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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 10:45

On prend les mêmes et on recommence... Non, justement. Le deuxième opus nous en a prévenus, c'est en 1885, dans une Californie de western qu'on se rend cette fois-ci, avec bien entedu la DeLorean voyageuse et un lot à peine recyclé de paradoxes temporels, mais on peut penser que le public est rodé à l'exercice... La réalisation hyper-efficace de Zemeckis (Qui venait d'enchaîner les deux films, II et III), le scénario de Gale, nos acteurs tous réunis (Lloyd et Fox, accompagnés de l'inévitable Tom Wilson, qui incarne ici le hors-la-loi Buford Tannen, ainsi que son descendant Biff dans sa version modifiée aperçue à la fin du premier film, et au début du second; Lea Thompson incarne de façon un brin gratuite une ancêtre de Marty, ce qui pose un problème quand on y pense: est-on si consanguin chez les McFly?), accompagnés de l'adorable Mary Steenburgen dans le rôle inattendu de l'institutrice amoureuse de ce grand fou de doc Emmett Brown! Marty y rencontre ses ancêtres, la ville se construit sous nos yeux, dont l'inévitable et emblématique horloge du village...

 

Rappelons qu'à l'issue des 478 paradoxes temporels créés dans le contexte du second chapitre, le Doc de 1985 s'est retrouvé envoyé à son époque idéale, vers le Hill valley du temps des pionniers. Il ne souhaite pas que Marty (Coincé en 1955) vienne le chercher, et lui a donné par courrier (Qui aura donc attendu 70 ans!) les renseignements nécessaires à la réparartion de la machine temporelle, rangée sagement dans une galerie souterraine en attendant l'avenir. Mais très vite, Marty apprend en lisant des documents de 1885, que Brown a été abbattu par l'aancêtre de Biff, c'est donc vers le passé qu'il se rend.

 

La formule est donc répétée ici avec son lot de variations: les moyens utilisés pour provoquer la proverbiale charge de n gigawatts, propice à l'envol dans le temps; Marty se réveillant face à sa mère ou une personne qui en tient lieu; la scène du débit de boissons, avec l'agression de Marty par un Tannen... et celui-ci finira bien sur par tomber dans le fumier. Plus attaché à peindre l'image d'un univers fermé et qui se répète à l'envi, le film s'amuse d'un monde westernien en proie à au moins trois interprétations différentes: Celle de Marty qui vient dans le far west légendaire fort de sa connaissance du western Italien, plus dur; celle du Doc Brown de 1955, qui envoie son jeune ami dans le passé affublé d'un costume rose ridicule qui correspond à l'image westernienne de série B véhiculée dans les drive-ins; enfin, l'image locale, plus réaliste, de la ville de Hill Valley, avec ses gens qui tentent de vivre sur la frontière malgré les Indiens et les délinquants. Mais le sentiment qui domine, c'est que le passage de Emmett Brown et Marty McFly (Qui se fait appeler "Clint Eastwood", pour ne pas éveiller de soupçons chez les membres de sa famille) va probablement contaminer la ville de façon durable. Pas de commentaire satirique sur l'Amérique post-Reaganienne ici, mais juste un moyen comme un autre de finir enfin une trilogie qui aura, qu'on le veuille ou non, élevé la barre assez haut en matière de, comme on dit dans la langue de Steven Spielberg, "fun".

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction Robert Zemeckis
6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 13:58

Etant admis que ce film est la suite du premier, qu'une une suite est généralement inférieure à plus forte raison si la raison d'être en est essentiellement la volonté de capitaliser sur un succès phénoménal, et qu'en prime le film est aussi là pour poser les bases d'un film à sortir ultérieurement (Nommé, bien sur, Back to the future part III!), on devrait en temps normal ne rien avoir à dire de ce deuxième opus. D'ailleurs, je le confirme: la nouveauté du premier, la découverte d'un univers, ici tout est repris, et on va jusqu'à remettre les pieds dans les mêmes évènements... Et c'est justement l'intérêt de ce film, qui aurait très bien pu n'être qu'une passerelle, ou une introduction au troisième film. En lieu et place, ce deuxième chapitre devient un stimulant jeu de l'esprit, compliquant à l'envi avec une certaine virtuosité tout ce qui faisait le sel de la première partie...

On se souvient donc que Marty McFly était parti vers le futur en compagnie de son ami Doc Brown, et de sa fiancée Jennifer, dans ce qui était tout bonnement une fin volontairement ouverte, ne présageant absolument pas d'une suite. Une fois la nécessité de faire une suite admise par tous et toutes, studio comme auteurs du film, il a fallu transformer cette fin en une introduction valide (Malgré des problèmes, dont le fait que l'actrice qui jouait Jennifer avait changé entretemps...), et expliciter le besoin mentionné par 'Doc' Brown de filer vers le futur après avoir réglé les problèmes du passé: il s'agit de la progéniture de Marty et Jennifer... Marty doit donc se rendre dans le futur, ou il va réussir par une série de cafouillages à provoquer des réactions en chaine qui vont rejaillir sur le passé commun de tous: le vieux "Biff" Tannen a en effet surpris une conversation, qui lui a fait comprendre que les Marty et Brown possédaient en réalité une machine à remonter le temps, qu'il a emprunté afin de faciliter la vie du jeune Biff Tannen de 1955; et de fait en conséquence la vie du Marty de 1985 s'en est trouvée profondément altérée. Pour suivre le raisonnement de Doc, la seule solution était de partir à la source, soit en 1955, ce qui permet aux deux hommes de se retrouver au même endroit que leurs alter egos de 1955... Ouf!

 

On a donc de réjouissantes scènes qui accumulent les paradoxes liés à la situation, et le micro-suspense lié systématiquement au risque pour un personnage de se retrouver face à un autre lui-même... La narration s'est donc densifiée, compliquée, mais le talent de Zemeckis pour rendre les complications plus explicites est de nouveau très utile, le film étant toujours doté d'un sens fluide l'exposition de personnages. Et une fois de plus, la vision de l'Amérique, dans laquelle un malfrat odieux comme Biff Tannen peut effectivement devenir le maitre d'une ville dédiée au crime, et dont le futur passé par les fourches caudines du libéralisme tromphant des années 80 ne peut que livrer aux générations futures une société dans laquelle la justice expéditive finirait par régner. De fait, l'avenir n'est pas rose pour les McFly... et à ce propos, la tentation de faire revenir George et Lorraine, les deux malheureux parents de Marty, en pauvres cloches lamentables, a été la plus forte, malgré le recadrage spectaculaire qu'ils avaient subi à la fin du premier film; et ce, en dépit de la difficulté due à l'absence de Crispin Glover qui avait fortement déplu à la production! On applaudira les stratagèmes pour contourner son absence (Même si on le voit effectivement dans des chutes du premier film)...

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction Robert Zemeckis
29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 15:22

Adolescent Californien moyen de 1985, Marty McFly part dans le passé, en 1955, à la faveur d'un contretemps. Et comme toute histoire de voyage dans le temps n'a pas d'intérêt sans son petit paradoxe temporel, il ne se passe pas un quart d'heure sans que Marty ne prenne la place de son père dans l'anecdote de la rencontre entre ses parents... L'enjeu pour lui est triple: il va devoir, sans trop modifier l'avenir, faire en sorte que ses parents se rencontrent et s'aiment; il va falloir qu'il trouve le moyen d'utiliser sa connaissance du passé pour revenir dans le futur; enfin, il lui faut aussi passer par l'aide du Dr Emmet Brown, l'inventeur de la future machine à remonter le temps, qui refuse qu'on lui donne trop d'indices sur le futur afin de ne pas provoquer de turbulences dans le continuum spatio-temporel... Bref: il va y avoir du sport...

 

Le quatrième film de Zemeckis, son premier à être vraiment significatif, est une fois de plus une collaboration avec Bob Gale (Co-production, co-scénariste) et Steven Spielberg (Producteur via Amblin Entertainment). Une chance que Spielberg, en cette année 1985, soit engagé en tant que réalisateur vers des projets plus proche de David Lean (Empire of the sun, qu'il préparait, et The color purple, qu'il venait de sortir) que du sale gosse qu'il était supposé être: l'enthousiasme de vieil ado qu'il manifestait pour ce projet de voyage dans le temps farfelu l'aurait sinon probablement poussé à le diriger lui-même... Et c'est pourtant du pur Zemeckis, au sens noble du terme. Une vision de l'Amérique, profonde et détaillée, sous d'aimables apparences d'un divertissement anodin. Marty McFly, l'ado parfaitement interprété par Michael J. Fox (Qui n'était pas le premier choix, semble-t-il) est une parfaite incarnation de ces ados coincés entre une réussite présentée comme modèle de société y compris aux plus défavorisés, et des parents médiocres (Un père expoité par tous, y compris ses voisins, et une mère alcoolique), qui va s'inventer une vie parallèle: skateboard, rock 'n roll, le vieux profeseur fou en guise de meilleur copain, et bien sur une petite amie, riche en promesses, mais qu'il faut cacher à la maman qui désapprouve entre deux lampées de vodka...

