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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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4 novembre 2017 6 04 /11 /novembre /2017 09:08

On l'attendait au tournant. Non seulement le film, mais aussi et surtout son réalisateur surdoué, Denis Villeneuve... Mais donne une suite à Blade Runner? C'est le genre de projet dont on entend vaguement parler, parce que les têtes pensantes des studios, et les scénaristes de tout poil, passent finalement leur temps à lancer des projets en l'air. C'est un passe-temps, un exercice, une déformation professionnelle... Et quelques fois, une suite sort, qui embarrasse tout de suite, et tout le monde se retrouve face à un objet gênant, vaguement lié au film initial, mais dont on aimerait nier l'existence. Des exemples? 2010, de Peter Hyams... ou Son of Kong, de Ernest Schoedsack! Mais ce film n'entre pas dans cette catégorie...

Le résumer, vraiment? Disons que le titre ne ment pas: ça se passe bien en 2049, dans le futur de l'intrigue de Blade Runner. Et la chasse aux replicants est toujours d'actualité. Sauf que la donne a changé: d'une part, les vieux replicants, ceux qui étaient pourchassés dans le film de Ridley Scott, et se battaient pour trouver une trace d'indépendance face à une vie programmée pour ne pas durer très longtemps, sont du passé. Place aux "nouveaux" robots (l'insulte peu affectueuse qui leur est adressée, "skin-job", est reprise du premier film), qui ont été conçus par une nouvelle société qui a supplanté Tyrell industries, sont obéissants. Mais il faut encore faire la chasse aux anciens, les Nexus 7 et 8, des anciens Tyrell plus perfectionnés qui ont survécu, et l'ironie est que cette tâche incombe aux Blade Runners, dont tout le monde sait bien que ce sont des Replicants. Leur travail, personne d'humain ne voudrait le faire...

Le Nexus 9 K (KD6-3.7), interprété par Ryan Gosling, fait partie de ces agents dévoués et efficaces... et détestés. On le rencontre en pleine mission, il s'infiltre chez un fermier qui vit au nord de l'état de Californie, un certain Sapper Morton. Il l'élimine, puis découvre quelques étrangetés sur le site de sa ferme. Pour commencer, il y a un arbre d'un certain âge... Au pied duquel un coffre a été enterré. Une fois récupéré, il s'avère qu'il contient les restes d'une femme. Une replicante avec un détail peu banal: elle a subi une césarienne...

Voilà K parti à la recherche d'un bébé qui aurait, selon toute vraisemblance, environ une trentaine d'années. Un secret bien gardé qui d'une part excite la convoitise de Wallace, l'industriel florissant (Jared Leto) dont l'entreprise a supplanté celle de Tyrell; si les replicants peuvent se reproduire, alors c'est tout bénéfice pour son entreprise qui cherche justement à s'étendre au-delà de la terre. Mais la nouvelle inquiète aussi, et en particulier la supérieure de K au LAPD (Robin Wright), qui craint une guerre entre les replicants et les humains...

Difficile de raconter ce film sans entrer dans le détail, et les détails ne manquent pas... Ils sont autant ce petits cailloux, qui mènent vers une vérité complexe et improbable. Disons qu'on a l'habitude avec Denis Villeneuve, des énigmes un peu délirantes qui structurent ses films tout en les dotant d'une chronologie inventive... A ce sujet, l'énigme est bien là, mais n'occasionnera pas de maux de têtes cette fois-ci, pas plus que la chronologie. Ce qui est bien plus intéressant, c'est le temps dévolu à la vie privée, voire intime, de K. son appartement, dans lequel il a installé une petite amie virtuelle, vendue par Wallace industries (Ana de Armas); il vit comme vivrait un homme, et vient justement d'acheter une extension qui lui permet d'emmener sa petite amie partout. Celle-ci aimerait d'ailleurs lui donner un nom, et suggère le premier qui lui vient à l'esprit: "Joe"... Et il a des souvenirs: en bon replicant, il sait que ceux-ci lui ont été implantés, mais... un fait troublant dans son enquête va lui indiquer que le contraire est possible: sur l'arbre situé dans la ferme du début du film, est gravée une date. Cette date, K la connaît pour l'avoir croisée, associée à un souvenir d'enfance cuisant...

Ce désir d'humanité qui va motiver K pour aller jusqu'à croire qu'il est l'enfant né d'une replicante, est rendu possible par le fait qu'un gigantesque black-out survenu dans le passé a considérablement brouillé les cartes de ceux qui tentent de tenir à jour la population des robots. Du coup, on est devant ce film, face à un être presque humain, qui cherche à prouver sa part d'humanité, et qui la cherche jusque dans les moindres recoins d'un passé mythique. Il y a effectivement de quoi faire un bon film là-dedans, et sans surprise, Villeneuve accomplit sa mission avec flamme, avec talent, et avec une efficacité impressionnante. Et il n'oublie pas la dette inévitable à Blade Runner de Ridley Scott, dont l'intrigue lointaine sert de point de départ en même temps que mythe fondateur (Des acteurs reviennent, ou plus ou moins: Harrison Ford bien sûr, mais aussi Edward James Olmos, et d'une certaine façon l'infortunée Sean Young).

Reste que l'un des éléments les plus importants du film de Scott est ici monté en épingle, au-delà même du film: si pour les nouveaux replicants comme K, ou Luv (Sylvia Hoeks), l'assistante particulièrement dévouée de Wallace, leur nature ne fait aucun doute, on se souvient que le fil rouge des interrogations du film de Scott était de savoir si Deckard (Harrison Ford) était ou non un replicant. Cette interrogation se prolonge sur Blade Runner 2049, et fait que chaque personnage, y compris ceux qui à un moment ou un autre parlent de leurs souvenirs, devient forcément suspect d'être un robot. Un robot qui sait ou ne sait pas, qui il ou elle est. Une presque humanité parallèle, s'interrogeant sur son être, et sur ses mythes fondateurs, à la recherche de réponses qu'elle n'aura jamais. On tourne donc irrémédiablement mais glorieusement en rond, et la science-fiction reste donc sur ses fondamentaux, dans un film qui est visuellement parfaitement réussi. 

 

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction Denis Villeneuve Ryan Gosling
3 novembre 2017 5 03 /11 /novembre /2017 09:08

High treason est un film parlant, mais la version la plus communément montrée est la version muette. Mais paradoxalement, pour un film vu dans une version muette ça se voit qu'il est parlant et sonore! L'importance de la parole et du son, dans cette parabole futuriste et pacifiste, st telle que Maurice Elvey a trouvé un certain nombre de moyens de les transmettre malgré tout, à commencer par une exigence d'énonciation aussi claire et lisible que possible, de la part des acteurs du drame. 

