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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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21 juillet 2017 5 21 /07 /juillet /2017 16:58

L'étape souvent la plus difficile dans le monde du cinéma d'après la chute des studios, c'est probablement le deuxième film. A plus forte raison quand le premier a eu un certain retentissement, et c'était vraiment le cas pour Sex, lies and videotape! Soderbergh a choisi d'en prendre le contre-pied en rendant hommage à Kafka et à une certaine idée du cinéma Allemand. C'est un naufrage...

Tout de suite je vais le dire parce que ça m'énerve au plus haut point: chez certains critiques, en fait la majorité d'entre eux, le raccourci est de mise pour tout ce qui est tellement loin de nous qu'on fait confiance aux braves gens du public pour ne pas s'en approcher: et du coup c'est tout le cinéma Allemand voire Germanique d'avant Hitler qui devient "expressionniste"... Allez voir les critiques de ce film sur internet, ça ne loupera pas: "hommage au cinéma expressionniste"! Mais bon... Soderbergh sait que Kafka n'était pas qu'un gratte-papier qui avait essayé de transcender sa vie en écrivant, il était aussi un fou de cinéma, et a beaucoup écrit à ce sujet. L'idée derrière ce film, c'était donc de montrer un Kafka qui aurait vécu des aventures étrange, et de le montrer dans un noir et blanc nocturne et poisseux comme dans un film d'horreur à l'ancienne.

Il faut beaucoup de courage pour s'accrocher à cette intrigue vaseuse de fonctionnaires qui disparaissent, capturé par un certain Dr Murnau (Sic) qui les trépane parce qu'ils en savent trop sur l'organisation secrète qui contrôle la ville de Prague... Sans rire. Quoique... Le film est aussi sensé être une comédie.

Alors Soderbergh pousse Jeremy Irons (Kafka) à accomplir quelques molles cascades, et son personnage n'a rien pour qu'on ait envie de le suivre non plus. le mystère est mou, le suspense étiolé, et l'idée de passer, le temps d'une bobine, du noir et blanc à la couleur, ne donne rien de bien extravagant? C'est un ratage, le public n'a d'ailleurs pas suivi... On ne se demande pas pourquoi.

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh
21 juillet 2017 5 21 /07 /juillet /2017 10:56

Ce film court est en réalité le deuxième segment d'une anthologie intitulée Eros. Vous ne l'avez pas vu? C'est normal, le film n'a pas eu la moindre promotion et les réalisateurs se sont empressés de l'oublier. Sauf un, qui est mort (celui des trois auquel je ne concède pas un gramme de talent, en fait).

Comment dire? Equilibrium est plutôt de la veine expérimentale de Soderbergh, celle avec laquelle depuis tant d'années il nous dit qu'il fait ce qu'il veut, comme il veut,quand il veut. Et à cette époque, il lui suffit encore de claquer le petit doigt pour reformer la clique Ocean, donc on lui fiche assez généralement la paix. Et le bougre est particulièrement efficace et économique... mais cette veine-là (Full frontal, Bubble, The Good German, The girlfriend experience) reste quand même sérieusement problématique, et ce petit exercice d'Equilibre ne fait absolument pas exception.

L'économie se retrouve d'abord dans l'interprétation: trois acteurs, pour cinq personnages. En 1955, un publicitaire (Robert Downey Junior) consulte un psy (Allan Arkin) pour essayer de trouver la clé de son stress, qui l'empêche en particulier de trouver le slogan idéal pour un radio-réveil le tenant en échec depuis quelque temps. La conversation dérive bientôt de l'obsession du patient pour la moumoute de son collaborateur Hal, à un rêve érotique récurrent qui le met dans tous ses états: il s'y trouve toujours avec une très belle femme (Ele Keats) qu'il ne connait pas, dans une chambre d'hôtel...

Pendant ce temps, le psy fait tout pour donner l'illusion à son client qu'il s'occupe de lui, alors qu'il est plutôt occupé à capter l'attention d'une personne qui vit dans un immeuble voisin, et lui fixer un rendez-vous. a la fin de l'entrevue, le publicitaire va mieux, a même trouvé un slogan, et on assiste à son réveil... aux côtés de son épouse: c'est la belle femme du rêve. Le film se termine sur une scène à son travail, située dans le même décor que la séance, et en compagnie de son collègue Hal: C'est le psy.

C'était un rêve? Ce n'en était pas un? On s'en fout, ce genre de pirouette étant le plus souvent destiné essentiellement à mettre une chute à une histoire... C'est exactement sa fonction dans ce film en forme d'énigme burlesque, dont le principal atout est sans doute le numéro de décalage d'Allan Arkin, qui joue de sa voix et de son corps avec génie pour incarner un psy hypocrite qui a autre chose à faire que d'écouter. Pour le reste, c'est longuet, on n'a pas forcément envie de suivre Bob Downey dans cette auto-analyse un peu vaine de l'homo Americanus 1955. Et Soderbergh et l'érotisme, c'est toujours un peu délicat: il se force à adopter des codes très, comment dire, Pirelli 1955 dans sa séquence de rêve. Et il reviendra à des tentatives érotiques froides et déstabilisantes dans d'autres films expérimentaux (The Good German, The girlfriend experience) sans grand succès. Mais on pourra au moins noter un jeu de couleurs très intéressant... La séquence de rêve initiale est en couleur, dominée par le bleu. La séance est en noir et blanc, et l'épilogue est en couleurs atténuées tirant vers le beige...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Steven Soderbergh
19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 17:17

Le film se passe dans un futur indéterminé; le Dr Chris Kelvin (George Clooney), un psychologue, survit au suicide de son épouse. Il reçoit un appel à l'aide émanant d'une station, en orbite autour de la planète (Ou du phénomène) Solaris. Son ami, le commandant Gibarian lui prie instamment de venir se rendre compte des problèmes par lui-même, et ajoute mystérieusement que Kelvin y trouvera aussi son compte. Mais quand il arrive, Gibarian (Ulrich Tukur) est décédé: il s'est suicidé. Ne restent que Snow (Jeremy Davies), un informaticien manifestement secoué, et Gordon (Viola Davis), le médecin de la station: celle-ci s'est barricadée dans sa chambre... Pendant la nuit, Kelvin a une "visite", celle de Rheya (Natascha McElhone), son épouse décédée: elle est bien réelle... Kelvin comprend que le problème qui a emporté son ami Gibarian est lié à un phénomène d'apparition de copies d'êtres humains liées affectivement aux résidents de la station...

Produit par James Cameron, ce film a essuyé beaucoup de critiques, étant le remake d'un autre Solaris, celui de Andreï Tarkovski. Mais le scénario de Soderbergh s'est directement inspiré du roman de Stanislaw Lem, sans trop aller du côté du film, avec lequel les différences sont nombreuses. Pour commencer, Soderbergh (qui est plus que jamais l'auteur complet du film, en ayant rédigé le script, tourné avec la double casquette de chef opérateur et réalisateur, et par dessus le marché effectué le montage!) a délibérément resserré l'intrigue à 98 mn par opposition à Tarkovski qui avait étiré son Solaris sur 3 heures... Et là ou Tarkovski laissait aller son inspiration vers une sorte de SF bucolique, Soderbergh choisit de retourner l'intrigue vers les codes graphiques de la science-fiction spatiale: vaisseau, modules, oxygène, les codes sont tous là. 

Pour moi, le film est finalement plus sous l'inspiration de Kubrick et Resnais, que de Tarkovski, achevant de détacher ce film de l'influence de la première version. Le rythme volontairement très lent du film (Réminiscence de la SF "adulte" de 2001), et sa chronologie inattendue, ses chevauchements de périodes (en particulier au début du film, qui renvoie à l'expérience de Resnais sur son film de 1968 Je t'aime je t'aime, dans lequel il a délibérément découpé son intrigue en petits bouts de moins d'une minute), sont particulièrement déroutants: ils ont d'ailleurs poussé une bonne partie du public à rester chez eux.

Et ils ont bien tort: ce film se mérite, certes, mais il est une réflexion riche, et jamais close, sur l'humain: la culpabilité d'un homme face à sa responsabilité dans la décision de son épouse de se tuer, le regret d'un homme d'avoir abandonné sa famille pour une carrière qui prend toute la place, et des problèmes non-résolus quant à un rapport fraternel qui est parti en eau de boudin: les humains de la station ont tous une "entité" qui est venue à eux de leur psyché, de leurs rêves, de leurs regrets.

Les "entités", c'est entendu, ne sont pas humaines, mais elle sont réelles... Et se pose la question aussi de la responsabilité de ceux qui les reçoivent face à ces apparitions: Kelvin incrédule fait fuir la sienne, avant de succomber au bonheur que lui procure le "retour" de Rheya... Tout en reconnaissant d'un point de vue scientifique qu'elle ne peut rien avoir d'humain. Gordon, quant à elle, a une vision plus dramatique: elle pense que la seule façon de faire triompher l'humanité est de détruire ces "entités". Quant à Snow, on apprend qu'il a reçu son frère décédé, et que... celui-ci l'a tué: car l'informaticien n'est que son reflet. Jeremy Davies, au passage, est sans doute la grande révélation de ce film, avec son interprétation en mode bi-polaire, lancé en permanence dans une conversation avec lui-même.

Mais au fur et à mesure de l'intrigue, la station se rapproche inlassablement de Solaris, précipitant manifestement d'autres décrochages de chronologie, dans un développement excitant par son côté énigmatique. Et au final, on quitte ce film avec plusieurs questions, plusieurs possibilités: et si Solaris était une divinité? Si c'était la mort? Kelvin, lui ne se pose plus la question, car d'une certaine manière il y a trouvé ce qu'il ne savait même pas qu'il cherchait.

De par son ouverture permanente, et l'ensemble des éléments qui peuvent stimuler l'esprit, ce film est une vraie merveille, l'un des meilleurs films de Soderbergh en tout cas, et une sacrée cause perdue! 

 

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh
15 juillet 2017 6 15 /07 /juillet /2017 09:56

 

Quelques mauvaises langues ont bien du essayer de juger ce film sous l'angle de ce qu'on appelle péjorativement un rôle à Oscar, ce genre de performance placée sous les angles conjoints de l'extrême émotion et du consensus le plus sage. On peut toujours se demander, en 1999-2000, pourquoi Steven Soderbergh, cinéaste expérimental et touche-à-tout a bien pu s'atteler à un tel film, grand public par excellence... Et le résultat lui donne totalement raison. Commercialement, d'abord, Erin Brockovich a été l'un des gros succès de l'année. Mais artistiquement, comme d'habitude, le metteur en scène de Ocean's 11 et Schizopolis, pour prendre les deux extrêmes de sa carrière, y a pleinement trouvé son compte...

En Californie, à la lisière du désert, Erin Brockovich (Julia Roberts) est une maman de trois enfants qui ne parvient pas à trouver du travail. Il faut dire qu'elle est jeune, deux fois divorcée, et que l'éducation de ses deux filles et un garçon a pris tout son temps, donc... toutes ses tentatives s'avèrent des échecs. Un accident de voiture va avoir des conséquences inattendues: elle est aidée dans les démarches judiciaires pour obtenir réparation par un avocat, Ed Masry (Albert Finney), qui ne parvient pas à tempérer le tempérament volcanique de la belle, et elle est déboutée. Seule solution pour elle, trouver un boulot avec son manque absolu de qualifications, le plus vite possible...

...Elle se rend donc au cabinet d'Ed Masry, et l'oblige quasiment à l'embaucher.

C'est dans le contexte très système D, pré-informatique (les dossiers sont des boîtes de carton! des vraies!) du cabinet d'avocats, qu'Erin va se révéler; engagée à trier des dossiers, elle va tomber sur des questions, des vraies: en particulier, elle va déterrer une affaire de la population d'une localité lentement empoisonnée via l'eau courante par une compagnie multimilliardaire avec le pouvoir de faire taire tous les avocats de la terre. Erin Brockovich part donc en croisade.

Julia Roberts n'a rien de glamour ici, habillée en jupes ultra-courtes, bustiers très serrés, et décolletés plongeants, comme elle le dit et l'assume elle-même "I look nice!". Elle n'a pas non plus sa langue dans sa poche, et se défend en dépit de son manque total de connaissance officielle du droit et des lois, elle représente donc le triomphe du bon sens sur la paperasse. Et c'est là que le film, certes consensuel, et disons marqué d'un volontarisme vaguement de gauche, prend tout son sel, justement: Erin Brockovich est une héroïne, une vraie, une personne qu'on a envie de suivre! et on la suit, et d'ailleurs on n'est pas les seuls...

Ed Masry, interprété avec sa verve habituelle par Alert Finney en mode bougon, va être convaincu par Erin parce qu'elle obtient des résultats, et ce très vite. Et le "couple" qu'ils forment est enthousiasmant, parce que les étincelles sont systématiques. C'est bien simple, on est dans la droite filiation de Cary Grant et Rosalind Russell dans His Girl Friday, et pas seulement par le jeu des acteurs. Il y a une atmosphère de comédie là-dedans, dans un film qui aurait pu se contenter de nous faire pleurer indéfiniment. Erin Brockovich se distingue de ses glorieux aînés dans le genre, par contre en montrant le "couple" vedette comme des gens qui ne tomberont pas dans les bras l'un de l'autre: pour la partie "romantique", il y a Aaron Eckhart.

A cet héritage jamais forcé de la plus noble comédie des années 30 et 40, Soderbergh ajoute un grain de sel, une touche totalement personnelle: sa mise en scène, suivant les expériences menées dans ses deux derniers films, Out of sight et The limey: Erin Brockovich est filmé à la façon des thrillers polémiques des années 70, All the president's men en tête. L'urgence, la caméra au plus près des acteurs, et des scènes souvent situées dans des lieux aussi authentiques que possible... Le metteur en scène n'a rien perdu pour ce film sensible et grand public, de son mordant, et même s(il est de bon ton de lui préférer, pour cette période charnière, The limey et le superbe Traffic (Un autre film "engagé", mais sans rôle à Oscar!), il faudrait franchement vouloir ne pas aimer ce film pour faire la fine bouche.

Ou ne pas aimer Julia Roberts, dont je pense que c'est tout simplement son meilleur rôle...

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh
21 mai 2017 7 21 /05 /mai /2017 08:45

Ce film est une suite à plus d'un titre... Soderbergh n'a jamais caché qu'il savait à quel point son Ocean's 11 serait condamné à être vu comme un film alimentaire: possédant un certaine classe, rempli de stars, cohérent et excitant, oui, mais fondamentalement creux. Il a tout fait pour en tirer parti, et y glisser ses propres envies, expériences et clins d'yeux divers et variés, mais au final, le film a eu un succès qu'on pourrait qualifier de... programmé. Celui d'un produit de série, dont le public pouvait finalement facilement revendiquer les contours et dans lequel on pouvait prendre un authentique plaisir facile. A ce stade, une suite était, bien sur, inévitable, d'autant que le film de casse porte en lui toutes les possibilités de retour de ses héros. La seule prouesse, pour Jerry Weintraub, consistait en la réussite d'un plan d'action lui permettant de faire revenir non seulement son réalisateur, mais en plus... ses 13 stars (Les 11, plus Garcia et Roberts)... Et c'est exactement ce qu'il a fait. Y ajoutant, tant qu'à faire, Catherine Zeta-Jones, Robbie Coltrane et Vincent Cassel, tant qu'à faire... Sans compter des apparitions de Bruce Willis et Albert Finney.

D'une certaine façon, le film s'arrête là: il donne souvent l'impression de reposer sur un script qui aurait été écrit en fonction des envies des stars justement, de se trouver à tel endroit (Les gars j'ai une course à faire à Amsterdam, il n'y aurait pas moyen d'y organiser un casse, par hasard?)... Par conséquent, le film voyage en permanence: Las Vegas et d'autres endroits aux USA, les studios de Burbank bien sur, mais aussi les Pays-Bas (Amsterdam, Haarlem), la France (Gare du nord, des plages du sud), Italie... Le script existe pourtant, et se pose en pur prétexte pour faire revenir tout le monde: les 11 vivent tous une retraite plus ou moins assumée, en jouissant pleinement de leur argent, et découvrent que la belle vie est finie, puisque Terry Benedict les a retrouvés, et exige qu'on lui rembourse avec des intérêts exorbitants les sommes dérobées lors du casse. Les bandits doivent donc se remettre ensemble, et obtenir un tuyau pour faire un boulot qui leur rapportera vite et bien. Plusieurs problèmes vont se mettre en travers de leur route: d'une part, le premier travail u'on leur propose est à Amsterdam, et ce que seul Frank (Bernie Mac) sait, c'est que Rusty (Brad Pitt) a un passé Européen qui a de solides ramifications en Hollande: son ancienne petite amie Isabel (Catherine Zeta-Jones), rencontrée à Rome, est une inspectrice d'Europol basée à Amsterdam, et elle sait parfaitement qui est Rusty et quelle est son activité. Plus grave, elle sait qu'il a connaissances de certaines techniques, puisqu'elle lui a elle-même filé les tuyaux! D'autre part, le deuxième problème, c'est que les "11" ont de la concurrence! Un bandit Français, le noblillon François Toulour dit "Le renard de la nuit", a appris qu'on considérait Ocean comme le meilleur dans sa catégorie, il a donc décidé de remettre les pendules à l'heure... Et pour se faire déclenché la compétition en donnant à Benedict les infos qui lui manquaient...

Inutile de chercher à comprendre, il suffit, je pense, de se laisser entraîner à travers les dédales, et accepter que lorsque un personnage dit par exemple 'ne comptez pas sur moi es copains' comme le fait Carl Reiner à un moment, c'est probablement pour rester en réserve et pouvoir intervenir au pire moment! Il en ressort une impression de morcellement qui n'est pas sans rappeler que le maître de Soderbergh s'appelle Alain Resnais. Et du coup, le metteur en scène pousse toujours plus loin ses amusements avec la continuité, le montage et la chronologie pour accomplir avec encore plus d'audace son métier d'illusionniste. Et il le fait en nous éloignant bien sur de la vraie nature qui est... Le vide.

Comme les bandits expérimentés (Pitt, Clooney, Coltrane) qui font croire à leur jeune bizuth (Damon) qu'ils ont une conversation codée alors qu'en fait ils disent n'importe qui avec un air mystérieux, comme ces appellations jamais expliquées de techniques de cambriolage que tout le monde au presque semble connaître sur le bout des doigts, le film tourne en vérité autour de rien: des cambriolages qui ratent, des manipulations pour contrer les manipulations, des policiers qui n'en sont pas, des passages en prison qui sont en fait programmés et inscrits dans les plans... tellement de rien que ça finit par donner le vertige. Et  le rien ultime, c'est:

Soit le fait qu'il est question de voler l'oeuf de Fabergé, soit un truc vide. Et en prime il s'agit de le remplacer par un hologramme de l'oeuf de Fabergé (Un hologramme étant généralement un outil qui sert à cacher le vide, c'est bien connu)!

Soit l'idée saugrenue de planter ça et là à l'intérieur du film la ressemblance de Tess Ocean avec... Julia Roberts, et la faire jouer, précisément... Tess se prenant pour Julia Roberts. A ce stade, soit c'est du foutage de gueule (Terme technique servant à faire exactement la même chose que les hologrammes, soit cacher le vide des idées derrière la prouesse technique ou conceptuelle), soit c'est une mise en abyme de génie.

Tout ça pour dire qu'il y a quand même des chose à dire sur ce film volontiers idiot et inutile, qui aurait pu tourner à une sorte de film de vacances long et horripilant. Il se pose en développement possible, expérimental, et prolonge de façon spectaculaire le champ des possibles soulevés par Ocean's 11. Il débouche aussi sur un tour de passe-passe organisé autour de... rien, un rien orchestré, conceptualisé, codifié... Ce qui est toujours sympathique en soi... Il sera suivi d'une autre suite, qui sera fort différente, mais c'est une autre histoire.

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh
10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 16:47

Tout commence par l'arrivée d'un Anglais (Un "angliche", un "limey" en argot), interprété par Ternce Stamp, à Los Angeles. Sa fille Jennifer, qui avait quitté la Grande-Bretagne (Et son papa repris de justice), vient de mourir dans des circonstances plus que douteuses: elle a eu un accident sur Mulholland Drive, et sa voiture a pris feu. C'est un ami à elle, Eduardo (Luis Guzman), qui a envoyé à Dave Wilson la mauvaise nouvelle de la mort de son unique enfant. Il est donc venu pour tirer ça au clair, avec l'aide parfois réticente d'Eduardo (Un ancien taulard, qui souhaite plus que tout rester à l'écart des ennuis), et d'Elaine (Lesley Ann Warren), une autre amie de Jennifer. Très vite, Wilson se concentre sur le producteur Terry Valentine (Peter Fonda), avec lequel sa fille a passé beaucoup de temps, et qui a tout l'air de mener des affaires bien louches...

Entre Peter Fonda, Terence Stamp, Lesley Ann Warren, ou encore la présence de Joe Dalessandro, et la bande-son, le film est envahi par les années 60 dont il s'amuse mine de rien à tirer une sorte de bilan, mi-cruel, mi-nostalgique. Soderbergh va jusqu'à donner des flash-backs à son personnage principal, qui sont autant de réemplois de Poor cow, de Ken Loach, permettant ainsi de confronter le personnage de Stamp à ses souvenirs de jeunesse. Comme le dit Terry Valentine à sa nouvelle petite amie, "les sixties, c'était essentiellement 1966 et le début de 1967. Le reste..." Et lui, ainsi que tant d'autres protagonistes, sont coincés comme pour l'éternité dans un lendemain de fête cosmique, dont la mort de Jennifer ne serait qu'une sorte de réveil brutal... Le personnage de Wilson, d'ailleurs, admet avoir passé plus de temps en prison qu'ailleurs, comprenant pourquoi sa fille a tant souhaité prendre le large!

Mais ce film au style si fortement empreint de cette cinématographie particulière qui a tant marqué Soderbergh, reste avant tout un film noir modèle, avec son ange exterminateur mû par une idée fixe, aux méthodes expéditives qui nous renvoient à Get Carter (A ce propos, Michael Caine était pressenti pour le rôle!), et tout sert ici le style, dans un film qui semble n'avoir pas d'autre message que de nous montrer ce qu'il raconte! Et le metteur en scène entremêle les points de vue, et nous fait parfois, de manière abrupte, passer du côté de l'ennemi, soit le riche Terry Valentine, ce qui l'humanise fortement. Le montage aussi est à la fête, avec un déroulement apparemment anarchique, qui joue avec la chronologie un peu à la façon dont Alain Resnais (L'un des modèles de Soderbergh, là encore) s'amusait à perdre le spectateur entre les couches temporelles... C'est un tour de force, et il est du à l'excellente Sarah Flack.

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh Noir
6 mai 2017 6 06 /05 /mai /2017 08:21

Les films de Steven Soderbergh inscrivent dans leur déroulement des notions de mise en scène qui en sont le sujet même, en tout cas l'un des thèmes. Les personnages, démiurges ou manipulateurs, ont des plans, les appliquent, nous les expliquent. Parfois cette notion devient plus discrète, parfois elle prend toute la place... Et avec ce qui reste sans doute comme les plus grands succès publics du metteur en scène, cet aspect prend absolument toute la place... Avec son casse détaillé de sa planification à son accomplissement, et avec ses ruptures de continuité permanentes, qui finissent par être le sujet même du film dans un jeu constant du chat et de la série, ce remake qui ne s'imposait en rien, d'une part parce que l'histoire n'a aucun intérêt, d'autre part parce que, sur le papier, qu'est-ce qui compte, dans l'oeuvre d'un metteur en scène? L'épopée grandiose, tragique et vivante des petits guerriers de la lutte anti-drogue (Traffic)? La réflexion sincère et désabusée sur le devenir de l'âme (Solaris)? La façon dont le monde se met à tourner dans le mauvais sens lorsqu'une épidémie transforme les rapports entre le public et les militaires, entre les scientifiques et les médias (Contagion)? ...ou le film rigolo dans lequel une bande de sympathiques bras cassés nous mènent par le bout du nez durant deux heures en accumulant bons mots et surprises visuelles, le tout dans un environnement contrôlé avec tant de soin qu'on n'en revient pas que le film n'ait pas eu besoin de tellement de temps pour se tourner?

La réponse, bien sur, est "tous ces films comptent". Mais j'aurai toujours une tendresse particulière pour ce film dont Soderbergh a admis qu'il "tait pour lui la clé pour se voir ouvrir toute grande la porte d'Hollywood, des studios et du succès, permettant du même coup à ses films plus personnels de se faire... Mais le plaisir de se faire manipuler, le défi de constater que la bande-son, l'image et le cadre temporel racontent finalement une histoire différente, et au final, ce casse accompli, travail d'équipe qui s'accommode d'une mise en scène calibrée, avec ses surprises, ses impondérables et ses passages obligés, je ne connais pas de meilleure métaphore d'un film.

Et le film, j'aime bien, moi.

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh
31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 17:49

Il a tout fait, tout tenté, tout expérimenté... Il y a même eu une époque durant laquelle ça devenait presque un argument publicitaire, à faire valoir auprès des studios: "Soderbergh, sait tout faire, le fait vite et bien"... Mais ça n'a pas tenu, et pour cause: il y a eu tout, et puis il y a parfois eu n'importe quoi: Full Frontal, l'intrigant film bardé de principes érigés en barbelés autour du projet, qui ont tout simplement rendu le visionnage désagréable et le film inutile; The Good German, parodie nullissime de Casablanca, ou encore The girlfriend experience, le film dans lequel on a l'impression que rien ne se passe. Mais Soderbergh a pourtant beaucoup donné aussi, entre l'ambitieux Che, le magnifique Traffic, ou la luxueuse trilogie Ocean's 11, 12, 13

C'est au milieu de sa décennie la plus féconde que l'on trouve cette expérience unique en son genre, sorte de film amateur, tourné avec un budget ridicule, par des acteurs non-professionnels, chez eux, et qui emprunte deux sentiers inattendus: d'une part, c'est un film social, un peu à la manière dont tant de metteurs en scène des années 30 ont expérimenté le réalisme poétique en Europe (Menschen am Sonntag, par exemple), donc on y verra la classe ouvrière Américaine sur son lieu de vie et son lieu de travail; d'autre part, Bubble emprunte à un genre iconique entre tous, le film policier.

Kyle (Dustin James Ashley) et Martha (Debbie Doebereiner) sont collègues de travail, dans une petite usine qui fabrique des poupées. Leur routine est immuable: Martha, une femme d'âge moyen, passe prendre le jeune homme à sa caravane, où il vit avec sa mère, puis l'amène au travail. Ils mangent ensemble le midi, puis le soir elle le ramène chez lui, avant de rejoindre son propre père qui est invalide et qui vit avec elle. Ils parent nu peu, de tout et surtout de rien; et comme Kyle a un autre boulot car les temps sont durs, il n'a pas le temps de penser à la bagatelle... Arrive Rose (Misty Dawn Wilkins), qui vient gonfler l'effectif de l'entreprise, et qui est accueillie très vite par les deux amis. Kyle est tout de suite attiré par la jeune femme, ce qui ennuie Martha... D'autant que Rose, mère célibataire d'une petite fille, Jesse, est exigeante et envahissante selon elle... Un matin, alors que Kyle et Rose sont sortis la veille, on retrouve la jeune femme étranglée. Trois suspects: Kyle, qui est sorti avec elle, mais l'a raccompagnée assez tôt; le père de Jesse qui est venu faire un esclandre chez elle sous le prétexte de lui emprunter de l'argent, et Martha qui a joué les baby-sitters d'un soir, et a assisté à la bagarre entre les deux parents...

Les acteurs, sans doute afin de pallier à leur manque d'assurance, ont été priés de ne pas manifester la moindre émotion, ce qui est assez déstabilisant... Le montage (dû comme d'habitude à la fidèle Mary Ann Bernard qui est tellement habituée à travailler avec Soderbergh qu'on a l'impression qu'ils ne font qu'un) fonctionne justement dans l'idée de pallier à ce manque d'émotion, en privilégiant des plans courts et dénués de drame. On est souvent à distance des non-acteurs, qui devisent parfois sur leur quotidien, avec naturalisme, mais sans misérabilisme. Et comme on n'est pas chez Pialat, ils le font sobrement... Le jeu dédramatise, mais le montage et la mise en scène font très bien le boulot. 

C'est peut-être l'un des films les moins chers au monde! Peter Andrews, le chef-opérateur attitré de Soderbergh (Qui ne lui coûte presque rien, paraît-il), a travaillé en vidéo numérique légère et a travaillé le cadre en fonction des lieux, toujours à l'économie, dans des plans qui bougent peu, mais sont autant de vignettes du quotidien... Pas de glamour donc, mais une impression de tangibilité poignante... Qui a ses limites, j'en conviens! Disons, qu'au moins, contrairement à Bruno Dumont, aucun mépris n'est présent à l'égard des gens qui sont filmés non pour leur médiocrité, mais pour leur humanité. Et Debbie Doebereiner fait un travail remarquable.

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh
31 juillet 2016 7 31 /07 /juillet /2016 09:02

Sous la forme d'une comédie légère, voici un film d'une grande originalité. Matt Damon y interprète un ingénieur agronome, étoile montante de son entreprise, qui prend contact avec le FBI pour dénoncer ce qu'il considère comme une fraude caractérisée. Mais le FBI n'est pas au bout de ses surprises. Le spectateur non plus. J'ai menti en ouvrant cette chronique, mais il est impossible de parler de ce film et de son déroulement sans en trahir les aspects les plus inattendus. Je vais donc m'arrêter rapidement...

Au moins, Steven Soderbergh ne nous ménage pas. Peu de temps après son étrange Che et son très ennuyeux Girlfriend experience, il nous brosse l'attachant et marrant portrait d'un homme qui a une conception toute personnelle du rêve Américain. L'image signée de l'inévitable et fictif chef opérateur Peter Andrews, est très belle et riche, et le film est hallucinant par sa construction. Très attachant, et assez révélateur malgré tout sur les conflits intérieurs d'une société en proie à sa propre auto-destruction. Sous la forme d'une comédie, oui, mais au final The informant! est autant facteur d'indignation que pouvait l'être Traffic en son temps. Mais sur un sujet aussi inattendu que ses surprises...

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Published by François Massarelli - dans le coin du bizarre Steven Soderbergh
30 juillet 2016 6 30 /07 /juillet /2016 21:38
The girlfriend experience (Steven Soderbergh, 2009)

Poursuivant sa carrière expérimentale et touche-à-tout, Steven Soderbergh pose la deuxième pierre d'un édifice entamé avec Bubble, il y a quelques années: faire des films pour rien du tout, avec des acteurs pas forcément professionnels, en inventant des nouvelles formes.

Ici, il prend aussi son inspiration dans une série qu'il avait réalisée en compagnie de George "What else?" Clooney, K Street. Le nouveau film, réalisé en 12 minutes pour trois dollars et douze cents, présente quelques jours de la vie d'une escort-girl de luxe jouée par une "adult film star", Sasha Grey: elle propose une prestation qui va au-delà du zim boum tagada traditionnel: elle incarne pour ses clients une authentique petite amie, à heures tarifées. Par ailleurs, divers bouleversements dans son business trouvent un écho dans la situation politique pré-Obama du pays.

Bon, j'aime Steven Soderbergh, je le vénère, même; tel qu'il est, il me plait, il me fait de l'effet, et je l'aime. Mais là, franchement, la jeune femme en question, ses affaires, ses conversations, tout ça, on s'en fout. Voilà.

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh le coin du bizarre