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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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27 juin 2022 1 27 /06 /juin /2022 15:02

Le Spielberg adulte a toujours eu un faible pour les films qui nous font visiter l'histoire à ses moments cruciaux, en favorisant les coulisses plutôt que l'exploit. Un exemple paradoxal serait d'ailleurs de trouver cette même démarche dans le chaos juvénile de 1941, qui ne raconte absolument pas Pearl Harbor, mais bien une série de conséquences envisageables dans le pire des cas... Mais non, les films où Spielberg manifeste cet intérêt qui lui permet de recréer avec passion une époque, sont tous sérieux, en effet. Sérieux, mais pas austères pour autant: The post est parfois assez drôle, et pour cause, c'est le premier film de son auteur à évoquer le monde du journalisme...

C'est un genre à part entière, entre les trois adaptations de la pièce The Front Page de Ben Hecht, la comédie muette de Capra The power of the press, et bien sûr All the president's men, d'Alan Pakula, auquel on ne pourra tout simplement pas ne pas penser... Car le fond du film est basé sur une affaire qui est liée au Washington Post, les tombeurs de Nixon. Mais il faut croire, quand on voit le film que ça n'était pas gagné d'avance, car à l'époque dont parle ce long métrage (située quelques années avant le Watergate), le journal, entreprise familiale un peu en difficultés, est finalement plus une publication locale qu'un grand journal d'investigations reconnu dans tout le pays, comme par exemple le New York Times. Et ce dernier est le modèle insurpassable et inatteignable, à la fois le collègue, l'ami et la rude compétition...

Deux mondes des coulisses du journal nous sont montrés, dans un premier temps ils semblent presque évoluer chacun dans son coin: représenté par la propriétaire Katherine Graham (Meryl Streep), le conseil d'administration décide d'ouvrir le journal en bourse afin de le consolider. Représenté par Ben Bradlee, le rédacteur en chef (Tom Hanks), lé rédaction est elle occupée à faire son boulot, avec tous les moyens possibles, y compris douteux, pour continuer à exister: les deux ont un seul et même but, sauver le journal. Et c'est dans ce contexte qu'une affaire éclate, qui menace sérieusement la survie du sens même du premier amendement de la Constitution: la Maison blanche décide en effet d'interdire au Ne York Times le recours à une source d'information inattendue, sous prétexte de mise en danger de la sécurité nationale...

La source en question est un Mac Guffin, finalement, mais de luxe puisque c'est une histoire authentique et peu banale: des rapports, des milliers de pages, commandés par rien moins que l'ancien ministre de la défense de Lyndon B. Johnson, président démocrate (1963-1968), et donc homme clé dans le dispositif de la guerre au Vietnam: Robert McNamara (Bruce Greenwood), ce n'est pas n'importe qui, et quand on lit, alors que les hommes continuent d'être envoyés au Vietnam, que la présidence sait depuis longtemps que la guerre est impossible à gagner et que la tuerie va forcément continuer pour rien, c'est une bombe... Mais ce n'est pas le Post qui va en être le déclencheur: c'est le Times. Mais par solidarité journalistique, autant que par intérêt plus personnel, la rédaction du Post va, à l'instigation de Bradlee, se lancer dans la bataille et eux aussi publier des extraits croustillants des «Pentagon Papers», comme on les appelle.

Et le problème, c'est que Katherine Graham, propriétaire du journal, héritière imprévue (son père avait laissé en mourant la direction des opérations à son gendre, mais le mari en question s'est suicidé, et il a fallu reprendre l'affaire au pied levé, et... Katherine est une femme!) doit dans le même temps assurer une transition en douceur vers l'actionnariat, ce qui nécessite de ne pas faire trop de vagues, et encore moins de s'attaquer à une ancienne présidence. Comme la famille de Katherine est depuis toujours dans les petits papiers des Démocrates, et que les Johnson et Kennedy, mais aussi McNamara sont des amis de la famille, ça se complique.

Voilà, impossible de faire court, devant un film qui lui en revanche réussit à rester d'une durée raisonnable, faisant moins de deux heures. C'est que la façon dont Spielberg traite de l'histoire en marche est constamment dynamique: aucun personnage de nous expliquera, aucune voix off ne nous facilitera la compréhension, nous sommes précipités dans l'action du film et nous attraperons le sens en route. Cette confiance bienveillante apportée au spectateur est déjà sacrément plaisante, mais elle s'accompagne aussi d'une mise en scène dont la rigueur reste légendaire: comme toujours, Spielberg maîtrise son sujet, sa direction d'acteur est surtout une affaire de confiance, et au vu du casting on le comprend; il croit en ce qu'il filme, assurément, et 'a absolument pas besoin de mettre sa caméra sur un skateboard comme le premier Peter Jackson venu quand il filme deux personnages qui parlent: eh oui, signe des temps (le film se situe entre 1966 et 1972), la caméra est parfois statique! Et parfois pas: c'est que devant un sujet comme celui-ci, le réalisateur aime à montrer qu'il est le maître du temps ressenti. Le suspense, la montée des enjeux, l'émotion qui naît de l'exaltation comme de l'accumulation des risques, Spielberg en a toujours été le maître, parfait héritier d'Hitchcock en la matière.

Et The Post, donc, ne nous parle pas de la guerre du Vietnam, ou de la presse, mais bien d'un moment crucial durant lequel une certaine forme de conservatisme (Ben Bradlee, après tout, est quand même un rédacteur à l'ancienne, un homme à l'écoute du présent, mais qui comme sa patronne, a eu des relations d'amitié avec un président... ) va soudain évoluer, et se jeter dans non pas une, mais plusieurs causes. La grandeur de l'Amérique, nous dit Spielberg, c'est aussi de pouvoir faire évoluer positivement un petit journal et le rendre important à l'échelle nationale. C'est pouvoir passer d'une gestion médiatique aux ordres, à la remise en cause d'une injustice flagrante. Et c'est aussi pour une femme qui est à la tête d'une entreprise familiale, de montrer qu'elle existe et de prendre la décision courageuse qui va transformer l'entreprise en empire de presse, à l'heure où les choses changent enfin pour a condition féminine.

Un exemple de la façon sûre mais discrète dont Spielberg procède dans ce film est une scène durant laquelle un Bradlee qui est à l'affût de toute idée pour mettre son journal au premier plan: il vient alors chez Katherine (des visites qui sont assez fréquentes, mais dont on sent que pour lui comme pour elle, il y a une transgression à venir ainsi chez elle), et ils discutent de la marche à suivre: trouver un coup fumant et risquer la respectabilité du journal vis-à-vis d'une Maison Blanche dont on sait qu'elle est aux mains d'un psychopathe tordu, ou montrer profil bas pour ne pas entraver la nouvelle dimension du journal, au risque de ne plus exister du tout en tant qu'organe de presse? Pendant la scène située dans une banale mais cossue pièce d'une banale mais cossue maison bourgeoise (le travail des décorateurs et costumiers du films est fabuleux, bien entendu), Streep et Hanks sont habillés en Américains des années soixante: costumes sombres, couleurs tristes. Venu de dehors, le ballon violet de la petite fille de Katherine va soudain perturber le ronronnement conservateur de la conversation, avant d'être rendu à sa propriétaire... En quelques minutes, nous assistons symboliquement à une occasion manquée, mais heureusement, Bradlee aussi bien que Graham sauront changer et deviendront enfin acteurs d'une histoire en marche.