L'histoire est inspirée d'une pièce de théâtre de Noel Pemberton Billing, et nous montre, en plein coeur de l'entre-deux-guerres, la préoccupation forte des nations, à savoir la peur que ça ne recommence comme en 1914. Le film est situé en 1950, dans un monde essentiellement divisé entre continents, et les deux plus importants "groupes" sont les Etats-Unis d'Europe, d'un côté, et l'empire des Etats Atlantiques, de l'autre. Ne cherchez pas, le premier groupe est représenté par Londres, le deuxième par New York... Un accident a lieu sur une frontière (ce qui serait donc situé sur la frontière Américano-Canadienne), et le ton monte entre les deux pays. A Londres, l'inquiétude semble n'avoir aucune prise sur Michael Deane et Evelyn Seymour, qui roucoulent encore et toujours, mais... Il est major dans l'armée, et elle est la fille très engagée du président d'une association pacifiste internationale. Il va y avoir du grabuge, et pas seulement entre les nations...

Maurice Elvey a-t-il vu Metropolis? C'est une évidence, mais j'irai plus loin: d'une part, le film prend sa source (visuelle, je ne parle pas ici de sa source dramaturgique) dans le même constat, au vu des grandes métropoles Américaines dont le cinéma relayait l'image chaque jour, que le futur ne pouvait aller que dans le même sens que les cités modernes: toujours plus haut, toujours plus grand! C'est cette réflexion de Lang qui est à la base de Metropolis et Elevey ne va pas dans une autre direction... Sauf que, contrairement à lang qui a situé son film de science-fiction dans une cité et une cité seulement, Elvey internationalise son intrigue situé entre ville et campagne (La frontière au début du film) , d'un continent à l'autre. Il nous montre parlements et sièges de gouvernements, sièges industriels également, et étend encore plus le champ d'action en montrant un élément crucial, utilisé par Lang, mais uniquement pour la communication "verticale" entre Joh Fredersen et ses subalternes: la télévision, ici, est partout, démocratique, quotidienne. Et elle joue un rôle dramatique. Elle est complétée par le visiophone... Notons que la version muette nous donne bien à voir les émissions de télévision, mais elles sont complétées par des intertitres, directement sur l'écran. L'écran du poste de télévision, bien sûr...

Mais si Elvey a vu Metropolis, et qu'il a cherché à étendre son champ d'action afin de ne pas, justement, copier le grand film de Lang, il est prisonnier d'une pièce de théâtre qui est quand même bien mince, et disons-le, d'une naïveté allègre. Mais je pense que c'est inévitable, n'oublions pas que la science-fiction cinématographique n'a rien d'un genre établi, et qu'on n'en utilisait le biais que pour des messages généralement grandiloquents, supposés avertir les générations futures. Il suffit de constater la morale simplissime de Metropolis, ou la tentative gentiment idiote d'exporter la révolution sur Mars dans Aelita, pour s'en convaincre. Donc dans High treason, le conflit militaire qui guette est bien vite remplacé à l'écran par un conflit entre militarisme (Représenté par Jameson Thomas qui interprète le Major Deane) et pacifisme (Incarné avec une certaine fougue par Benita Hume, dans le rôle d'Evelyn Seymour). Le titre est dû à un événement crucial qui est situé vers la fin: la seule solution pour les pacifistes (dont le film adopte le point de vue) est d'effectuer un acte de haute trahison...

Le conflit nous est montré en réalité comme une spéculation de la part de gros groupes militaro-industriels, et bien sûr, ils sont situés à New York! De son côté, le point de vue sur la justice prend acte d'une vision supérieure, au-dessus des groupes constitués et de la justice des hommes. C'est pratique, et ça permet de rendre le message "actuel" en 1929. Mais ce qui est "actuel" aussi, c'est la vision d'un futur, d'abord divisé entre des conglomérats immenses, dont on n'imagine pas un seul instant qu'ils ne sont pas des empires centralisés. D'autre part, les gens, dans le futur envisagé ici, portent bien facilement l'uniforme. Une façon de nous rappeler cruellement que le fascisme, en 1929, apparaissait encore comme une forme de modernité, et on en retrouve des relents visuels dans de nombreux aspects du film...

Mais on y trouve aussi des trouvailles rigolotes, comme cet homme orchestre à la tête d'un synthétiseur géant, durant une scène de danse (Les instruments qu'il reproduit sont insérés en surimpression, dans la version muette); dans cette même scène, la danse est rendue visuellement différente, par un mouvement arrêté toutes les trois ou quatre secondes, tous les danseurs restant immobiles un instant. A la fin de la danse, deux escrimeuses en maillot viennent remplacer les danseuses sur la piste... L'ombre de Metropolis plane aussi sur les images de l'industrie, avec ses hordes d'ouvrières venues enfiler un uniforme blanc pour travailler à l'effort de guerre. Enfin, le metteur en scène soigne sa réalisation, avec utilisation de maquettes, et des séquences de destruction assez enlevées... 

Donc oui, c'est une curiosité, dont la réception en 1929 a été sans doute assez froide. Il y avait tant de films insipides, parlants et chantants, à voir... Mais c'est aussi une preuve qu'à sa façon, le cinéma Britannique était quand même une force vivace, curieuse de tout, et qu'il y avait en Grande-Bretagne des metteurs en scène prêts à relever certains défis. Et tous, décidément, ne s'appelaient pas Alfred.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1929 Science-fiction
30 octobre 2017 1 30 /10 /octobre /2017 08:55

Mal-aimé de la saga Alien, et pas forcément apprécié, ni même parfois connu, des fans de Jeunet, ce film sensé plus ou mettre fin au cycle (Comme le précédent, Alien3) est en réalité situé au confluent de trois univers. Il ne peut être pris que comme une rencontre, donc, entre d'une part l'univers d'Alien (Ripley, les "Xénomorphes", l'ombre de Weyland-Yutani), d'autre part les thèmes chers au scénariste Joss Whedon (Buffy the vampire slayer, Firefly, Angel, Dollhouse, dont le péché mignon est de questionner la féminité dans un contexte de science fiction ultra-référencée), et enfin le monde de Jean-Pierre Jeunet, fait de bricolage, d'une efficacité narrative se reposant sur un enchaînement logique d'événements, et bien sûr son excentricité visuelle... 

