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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 17:00

...Ou comment aller totalement contre la politique des auteurs! Avec ce film, on est au coeur de la machinerie de la Metro-Goldwyn-Mayer des années 50, avec un réalisateur qui était essentiellement spécialisé dans le tout venant (Des séries B, des "Lassie", etc) de la firme, et une équipe dans laquelle chaque artisan, chaque technicien était entièrement investi dans le projet, derrière Wilcox, mais aussi derrière les décorateurs, menés par Arthur Lonergan, l'armée de scénaristes de la MGM dirigée cette fois par Cyril Hume... Le tout débouche sur un film d'une remarquable portée, à la fois sorte de trace ultime de la science-fiction des années 50, donc démodée sitôt passé un délai de cinq ans, et film intemporel et unique, une série B gonflée par l'astuce et le savoir-faire de ses techniciens en un produit de luxe, avec sa photo en couleurs et son Cinémascope des grands jours, dus à la patte du chef-opérateur George Folsey. Pour couronner le tout, et ajouter à l'étrangeté du projet, il n'y a pas de musique; mais plutôt des bruitages électroniques d'ambiance, qui jouent exactement le rôle qu'aurait joué une partition classique, et qui sont désormais indissociables du film et de son atmosphère.

Un vaisseau spatial terrien vogue vers une lointaine galaxie, à la recherche d'une expédition scientifique qui se serait abîmée vingt ans auparavant, à proximité d'une planète hospitalière appelée Altair 4. Au moment d'arriver à destination, les hommes de l'équipage (il s'agit essentiellement d'une mission militaire) ont la surprise d'entendre à la radio la voix du Dr Edward Morbius, un des scientifiques du Bellérophon, le vaisseau de l'expédition perdue, leur dire avec une certaine autorité de s'éloigner et de rentrer sur terre. Ils n'en font rien, et vont vite découvrir la retraite de Morbius, l'unique survivant retranché en naufragé volontaire sur la planète où il s'est trouvé comme en un paradis, étudiant depuis vingt ans les traces éparses mais fascinantes d'une civilisation disparue, les Krells, tâchant de comprendre de quelle façon ces êtres infiniment supérieurs aux terriens avaient pu s'auto-détruire alors que leur vie entière était une recherche de la connaissance, de la science et de la pureté pacifique... Les militaires vont aussi faire la connaissance de Robbie, le robot le plus perfectionné qui soit, mais surtout d'Altaira, la jeune fille née des amours de Morbius et d'une autre scientifique du Béllérophon... Mais tous ces humains sont ils les seuls êtres sur cette planète lointaine? Bien des événements vont contredire cette hypothèse.

D'un côté, avec Leslie Nielsen en maître de cérémonie, les soldats (Qui viennent au nom d'une alliance des nations belle utopie!) se rendent sur une autre planète avec l'innocence des ignorants, et face à eux, Morbius (Walter Pidgeon) est un home doté à l'origine d'un Q.I. hors concours, et qui a trouvé dans ses recherches autour de la civilisation Krell une source de nouvelles connaissances inépuisables. Son intelligence est sans limites, et il ne le sait pas encore. Le film joue beaucoup de la prestance et de la séduction naturelle de Pidgeon pour installer une forte ambiguïté: quelle part joue-t-il dans les étranges attentats dont sont victimes les terriens, dans leur vaisseau, puis des meurtres barbares dont sont victimes certains d'entre eux? Quelle part la technologie Krell, magnifiquement conservée car dotée de toute une machinerie interne d'auto-entretien et d'auto-alimentation, joue-t-elle dans le mystère? Ce sont là certaines des questions passionnantes et aussi un peu délirantes auquel ce film à la rigueur sciencefictionnelle typique des années 50 se charge de répondre... Tout en empruntant à Shakespeare et à The tempest, tant qu'à faire!

...Mais si on aime vraiment l'idée d'un film dont la trame se situe autour justement de l'absence, de l'invisible aussi, de l'insaisissable enfin (Mais qui est ce montre, et d'ailleurs, existe-t-il?), il n'en reste pas moins que le grand plaisir du film dérive essentiellement de cette science-fiction codifiée, du message d'humilité face à une science qui voudrait en savoir trop et ignorerait la nature même de l'humanité dans sa beauté ET sa laideur (Le monstre d'un côté, la jolie Altaira, jouée par la jolie Anne Francis, de l'autre, sont après tout deux faces d'un seul et même être, et rassurez-vous si vous n'avez pas encore vu le film, je n'ai malgré tout pas tout dit), dans ses décors superbes, son Cinémascope utilisé à fond, ses animations surannées (Dues à des équipes venues de chez Disney) et dans ses ridicules vaguement assumés. Série B de grande classe, ou film cosmique et grandiose déguisé en produit de grande consommation, qu'importe: c'est un classique.

Forbidden planet (Fred McLeod Wilcox, 1956)
Forbidden planet (Fred McLeod Wilcox, 1956)
Forbidden planet (Fred McLeod Wilcox, 1956)
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Published by François Massarelli - dans Science-fiction Shakespeare
29 octobre 2015 4 29 /10 /octobre /2015 17:05
Ouvre les yeux (Alejandro Amenabar, 1997)

Ce film est décidément bien curieux. Il est à la fois un gadget sans nom, un de ces films entièrement basés sur un coup de théâtre qui a tout de la tricherie, ce qui explique qu'un réalisateur de films de mauvais gout s'y soit attaché au point d'en faire un fort vomitif remake (Vanilla Sky, l'un des plus mauvais rôles de Tom Cruise, ce qui vous donne une idée de l'insondable) et en même temps un film totalement en phase avec la thématique de son auteur, celui-ci ayant sauvé le tout du naufrage par quelques bonnes idées... et par de véritables provocations. L'intrigue est irracontable, d'autant qu'il est délicat de ne pas en dévoiler les contours.