 

Et le passage en 1955 est miraculeux, un voyage aussi complet que possible: l'obsession, créée ou relayée par les médias, de l'invasion extra-terrestre, qui prend soudain corps lorsque Marty sort d'un véhicule futuriste dans une criarde combinaison anti-radiations; la danse proprette, durant laquelle les ados se lâchent dans les coins, se papouillant allègrement dans des voitures pendant que les musiciens de l'orchestre se paient une petite cigarette créative et récréative; la ville saine, dominée par les blancs, dans laquelle un noir qui sert d'homme à tout faire au bar du coin, rêve en silence qu'il sera maire plus tard... ce qui est d'ailleurs exact, mais pas du tout à l'ordre du jour en 1955! Enfin, le docteur Emmet Brown, un savant fou que personne ne prend au sérieux, ne peut être que le complice de Marty, préfigurant leur amitié des années 80. Quant au joker du film, c'est l'inénarrable George McFly, le papa de Marty, interprété par Crispin Glover (Vieilli en 1985, mais tel qu'en lui même dans les séquences de 1955): à un moment, peu de temps après avoir rencontré l'ado perturbé, voyeur, solitaire, timide et gaffeur, éternel souffre-douleur de toute une génération ("Hey, McFly, anybody home?"), Marty se demande comment il a pu devenir le mari de sa mère. Nous aussi, mais l'un des intérêts du film c'est d'offrir à ce médiocre absolu de George une vengeance définitive, une façon comme une autre de voir que le film n'est pas aussi manichéen qu'on a voulu le croire en 1985, en pleine Amérique Reaganienne.

 

Certes, le film montre de quelle façon le voyage dans le temps va permetre à toute la famille McFly d'accéder à leur propre version du rêve Américain, mais c'est d'une part une façon de finir un film qui se réclame d'abord et avant tout du divertissement, et c'est comme toujours chez Zemeckis une belle exagération caricaturale. Revenu du passé, Marty ne peut désormais se fier à ce qui l'entoure, que ses mésaventures ont considérablement transformé. Paradoxalement, il a désormais tout ce qu'il voulait et même plus, mais privé de toute l'expérience qui a mené à cet état de fait, il est complètement déboussolé... Sans parler du traumatisme qu'il a vécu lors de son séjour dans le passé, quaisment violé dans une voiture par sa propre mère (La version adolescente contredisant avec une impudeur incroyable devant son futur fils toute la portée de sa pruderie des années 80...)! Ce qui explique sans doute pourquoi les studios Disney ont refusé le film.

 

Cette histoire d'inceste manqué n'est pas le seul paradoxe temporel manipulé par les auteurs: Marty MCFly a aussi inversé les rapports entre son père et la brute locale Biff Tannen, ainsi que leurs classes sociales (Ce qui indique au passage l'idée qu'aux Etats-Unis il faut se comporter de façon brutale et dominante pour réussir... Quitte à marcher sur les autres); Marty a également inventé le skateboard, et interprété Johnny B. Goode devant des musiciens, dont un guitariste qui n'est autre que le cousin de Chuck Berry (une bonne blague dans le film, qui a fait dire à quelques coueurs de cheveux en quatre que Zemeckis inversait le cours de lhistoire en montrant un blanc qui apprenanit aux noirs à jouer de la musique. La créativité des gens ne nous décevra jamais)... Le film a d'aileurs à ce titre été construit de façon fort lisible par les scénaristes, et ce dès la première scène qui expose en un plan-séquence à travers la cuisine du bricoleur génial Emmett Brown tout ce qu'il est, et tout ce qu'il a vécu. Très vite, on apprned aussi tout ce qui nous est nécessaire pour Marty: son savoir-faire en matière de skateboard, la guitare (Gag génial au début du film, les connaisseurs savent déjà), son rapport complexe à l'école, etc... Un film bien rangé donc, mais surtout lisible, ce qui est une première concernant le voyage dans le temps. Bien sur, Zemeckis, Gale et Spielberg vont y revenir ensuite, et considérablement compliquer la donne avec deux suites très agréables même si pas forcément inutiles, mais au moins ce film sans temps morts, parfaitement interprété par tous, est le film définitif sur le voyage dans le temps, seulement dépassé en génie par Terry Gilliam pour un Twelve Monkeys sublime... et pour finir, un dernier paradoxe pour un film décidément riche: tourné en 1985, mais revu en 2013, ce film sur le voyage dans le temps nous transporte dans un univers riche et cohérent, qui est autant celui de 1955 que celui de 1985. une double capsule temporelle, en quelque sorte, à portée de l'écran.

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction Robert Zemeckis
9 juin 2013 7 09 /06 /juin /2013 09:21

Souvent labellisé un peu n'importe comment, taxé de 'film d'horreur', ce qui ne veut plus rien dire aujourd'hui, de 'film catastrophe', le successeur de Psycho déroute aujourd'hui bien des publics, qui lui trouvent un certain nombre de défauts, notamment le fait que le film ne cadre absolument pas avec les types d'intrigues auxquelles le cinéma de genre contemporain nous a habitués. Et pour commencer, autant le dire immédiatement: bien des personnes sont déçus par ce film qu'ils trouvent tout simplement inachevé. En clair, ce qu'on appelle en temps normal une fin ouverte est jugé comme une négligence par une grande partie du public. Et le fait qu'à aucun moment il ne survienne un spécialiste pour tout nous expliquer, joue en défaveur du film, toujours selon les commentateurs en question. Pourtant, cette fable de Science-fiction (Encore une appellation hasardeuse) est un film majeur d'Alfred Hitchcock, ne serait-ce que parce qu'elle ouvre des voies cinématographiques inédites, parce que le metteur en scène a su rebondir de façon spectaculaire après l'un de ses plus grands succès dont il prend le contrepied, mais aussi pour le culot d'avoir fait en quelque sorte une synthèse de son cinéma, un film à suspense qui débouche sur une fable apocalyptique, située dans un environnement tellement quelqconque qu'il en devient baroque, le tout assorti avec une mini-crise familiale et amoureuse qui fait finalement appel autant à Freud (La sexualité et ses à-cotés joue un rôle fort dans ce film), qu'au Catholicisme... Enfin, peut-être lui reproche-ton aussi son personnage principal, joué par une actrice pas vraiment expérimentée, mais comme avec Vera Clouzot, Tippi Hedren fait ce qu'elle peut, et ça passe ou ça casse: d'une certaine manière, qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas, elle EST melanie Daniels.

 

Melanie Daniels (Tippi Hedren), enfant gâtée, rencontre le fringant avocat Mitch Brenner (Rod Taylor) dans une animalerie de San Francisco. Il feint de la prendre pour une vendeuse, elle se laisse faire, mais c'est un piège: la belle a l'habitude de faire parler d'elle dans la presse à scandale, mais le jeune homme désapprouve sa conduite. Piquée dans son amour-propre, elle décide de se renseigner sur lui, et de venir à son domicile lui apporter les oiseaux qu'il voulait acheter, un couple de 'love birds', des inséparables. Elle se rend donc à Bodega Bay, à une centaine de kilomètres au nord de San Francisco, pour aller y clouer le bec de l'avocat, qui y vit avec sa mère (Jessica Tandy) et sa très jeune soeur (Veronica Cartwright) dont c'est l'anniversaire, et à laquelle les oiseaux étaient destinés. Au beau milieu de cette situation de comédie sentimentale, pourtant, une série incompréhensible d'attaques d'oiseaux va semer la panique, puis la mort, à Bodega bay, en une escalade de violence inattendue...

 

L'intrigue sentimentale est simple: Brenner et Melanie se chamaillent parce qu'au fond ils sont tombés fous amoureux l'un de l'autre, et les réserves de Brenner (Le sentiment que la conduite indigne, relayée par la presse, de la jeune femme lui interdit de s'en approcher) vont être accompagnées de celles de sa mère, qui surveille d'un oeil jaloux toute femelle qui approche de 'son' Mitch. Pourtant l'attirance est bien là, et plus le danger va se préciser, plus leur complicité va être affichée. En plus de ces personnages, une autre femme est là, qui a été un temps elle aussi une épouse potentielle pour Mitch, l'institutrice Annie Hayworth (Suzanne Pleshette): elle a suivi Mitch à Bodega Bay, mais a fini par abandonner ses rêves à cause de Lydia, la mère de son ex-fiancé... Le film, d'une certaine manière, va se concentrer sur l'évolution de Melanie dans l'estime de Lydia, confondant parfois les épreuves physiques et nerveuses causées par les attaques d'oiseaux avec l'exigence aveugle de Mme Brenner, l'un des exemples les plus extrêmes finalement de mère abusive dans l'oeuvre d'Hitchcock! elle va la jauger, la juger, et la condamner presque dans un premier temps, assimilant sa conduite à une sexualité débridée, qu'elle réprouve totalement, et dont elle ne veur surtout pas pour son fils...