Rappelons l'histoire, tout d'abord: sur un vaisseau spatial appartenant à un conglomérat terrien, en collaboration avec l'armée, on attend une cargaison particulière. Des scientifiques présents sur le vaisseau ont réussi, à partir de prélèvements effectués avant la mort de Ripley (Dans Alien3), à cloner cette dernière, interprétée une fois de plus par Sigourney Weaver, évidemment. Après 8 tentatives, ils ont obtenu de la "ressusciter', elle est l'alien qui est en gestation dans son abdomen. L'alien a été 'extrait' de façon chirurgicale, ce qui était le but de la manoeuvre, mais contre toute attente, Ripley a survécu... Un médecin (Brad Dourif) a donc décidé de la garder en vie, ce qui n'était pas prévu au départ, pour voir...

La cargaison attendue, donc, est un chargement d'humains frais, en hibernation: quand la "reine" Alien va être opérationnelle, elle ne manquera pas de pondre, et il faudra, pour chaque oeuf, un humain prêt à devenir l'hôte d'un petit. La cargaison en question est amenée par des commerçants d'un genre particulier, à la fois convoyeurs et mercenaires, ils sont des spécialistes des jobs difficiles, dangereux, qui dépassent allègrement les limites de la légalité. Ils sont 6: Elgyn, le capitaine du vaisseau (Michael Wincott), sa compagne et mercenaire Hillard (Kim Flowers), Christie, rompu au maniement des armes (Gary Dourdan), le grand costaud Johner (Ron Perlman), gros bras, gros flingue et petite tête, Vriess (Dominique Pinon), qui se déplace en fauteuil roulant, ce qui ne l'empêche ni d'être efficace, ni d'être dur à cuire, et enfin la petite nouvelle, Call (Winona Ryder). Autant le dire tout de suite, c'est un robot, nouvelle génération, ceux qui sont créés et maintenus par des robots. Et elle est sacrément militante: elle s'est introduite sur le vaisseau-cargo dans le but d'infiltrer la mission de recréation des aliens, car elle a une mission: protéger les humains contre leurs mauvais instincts...

Trois choses vont donc se passer: d'une part, quand on manipule des aliens, ça finit toujours de la même façon. Ensuite, Call va tenter d'intervenir, simultanément à l'évasion des aliens, qui échappent à leurs gardiens et se retrouvent en liberté totale dans le grand vaisseau. Et Ripey, qui est rappelons le un clone issu de la résurrection d'une Ripley AVEC une reine alien à l'intérieur, est, pour le moins, imprévisible! Lors de la pagaille monumentale qui s'ensuit, elle s'allie avec les "commerçants"... Mais jusqu'où?

"Pagaille", disais-je: c'est le maître-mot. Depuis Alien (Ridley Scott, 1979), on est habitué à la montée progressive d'un suspense de plus en plus étouffant. Mais ce qu'on a ici, c'est plus l'annonce d'un catastrophe qui se produit trop tôt, suivie d'une longue, mais alors logue agonie du film. On aimait l'alternance, d'un film à l'autre, entre une invasion d'un vaisseau, ou d'une planète (Alien3, David Fincher, 1991) par un seul individu, et la plongée des humains dans un nid, un nuage, une marée, un océan d'aliens (Aliens, James Cameron, 1985)... Mais ici, ça tourne au trop-plein: trop de bestioles, trop de possibilités, et... trop de gore, ça oui. Ca tourne même au ridicule absolu quand la reine, qui provient du même mélange que le clone de Ripley, accouche littéralement d'un être mi-humain, mi-alien, qui est d'une laideur inconfortable, et qui va rencontrer l'une des fins les plus dégueulasses qui puissent être. Voyez le film avec une cuvette à cet égard... Donc, si le film offre à Ripley une "fin" plus décente que celle que lui avait donnée Fincher, il tend à gâcher l'héritage en permanence.

La faute à qui? On a envie d'utiliser le dicton anglais "Too many cooks in the kitchen spoil the broth", dont vous irez si vous ne la connaissez pas chercher la signification sur internet, autant que ça serve ces petites machines. Comme tous les autres films de la saga, il y a eu du monde sur ce bébé-là, et... y-avait-il un capitaine? On sait qu'il y en avait un sur tous les autres films, y compris quand la Fox et Brandywine Productions mettaient des bâtons dans les roues de David Fincher. On sait aussi que sur un plateau de Jean-Pierre Jeunet, il est le seul maître à bord, engagé à 300% sur son film. Mais... le langage, peut-être? la timidité face à la tâche titanesque? Jeunet n'est pas à son aise, ni dans le genre, qu'il connaît bien en tant que fan, ni dans les règles imposées, qui sont habituellement imposées... par lui. Ici, le cahier des charges n'est absolument pas de sa responsabilité, et ça se sent. Alors on retrouve certains aspects de son oeuvre, des inventions inattendues comme le cube de whisky, des bricoleurs de génie comme la troupe de mercenaires, ou encore quelques moments qui reposent sur un enchaînement d'événements, mais... c'est assez peu. Reste son efficacité? Oui, mais elle est mise à mal par le souci du langage, et un script dont les dialogues possèdent peu de subtilité ('Die, you motherfucker'). Au final, on sait que c'est du Jeunet, tout de même. Il y a Dominique Pinon!

Et Joss Whedon dans tout ça? Même si ça ne sauve pas le film, on constate que dans ce script probablement conçu au début des années 90 par le jeune aspirant scénariste, on retrouve beaucoup, mais alors beaucoup de ses thèmes. La prépondérance des femmes, avec ici quatre figures de féminité, de la maternité carnassière (la Reine), à l'amazone fragile (La scène durant laquelle Hillard perd son amant est touchante), en passant par les deux bizarres: Call, le robot que certains mercenaires auraient bien mise dans leur lit, et bien sûr la Ripley-Alien, qui est au centre de toutes les interrogations. Elle a été au bout de l'enfer, et en est revenue, comme Buffy, ou Darla (Dans la série Angel). Et comme elles, elle est revenue... différente. une constante, là encore des personnages féminins de Whedon: Fred/Illyria, Cordelia Chase, Echo, Skye, River Tam... Mais ce qui frappe aujourd'hui, c'est à quel point Whedon avait en tête, des années avant, une équipée à la Firefly: un équipage de bras cassés revenus de tout, effectuant des livraisons légales ou illégales, dans un vaisseau cassé de partout et rafistolé, et tous rompus au maniement des armes. Bon, admettons quand même que Firefly est bien, bien meilleur, et de très loin, que ce film dans lequel une fois de plus un(e) héros/héroïne questionne son humanité, film sympathique, mais...

...raté.