Bref, il y a beaucoup à voir et à revoir, beaucoup à dire aussi, dans cette histoire formidable d'un journal qui prend la décision de mettre les pieds dans le plat et de publier un document, tout en protégeant l'anonymat de la source bien entendu, qui attaque ou incrimine un système inique dont le président des Etats-Unis, garant officiel de la démocratie, mais en réalité manipulateur d'extrême droite prêt à toutes les saletés, est à la fois le symbole et le maître incontesté... Tiens donc. The Post n'est donc pas qu'un régal, c'est aussi un grand film militant. Et la scène qui, à la fin, voit Kay Graham sortir d'une audience à la Cour Suprême sous les yeux admiratifs d'un parterre de jeunes femmes qui lui manifestent leur soutien n'est pas non plus anodin. Décidément, ce film nous prouve que l'histoire a des leçons à donner au présent, et plus souvent qu'on ne le pense...

 

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Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg
17 avril 2022 7 17 /04 /avril /2022 08:32

Les années 50: dans un quartier de Manhattan condamné à plus ou moins brève échéance (un panneau devant les ruines de vieilles maisons insalubres qui ont déjà été détruites annonce fièrement la construction du Lincoln Center), les jeunes Américains défavorisés s'affrontent: d'un côté, les Jets, les petits voyous blancs, qui revendiquent haut et fort leur mainmise sur le quartier, ce qu'ils affirment comme un droit inaliénable, obtenu par leur naissance sur place; de l'autre, les Sharks, la bande des garçons Porto-Ricains, arrivés massivement dans les années 50 sur la métropole, et qui eux aussi revendiquent leur citoyenneté, ce que les autres refusent de reconnaître... Fatigués, les policiers comptent les points entre cynisme et curiosité. Les jeunes Porto-Ricaines, plus désireuses que leur frères et fiancés de s'assimiler, restent aussi sur la touche. C'est dans ce contexte qu'à la faveur d'un bal organisé par des organisations de charité, Tony (Ansel Elgort), l'ancien Jet qui a fait de la prison, rencontre Maria (Rachel Zegler), la jeune soeur de Bernardo, le caïd des Porto-Ricains. Le coup de foudre est instantané, les ennuis aussi...

Ce n'est que la troisième fois que Spielberg effectue un remake; la première fois, c'était avec Always en 1989, un film mineur adapté d'un pur film de studio, A guy named Joe, réalisé en 1943 par Victor Fleming). Puis il y a eu War of the worlds en 2006. C'est significatif, d'autant que jusqu'à présent, Spielberg a surtout fonctionné en références aux genres plutôt qu'à des films particuliers. Il aurait pu, par exemple en lieu et place de 1941 ou Raiders of the lost ark, refaire n'importe quelle comédie musicale ou n'importe quel film d'aventures, mais il a toujours préféré réaliser des oeuvres originales, même si parfois il y glissait des bribes d'autres choses, comme des péripéties de The lost world (1997) qui faisaient furieusement penser malgré l'intrigue très différente à The lost world, l'adaptation de 1925 d'un roman de Conan Doyle... Mais avec West Side Story de Robert Wise, on s'attaque à du lourd, du mythique même, et ce à plus d'un titre: le film d'abord, réalisé par Wise suite à un immense succès sur Broadway, qui lâchait (ou semblait le faire) dans un New York contemporain les bandes rivales qui s'affrontaient sur fond de désoeuvrement, de crise identitaire et d'histoire d'amour mal partie; l'oeuvre théâtrale ensuite, qui avait été simplifiée voire édulcorée afin de cadrer avec le code Hays, et qui cette fois en 2020 pouvait être abordée plus frontalement.

Plus que jamais, c'est Romeo and Juliet, ce que Spielberg a souligné de façon plus nette encore que dans le film de 1961: l'intrigue de  la pièce de Laurents, Sondheim et Bernstein ne faisait pas mystère d'avoir été entièrement créée dans le moule de la tragédie de Shakespeare, mais le parler contemporain, l'environnement urbain et les circonstances socio-économiques étaient utilisées pour le gommer, pour fondre la tragédie dans les années 50-60. L'idée maîtresse de Spielberg est de garder le socio-économique en étant plus réaliste encore, tout en soulignant sans aucune ambiguité la provenance initiale de la tragédie, parfois en faisant directement référence au texte de Shakespeare. Oui, car (et j'imagine que ça a été critiqué) le dialogue du film a été réécrit, justement parce qu'en 2021, il y a des choses qu'un film peut afficher sans complexe, mais qui était impossible en 1960. Les personnages de cette nouvelle version ONT une sexualité, elle est affichée sans qu'on puisse s'y tromper. 

Ils SONT aussi, et sans ambiguité là non plus, Porto-Ricains ou Polonais, Italiens ou Cubains. C'était je pense une nécessité absolue principalement pour les personnages d'origine Hispanique, et en maintenant cette exigence ethnique sur le casting, Spielberg s'est rajouté une difficulté supplémentaire, car il a fallu recruter à tour de bras des acteurs-chanteurs-danseurs... Et le pari est plus que réussi. A Natalie Wood et George Chakiris viennent désormais se substituer Rachel Zegler (d'origine Colombienne), Anita DeBose (d'origine Portoricaine) ou David Alvarez (Canadien, d'origine Cubaine). L'énergie dont ils font preuve est complétée par l'authenticité culturelle. Cette exigence n'est jamais que décorative dans le film, puisqu'il est évident qu'au-delà du projet personnel fou de Spielberg qui voulait donner à voir, dit-il, une nouvelle version d'un des spectacles préférés de son père, le film se veut une nouvelle parabole sur l'état des Etats-Unis ou du monde à l'issue de quatre années de délire trumpiste... Dans ces conditions, le choix de restituer fermement à ses personnages leur vraie dimension culturelle et ethnique fait sortir le film du pittoresque pour lui donner une dimension de tragédie ancrée dans la réalité. Un tour de force, après tout, pour une comédie musicale...