 

Mais comment parler de ce film sans parler de ces oiseaux, ces trouble-fêtes qui viennent s'installer dans ce film en Technicolor et qui vont en déranger la quiétude auto-satisfaite? Hitchcock a donc décidé de trouver une catastrophe naturelle d'un genre nouveau, un évènement qui a des arrières-plans bibliques aussi, ce qui est souvent relayé avec humour dans le film (Notamment par ce soiffard, dans un café, qui va lamper verre après verre en citant la bible et en lâchant des 'It's the end of the world!'). Il a donc lâché ses oiseaux dans l'environnement salin et vivifiant de ce petit port de pèche, image d'Epinal, et va comme il savait le faire strucurer son film en fonction des attaques, graduées dans leur intensité, d'oiseaux. Mais si il va aussi les montrer comme une plaie qui s'abat sur la ville (Et si on en croit aussi la radio, qui s'étend à toutes la Californie du Nord), il concentre surtout son film sur la famille fragile qui est au centre, une façon là encore de faire relayer la confrontation entre Mitch, Melanie et Lydia par une autre confrontation, celle avec les oiseaux, dont bien sur aussi bien Annie (Qui n'en réchappera pas) que Melanie (Qui va manquer de peu d'y passer) seront les principales victimes. Les attaques d'oiseaux deviennent ainsi des métaphores de la désapprobation de Lydia, qui n'acceptera Melanie qu'une fois que celle-ci aura versé son sang (Un symbole fort de l'hymen, donc, qui tendrait à démentir le soupçon d'une sexuélité hors-mariage...) à la fin du film. Celle-ci, aussi, va trouver en Lydia une seconde mère, elle qui à un instant montre sa principale faille, l'éloignement de sa propre mère, à Mitch, qui comprend alors que toutes les frasques de fille de riche sont là pour masquer son manque. Ces éléments sont disséminés dans le film, et permettent de saisir l'évolution des rapportes entre Lydia, Annie et Melanie. celle-ci, du reste, subira la pire épreuve du film dans une chambre de la maison Brenner, qui est très probablement celle de Cathy, la soeur de Mitch une chambre de petite fille pour y verser le sang et être acceptée par un substitut de mère... ouf!

 

Mais il fallait aussi que les oiseaux aient une réalité physique pour Hitchcock, qui a choisi de consacrer beaucoup de temps à l'élaboration d'effets spéciaux, et d'utiliser absolument toutes les ressources des truquages photographiques alors en vigueur. Le résultat, pour lépoque comme pour maintenant, est superbe, bluffant et diablement efficace. Et le metteur en scène laisse de moins en moins le spectateur souffler au fur et à mesure de l'évolution de l'emprise des oiseaux sur Bodega Bay: il sait aussi doser avec tact les à-cotés graphiquement violents et perturbants, le plus célèbre étant bien sur la vision par Jessica Tandy dans une scène au découpage exemplaire (Forcément...) d'un fermier mort, les yeux mangés par les oiseaux. Au passage, la scène est liée à l'un des motifs les plus importants du film, et du cinéaste, le regard; tout passe par cette notion: Lydia a-t-elle vraiment envie de voir ce qu'elle va voir, lorsqu'elle entre dans une chambre, et voit d'abord une mouette morte coincée dans le trou d'une fenêtre qu'elle a probablement brisée, puis d'autres oiseaux par terre, enfin les pieds ensanglantés de l'homme dont le reste du corps est caché? Oui, elle en a envie, et nous aussi. Ce que  nous regrettons tout de suite après... pourtant cette exemplaire séquence située après une attaque, n'est que l'une des premières scènes, destinée à confirmer la présence des oiseaux sans qu'ils s'attaquent trop à notre petit cercle intime et familial...

 

Le manque d'explications n'est pas un défaut de la fin du film. C'est une cause célèbre, en revanche, puisque cela a été pour Hitchcock un choix fort et affirmé et pour le public un facteur de désamour du film... Pourtant le metteur en scène a tout fait pour l'installer au coeur du film: une scène qui voyait Melanie et Mitch deviser gaiement de la mouche qui piquait les oiseaux, a été enlevée; trop terne, mais aussi embarrassante? De fait, toutes les scènes qui confrontent Melanie et les habitants de Bodega Bay dans la deuxième partie du film débouchent sur l'impossibilité justement de comprendre ce qui se passe, avec en particulier la vieille ornithologue insupportable qui dit à des gens qui viennent de se faire effectivement attaquer par des oiseaux qu'ils ont rêvé puisque c'est impossible... un message subliminal peut-être, en forme d'autocritique pour Hitchcock qui regrettait sans doute d'avoir un peu gâché la belle rigueur de Psycho en laissant un psychiâtre prendre la parole et se livrer à une explication. Ici, la spécialiste finira par avouer son incapacité à expliquer quoi que ce soit, et participera elle aussi à l'inévitable lynchage symbolique: puisque les oiseaux n'attaquaient pas avant l'arrivée de Melanie, c'est donc de sa faute! Si on rapproche évidemment cette absurde (Mais si humaine...) conception superstitieuse d'un côté de la litanie des 'It's the end of the world' du poivrot, et de la désapprobation morale et puritaine ressentie par Lydia de tout ce que Melanie représente, on comprend qu'Hitchcock a su de main de maître faire en sorte que tous les motifs et thèmes explorés dans le film se rejoignent. On comprend aussi qu'il ait choisi de nous laisser à nos propres angoisses, et explications!

 

Reste la terreur, ou l'angoisse véhiculée par le film. Symbolisée par des scènes superbes et d'une rigieur exemplaire là encore, elles passent par le suspense (L'accumulation des oiseaux dans le dos de Melanie Daniels pendant que celle-ci attend la sortie des enfants de l'école, la façon dont les oiseaux s'attaquent de l'extérieur à une porte en bois, dont Mitch se rend vite compte qu'elle ne tiendra pas longtemps, etc...). mais surtout, on prend ici le contrepied du film précédent: le Technicolor au lieu d'un noir et blanc cauchemardesque, le grand air salin au lieu d'un motel situé en plein sud-ouest, des demeures sainement Américaines, faites de bois, au lieu d'une maison gothique... Mais dans ce film, malgré tout, on verra des enfants souffrir, des mères avoir peur pour leur progéniture (la maman qui craque, au café, devat Melanie, a justement deux enfants: un garçon, et une fille, comme Lydia!), et on verra ausi le sacrifice d'une intitutrice pour les enfants qu'elle a pour mission d'éduquer. Au meurtre fou, rapide, succède ici la mort aveugle et atroce, qui peut frapper n'importe qui et sans raison, en particulier les enfants. C'est à porter au crédit d'Hitchcock qu'il ait réussi à adresser ce thème dans ce film, sans pour autant tomber dans l'indignité, ni déclencher des tempêtes: cela sonne juste. Et le fait que le film ne s'accompagne d'aucune musique, si ce n'est les bruits angoissants des oiseaux, finit par entériner la leçon de morale cinématographique délivrée par l'un des plus grands spécialistes. Malgré tous les attraits du film, il en a fait une austère expérience à la rigueur déroutante (Mais aussi mâtinée d'une grande dose d'humour très personnel, soyons juste!), mais totalement justifiée.

 

Pour revenir à l'absence d'explication, Hitchcock qui avait un temps envisagé d'ouvrir le film sur la fin à une plus grande exploration des effets des attaques, montrant que toute la Californie était touchée, a choisi d'en faire justement la fin du film, dans un plan magnifique, et qui a été une source de complications à n'en plus finir: voyant les Brenner et Melanie partir de Bodega Bay vers un ailleurs incertain, au milieu d'une marée d'oiseaux, tous semblant attendre tranquillement le signal de la prochaine attaque, débouche inévitablement sur une angoisse qui ne peut que se poursuivre longtemps après être sorti du film. Lâcher une explication, c'est s'exposer au danger de faire retomber le soufflé... Il a fait le bon choix, donc. Et le film, aujourd'hui comme hier, est énigmatique, monté avec génie par un cinéaste qui bat à l'époque le record du nombre de plans dans son film, et qui donne à voir dans un cadre de film fantastique une catastrophe, somme toute, plausible...

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock Science-fiction
22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 08:51

Firefly est un accident de l'histoire, une de ces séries qui ont souffert de la pléthore des années 2000 sur les networks Américaines; de plus, le temps de plus en plus court durant lequel toute série doit faire ses preuves, et le manque d'enthousiasme des chaines en ont eu la peau alors que seuls 14 épisodes en avaient été réalisés, dont seuls 4 ont été diffusés. Joss Whedon, heureux papa de Buffy the Vampire Slayer et Angel, avait réussi à se lancer en compagnie de son complice Tim Minear dans un show de science-fiction innovant qui venait à point nommé pour le sortir de sa routine: d'une part, un univers futuriste original et particulièrement bien campé, montrant comment l'humanité avait évolué en quittant la terre devenue trop petite (Et désormais obsolète, devenue quasi mythique sous le nom de 'Earth that was', la Terre-qui-n'est-plus), en créant des mondes à l'extérieur de notre univers dans une nouvelle galaxie; on y "terraformate" les planètes avant de les coloniser, et ceci résulte en une des meilleures idées de la série: les gens n'y sont pas des guerriers en uniforme plastique, des Flash Gordon conducteurs de Falcon Millenium où des scientifiques en pyjama moulant: ce sont des pionniers, des gens qui vont conquérir l'espace avec de la boue sur les bottes, des ruraux qui refont le monde à partir de la base: Firefly était, après tout, un héritier paradoxal du western tout autant que de la science-fiction. Au milieu de tout cet univers cohérent et particulièrement séduisant, Whedon a introduit un passé qui incorpore une ligne de rupture dans l'humanité: après quelques années de cette nouvelle ère, une Alliance des planètes s'était formée dans le but d'assoir le contrôle de tout l'univers, afin de créer in fine une société sans crime, sans oppression, sans péché... que les gens le souhaitent ou non: cette tentation totalitaire n'a évidemment pas été du gout de tous, et une guerre a donc eu lieu, dont le point d'orgue, le baroud d'honneur des indépendants, fut la bataille de Serenity Valley, la vallée de la Sérénité. L'alliance y a écrasé les derniers rebelles, et deux d'entre eux se sont donc retrouvés sur le carreau, avec une forte envie de ne pas se plier aux règles: ils ont donc acheté un vaisseau, un Firefly (Un gros machin qui ressemble à une luciole, d'où le nom), l'ont inévitablement appelé Serenity, et se sont lancé dans le commerce et le transport de marchandises, disons... Parallèle!

 

Le capitaine (Anciennement sergent dans l'armée indépendante) Malcolm Reynolds (Nathan Fillion), flanqué de son second Zoe (Gina Torres) sont donc les premiers matelots du Firefly, vite rejoints par une mécanicienne de génie, Kaylee (Jewel Staite) et un pilote sans faille, Wash (Alan Tudyk), qui va d'ailleurs séduire Zoe, et l'épouser. Pour compléter l'équipage, un mercenaire a été engagé, une grosse brute sans aucun scrupule, sans principes, à surveiller donc, qui va parfois amener des ennuis plus gros que lui: Jayne Cobb (Adam Baldwin). En plus de cet équipage prèt à tout affronter, le Firefly Serenity accueillera aussi des passagers, dont quatre vont devenir permanents: tout d'abord, déjà présente au sein de la petite famille quand la série commence, Inara (Morena Baccarin) est une "compagne", soit une prostituée de luxe, mais en plus compliqué: c'est un métier de prestige, qui apporte au Serenity un air de respectabilité. Inara est très bien intégrée sur le vaisseau, même si elle bénéficie de son indépendance, louant une navette ou elle vit, et parfois officie. Le prêtre ('Shepherd', c'est-à-dire berger) Book (Ron Glass) est un sexagénaire qui est venu sur le tard à la prêtrise, et s'intègre très bien lui aussi à l'univers du vaisseau; enfin, Simon et River Tam, arrivés sur le vaisseau lors du premier épisode, soit en même temps que Book, sont des fuyards, des transfuges de l'autre monde, celui de l'alliance, dont leurs parents riches furent des soutiens de poids; ils se sont échappé car River, enfant prodige, était la prisonnière des scientifiques de l'Alliance, qui l'utilisaient comme cobaye; Simon, jeune médecin surdoué, a tout plaqué pour sauver sa soeur, et l'a introduite en contrebande sur le Serenity, mais leur statut de fugitifs a sans doute empêché Malcolm de les dénoncer; si les services du médecin (Sean Maher) vont vite s'avérer utiles, l'incontrôlabilité de River (Summer Glau) sera vite un problème, en particulier pour Jayne...

 

L'univers, en dehors de cette famille  paradoxalement assemblée par un esprit de résistance partagé officiellement par seulement deux membres (Le capitaine Mal Reynolds et Zoe), est constitué comme je le disais de dizaines de planètes en des états variés d'acclimatation et d'installation, dépendant des intérêts de grands groupes industriels, de tripatouillages diplomatiques et bien sur de la richesse, ou de son absence, des habitants. L'ethnocentrisme Anglo-Saxon voire Américain, une erreur autrefois commune des sagas de Science-fiction a été évitée, puisque l'univers y est essentiellement d'inspiration Chinoise, et la première religion est le bouddhisme, conférant d'ailleurs eu prêtre Book (Chrétien) un aspect gentiment exotique. Un calcul simple: dans plusieurs siècles, les Chinois seront tellement nombreux... Le chinois envahit dont tout, et reste la principale langue pour la grossièreté, une ficelle qui permet à Whedon de nous montrer des gens qui sont certes fort grossiers, mais sans jamais traduire les insultes, jurons, interjections et autres; de la même façon que l'Anglais a été colonisé par le langage (Le Chinois étant devenu la langue officielle), la culture s'est orientalisée un peu plus aussi, dans les vêtements, et comme dans Blade Runner, les rues sont peuplées d'échoppes de nouilles. La référence au film de Scott n'est ici pas un hasard, il y a fort à parier que l'influence en est consciente, mais la série est bien plus généreuse, moins glacée que la création de Ridley Scott. Pour en revenir au langage, celui-ci a évolué sans parler de l'introduction du Chinois: des expressions actuelles ont évoluées pour se figer dans des formes impropres, par exemple God Damn, devenu dans Firefly Gorram. Certains mots ont évolué de façon familière aussi, comme Universe, devenu 'verse. une façon subliminale de décharger le mot de sens, maintenant que l'univers a perdu de son mystère après avoir été conquis par une seule faction? En tout cas dans ce monde multiculturel, ou se croisent des riches (Les Tam), des pauvres (Reynolds et sa troupe), on croise des gens de toutes origines: Africaine (Zoe), Anglo-Saxonne, voire Anglaise ( Badger, un complice occasionnel de Malcolm), et d'un exotisme Est-Européen (Niska, un riche malfrat sadique aperçu dans deux épisodes). Complété par le très séduisant mélange entre conquête pionnière façon western et modernité post-intergalactique, l'univers de la série est visuellement très riche.

 

Whedon a comme d'habitude pris en main la dimension visuelle de la série, en particulier en mettant en scène lui-même les deux pilotes (Le premier n'avait pas satisfait, il a donc fallu en tourner un deuxième, mais l'équipe les a rendus complémentaires, ce qui évitait  le gaspillage); son style, fait de plongée au coeur de l'urgence des situations avec ou sans l'aide de plans-séquences magistraux, et d'un parfait équilibre entre morceaux de bravoure, dialogues ciselés et coups de théâtre violents, fait mouche. Il a aussi décidé, à juste titre, de conférer un peu plus d'urgence au style visuel en imposant le recours à une caméra tremblée, réactive, à des années lumières d'un style léché, glacé, esthétisant: la vie sur le Serenity n'est pas de tout repos, surtout quand pèsent les menaces: l'Alliance cherche bien sur River et Simon, et ont dépéché deux énigmatiques tueurs aux gants bleus (Qui étaient sensés prendre de l'importance au fur et à mesure de la série); des chasseurs de primes les recherchent, et le dernier épisode de la série montre comment l'un d'entre eux a bien failli réussir; les missions proposées sont parfois fort dangereuses, comme celle qui leur est confiée par Niska: qui faillit à son contrat doit ensuite passer par une mort atroce, précédée de tortures toutes plus sadiques les unes que les autres. Donc lorsque le vieux bandit leur confie la mission de voler des médicaments qui sont indispensables à la survie de la communauté à laquelle ils sont destinés, l'équipage décide de ne pas éxécuter la mission, devenant du même coup passibles de subir une effroyable punition; les rencontres avec l'Alliance sont nombreuses dans la série, mais on y constate souvent le flou idéologique des gens qui travaillent pour les nouveaux dictateurs de l'univers, rejoignant d'ailleurs un thème qui est très présent dans Angel: on y comprend bien que les génies du mal sont représentés par la firme Wolfram & Hart, mais tant de gens travaillent pour eux qu'on sy perd, semblant finalement diluer le mal dans le dédale des activités: c'est la même chose ici: l'Alliance est le mal, mais un mal assumé par tant de personnages que plus personne ne le conteste.

 

Les principales menaces sur le bien-être de nos héros restent d'une part les Reavers (Nommés "termites" en Français), des humains qui sont "allés au bout de l'humanité et en sont revenus fous" selon les mots de Book, des brigands bestiaux devenus cannibales, qui sont une menace peu vue dans la série, mais ressentie, et dont le film Serenity explique l'existence au cours d'un passage assez embrouillé du reste. Ils fournissent de très beaux moments de suspense, et sont un fil rouge qui permet de fournir de la matière aux nombreuses menaces de la vie dans l'espace. L'autre menace qui ne sera pas vraiment explorée dans la série, et abendonnée pour le film, revient encore à l'angoisse de Whedon devant les corporations: il avait commencé à truffer sa série de publicités, visions subliminales d'une marque de médicaments qui devaient apparaitre comme le deux ex machina du nouvel univers, le véritable contrôle maléfique du monde. Les hommes aux gants bleus aperçus dans quelques épisodes (Et ressentis par River dans une crise de divination, qui lui fait dire "two by two, hands of blue", ils vont deux par deux, ils ont des mains bleues... Ce que ses compagnons de voyage prennent comme un délire) sont une des incarnations de ce cartel maléfique. Et puis, menace la plus indicible, la plus complexe, River elle-même, cobaye de l'Alliance en raison de son extrême intelligence, de ses capacités psychiques, et de son hypersensibilité, va permettre à nos héros d'aller de surprise en surprise: "implantée" d'informations, dotée même de balises psychiques de manière à ce que l'Alliance finisse par la retrouver, River est aussi une petite fille qui n'a pas fini de grandir, et qui s'avèrera aussi touchante que dangereuse, aussi incontrôlable que fragile... Y compris avec un gros flingue en mains. Parmi les pistes non explorées de la série, figure aussi la véritable histoire de Book, dont on voit dans quelques épisodes qu'il est connu voire craint, tirant parfois ses compagnons d'infortune de mauvais pas, qu'il a du métier dans les arts martiaux et le maniement des armes, mais... on n'en saura pas plus. Au passge, le personnage peut suprendre dans une série d'un athée comme Whedon, mais celui-ci aime à faire s'allier les contraires, et Book apporte plus de sagesse philosophique que de véritable pensée religieuse... Il est une indispensable part de l'humanité, qu'on le veuille ou non, comme le belliciste mercenaire Jayne ou le fragile médecin Simon.

 

Véritable laboratoire pour Whedon et sa bande, la série a donc survécu durant quatorze épisodes dont un double, mais tout en attirant beaucoup de monde, n'a pas convaincu. Le résultat est bien sur que le culte qui s'est développé après l'arrêt de la série est en particulier justifié par les promesses de ces premières heures, mais il faut le reconnaitre: la richesse de ces épisodes, de cet univers, la multitude de possibilités laissées ouvertes laisse pantois. Et comme d'habitude, Firefly / Serenity qui après tout nous parlent d'un groupe humain en vadrouille, est une fois de plus une métaphore de la famille pour Whedon, qui a assemblé avec ses 9 héros une groupe fascinant, dont tous partagent qu'ils le veuillent (Mal est parfaitement concient de sa faiblesse, sa fidélité pour les gens) ou non (Jayne n'a aucun complexe à trahir aussi bien les Tam que Malcolm le moment venu, mais se prendra lui aussi à agir pour le bien commun. Plus ou moins!) le même destin, liés par les circonstances, mais aussi l'affection mutuelle: c'est le sens d'une conclusion inattendue à la série, le film Serenity. Lors d'une scène, Mal supervise les premiers pas de River au pilotage du Serenity: "Il faut de la technique, c'est sur, mais un vaisseau comme celui-ci se conduit d'abord avec de l'amour!"... et en terme de sentiments, la série est très riche: Zoe et Wash, le couple officiel, est très solide, et Gina Torres réussit à être très touchante en mercenaire rompue à tous les combats qui fond littéralement à la vue de son pilote. Kaylee (A la vie sexuelle très décomplexée, puisque Malcolm l'a rencontrée alors qu'elle était en plein ébats sexuels dans la salle des machines avec un mécanicien qui la précédée à ce poste!) en pince pour Simon, mais celui-ci est coincé, trop préoccupé de la santé de sa soeur (Ce qui fait dire à Kaylee dans un dialogue du film "Ca fait huit mois que mes seuls contacts se font avec des objets à pile", ce qui choque particulièrement Malcolm!) pour se laisser aller à une attraction qui est bien réciproque. Enfin, Inara et Malcolm sont amoureux l'un de l'autre, mais le métier d'Inara (Compagne de la Guilde, donc officielle, et une prostituée qui choisit ses clients. elle a une fonction proche de celle d'une prêtresse, et le prend très mal lorsque Malcolm la traite de prostituée - "Whore" -, ce qu'il fait environ dix fois par épisode) et la volonté chevaleresque de Mal de ne pas encombrer celle-ci, plus les caractères de cochon de l'un et de l'autre, sont autant d'obstacles. Pourtant tout le monde le sait, et cela occasionne de brefs moments de rapprochements. En particulier lorsque le groupe rencontre son ennemi le plus inattendu: Our Mrs Reynolds raconte en effet comment après une fête sur une planète de pionniers Malcolm s'est retrouvé marié sans la savoir à une jeune paysanne, la pulpeuse Saffron (Voir ci-dessus Christina Hendricks, le rôle de sa vie!), mais celle-ci a tout fait pour qu'il accomplisse son devoir conjugal... afin de l'endormir pour prendre le contrôle du vaisseau. Devant Malcolm, endormi par un baiser empoisonné, Inara perd ses moyens et se jette sur le capitaine, l'embrassant à son tour... pour le rejoindre dans le sommeil!

 

Une fois la série annulée, l'équipe est donc revenue à la charge pour un baroud d'honneur. Comme Whedon ne fait pas les choses à moitié, il a été décidé de faire appel aux dons pour financer un long métrage, ce qui sera finalement repris en main par Universal, mais le film fini est bien tel que Whedon (Dont c'est la première réalisation pour le grand écran, 6 ans avant The Avengers) l'a voulu. Fait exceptionnel, le film réunit tout le casting brillant, les neuf acteurs ayant répondu présents. Morena Baccarin n'y apparait que dans la deuxième moitié (Inara avait quitté le groupe à la fin de la série) et Ron Glass n'y a qu'une petite apparition mais ils sont bien tous là. Le film est un moyen de donner au moins une vraie fin décente à la série, qui passe par la mort de deux personnages, et qui ajoute des pistes plus encourageantes pour les divers arcs narratifs laissé en plan: la fuite et la mise à prix des Tam, les moyens déployés par l'Alliance pour les retrouver (avec un personnage menaçant et intéressant joué par Chiwetel Ejiofor), les réelles raisons de l'existence des Reavers, le couple potentiel formé par Simon et Kaylee, et bien sur l'idylle contrariée de Mal et d'Inara. Le film remplit aussi quelques vides, en montrant dans une séquence d'ouverture le big-bang de cet univers, l'abandon de la terre, puis l'évasion de River. 

 

Serenity (le film, pas l'épisode pilote qui porte ce même nom!) n'est sans doute pas le meilleur épisode de Firefly, mais c'est un moyen décent d'une part de finir la saga (Avec regret, c'est très addictif) voire d'y accéder dans d'assez bonnes conditions, même si le film ne remplit pas totalement sa mission de former une histoire indépendante: celle-ci reste compliquée pour quiconque n'est pas familier de la série. Comme toutes les séries, et les films de Whedon, on y met l'accent non seulement sur l'humanité synthétisée par un groupe familial, mais aussi sur l"importance de la femme, dont les multiples visages dans la série (Kaylee, l'enfant-mascotte, Inara, la belle embassadrice de l'amour, Zoe, la femme forte et combative, River, le phénoménal potentiel féminin et Saffron-Yolanda-Bridget, la féminité extrême passée au service de la traîtrise) sont complétées par la vision fugace d'un lovebot, un robot femelle qui rappellera des souvenirs à tous les fans de Buffy... La femme reste une fois de plus le centre de l'univers, mais aussi sa base et sa finalité. Femmes inaccessibles, femmes fortes aussi, telles ces prostituées (le mot est utilisé par Inara elle-même) qui doivent se défendre contre un propriétaire terrien dans un épisode riche en péripéties, elles font une fois de plus la pluie et le beau temps dans une série dont les actrices sont toutes sans exception fabuleuses... une fois de plus, on note l'importance visuelle de Summer Glau, qui a une façon unique d'utiliser le mouvement (Elle est ballerine) et a pu, dans le film, effectuer elle-même ses propres cascades, ce qui a du plaire à Whedon, qui a toujours souffert à faire doubler ses actrices, en particulier Sarah Michelle Gellar et Eliza Dushku. Dans deux scènes impressionnantes de Serenity, river déploie une science inattendue des arts martiaux; la première fois, c'est dans un état second, mais la deuxième c'est en faisant appel à sa propre volonté... Et puis bien sur, les acteurs là aussi sont tous excellents: comme d'habitude, Whedon puise dans plusieurs viviers: inconnus (Sean Maher), vieux briscards (Ron Glass), jeunes en devenir (Nathan Fillion) , acteurs confirmés (Adam Baldwin) et acteurs de comédie (Alan Tudyk). Tous sont excellents, ont rejoint cette communauté qu'ils n'ont jamais vraiment quittée (Récemment, on a vu Rick Castle - Fillion- dans la série qui lui est consacrée se déguiser en Malcolm Reynolds pour un bal masqué dans un épisode!).

 

Reste que le vrai héros de cette petite famille, c'est bien sur Nathan Fillion. Pour une première véritable interprétation en vedette, le futur Castle a fait plus que du beau travail. Toute réplique gagne à être prononcée par lui, il a une assurance physique absolue, une capacité à passer d'un extrême à l'autre, et aucun scrupule à faire passer son personnage pour un butor s'il le faut; dans un passage de Serenity, il va jusqu'à refuser de sauver un homme qui va ensuite être saisi par les Reavers. Tout au plus lui accorde-t-il une certaine miséricorde en le tuant d'une balle... mais Nathan Fillion est l'un des acteurs les plus doués du moment, et Whedon ne s'est pas privé de faire appel à lui: le super-héros qui afronte Dr Horrible dans la fameuse web-série, ce Captain Hammer victime d'une hypertrophie du pénis, c'est lui. Il gratifie la septième saison de Buffy (Tournée dans le sillage du désastre de Firefly) d'une apparition en méchant prêtre psychopathe qui vole la vedette à tous, y compris au Spike de James Marsters! Et plus près de nous, il fait partie du casting de luxe assemblé par Whedon pour une version de Much ado about nothing très réussie... Mais soyons francs: Fillion, pour moi, c'est Malcolm Reynolds.

 

..."We aim to misbehave."

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Published by François Massarelli - dans Joss Whedon Science-fiction Television
19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 12:40

L'improbablement célèbre André Deed, connu principalement pour son personnage grotesque de Boireau (en français) ou Cretinetti (en italien) dans des comédies de moins d'une bobine au début des années 10, est devenu réalisateurune fois l'engouement pour le cinéma burlesque primitif retombéremplavé par la vogue plus ambitieuse du long métrage en Europe. Il était, en Italie surtout, considéré comme un artiste influencé par Méliès (Avec lequel il avait travaillé) et il est très malaisé de parler de ses films car ils sont tous, ou presque tous, perdus. Ainsi, l'édition DVD de L'uomo Meccanico (1921) vient à point nommé pour tout historien, tout fan de science-fiction, ou même toute personne intéressée par le cinéma muet, même si c'est sous une forme tronquée. Une fois que le spectateur est habitué à la mauvaise qualité du transfert, et le fait que 55 minutes de travail ont maintenant disparu pour toujours, ce qui ressort, c'est la singularité du film: il commence (dans la forme actuelle) comme tout bon sérial, avec du suspense, un incendie criminel, une évasion audacieuse, des déguisements et des poursuites.

 

Puis nous passons à l'intrigue secondaire romantique, impliquant un Deed maladroit et plutôt consciemment laid, qui ne pourrait passer pour un Valentino, ni un Fairbanks. On nous présente le clou du spectacle, un robot (L'un des premiers, cinq ans avant Metropolis!), qui va d'aileurs occasionner un suspense pas si éloigné du jeu de Nosferatu, une menace qui avance inexorablement, invisible derrière des portes fermées qui ne l'empêcheront pas de passer quand même... et le final se situe si une telle description a un sens, dans une sorte de mélange très original des univers de Feuillade, L'Herbier et Méliès... Visuel donc.

 

A la fin, les héros apprennent l'identité de la méchante: elle est l'une des victimes supposées du robot, et le réalisateur nous a à deux reprises gratifié de visions très claires de son anatomie, dans la pure tradition du cinéma Italien qui rappelons-le n'était en rien frileux à ce niveau; ce courant érotique était d'ailleurs très visible sur les affiches qui ont été longtemps le seul matériau existant de ce film. 3 ans avant Aelita, 5 avant de Metropolis, le film invente à sa façon "bricolée" une science-fiction typiquement européenne et le fait avec une telle naïveté touchante que la vision de cette pièce de musée rescapée, même sur un DVD Alpha qui fait bien mal aux yeux, reste une expérience finalement agréable.

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Published by François Massarelli - dans Muet Science-fiction 1921
30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 17:56

Que faut-il attendre, à l'époque des écrans plats, de la cinéphilie jetable et des effets spéciaux qui doivent prendre toute la place, d'un film d'action comme celui-ci? Après tout, Marvel, c'est non seulement le royaume du super-héros unidimensionnel, de Captain America et de ces pauvres quatre fantastiques... Oui, mais c'est aussi le Spider-Man de Sam Raimi, apparu dans trois superbes films; c'est aussi un film splendide, parfait mélange de film d'action escapiste et de parcours rédemptoire d'un personnage fascinant, Iron Man. Bon, de fait, on n'a pas très envie de voir le Thor de Kenneth Branagh, ou de revoir l'indigent Iron Man 2. Mais de toute façon, The Avengers est un passage obligé: à la façon dont Brandywine Productions a toujours privilégié les auteurs (Ridley Scott, James Cameron, David Fincher, Jean-Pierre Jeunet) pour les films de la franchise Alien, il a été fait appel ici à un indéniable petit génie qui a fait ses preuves à la télévision, est son propre scénariste, et est totalement à son aise avec l'univers pulp de la bande dessinée telle que Marvel l'affectionne... Et c'est heureux: ce film est un pur bonheur.

 

 

Le script repose sur une idée simple: la terre devient la proie d'un demi-dieu venu d'Asgard, une autre dimension; Loki, frère du super-héros Thor, a décidé de réduire les humains en esclavage, en s'appropriant une matière-macGuffin qui va permettre d'ouvrir un portail par lequel s'engouffreront toutes les créatures diaboliques d'une armée de monstres. Il faut donc l'en empêcher, une mission qui sera confiée à l'agence S.H.I.E.L.D, de Nick Fury: charge à Fury (Samuel Jackson) de convaincre les super-héros avec lesquels il travaille, Iron Man (Robert Downey Jr), Captain America, congelé et récupéré des années 40 (Chris Evans), Black Widow (Scarlett Johansson) et Hulk (Mark Ruffalo), ainsi que Thor (Chris Hemsworth) qui a un contentieux avec son petit frère... le plus dur ne sera pas de vaincre les abominables monstres, mais bien de discipliner tous ces gens afin de travailler ensemble...

La famille, Whedon connait; depuis toujours, il ne parle pas tant de lutte contre les vampires (Buffy), contre le mal (Angel), contre la dictature intergalactique (Firefly, Serenity), ou contre une police corrompue (Dollhouse); non, ce qu'il raconte de série en série, ou de film en film, c'est la fragilité et la nécessité de la famille unie, aussi dysfonctionnelle soit-elle. Et dans chaque famille, chacun à son rôle à jouer, fut-il lié à l'idée de perdre toute raison (Hulk, qui comme Angel, est à son plus destructeur quand il est aussi à son plus efficace). Et la famille, en plus, a ses dangers internes (Mésentente, jalousie, malentendus, complexes) et externes (On cherche toujours à la monitorer, et ici, Nick Fury n'est pas plus le patron que ne l'était Angel dans sa série, ou Giles dans Buffy: un conseil d'administration un peu trop technocratique et pragmatique semble privilégier des compromis inacceptables aux solutions plus spectaculaires des héros du film).

Doté de héros qu'il n'a pas créés, Whedon passe à son péché mignon, la peinture de caractères; toute l'action passe très bien, parce qu'on a privilégié ici les personnages sur le reste; et les sujets qui normalement devraient fâcher sont ici pris frontalement: oui, Captain America est vaguement ridicule, et un peu coincé avec ses manières et ses jurons (Son of a gun!!) des années 40, et face à Iron Man, il semble has-been. Thor est incroyable de premier degré, avec son petit marteau, et ce pauvre Banner a beau être très dangereux, ce n'est rien qu'un petit scientifique mal fagoté... Mais plutôt que de se réfugier dans le conflit d'egos, les super-héros réussissent à se trouver des terrains d'entente, puisque après tout ils font leur boulot, le font bien, et ne se prennent jamais trop au sérieux. Leur travail après tout, c'est de combattre l'apocalypse, donc ils le font. Il y a un petit côté Hawksien chez Whedon, qui renvoie ici autant à Buffy sauvant le monde une fois par semaine, qu'à John T. Chance, qui répète dans Rio Bravo à qui veut l'entendre qu'après tout, ce n'est que son boulot...