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction Jean-Pierre Jeunet Joss Whedon
29 octobre 2017 7 29 /10 /octobre /2017 09:39

Une société forcément futuriste puisqu'elle n'existe pas, un décor de cauchemar, et des intrigues pas forcément toujours claires; voilà en résumé un aperçu du deuxième film de Jeunet, qui signait encore, pour la dernière fois, "Jeunet et Caro"... S'il faut comparer ce long métrage à un autre film de Jeunet, ce ne sera pas en effectuant un parallèle avec Delicatessen (1991) ou Un long dimanche de fiançailles (2005) qu'on obtiendra quelque chose. Non, il faudra peut-être plutôt aller chercher, en amont, du côté du Bunker de la dernière rafale (1981) ou en aval, en se penchant sur le film mal-aimé, qui est du reste sa conséquence directe: Alien resurrection (1997)... Avec le moyen métrage, La cité... partage une intrigue sombre, et une société qui encourage des déviances ultra-droitières, comme cette secte/milice de cranes rasés qui se sont crevé les yeux; avec le Alien, ce film partage l'idée d'un monde poisseux, complexe, dans lequel on est constamment enfermé, que ce soit dans des vaisseaux, ou dans une ville sale et tentaculaire. Bref: un film qui tache.

Le monde dans lequel vivent les personnages de ce fil est une cité portuaire, un lieu sale et entièrement dédié, soit à la mer (Bars à matelots, donc, et filles de joie), soit au fait de s'en détourner (Foires, et distractions diverses). Est-ce après une guerre? S'agit-il de la partie "côtière" du monde post-apocalyptique de Delicatessen? On n'en saura rien, et ce n'est pas le sujet. Ce qui importe, c'est de constater que l'humanité fait ici ce qu'elle fera toujours, elle se recroqueville sur le chacun pour soi, et chacun devient une proie pour l'autre. Chacun vit dans le souvenir de sa splendeur (?) passée. Et des êtres inquiétants, les "cyclopes", rôdent. Dans un premier temps, ce sont des hommes qui entrent dans une secte en abandonnant leurs yeux, pour ne pas voir le monde abject qui est autour d'eux. Dans un deuxième temps, les "meilleurs" deviennent "cyclopes", en se dotant d'un oeil électronique...

One (Ron Perlman) est un costaud de foire, qui vit essentiellement pour subvenir aux besoins de celui qu'il appelle son "petit frère", qui répond au doux nom de Denrée (Joseph Lucien). Un enfant apparemment sans souci, et qui mange comme quatre... mais qui est enlevé. Pourquoi? Nous le saurons. Par qui? Eh bien, par ceux qui enlèvent les enfants: tous les jours, ils disparaissent par grappes. Et comme les parents ne sont pas toujours là pour les protéger, il est relativement facile de les kidnapper. Aidé d'une petite fille, Miette (Judith Vittet), qui mène une bande de petits voleurs, One va chercher son "petit frère"...

Pendant ce temps, celui-ci est amené sur une étrange plate-forme en pleine mer: un laboratoire délirant dans lequel un savant fou et génial a créé de nombreuses entités. Il s'est créé une femme (Mireille Mossé), mais celle-ci est trop petite. Il a créé un être d'une grande intelligence et d'une grande sensibilité, Irvin (Jean-Louis Trintignant), mais celui-ci, cerveau maintenu en vie dans un liquide nourricier, n'a pas de corps. Il a créé des clones, au nombre de six (Dominique Pinon, Dominique Pinon, Dominique Pinon, Dominique Pinon, Dominique Pinon, Dominique Pinon), qui ne sont pas très fins. Enfin, son chef d'oeuvre: un homme intelligent, doté de tous ses membres, complet, de la bonne taille... Mais il vieillit trop vite, et il est si réussi qu'il en ressent autrement plus cruellement ce qui lui manque: il ne rêve pas. Et cette dernière créature, Krank (Daniel Emilfork), a pris le contrôle de la plateforme, en chassant le créateur, et en mettant désormais tout ce petit monde baroque à son service, dans le but de lui créer les conditions du rêve. La dernière trouvaille de Krank, c'est donc de voler les enfants pour leur arracher leurs rêves...

Qu'est devenu le créateur? One retrouvera-t-il son "petit frère"? les enfants pourront-ils être sauvés? Voilà les questions essentielles posées par ce film, dont Jeunet et Caro ont élaboré l'univers dès le début des années 80, mais il leur a fallu plus de dix années pour accomplir le film. Et celui-ci, paradoxalement, a été rendu possible par la réalisation et la sortie d'un "plan B": Delicatessen, dont le succès certain a persuadé Claudie Ossard, la productrice du premier long métrage, de donner le feu vert à cette entreprise peu banale...

Côté face, un immense décor "physique" reconstitué dans un studio pour un tournage de plusieurs mois, et des prouesses à tous les étages: tourner avec des enfants, intégrer des images de synthèse et des techniques de pointe dans un décor physique, tourner avec des animaux, et de l'eau... un scénario qui multiplie les rebondissements qui sont autant de "chaînes" d'événements, un procédé qui plaît énormément à Jeunet. Bref, un film français d'une ambition rare, d'une réalisation maîtrisée, et qui s'exporte.

Côté pile, on a un budget certes faramineux, mais qui a tendance à se voir à l'écran, et ce n'est pas toujours une bonne nouvelle; une histoire contée autour d'un acteur qui est physiquement le rôle, mais qui parle peu et pourtant encore trop; des rebondissements trop appuyés dans lesquels on se perd parfois; des cauchemars qui prennent toute la place, et qui me font me poser la question: peut-on faire un film situé dans un monde inquiétant sans pour autant nous pousser en dehors? La réponse est oui: Metropolis, Blade Runner, Alien... Mais pas La cité des enfants perdus, hélas...

Car le film est souvent pris en flagrant délit de froideur, d'excès de zèle. Jeunet n'est pas Luc Besson, heureusement, mais là, il est quand même en permanence en train de faire la démonstration de son talent. Bien sûr, il est venu sur le tournage avec ses boîtes à gâteaux remplies d'objets en plastique moche des années 50, sa tendance au recyclage franco-franchouillard, mais ses nappes Vichy en formica sont constellées d'objets métalliques qui créent le malaise... bref, pour oser une formule à la con: trop de Caro tue le Jeunet.

Si La cité des enfants perdus fonctionne, c'est moins dans la création d'un univers cohérent (A trop ruminer leur film, les deux auteurs l'ont probablement vidé un peu de sa substance), plus dans l'anecdote. Alors là, oui, c'est du tout bon: la façon dont certains détails s'enchaînent, les "caractères", pour reprendre un mot hérité de l'anglais, sont formidables. Miette, incarnée par la fantastique Judith Vittet; Jean-Claude Dreyfus, de retour en vieux montreur de cirque consumé par l'opium; les deux soeurs siamoises du film, qui fricotent avec le mal (Geneviève Brunet, Odile Mallet), et connues collectivement sous le surnom de "la pieuvre". Des acteurs de Delicatessen reviennent, un peu (Ticky Holgado, Dominique Bettenfeld), beaucoup plus (François Hadji-Lazaro, Rufus, Dreyfus déjà mentionnés), voire multipliés par... sept (Dominique Pinon). Jeunet expérimente aussi pour la première fois avec certains acteurs qui reviendront, dont Ron Perlman, mais aussi Serge Merlin ("L'homme de verre" dans Amélie), qui joue le chef des Cyclopes. L'humour a droit de cité heureusement, malgré tout le poids dramatique de cette sombre histoire qui ressemble souvent à un cauchemar, et fournit les meilleurs moments d'un film qui aura plus de prestige que de succès. mais on constate que si La cité des enfants perdus a ouvert à Jeunet les portes d'Alien Resurrection (Le moins bon des films de la franchise, quoi qu'on dise), il a en revenant en France complètement redéfini son univers avec Amélie Poulain et Un long dimanche de fiançailles. Deux films qui doivent beaucoup plus à Delicatessen, et qui restent aujourd'hui ses deux meilleurs films, de loin. ...Et qui n'ont pus grand chose à voir avec ce film.

 

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Published by François Massarelli - dans Jean-Pierre Jeunet Science-fiction
18 octobre 2017 3 18 /10 /octobre /2017 14:33

Un homme rencontre une femme, à LA, et c'est immédiat: le coup de foudre, quoi. Ils sont jeunes, ils sont raisonnablement beaux, et tout va bien ou tout ira bien, sauf que leur rendez-vous décisif est gâché: monsieur (Anthony Edwards) doit passer prendre madame (Mare Winningham) à la sortie de son travail, et ensuite elle promet monts et merveilles, et pas du genre qu'on fait en public. C'est l'amour fou, mais... Monsieur fait une sieste et se réveille trop tard, elle rentre chez elle en pleurs, et il doit la contacter par tous les moyens. Par hasard, il décroche un téléphone qui sonne et apprend que la fin du monde est enclenchée, et qu'une pluie de missiles est en route vers Los Angeles. Il lui faut donc ne pas paniquer, prévenir la jeune femme, et fuir avec elle. Sauf que rien n'est facile dans un tel programme...

"Film miraculé", nous dit-on, suite à un message posté sur Facebook par Joe Dante, qui criait au chef d'oeuvre. Ressorti, restauré, on peut de nouveau voir ce film oublié... et rester perplexe. Oui, l'ide est bonne, et l'insistance pour faire d'Anthony Edwards (Un vrai monsieur-tout-le-monde, du coup) une sorte de prophète que personne n'écoute finit par agacer. Tout comme le jeu survolté de tous ces acteurs, qui eux croient à leur situation, mais ce n'est pas forcément le cas des spectateurs. L'ironie de cette ville dans laquelle finalement tout le monde ne roule que pour lui-même tombe souvent à plat, vous savez pourquoi? 

...La date: 1989. Ses costumes à épaulettes, ses cravates moches, ses coiffures "mulet", son body-building, la musique écoeurante de Tangerine Dream... Miracle mile est arrivé au mauvais moment. Vraiment. 

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction
31 août 2017 4 31 /08 /août /2017 16:32

En 1950, on n'est encore jamais allé très loin en matière de science-fiction. La quasi-totalité des films du genre, si j'excepte les rares incursions européennes (Metropolis, Aelita, Die frau im Mond, Things to come) sont des serials fort peu glorieux. L'idée pourtant de passer le monde contemporain à la moulinette métaphorique est dans l'air: d'une part, la science-fiction vraiment démarre à cette période, et des films importants vont voir le jour, mais il y a aussi des essais plus ambitieux, et disons plus étranges, comme The next voice you hear, de William Wellman.

The day the earth stood still est à la croisée de ces chemins, étant d'une part le premier des grands films de science-fiction classique, et le premier film donc dans lequel la terre se prépare à recevoir une visite extra-terrestre; d'autre part, il est clairement un commentaire inquiet et métaphorique sur la situation du monde en 1950-1951: le retour des conflits "physiques" avec l'intervention en Corée, la montée de l'anti-communisme, la méfiance à l'égard des "autres"... Autant de sujets qui sont développés dans des éditoriaux en 1951... Et comme la Fox puisait plus d'un sujet de film dans les titres de journaux, ce film ne va pas faire autre chose.

On ne perd pas de temps, en cinq minutes, le film expose sans attendre le problème: un vaisseau extra-terrestre arrive à Washington, se pose, et un être mystérieux (Michael Rennie) en sort... La foule et l'armée, massées à attendre dans l'angoisse, sont prêts les uns à paniquer, les autres à tirer au moindre geste. Ce que fera un soldat qui aura mal interprété un mouvement de "l'homme de l'espace", accompagné de son immense robot métallique, Gort. Klaatu, l'extra-terrestre aux manières aimables, est amené à l'hôpital, où on l'observe sous toutes les coutures, pendant qu'il se remet de sa blessure en un clin d'oeil. Il s'avère qu'il est l'émissaire d'une civilisation "voisine" mais très avancée, et qu'il vient dans le but de parler à la terre entière. Mais les terriens s'avérant incapables de s'entendre sur le lieu où entrer en contact avec l'étranger, celui décide de leur fausser compagnie, et de mener sa mission malgré les humains. Et pour commencer, il s'installe sous une fausse identité dans une petite pension de famille, le meilleur moyen pour lui d'observer l'homme de la rue d'une part, mais aussi de se lier avec des terriens, en particulier la jeune veuve Helen Benson (Patricia Neal) et son fils Bobby...

Pendant ce temps, la presse, le public et les autorités des Etats-Unis, murés dans une incompréhension parfaitement idéologique, cherchent "l'homme de Mars", qu'ils soupçonnent de faire un mauvais coup: pensez, il s'est infiltré dans la société...

Ce film est remarquable, en tous points: d'une part, Robert Wise ne rate aucune scène, contourne tous les écueils, et profite d'un superbe script de Edmund North pour inventer le film noir de Science Fiction! La photo de Leo Tover est constamment dans la plus pure tradition des films noirs de la Fox, qui faisaient de l'or avec des bouts de ficelles. La musique de Bernard Herrmann est un autre atout du film: étrange, électronique, mais surtout parfaitement répartie, la musique est souvent là où on ne l'attend pas, et sert constamment le propos du film, qui rappelons-le ne tarde pas à adopter le point de vue de l'alien...