En choisissant de garder l'intrigue dans les années 50, Spielberg permet au jazz et au cinéma de se mélanger en toute cohérence, et ne se prive pas de demander à ses acteurs d'évoluer dans une reconstitution à l'authenticité indéniable des quartiers de New York; mais il permet aussi d'éclaircir la lecture socio-économique de son intrigue, sans la polluer de façon excessive par un recours au monde des années 2020. Puisque le monde s'enfonce dans le brouillard ethnique et raciste des années 50, autant y retourner, donc... Ce qui n'empêchera pas le couple de Tony et Maria de poser les bonnes questions et d'apporter les bonnes réponses, mais pour le reste de l'humanité présente sur le film, il n'y a pas de doute: c'est chacun chez soi, chacun pour soi, et tout le monde contre tout le monde. Une simplification donc, qui sert le propos, puisqu'on sait que la lecture contemporaine du monde simplifie tout à l'extrême et que désormais ce qui marche en toute circonstance c'est le "nous" contre "eux", voir à ce sujet les incidents de Charlottesville, les réactions de la droite Américaine à Black Lives Matter, la politique de Poutine et son invasion (motivée par une propagande qui souligne la noblesse de la démarche, si "nous" ne sommes pas coupables, alors forcément c'est "eux"), la montée (relative et pour l'instant enrayée mais sachons nous méfier) d'un nouveau candidat aux idées ouvertement fascistes en France, présenté comme le sauveur face à l'obscurantisme, ou enfin la simplification des forces politiques autour des Musclor de tout poil: Bolsonaro, Orban, Poutine ou Le Pen...

Donc le film, en soulignant les années 50 rend beaucoup plus facile la peinture de nos années troublantes. Ce qui le situe en droite ligne de ses films les plus "sérieux", les oeuvres épiques (Empire of the sun) romanesques (The color purple, The war horse) ou historiques (Schindler's list, Amistad, Saving private Ryan, Munich, Lincoln, The Bridge of Spies ou The Post).

Et à partir de tous ces ingrédients, Spielberg réussit là où on attendait parfois un ratage par trop de précautions. Après tout, c'est un peu son habitude, celle de réussir l'impossible, ce dont il a fait une marque de fabrique (j'ai toujours pensé que son péché mignon était précisément rendre visible ce qui était impossible). Cette virtuosité se conjugue ici à un sans faute à touts points de vue: le film est respectueux des différences et de la vérité des comportements, montre clairement deux mondes s'affronter mais souligne les parcours individuels; la tragédie musicale s'effectue sous nos yeux et à nos oreilles avec une énergie constante, et reprenant génialement à son compte les déambulations dans les quartiers de New York, et en permettant aux danseurs de se cogner allègrement dans le décor, mais cette fois la caméra est au plus près de l'action: toutes les scènes sont basées sur une utilisation du cadre, du mouvement d'appareil, du placement aussi de la caméra (le bal, en particulier, avec une utilisation magistrale de la technique du motion control pour nous montrer un vrai, un beau coup de foudre), qui nous rappelle que Steven Spielberg est l'un des plus grands (non, LE plus grand, assez de faux semblants) de la première génération des  cinéastes innés, ceux qui sont nés dans un monde dont le cinéma était déjà la principale activité culturelle et en ont développé une connaissance profonde et naturelle... Ici, ça se voit, si on y prête attention, sans qu'il y ait ce besoin irrépressible et ridicule de bouger la caméra pour bouger la caméra (hello, Peter Jackson)... Et sinon, narrativement tout le monde y trouve son compte. Les acteurs sont tous danseurs, chanteurs, et le naturel est permanent; le film est remarquable aussi pour le fait que la thématique de "nous contre les autres" semble en rien oublier: non seulement l'affrontement ethnique, mais aussi (déjà présent dans le texte original avec la splendide chanson America) un affrontement des genres, avec deux sensibilités qui se font face: les hommes perdus dans leur lutte identitaire à coup de barres de fer, les femmes désireuses de s'assimiler... Une lute des sexes drolatique, qui débouche tout à coup sur le drame lorsque Anita (Ariana DeBose) va se faire violer par les Jets en colère... Un personnage qui a fait couler beaucoup d'encre contre lui est celui de Buddy Boy, qui apparaît dans le contexte des années 50 comme la fille qui refuse de ne pas être un garçon, un personnage trans qui refuse la binarité donc. Certains pays ont réagi par de la censure, et d'autres ont condamné une manipulation qui serait hors de propos ou hors contexte. Mais de même que d'accepter des sexualités différentes en 2020 n'empêche pas l'homosexualité, par exemple, d'avoir toujours existé (il faut être un tout petit triste sire comme Eric Zemmour pour s'imaginer que le monde est en proie à une soudaine "mode LGBTQ"), le personnage d'Anybody (iris menas), rejeté par tous, en particuliers par ses pairs, les garçons qui se reconnaissent dans les Jets, est une façon de souligner la complexité du rejet. Une façon non binaire, dans un monde qui cherche désespérément à le rester... En développant le personnage de "garçon manqué" dans cette direction, e film achève de relier les deux époques.

Bon, on l'aura compris, ce film qu'on n'a pas forcément vu venir, dont la nécessité n'apparaissait pas de prime abord, est en réalité un chef d'oeuvre de son auteur, un film qui coche toutes bonnes cases certes, mais qui le fait avec naturel. En reprenant l'actrice Rita Moreno qui interprétait Anita dans le film de Wise et Robbins, en soulignant au générique final la proximité avec celui de 1961 (ici, les noms viennent se surimposer sur des plans de murs, portes, ruines, autant d'éléments rouillés, poussiéreux ou en lambeaux; l'original montrait dans son générique des murs surchargés de graffiti... les crédits des protagonistes et techniciens du film) , Spielberg nous rappelle d'où vient son film. Un remake qui n'oblitère jamais l'original, mais qui part avec bonheur dans de nouvelles directions, la principale étant de se situer paradoxalement dans notre monde à tous, tout en étant furieusement situé dans les années 50 à partir d'une intrigue née en 1594. Un film à la sensibilité à fleur de peau aussi, qui culmine dans une représentation déchirante d'un amour fou qui est arrêté en plein vol. Un film majeur de Steven Spielberg.

 

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Published by François Massarelli - dans Musical Steven Spielberg Danse
11 janvier 2021 1 11 /01 /janvier /2021 17:22

La famille et la difficulté d'être père: LE sujet de Spielberg? Après tout, Jaws, Close encounters, Indiana Jones and the temple of doom, Jurassic Park, The Lost World, et The War of the worlds (plus ceux que j'oublie) parlent essentiellement tous de cette difficulté, dont Spielberg a publiquement reconnu qu'il s'y retrouvait... Une obsession thématique, donc, en bonne et due forme, que le cinéaste a décliné de film en film, au milieu d'un tas d'autres. Et Hook, reprise de Peter Pan avec une variation en forme d'actualisation, promettait de s'y remettre.

Donc Peter Pan, littéralement un éternel gamin, a pourtant grandi et laissé la vieillesse prendre le pas sur le reste, au point qu'il a tout oublié. Adopté, devenu Peter Banning, il a fini par se marier, et avoir deux enfants. Et maintenant, c'est un pur produit du privé, rivé à son téléphone cellulaire, et il néglige ses proches, soit ses deux enfants Jack et Maggie, son épouse Moira, et "grand-mère Wendy", la grand-mère de Moira, qui l'a recueilli quand il était enfant... Il faut que quelque chose se passe pour tirer Peter de ce mauvais pas.