Ajoutons que si les effets spéciaux sont à la mesure des enjeux (Ce qui n'a rien de surprenant, après tout c'était déjà le cas dans tous les films de George Méliès), et que la production a eu les coudées franches grâce au succès de certains des films précédents, le scénario de Whedon accumule les gags superbes, les dialogues ciselés, et surtout que le metteur en scène s'est efforcé de tourner à hauteur d'humain, en ne négligeant jamais d'adapter sa mise en scène et ses plans à ses personnages: vous verrez, le style change de façon certaine d'un héros à l'autre... On admettra qu'il est évident que dans ce film le héros est la super-star Robert Downey Jr, mais cela n'empêche pas Whedon de nous intéresser au touchant Bruce Banner (Hulk), ou de montrer en Natacha Romanoff une digne cousine de Buffy, Echo, River Tam et toutes ces sublimes héroïnes qui ont émaillé ses séries. On en redemande, donc... Et on espère être aussi agréablement surpris par son prochain film, une adaptation inattendue de Much Ado About Nothing avec des acteurs récurrents de ses séries, Nathan Fillion, Alexis Denisof, Amy Acker, ou Sean Maher...

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Published by François Massarelli - dans Joss Whedon Science-fiction Marvel
15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 10:38

C'était cuit d'avance... Scott avait beau envoyer démenti sur démenti, estimer en interview que Prometheus est un nouveau film, lié de façon très peu probante à la saga Alien, que si le projet était bien né d'une idée de produire un prequel, donc le film avant le film, du classique de 1979, la comparaison et les rapprochements étaient d'une part inévitables, d'autre part... meurtriers. Alien est un chef d'oeuvre, un film indépassable, séminal et qui a déjà généré trois suites, certaines franchement glorieuses, mais aucune n'est arrivée à sa hauteur. Les trois films ont ensuite contribué à la légende et établi l'idée que tout ceci était un univers à part entière, en ajoutant film après film des éléments à ce monde très particulier, en précisant toujours un peu plus avant le mode de fonctionnement de ces créatures qui semblaient finalement n'exister que pour détruire. En retournant, même brièvement, à la source, Scott prenait un gros risque; je ne parle pas ici du risque de faire un mauvais film, non: le risque de Scott, c'était de fâcher les fans, et ça, c'est inévitable. Soyons beaux joueurs: on a tous un jour essayé de réfléchir à ce fameux Space Jockey, coincé et momifié dans son étrange vaisseau... Si on devait satisfaire tous les fans d'Alien en essayant de lui donner une raison d'être là, ce qui était donc l'idée de départ, on n'y parviendrait jamais. Ajoutons à cela le fait que, si Scott est bien de retour dans l'aventure, ni Shussett ni Dan O'Bannon, ni bien sûr Giger, ni Sigourney Weaver ne sont présents, et admettons que la barre était décidément bien haute. Sans parler de la crainte éventuelle d'un nouveau public crétinoïde pour qui un film tourné six mois auparavant est vieux, qui aurait sans doute amené la Fox à faire un remake du Alien initial... Brr. Donc, l'idée de faire (ou de prétendre faire) de Prometheus un film en marge de la saga était sage. Reste que désormais, il lui faudrait donc être jugé sur ses seuls mérites, et c'est difficile lorsqu'on y voit des images comme celles-ci:

Donc, devant ce qui est à la fois une part de l'héritage d'Alien et autre chose, un prologue et une variation, essayons d'y voir plus clair: Prometheus conte les mésaventures d'un groupe d'humains en proie à des ennuis peu recommandables lorsqu'ils se sont rendus sur une autre planète, amenés par des indices trouvés sur terre: ils sont à la recherche de l'origine de la vie humaine, et ont cette fois enfin des clés pour aller chercher dans l'espace les "créateurs", nommés "ingénieurs" dans le film. Le groupe en question y est particulièrement hétéroclite, formé de plusieurs factions, comme pouvait l'être l'équipage du Nostromo, ...pardon: on avant dit qu'on n'en parlerait pas. Les membres d'équipage, ex-militaires d'un côté, les deux scientifiques (Dr Shaw et Holloway) d'un autre, et enfin la mystérieuse Vickers, une représentante de la compagnie Weyland, pas encore fusionnée avec Yutani... Pour compléter le tableau, un androïde, David, fait le lien entre tous et doit maîtriser une langue ancienne qui pourrait être liée aux "ingénieurs", afin de tenter d'établir une communication. Mais à leur arrivée sur la planète, les membres de l'expédition vont constater que les extra-terrestres y ont bien laissé des traces, mais il ne s'agissait pas de leur habitat, juste d'une étape; leur vaisseau est à l'abandon, envahi d'étranges urnes, et tous les corps des "ingénieurs" sont momifiés... Sauf un.

Les ingrédients de ce film rappellent pour une large part Alien, en effet, par la structure même du film; un réveil dans le vaisseau renvoie directement au début du film initial, la façon dont les membres de l'expédition disparaissent les uns après les autres, et le mystère qui entoure non seulement la mort de leurs camarades, mais aussi ce qui a décimé les "ingénieurs". Le problème du film, c'est que Scott a beau dire qu'il ne s'agit pas d'un prequel, on en sait suffisamment grâce à Alien, pour anticiper sur une large part des révélations qui seront données. Reste le frisson particulier du suspense, les actes gratuits et nombreux (le film regorge de non-dits qui peuvent aussi bien être des actes manqués que des trucs de scénariste, mais font tout son sel...), et un certain savoir-faire, plus le plaisir de repérer dans ce film ce qui renvoie à Alien. Et puis une bonne part de la distribution joue plus que convenablement son rôle, Noomi Rapace en Ripley-bis la première.

Au-delà des critiques des fans d'Alien, qui se plaignent de ne pas avoir de quoi étancher leur soif, on peut se pencher sur la curieuse tendance de ce film à se reposer derrière une bannière créationniste qui renvoie Darwin (Considéré actuellement comme un affabulateur par les intégristes Américains) aux oubliettes, même si elle débouche sur une notion d'un Dieu cruel, méchant, dédaigneux et destructeur. C'est, en 2012, et compte-tenu des tendances de certains groupes religieux aux Etats-Unis, une faute de goût un peu embarrassante, même si une fois encore on n'est peut-être pas au bout de nos surprises avec un film clairement conçu pour n'être que la première partie d'un ensemble plus long: le titre de travail était Paradise. De toutes façons, quant à ce problème idéologique, il y a fort à parier que ce vieux renard de Ridley Scott n'a eu pour seule motivation que de renouer à la science-fiction avec un nouveau jouet qui lui permettrait de faire ce qu'il fait mieux, créer un univers cohérent le temps d'un film... Ou deux: A suivre?

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Published by François Massarelli - dans Ridley Scott Science-fiction
10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 08:35

Brandywine, la société qui se cache derrière la saga Alien, a inventé la franchise blockbuster d'auteurs... L'un des signes qui ne trompent pas, c'est que contrairement à d'autres suites, les trois films qui ont suivi l'admirable Alien de Ridley scott ont échappé à la numération systématique. Le véritable nom de Alien3 de Fincher est d'ailleurs supposé être Alien Cube... Confier à un metteur en scène reconnu pour ses capacités artistiques, à l'exception notable du débutant Fincher, mais on y reviendra ailleurs, voilà l'idée de base pour cette série de films, dont j'exclus les séquelles qui mélangent avec la série des Predator, bien entendu. Maintenant, reste à poser la question qui fâche: y avait-il vraiment besoin d'une suite à Alien, film parfait?

 

Non: aucun film ne doit avoir besoin d'une suite. Bien sur, il y a des films qui complètent la vision initiale, il y a même des suites qui sont meilleures que l'original, grâce à Cameron (Terminator 2) ou Coppola (The Godfather part II)... Mais si cette sale manie perdure avec en plus l'horrpilante mode qui consiste à se contenter de rajouter un 2 à la fin du titre, elle ne date pas d'hier... Dans les années 20, le manque d'originalité consistait surtout à recopier la structure et les morceaux de bravoure du film initial (Mark of Zorro, The Sheik), et à ajouter "Fils de..." dans le titre (Son of the Sheik, Don Q. Son of Zorro...). Avec Aliens, on peut s'irriter de voir une équipe reprendre du service dans le but de faire de l'argent avec l'univers d'un film magique... Mais franchement, l'opposition au film s'arrête ici.

