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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 11:08

Le premier film de Benjamin Christensen fait clairement partie du haut du panier, dans la liste pas si longue des longs métrages importants du début des années 10: comme les films de Tourneur en France, de Bauer en Russie, il fait avancer le cinéma à pas de géant... à sa façon, fort distinctive: le metteur en scène ne se contente pas de creuser un sillon personnel, il multiplie les audaces et les expérimentations, en terme d'éclairage, de composition, de direction d'acteurs, d'écriture de l'intrigue, et même de complication! Christensen, en ancien chanteur d'opéra (Il était baryton), se plait à accomplir tous ces prodiges dans une intrigue hautement mélodramatique qu'il a écrite, qui ose tout avec aplomb, tant et si bien qu'on va plus loin encore que le ridicule: on va vers le baroque le plus absolu... Pour notre plus grand bonheur.

1913: Une guerre menace le Danemark, et tous les corps d'armée se préparent au pire. Le lieutenant Von Hauen (Christensen), un valeureux et honnête militaire, met donc ses affaires en ordre, confiant à son épouse un testament en bonne et due forme: il faut savoir se préparer à toute éventualité... Mais les circonstances vont pourtant aller très loin dans l'imprévu. Madame Von Hauen (Karen Caspersen), en effet, a une sorte de liaison purement platonique avec un intrigant Latin, le dangereux comte Spinelli (Hermann Spiro). Mais celui-ci n'en veut-il qu'à sa vertu? Il passe du temps à trafiquer d'étranges messages cryptés, envoyés par pigeons voyageurs depuis un vieux moulin abandonné. Le comte Spinelli, sous ses allures de séducteur mondain, est en réalité un agent de l'ennemi, chargé de séduire la dame pour soutirer des secrets, car tout le onde sait que le père du lieutenant est l'un des plus importants dignitaires de l'armée Danoise. Et ce qui devait arriver arrive: un soir, Spinelli s'introduit chez les Von Hauen, et dérobe des papiers importants, et de son côté Von Hauen se rend compte de ce qu'il croit être une véritable infidélité de son épouse. Le lendemain, il est arrêté pour trahison, et va refuser toute tentative d'aide de son épouse. De son côté, Spinelli, le seul à pouvoir innocenter le lieutenant, se trouve coincé dans la cave du moulin sans espoir de sortir... Madame Von Hauen et son fils ainé vont pourtant remuer ciel et terre pour tirer Von Hauen de ce mauvais pas avant qu'il soit exécuté...

La principale vertu du film est sa science de la lumière. Dès les premières scènes les talents combinés en matière de photographie comme de dramaturgie, de Christensen et de son chef-opérateur Emil Dinesen sont évidents: en particulier, une grande partie de l'intrigue est située dans la maison Von Hauen, dont la pièce la plus souvent vue à l'écran est le salon, tout en profondeur. Au fond du champ, une grande fenêtre diffuse souvent de la lumière extérieure, tout comme une plus petite située dans la partie de la pièce qui est la plus proche du proscenium. Les variations minutieuses d'ensoleillement vont participer de façon fort brillante à l'atmosphère de chaque scène. Une séquence en particulier est remarquable: madame Von Hauen rentre chez elle, elle sait que son mari a été arrêté. La maison est sombre, et seules les fenêtres diffusent un peu de lumière. La bonne allume partiellement la pièce, suivie de sa patronne, mais celle-ci sort du champ, et la bonne la suit, éteignant. De façon subtile et sans aucun intertitre, Christensen nous a montré de quelle façon l'héroïne refuse de laisser la vie continuer comme avant... Le moulin qui va donner son nom au film (Le traître a pris le pseudonyme de X, inspiré par les ailes en croix du moulin qu'il utilise pour ses actions d'espionnage) est lui aussi une source de séquences visuelles de grande qualité: ombres chinoises superbes, avec la silhouette inquiétante du moulin vers lequel évoluent les mystérieuses ombres de cavaliers, mais aussi des vues en intérieur de la vieille bâtisse, pour lesquelles le metteur en scène a là encore utilisé un contraste saisissant entre l'obscurité quasi totale du lieu, et la lumière venue de l'extérieur. Il est d'ailleurs frappant que les scènes d'intérieur du moulin n'ont pas du tout été tournées en studio, mais bien dans un authentique moulin, comme en témoignent les nombreux plans qui montrent une ouverture (Porte ou fenêtre) qui laisse filtrer un peu de la quiétude extérieure: champs, paysages idylliques, etc...

