saldana en particulier), l'humour basé sur une observation minutieuse des comportements, et le ton gentiment bouffon de l'ensemble font de ce premier long métrage une belle réussite.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Robert Zemeckis
14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 11:03

Dans le parcours étonnant de Peter Jackson, il y a un avant et un après Heavenly Creatures. Avant, trois films gore et parodiques, d'ailleurs un peu oubliés aujourd'hui, dans lesquels il a fait ses premières armes avec un sens inné du bricolage. Puis le film qui l'a fait passer de l'autre côté est sorti en 1994, révélant non seulement le cinéaste Néo-Zélandais, mais aussi une interprète hors pair en la personne de Kate Winslet. Et après? eh bien on aurait tort de passer directement à Lord of the rings, 'filmouth' qui finit par consacrer définitivement l'auteur de l'immortel Brain dead: en effet, entre temps, deux films, pas moins sont sortis, et pas des moins intrigants: le documenteur (D'ailleurs encore aujourd'hui pris pour argent comptant par des cinéphiles un peu endormis) Forgotten silver (1995), sur le cinéaste imaginaire Colin McKenzie, réalisé en collaboration avec Costa Botes; et bien sûr ce film, sorti par chez nous sous le titre de Fantômes contre fantômes. Produit par Robert Zemeckis, interprété entre autres par Michael J. Fox, mis en musique par un Danny Elfman totalement dans son élément, situé dans un état de l'Est reconstitué en Nouvelle Zélande, le 6e film de jackson poursuivait en fait trois buts: bien sur, installer son nom sur la scène internationale en ayant du succès aux Etats-Unis; ensuite, tester des effets spéciaux numériques en prévision de grands projets à venir (Lord of the rings, mais aussi King Kong, un projet de longue date pour le fan Jackson); à ce titre, la participation d'un touche à tout comme Zemeckis s'avérait cruciale. Enfin, le film établit de façon intéressante un trait d'union entre la période 'mauvais genre' de Jackson (Bad taste, Meet the Feebles, Brain dead) et son cinéma grand public.

Frank Bannister est un charlatan d'un nouveau genre: traumatisé par un accident dans laquelle sa femme a perdu la vie, il a la faculté de voir les morts; il a monté avec trois copains fantômes une petite entreprise de médium, dans laquelle il les envoie terroriser des gens chez eux, et passe ensuite pour rafler la mise en exorcisant le logis... Il est toléré dans la petite communauté, mais certains l'ont pris en grippe, à l'heure ou une vague de morts inexpliquées fait des ravages parmi la population. Frank va y être mêlé, et découvrir le rôle joué dans cette sombre histoire par les acteurs d'un événement situé 20 ans plus tôt, quand un fou homicide avait commis 12 meurtes à l'hôpital local, avant d'être arrêté puis assassiné légalement...

Frank Bannister, interprété par Michael J. Fox, est un personnage hanté, sans jeux de mots, par un secret qu'il ignore; c'est que dans ce film, tout est lié. Un peu trop, d'ailleurs, on pourrait le regretter. Il communique avec l'au-delà, et mourra même deux fois dans le film, qui s'amuse avec brio de la mort, mais aussi de toutes les croyances autour d'elle. La galerie de personnages est brillante, elle aussi, avec des acteurs issus pour beaucoup d'entre eux de la télévision (Chi McBride, Trini Alvarado, Et surtout le grand Jeffrey Combs sur lequel je reviendrai plus bas..), mais aussi du cinéma: Dee Wallace Stone (The Howling de Joe Dante, mais aussi La maman dans E.T.) joue un rôle de jeune fille traumatisée qui est restée vingt ans enfermée, et R. Lee Ermey rejoue en fantôme le rôle du sergent Hartman de Full Metal Jacket... Mais le film est aussi un troublant lien avec le -pour l'instant- dernier film de Jackson, l'admirable The lovely bones: les allers-et-retours de Frank entre la vie et la mort, l'idée d'un secret à découvrir au-delà de la mort, sont des thèmes communs, mais la tragédie progressive de The lovely bones est ici remplacée par la comédie. Mais pour le fan de fantastique qu'est Jackson, la réflexion sur la mort et l'immortalité, le panthéisme aussi, demeure... Et puis ce film est marqué par un coté baroque dans l'interprétation et l'hystérie des effets spéciaux. Mention spéciale du reste à Jeffrey Combs, déguisé en Hitler sans moustache, et qui prouve avec son personnage de flic qui ferait regretter Pinochet, que des fois, même confrontés à un tueur mort et maniaque, les gens sont plus en danger dans les mains d'un policier vivant et fou...

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Published by François Massarelli - dans Peter Jackson Robert Zemeckis