Pour résumer toutefois, sachez que Cesar (Eduardo Noriega) est un jeune homme tout ce qu'il y a de riche, qui a tout: le luxe, la beauté, les femmes, et un penchant pour la solitude. Jusqu'au jour où il rencontre Sofia (Penelope Cruz). Il tombe amoureux, mais ne profitera pas très longtemps de la félicité du coup de foudre, puisque le même jour il est victime d'un accident de voiture provoqué par une femme jalouse, Nuria (Najwa Nimri). si cette dernière y restera, Cesar survit mais il est affreusement défiguré. C'est pour lui la fin de la période dorée: Sofia l'évite... Jusqu'au moment ou elle revient vers lui et le soutient dans son nouvel espoir: Cesar va expérimenter un miracle de chirurgie... Mais il va aussi avoir des visions, de la confusion mentale, et ça va mal finir... ou pas.

Disons que le film est bien une oeuvre d'Amenabar, on voit son penchant pour une mise en scène qui inclut le contrôle absolu du spectateur. Le script, bien que basé sur une intrigue qui est rendue logique par son pesant d'explications rationnelles au moment adéquat, inclut en particulier l'obsession pour le passage vers la mort, un thème récurrent dans les cinq premiers longs métrages du metteur en scène. On regrette bien sur de ne pas pouvoir aimer le personnage principal, un goujat particulièrement imbu de lui-même, mais le film possède suffisamment de péripéties pour que son parcours lui soit au moins désagréable... Et Amenabar, on ne doit pas l'oublier, possède un humour vachard qui se manifeste ici aux moments les plus inattendus. Il en fallait pour faire passer la pilule de l'intrigue d'ailleurs. Pour en savoir plus... voyez le film.

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Published by François Massarelli - dans Alejandro Amenabar Espagne Science-fiction
29 octobre 2015 4 29 /10 /octobre /2015 09:46
E. T. the extra-terrestrial (Steven Spielberg, 1982)

Une famille désemparée, un alien mais pas du genre à vous bouffer tout cru, un suspense lié à la présence d'ombres inquiétantes mais qui s'avèrent en réalité être des humains, ce qui ne la rend pas potentiellement moins dangereux, tout est finalement en place pour que Spielberg nous donne à voir un film qui va asseoir définitivement son style et son univers. Je ne reviens pas sur l'intrigue, à la fois simple et riche, et globalement parfaitement structurée: elle est suffisamment connue pour qu'on n'ait pas besoin d'y revenir. Disons toutefois qu'elle est sans doute ce qui pêche le plus aujourd'hui à revoir le film: on y voit, surtout dans la dernière partie (Après la révélation de la condition critique de l'extra-terrestre, et l'intervention des forces spéciales), la volonté de rendre le film aussi prenant pour le jeune public, dans une Disneyisation qui est parfois gênante. Peu importe, Spielberg a montré dans le reste sa maîtrise indéniable, en un prologue muet parfaitement construit, qui installe de façon plus que convaincante toute la démarche: c'est du point de vue de ce petit alien que nous allons voir sa fuite vers le quartier ou habite son futur ami Elliott, et du cou on n'aura pas besoin de trop nous guider pour que nous aussi nous voyions ces êtres humains qui sont à sa recherche comme de sérieux dangers...

La mise en scène de Spielberg, post-Close encounters est bien sur portée vers le regard, qui reste le principal axe de sa narration, mais il a su tirer de son évocation mystérieuse des aliens un art de la lumière qui était nouveau dans son cinéma. Lui qui avait su trouver le moyen de montrer de façon frontale et provocante, s'échine désormais à suggérer, ou du moins à délayer au maximum sa révélation. Ce faisant, il utilise donc la lumière, avec ou sans source visible, pour construire son suspense dans des plans à couper le souffle: l'anecdote de la cabane dans laquelle le petit être venu d'ailleurs se réfugie, qui va être la première rencontre avec Elliott, est à ce niveau remarquable: Elliott va vérifier vers la cabane de jardin ce qui se trame, et il apporte une lampe torche, mais Spielberg nous montre en plan large Elliott comme paralysé par ce qu'il voit, la lampe en main, avec face à lui la cabane étrangement illuminée de l'intérieur. Pour ajouter à la beauté de la scène, la brume et un croissant de lune complètent la composition...

La famille dans laquelle arrive E.T., comme Elliott l'appelle bientôt, est un univers en crise: la maman (Dee Wallace) et ses trois enfants Michael (Robert MacNaughton), Elliott (Henry Thomas) et la petite Gertie (Drew Barrymore) ont en effet à gérer l'absence du papa, parti au Mexique suite à une séparation. La mère de toute évidence, est incapable de tempérer ses enfants, qui mènent leur vie comme ils l'entendent, il suffit de voir l'état de la maison, des chambres dans lesquels les jouets, les objets les plus divers, s'amoncellent, ce qui va paradoxalement permettre aux trois gosses de dissimuler un alien ventripotent pendant quelques jours, sans que la mère ne s'aperçoive de quoi que ce soit... Spielberg sait parfaitement rendre cette impression de vie intérieure phénoménale, due à un manque affectif, et c'est probablement le plus remarquable de la première moitié de ce film; car quelle que soit notre tolérance à la saccharine contenue dans la deuxième moitié, la motivation pour tous ces bons sentiments, est elle au moins assurée... Et le film raconte la lente mais inévitable recomposition de la cellule familiale, comme Close encounters à sa façon, et comme tant d'autres films depuis...