Et si l'intrigue est compliquée, Christensen se plait à la rendre plus impénétrable encore, en laissant promettre de fausses joie, comme un procès au cours duquel madame Von Hauen se rend, pour innocenter son mari, mais celui-ci va contre-carrer ses plans, en refusant une aide qui révèlerait à la face du monde ce qui à ses yeux est le déshonneur de l'adultère! Au public, qui s'attend à ce moment à une fin heureuse, Christensen impose donc d'attendre de nouvelles péripéties, qui ne vont pas manquer d'arriver. D'une part, le grand fils des Von Hauen va se rendre en prison pour « voir son père une dernière fois », ce qui aura des conséquences, et a l'avantage d'impliquer encore plus le spectateur; ensuite un rêve va révéler la marche à suivre à l'épouse en lui rappelant le lien entre « X » et le moulin. Elle se rend donc vers ce dernier pour y trouver des preuves impliquant Spinelli; ais la situation est compliquée par deux facteurs: d'une part, Spinelli a bien laissé des preuves sur place. D'ailleurs il est toujours coincé dans le sous-sol du moulin, mangé par les rats! Et d'autre part le moulin est en pleine zone de combats, on va donc voir la frêle jeune femme traverser le champ de bataille au milieu des explosions, alors que la mort rôde autour d'elle...

Bref, on l'aura compris: c'est hautement improbable, mais parfaitement indispensable, et le film bénéficie en prime d'un montage serré, d'une utilisation dynamique du placement de la caméra, avec parfois des subtils mais décisifs déplacements. Le film est en avance, et pas seulement parce qu'il prédit une guerre dans laquelle les Danois (Von Hauen) auront maille à partir, entre autre, avec les Italiens (Qui seront dès 1914 les alliés de la France et de l'Angleterre); non, il est en avance sur Feuillade, sur Griffith, sur DeMille (qui mènera lui ses recherches sur la lumière deux ans plus tard, dans son très impressionnant The cheat)... Son art du mélodrame débouche sur un film excitant, extravagant, et franchement époustouflant. L'un des meilleurs films de cette première moitié de la décennie, si ce n'est le meilleur.

https://www.stumfilm.dk/en/stumfilm/streaming/film/det-hemmelighedsfulde-x

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Published by François Massarelli - dans Muet Scandinavie 1914 Benjamin Christensen DFI
10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 17:23

 

Le documentaire a parfois bon dos... Comment pourtant qualifier autrement ce film unique en son genre? C'est le pari de Benjamin Christensen le cinéaste danois au nom ironiquement prédestiné: recréer visuellement les croyances et les anecdotes du moyen-age, mêler étroitement la superstition et la religion afin de montrer, "preuves" à l'appui, les avancées de l'être humain à l'aube du XXe siècle, mais également dresser un parallèle entre l'obscurantisme de l'époque médiévale et la période moderne, afin d'éduquer encore et toujours. Soyons juste, s'il n'était que cela, le film n'aurait aucun intérêt... Il est pourtant beaucoup plus. Tourné en quatre ans, dans un studio réquisitionné à Copenhague par un Christensen dont les financiers n'étaient autre que la Svensk Filmindustri, ce très étrange ouvrage prouve d'une part que le Danois, autrefois célébré pour ses deux premières oeuvres (L'X Mystérieux, en 1913 et La Nuit de la Vengeance en 1916, des fictions, sur un versant glorieusement et outrageusement mélodramatique, impeccablement mises en scène), n'est plus prophète en son Danemark natal, et doit aller chercher dans d'autres pays les possibilités de faire des films. Son but, s'il était officiellement de montrer l'avancée humaine à travers l'histoire des superstitions, était sans doute plus surement de casser du sucre sur la religion (Catholique, d'abord et avant tout) en affirmant la croyance dans le progrès.

 

Le film commence fort doctement, par des visions de gravures anciennes, qui expliquent principalement la conception du monde à l'antiquité, et au moyen-âge, et qui commencent à installer une fascinante et morbide atsmosphère fantastique. Si l'intérêt de cette première bobine fort austère reste limité, en raison de l'abondance de documentation un peu sèche, au moins Christensen prépare-t-il le terrain pour la suite: plutôt que de se reposer uniquement sur des documents, il va en effet convoquer des acteurs dans des décors superbes, recréer des scènes de sabbat, des fantasmes fous, des scènes fantastiques et burlesques, et d'autres cruelles, qui montrent la perversion des inquisiteurs. Il utilise sans se cacher les intertitres pour asséner des phrases assassines, et essayer des comparaisons. Mais ce qu'on retient, c'est le soin pictural apporté à créer une vision unique de la sorcellerie dans son versant le plus folklorique. Christensen, inspiré aussi bien par les gravures religieuses que d'autres sources moins sanctifiées, s'est permis aussi de revisiter Bosch, et a un talent sans pareil pour créer des décors de vieilles masures de sorcières. Il ne recule jamais devant le grotesque; il sait aussi dramatiser ses anecdotes par le biais du montage, de l'éclairage, a recours à un érotisme frontal; il est souvent question de sexe, de rapports sexuels, de liaisons contre nature, d'enfanter des rejetons du diable. On voit un accouchement burlesque, des sorcières embrassant le fondement d'un diable en rut, des démons occupés à agiter une baratte dans un geste qui ressemble à une recréation de masturbation... la nudité y abonde, liée aussi bien au sexe qu'à la torture. On comprend d'une part que le film n'ait pas été aidé pour être vu par tous les publics (On imagine le passage devant un bureau de censure dans le sud profond des Etats-Unis... mais cela n'a sans doute pas pu se faire!!), et qu'il ait été glorifié par les surréalistes.

 

Ce faux documentaire est un vrai essai, aussi, dont le principal argument (Sorcellerie, croyance, superstuition trouvent leur équivalent moderne dans l'hystérie) est fumeux, peu important. Disons qu'il permet à Christensen de retomber sur ses jambes, en promouvant en fin de film une vision de la femme moderne, certes soumise à des craintes (Pyromanie, kleptomanie), hantée par des désirs, mais dont un plan nous rappelle qu'elle peut aussi par exemple piloter un avion. Si la thèse ne vaut pas grand chose, au moins le film permet-il à Christensen de finir dignement son film, en proposant une version modernisée de ses fantasmes (Visitée la nuit par un homme, examinée par le médecin, douchée par une infirmière, elle se déshabille toujours autant, pourrait-on remarquer...). Mais une chose est sure: si ce film aura une certaine descendance, comme par exemple le film Wege zu Kraft une Schönheit (http://allenjohn.over-blog.com/article-wege-zu-kraft-und-schonheit-whilhelm-prager-1925-75656841.html), il n'en reste pas moins l'une des premières fois qu'un réalisateur aura utilisé le je impérial pour un film, dans lequel il se met lui-même en scène en Satan. Hélas, ce réalisateur visionnaire n'allait jamais retrouver les circonstances de son chef d'oeuvre. Mais une vision de temps en temps s'impose: disons tous les six mois...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1922 Scandinavie Benjamin Christensen
3 juin 2011 5 03 /06 /juin /2011 09:00

Dans l'histoire du cinéma muet, la Norvège est, sinon quantité négligeable, en tout cas un poids léger. Pas de compagnie spécifique, pas de studio, une production essentellement venue de l'extérieur: Danemark (Dreyer y tourne Der Var Eingang et La fiancée de Glomsdal) ou Suède (Dreyer, encore lui, vient tourner en Norvège sa Quatrième alliance de dame Marguerite) y campent occasionnellement pour profiter de la nature généreuse. Le film est donc l'oeuvre d'un Danois, anciennement chef-opérateur, notamment du maitre Danois: le monde est petit, y compris dans les vastes plaines enneigées du Nord de la Scandinavie.