Je découvre ce film, dont j'ai souvent lu l'argument avec une grande dose d'incrédulité... une fois vu le film, et c'est bien le problème, c'est toujours pareil, tout se passe comme si le script, ou l'idée principale, parfaite pour utiliser l'homme-enfant Robin Williams, était purement et simplement une mauvaise idée, pour faire un film, certes soigné, mais défectueux. Une histoire qui ne fonctionne pas (il faut que Peter Banning réveille le Peter Pan qui est en lui pour retrouver l'accès à ses enfants, et se retrouver dans la situation où il n'aura plus qu'un désir: rester un enfant!) et le film se noie dans l'excès... Excès de saccharose, de décors, de détails, de gens qui passent et qu'on reconnaît ou pas, dont Phil Collins et David Crosby, et excès tout court de Robin Williams et Dustin Hoffman. Et je pense que Spielberg, qui s'est empressé d'aligner ensuite les films importants, a bien du se rendre compte que celui-ci était...

Raté.

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Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg
22 novembre 2019 5 22 /11 /novembre /2019 18:14

C'est bien sûr un choix délibéré de laisser le titre Anglophone de ce bien étrange film, un projet de longue date pour Spielberg qui avait d'ailleurs exorcisé sa frustration de ne pouvoir le réaliser, en créant en 1980 le personnage d'Indiana Jones. D'où une question: pourquoi revenir à la charge?

Sans doute parce que, comme avec Jurassic Park, la technique qui évolue sans cesse et rend soudain des choses qui étaient auparavant impossible, parfaitement réalisables? Et comme Spielberg voulait animer tant que faire se peut les dessins d'Hergé, il est donc revenu à ce projet et avec l'aide non négligeable de Peter Jackson, co-producteur et quasi co-auteur, il a donc donné vie à ce projet insensé...

Ca part très bien: on replace l'intrigue du Secret de la Licorne dans un nouveau contexte et avec l'aide du Crabe aux pinces d'or, on rejoue la grande scène de la rencontre en Haddock et Tintin. Mais surtout, le début est très proche d'Hergé, qui apparaît dans un petit rôle... Spielberg table comme il le fait toujours sur des jeux e regards, quelques scènes de l'exposition sont brillantes. L'animation est assez peu convaincante, mais ça passe, et puis... ca se met à bouger dans tous les sens, avec cette manie de ne jamais reposer la caméra, vous savez, cette sale et insupportable bougeotte que Peter Jackson a imposé dans le Seigneur des anneaux... Andy Serkis en fait des tonnes, et ça devient un assez médiocre film d'action. Pléonasme, d'ailleurs... Dommage, donc.

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Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg Animation
15 septembre 2018 6 15 /09 /septembre /2018 11:11

Retourner sur ses pas, se remettre dans la peau d'une sorte de soi-même en plus jeune, et s'amuser de mélanger son art tel qu'il est maintenant (gros moyens, CGI, direction d'acteurs) avec ce qu'on aurait fait à une autre époque... en matière de méta-cinéma, Ready player one est un auto-pastiche, un "à la manière de" parfaitement assumé. Cela s'imposait-il?

...Pourquoi pas, à une époque où le type de situation qui nous est montrée dans ce conte (le monde est tellement glauque qu'on préfère "vivre" dans un univers parallèle) devient pour beaucoup une réalité, Spielberg peut à nouveau confronter la science-fiction au monde actuel, comme il l'a déjà fait à plusieurs reprises. Mais qui s'attendrait à une fable pleine de sens en sera pour ses frais: RPO, c'est de la rigolade, du pur plaisir... 

Et je le dis haut et fort: pour réussir à me faire comprendre un film situé dans l'univers des jeux vidéo, et ne jamais me perdre, il fallait un sacré métier, donc je confirme une nouvelle fois: Spielberg connait son affaire. Ce n'est pas un scoop... Mais à travers ce film en forme de gros bonbon de plaisir, qui déroule une histoire assez classique (et très disneyienne) de jeunes un peu décalés qui vont s'imposer dans le vrai monde grâce à ce qu'il se passe dans leur univers virtuel, Spielberg nous livre aussi des autoportraits, inattendus: d'un côté, il se réinvente en créateur paradoxal (dont le destin réel est un easter egg à lui tout seul) qui se tient à l'écart du monde, dont il a raté l'examen d'entrée: fonder une famille. Le bon vieux complexe de Spielberg dans les années 70-80, et qui revient périodiquement dans ses films. Et il se montre aussi en petit adolescent surdoué mais socialement incapable, qui va réussir sa vie en creux dans le monde du jeu vidéo...

Et tout ça en mettant un point d'honneur à ne jamais s'auto-citer: car il y a de tout dans le film: du Zemeckis, du Star Wars, du Kong, des Looney Tunes... mais à part un T-Rex, rien qui puisse remonter à Tonton Steve. Si ce n'est, bien sûr, à travers deux trois trucs structurels, comme ces écrans explicatifs qui remontent tout droit à Minority Report...

Voilà, je m'étais dit en voyant ce film parfaitement plaisant, mais vide de sens, et totalement accompli et oblitéré dans le plaisir facile qu'on y prend, qu'il n'y aurait strictement rien à en dire. J'avais un peu tort, puisque je viens d'y consacrer quelques lignes. Maintenant, je doute qu'il contienne le secret de l'univers. 

...Rosebud.

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Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg Science-fiction
19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 11:04

Maintenant plus que jamais, il me paraît pertinent de rappeler ce qui distingue Spielberg des autres réalisateurs, ce qui fait l'essence même de son cinéma.

Peut-être faut-il aussi avant tout rappeler qu'un cinéaste, c'est une personne qui fait en sorte de créer des images, de les assembler et de les présenter sous une forme cohérente, selon le plan qu'il ou elle s'est donné, dans le but de raconter une histoire, qu'il ou elle n'a pas, ou pas forcément écrit. Théoriquement, il ne sert à rien de considérer la mise en scène sous l'angle du script, qui n'est qu'une partie du tout. Ce n'est que théorique: Spielberg est la patron, et comme Hitchcock en son temps, même sans mettre la main su scénario il réussira à le faire aller dans le sens qu'il veut.

Mais l'essentiel de Spielberg, tient en trois points: premièrement,  il considère l'humanité, sa vie et les rapports qui sont entretenus par les individus dans leur vue et leurs aventures, sous un angle bien précis: celui du regard. Vivre c'est voir et voir c'est vivre...

Ensuite, le metteur en scène aime à montrer, faire voir, et bien sur montrer des gens qui voient, c'est la base même de son cinéma. On se souvient tous du plan dans Jaws du shérif Brody, sur la plage, qui voit ce dont il a tant peur, l'attaque d'un requin sont il a tant peur. C'est par la vue que Sam Neill, dans Jurassic Park, comprendra enfin où il est, et tout mot deviendra inutile.

Et troisièmement, et c'est particulièrement lié aux deux exemples dont je viens de parler, Spielberg est toujours motivé, et ce depuis son premier film, par le défi de montrer et donc de faire voir ce qu'on ne verra peut-être jamais: recréer des moments- clés (Le vote du 13e amendement dans Lincoln ou le débarquement en Normandie dans ce film), montrer des choses intenses comme on ne les a jamais aussi bien vues (La fuite de la famille dans The war of the Worlds, la scène de suspense haletante dans The lost world, ou tout Jaws), et enfin montrer l'inmontrable, ce qui n'existe pas, ou ce dont on ne peut pas témoigner parce qu'on n'y survivra certainement pas, et en plus on n'a pas toujours une caméra sur soi (Une attaque de requin, une rencontre avec un alien, ou le chaos créé par la psychose d'une attaque des japonais en Californie après Pearl Harbor!).