Et dans ce film qui montre comment un intrus avec de relativement bonnes intentions (Klaatu) vient, après tout, pour dire aux terriens que s'ils s'arrêtent de mettre l'univers en danger avec leur escalade de guerres, ils seront des amis des autres civilisations avancées) est systématiquement traité comme un danger par des Américains totalement paranoïaques. La chasse aux sorcières a déjà commencé, et elle est là sous nos yeux, qui s'étale au grand jour: dans la pension de famille, l'extra-terrestre entend une dame bien comme il faut commenter l'actualité en disant qu'à son avis, ce "martien" que tout le monde cherche vient en fait de notre terre, puis lance un oeil qui dit clairement "suivez mon regard"... Surtout tous les Américains, confrontés à un être infiniment supérieur, ne peuvent pas, ne veulent pas voir le monde différemment, et vont essayer de le faire entrer dans leurs schémas...

Oui, le film a la dent dure, mais il a aussi la métaphore hardie: au-delà de l'intrigue de science-fiction (qui permet d'ailleurs de splendides moments de suspense et d'angoisse, avec des effets spéciaux qui feront date), le script franchit aussi d'autres portes sans hésitation. Ainsi, le nom d'emprunt choisi par Klaatu au moment de se cacher dans la pension de famille, sera par le plus grand des hasards Carpenter, soit "charpentier"... Une façon d'avancer l'idée que si un être débarquait, en cette époque de l'atome et de la Guerre de Corée, dans un pays aussi religieux que les Etats-Unis, en rappelant qu'il est le dépositaire d'une autorité supérieure, et se présentait comme Jésus, il est fort probable qu'il se ferait tirer dessus... 

Remarquez, aujourd'hui aussi. Et jusqu'à ce que mort s'ensuive.

Les films du genre qui vont venir rentreront dans le rang, en prônant de "regarder le ciel", et de croire que l'invasion extérieure, qu'elle soit physique ou intellectuelle, ne peut qu'être inamicale! Ce qui fait de ce film un exemplaire presque unique. Et même sans cette charge métaphorique qui est subtilement appliquée, le film est un classique unique: les pieds fermement sur terre avec cette intrigue noire et à suspense, et la tête carrément dans les étoiles avec cette intrigue métaphorique inédite à l'époque, et dont la descendance force le respect... Et enfin, définitivement unique avec ses sons venus d'ailleurs!

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction
26 août 2017 6 26 /08 /août /2017 09:17

Durant quinze minutes, le premier film de court métrage d'Albert Dupontel nous propose une vision d'avenir qui devrait faire sérieusement froid dans le dos, avec une thématique qui lui permet de franchir une des limites du cinéma, tout en s'amusant à tout casser. Pas de surprise quand on connait le personnage, et des thèmes qui résonnent encore dans son film Neuf mois ferme... Bien que celui-ci soit quand même nettement plus raisonnable!

Désiré nous montre un hôpital imaginé de 2050, dans lequel on attend la naissance de Désiré Jacquinot. La mère s'impatiente en mâchant du chewing-gum, le père est à la ramasse et caméscope tout, sauf l'événement, et les docteurs ont tellement confiance dans leur système ultra-moderne qu'ils ne vont à aucun moment s'intéresser à l'événement. Le système prévoit une heure d'extraction du bébé, une série de tâches mécanisées (Couper le cordon et cautériser la plaie, etc). Mais ces braves gens n'ont pas prévu un grain de sable: le bébé lui-même. Je ne sais pas si Désiré l'est vraiment, désiré, au vu du peu d'intérêt qu'on semble lui porter... Mais lui a envie d'y aller en tout cas. Cela dit, comme le fait qu'il prenne lui même les choses en main est totalement exclu du protocole, ça va être l'horreur...

Dupontel incarne lui-même le docteur en charge, et parmi les comédiens qui l'entourent, on reconnaît beaucoup de gens qui reviendront dans ses longs métrages. En marge de l'accouchement proprement dit, il nous montre un environnement dans lequel les humains sont devenus des imbéciles (Plus que maintenant, du moins), et en profite pour brosser le portrait d'un infirme, incarné par Michel Vuillermoz, qui va avoir une crise de jalousie terrible à l'égard de ce bébé: "Moi, quand ma mère a accouché, elle a cru qu'elle avait fait caca!"... La vision du futur de Dupontel, un futur mécanisé et dans lequel l'homme abandonne toute responsabilité, serait terrifiante s'il n'y avait cette accélération systématique du mouvement, provoquant moins le malaise qu'un effet burlesque, et qu'on retrouve jusque dans des films beaucoup plus récents. Mais le ton est délibérément à la provocation, en particulier par rapport à ce qu'on ne voit pas, mais qu'on entend à la fin du film, alors que le générique démarre: une réflexion du médecin sur le bébé, se posant la question suivante: "qu'est-ce que c'est, ce liquide rouge?".

Bref, punk, quoi.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Science-fiction Albert Dupontel
21 août 2017 1 21 /08 /août /2017 09:09

Dans la pléthore des films et séries Marvel, je ne sais pas pour vous, mais j'avoue avoir de moins en moins de patience. Ce qui était une bonne idée sur la base d'un film par an, tourne à la fois à la mauvaise manie, et au chantage commercial: en substance, venez voir nos films et prenez des notes car sinon vous n'y comprendrez plus rien. Un film, quel que soit son contexte, et sa participation à une série ou un ensemble, doit tenir tout seul. Je réclame le droit de voir L'empire contre-attaque sans avoir vu Star Wars, sans être obligé d'aller voir Le Retour du Jedi... Ce qu'il est impossible de faire avec Avengers, age of Ultron, par exemple. Mais ça, les frères Russo l'ont semble-t-il bien compris, qui jettent ça et là des balises immédiatement compréhensibles, et du coup la narration du film est fluide. C'est un excellent point...

Pourtant ça commence (De mon point de vue du moins) assez mal: une scène de castagne et grosse baston, en pleine rue, à Lagos, qui vire à l'accident bête: les Avengers, déjà sous le feu des critiques, ont effectué une intervention avec dommages collatéraux... Ce qui nous amène dès le départ au thème principal du film: toute action a ses conséquences, alors vivre une vie de super-héros, ça laisse des traces. L'affaire "Ultron" a déjà fait des dégâts, mais Lagos est la goutte d'eau qui fait déborder le vase.

Les Nations-Unies posent un ultimatum aux Avengers, qui vont devoir passer sous contrôle, afin d'éviter toute conséquences de leur impulsivité. Le groupe est sérieusement divisé en deux factions, on devrait d'ailleurs dire trois: un certain nombre d'entre eux (Dont les particulièrement incontrôlables Bruce Banner et Thor) sont dans la nature... Les deux groupes qui sont en désaccord sur la proposition des politiques sont menés par une forte tête: autour de Tony Stark, qui regrette encore amèrement l'affaire Ultron dont il se sent responsable, les super-héros prêts à suivre les Nations-Unies sur leur proposition de contrôle. Autour de Captain America, ceux qui en revanche n'en attendent rien de bon...

Et les deux groupes vont se déchirer, suite à un attentat qui n'est rien d'autre qu'une manipulation: tout porte à croire qu'il a été perpétré par "Bucky" Barnes, un ancien ami du Captain, mais celui-ci en doute, et va se mettre dans l'illégalité en venant en aide à son ancien copain...

Voilà du nouveau, et plutôt intéressant: le Captain, anciennement le symbole du patriotisme à l'ancienne, celui qui ne pose pas de questions les yeux rivés sur la bannière étoilée, est désormais envahi par le doute. Et il va questionner ses valeurs... Sinon, le fait de mettre face à face pour une confrontation musclée mais jamais privée d'humour les deux personnages principaux, apporte beaucoup d'avantages au film, et en particulier une vraie lisibilité. Encore un bon point: chacun des deux camps va faire appel à des nouvelles recrues pour pallier à la division; si Captain America réussit à s'adjoindre les services de Scott Lang (Ant-Man), Tony Stark va lui former un jeûnot qui vit à New York chez sa tante, et s'est tricoté un costume dans le plus grand secret. C'est ainsi que Marvel lance le nouveau reboot de Spider-Man (Il y a tellement de reboots de Spider-man que chaque film semble être le premier). Ces deux apports fonctionnent à merveille...

Le film est entre les mains de deux metteurs en scènes qui savent doser l'action (Même si celle-ci, adaptée à cette ère de jeux vidéos, va décidément trop vite pour moi) et les autres scènes, gardent les acteurs (Y compris Downey, et ça il faut le faire, la diva ayant déjà fortement plombé les deux pires films du cycle) fermement sous contrôle, et réussissent à montrer intelligemment le thème principal. C'est d'ailleurs l'occasion en or de lancer Spider-man, dont toute la saga et toute l'ambiguïté du personnage repose précisément sur la même notion: les conséquences. Un super-héros met le monde qu'il veut sauver en danger (En sauvant Captain America, Wanda provoque une explosion d'un building et la mort de dizaines de personnes). Un super-héros n' pas le droit à la tranquillité (Clint Hawkeye doit abandonner sa retraite). Un super-héros n'a pas la possibilité d'une vie de famille (Spider-man demande à Tony Stark de laisser sa tante en dehors de sa vie)... Et tout le film passe, fluide, de fil en aiguille et de conséquence en conséquence. Pari réussi... Avant le prochain, car ces gens ne s'arrêtent jamais.

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Published by François Massarelli - dans Marvel Science-fiction
18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 09:19

Dans l'espace, personne ne s'attend à ce qu'un vaisseau destiné à se rendre sur une planète lointaine, avec 2000 colons à bord et tout l'équipement nécessaire pour créer les conditions d'une vie durable, y parvienne. Pourquoi? Parce qu'Alien. C'est donc à ce scénario qu'on est confronté pour la nouvelle (Et troisième) incursion de Scott sur ce terrain.

Et Alien: Covenant est à la fois un prequel, et une suite. Situé 18 années avant les événements contenus dans le film Alien (1979), il commence un nouveau cycle qui va je suppose se charger de donner aux obsédés de la mythologie Alien des éléments de réponse, dont je pense qu'ils ne serviront d'ailleurs absolument à rien, quant aux questions nombreuses qu'on est supposés se poser sur les créatures dangereuses et leur raison d'être... Et il est aussi la suite plus ou moins directe de Prometheus.

Le prologue renvoie d'ailleurs explicitement à ce dernier: on voit Peter Weyland (Guy Pearce), jeune, qui discute lors de ses préparatifs de la mission Prometheus avec l'androïde qu'il vient de créer, David (Michael Fassbender). La conversation porte sur ce qui sera le sujet essentiel du film, la création, vue sous l'angle obsessionnel. On le sait quand on a vu Prometheus: c'est en effet la marotte de Weyland... Ca va devenir celle de David. 

Fast forward vers 2104: le Covenant, un vaisseau de la compagnie Weyland-Yutani est en route pour une planète lointaine afin d'y terraformer l'environnement, et d'y créer une colonie. L'équipage est composé d'une quinzaine de baroudeurs, hommes et femmes, qui quittent tout, et donc sont venus en couple. Sinon, le vaisseau contient 2000 colons et un nombre imposant d'embryons... Tout le monde est en pleine cryogénisation mais Mother, l'ordinateur de bord, réveille la troupe: il va y avoir un problème créé par une éruption stellaire, durant lequel des membres d'équipage vont être tués. Parmi eux, le capitaine de l'expédition (James Franco), compagnon du premier officier Daniels (Katherine Waterston)... C'est donc au second, Oram (Billy Crudup) que le commandement échoit. Et l'équipage, avant de retourner pour un sommeil de plusieurs années, reçoivent un message humain qui provient d'une planète toute proche... Oram décide, contre l'avis de Daniels, d'aller y faire un tour et d'en évaluer le potentiel, pour voit si on ne pourrait pas gagner plusieurs années de voyage dans l'espace... C'est une très mauvaise idée, mais elle fait partie de ces idées stupides qui font l'histoire de la science-fiction: "si je construisais un robot presque humain pour me venger de mon meilleur ami tout en faisant renaître la femme de ma vie?", "Ce monolithe nous pousse à aller aux confins de l'espace, allons-y", ou encore "Cette planète me semble épouvantablement hostile, je suis sûr qu'elle recèle des dangers hallucinants, donc allons-y"... Si les personnages de ces films ne commettaient pas ces erreurs funestes, on s'amuserait moins.

Et de toute façon, Daniels (qui est l'héroïne, ce qui maintient la tradition, de Ripley à Daniels en passant par Shaw) n'est pas celle qui peut prendre la décision. C'est donc avec sa désapprobation totale que le très hésitant commandant du vaisseau lance une expédition de reconnaissance sur la planète inconnue: dans l'espace, personne ne vous entend vous mordre les doigts...