 

Oui: A l'imposante réalisation de Scott, Cameron répond en enrichissant de façon considérable et intelligente l'univers, au point d'en définir un grand nombre de contours (le mode de reproduction des Aliens basé sur des cocons humains, leur hiérarchie, dominée par une femelle-reine, leurs stratégies, les formes différentes qu'ils peuvent avoir, leur façon de coloniser l'espace de vie, etc...). il reprend l'héroïne, ajoute une coda à son aventure de 1979, lui donne même une identité extérieure. Il reprend le thème évident de la féminité combattante du premier film, pour y ajouter de façon fascinante une thématique de maternité: Ripley est donc mère, et revient à la civilisation après 57 ans de sommeil artificiel pour apprendre la mort de sa fille; elle va aider une troupe de Marines (Dont des femmes, mais qui n'ont plus rien d'humain: ce sont des militaires) à combatre une horde de milliers d'Aliens, et secourir une petite fille qui va lui permettre d'effectuer un transfert de son amour maternel; et bien sur, on va en savoir un peu plus sur la duplicité de la société tentaculaire Weyland-Yutani, qui sous couvert de permettre la colonisation de l'univers, semble convoiter les aliens comme une arme de destruction potentielle, au mépris des vies humaines... Le film cite, bien sur, le précédent, parfois avec humour, afin de se situer dans la ligne, mais il crée aussi beaucoup d'images qui vont nourrir la suite de la légende.

 

Bien sur le film a ses qualités et ses défauts, tous cameroniens: certains acteurs surjouent jusquau ridicule (Bill Paxton, en Marine sur-vitaminé, Jenette Goldstein en Rambo féminin), mais c'est dans le but de montrer que les soldats sont tous ridicules et dotés d'un Q.I. de mouche, alors on ne lui en veut pas trop; l'obsession technologique, le recours à la mécanique et à l'ingénierie comme prolongation de l'humain, l'immersion en plein milieu aquatique ou en ce qui en tient lieu, le suspense endiablé, et la vision d'un futur proche basé sur notre présent à nous... oui on est bien chez Cameron, qui signe sa première superproduction et entre, enfin, dans la cour des grands...

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Published by François Massarelli - dans James Cameron Science-fiction
26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 18:29

On peut se demander, dès le début extrêmement déstabilisant de ce film, qui est qui: Hannah McGill, l'actrice sensée interpréter le rôle de Meryl Burbank, par exemple, n'est autre que Laura Linney. Ou encore, Christof, le créateur du show de télé-réalité dont le film adopte sans problème le titre, n'est autre que Ed Harris; c'est ainsi: Peter Weir commence par déstabiliser le spectateur, en le confrontant plus qu'à l'émission de télévision, à son univers dès le départ, à travers des tranches promotionnelles d'interview des acteurs et protagonistes. La déstabilisation du spectateur se prolonge lorsque on assiste à un début de journée pour Truman (Qui est-il, que fait-il là, quel est son rôle?), qui va vite nous révéler le principe de cette émission: The Truman show est le premier soap-réalité, un feuilleton qui organise autour d'un homme filmé depuis sa naissance un univers totalement factice, mais lui est le seul à l'ignorer. Ses parents ne sont pas ses parents, ils en jouent le rôle; son meilleur ami est payé depuis la maternelle pour être là dans les cas de coups durs, mais aussi pour lui servir de faire-valoir (Marlon n'est pas à proprement parler Einstein...), chaque personne de son environnement est placée là à dessein par le créateur Christof, et son épouse Meryl n'est qu'une actrice payée pour être son épouse. on évite à ce sujet les questions gênantes, et le fait que Truman vive dans un univers aseptisé et très années 50 permet d'éviter le sujet, mais une photo prouve bien que Meryl ne souhaitait pas se marier avec Truman: elle croise les doigts... Quant à leur vie conjugale, elle laisse carrément Truman dubitatif: il rêve de Lauren ou Sylvia, cette étrange jeune femme aux deux noms dans les yeux de laquelle il se serait bien noyé, mais qui est partie, dit-on, pour Fidji...

Durant 55 minutes, Weir maintient la pression, montrant in vivo le début de la réalisation pour Truman, qui commence à comprendre, peu de temps après le spectateur, de quoi il retourne. Comme le dit Christof, justifiant ainsi de fait toute la série (Qui en est bientôt à son 11 000e jour), on accepte la réalité à laquelle on est confronté, il suffit de ne laisser à Truman aucune chance de voir l'extérieur: ainsi, le show est filmé en cercle fermé dans un gigantesque studio qui recrée tout une région, côtière de surcroît. De plus, on a forgé avec talent des phobies irrémédiables pour le clouer au sol: aqua-phobie, peur des chiens, etc. on notera sur les médias locaux (exclusifs à l'île, bien sur), l'insistance sur le fait que voyager, c'est s'exposer à tous les dangers... Les seules incursions à l'extérieur du monde du show, ce sont les visions souvent satiriques des spectateurs accros de The Truman show, un panel de fanatiques venus de tous les coins du monde... ainsi, la récapitulation offerte par Weir aux spectateurs du film est-elle surtout la réponse à des questions qui ne pouvaient être résolues avant: comment la production peut faire face aux imprévus, comment Truman a commencé sa carrière involontaire... Ces questions sont évoquées dans un faux programme qui voit un journaliste interviewer Christof. Mais le plus important, c'est bien sûr que nous intervenions en tant que spectateur dans la partie de l'émission durant laquelle Truman est enfin confronté à la vérité, si aberrante soit-elle...

On imagine bien que des cas aigus de paranoïa existent, qui voient les sujets aux prises avec l'illusion d'être le jouet de manipulation à grande échelle. De même, beaucoup d'enfants un peu couvés doivent concevoir le monde comme tournant autour d'eux... Pas Truman, aussi normal, bien qu'un peu excentrique, qu'il puisse être: c'est sans doute la dernière pensée qui lui serait venue naturellement. Weir et son scénariste Andrew Niccol ont donc adroitement inversé cette notion de paranoïa: la réalisation d'un univers qui tourne autour de Truman, le fait qu'il est bien le jouet d'un complot sont sans doute pour lui les derniers recours en matière d'explication de tous ces petits détails hallucinants qui lui posent problème... Pourquoi son épouse se met-elle à vanter des produits en pleine discussion, pourquoi son père disparu en mer réapparaît-il sous une autre identité, pourquoi surtout cette jeune femme, Lauren (une militante d'une association visant à faire libérer Truman, qui a réussi à se faire engager comme figurante) lui dit-elle qu'il est le jouet de tous, qu'il n'existe pas? Truman va comprendre, et se jouer à son tour de la production, de ses "amis" et "famille", et fuir... A ce titre, la fin est forte, symbolique et ironique: enfin libéré de cette angoisse de la mer une fois qu'il a compris qu'on la lui avait imposé, il tente de fuir l'univers clôt de Seahaven, et va voir dans une scène très forte la preuve de ses soupçons: son bateau se heurte littéralement aux murs du studios... Ensuite, défait, le producteur tente une dernière carte, en parlant à Truman au moyen d'un système de sonorisation: sa phrase "je suis le créateur (Pause) d'une émission de télévision...", la réverbération, la présence d'un soleil artificiel qu'il commande à volonté, et son refus de laisser à Truman le libre-arbitre depuis le début sont à mon sens un commentaire fabuleux sur le pouvoir de nuisance de la religion; la réaction de Truman, de refuser justement cette présence divine qui se veut rassurante, est un confort rare en ces temps de retour à l'obscurantisme...

Qui est Truman, dont le nom a été imposé là encore par la production, qui vit comme dans les années 50 (Vêtements, philosophie assez conservatrice, musique, conformisme petit-bourgeois, on sent que Christof a sciemment créé un monde rassurant pour l'Américain moyen)? Le problème, c'est qu'on ne lui a pas laissé la chance de l'exprimer, mais comme il le dit enfin à Christof: "vous n'avez pas de caméra dans ma tête". On lui a non seulement tout volé, à commencer par une chance d'être heureux (Il voulait faire le tour du monde, et est tombé fou amoureux de Lauren-Sylvia), on lui a même empêché d'exister... A la fin de ce film, il vient non seulement de voir toutes ses pires craintes se réaliser, son monde s'écrouler, il a aussi rencontré son Dieu, l'a tout bonnement envoyé paître, et en prime, il fait une révérence d'une superbe élégance avant de quitter à tout jamais son public pour enfin affronter son destin. Joué par un Jim Carrey génial de bout en bout, Truman, enfin, est un héros, un vrai, un grand, un beau. Et le monde jusqu'au-boutiste de la télévision présenté dans ce film futuriste est sans doute exagéré, mais après tout, The Truman Show est une fable.

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Published by François Massarelli - dans Peter Weir Science-fiction Andrew Niccol