Et ces trois aspects sont particulièrement en évidence dans ce film, qui questionne, annule et remplace tout ce qui faisait jusqu'à présent le film de guerre, en en raffinant la technique jusqu'à l'extrême, et en y trouvant une nouvelle façon de gérer les deux aspects indissociables et inconciliables du genre: the big picture, comme disent les anglo-saxons, ici le débarquement et sa suite; et the small picture donc: c'est quoi, exactement, débarquer? se prendre une balle? sauver un copain? tuer un ennemi? perdre ses organes? Tout le film passera de l'un à l'autre et ça tombe bien car c'est effectivement le sujet de ce film profondément, mais jamais aveuglément, humaniste.

La première séquence est une courte introduction, qui engage le spectateur dans son premier rapport au regard, situé à l'orée de 27 minutes à couper le souffle; un vieux soldat Américain se rend, 50 années après la guerre, sur un cimetière Français en compagnie de sa famille. Il cherche une tombe, la trouve: un gros plan de son visage nous le montre, regardant intensément dans ses souvenirs. Ces souvenirs, ce sont donc les moments du débarquement, tel qu'on ne l'a jamais vu. Spielberg nous plonge a coeur de l'action et contrairement à ce que l'équipe de Darryl Zanuck avait souhaité faire en 1962, il nous réserve les vues d'ensemble pour la fin, épousant en permanence le point de vue des soldats dans ce qu'ils vient, et donnant à voir ces moments brutaux et hallucinants dans tout leur réalisme, à hauteur d'homme... Ce qui n'avait jamais été fait aussi bien. 

Ensuite, une fois les soldats (Et un capitaine, qui encaisse avec difficulté la situation, et qui sera notre principal "héros") débarqués, et la situation permettant d'avancer, l'intrigue proprement dire peut commencer; un des soldats morts s'appelle Ryan; on voit ce qui se passe quand l'armée doit donner la nouvelle de la mort d'un soldat à sa famille. Et le problème, c'est que Mrs Ryan, qui avait perdu un de ses quatre fils la semaine passée, va devoir faire face cette fois à la mort de deux d'entre eux. Une décision est prise, symbolique bien sur; en très haut lieu: retrouver, sauver,et rapatrier le quatrième, James Francis Ryan (Matt Damon). Cette mission échoit à un homme auquel on a semble-t-il beaucoup demandé, le capitaine Miller que je mentionnais plus haut (Tom Hanks): pas un héros professionnel, juste un home qui fait le travail qu'on lui confie et tente de le faire bien. Pas le genre non plus à discuter un ordre mais il n'est pas bête: il sait qu'il va devoir, dans une quête absurde, risquer la vie de plusieurs hommes pour en sauver un seul...

Les hommes en question sont issus de toutes les couches de la société Américaines, sauf que tous sont blancs... Dans les statistiques, c'est tout à fait réaliste; hélas: à ce stade du débarquement, la grande majorité des soldats Afro-Américains était déjà décimée... N'en demandez pas plus, je pense que c'est inutile! Mais sinon on a un groupe de personnalités réunies derrière Tom Hanks, avec un petit soupçon de convention bien dosée: Caparzo (Vin Diesel), le docteur Wade (Givanni Ribisi), Mellish (Adam Goldberg), un juif qui s'amuse d'ailleurs beaucoup à montrer un pendentif avec une étoile de David à des prisonniers Allemands, il y a aussi le sergent Horvath (Tome Sizemore), le sniper Jackson (Barry Pepper), le soldat Reiben (Edward Burns) et enfin le caporal Upham (Jeremy Davies), un traducteur qui n'a jamais été au combat. Le rapport qui s'établit entre eux est un mélange assez usuel de camaraderie et de chamailleries douteuses. Mais tous s'entendent plus ou moins sur un point: pourquoi aller risquer sa vie pour trouver un type? 

Malgré tout, quand ils le trouvent, il s'avère que c'est un vrai rave type, qui commence par dire qu'il est hors de question surtout maintenant qu'il a perdu ses trois frères, de laisser ses frères de combat se débrouiller... 

Le film avance donc en trois parties distinctes: le prologue à Omaha Beach, la recherche du soldat Ryan, et enfin une fois qu'il a été trouvé, une bataille improvisée pour garder un pont, qui sera l'occasion pour la petite troupe d'être assez largement décimée. J'ai parlé de point de vue, tout à l'heure: celui des Allemands, ou celui des Français voire des Anglais, sont totalement absents: c'est un parti-pris qui n'a rien de gênant car il permet justement de se concentrer sur le point de vue de ceux dont la mission embarrassante est de sauver le Soldat Ryan: les SS sont leurs ennemis, et quand d'aventure ils en ont un entre les mains, il passe un sale quart d'heure. L'héroïsme dans ce film est réel et authentique: on ne se lève pas en se disant qu'on deviendra un héros, on prend juste des décisions au moment ou il fait les prendre: quelquefois, ce sera la bonne... Quelquefois pas. tous ces hommes ont parfois un comportement admirable et parfois pas. Mais la vue d'ensemble est toujours là pour qui veut bien la voir: et c'est le Capitaine Miller qui s'en charge.

L'expérience de ce film est sensorielle, fatigante et comme je disais plus haut, divisée en trois. Il est de bon ton, et en effet ça se justifie, de dire que le film n'est jamais meilleur que dans ses premières 27 minutes. Mais il serait stupide de condamner le reste qui est parfois critiqué pour ses émotions: pour commencer, peut-on imaginer une guerre sans émotions? Et le metteur en scène a su différencier ses trois parties pour rendre le tout vraiment intéressant: la deuxième partie vire parfois au picaresque, et montre de quelle façon les hommes sont poussés à s'opposer (Notamment sur le sort d'un prisonnier de guerre). Le rôle de Upham, le novice et le naïf, est important pour faire le lien avec le spectateur. Mais la troisième partie reprend le réalisme dur de la première, sans qu'il y ait cette notion de parcours, d'avancée propre au débarquement.

Lors de ces scènes de la bataille finale, Spielberg fait faire du sur-place à ses soldats, et invoque l'héritage de Kubrick et de Full Metal jacket, mais aussi celui de Kurosawa pour la recherche de la maîtrise des armes dans le chaos de l'adversité. La façon dont Miller déploie ses troupes renvoie aux Sept Samouraïs... une bonne dose de lyrisme en moins. e sont ces scènes qui font vraiment s'affronter les hommes qui se trouvent être Américains (mais auraient pu être de n'importe quelle nationalité) et leurs ennemis, se trouvant être des Allemands. C'est là qu'on trouve des plans extraordinaires de vie et de mort et cette troisième partie, âpre et sans compromis, donne tout son sens au film: on y montre la guerre dans toute son horreur, mais aussi dans toute sa nécessité: on m'attaque, je me défends. Je l'attaque, il se défend. Bref, les actes et les faits de la guerre. Rien de plus, rien de moins.