Bien sur qu'il va y avoir des problèmes, qui font d'ailleurs écho à ceux du films Alien: arrêt imprévu, transmission inconnue, problèmes de leadership, exploration assortie d'infection par un organisme étranger, puis retour sur le vaisseau... Ca rappelle des souvenirs, mais les proportions ne sont pas les mêmes: l'épisode sur la planète occupe une large proportion de l'intrigue, et c'est là que les membres d'équipage vont rencontrer... David. Ce qui va créer un choc, en particulier pour Walter, qui est l'androïde de la mission Covenant: c'est un "petit frère" de David, avec une différence notable: le premier modèle était trop indépendant, et les nouveaux modèles ont été mis à jour afin de la ramener un peu moins... Quoi qu'il en soit, David est le seul "rescapé" de la mission Prometheus, et il vient au secours des membres de l'équipage du Covenant, qui ont fait la découverte, fatale pour certaine d'entre eux, d'une espèce animale qui s'infiltre par un contact entre un être vivant et des "oeufs" posés au sol, avant de "pondre" dans le corps, une bestiole qui se libère en tuant son hôte, puis massacre tout ce qui passe à sa portée. 

Je sais, la description qui précède était probablement inutile, mais... ce n'est pas la créature de Giger. C'était l'un des points les plus troublants du film Prometheus, qui justifiait sans doute le fait que le titre ne contenait pas le nom de la saga! Et d'ailleurs, le premier titre de travail de ce nouveau film était Prometheus 2... Justement, le film va éclaircir sur un certain nombre de points le lien entre Prometheus et Alien, en montrant le cheminement de ces aliens différents de ceux qu'on a connus depuis 1979, et la créature "finie". En installant une barrière à mon humble avis infranchissable entre Alien (Ridley Scott, 1979), et Aliens (James Cameron, 1985). Ca ne colle plus... Pour faire court, une réplique de David m'a mis la puce à l'oreille: "Ils sont en attente de mère"... Les aliens de ce film, des xénomorphes parfaitement formés, n'ont pas besoin de la "mère", ou de la "reine", cette créature imaginée par les concepteurs du film de Cameron, et qui était déjà incompatible avec certaines scènes contenues dans une première version abandonnée (Mais tournée, et même montrée dans une édition spéciale sortie en 2005 sur un DVD) du film de 1979. Est-ce à dire que Ridley Scott, revenu sur la franchise qu'il a créé en 1979, a décidé d'effacer les trois films qui suivront, et leur mythologie? Ce faisant il met aussi à mal le sien aussi.

Pourquoi pas? Ce n'est que du cinéma...

Et le film, comme Prometheus, parle de création, et on revient justement à la création de la créature, littéralement. Voulue, planifiée, orchestrée comme on crée un film. Une mise en abyme, donc, qui s'amuse même à égrener ça et là des allusions au film fondateur, non seulement dans sa structure mais aussi de façon plus explicite: des citations de la musique de Jerry Goldsmith, le petit oiseau en plastique qui orne la cuisine, et des dessins de Giger retrouvés dans les affaires de David. Mais si vous voulez mon avis, l'ingénieur Scott s'amuse aussi beaucoup à dézinguer toute tentation de sérieux derrière tout ça, tout en se choisissant une cible imposante: le Créateur avec un grand C! En voyant Peter Weyland qui frissonne de plaisir en observant la créature parfaite (et si blonde) interpréter du Wagner au piano, avec ce David qui contemple la providentielle arrivée d'humains qui vont enfin l'aider (malgré eux) à accomplir un projet démesuré, l'acte de création est ici moqué, et je pense qu'il faut pour y prendre tout le plaisir prévu, une bonne dose d'humour pour apprécier ce film. Ce n'est pas une critique en soi, loin de là...

Sinon, Scott s'est amusé, et a fait ce qu'il sait si bien faire: construire des univers jusque dans leurs moindres recoins, puis mis des gens en danger en faisant monter graduellement la sauce du suspense, dégagé les personnages inutiles, isolé celle qu'on doit suivre, bref. Le film est 2017-compatible, c'est à dire qu'il va vite (Très, trop vite même parfois), qu'il frappe fort, et qu'il doit apparaître à son consommateur moyen comme un produit de consommation courante... Mais il est un peu plus, donc. Si je pense que c'est une erreur de vouloir donner aux fans de la franchise des solutions qui n'auront pour seul effet que de rendre caduques les merveilleuses questions sans réponse qui font justement le sel du premier film, au moins Scott se réaffirme-t-il en créateur en chef de ces histoires de bestiole qui fait peur, en s'amusant comme il ne l'avait encore jamais fait, à explorer toutes les combinaisons de scènes terrifiantes: dans un champ de blé, sur une planète, et dans une douche. Bref, il s'amuse. Et nous aussi, alors... Peu importe finalement que ce nouveau film ne puisse nous fournir qu'une fraction du plaisir du premier film, qui reste et restera longtemps ce qu'il est.

 

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Published by François Massarelli - dans Ridley Scott Science-fiction
5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 19:10

Après le grand bruit généré par la sortie de ce film au printemps 2014, on constate quand même que tout ça pour ça... Qu'il est loin le temps où Singer faisait oeuvre de révolutionnaire en osant prendre de front le mythe aussi plastique que thématique des X-men, les rebelles et résistants en skaï jaune fluo, et redonnait des lettres de noblesse à une saga de super-héros au premier degré. Il fait écho à son premier film ici avec un début qui rappelle l'allusion aux camps d'extermination, pour tomber ensuite dans le tout-venant: des effets spéciaux, des voyages dans le temps et des mutants qui ne servent pas à grand chose, si ce n'est à apparaitre deux minutes voire moins, faire leur show, et puis s'en vont. La concurrence musclée avec les autres Marvel (Ceux sui sont sous l'écurie Disney) tourne au ridicule, mais de toute façon, en matière de scénario bien ficelé, de personnages qui flirtent avec le second degré et même, pardon Bryan, de mise en scène (Il baisse le gamin, il commence à ressembler à Luc Besson), la lutte est inégale. Singer en fait trop, ou pas assez, son premier degré finit par virer au ridicule, et encore une fois, Hugh Jackman est caricatural. C'est dommage, mais décidément X-Men, c'est gentil, mais on ne fera sans doute pas mieux que X2 (Singer) et First class (De Matthew Vaughn, le jeune prodige qui monte)... 

Et puis l'intrigue avec voyage dans le temps dans laquelle tout est bien propre, bien rangé, c'est pas bien ça: un film avec voyage dans le temps, c'est fait pour donner mal à la tête! Pour compliquer le tout mais pas le paradoxe temporel hélas, Singer, qui a si souvent dit qu'il ne ferait jamais de director's cut, vient d'ajouter une nouvelle version, pas beaucoup plus convaincante, à ce qui reste un film de transition. Un peu plus de liberté, certaines scènes incontournables (La scène mythique dans la cuisine, par exemple) et bien sur les moments hautement ridicules durant lesquels Halle Berry, en pose super-héros, déclenche la tempête de la mort qui tue... Basiquement, c'est le même film. Bon, on l'aura sans doute assez vite oublié, hein!

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction