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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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2 décembre 2018 7 02 /12 /décembre /2018 10:43

Ils sont mariés, et c'est jour de lessive pour Mabel et Roscoe. Mais pas ensemble, car s'ils sont mariés, ce n'est pas l'un avec l'autre. Par contre ils sont voisins... Mabel doit supporter une grosse feignasse qui entend bien rester au lit à se plaindre en permanence (Harry McCoy) pendant que Roscoe est quotidiennement brutalisé par Alice Davenport, en registre vieille mégère acariâtre... Pourront-ils s'échapper et passer un peu de temps ensemble, pour de vrai?

La réponse est oui, mais. Car force doit rester à l'institution du mariage, bien sûr! Mais elle en prend pour son grade, l'institution du mariage. Elle ne sent pas très bon... Le film est signé de Roscoe, mais curieusement le ton général reste celui d'un film de Mabel: la situation est amenée avec une certaine délicatesse, dans une exposition bien rangée... Mais peu importe, dans la mesure où ces deux-là savaient travailler en collaboration et en toute intelligence. Et puis comme toujours dans leurs films communs, ils vont tellement bien ensemble, qu'on en vient à la maudire brièvement, la sacro-sainte institution du mariage!

 

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Published by François Massarelli - dans Roscoe Arbuckle Mack Sennett Muet Comédie Mabel Normand
9 juin 2018 6 09 /06 /juin /2018 11:46

Collaboration totale entre les deux petits génies de la Keystone, The roundersréussit à être fidèle aux deux univers des deux acteurs, puisant l’argument chez Chaplin (Deux gentlemen saouls comme des cochons rentrent séparément à leur hôtel, ont des déboires avec leurs épouses légitimes, et résolvent de partir continuer leur activité favorite ensemble), lui permettant de distiller son sens de l’observation, mais beaucoup dans le déroulement de l’histoire est du à Arbuckle (Celui-ci n'est d'ailleurs pas vu les mains vides, et Al St-John fait partie de la distribution)... Par exemple, la façon dont les deux comédiens évitent de creuser jusqu’à épuisement leurs conflits conjugaux, pour s’enfuir et continuer la fête ailleurs, donnant lieu à toujours plus, toujours plus loin.

Chaplin aurait peut-être choisi de rester à l’hôtel, mais ici la situation s’enrichit de l’esprit vaguement anarchiste d’Arbuckle. Le final, d’ailleurs, qui voit les deux poivrots s’abîmer lentement mais surement dans l’eau d’un lac alors que leur bateau coule. Au préalable, ils ont mis une salle de restaurant à sac, et jeté pas mal de gens parfaitement innocents dans l’eau… On est toujours chez Sennett, mais on va loin dans l’humour délirant, on quitte assez franchement l’univers de Chaplin. Non qu’il ait à redire, il est évident qu’il s’amuse comme un fou.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Charles Chaplin Roscoe Arbuckle
3 juin 2018 7 03 /06 /juin /2018 08:52

Après une dizaine de courts métrages très quelconques dans la carrière de Chaplin, on élève enfin le débat, avec un film de deux bobines (il totalise une demi-heure), qui met d'abord et avant tout en valeur le grand comédien Roscoe 'Fatty' Arbuckle, qui n'hésitait pas à en rajouter sur son surpoids, afin d'obtenir un effet comique. On lui doit beaucoup, en particulier parce qu'il a fait débuter Keaton, avec lequel il partageait un certain sens de l'absurde.

Le film lui doit beaucoup aussi, et on ne serait pas surpris que le début lui soit en grande partie dû, tant son style est évident, dans deux scènes en particulier: lorsque Arbuckle s'apprête à se battre, et qu'au lieu d'accélérer l'action, il la ralentit en s'approchant lentement de la caméra jusqu'à être flou, dans une allusion évidente à The musketeers of Pig Alley, de Griffith; ensuite, dans une scène qui voit le comédien se déshabiller pour enfiler un costume approprié pour la boxe, il demande avec pudeur au cameraman de le cadrer au dessus de la ceinture... Ces moments sont du pur Arbuckle, et on sait que Sennett, producteur talentueux, était (pour utiliser le terme technique approprié) nul en tant que réalisateur.

Dans cette histoire de match de boxe arrangé, on regrette que le match lui-même ait été filmé en un unique et longuet plan général, les subtilités des acteurs sont ainsi toutes noyées dans la masse. Chaplin, venu de nulle part, y interprète un arbitre qui se prend tous les coups, et on y voit aussi Edgar Kennedy, Al St-John, Minta Durfee, Mack Sennett, Mack Swain... C'est de l'histoire! Le final dégénère, comme tous les Sennett un peu longs, en poursuite stupide... Mais une chose est sûre: si le film est bien un court métrage de Roscoe Arbuckle, une affiche, visible durant toute la première bobine, nous avertit du passage en salles du film Caught in a cabaret; et le personnage du film qui est au premier plan de cette affiche, c'est bien Chaplin lui-même: un signe en forme de clin d'oeil, que le comédien Anglais est désormais un homme sur lequel il va falloir compter.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Charles Chaplin Roscoe Arbuckle
25 mai 2018 5 25 /05 /mai /2018 18:45

Si on s'en tient strictement à l'intrigue, ce film très médiocre est un Keystone moyen, avec quelques ingrédients qui sont typiques de Chaplin: ce dernier n'est pas un vagabond, son costume en témoigne, mais c'est un authentique poivrot, et on pense que son "passe-temps favori", justifiant ainsi le titre de ce court métrage, sera de s'adonner à la boisson. IL est d'ailleurs accompagné par un Roscoe Arbuckle qui serait méconnaissable s'il n'y avait l'embonpoint particulièrement prononcé. Mais non: le passe-temps favori du monsieur en question est de se livrer à l'adultère, et séduit par une jeune femme qu'il a croisé dans la rue, il tente de la courtiser chez elle, ce qui devient embarrassant quand le mari débarque.

Donc à Sennett on doit la crudité de l'anecdote, le grotesque assumé des costumes et du jeu, et à Chaplin, le jeu sur la séduction et bien sûr la remarquable soûlographie... Que le film soit médiocre importe peu, et le fait qu'il soit en très mauvais état, n'arrange rien.

Mais ce qu'on voit comme la moustache sous le nez de Chaplin, c'est le racisme particulièrement choquant des situations (Chaplin exprimant carrément son dégoût devant la présence dans les toilettes du débit de boisson d'un homme noir joué par un blanc, qui insiste particulièrement sur la bêtise du personnage, et la visite chez la jeune femme que convoite le personnage entraîne une méprise: Chaplin croit dans un premier temps avoir trouvé la femme qu'il convoite, mais sursaute d'effroi quand il se rend compte qu'il est en train de draguer la gouvernante Afro-Américaine... Autre temps, autres moeurs, sans doute. Chaplin devenu réalisateur, au moins, évitera généralement les gags ethniques.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Charles Chaplin Roscoe Arbuckle
25 mai 2018 5 25 /05 /mai /2018 10:11

Voilà un film qui tranche non seulement sur les autres productions Keystone, mais plus encore sur l'ensemble de la carrière de Chaplin: c'est le seul de ses muets dans lesquels le comédien apparaît, du début à la fin, ou presque, au naturel: maquillé, certes, habillé bien sûr, mais surtout sans moustache. Et il n'est pas le seul du reste: Ford Sterling et Roscoe Arbuckle ont droit aussi d'abandonner les costumes ou postiches. Et ironiquement, l'essentiel de ce court métrage d'une bobine se situe sur le lieu d'un bal... costumé, où l'on remarquera que Chester Conklin est venu déguisé en Keystone cop!

Justifiant le titre, le tango était la danse scandaleuse à la mode, soit quelques années après l'Europe, quand même; mais il n'y a pas de tango dans la salle de bal qui est le lieu de l'action; juste un petit orchestre de danse dont Ford Sterling, cornettiste, est le chef, et Roscoe Arbuckle le clarinettiste. Et Chaplin, lui, est un danseur bien habillé, mais... saoul. Voilà pourquoi je disais plus haut qu'il apparaissait presque au naturel, car l'un des secrets de Chaplin a toujours été de fusionner costume et jeu d'acteur. Ainsi, en apparaissant en costume de ville mais feignant l'ébriété il est déguisé. On peut appliquer cette idée à l'apparition de Chaplin en Hitler dans The great dictator, ou à son interprétation fabuleuse d'un poulet plus vrai que nature dans The gold rush...

Le film ne nous laisse pourtant que peu de chances d'apprécier la subtilité du jeu de l'acteur, car le sujet de l'intrigue ne le permettra pas: le chef d'orchestre, le clarinettiste et le poivrot de la haute société ont tous en commun de trouver la même femme (Probablement interprétée par Sadie Lampe) à leur goût; étant des personnages d'un court métrage Keystone ils vont se résoudre à traiter l'affaire en se battant d'une manière particulièrement agressive (Ford Sterling, qui donne toujours l'impression d'improviser la sauvagerie, mord le nez de Chaplin à un moment): pas un concours de subtilité, vous vous en doutez. Néanmoins, à ce petit jeu, c'est quand même Chaplin qui gagne, et sur plusieurs niveaux: d'une part il est vraiment meilleur que Sterling, c'est évident. Mais surtout il est désormais amené à jouer aux côtés des vétérans, ceux qui attirent les foules, foules qui ne vont pas tarder à se mobiliser pour venir voir les films du nouveau comédien de la Keystone, en masse.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Charles Chaplin Mack Sennett Roscoe Arbuckle
20 mai 2018 7 20 /05 /mai /2018 17:00

On peut sans doute parler d'un film maudit... Car cette production Paramount de 1921 n'est pas sortie aux Etats-unis avant...1981. Si vous ne savez pas pourquoi, j'en parle plus loin , mais je vous préviens: c'est triste, injuste et révoltant.

Pas le film, en revanche, qui n'est certainement pas le meilleur film de 1921, mais qui a au moins le mérite d'adapter avec intelligence une farce boulevardière à l'économie, mais sans lésiner sur la rigolade. Ce qui n'est pas étonnant, puisque le personnage principal en est interprété par celui qui s'est autoproclamé "Prince of Whales", le comédien et cinéaste Roscoe Arbuckle, qui après avoir fait le bonheur du public depuis le début des années 10 avec des courts métrages d'une, deux, ou trois bobines poilants et à l'humour foncièrement décalé, accédait enfin au droit de sortir des longs métrages. Il était le premier des acteurs comiques à interpréter des comédies de longue haleine exclusivement, depuis 1920. Et il en avait un peu payé le prix, en renonçant à son style volontiers absurde et surréaliste. Ce qui ne l'empêchait pas d'insuffler aux comédies de moeurs qu'on lui confiait, un esprit frondeur de comédie physique. C'est exactement ce qui fait le sel de cette adaptation, qui sans lui aurait probablement été inintéressante...

Stanley Piper (Roscoe Arbuckle), héritier de la fortune de son oncle Jeremiah, un authentique misogyne, est quant à lui un admirateur complexé de la beauté féminine. Complexé, car il est bègue d'une part, et d'autre part il est irrésistible. Lors d'un séjour à la mer, il tombe toutes les femmes sans le vouloir, et est sérieusement embêté de devoir gérer quatre fiancées auxquelles il est impossible d'expliquer qu'elles ont tort... Surtout que la femme qu'il aime (Mary Thurman) débarque à l'improviste. 

Sans Roscoe, qui assume pleinement d'être un véritable aimant à jeunes femmes dans le film, on n'aurait eu ici qu'une série de scènes de portes qui claquent, et quelques intertitres amusants. Mais Arbuckle sait fort bien faire monter la température en interprétant physiquement une scène, et en s'y investissant avec génie. Bref, ce film s'il était sorti ailleurs qu'en Finlande (en 1924...) aurait sans doute obtenu un succès mérité, et rappelé après The round-up, le western controversé de George Melford qui manquait paraît-il cruellement de gags, que Roscoe Arbuckle était un comique, et l'un des plus grands.

Sauf qu'avant la sortie du film, le premier mai 1921, l'actrice Virginia Rappe décédait lors d'une soirée arrosée, organisée par Arbuckle. le comédien, accusé, arrêté, acquitté du meurtre, blanchi par la justice qui a établi la preuve de son innocence totale, était désormais un paria, marqué du sceau de l'infamie pour le simple fait d'avoir été potentiellement le coupable. Interdit de travailler à Hollywood sous son vrai nom, déchu, bref: à plus ou moins court terme, foutu. Pour la Paramount, sortir le film Leap year était plus qu'un risque: c'était une impossibilité.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1921 James Cruze Roscoe Arbuckle
20 mai 2018 7 20 /05 /mai /2018 16:48

Avec son complice (Et neveu) Al St-John, Arbuckle a trompé son spleen en tournant quelques films pour la compagnie Educational dans les années 20, dont celui-ci qui est peut-être le meilleur... Le meilleur que j'aie vu en tout cas. Il y parodie sans aucun scrupule les cliffhangers des années 20, en nous livrant tous les épisodes d'un feuilleton idiotissime en moins de 20 minutes, avec rythme, génie, et un humour qui ne connait aucune limite.

Al St-John, typiquement, y est un bandit particulièrement dépravé, dont la seule occupation (mais aussi le seul intérêt dans la vie, semble-t-il) est de pourrir la vie d'une pure jeune femme un peu naïve, qu'il asticote avec tous les moyens à sa disposition, y compris une bande d'hommes de mains, qui ont la particularité d'apparaître un peu n'importe quand: par exemples, cachés dans la sciure, à côté d'une scierie.

Oui, il y a une scierie, car dans un serial des années 20, avec cliffhanger de concours, il y a forcément une scierie. Arbuckle, auteur et réalisateur de ce désastreux et glorieux feuilleton de 17 mn en cinq épisodes (oui, certains sont TRES courts) a résolu de nous montrer une variation sur le vieux gag qui consiste à créer du suspense en menaçant de scier une femme en deux (intertitre: "now we are going to see what girls are made of!"). Il a aussi une obsession pour le fait de tenter de tuer quelqu'un à coup de pancakes.

C'est merveilleux...

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Roscoe Arbuckle
11 août 2016 4 11 /08 /août /2016 15:46

La photo qui accompagne cet article est strictement une photo de plateau, et aucune scène n'y correspond vraiment. Par contre la voiture désossée est bien du voyage... On peut imaginer que Roscoe Arbuckle et Buser Keaton savaient ce qui se tramait en coulisse lors du tournage de ce film, qui donne l'impression de les laisser joyeusement brûler le studio avant d'aller voir ailleurs: Buster vers sa propre série, et Roscoe vers des longs métrages impersonnels avant d'affronter cette saloperie de destin. Quoi qu'il en soit, ce film jovialement destructeur, qui voit les deux comiques affronter le monde en tandem, à l'écran comme derrière, est réjouissant: une salve de gags sublimes, ou grotesques... Ou les deux.

Nos deux héros sont donc les employés d'un garage, où ils font à peu près tout. Le patron (Dan Crimmins) est un vieux gâteux, dont la fille (Molly Malone) est fort avenante et du coup les prétendants se bousculent... Par exemple, Harry McCoy joue le rôle d'un type qui vient lui conter fleurette au garage, ce qui occasionne une scène durant laquelle le dandy particulièrement bien habillé veut offrir des fleurs à Molly (A droite de l'écran) pendant que les deux mécaniciens manipulent de la graisse (à gauche): le mélange des deux, comme le film du reste, est très salissant.

Par ailleurs, les trois hommes du garage sont aussi pompiers, ce qui nous occasionne une fausse alerte incendie qui e pour conséquence... l'incendie du garage en leur absence! Inracontable, mais proprement irrésistible, le film multiplie les gags Keatoniens, liés donc à de la machinerie, de la mécanique, et beaucoup de prouesses physiques: il était prêt! Ce qui autorise un certain nombre de commentateurs à spéculer sur le fait que Buster ait co-dirigé ce film. Peu importe, après tout...

Notons pour finir que des amis sont venus pour participer au film, sans y être crédités. On reconnaîtra Monty Banks qui avait remplacé Buster pendant que celui-ci était parti sauver le monde en France, et Polly Moran dans un gag idiot mais mémorable.

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Published by François Massarelli - dans Buster Keaton Muet Comédie Roscoe Arbuckle
7 août 2016 7 07 /08 /août /2016 18:43

Pour certains, c'est parce qu'il est précédé (Back stage) et suivi (The garage) par d'excellents courts métrages que ce retour à un comique rural apparaît un peu léger. Mais ça ne tient pas debout: ce film de deux bobines est effectivement léger! Il y a des gags, certes, et l'équipe habituelle (Moins Al St-John) fait ce qu'elle peut, mais... ce n'est en rien un film historique.

Le décor, donc, est rustique: une petite localité dans laquelle le même immeuble sert pour à peu près tout ce qui est officiel ou d'intérêt public. On y trouve donc un magasin, où travaille Roscoe Arbuckle (Qui peut de nouveau se servir de denrées pour construire ses gags, ici ce seront du fromage, et des oignons), et la poste (Lieu des activités de Buster Keaton). Un troisième larron, joué par John Coogan, est le shérif local. Lui et Roscoe sont rivaux pour le coeur de Molly Malone. La rivalité prend un tour vicieux lorsqu'il est question d'acheter un bijou à la jeune femme: Roscoe prend un faux, parce qu'il na pas les moyens, mais le shérif, décidé à acheter un vrai diamant, vole à la poste...

Pas grand chose à dire, le film tourne bien, même si c'est parfois en rond. Buster recycle une énième fois sa routine des balais qui volent, et Roscoe Arbuckle mesure le doigt de sa petite amie... en le plantant dans du gruyère. Toujours nous ramener au sol, là où ça sent et ça suinte: on peut faire confiance à Arbuckle pour ça!

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Published by François Massarelli - dans Muet Buster Keaton Comédie Roscoe Arbuckle
7 août 2016 7 07 /08 /août /2016 09:13

Marion Davies était, en Anglais dans le texte, une comedienne, donc une actrice dont la spécialité, l'inclinaison naturelle était de jouer la comédie, de faire rire, donc. Fait rare chez une actrice de ce calibre, elle était en prime une actrice physique, qui pouvait jouer de tout son corps, et avait un superbe timing: c'est rare parce que les studios cherchaient ce genre de qualité chez leurs acteurs de comédie, pas chez les actrices... Mais elle avait aussi un sacré boulet, d'une certaine façon: maîtresse quasi-officielle de William Randolph Hearst, elle devait se soumettre à l'obsession de son bonhomme de la voir mise en valeur dans des drames (Ce qui ne la motivait guère!), jusqu'à... Ce film. Produit par Cosmopolitan, une petite structure qui dépendait directement du magnat de la presse, The red mill acquiert un certain prestige, du fait qu'il s'agit d'une adaptation d'une comédie musicale qui avait triomphé à Broadway. Mais ça reste une comédie burlesque... D'où l'emploi d'un spécialiste du genre.

William Goodrich n'existe pas, bien sur, il s'agit d'un pseudonyme. Roscoe Arbuckle, abimé à jamais par la campagne de presse dégueulasse qui avait suivi son arrestation pour diverses ignominies dont il était bien sur innocent, était en dépit de son innocence (Etablie dans plusieurs procès) persona non grata à Hollywood, la seule solution pour lui permettre de travailler était donc de lui trouver un alias dare-dare. Ce qui ne manque pas de sel, c'est bien sur le fait que ce premier long métrage de l'acteur-réalisateur, caché sous un faux nom, est une production de l'homme de presse qui a été le plus infect à son égard durant l'affaire... Mais du coup, Hearst qui ne faisait pas confiance en Arbucle-Goodrich, lui a mis des bâtons dans les roues: plusieurs réalisateurs de la MGM (Dont George Hill et King Vidor) se seraient retrouvés à réaliser des retakes. C'est une habitude ancrée à la MGM de l'époque, et de toute façon, le résultat porte fermement la marque de Roscoe Arbuckle...

Dans une Hollande de carte postale, en plein hiver, les braves gens passent du temps à patiner sur la glace des canaux... Sauf Tina (Marion Davies), la bonne à tout faire de la taverne du Moulin Rouge, tenue par le méchant Willem (George Siegmann). Il la fait trimer en permanence, et pour résumer, c'est un très mauvais sujet. Tina est bien seule, réduite à parler à a souris qui habite son sabot, Ignatz, et à "patiner" sur le sol enduit de savon... Mais les charmes et les clichés de la Hollande attirent les touristes étrangers, dont Dennis (Owen Moore), accompagné de son valet Caesar (Snitz Edwards), venu au pays pour y séduire les jolies Hollandaises. Il est le juge d'un concours de patinage, dont il doit embrasser la gagnante: Tina se débrouille pour participer, et gagne, mais les circonstances font que le baiser est retardé, et... n'arrivera pas. Le lendemain, Dennis doit partir. Quand il revient, Tina est décidée à tenter le tout pour le tout afin qu'il voie qu'elle existe! Elle va donc monter toute une machination, avec a complicité d'une femme du pays, Gretchen (Louise Fazenda), amoureuse d'un marin benêt, la capitaine Jacop (Karl Dane)... Mais il fait faire vite, car on veut marier Gretchen à un autre...

Le film sent parfois l'amas de clichés, du reste reconstruits en studio, et ce ne sont pas là ses meilleures qualités. Non, comment détacher ses yeux de Marion Davies? Elle était amie avec de nombreux comédiens, ce n'est pas un hasard, car c'est vraiment l'idiome dans lequel est le le plus à l'aise. Elle n'hésite ni à s'enlaidir si besoin, ni à se couvrir de ridicule. Et elle sert pleinement le style de comédie propre à Abuckle, fait de rappels permanents de notre terrestrialité et de la gravité qui s'en suit (Chutes), de mentions du trivial (le savon, dans la première scène), de raccourcis surréalistes (Dans une scène, elle apparaît, peu maquillée, et son visage trahissant les aspects les moins attirants de son anatomie, et se fait un masque de boue. Lorsque le masque s'en va, elle est maquillée comme une actrice des années 20!), d'une poésie du bizarre (Le baiser qui n' pas pu être donné était empêché par le fait qu'elle avait le visage littéralement gelé, mais un sourire de Marion craque la glace comme un rien...); et d'une série de scènes à la fin, magnifiquement éclairées, comme Roscoe savait les obtenir de ses chef-opérateurs en 1916 chez Sennett...

A propos de la fin le film tient son titre de la présence dans le décor d'un de ces clichés Hollandais, qui serait hanté. C'est l'endroit où Dennis, Tina et Willem vont s'affronter, une scène fort bien réalisée, qui contraste sérieusement avec le reste du film. Un film bancal, mais attachant, qui a décidé Marion Davies à franchir définitivement le Rubicon et à se consacrer à la comédie. Donc à produire Show people... Pour Roscoe Goodrich, l'histoire ne se termine pas aussi bien:ayant déplu à Hearst, une fois de plus, il a été congédié du plateau, et on le retrouve pour un film avec Edie Cantor à la Paramount, puis de nouveau, à réaliser des courts métrages sans prestige pour les studios les plus fauchés... Ce à quoi il consacrera le reste de son temps jusqu'à sa mort en 1933. On a de la chance d'avoir ce film, aussi mineur soit-il, et de l'avoir en prime dans une copie parfaitement conservée, qui rend justice à la beauté de sa photographie, et de ses teintes nocturnes.

The red mill (William Goodrich a.k.a. Roscoe Arbuckle, 1927)
The red mill (William Goodrich a.k.a. Roscoe Arbuckle, 1927)
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Published by François Massarelli - dans Comédie Muet 1927 Marion Davies Roscoe Arbuckle