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Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg
28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 09:00

C'est sur, il ne s'arrête jamais; comme Roald Dahl lui-même ne s'arrêtait jamais, faisant en permanence un passage entre les siècles par une oeuvre féconde et sans limites dans son imagination, et permettant aussi un passage entre le monde de la fiction pour les enfants et celle, plus codifiée et nettement moins permissive, des adultes... Et c'est là un autre paradoxe entre le Gallois et l'Américain:leurs oeuvres transcendent les limites d'âge, et avec eux on en prend pour une vie entière. Raison de plus pour accueillir un nouveau film de Spielberg comme une nouvelle compagnie indispensable. De prime abord, ce qui peut éventuellement gêner, c'est d'ordre esthétique: ce film qui invente un monde repose donc sur les effets numériques et l'animation 3D... Et ces derniers temps, l'animation 3D, elle ne s'arrange pas! Pourtant on échappe largement au désastre ici, avec une esthétique qui réussit à la fois à rendre hommage à Quentin Blake, sans chercher à l'adapter au réalisme graphique en vigueur. C'est une réussite...

The BFG raconte la rencontre improbable entre Sophie, une jeune orpheline qui vit dans une institution où elle est seule à mourir d'ennui, dans l'Angleterre des années 80, Et un géant qui vit au pays des géants, pas mieux loti qu'elle du reste: Sophie n'a pas d'amis dans son orphelinat, ou elle passe ses journées à ne pas se faire voir, et nous n'assisterons à aucune interaction avec qui que ce soit, à part sans doute un chat roux, qui comme tous les chats roux est bien gentil, mais possède quand même son monde à lui d'abord et avant tout; et le géant, lui, est seul, car il est trop petit et rejeté par les autres, et en prime, il ne mange pas d'êtres humains. Pire: étant seul, il en recherche la compagnie, mais... c'est dangereux pour les petits humains, de fréquenter un géant certes gentil, mais qui cohabite avec des cannibales...

Ou des "Cannes-à-balle", pour reprendre le vocabulaire très particulier des géants, qui n'ont qu'une compréhension intuitive et un peu déformée du langage des êtres humains. Sophie, cela va sans dire, va être une rencontre importante dans la vie de celui qu'elle ne tardera pas à appeler BFG, ou "big friendly giant"... Importante pour elle qui va découvrir la complicité, et pour lui qui va enfin (re) découvrir la tendresse. Comme souvent chez Dahl, mais aussi chez Spielberg, une leçon de vie...

...avec des bulles.

C'est un enchantement, tout bonnement. Spielberg fait ici une synthèse de son oeuvre, revisite les situations de nombreux de ses films (E.T. bien sur...), et réussit aussi à reprendre une partie du dispositif de Hook, soit la confrontation entre le monde réel et l'imaginaire, mais sans tomber dans les mêmes travers. Il s'inspire, pour la partie animation, des meilleures oeuvres des ateliers Disney, époque Fantasia, et la prouesse est que réalité et animation (Parfois très abstraites, comme la représentation des rêves) s'intègrent parfaitement... Sa mise en scène, une fois de plus centre sur le regard et le pouvoir de dépassement des images, mais aussi sur un suspense maîtrisé comme d'habitude, nous livre une fois de plus du cinéma classique, et qui remplit haut la main sa mission; adapter sans trahir un classique de Roald Dahl, fournir un film qui réunit la famille, et pourra rester dans les mémoires longtemps. On sait qu'après ça, le metteur en scène est certainement parti dans une toute autre direction, explorer un tout autre genre. On attendra, et on a confiance.

(A noter, une critique qui est tout sauf divisée sur ce film: il semble que tout le monde a détesté. Enfin, ceux qui se sont déplacés... et ils sont bien rares.)

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Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg
22 mai 2016 7 22 /05 /mai /2016 11:31

Tout commence à Brooklyn en 1957, lorsqu'un homme d'âge mur, Rudolf Abel (Mark Rylance) quitte son appartement miteux pour se rendre dans un parc et y peindre. Il y récupère discrètement un objet, car c'est un espion Russe. Mais il est arrêté au terme d'une surveillance sans relâche par la C.I.A. Une fois sous les verrous, son destin ne fait aucun doute. Un cabinet d'avocats informent l'un des meilleurs de ses ténors, Jim Donovan (Tom Hanks) qu'il a été choisi à l'unanimité pour représenter ce client inattendu. L'idée n'est pas, selon eux de gagner le procès, mais de montrer qu'aux Etats-Unis, tout le monde a droit à un avocat, y compris un espion. Donovan s'emballe très vite: il voit l'occasion d'adresser le sujet du devoir d'un espion, et entend éviter la chaise électrique à son client, d'une part parce qu'estime-t-il, il n' a fait que son devoir; ensuite, il pense avec raison qu'en cas d'arrestation d'un Américain à Moscou, le public souhaiterait certainement qu'il s'en sorte aussi. Enfin, Donovan pense qu'un agent Russe pourrait servir de monnaie d'échange dans le futur. C'est donc contre une opinion publique volontiers hostile qu'il se lance dans la défense de son client, avec lequel il sympathique d'ailleurs assez rapidement.

Pendant ce temps, trois événements vont se dérouler à l'Est qui auront des répercussions sur cette affaire: d'une part, un avion U2 de reconnaissance est touché par un missile,et le capitaine Powers (Austin Stowell), qui le pilotait, est capturé. Ensuite, le Mur de Berlin est construit, et l'Allemagne de l'Est durcit sa politique à l'égard de ceux qui veulent le franchir. Enfin, un étudiant Américain, Frederic Pryor (Will Rogers) à Berlin est arrêté, et soupçonné d'espionnage parce qu'il passait le mur avec sur lui sa thèse sur l'économie des pays de l'Est... Les Etats-Unis vont en effet avoir besoin d'une monnaie d'échange, et d'un négociateur qui ne soit ni un espion ni un agent du gouvernement. Donovan est donc le candidat idéal...

C'est toujours étonnant d'envisager une collaboration entre Spielberg, en mode David Lean bien sur puisqu'il est ici question de souffle épique et d'Histoire avec un grand H, et les frères Coen... le script est pourtant bien signé de ces derniers, en collaboration avec Matt Charman. Je ne sais pas dans quelle mesure un tel script aurait pu être à un point ou un autre tourné par les deux frères. Mais l'idée n'est pas stupide, dans la mesure où ils sont passés maîtres dans un certain art du pastiche, et on retrouve un ton parfois sinon burlesque (Il ne faut quand même pas exagérer), en tout cas de comédie légère, avec en particulier l'interprétation de Tom Hanks en Jim Donovan. Il prend un plaisir certain et palpable à jouer ce père de famille décalé dans une situation d'espionnage, et dont les idées, parfois énoncées de façon un peu pépère, vont s'avérer contagieuses... Son rhume aussi, du reste: il ne supporte pas vraiment le climat hivernal de Berlin.

