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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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15 mai 2017 1 15 /05 /mai /2017 11:59

Tout à une fin, dit-on souvent. On est tenté, devant ce film qui nous prend par surprise par la nostalgie et même par l'embarras, de dire aussi que tout a un début. On assiste, avec ce film qui était à l'origine à peine plus qu'un modeste divertissement de samedi soir dans l'esprit de ceux qui l'ont promu, à la naissance d'un mythe, d'une saga cinématographique et d'un cinéaste. Concernant ce dernier, James Cameron, il convient sans doute de rappeler qu'il est dans le circuit depuis quelques années au moment ou ce film sort, ayant assisté John carpenter (New York 1997) et même tourné un long métrage pour la galaxie Corman (Le très embarrassant Piranhas 2, the last spawn). Bref, il a fait ses classes... Mais The terminator, c'est son premier film personnel, imaginé, écrit et dirigé par lui.

Faut-il raconter l'histoire? The Terminator nous explique omment un jour de 1985, un cyborg venu du futur, très rapidement suivi par un homme, son ennemi, se mettent dans le LA de qui est le passé pour eux, à chercher Sarah Connor, la future mère du futur chef de la résistance aux robots, l'un pour la tuer (Et empêcher toute rebellion par voie de conséquence), et l'autre pour l aprévenir, la protéger, voire la sauver au péril de sa vie. et plus si affinités... Le robot, c'est un Terminator, une machine qui a tout de l'humain sauf les sentiments et la fragilité (Arnold Schwarzenegger), et c'est le mythe qui naît dans ce film, que cameron fera fructifier et rendra définitivement immortel avec un autre film... Mais n'anticipons pas.

L'histoire est simplissime, réellement, sans autre enjeu que la survie basique, pure et dure, de son héroïne, qui doit à la fois courir, survivre et apprendre à vivre avec la menace permanente qui pèse sur elle, alors qu'elle n'est pour rien dans ce que lui reproche cette société du futur qui se dessine. mais le film est décidément du Cameron typique, à savoir qu'il s'agit pour le metteur en scène d'explorer l'interpénétration de deux mondes situés à deux époques différentes, en se situant à leur point d'impact exact: la tentative d'imposer une colonie dans l'espace (Aliens), la rencontre sous-marine du troisième type (The Abyss), et l'aventure du Titanic ne seront pas autre chose. Mais il y a aussi une thématique souvent présente, le metteur en scène étant fasciné par les machines comme étant une extension de l'humain. Le Terminator, mais ausi les armes et tous les procédés de survie au jour le jour manipulés par Kyle Reese (Bill Paxton) en montrent des exemples.

Maintenant, j'avais parlé d'embarras au début: il faut qund même reconnaître qu'en choisissant de montrer sarah Connor en jeune femme bien d eson temps, le metteur en scène n'a pas eu le nez creux... On a donc droit à l'esthétique dégueulasse, la mode infecte, la musique vomitive et surtout, surtout, la coiffure caniche de Linda Hamilton.

...Ouch!

Mais que cela ne nous fasse pas bouder notre plaisir devant ce qui reste une aventure très efficace, qui n'a sans doute pas coûté grand chose, mais qui fait son petit effet...

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Published by François Massarelli - dans James Cameron Science-fiction
13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 09:54

Le docteur Louise Banks, linguiste de renom, est un personnage solitaire; elle enseigne à l'université et vit isolée dans une volonté évidente de repli sur elle-même... Au début du film, on nous montre le plus grand drame de sa vie: comment sa fille, qu'elle a fini par élever seule, a souffert d'un cancer inopérable, et comment elle l'a accompagnée jusqu'à la mort. Mais l'intrigue principale de Arrival reste bien sûr ce qui se passe à partir du moment où Louise Banks, aux côtés du scientifique Ian Donnelly, est appelée par l'armée Américaine pour participer à une aventure hors du commun que vit désormais l'humanité entière: 12 vaisseaux extra-terrestres se sont en effet installés sur terre, à douze endroits différents, et elle doit entrer en contact avec ceux qui sont stationnés dans le Montana, pour décoder leur langage et entrer en communication avec eux... Mais surtout, elle doit permettre à son gouvernement de faire le bon choix: l'arrivée des extra-terrestres est-elle invasion ou visite de courtoisie? Faut-il répondre militairement ou diplomatiquement?

C'est elle, interprétée par Amy Adams, qui est le personnage central d'un nouveau film de Denis Villeneuve, qui comme souvent nous manipule en nous faisant intervenir contre notre gré dans sa mise en scène... Et cette fois-ci, c'est à la science-fiction qu'il fait appel, pour une intrigue qui sonde deux aspects de l'humanité: le pouvoir du langage (Pas celui de la communication) d'une part, et le choix d'un humain d'autre part. Ce dernier thème est déjà au coeur de bien des films du réalisateur qui nous a montré des êtres face à plusieurs dilemmes: dans Maelstrom, Polytechnique, Incendies, Prisoners, Enemy, Sicario, invariablement les personnages sont dotés de ce libre-arbitre, et les circonstances du choix deviennent l'enjeu principal du film. Mais dans toutes ces oeuvres, le metteur en scène s'est plu à nous embrouiller, notamment en jouant sur la chronologie... Le meilleur exemple de cette tendance est sans doute Enemy, dont les lectures multiples aujourd'hui n'ont pas encore épuisé son capital d'étrangeté.

Ce sera plus simple avec ce film, qui obéit à certains codes de la science-fiction, en nous laissant en particulier appréhender ce qui est toujours un facteur de frisson inégalable, à savoir une nouvelle confrontation avec une civilisation inconnue, sous l'angle non de la guerre, mais plutôt de la rencontre: plutôt Spielberg, donc, que Michael Bay. De quoi se tourner vers ce film avec toute la bienveillance dont nous pouvons être capable, donc... Même si une fois de plus c'est un leurre... Vous ne croyez quand même pas que ce film nous parle vraiment de la marche à suivre au moment de rencontrer les aliens, non?

Et c'est un professeur de langue qui s'adresse désormais à son lecteur: ce film nous parle donc, en le comparant au pouvoir de la science (certes immense), au pouvoir de la science militaire (trop important si vous voulez mon avis), voire au pouvoir de la diplomatie, du pouvoir du langage tout simplement. Un petit bout de bonne femme tient tête à une junte militaire armée jusqu'aux dents (commandée par Forrest Whitaker, un revenant: il est excellent), à un scientifique un peu railleur et dragueur, qui se moque gentiment de la linguiste timide, avant de tenter de la séduire (Jeremy Renner), puis à l'humanité toute entière. Et celle-ci contient en particulier un général Chinois un peu pressé de la gâchette, et elle va expliquer à tout ce monde qu'avant de précipiter quoi que ce soit, et avant de poser n'importe quelle question, il convient d'établir tout ce qui doit être établi: comment pose-t-on une question? A quoi doit-on la reconnaître? Quels sont les sens de chaque item de la question, et comment puis-je les faire passer, car leur compréhension est indispensable au bon déroulement du message. Elle leur fait donc la leçon: pour communiquer, et avant de tirer dans tous les sens à tort et à travers, il convient d'éduquer au langage, de le rendre aussi limpide que possible, et là seulement on pourra communiquer. Bien évidemment, le temps presse, car non seulement l'armée dans la plupart des pays a la gâchette qui démange, mais les populations sont au bord du chaos devant ce qu'elles considèrent comme un risque majeur: toujours cette peur de l'autre...

Le film sera donc assez statique, entièrement ou presque situé au milieu de ce champ du Montana au-dessus-duquel un vaisseau oblong stationne, comme suspendu, et dans des rencontres passionnantes, entre une linguiste, un scientifique fasciné, des militaires éberlués, et deux extra-terrestres nimbés de brume, que les humains ne vont pas tarder à appeler Abbott et Costello! A ce titre, le film passe par une esthétique à la fois jamais vue, et classique, sans rien forcer en terme de morphologie des aliens, et en les rendant jamais trop visibles, deux règles parfaitement indispensables à mon sens. Donc Arrival se pare d'une poésie de science-fiction qui fait merveille, d'un suspense plutôt bien mené.

...et nous mène, bien sûr, en bateau. Ce que, je le dis et le répète, Villeneuve fait systématiquement, et le fait bien car c'est justement le but de ses films. Mais voyez Arrival, traduit si vous voulez mon avis de manière malencontreuse en "Premier contact". Et là, je ne peux absolument pas en dire plus, surtout que j'en ai déjà, certainement, trop dit.

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Published by François Massarelli - dans Denis Villeneuve Science-fiction
2 avril 2017 7 02 /04 /avril /2017 22:55

1979: une bande d'ados Américains, de vrais nerds, tournent un film en super 8... Et sont témoins d'un accident spectaculaire. Mais ce qu'ils ne savent pas c'est qu'au beau milieu de cet accident, il ont aussi assisté sans le savoir à l'évasion d'un extra-terrestre, qui n'a qu'une envie: rentrer chez lui. Mais l'armée, faite d'uniforme, de mous du cerveau (c'est l'armée, donc pas de surprises de ce côté-là) et d'ordres secrets et fumeux, va tout faire pour que ça tourne à la grosse catastrophe...

Le nom de Spielberg en lettres aussi grosses que celui du réalisateur-scénariste-manitou, c'est une touche d'autant moins subtile que Tonton Steven est partout. Pas en tant que producteur ni réalisateur ou quoi que ce soit, non. Ce film est un "à la manière de" tellement réussi qu'on pardonnerait presque la horde de geeks qui n'y connaissent rien qui vont illico attribuer ce joli film au barde barbu de Cincinnati. Sinon, au-delà, je pense que les trente premières minutes sont le meilleur moment: comme d'habitude, mettez un mystère, c'est magnifique, commencez à l'expliquer, tout le monde s'en fout. Abrams devrait le savoir, il a été impliqué dans Lost, cette gigantesque escroquerie.

Mais là, que voulez-vous, c'est tellement réussi, et le film fait merveille à dérouler avec classe le bon vieux suspense à l'ancienne, avec un art de montrer ET de ne pas montrer: c'est un plaisir. Tout sent la madeleine dans ce film situé en 1979 de A jusqu'à Z, à commencer d'ailleurs par la pulsation si empreinte d'une totale et réjouissante absence de subtilité du batteur Bev Bevan, lançant l'introduction de Don't bring me down de ELO... Le script emprunte intelligemment à E.T. et chacun y retrouvera des souvenirs, des vrais d'une part, et des souvenirs de cinéma d'autre part, dans un film qui donne l'impression d'avoir été intégralement tourné à l'ancienne: le montage, les lumières, le ton des acteurs, la teneur même du dialogue, les préoccupations de ces jeunes gens... C'est diabolique.

Et tous ces gens se comportent d'ailleurs en héros Spielbergiens: ils regardent, et certains d'entre eux voient. Tout passe par le regard et par l'optique dans ce film d'un réalisateur qui a révisé ses classiques (et n'a pas oublié de copier certains défauts optiques de ses films-modèles, comme par exemple cette insistante manie des lumières bleutées à baver, tellement présente qu'Abrams en fait la dernière image de son film...

...Et le grand sujet c'est bien sûr le cinéma, alors avec ces ados qui sont obsédés par le tournage d'une épopée en super 8, et qui vont expérimenter pour de vrai le frisson de capter l'impossible sur leur petite caméra, on est en plein dans une sorte de définition absolue du plaisir cinématographique comme étant un substitut de l'air que l'on respire. 

 

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Published by François Massarelli - dans JJ Abrams Science-fiction
1 février 2017 3 01 /02 /février /2017 19:36

Une jeune Américaine se rend en Angleterre pour visiter la famille, parfaitement déterminée à montrer par un tempérament totalement désagréable à quel point elle est décidée à s'ennuyer. Mais elle se laisse vite aller à la douce vie de ses cousins, dont la mère diplomate n'a plus le temps de s'occuper. Et surtout il y a son cousin Eddie... Mais à l'extérieur, les choses se précipitent, le terrorisme fasciste se manifeste, et la guerre éclate.

Saoirse Ronan habite totalement son personnage d'Américaine paumée qui fait le bon choix (Rester en Angleterre) au mauvais moment (C'est l'état d'urgence, et les militaires se comportent comme des militaires, soit ils régentent, brutalisent et massacrent). Elle y est admirable, et le film, fait d'urgence post-apocalyptique matinée de poésie bucolique (Si, si...), est de ceux qui vous restent longtemps dans la tête. Et pourtant ce n'était pas gagné: trois films en un, réellement; un conte de science-fiction noir, très réussi. Une histoire d'exaltation amoureuse adolescente, ce qui peut tout donner y compris le pire. Et un conte philosophique qui prend acte du rite de passage très particulier qui va changer Daisy en une femme.

Et le film ne prend surtout pas de gants, n'invente pas de raisons ni d'excuse à la violence, ne rationalise pas à outrance... Et on y tue des chiens et des enfants. Pas de gants, je vous dis, dans ce conte d'anticipation en noir et rose...

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction
28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 09:34

En 1985, Joe Dante faisait confiance à son cinquième long métrage pour l'installer définitivement parmi les metteurs en scène qui comptent. Du moins pendant le tournage. C'était sans compter sur, comment va-t-on appeler ça? La poisse? La malédiction? Quoi qu'il en soit, c'était sans compter sur le studio qui s'apprêtait à le sortir, pour les fêtes pensait Dante, mais en fait en été. le tournage n'était pas fini, les scènes à effets spéciaux n'avaient pas été finalisées, et la fin n'était même pas décidée. Le résultat est un naufrage...

Ben (Ethan Hawke) et ses copains Wolfgang (River Phoenix) et Darren (Jason Presson) sont des pré-ados assez typique de ce qu'on trouve dans un film de Dante: des jeunes mal assurés, victimes des railleries des néandertals qui les entourent, et laissés à des parents qui les négligent (Ben), les battent (Darren), ou sont tout simplement complètement à l'ouest (Wolfgang). Mais Ben a reçu, en rêve, des instructions mystérieuses pour pouvoir aller à la rencontre... des extra-terrestres. Et comme ils n'ont rien de mieux à faire, ils se mettent au travail.

Ouch! Une fois passées les premières quarante minutes, qui sont du pur Joe Dante (Description amusée d'une banlieue modeste, établissement de la différence entre Ben et ses copains d'une part, qui sont fans de cinéma et de cartoons classiques évidemment, et les débiles qui les entourent (Comme le dit un gamin: "J'aime pas les livres, j'aime pas l'école"), l'histoire devient du grand n'importe quoi. La rencontre avec les extra-terrestres a bien lieu, mais elle a l'air tellement amateur qu'elle est embarrassante et insupportable à regarder... D'autant qu'elle est longue et redondante. Dante assurait que dans tout ce qui a été coupé il y aurait le coeur du film, ce qui est toujours facile à dire une fois que le mal est fait, mais tel qu'il est, le film et surtout son dernier tiers, sont tellement embarrassants, qu'on ne demande qu'à le croire! reste que les ados vont rencontrer des extra-terrestres qui sont en fait... des ados. Et que la menace qui pèse sur eux et qui a motivé leur appel au secours, c'était bien sur leurs parents. Le monde est petit...

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction Joe Dante
25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 17:38

1893: Herbert G. Wells (Malcolm McDowell) a enfin réalisé son rêve; après avoir fait le mercenaire en plaçant des articles et éditoriaux un peu racoleurs dans plusieurs journaux, il a pu financer la réalisation de sa machine à voyager dans le temps. Et il a invité un groupe de ses amis scientifiques, intellectuels et médecins afin de leur faire part de son invention... L'un d'entre eux, le docteur John L. Stevenson (David Warner) arrive un peu tard: et pour cause, il vient d'assassiner une prostituée, une vieille habitude qui l'avait beaucoup amusé à l'hiver 1888, mais qui lui était pourtant passée. Lorsque la police, sur les traces du meurtrier, arrive sur les lieux, qu'on trouve toutes les preuves de son acte dans sa trousse de médecin, Stevenson a disparu...

Wells comprend qu'il est parti dans le temps, et se précipite à son tour... pour arriver à San Francisco en 1979, dans une exposition consacrée à l'univers de H. G. Wells dans laquelle la machine est justement l'une des attractions majeures. Décalé, déboussolé, Wells va vite pouvoir compter sur l'aide d'Amy Robbins (Mary Steenburgen), une jeune Américaine délurée, pendant que les meurtres de prostituées vont se multiplier à San Francisco...

Sorti à la toute fin des années 70, ce film inattendu d'un auteur-réalisateur qui n'a pas forcément fait beaucoup de vagues dans sa vie, est plus qu'un ovni. Avec son scénario qui entremêle adroitement et avec humour Jack l'éventreur et H. G. Wells, suspense et voyage dans le temps, l'époque Victorienne et le San Francisco qui avait vécu la libéralisation et la révolution sexuelle, le film anticipe avec bonheur sur la production des années 80 dans son extravagance, cachée derrière les Indiana Jones, ou les autres productions de Spielberg, Young Sherlock Holmes en tête... nous sommes donc face à un mini-classique!

Le décalage entre le Victorien malgré lui Wells (McDowell est un immense acteur, ce n'est pas nouveau, mais ici il est formidable dans le rôle du Candide), qui dans le Londres de son époque professe le socialisme, l'utopie et l'amour libre, mais se choque vite du comportement très rentre-dedans de la belle Amy, l'arrivée de Jack L'Eventreur qui explique à son ex-ami en lui montrant la télévision (drames, guerres, enlèvements, massacres) qu'il est désormais dans un monde taillé pour son génie criminel, la confrontation aussi d'un homme à sa propre mortalité (Wells arrive dans un musée qui lui est consacré, et peut voir autour de lui toute son oeuvre qui lui est encore étrangère), le film fourmille d'idées et adopte une narration à hauteur d'homme perdu, en montrant constamment la façon dont Wells n'a pas les clés pour comprendre ce monde. C'est drôle, mais pas que, c'est aussi à bien des égards une certaine forme de conte de fées. Et on passe, définitivement, un bon moment...

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction Comédie
24 septembre 2016 6 24 /09 /septembre /2016 09:33

Continuant de révolutionner discrètement mais en profondeur le canon de la science-fiction dite 'intelligente', les Britanniques vous sortent parfois des pépites inattendues qui se voient et se revoient avec plaisir: il y a deux ans, Under the skin, de Jonathan Glazer, et puis en 2015, cette petite merveille. Un sujet est commun aux deux films: qu'est-ce que l'humain? Et la façon d'évaluer est la même dans les deux: la séduction, la sensualité et la nudité (Ainsi que l'attirance qui en découle) jouent un rôle déterminant.

Ex machina conte l'expérience à laquelle se prête un analyste informatique, Caleb (Domnhall Gleeson), engagé officiellement par un ingénieur génial, Nathan (Oscar Isaac) pour évaluer l'intelligence artificielle d'un androïde, une jeune 'robote' très séduisante qui répond au doux nom d'Ava (Alicia Vikander), et qui va d'emblée (Elle est programmée pour ça, d'une certaine façon) jouer avec lui le jeu de la séduction. Dans un huis clos dévastateur, Ava, son interlocuteur, son créateur et une mystérieuse jeune femme d'origine Japonaise nous entraînent dans une intrigue de chat et de souris particulièrement relevée, et montée avec une délicieuse lenteur.

D'une part, le film cède de façon plus que satisfaisante aux règles imposées par la rencontre de l'homo erectus et de l'homo robotus, avec les développements les plus intéressants qui soient: entre Nathan, créateur surdoué mais à l'égo surdimensionné, Caleb le gentil Candide qui développe des sentiments de plus en plus troubles à l'égard de la créature face à lui, et Ava l'androïde à la grâce sensible, mais donc chaque geste de ballerine semble cacher des desseins moins attendus que ceux d'une machine, qui manipule qui?

Et d'autre part, bien sûr Ex Machina brasse un nombre gourmand de thèmes, de la créationnite aigüe dont souffrent tant de scientifiques, au désir de la tour d'ivoire, de la place de l'homme sur l'échiquier métaphysique, à la nouvelle donne technologique de nos années trop évoluées... Et le film est traité en huis-clos, sous la forme d'un mystère qui va engloutir aussi bien les spectateurs que les protagonistes... Les trois acteurs principaux sont formidables mais Alicia Vikander, dans un costume virtuel réduit à sa plus simple expression, est tout bonnement extraordinaire.

 

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction Alex Garland
18 septembre 2016 7 18 /09 /septembre /2016 18:28

Arthur Hamilton, engoncé dans une routine qui le tue à petit feu, reçoit d'étranges appels d'un homme qui prétend être un ami mort... Il lui annonce qu'il peut comme lui, disparaître du monde et renaître, un nouvel humain qui pourra entièrement refaire sa vie à l'abri de son passé. Après beaucoup d'hésitations, Arthur va se laisser tenter, et bien sur... tomber dans un piège terrifiant.

C'est en plein coeur des sixties (Dont le joyeux laisser-aller se retrouve dans une scène de bacchanale délirante qu'on n'attend pas dans un film Paramount, fut-il de 1966) que Frankenheimer s'est pu à évoquer la paranoïa de l'humanité plutôt que son avenir. Pour lui, la technologie n'st pas une solution, mais ce qui va nous piéger et nous enfermer, on le voit ici avec une entreprise qui emprunte à la chirurgie esthétique sa sophistication la plus extrême, mais le fait dans une atmosphère de secret et de dissimulation criminelle...

Frankenheimer avait vu des films européens, dont la modernité l'avait manifestement inspiré: il y a du Bergman, de l'Antonioni et du Resnais (Voire du Fellini) dans l'étrange dispositif de ce film dont la structure est pourtant fortement linéaire. Les jeux de points de vue déstabilisent le spectateur, autant que le personnage impliqué dans cette expérience de changement d'identité, où le héros devient littéralement quelqu'un d'autre, pour finir par se rendre compte que même en choisissant une nouvelle vie, il finira toujours par aboutir à la même aliénation. Et ça, c'est une interrogation très Américaine, en ces années 60 qui sont définitivement celles du doute. Un film désespérant, mais essentiel... Le rôle peut-être le plus significatif de Rock Hudson, qui interprète le "nouveau" Arthur Hamilton.

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction
3 septembre 2016 6 03 /09 /septembre /2016 17:01

Dans une station près du pôle Nord, une équipe scientifique est confrontée à un phénomène inattendu: un vaisseau volant non identifié s'est écrasé sur la banquise, il faut aller l'étudier... Justement, un avion militaire vient de se poser sur la base, et parmi ses occupants, figure un journaliste. Durant la reconnaissance, le vaisseau est perdu, mais les occupants de la base récupèrent le corps d'un des "aliens" dans un bloc de glace, et le ramènent à la station... c'est une erreur fatale, et scientifiques d'un côté, militaires de l'autre, vont se déchirer autour de "la chose", qui en dépit de la température, est bien vivante... Et passablement remontée.

Regarder ce film, c'est assister à la naissance de tout un genre. Le style qui est en oeuvre est un mélange subtil et très efficace de suspense savamment distillé, de scènes de la vie quotidienne des gens qui sont coincés sur les glaces, par des températures inhumaines, mais qui gardent leur humour, leur chaleur humaine aussi, et leur faculté, surtout, à faire leur travail. Et l'excellente idée du film, est d'avoir évité une surexposition du fantastique, et d'avoir privilégié une approche austère, qui retarde les effets et les transforme en des fulgurances. Ne détournez pas votre attention, ou vous allez rater l'apparition de la créature! ...C'est d'ailleurs l'un des aspects les plus décevants du film: l'extra-terrestre de ce film ne ressemble pas à autre chose qu'à un cascadeur maquillé dans un costume d'explorateur intergalactique à la mode 1951! Heureusement qu'on le voit peu, finalement.

Le film se nourrit d'une thématique classique dans les films dits d'action, à savoir le conflit entre la science et l'armée, entre protection aveugle de la population, et soif d'explorer. Le personnage qui illustre le parti-pris évident de la production est le docteur Carrington, qui est le principal responsable de la mission scientifique. C'est lui qui va se passionner pour "la chose", et découvrir en particulier son mode de fonctionnement, sa nature et le danger qu'il représente, mais aussi et surtout la supériorité de son mode de vie littéralement végétal. Et Carrington, oubliant toute compassion pour l'humanité, va se muer en un admirateur forcené de la bestiole, et tout faire pour l'étudier, quitte à l'aider dans ses noirs desseins. Et pire, à un moment crucial, il va se rendre coupable d'une certaine forme de traîtrise: il va essayer de pactiser avec l'envahisseur, bref: c'est non seulement un intellectuel, c'est aussi un pacifiste. Le film adopte par contre le point de vue du militaire de base: tu ne connais pas, tu flingues.

Et c'est là que décidément, le film n'en finit pas de rejoindre l'univers de Howard Hawks. On assiste tout d'abord à la vie à la dure d'un groupe humain dominé par les hommes (Deux femmes seulement, assistantes des scientifiques, et l'une d'entre elles sert le café... Pourtant cette dernière, interprétée par Margaret Sheridan, est une héroïne Hawksienne en diable, rompue à cette vie masculine, et qui a le verbe haut), qui sont tous des professionnels. Mais si c'est vrai aussi des scientifiques, les "crânes d'oeuf", leur professionnalisme ne les excuse jamais de s'être trop éloignés des réalités, et dans le cas du docteur Carrington (Robert Cornthwaite), non seulement il met tout le monde en danger, en allant jusqu'à proposer le sacrifice de tous les humains de la base afin de permettre à une créature évoluée de vivre, mais il est doté d'une froideur, d'une admiration contre-nature pour cette bestiole privée d'émotions et de passions, qui sont bien anti-Américaines. Suivez mon regard, comme dirait l'autre: le Dr Carrington ne porte-t-il pas une chapka? Quant à la presse, incarné par un journaliste venu sur la base presque par hasard, il lui est légitime de râler en permanence qu'on l'empêche de faire son travail, mais il est félicité lorsqu'il envoie un article dans lequel il fait des "petits arrangements avec la vérité", pour le bien commun. Enfin, toujours pour rester dans l'univers du réalisateur de Rio Bravo, le relatif huis-clos montre un groupe attaqué de l'extérieur et qui trouve en ses ressources professionnelles le moyen de répliquer à une menace. Ca rappelle décidément des souvenirs...

Tout aussi Hawksien, est le mode de mise en scène qui privilégie des plans efficaces, un découpage linéaire, un cadrage à hauteur d'hommes, une diction rapide, des conversations sur un débit mitraillettes, et rendues encore plus naturelles par le fait que tout le monde parle les uns par-dessus les autres... Alors on en vient à l'inévitable question qui hante le film: Nyby (Seul crédité au générique), ou Hawks (Qui a toujours mollement démenti avoir réalisé le film, avec une certaine ambiguïté quand même)? Peu importe après tout: Nyby et Hawks étaient tous les deux sur le plateau et Hawks surveillait de près sa production, donc...

La naissance d'un style et d'un genre, disais-je... C'est aussi, avec ce film classique dépourvu de stars et qui adopte l'économie et l'efficacité de la série B, la naissance d'un amalgame qui allait faire les beaux jours d'un certain cinéma fantastique: car lorsque le journaliste Scotty (Douglas Spencer), à la fin, envoie enfin un message à l'extérieur, après avoir tant attendu pour faire profiter les autres humains de l'extraordinaire découverte qui vient d'avoir lieu, et de l'aventure qui a suivi, il leur demande instamment de ne jamais négliger de "regarder le ciel". Bref, de faire attention! Pendant toute la décennie, le cinéma de Science-fiction épousera avec conviction, et une redoutable efficacité, le point de vue américain de la guerre froide...

The thing from another world (Christian Nyby, Howard Hawks, 1951)
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Published by François Massarelli - dans Howard Hawks Science-fiction
30 juillet 2016 6 30 /07 /juillet /2016 21:33

Le film-d'hopital-psychiatrique-avec-un-patient-différent-qui-change-le-monde-parce-qu'il-a-une-perception-nouvelle-malgré-sa-folie est un genre à part entière, qui croule sous les clichés. Voir un de ces films, c'est bien sur s'engager dans une voie balisée par trop d'académisme, et par des numéros d'acteurs qui visent les Oscars de façons tellement évidente que c'en est lassant.

Ceci dit, et si on admet que ce petit film tombé sitôt sa sortie dans les poubelles de l'histoire fait bien partie de cette catégorie sus-mentionnée, des efforts rigolos ont été commis, notamment un clin d'oeil forcément conscient, dans le choix des interprètes. Si Kevin Spacey est forcément le cas psychiatrique qui prétend venir d'une autre planète ("KPax"), Jeff Bridges incarne le psy qui va s'intéresser à lui, découvrir une histoire enfouie, et résoudre le cas de son patient, d'un point de vue terrien, s'entend. Le clin d'oeil est évidemment à Starman, de John carpenter, dans lequel Jeff Bridges était un alien, venu sur terre et forcément incompris, jugé fou par son entourage. L'inversion permet d'engendrer le doute: et si cet homme qui se prétend un extra-terrestre était vraiment ce qu'il affirme être?

Mais le réalisateur, qui aurait pu s'arrêter à ce petit grain de sable, a trop chargé la barque, plaçant systématiquement sa mise en scène du point de vue de ceux qui croient, faisant automatiquement de ceux qui tentent de rationaliser des imbéciles. et faire de Jeffrey "Lebowski" Bridges, a.k.a. "The Dude" un imbécile, ça il ne faut pas faire. Il est de toutes façons bon, dans le role étouffant du psy qui refuse la vérité; Spacey, bon, c'est Spacey: il jouerait Léon le bourdon, il serait bon quand même.

Sympathique, certes, mais trop de bons sentiments tue les bons sentiments.

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Published by François Massarelli - dans le coin du bizarre Science-fiction