Qu'il ait mérité son succès est une évidence, que le film soit un peu une tricherie de la part d'un metteur en scène qui sait parfaitement ce qu'il fait, et qui sait tout faire, me parait également avéré. On peut l'admettre sans pour autant rejoindre le choeur des pleureuses (La critique Européenne, sans pour autant tomber à bras raccourcis, avait critiqué cet aspect tire-larme du film à sa sortie), tant E.T. apparaît comme un classique sur lequel Spielberg va désormais refonder toute sa carrière. Un film dans lequel il nous rappelle à son univers qu'il va s'efforcer d'élargir de film en film, en laissant par exemple des enfants rouler à vélo dans une zone de banlieue en construction. Il nous fait, à sa façon, le tour du propriétaire dans son propre jardin.

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Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg Science-fiction
15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 16:49

Le scénariste génial de The Truman Show (Peter Weir, 1998), et réalisateur célébré de Gattaca (1997) a bien grandi, et il continue à explorer des voies inédites de la science-fiction, tout en décrivant avec un certain talent notre monde dans toute sa splendeur... Voulez-vous savoir pourquoi vous n'êtes pas riches? Parce qu'il faut bien que certains le soient à votre place. Et si le temps était de l'argent, ce ne serait que bien plus vrai encore. Avec deux nouveaux Bonnie and Clyde qui n'auraient pas besoin de mourir, Niccol renouvelle le cinéma à vocation sociale, et le fait avec des poursuites en voiture! Bien sur il sera assez facile de déceler ce que son cinéma a de fabriqué tant le metteur en scène aime à se reposer sur des gimmicks, et le fait d'ailleurs avec une certaine constance de film en film. Mais lui, contrairement à Nolan, ne se prend pas pour un génie, et utilise un concept simple (Comme le principe du héros de série inconscient de ce qui se passe autour de lui) comme point de départ, sans jamais perdre son public. Sa mise en scène s'attache à des personnages dont le but es clairement identifié, et comme on est dans un cinéma de genre par excellence, le film présente son lot de scènes gratifiantes...

Le concept de In time (Time out selon le titre Français...) est une fois de plus simple et respecté à la lettre dans tous ses développements: dans un futur proche et hypothétique, l'argent a été remplacé par du temps: le corps s'arrête de vieillir à 25 ans, mais une pendule se met en route, qu'il fait alimenter au fur et à mesure, mais si on ne fait rien, l'arrivée à 0 tue immédiatement l'humain... Et certains ont eu les moyens d'accumuler une fortune (Et donc d 'être virtuellement immortels), alors que d'autres vivent le plus souvent avec un crédit d'une heure, et sont habitués à croiser les cadavres de ceux dont l'horloge a fini sa course... Le système est savamment entretenu par les puissants de façon à ce que les zones soient aussi hermétiques que possible, et qu'ils soit toujours lus difficile de changer de classe sociale, pardon, de zone temporelle. C'est ce que va vérifier Will Salas, un jeune homme qui un jour sauve la mise d'un riche oisif qui se promène dans la zone avec une centaine d'années de crédit au compteur, et une folle envie de se suicider: Will se réveille avec une fortune au compteur et les policiers aux trousses, il va alors tenter de passer de l'autre côté.

Le darwinisme est ici repensé en fonction de cette notion de temps, mais le réalisateur dénonce, naïvement ne manqueront pas de dire les uns et les autres mais c'est un conte après tout, une société qui fonctionne selon des règles établies par ceux qui en profiteront le plus... son film peut être vu, bien sur, comme un divertissement, ce qu'il est sans aucun doute, mais il est satisfaisant de voir qu'un cinéaste parle, à sa façon, et avec humour en plus, d'une situation d'inégalité établie, pensée et en apparence immuable, et balance là-dedans deux robins de bois beaux comme des dieux, irréels, et soyons francs, qu'on suivrait jusqu'au bout du monde: Justin Timberlake et Amanda Seyfried. On peut adhérer à ce film rafraîchissant qui nous rappelle que le monde est malade de ses inégalités, ou... aller se faire voir chez les Grecs.

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Published by François Massarelli - dans Andrew Niccol Science-fiction
11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 21:32

THX 1138 (Robert Duvall) et Luh 3417 (Maggie McOmie) sont deux êtres humains à part dans une cité futuriste aussi déshumanisée que possible: ils s'aiment, et sous l'impulsion de Luh qui traffique les dosages de médicaments qui contrôlent normalement les pulsions des gens, vont laisser libre court de la façon la plus naturelle qui soit à leur affection réciproque... Ce qui va être le début d'une longue série d'ennuis en tous genres...

