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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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10 août 2021 2 10 /08 /août /2021 16:18

Alors que la guerre interne pour le leadership d'un gang de trafiquants de bière bat son plein, un tireur d'élite (Gary Cooper) qui travaille dans une fête foraine file le parfait amour avec Nan (Sylvia Sidney), la fille d'un des gangsters... Elle essaie de le recruter, mais il résiste, jusqu'au jour où elle fait un petit séjour en prison parce que son père (Guy Kibbee) l'a impliquée dans un meurtre. Une fois sortie de prison, elle décide de tout faire pour qu'il en sorte. Mais ça va être dur, d'autant que le big boss (Paul Lukas) a des vues sur elles, et les moyens d'obtenir tout ce qu'il veut...

Un peu comme dans Scarface ou Public enemy, ce film montre un monde de la pègre où la police semble particulièrement peu efficace, presque une vague utilité plutôt qu'une menace. Mamoulian utilise en permanence l'image en priorité sur le dialogue et son film est l'un des plus stylisés de la période, sans surprise pour qui a vu son Dr Jekyll... Avec ses interprètes, particulièrement Sylvia Sidney et Gary Cooper qui sont vraiment excellent, il s'ingénie à laisser les personnages prendre toute la place, dans une lutte souvent tragique entre le bien et le mal, qui prend souvent des tournants inattendus. 

En parlant d'inattendu, il est curieux de voir des acteurs comme Paul Lukas ou Guy Kibbee dans des rôles aussi antipathiques que les gangsters qu'ils interprètent, mais justement c'est l'un des thèmes du film, l'attrait insurmontable du crime. Un autre thème, omniprésent à cette époque, réside dans l'apparente impossibilité de l'amour, présenté comme la rencontre de deux mondes antagonistes: c'est commun à la plupart des oeuvres de Mamoulian à l'époque, et ça s'incarne, en particulier, à travers le chassé-croisé entre vie honnête et gangstérisme, qui se joue autour des deux héros, dans une scène de visite en prison où une grille dressée entre les deux personnages les empêche avec difficulté de laisser libre cours à leur tendresse... Enfin, le film est notable pour un pari gonflé, celui de dissocier totalement le son et l'image, en choisissant de cadrer l'image d'une conversation sur des figurines d'animaux, qui sous-tendent ironiquement le dialogue, en soulignant les non-dits... tout ça bien sûr enfonce le clou: Mamoulian était doué, très doué.

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Rouben Mamoulian Noir
31 mai 2021 1 31 /05 /mai /2021 18:28

C'est un film en Kodachrome, et non en Technicolor. La nuance est importante, car le Technicolor de 1926, qui se raffinait d'année en année, restait un procédé de couleurs directes plus pratiques, mais moins fidèle que les autres technologies, dont le Pixma, et bien sûr Kodak... Le court métrage, basé sur une chorégraphie de Martha Graham, a été sans doute dirigé pour sa partie technique par le jeune Rouben Mamoulian, qui aura l'honneur en 1936 de mettre en scène le premier long métrage d'une nouvelle ère du Technicolor, Becky Sharp: tout se tient.

Quant au film lui-même, un court de sept minutes, il est une assez anecdotique chorégraphie orientalisante dont les couleurs restent le principal atout...

 

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Published by François Massarelli - dans Rouben Mamoulian Muet
9 octobre 2020 5 09 /10 /octobre /2020 16:04

C'est à l'écart de l'univers développé par Ernst Lubitsch avec les mêmes acteurs (de The love Parade à One hour with you pour rester à la Paramount) que Rouben Mamoulian a tourné ce qui reste sans doute comme l'une des plus glorieuses comédies musicales de l'époque... Contrairement à ce qui se faisait à la Warner, les films du genre proposés par la Paramount étaient souvent inspirés du monde de l'opérette, les personnages n'ayant pas le moindre besoin de s'agiter sur une scène pour tout à coup chanter... Les chansons (ici de Rodgers and Hart) sont donc partie intégrante de l'action du film...

Maurice Courtelain (Chevalier de son vrai nom) est un tailleur Parisien, victime comme ses amis et voisins, autres commerçants, d'un mauvais payeur: le Duc de Varèz (Charlie Ruggles), en effet, a pris l'habitude de vivre aux dépens d'un oncle qui ne veut plus financer un train de vie gênant, et il laisse donc des ardoises un peu partout. La rue élit donc Maurice pour aller chercher le règlement des petites notes. Seulement dans la famille du Duc, on voit un commerçant d'un mauvais oeil, et pour compliquer le tout, la cousine du nobliau, Jeannette (McDonald) est fort avenante: c'est le coup de foudre entre la belle Princesse et le Parisien, qui pour pouvoir s'introduire au château, se fait passer avec la complicité du Duc, pour un Baron.

D'une part, c'est mené tambour battant, et éblouissant de drôlerie: Mamoulian s'amuse; les dialogues fusent, les acteurs s'en donnent à coeur joie: le film est une véritable fête de plaisir, à condition mais c'est la règle du jeu, qu'on accepte le style chanté des deux protagonistes! En titi Parisien revu et corrigé par Hollywood, Chevalier est presque une étrange capsule temporelle à lui seul, et bien sûr Jeannette McDonald, entre tenue austère et déshabillages intempestifs, est une figure de sensualité assez évidente...

Mais il y a mieux encore: contrairement à Lubitsch, qui définit souvent un espace assez limité et y promène son petit monde, Mamoulian lui s'amuse justement à nous balader en permanence, en commençant par s'introduire dans un Paris mythique (les premiers plans du film sont une constante source d'invention), avant justement de nous entraîner dans un château grand luxe, allant jusqu'à nous amener avec lui dans un chasse délirante en forêt. Et lui qui a déjà redéfini le film parlant avec Applause et montré une virtuosité impressionnante avec Dr Jekyll and Mr Hyde, se lance dans une invention permanente, faisant feu de tout bois: ralenti, accéléré, gags aux frontières du surréalisme, brillants jeux d'ombres... Le film est basé de façon plus ou moins visible sur La belle au bois dormant, avec la présence de trois "bonnes fées" qui veillent sur la princesse, et une scène de réveil avec baiser. Toutes ces qualités sont combinées avec des dialogues à double sens du plus bel effet (surtout quand c'est Myrna Loy qui les prononce...), ces ingrédients en feraient presque une comédie avant-gardiste, qui reste malgré tout constamment un spectacle du plus bel effet.

...Mais un spectacle aujourd'hui bien incomplet, puisque seule a survécu une version amoindrie, rabotée du film afin de satisfaire les exigences morale et pudibondes du code de production. On a connaissance des scènes enlevées, bien sûr, mais ces dix minutes promettaient d'être passionnantes, quand on sait que ce qui reste est déjà un beau joyau gonflé de cette période intense de liberté créatrice... Et de penser que ce film, dans lequel la belle Myrna déambule de scène en scène avec toujours une gourmandise à dire qui nous indique que son personnage est une nymphomane ceinture noire, a été censuré, excite quelque peu notre curiosité...

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Rouben Mamoulian Musical
15 septembre 2019 7 15 /09 /septembre /2019 17:24

Dans la famille horreur, je demande la Paramount... et il n'y a pas grand chose à se mettre sous la dent! Disons que la compagnie, qu'on peut considérer comme à la pointe dans la plupart des domaines à cette époque, n'a pas vraiment brillé pour ses films fantastiques, et que la raison d'être de celui-ci est essentiellement pour se raccrocher au wagon des succès des premiers films fantastiques de la Universal, tout comme la MGM, la Warner et la RKO vont s'engouffrer dans la brèche. Dans ces conditions, que Mamoulian ait produit un bon film était déjà inespéré... Comme c'est un chef d'oeuvre, on pourra sans doute crier au miracle!

Le récit de Stevenson est déjà, à lui tout seul, une provocation d'une ironie cinglante: il a parfaitement réussi, à l'ère Victorienne, à capter l'esprit du mâle de l'époque: divisé fermement en deux, prêt à faire fortune et à se marier avec de décentes jeunes femmes de la meilleure société, mais à côté aussi prêt à se livrer à la débauche sans remords ni regrets puisque personne n'osera soulever le sujet à table... Et Henry Jekyll (Fredric March), qui ne brille pas par sa sainteté puisqu'il est vaniteux et que c'est un péché, n'est pas en reste: il souhaite convoler en justes noces avec une femme qu'il aime sincèrement, ou du moins dont l'aveu d'amour, de sa part, est sincère (Il se pourrait que ce fut du désir mal placé...); pourtant, à la première occasion, celui qui est persuadé que l'homme est effectivement divisé en deux, se laisse aller à un écart puisqu'après tout, il EST divisé en deux et n'y peut rien tant qu'il n'aura pas traité la chose scientifiquement. Et le gag, c'est qu'alors que son mariage avec la belle Muriel Carew (Rose Hobart) semble s'éloigner de jour en jour faute de consentement immédiat du père, l'expérience de séparation du bien et du mal à laquelle se livre le Dr Jekyll va tourner bien sûr à l'avantage du mal, pour ne pas dire du mâle...

Essentiellement, dans cette version de l'intrigue, le mal est de nature sexuelle: Hyde est une version du docteur Jekyll qui laisse libre cours aux pulsions sexuelles ressenties par le docteur... ce qui nous donne à nous, spectateurs, un rôle intéressant dans le film: quand le belle prostituée Ivy Pearson (Miriam Hopkins) vient chercher de l'aide auprès de Jekyll et raconte les turpitudes subies par la jeune femme, nous sommes aux premières loges pour constater qu'en réalité, ce qu'entend le bon docteur, c'est d'une part qu'elle déteste une partie de lui-même, et d'autre part, qu'elle l'aime, est prête à tout pour lui, et le lui dit d'ailleurs à genoux, en embrassant goulûment ses mains, et en caressant ses cuisses... Que se passe-t-il vraiment dans cette scène jouée d'ailleurs de manière intime (et qui contraste de façon évidente avec la distance gardée par Muriel et Henry)? Beaucoup de choses, sans doute...

Bref: on n'a pas besoin de nous faire un dessin, la suite est inévitable. De même, les conversations entre Muriel et Jekyll, au départ, finissent toujours par tourner autour d'un désir partagé, lancinant, et ressenti par les deux tourtereaux, mais qu'en raison de leur éducation et de leur statut social, ils ne peuvent ni nommer, ni concrétiser. C'est toute une société bâtie sur la compartimentation, l'hypocrisie et le non-dit qui en prend pour son grade, aussi bien dans le film que dans le conte.

Et Mamoulian s'en est donné à coeur joie; on pourra toujours objecter que si les premières transformations (effectuées surtout grâce à la lumière, au jeu de March et au montage) sont époustouflantes, le metteur en scène finit par se résoudre à des moyens plus mécaniques, en fondus-enchaînés, qui ne sont pas vraiment très adroits. Mais sinon, la mise en scène est constamment inventive, reposant sur des points de vue subjectifs (les cinq premières minutes), des miroirs (on pourrait s'amuser à les compter) et surtout, des fondus enchaînés qui traînent volontairement en longueur, et qui permettent de sonder les pensées, voire les obsessions du bon docteur: ainsi sa première rencontre avec Ivy (qui s'est quasiment offerte à lui) restera-t-elle bien longtemps dans les pensées du docteur, et nous n'en perdrons pas une miette... Je reste d'ailleurs persuadé que le choix des actrices (Rose Hobart, terne, et Miriam Hopkins, vivace pour ne pas dire vivante) a été effectué pour favoriser la fille des rues sur la froide héritière... March est excellent, de bout en bout et tout le casting de cette visite ironique d'un Londres légendaire est à l'avenant. 

Bref, le fantastique n'était peut-être pas la tasse de thé de la maison, mais le moins qu'on puisse dire, c'est que c'est une réussite: d'emblée, l'un des meilleurs films du cycle fantastique des années 30 et de la période pré-code, l'un des plus chargés en sens aussi. 

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Rouben Mamoulian
28 avril 2017 5 28 /04 /avril /2017 14:54

Au début du siècle, en Allemagne: la petite Lily, une paysanne un peu effarouchée qui vient de perdre son père, se rend à Berlin pour être prise en charge par sa tante, la libraire Rasmussen. Mais si elle est employée à la librairie, elle est surtout attirée par l'atelier de sculpture de l'immeuble en face, dont les mystères la font rêver. A la librairie, elle rencontre l'artiste, qui l'invite à poser pour elle. Après hésitation, elle se laisse faire, et devient le modèle de l'artiste, Richard. Puis elle devient sa maîtresse, mais si elle est amoureuse, le sculpteur qui craint de devenir trop attaché à elle, s'arrange avec l'un de ses clients, le Baron Von Merzbach, qui de son côté va traiter directement avec la libraire Rasmussen. Et un soir, Lily se rend à l'atelier, ou l'attend le baron. Déchirée, elle accepte sa proposition de mariage...

Ce film nous propose l'unique interprétation de Marlene Dietrich, entre 1930 et 1935, qui ne soit pas une réalisation de Josef Von Sternberg, et on peut dire clairement que le film ne ressemble en rien à une oeuvre de l'auteur de Underworld. Maintenant, si on peut imaginer que c'est une sorte de figure imposée par la Paramount. Ou on peut aussi penser que Sternberg n'a pas souhaité tourner le film. Mais il sert assez bien la carrière de Dietrich, lui permettant de faire la démonstration de son savoir-faire: elle y passe de la petite provinciale coincée, à la croqueuse d'homme, elle y chante (Et comme d'habitude c'est atroce), et y use de son érotisme. contrairement à Sternberg, qui tisse une toile dont chaque jalons, chaque scène, chaque plan, chaque élément du décor doit être contrôlé à 100%, Mamoulian choisit, en construisant ses séquences autour de moments clés. Et bien sur, il utilise la sculpture comme substitut érotique: ainsi, les scènes de déshabillage sont-elles vues  travers les diverses statues de nu qui sont entreposées dans le studio du sculpteur. Et LA statue par laquelle le scandale arrive devient le symbole de la relation amoureuse bancale des deux amants, mais aussi de la transaction immonde avec le Baron, de l'attirance pour la jeune femme dont l'artiste pris au piège ne sait pas trop quoi faire, et enfin de la déchéance de Lily...

Mais il fallait vraiment qu'elle chante?

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Rouben Mamoulian
30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 13:15

S'il est un film et un seul qui puisse être envisagé sous l'angle d'une Garbo "auteur", c'est bien celui-ci; elle l'a voulu, l'a porté, et lui a été associé jusqu'à sa mort et même au-delà, comme en témoignèrent les hommages qui fleurirent dans la presse et sur les autres médias à l'occasion de son décès: passage obligé, le fameux plan final de ce film de 1933, sensé représenter la résignation et l'abandon de sa carrière par une Garbo  arrivée au bout de ses envies en 1941. Il n'y avait sans doute pas une grande envie de faire ce film à la MGM, alors que les premiers films parlants de l'actrice témoignaient surtout de la tentation de l'enfermer dans des stéréotypes, des femmes fatales malgré elles. Le désir de romantisme de Garbo pouvait par contre s'accomoder de ce qui était une sorte de guerre de studio, entre la Paramount et la MGM, qui rivalisaient par star interposées. A ce petit jeu, la star de la Paramount était Marlene Dietrich. Il y a par endroits dans Queen Christina des passages qui peuvent être un clin d'oeil au style développé par Sternberg, mais l'ironie est que celui qui réalise cette biographie réinventée d'une reine de Suède est Rouben mamoulian, qui allait peu de temps après diriger Marlene Dietrich à la firme concurrente, dans des conditions pas vraiment idéales (The song of songs).

 

La reine Christine de Suède est lasse de faire le jeu de la cour et du royaume, de signer des déclarations de guerre ou de cautionner des politiques qui ne vont pas dans le sens de ses aspirations. Désireuse d'ouvrir la Suède à la culture étrangère, elle tend la main à ses ennemis et rivaux européens, et se désole d'avoir si peu de temps pour elle-même. Elle a des amants, dont Magnus Gabriel de la Gardie (Ian Keith), elle a des amies, dont la comtesse Ebba (Elizabeth Young), sa confidente. Mais elle n'aime rien tant qu'à partir pour un ou deux jours chasser en compagnie de son valet-ange gardien Aage (C. Aubrey Smith). La cour souhaite ardemment que la reine se marie afin de préserver la couronne, et avec un Suédois pour couper court à toute folie nationaliste, les prétendants étrangers se bousculant au portillon. C'est en ces circonstances qu'elle rencontre un envoyé du roi d'Espagne, Don Antonio (John Gilbert). Elle est habillée en homme, ils sont amenés à partager une chambre, et tombent instantanément amoureux l'un de l'autre. Au retour, il va falloir choisir: la raison d'état, qui la pousserait à se marier avec le héros national Karl Gustav (Reginald Owen), ou celle du coeur, qui lui permettrait de vivre le parfait amour avec son bel Espagnol... La révolte menace, les intrigues de cour se forgent, il lui faudra vite faire son choix...

Honnêtement, le choix est vite anticipé par le public; celle à laquelle on a si souvent fait dire 'I want to be left alone' dans ses films, pouvait-elle vraiment faire autrement que d'abdiquer? Dans une oeuvre comme celle-ci, dont la mise en scène classieuse et inventive de Mamoulian sert surtout d'écrin à la prise de pouvoir par Greta Garbo elle même de son rôle et de son film, l'actrice affirme sa propre croyance en une liberté totale, un abandon des responsabilités pour pouvoir vivre à sa guise par une femme de pouvoir. Elle met tout son art dans cette idée, depuis la première scène ou on la voit (Elle ou sa doublure) galoper pour rentrer au palais, gardant la caméra dans son dos jusqu'à ce moment ou elle se tourne enfin, puis enlève son chapeau. A l'inverse, elle est vue toute entière dans la si fameuse scène de l'auberge, lorsque la reine après sa nuit d'amour avec Antonio, s'imprègne de chaque détail de la pièce, passant une main tendre sur chaque meuble, finissant en se couchant de façon langoureuse sur le lit... elle utilise le corps, comme pour faire une déclaration d'identité: le garçon manqué qui chevauche bon train, la femme aimée et qui peut enfin être elle-même, qui marche d'un meuble à l'autre dans une robe de chambre informe... deux extrêmes, oui, mais deux affirmations d'indépendance. Ce que sont aussi la première scène, qui voit la toute jeune Christine couper court au texte qu'on lui a fait apprendre, la scène d'abdication, dans laquelle elle (re)devient le centre de tout après avoir vu la stabilité nationale voler en éclat suite aux intrigues de cour, ou encore et surtout la scène finale, ou garbo devient la figure de proue d'un vaisseau qui part pour nulle part, garant d'une liberté chèrement acquise, au gout amer, mais qui sera pleinement assumée.

A ses côtés, l'actrice a insisté pour avoir son ancien partenaire et compagnon John Gilbert (Flesh and the devil, Love, A woman of affairs). Un geste largement commenté dans tous les sens: action charitable, retour de service (l'acteur avait beaucoup fait pour que Greta Garbo se sente plus à l'aise dans sa carrière en 1926), ou intuition géniale? Quoi qu'il en soit, c'était un excellent choix: l'acteur est parfaitement à sa place dans le rôle impétueux de ce Don qui lui permet occasionnellement de faire une discrète auto-parodie, comme dans la scène de l'auberge, avant que l'Espagnol n'ait découvert que cet impétueux jeune homme qui l'accompagne n'est autre qu'une jeune femme. Mamoulian pourtant ne se trompe pas de personnage principal, et réserve au duel fatal entre Don Antonio et Magnus une ellipse: ce qui compte n'est pas la mort du Don, mais bien le fait que Christina perde son amant, nuance...

 

Film d'une incroyable beauté, superbe réinterprétation de l'histoire, le film doit beaucoup à la sensibilité de Mamoulian, qui a parfaitement dosé les mouvements de la star dans ses scènes-clés, et qui fait tomber toutes les barrières avec une caméra discrètement mobile. Il a aussi su insuffler un soupçon d'ambiguité sur le personnage ô combien controversé de la Reine Christine, dont les rapports éventuels entre Garbo et Elizabeth Young tels qu'ils apparaissent à l'écran via un baiser pas si chaste, cachent une réalité complexe, autour des représentations d'une bi-sexualité triomphante, voire agressive, un refus de se plier à la seule dimension féminine de son personnage (Revendiquant en particulier le fait qu'elle assumait la lourde tâche d'un homme en accédant au trône). Cette ambiguité permet au cinéaste de jouer sur les frontières entre les sexes, comme dans le long passage de l'auberge. Elle permet aussi aux auteurs (Garbo ET Mamoulian) d'interroger les rapports entre le pouvoir et le genre, masculin ou féminin. L'abdication de Christina serait en fait la prise de pouvoir de la femme contre les conventions, et vers la liberté totale. Une liberté absolument pas mise de côté lorsque l'être aimé meurt. Le sommet émotionnel du film, qui permet à Garbo de vraiment exprimer un sentiment complexe à l'écran sans apparemment rien faire, sera aussi le sommet de sa carrière. Pas le sommet des succès de la MGM... tant pis.

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Greta Garbo Rouben Mamoulian