 

Il y a parfois des surprises... Bien sur, les connaissances en histoire du cinéma sont évolutives, et l'appréhension des oeuvres a été bouleversée par la vidéo, et la redécouverte de films, voire la découverte tout court a bouleversé la donne plus d'une fois. Qui aurait cru, par exemple, il y a 25 ans, qu'on aurait eu une version de Metropolis aussi proche de l'original? Il y a 35 ans, qu'on aurait à notre disposition des copies de Terre qui flambe? Avec Laila, en revanche, c'est a priori un petit film, une affaire locale. Et pourtant...

 

Laila est un mélodrame, un grand, un beau: La petite fille est perdue par ses parents dans un voyage sur la toundra, et recueillie par des Sami (Le terme consacré à l'époque est 'Lapons'). ceux-ci l'élèvent comme leur fille, et elle va grandir dans la nature, mais le contact avec les 'daros', les Norvégiens lui fera rencontrer un beau jeune homme. Qui va-t-elle épouser, son ami d'enfance Mellet, un "lapon" comme elle, ou son beau cousin Anders Lind, un Daro, donc quelqu'un qui ne se marierait pas avec une fille de l'autre race?

 

On le voit, la donnée raciale est importante dans le film. On doit d'ailleurs constater que le film garde une vision assez digne, même si on peut trouver à redire, et si l'ambiguité demeure. L'histoire de l'échange culturel reste valide, puisque Lind et Laila ont été élevé dans deux contextes différents, mais l'origine Norvégienne de Laila  permet de faire avaler le mélange "racial" à la fin: ils sont, le film le montre, tous les deux Norvégiens, ouf! cela dit, Lind évolue de façon intéressante: lors de leur première rencontre, son rejet s'exprime par la dureté d'une insulte raciste... Mais sommé par l'un des deux pères adoptifs de Laila, de dire s'il se marierait avec la jeune femme, il crie un "Oui!" tellement sonore que je l'ai entendu. On voit ainsi comment Schneevoigt ménage les camps, offrant une résolution au conflit racial qui peut finalement satisfaire aussi bien les plus conservateurs que les plus progressistes des spectacteurs.

 

Le film a été tourné en extérieurs, pour au moins 80%. C'ets une donnée essentielle, d'autant que Schneevoigt, chef-opérateur de formation, a un oeil exceptionnel. c'est donc une fête visuelle permanente, dans laquelle la neige est superbement photographiée. Mais ce n'est pas tout: Le film affirme son appartenance Scandinave en montrant les conditions de vie, et les dangers locaux (Poursuite et attaque de loups, risque de noyade dans les rapides) avec des séquences qui renvoient directement à Stiller. Bien sur, on est en plein mélodrame, le maitre Suédois aurait probablement eu des vues plus nobles sur les scènes spectaculaires, comme dans Johan, Gösta Berling ou Le trésor d'Arne. Mais l'essence formelle des scènes spectaculaires de ses films, ce qu'il appelait les "montages d'attraction", qui allaient au-delà de la simple représentation et développaient une situation qui impliquait le spectateur dans un maelstrom émotionnel, se retrouve ici, dans de nombreuses scènes, toutes rendues fortes et inoubliables par le pouvoir du suspense, le temps qui y est consacré (Laila, bien que toujours distrayant, est un long film: 2h26), et des images sensationnelles: la fuite devant les loups, en traineaux, au début, et la perte du bébé; Laila prise dans les rapides, et son sauvetage in extremis; et surtout une attaque de loups, qui montre comment ces animaux se comportent, au-delà de la simple présence vague d'un canidé, on voit bien le sens du mot "attaque", dans une scène très claire, avec des loups qui se jettent à tour de rôle sur les deux protagonistes, et mordent de plus en plus.

 

Qui dit mélodrame dit scène d'amour: j'en retiens une, magnifique et d'une grande délicatesse. Mona Martenson (Laila) vient d'être sauvée par Anders, et ils font route ves le campement; elle l'arrête, ils se regardent, dans les bras l'un de l'autre, et soudain elle s'agenouille, l'entrainant avec elle. Elle le ramène littéralement à la terre, à son niveau. Le reste de la scène se joue en gros plan, les deux protagonistes pleurent, c'est bien sur plus conventionnel, mais la façon dont la jeune femme mène la relation (C'est à Anders qu'on prète le plus de réticences quant à leur union, ce qu'il va prouver comme étant faux), et surtout le fait s'assoir, nous rappelle une autre scène, durant laquelle Laila montre à Anders et sa soeur les magnifiques montagnes environnantes, et dit: ça, c'est chez moi... Fille de la terre, de la montagne et de la nature. Enfin, il faut voir le visage de l'actrice Mona Martenson, en gros plan, rayonnante de bonheur à la fin, (Eh oui, en plus, ça se termine bien!!) elle est magnifique!

 

Superbement restauré, avec toute la splendeur de ses scènes enneigées et de son soleil permanent (Un intertitre s'amuse: Puis vient la nuit... mais on est en été, au Nord de la Norvège, et bien sur, il fait jour!), le film est plus qu'un beau, très beau livre d'images. C'est un classique qu'on ne connaissait pas, un film qui demande, non qui exige d'être consulté, dans un DVD qui s'impose, chez Flicker Alley, avec des sous-titres Français, entre autres.

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Published by François Massarelli - dans Muet Scandinavie
30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 15:06

C'est rageant. On ne peut pas voir tous les classiques: ce film de Mauritz Stiller a une réputation formidable, et tous ceux qui en ont vu la version intégrale (Et qui sont tous morts aujourd'hui) en ont vanté la poésie, le souffle épique que pourtant cette version existante ne parvient pas à réétablir: il manque au moins trois bobines. Les films suédois du muet ont beaucoup souffert, sans doute plus encore que les films Français, et beaucoup de chefs d'oeuvre de Sjöström ou de Stiller nous sont parvenus dans des copies incomplètes... Heureusement, on a La charrette fantôme ou La saga de Gösta Berling à se mettre sous la dent, mais c'est quand même terriblement frustrant.

 

Ce film, réalisé peu après les grands succès de Stiller que sont Erotikon de 1920 (disponible lui en DVD, dans des copies complètes) et Le trésor d'Arne de 1919 (idem), et juste avant son grand oeuvre, le déja mentionné La saga de Gösta berling de 1924 (la encore, Kino est passé par là), est donc réduit à moins de cinquantes minutes, et son histoire, très ramassée, flirte ouvertment avec le mélodrame, mais un mélo intérieur: Gunnar Hede a grandi entre sa mère, terriblement matérialiste, et son père qui a essayé de lui insuffler un peu de la poésie familiale. Il souhaiterait jouer du violon de son grand-père, avec lequel il excelle, mais sa mère le pousse à reprendre les affaires familiales. il rencontre une jeune femme, une musicienne des rues, dont il tombe amoureux, mais la mère réagit très mal en voyant son fils jouer du violon avec une inconnue. Il part et va vivre seul, afin de se marier avec la jeune femme. Mais lors de l'acheminelent d'un troupeau de rennes, Gunnar est blessé, en pleine neige, et a des hallusicnations qui lui font perdre la raison. la jeune femme va utiliser la musique et son amour pour faire revenir le jeune homme à la réalité.

 

Sous ce script, se cache à nouveau un roman de Selma Lagerlof, l'auteur(e) la plus adaptée par le cinéma muet Suédois. Son histoire appelait un film flamboyant, frontal, aux images fougeuses, et cela tombe bien: c'est le forte de Mauritz Stiller. la séquence centrale du film, avec son troupeau de rennes en panique, et les glaces, vaut le voyage à elle seule. Sinon, l'auteur se charge de reprendre à son compte les trucages popularisés par sjöström sur La charette fantôme, avec deux passages de communication onirique entre les deux amants séparés par les kilomètres. Intrigants, mais on se rappelle du Trésor d'Arne, dans lequel Mary Johnson voyait en songe sa soeur morte qui lui indiquait ses meurtriers. Ici, c'est à nouveau cette actrice, habitée et impressionante, qui se retrouve au centre du film, et de l'amour de Gunnar Hedes, joué par Einar Hanson. Un film forcément superbe, dont on aimerait voir un jour une copie plus complète...

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Published by François Massarelli - dans Muet Mauritz Stiller 1923 Scandinavie