Le premier long métrage de Lucas est donc une extension de son court métrage d'études (Electronic labyrinth: THX 1138 4EB, tourné en 1967) , et c'est probablement l'un des films de science-fiction les plus distinctifs qui soient: décor unique, et largement dominé par des pièces uniformément blanches, toutes les têtes rasées, et des acteurs qui jouent des êtres totalement asservis à une société totalitaire par les drogues qu'on leur fournit quotidiennement: tout est mécanisé, prévu, automatisé, et chaque humain n'est qu'un maillon de la chaîne. Le sexe, réflexe de liberté, est proscrit au profit d'une reproduction assistée de l'extérieur. Quant à essayer de se sortir du carcan, impossible... Contrairement à sa réputation, le film possède même un peu d'humour notable, et quelques éléments qui anticipent, de façon embryonnaire sur les aspects esthétiques de l'"Empire"... La mise en scène de Lucas, des années avant ses films tournés systématiquement en virtuel, se signale déjà par une recherche du décor nu absolu, et l'invention et la débrouille se devinent encore malgré le vernis contre-nature d'effets spéciaux numériques ajoutés par Lucas qui décidément ne peut s'empêcher de refaire ses films. Quelle sale manie.

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Published by François Massarelli - dans George Lucas Science-fiction
2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 08:37

Les jouets qui deviennet fous, c'est bien sur un passage obligé du bestiaire d'horreur, dont on attendait qu'à un moment ou un autre Joe Dante s'y attelle. En 1998, le metteur en scène est un peu mal en point, passé de façon répétée par la case télévision de sa carrière, faute de soutiens. Son denier long métrage était justement un film acclamé (The second Civil War) pour HBO, signe que les temps sont en train de changer. Et effectivement, tous les films qu'il fera après sont, d'une certaine manière, beaucoup plus marqués par le compromis que son travail de télévision, qui respire une certaine liberté... Pourtant, il y a peu de raisons de bouder notre plaisir devant cette poduction Dreamworks. Et le studio faisant appel à Joe Dante, on tendrait donc à penser que Spielberg lui a finalement pardonné d'avoir en quelque sorte "cassé" les Gremlins avec sa suite furieuse et infernale de 1990...

C'est vrai, on y revient toujours. Gremlins, c'est un peu le sommet de la carrière de Dante: sans doute pas le film qu'il préférait parmi ceux qu'il a réalisés, mais un classique, un énorme succès, et une oeuvre dont la thématique et le déroulement sont finalement une excellente introduction à son style. Un film marqué par son époque, assez typique du milieu des années 80, mais auquel on peut revenir sans crainte 30 ans plus tard. Alors ici, on ne va pas s'en priver: dès les dix premières minutes, le mot "Gizmo" est prononcé, voire souligné. Une clé dont on n'avait d'ailleurs pas besoin, par certains côtés, Small soldiers ressemble presque à un remake raisonnable de Gremlins. Presque, parce que le film va loin par certains côtés: on y fait quand même des expériences dégueulasses sur Barbie! ET les poupées ainsi créées deviennent folles, homicides et particulièrement moches...

Alan est un jeune homme assez typique de l'univers de son metteur en scène: un peu en porte-à-faux avec ses parents, avec l'autorité en général, il a été exclu de plusieurs écoles et comme tout se sait, il n'est pas très apprécié au lycée. ...donc il est seul. Il fait des efforts pourtant, en particulier auprès de ses parents, car il veut montrer qu'il a changé, et qu'il est devenu responsable. Son père vend des jouets en bois, des classiques, donc il ne vend rien ou presque, et Alan passe souvent du temps à tenir la boutique, c'est l'un des moyens qu'il utilise pour montrer qu'il est devenu plus raisonnable. Un jour, le convoyeur apporte une livraison, et par hasard, Alan aperçoit une cargaison de jouets modernes qui ont l'air très intéressants: il négocie afin d'en détourner une caisse, ce qui permettra sans doute à la boutique de faire un peu d'aargent pour une fois. Ce qu'il ne sait pas, c'est que ces jouets, un petit commando de soldats d'un côté, et des créatures extra-terrestres de l'autre, pas encore lancés sur le marché, sont dotés d'une puce ultra-sophistiquée qui leur donne des capacités bien au-delà d'un jouet moyen, et surtout sont programmés pour se faire une guerre totale et sans merci. Ce qu'ils vont faire, justement, de façon incontrôlable! Sale temps pour Alan, qui va en plus faire la connaissance de sa petite voisine Christy, une jolie ado "qui sort avec des garçons plus agés", selon ses propres termes, mais qui aime manifestement bien passer du temps dans la boutique...

Un prologue obligatoire nous explique la créations des "Gorgonites" et du commando de soldats qui les pourchassent: une petite entreprise qui fabriquait des jouets a été racheté par un gros ponte de l'électronique, un sale crétin d'ailleurs, qui entend bien leur demander de créer un jouet rentable. Les deux seuls rescapés de la boîte, deux concepteurs que tout oppose (L'un utilise l'informatique et crée les soldats, l'autre dessine au crayon et a créé les "Gorgonites", des créatures un peu plus poétiques) ont trois mois pour donner vie à un jouet "qui fait exactement ce qu'on montre dans la pub", comme le demande le nouveau propriétaire. C'est là qu'intervient un gimmick en forme de McGuffin: comme les Gremlins qui pour exister ont besoin que les mogwais mangent après minuit et d'un peu d'eau, les jouets créés par ces deux-là vont bénéficier d'une puce ultra-secrète et aux propriétés phénoménales, ce qui excuse par avance tout ce qui arrive dans le film! On s'en accomode très bien... Le groupe de créatures extra-terrestres est sympathique, mais autant le dire, ils sont assez laids. C'est le cas pour le commando, mais ce sont des militaires, donc on s'yattendait un peu! Par ailleurs, ils feraient passer Buzz Lightyear pour le clown Baptiste des Enfants du Paradis! En plus de Tommy Lee Jones, Dante a fait appel pour leurs voix aux acteurs de The dirty Dozen...

Une fois de plus, le film est situé dans une petite ville, pas dans la mégalopole. Depuis The 'Burbs on sait à quel point Dante est inspiré par l'Amérique moyenne; On sait aussi à quel point il réserve sa tendresse pour les petits, les exclus et les gens qui sont, gentiment marginaux, qu'ils soient ados (Explorers, The hole, Runaway daughters, Matinée), enfants (Piranha), adultes mal dégrossis (Innerspace) et en chômage technique (The burbs)... Il oppose ici les parents: ceux d'Alan sont des braves gens, certes un peu excentriques, mais ceux de Christy (Interprétée par la jeune Kirsten Dunst) sont en revanche atroces: madame noie son stress dans le gin, et le père est obsédé par son confort et la technique de pointe érigée en signe extérieur de richesse... Et il est un fort mauvais voisin, le genre à tronconner votre arbre sans vous demander votre avis! Pourtant, Dante aime bien les gens, les petites gens, s'entend. ceux qu'il n'aime pas, ce sont les puissants, mais comme le metteur en scène est gentil, il en pousse les caractéristiques jusqu'à les rendre si caricaturaux qu'ils deviennent inoffensif. Dante a depuis toujours un art consommé pour noyer le poisson. Ca lui permet de prendre des libertés comme ici de montrer un commando de jouets de 15 centimètres de haut qui se livre à une orgie de destruction, et en particulier à des expériences à la Frankenstein sur des Barbies (Nommées ici "Gwendy", mais on les a reconnues!). Il fait appel à ses acteurs fétiches, qui font des apparitions: Dick Miller, Robert Picardo, Belinda Belaski et Wendy Schaal sont tous là... Et surtout, le film décalque Gremlins: même situation de base, un jeune ado se retrouve avec des créatures sympathiques mais encombrantes, et très vite la violence et le chaos vont s'inviter autour de lui, et c'est la banlieue qui va trinquer. Et comme si on avait aussi recours à ce qui arrive dans Gremlins 2 the new batch, le commando infernal va faire appel à ...d'autres commandos sortis d'usine, qui sont exactement de la même trempe. Donc ça va péter dans tous les coins...

Le film est donc une fois de plus un portrait tendre et loufoque de l'adolescence perturbée, ce passage terrifiant de tout humain et en particulier des Américains, mais aussi une énième variation sur le monde de l'entertainment Américain, et sa capacité à générer la violence et le chaos, qui sont partie intégrantes de son ADN. Je ne pense pas qu'il y ait ici un "message" au sens philosophique du terme, mais la façon dont Joe Dante accomplit son film, en extrapolant autour d'un postulat simple, en maintenant jusqu'au bout son esprit de comédie et sans qu'aucune personne ne meure, est bluffante. Donc si ce n'est pas un chef d'oeuvre, voilà un film avec lequel on passe beaucoup de bon temps, en fort belle compagnie, et si c'est une redite, elle a au moins le mérite d'être effectuée avec un talent fou.

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Published by François Massarelli - dans Joe Dante Science-fiction
24 avril 2015 5 24 /04 /avril /2015 11:30

Dans ce très étrange et envoûtant film de science-fiction, une jeune femme particulièrement séduisante conduit un van dans toute l'écosse. Elle cherche des hommes seuls, les attire dans son camion, et sous la promesse de coucher avec eux les entraîne dans un espace mystérieux, ou elle les déshabille et les dépèce purement et simplement. Mais au fur et à mesure, à force de se confronter à des solitudes, elle commence à ressentir son propre isolement, et commence à chercher la sympathie chez ses victimes potentielles.

Se situant dans le sillage de 2001 et de Solaris, le film de Glazer est donc de la science-fiction différente, avec une alien séduisante qui attire des hommes dans ses filets, sans doute pour se nourrir ou pour nourrir sa communauté. Mais dans la peau d'une belle humaine, elle se prend à désirer être ce qu'elle semble, et c'est là que ça ne va plus... Scarlett Johansson est fantastique dans un rôle complexe, fait de beaucoup de silence et de lenteur. Le film est esthétiquement remarquable, faisant du cadre un usage impressionnant. Le cadre est souvent utilisé pour amplifier l'impression grandissante de solitude du personnage principal. La musique, énigmatique, de Mica Levi participe aussi beaucoup à cet objectif.La beauté (Et parfois une certaine laideur fascinante) de l'Ecosse fait le reste.

Par contre, on va être clair: n'allez pas voir ce film pour y manger du pop-corn, c'est un exercice de style et de construction intellectuelle qui n'a rien de facile. Le résumé qui précède n'est d'ailleurs que mon interprétation d'une intrigue assez ouverte, et jamais explicite. Enfin si, les images le sont (Un des grands arguments de vente du film est bien sur le fait qu'on peut y voir beaucoup plus de ce que la Veuve Noire cache habituellement sous du Spandex!) mais pas le sens!

Dès le départ, ce décalage entre le film et le public est souligné par une introduction en forme d'énigme, avec des formes géométriques qui s'agencent, afin de former quelque chose: construction du "déguisement humain" de l'alien? Par ailleurs, un "homme" à moto suit avec insistance la jeune femme, nettoyant parfois les dommages collatéraux de ses actions... Le film, du coup, prend la forme d'une énigme, sensorielle et inattendue, à voir et revoir.

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction
20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 17:11

Deux adolescents ont l'idée saugrenue de se baigner dans des cuves abandonnées d'un ancien terrain de recherches autrefois détenu par l'armée. C'est une mauvaise idée, car les mirlitaires y développaient (Mais pourquoi, grands dieux?) une race de piranhas qui pouvaient indifféremment passer de l'eau douce à l'eau salée. Suite à l'intervention inopinée d'un agent d'assurances qui enquête sur leur disparition, les piranhas sont relâchés, et n'ont plus comme but que de rejoindre le large, en passant par tous les cours d'eaux possibles. Le fait qu'il y ait de nombreux enfants dans l'eau, ne les gêne pas, au contraire...

Vers le début de ce petit film, en fait au début de la deuxième scène après l'exposition contenant deux ados qui se font joyeusement bouffer, l'héroïne du film trompe son ennui en jouant à un jeu d'arcade: Jaws, dans lequel des requins mangent d'innocents plongeurs... Une façon de signaler à toute personne désireuse de renvoyer Corman et Dante, respectivement producteur et réalisateur de ce film à leur statut de plagiaires du film spectaculaire de Spielberg, que c'est parfaitement assumé. Du reste, quelques minutes auparavant, Dante n'a pas pu s'empêcher de commencer le film sur une vision de barbelés menaçants qui font lourdement penser au premier plan ("No trespassing") de Citizen Kane, et dans la séquence de baignade qui s'ensuit, l'un des protagonistes parle de Creature of the black lagoon, de Jack Arnold! Donc pour sa première réalisation en solo, Dante signe une bonne fois pour toutes son film sous le triple patronage du petit génie de la débrouille du moment, d'un certain pan "noble" du cinéma d'épouvante, et d'un grand nom, respecté et reconnu, de l'histoire du cinéma...

Gonflé, sans doute, mais Dante n'a jamais été simplement un faiseur du cinéma de série Z, contrairement à Corman: auteur, il se situe en droite ligne de ces autres amoureux du cinéma. Que ceci soit son premier vrai film (Les précédents étaient des co-réalisations) importe peu, il sait déjà comment faire un vrai film avec trois bouts de ficelle. Et même si la tâche est ingrate (Piquer un maximum d'idées à Jaws, et en profiter pour placer un maximum de poursuites en voiture, et un peu de plans de filles qui se dénudent pour faire bonne mesure), il réussit à s'en tirer en distillant l'humour avec générosité... Ce film a donc réussi, non seulement à inaugurer la carrière d'un metteur en scène que nombreux parmi ses admirateurs tiennent pour un génie, mais aussi à échapper à la malheureuse destinée de tant de films Corman, celle de n'être que de médiocres plaisirs coupables.

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Published by François Massarelli - dans Joe Dante Science-fiction
20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 08:18

Tournant le dos à son film précédent et son univers, une fois de plus, Alfonso Cuaron a donc réalisé cette oeuvre de science-fiction post-apocalyptique entre The prisoner of Azkaban et Gravity (Si on excepte sa participation au projet Paris je t'aime, pour s'en tenir à ses longs métrages). Le projet prend appui sur un roman récent de P.D. James, et non content d'en livrer une adaptation majeure, Cuaron va étendre l'histoire et l'univers en réalisant une fois de plus un tour de force: un film de science-ficion dystopique tourné comme un documentaire, dont l'essentiel est livré au spectateur via le point de vue de son héros. Celui ci, Theo, est interprété par Clive Owen, et le cadre du film est la Grande-Bretagne du futur, située en 2027 exactement. Le monde est désormais apparemment, stérile, et le Royaume-Uni est l'un des derniers pays à ne pas avoir totalement sombré dans le chaos. mais il est aussi aux mains d'un gouvernement d'extrême-droite qui fait une chasse féroce aux migrants, tout en faisant face à une menace terroriste forte, qui vient d'un peu partout. Il n'y a pas eu de naissance depuis 2009, et lorsque le film commence, c'est un jour triste pour l'humanité puisqu'on vient d'apprendre le décès du dernier né des humains, agé de 18 ans.

Theo (Clive Owen) est un ancien activiste, dont les idées n'ont pas résisté au passage des ans et à son cortège de mauvaises nouvelles; en particulier, il a tout plaqué suite au décès de son fils Dylan, survenu lors d'une épidémie en 2008. Depuis, il s'est séparé de sa compagne Américaine Julian (Julianne Moore) qui elle a continué en revanche à lutter contre le gouvernement au sein d'un groupe considéré comme terroriste, les "fIshes". Ceux-ci visent le soulèvement et la libération de la Grande-Bretagne, et espèrent asez clairement mobiliser les migrants, victimes désilgnées d'une idéologie lourdement répressive. Mais Theo préfère la vie rangée d'un employé de bureau, et aime à se réfugier dans les bois chez son vieux copain Jasper (Michael Caine), un ancien journaliste qui vit retiré en compagnie de son épouse paralysée, et de ses plants de cannabis avec lesquels il se débrouille pour organiser des petites combines au jour le jour. C'est dans ce contexte que Theo est contacté par Julian qui lui demande de convoyer une immigrante illégale hors du pays. Theo accepte, mais la mission prend très vite une tournure dramatique: la voiture contenant Theo, l'immigrante Kee, Miriam, une mystérieuse femme d'age mur, Julian et un de ses compagnons d'arme, Luke, est attaquée; Julian meurt des suites de l'agression, et Theo se réfugie avec Luke dans une maison tenue par les "fishes". C'est là qu'il va apprendre un certain nombre de choses: d'une part, que c'est par le groupe lui-même que le convoi a été attaqué; ensuite que Luke (Chiwetel Ejiofor) a lui-même commandité l'assassinat de l'emblématique Julian afin de mobiliser les consciences et soulever le pays; enfin que Kee (Claire-Hope Ashitey) est d'autant plus importante qu'elle est enceinte de huit mois... Theo va donc fuir avec elle, dans le but de la placer sur un bateau libre, le Tomorrow, qui doit ensuite l'emmener se réfugier aux Açores...

Spectaculaire, le film ne nous ménage pas: dès le début, nous sommes plongés en plein chaos, avec un coffee-shop Londonien dans lequel aux côtés de Theo nous apprenons le décès de "Baby Diego", le dernier enfant de la planète, qui manifestement se comportait comme une rock-star surcocaïnée en raison de son statut unique. Lorsqu'il sort pour se rendre à son travail, Theo entend derrière lui une explosion qui ravage l'établissement! Le Londres de 2027 est, à l'imitation du Washington de Minority report, une ville assez similaire à ce qu'elle est maintenant, mais la saleté en plus, et avec de discrètes touches de technologie de pointe, comme des déroulants publicitaires en vidéo numérique un peu partout. Cuaron va maintenir durant tout le film cette vision d'une Angleterre qui n'est qu'une variation cauchemardesque du pays contemporain, avec ses riantes campagnes salies par des charniers de vaches mortes, ses routes envahies de feuilles mortes car plus personne ne s'y risque, etc... Et la trace du fascisme est partout: à Londres, Theo longe des camps de réfugiés dans lesquels des cages contiennent des gens entassés qui attendent leur déplacement pour un ailleurs qu'on imagine pas vraiment reliusant... On n'aura pas longtemps à imaginer du reste, le denier acte se situe principalement dans un camp de réfugiés qui est en fait une zone de non-droit cauchemardesque. A l'entrée de ce "refuge" situé en bord de mer (Très précisément à Bexhill, une riante cité balnéaire du Sussex, localisée sur l'Est de la côte de la Manche) où les immigrants doivent survivre les uns par dessus les autres, le gouvernement opère un tri entre les postulants, et manifestement beaucoup sont directement exécutés au sortir de bus spéciaux qui les amènent.

La façon de procéder pour le cinéaste, du début à la fin, consiste en une mise au coeur des évènements pour Theo, le vecteur choisi pour la narration. Puisqu'en raison du choix de tourner à la façon d'un documentaire, il n'y a aucune possibilité pour Cuaron de décrocher de sa narration pour qu'une voix off ou un déroulant nous éclaircisse la situation, il utilise les médias à travers leur omniprésence: la télévision qui au début à travers la nouvelle de la mort de Diego nous apprend aussi la date et le contexte, les nombreux textes, déroulants, première pages de journaux vus dans le film, mais aussi les archives parfois présentes: Jasper est un ancien journaliste et a collectionné les coupures de presse au sujet de la situation mondiale depsui 20 ans, et les a ensuite afichées sur un mur. De plus son épouse est une ancienne photographe de presse. Et en suivant Theo, nous sommes assez rapidement au courant de la vraie situation, mais aussi du désespoir ambiant, avec un gouvernement dont la préoccupation essentielle semble être de maintenir la pression et la terreur en faisant en sorte que le public se croie sous la menace permanente. Parmi les menaces, on l'a vu, une faction de 'résistants' aux armes politiques assez efficaces et dont Julian elle-même, leur inspiratrice, croit qu'ils ont renoncé à la violence, mais aussi des groupes Islamistes, évoqués et entrevus à la fin dans le camp de réfugiés. Mais d'après certains personnages du film, le gouvernement organiserait lui-même la terreur en provoquant des attentats, comme celui du début du film selon Julian. Enfin, Cuaron cède ici à un de ses péchés mignons, qu'il a expérimenté avec un grand succès dans Y tu mama tambien: le plan-séquence, qui cristallise cette impression d'urgence dans laquelle vivent les protagonistes et qui renforce cette impression de vérité (Au point de laisser à la fin des gouttes de sang gicler sur l'objectif de la caméra, un truc certes impossible à justifier mais qui agit de façon très efficace sur le spectateur pour le plonger dans l'illusion d'être au coeur de l'action...). Il reviendra au plan-séquence avec son court métrage de Paris Je t'aime qui n'est justement qu'une seul plan de 8 mn, et bien sur avec le spectaculaire début de Gravity. Mais déjà il en maitrise parfaitement les codes, les raisons et les contraintes.

Dans ce film qui laisse peu de place à l'espoir, il était important que Kee soit bien interprétée, et qu'elle soit spéciale. Parfaitement candide et naturelle, c'est donc Claire-Hope Ashitey qui va incarner dans le film à la fois l'espoir et l'ouverture vers le conte. Car dans ce contexte ou le futur est désormais impossible (Le gouvernement a par exemple laissé une firme fournir la possibilité du suicide en créant le médicament "Quietus", qui vous aide à partir en douceur...), la présence d'une femme enceinte, prompte à rire, encore pleine de vitalité, et qui s'en remet instinctivement à Theo lorsqu'elle le recontre, permet au moins la renaissance d'un espoir. Elle permet aussi de retrouver, à travers ce nouvel espoir, la possibilité d'une dimension spirituelle. Dans un monde en proie au chaos Kee (Key?) est la seule source d'espoir, de convoitise aussi: très vite, autour de Theo et de la jeune femme (Qui va accoucher dans des conditions particulièrement dramatiques bien entendu) le chaos va se faire de plus en plus insistant... Et l'enfant, une fois née (Oui, c'est une fille), va cristalliser auprès de tous ceux qui la verront, l'espace d'un instant, l'émerveillement... Avant que les affaires ne reprennent: le film est particulièrement pessimiste en ce qui concerne la capacité de l'être humain à se sortir de la panade, et Cuaron nous montre, dans ce film-coup de poing, comment les gens finissent par s'endormir en se choisissant des contes de fées de seconde zone (Les Anglais tous unis dans l'abêtissement autour du deuil national ressenti pour la mort d'un sale gosse) mais devenus incapables de réagir et de'inverser la tendance. Comme Cuaron a choisi de tourner dans les conditions de la vérité, sans effets spéciaux si on excepte les fameuses vidéo-publicités évoquées plus haut, ce monde terrifiant est en vérité si proche du nôtre...

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Published by François Massarelli - dans Alfonso Cuaron Science-fiction
7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 10:22
Jurassic Park (Steven Spielberg, 1993)

Passons un peu de temps avec ce qui apparait souvent comme le film-popcorn le plus totalement vide de sens de toute l'histoire du cinéma, le bien fait mais aussi le plus décérébré des films-jouets de l'oncle Spielberg. On ne va pas s'attarder à raconter l'histoire, ni proférer des stupidités sur l'efficacité ou non des effets spéciaux ou de l'animation 3D. L'intrigue est passe-partout et permet essentiellement une spirale de l'incident, grâce à la simultanéité de deux facteurs: dans le "Jurassic Park" en pleine finition, le milliardaire John Hammond a convoqué des scientifiques qui cautionneront son projet fou de recréer des dinosaures par clonage d'une part, et d'autre part l'un de ses informaticiens sabote le parc le temps de partir avec des tubes contenant des cellules-souches pour créer d'autres dinos, qu'il va vendre à des compagnies véreuses. La rencontre des deux facteurs est bien sur l'idéal pour faire en sorte que les bébêtes trouvent en leurs visiteurs un confortable garde-manger...

Donc, le film est notable pour un certain nombre d'aspects, et pour commencer, avec son parc-dans-le-film, Spielberg rend possible pour la première fois à ma connaissance la présence visible à l'écran des objets de merchandising qui vont réellement être proposés au vrai public lors de la sortie triomphale du film, lors de scènes situées dans les boutiques encore fermées du parc... Un monument de cynisme selon les uns, une amusante mise en abyme selon les autres. Il explore aussi, même si en mineur, un thème qui était déjà présent de façon éclatante dans The last crusade: la paternité, à travers les complexes de Sam Neill face à tout ce qui a moins de dix ans, et bien sur il doit passer des heures seul à seul avec des enfants... La cellule familiale fragile et excentrique, thème Spielbergien habituel, passe ici par de nouvelles variations avec les humains qui sont regroupés et séparés au gré des évènements.

Sinon, bien sur, le suspense de Jurassic Park est une nouvelle preuve de la maîtrise de Spielberg, mais qui en douterait? La construction rigoureuse de fameuses scènes ici, est une nouvelle occasion de réjouissances, de l'introduction magistrale du T-Rex à la magnifique scène de la cuisine, qui additionne deux enfants et trois vélociraptors... Et Spielberg continue de faire sienne en la perfectionnant la philosophie cinématographique d'Hitchcock, qui place la vision et le fait de faire voir aux autres au coeur du processus cinématographiques. A ce titre, la scène dans laquelle Jeff Goldblum, Sam Neill et Laura Dern découvrent les dinos est impressionnante, dans la façon dont le metteur en scène nous fait attendre longuement la révélation en nous permettant d'anticiper la vue par le biais des réactions de ceux qui voient...

Mais Jurassic Park restera aussi dans l'histoire comme la plus grande collection de scènes dédiées aux fluides corporels de toute l'histoire du cinéma mainstream... De la fameuse scène durant laquelle Laura Dern enfonce son bras d'une main experte à l'intérieur d'une gigantesque pile des excréments d'un triceratops malade afin de déterminer la cause de son mal, jusqu'à cette scène particulièrement osée durant laquelle une jeune adolescente effarouchée tente de caresser le cou oblong d'un brachiosaure et se fait glorieusement éternuer dessus, en passant par la réaction d'un avocat devant l'apparition d'un T-Rex, dont la vision le fait se réfugier dans les toilettes... Mais la bestiole, d'ailleurs, n'est pas bégueule, puisqu'il va se faire bouffer. Tout ça n'est sans doute pas très sérieux, certes, mais au moins Spielberg, qui avait sans doute la tête ailleurs durant le tournage des scènes avec acteurs (Il préparait Schindler's list), s'est certainement beaucoup amusé... Moi aussi.

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Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg Science-fiction