Le propos du film ne débouche pourtant pas sur la comédie. Spielberg aime questionner l'histoire et les comportements moraux passés, ce qu'il a fait avec maestria dans Lincoln. Il prend fait et cause pour Donovan, visionnaire dans un monde dominé par la peur irrationnelle de l'hydre communiste, qui fait oublier à tout un joli paquet de démocrates les idées et 'idéologie de tolérance et de liberté qui fait d'eux des Américains. Ainsi, contre tous, il va défendre l'espion, et va négocier avec des gens d'en face. Spielberg ne le fait pas en homme convaincu de l'angélisme d Khrouchtchev de de son système: on voit avec Donovan lors d'un passage en train dans Berlin, les citoyens abattus froidement parce qu'ils ont tenté de passer le mur. Mais il montre le combat tranquille d'un juste, dans un monde recréé de manière impeccable et passionnante.

Le metteur en scène, comme d'habitude, nous donne à voir des choses que nous n'avons jamais vues, car c'est la marque de son cinéma. A ce titre, la seule séquence ouvertement virtuose de son film est la descente en plein vol de l'avion de Powers, qui débouche sur un suspense très accompli, et est vue du point de vue de l'officier abattu. Spielberg joue aussi avec le point de vue dans la séquence de l'échange sur un pont, qui donne son titre au film. C'est via le regard de Donovan que les agissements des espions d'en face sont aperçus. On se pose finalement les mêmes questions que les Américains: les Russes vont-ils remplir leur partie du contrat?

Avec son ironie adoucie par le traitement de la mise en scène, le film ressemble plus à du Capra qu'à un film des frères Coen. C'est en attendant une oeuvre attachante, profondément humaine, et qui nous présente une fois de plus un portrait d'homme ordinaire qui est amené à faire des choses extraordinaires. Presque malgré lui.

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Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg Joel & Ethan Coen
29 octobre 2015 4 29 /10 /octobre /2015 09:46
E. T. the extra-terrestrial (Steven Spielberg, 1982)

Une famille désemparée, un alien mais pas du genre à vous bouffer tout cru, un suspense lié à la présence d'ombres inquiétantes mais qui s'avèrent en réalité être des humains, ce qui ne la rend pas potentiellement moins dangereux, tout est finalement en place pour que Spielberg nous donne à voir un film qui va asseoir définitivement son style et son univers. Je ne reviens pas sur l'intrigue, à la fois simple et riche, et globalement parfaitement structurée: elle est suffisamment connue pour qu'on n'ait pas besoin d'y revenir. Disons toutefois qu'elle est sans doute ce qui pêche le plus aujourd'hui à revoir le film: on y voit, surtout dans la dernière partie (Après la révélation de la condition critique de l'extra-terrestre, et l'intervention des forces spéciales), la volonté de rendre le film aussi prenant pour le jeune public, dans une Disneyisation qui est parfois gênante. Peu importe, Spielberg a montré dans le reste sa maîtrise indéniable, en un prologue muet parfaitement construit, qui installe de façon plus que convaincante toute la démarche: c'est du point de vue de ce petit alien que nous allons voir sa fuite vers le quartier ou habite son futur ami Elliott, et du cou on n'aura pas besoin de trop nous guider pour que nous aussi nous voyions ces êtres humains qui sont à sa recherche comme de sérieux dangers...

La mise en scène de Spielberg, post-Close encounters est bien sur portée vers le regard, qui reste le principal axe de sa narration, mais il a su tirer de son évocation mystérieuse des aliens un art de la lumière qui était nouveau dans son cinéma. Lui qui avait su trouver le moyen de montrer de façon frontale et provocante, s'échine désormais à suggérer, ou du moins à délayer au maximum sa révélation. Ce faisant, il utilise donc la lumière, avec ou sans source visible, pour construire son suspense dans des plans à couper le souffle: l'anecdote de la cabane dans laquelle le petit être venu d'ailleurs se réfugie, qui va être la première rencontre avec Elliott, est à ce niveau remarquable: Elliott va vérifier vers la cabane de jardin ce qui se trame, et il apporte une lampe torche, mais Spielberg nous montre en plan large Elliott comme paralysé par ce qu'il voit, la lampe en main, avec face à lui la cabane étrangement illuminée de l'intérieur. Pour ajouter à la beauté de la scène, la brume et un croissant de lune complètent la composition...

La famille dans laquelle arrive E.T., comme Elliott l'appelle bientôt, est un univers en crise: la maman (Dee Wallace) et ses trois enfants Michael (Robert MacNaughton), Elliott (Henry Thomas) et la petite Gertie (Drew Barrymore) ont en effet à gérer l'absence du papa, parti au Mexique suite à une séparation. La mère de toute évidence, est incapable de tempérer ses enfants, qui mènent leur vie comme ils l'entendent, il suffit de voir l'état de la maison, des chambres dans lesquels les jouets, les objets les plus divers, s'amoncellent, ce qui va paradoxalement permettre aux trois gosses de dissimuler un alien ventripotent pendant quelques jours, sans que la mère ne s'aperçoive de quoi que ce soit... Spielberg sait parfaitement rendre cette impression de vie intérieure phénoménale, due à un manque affectif, et c'est probablement le plus remarquable de la première moitié de ce film; car quelle que soit notre tolérance à la saccharine contenue dans la deuxième moitié, la motivation pour tous ces bons sentiments, est elle au moins assurée... Et le film raconte la lente mais inévitable recomposition de la cellule familiale, comme Close encounters à sa façon, et comme tant d'autres films depuis...

Qu'il ait mérité son succès est une évidence, que le film soit un peu une tricherie de la part d'un metteur en scène qui sait parfaitement ce qu'il fait, et qui sait tout faire, me parait également avéré. On peut l'admettre sans pour autant rejoindre le choeur des pleureuses (La critique Européenne, sans pour autant tomber à bras raccourcis, avait critiqué cet aspect tire-larme du film à sa sortie), tant E.T. apparaît comme un classique sur lequel Spielberg va désormais refonder toute sa carrière. Un film dans lequel il nous rappelle à son univers qu'il va s'efforcer d'élargir de film en film, en laissant par exemple des enfants rouler à vélo dans une zone de banlieue en construction. Il nous fait, à sa façon, le tour du propriétaire dans son propre jardin.

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Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg Science-fiction
16 août 2015 7 16 /08 /août /2015 10:21

Ce film est inspiré de faits réels, situés essentiellement dans les années 60, même si l'intrigue déborde un peu sur les années 70. Leonardo di Caprio y incarne Frank William Abagnale Jr, de l'état de New York, qui a quitté le domicile familial à l'age de 16 ans pour devenir, afin de survivre dans un premier temps, puis par vocation une fois le talent venu, un escroc. Sa spécialité: profiter du système fédéral de récupération des chèques, et du temps souvent très long entre l'émission et la récupération, pour vivre sur des chèques sans provision. Il est poursuivi durant toute cette période par Joe Shea, un agent du F. B. I? qui a fini par faire son affaire personnelle de l'arrestation d'Abagnale, tant la tâche était ardue. D'où le titre du film... Dans lequel Shea devient Carl Hanratty, interprété par Tom Hanks.

Le film n'est pas strictement chronologique, il est en fai ancré sur la prise en charge d'Abagnale par Hanratty en 1969, à Marseille, où le jeune homme purge une peine au grand dam du F. B. I. qui souhaite le récupérer. Durant cette escale Française, le jeune homme tente de s'évader malgré une dysenterie carabinée, et le retour en avion durant lequel les deux hommes vont échanger, va permettre le retour en arrière. Le reste du film est donc chronologique, débutant en 1963 pour aller jusqu'à 1969. La vie de famille des Abagnale (Un père ancien militaire, Christopher Walken qui professe un libéralisme musclé mais peine à faire vivre son esprit d'entreprise en raison de choix d'affaires peu judicieuses, et vit dans l'ombre de ses lubies, et une mère d'importation Française , Nathalie Baye, qui vit dans le regret d'avoir lâché la proie pour l'ombre et souhaite ardemment revenir à une vie plus clinquante) est rythmée par les coups d'éclat de Frank Sr, et le fils vit dans l'idolâtrie de son père. Mais la vie est dure, et des impôtts non payés vont être pour la famille le signal de la fin... Et un déclencheur pour Frank, dont l'éducation va tout à coup être prise en charge par un milieu qu'il ne connait pas, l'école publique. Le premier jour, grâce à sa prestance, il se fait passer sur un coup de tête pour un professeur de français, et réussit à faire illusion pendant une semaine! la réaction du père, convoqué à l'administration sera plutôt une franche admiration pour son fils, qu'une vague réprimande... mais le drame qui va tout entraîner, c'est l'annonce du divorce de ses parents... Frank S'enfuit et commence à vivre de ses escroqueries. En appliquant un principe simple: si les gens croient en ce qu'ils voient, la confiance s'installe, il faut donc assumer ses mensonges jusqu'à y croire. Le reste (Documents falsifiés, etc) n'est que technique, même si Frank Jr va très vite apprendre à être un maître dans le domaine... Et il sera, ainsi et successivement, co-pilote d'avion pour la Pan-Am, Pédiatre, Avocat, et même pour un bref mais intense moment, agent secret, face à un agent du FBI pourtant aguerri.

Le parcours de ce dernier, d'ailleurs, est souvent évoqué, mais le contraste entre les deux est très grand: autant Abagnale brille d'un charisme débordant et séduit à tour de bras, que ce soit les femmes qu'il courtise ou les personnes qui vont faire les frais de ses mensonges, autant Hanratty, entièrement dédié à sa quête d'un escroc que sa mission lui impose de débusquer et d'arrêter, est terne, gris (Il porte perpétuellement un de ces chapeaux vagues, qui démarquent le plus souvent dans les films les officiers de police qui se tiennent furieusement à l'écart de toute mode...) et considéré ni par ses collègues ni par ses supérieurs. L'homme dont la capture est le but de sa vie devient même d'une certaine façon son dernier ami, lui téléphonant chaque veille de Noël... Le lien entre les deux est fort, d'autant plus que pour Frank, le traumatisme du divorce de ses parents devient le moteur de sa fuite en avant, et il cherche y compris dans ses arnaques la reconstitution d'une famille. C'est le sens de son mariage programmé à la Nouvelle-Orléans avec Brenda Strong (Amy Adams), dont il aimerait intégrer la famille, et surtout profiter de l'amour des parents (Martin Sheen et Nancy Lenehan), qui eux, après tant d'années, s'aiment encore. Frank va même révéler à son futur beau-père toute la vérité, sans que celui-ci ne s'offusque, séduit par le romantisme fondamental de sa démarche... Le paradoxe, c'est que l'escroc dans ce film, qui détourne sans scrupules des millions, et n'a pour se faire aimer que la force de ses mensonges tous plus incroyables les uns que les autres, est toujours mieux considéré par les gens que le fonctionnaire impeccable qui a dédié sa vie à une quête qui fait partie de son métier, et qui ne lui apportera rien. Et pourtant entre les deux, un lien filial apparaît, qui va culminer dans un transfert durant le voyage des deux vers les Etats-Unis: c'est Hanratty qui va devoir annoncer le décès de son père à Frank Jr...

La reconstitution est bien sur impeccable, comme pouvait l'être quelques années après la recréation des années 70 dans Munich. Mais aucune frime dans le film, Spielberg ne cherche pas à multiplier les clins d'oeil, et on a le sentiment que chaque artefact, chaque chanson, chaque film cité (Une scène cite Goldfinger, dont on sait qu'il eut un succès phénoménal) fait bénéficier l'ensemble. Les costumes, la façon de parler, la musique, la mode et le mobilier, tout passe et contribue avec discrétion et inefficacité à la chose. Mettre en avant de façon exagérée aurait été pour la mise en scène une façon de reprendre à son compte l'escroquerie, ce qui explique que la rigueur soit ici de mise, et la mise en scène épouse avec discrétion et clarté la point de vue des deux personnages, sans éclat, mais avec, quand même, une classe folle, qui démarre d'ailleurs par un générique à la façon des années 60, accompagné d'une des meilleures et moins typiques partitions de John Williams... Et le film, qui déjà parle comme tant de films de Spielberg des aléas de la cellule familiale (The Sugarland Express, Jaws, Close encounters of the third kind, ET, The Color Purple, Empire of the sun, Always, Indiana Jones and the last crusade, Jurassic park, The lost world, A.I., Minority report sont avant Catch me if you can tous passés par là, pardon si j'en oublie!) en s'appuyant essentiellement sur la relation père-fils, nous parle aussi d'une maladie si typiquement Américaine... Le démocrate dans l'âme qu'est Spielberg milite ici pour l'inversion d'une malédiction Américaine, qui s'exporte assez facilement: le faux brille toujours plus que le vrai, et on se fait si facilement avoir, qu'on suivrait n'importe quel beau parleur, pourvu qu'il ait une certaine classe. Hanratty, avec son intégrité, son efficacité même, est destiné à vivre éternellement dans l'ombre de Frank Abagnale Jr, l'homme qu'il a traqué, arrêté et même remis dans le droit chemin, avant de devenir son ami.

L'Amérique est malade, nous dit Spielberg, qui par ailleurs n'échappe pas lui non plus à cette fascination pour un escroc magnifique: l'arnaque, après tout, c'est si cinématographique! Mais cette chronique des trente glorieuses, avec son élégance rigoureuse, est l'un des très beaux films du metteur en scène, éclairant avec talent tout un pan de sa filmographie, tout en renouvelant son univers dans de nouvelles directions (Qu'il va explorer plus avant: Munich, Lincoln notamment). Spilberg avait été attiré par le projet, disait-il, parce qu'il sentait pouvoir faire un hommage à Truffaut, ce qui est d'ailleurs confirmé par la présence de Nathalie Baye, mais étant un Truffautphobe intégral, je ne m'aventurerai pas du tout sur ce terrain. Le film, situé dans une période fascinante de renaissance pour le cinéaste, est une oeuvre majeure.

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Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg