Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
  • Contact

Recherche

Catégories

5 août 2016 5 05 /08 /août /2016 09:36

Buffy, c'est non seulement une série à succès, c'est aussi et surtout le point de départ de la partie vraiment intéressante de la carrière de Joss Whedon. De là, vont venir non seulement 144 épisodes de la série en sept saisons sur sept années, mais aussi un formidable spin-off (Angel) qui aura autant de succès, reprenant une partie de l'univers et des personnages sans jamais donner l'impression de répéter une formule, et élargissant le cadre de la série initiale à un monde plus adulte. Et puis il y a eu les autres séries, Firefly et Dollhouse, puis le cinéma, puis Marvel...

Joss Whedon a tout gagné dans Buffy: sa crédibilité de scénariste, bien sur, en écrivant un nombre conséquent d'épisodes, mais aussi en supervisant les arcs de ce qui reste SA série, et à personne d'autre. Il a également fait ses premières armes de metteur en scène, en supervisant également la direction de ses petits camarades, étant constamment sur le plateau, mais aussi en dirigeant le 12e et dernier épisode de cette première saison: le meilleur, justement. Et il s'impose comme un dialoguiste virtuose, ce qui me rappelle un impératif absolu: à voir en VO. Pas d'autre solution si on veut véritablement en profiter!

Buffy the vampire slayer (Fran Rubel Kuzui, 1992) est supposé être l'acte de naissance du concept, mais le film Fox, mal foutu et mal vendu, n'a pas grand intérêt. Il conte quand même ce qui reste la base de la série: afin que le monde dans lequel les forces occultes existent à notre insu, puisse tourner, chaque génération voit la naissance d'une jeune femme, dont le destin est de combattre les vampires et autres démons, en secret. Sa vie est tout le contraire d'une partie de plaisir, d'autant qu'elle ne vit généralement pas longtemps. Elle est aidée dans sa tâche ingrate par un "Observateur", un spécialiste tous terrains des forces du mal, tout aussi dévoué à une vie obscure et austère, et l'un et l'autre sont remplaçables en cas de mort subite... Mais Buffy, dans le film comme la série, est une adolescente Américaine dont la vocation primale reste justement d'être une ado, et elle supporte assez mal la charge de responsabilité qui lui incombe. Le film était prévu pour être une parodie, c'est un navet, on ne va pas en parler.

Par contre, la série en reprend les contours, et permet à Whedon de vraiment s'amuser avec les personnages, tout en créant un univers de bande dessinée qui semble pénétrer notre monde de façon convaincante. Donc Buffy (Sarah Michelle Gellar) a seize ans, elle vient de déménager de L.A. (Son action occulte devant rester secrète, elle n'avait aucune bonne raison officielle de brûler le gymnase de son lycée!) et elle vient s'installer dans une nouvelle ville, la fictive Sunnydale; nouveau lycée, nouvelle ville, nouveaux amis, elle est naïve et s'imagine qu'elle est sortie de ce cauchemar... Mais non: d'une part, le nouveau documentaliste du lycée est son observateur, le Britannique Rupert Giles (Britannique jusqu'à la caricature, mais un personnage essentiel, attachant, et dont l'acteur Anthony Stewart Head saura faire évoluer les zones d'ombre, vers lesquelles Whedon aime tant que ses personnages se dirigent), et d'autre part, le déménagement à Sunnydale a une raison cosmique: c'est un endroit qui a la réputation d'être la bouche de l'enfer, l'activité démoniaque y est donc phénoménale... Il y a du boulot! Et la cerise sur le gâteau, c'est la façon dont Whedon dès le départ rappelle que le pouvoir est aux femmes. Un élément essentiel, et un véritable arc sur l'ensemble des sept saisons, et un "féminisme" Whedonien qu'on retrouvera aussi dans Angel, Firefly, Dollhouse et dans les longs métrages.

La première saison installe donc la situation, qui mêle joyeusement tout cet univers fantastique singulier, et une atmosphère de série adolescente typique: pour Buffy, la super-héroïne qui commence à comprendre que ses super-pouvoirs sont une tare, comment vivre une vie normale, avoir des amis, un petit ami, etc... Comment vivre une vie de famille dans laquelle sa mère (Kristine Sutherland), séparée de son père, peut avoir pour elle des espoirs d'avenir, même si elle ne se doute absolument pas de la vraie vie de sa fille. Comment concilier une vie de bagarre intense et de sorties nocturnes à chasser les créatures interlopes, avec les devoirs, et enfin, le pire: dans un univers aussi dégueulasse que le lycée Américain, comment ne pas passer pour une folle, et ne pas se faire rejeter de partout par tous, quand on passe son temps à donner des bourre-pifs aux vampires que personne ne semble voir? La série développe aussi une métaphore de la société, vue comme une jungle dans laquelle les gens doivent s'organiser en familles pour survivre. Un thème qui reste très présent dans le reste de la carrière de Whedon.

Cette première saison est courte, 12 épisodes seulement. C'était un galop d'essai, qui permet à Whedon d'installer ses pions, et de développer quelques personnages, outre Buffy, et Giles déjà mentionnés, on découvre les amis proches de Buffy, la très intelligente Willow Rosenberg (Alyson Hannigan), élève surdouée, mais sans aucun talent pour s'insérer dans le monde ingrat de son lycée, et Xander (Nicholas Brendon), un ado assez typique, mais considéré lui aussi comme un loser. Son obsession de garçon, il a seize ans après tout, l'empêche de se focaliser sur autre chose que le fait de séduire Buffy, et le fait qu'elle soit plus forte que lui n'arrange pas les choses. Willow est amoureuse de lui, sans succès. A noter, les deux acteurs sont plutôt versés vers la comédie, un choix que Whedon privilégiera constamment. Joyce Summers, la maman de Buffy, est une mère inquiète pour l'avenir de sa fille, et totalement ignorante de la vérité. Ca ne durera pas... Deux personnages seulement pour l'instant complètent ce panorama: une lycéenne, Cordelia Chase (Charisma Carpenter), bourgeoise, hautaine, belle et sure de sa supériorité. Elle aussi sait que le lycée est une jungle dans laquelle il fait manger les autres, elle a choisi de se placer au sommet. Pour elle, Buffy et les autres ne sont que des losers, mais elle aura une autre utilité que celle de n'être qu'une caricature, et le personnage aura une évolution formidable dans la série Angel... Angel, justement, apparaît dès le premier épisode, c'est un mystérieux allié qui vient parfois en aide à Buffy avant de disparaître. Qui est-il? d'où vient-il? que veut-il? ...et pourquoi est-il si attirant, pourrait-on ajouter: c'est David Boreanaz qui interprète le garçon qui doit faire chavirer le coeur de Buffy, et qui va amener un certain nombre de péripéties...

Comme toutes les autres saisons, celle-ci est organisée autour d'une année scolaire, et apporte un aspect de la vie de Buffy: dans ce cas, concilier le fait d'avoir seize ans et des amis, et la responsabilité de défendre le monde contre le mal.

1. Welcome to the hellmouth (Ecrit par Joss Whedon, dirigé par Charles Martin Smith)

Le pilote voit Buffy s'installer dans sa nouvelle vie, découvrir que celle-ci n'est pas si éloignée de l'ancienne, et commencer à se battre contre les vampires de Sunnydale, parmi lesquels le Maître (Mark Metcalf), un vieux vampire coincé dans sa dimension, qui a besoin de destruction et de la mort des adolescents pour sortir et continuer le massacre. C'est l'enjeu de la saison, et le fil rouge des douze épisodes. Il fallait bien commencer, pourrait-on dire! Sinon, Buffy rencontre ses amis, et tente de les préserver de la vérité, ce qui ne durera pas longtemps... Elle fait aussi sa première rencontre avec Angel, ainsi qu'avec Darla (Julie Benz), une vampire qui mourra assez rapidement dans la série, mais reviendra d'une certaine façon... Symboliquement, c'est elle qui ouvre le bal dans le pré-générique: jeune femme séduisante en accoutrement de lycéenne, elle nous prend par surprise lorsqu'elle se révèle être une vampire, installant la métaphore essentielle de cette série: l'adolescence, c'est la jungle. Et par ailleurs, on devra prendre l'habitude de ces surprises...

2. The harvest (Ecrit par Joss Whedon, dirigé par John Kretchmer)

La suite du précédent, qui clôt la première salve de rencontres avec les vampires, et finit d'installer le dispositif: Buffy, Willow et Xander passent le plus clair de leur temps au lycée à la bibliothèque, l'endroit que personne ne vient jamais visiter, et s'y préparent à sauver le monde.

3. Witch (Ecrit par Dana Reston, dirigé par Stephen Cragg)

Buffy, et Cordelia aussi, affrontent une autre lycéenne qui comme elle a décidé de tenter de joindre l'équipe des cheerleaders. Mais elle utilise à cet effet de la sorcellerie. La compétition entre les jeunes femmes, très réaliste finalement, permet donc la première apparition du thème de la sorcellerie dans Buffy, qui reviendra et permettra toutes les métaphores... Un personnage ici aussi aura des répercussions sur l'avenir de la série, celui d'Amy (Elisabeth Anne Allen), qui illustrera plus tard le précepte Whedonien selon lequel il ne fait jamais se fier à un ami...

4. Teacher's pet (Ecrit par David Greenwalt, dirigé par Bruce Seth Green)

Premier épisode dans lequel l'intrigue repose sur les hormones, celles-là même qui seront le principal enjeu de la seconde saison. Un professeur a disparu, il est remplacée par une jeune femme tellement séduisante que tous les adolescents sont motivés pour faire des heures supplémentaires... Mais elle est en fait une prédatrice particulièrement dangereuse. C'est Xander qui va prendre un gros risque ici...

5. Never kill a boy on a first date (Ecrit par Rob Des Hotel & Dean Batali, dirigé par David Semel)

La question essentielle de l'univers de l'adolescente Buffy, comment concilier une vie d'expérimentation amoureuse avec la responsabilité de sauver le monde; obtient une réponse cinglante ici: on ne peut pas.

6. The pack (Ecrit par Matt Kiene & Joe Reinkemeyer, dirigé par Bruce Seth Green)

Un présupposé faiblard (Des hyènes ensorcelées possèdent l'esprit de lycéens) donne au moins lieu à deux idées de génie: une parfaite métaphore du mode de fonctionnement rendu possible et même encouragé par la société Aéricaine au lycée: exclure, rejeter les autres afin d'exister soi-même. C'est troublant que ce soit le gentil Xander qui tout à coup se mette à rejeter sa meilleure amie Willow. D'autre part il est question ici d'un proviseur de lycée qui se fait bouffer. Cruel.

7. Angel (Ecrit par David Greenwalt, dirigé par Scott Brazil)

Dans lequel on découvre un élément essentiel de l'histoire, à savoir l'identité réelle de l'étrange Angel. Et cette découverte a lieu à un moment crucial, alors que Buffy et lui échangeaient un baiser passionné. Et la découverte a le résultat infortuné de gâcher le plaisir, je peux vous le dire... Ce ne sera pas la dernière fois. Un épisode dans lequel le groupe constitué autour de Buffy et Giles remet bien des choses en question... C'est aussi le premier épisode 7, un passage qui traditionnellement sera systématiquement l'occasion de jeter un défi particulier au spectateur dans toutes les saisons qui suivront. Un autre élément notable ici, est le fait qu'en dépit des efforts de l'héroïne pur compartimenter sa vie, sa mère rencontre aussi bien Giles que le mystérieux Angel.

8. I robot, you Jane (Ecrit par Ashley Gable & Thomas A. Swyden, dirigé par Stephen Posey)

Willow se fait un ami sur internet, et il y a des chances que ça devienne sérieux, mais... C'est un démon qui possède l'ordinateur, et elle est en danger. Un épisode très faiblard, qui permet au moins de sacrifier à une tendance de la série: en cas de panne d'inspiration, mettre Willow en danger ça marche toujours! Et on découvre ici un nouveau personnage attachant, Jenny Calendar (Robia La Morte), une prof d'informatique adepte par ailleurs du paganisme, et d'autres joyeusetés proches de la sorcellerie. Elle va vite devenir une alliée, ainsi qu'une preuve du fait que toutes ces horreurs et phénomènes surnaturels, ça se voit quand même comme le nez au milieu de la figure.

9. The puppet show (Ecrit par David Greenwalt, dirigé par Bruce Seth Green)

Un nouveau venu, le principal Snyder (Armin Shimerman) qui remplace l'infortuné Flutie, mangé par des élèves (Je ne m'en lasse pas) a charge d'incarner ce que ni Giles ni Joyce Summers ne sont: la menace adulte. L'incompréhension, l'impossibilité de se mettre dans la peau d'un ado pour le comprendre... Et il est un fabuleux personnage de comédie, qui aura très peu de zones d'ombre, c'est suffisamment rare pour être souligné. Pour le reste, un épisode amusant dans lequel le nouveau proviseur organise une journée des talents qui se transforme en une série de punitions. La relation difficile entre Snyder et Buffy, Willow et Xander commence ici...

10. Nightmares (Ecrit par David Greenwalt d'après Joss Whedon, dirigé par Bruce Seth Green)

Un petit garçon dans le coma communique via ses cauchemars avec Buffy et se amis pour les appeler au secours. Un épisode de X-Files dans Buffy! Beaucoup d'humour ici, qui sauve un peu le tout. On est clairement dans la partie molle de la saison...

11. Out of mind, out of sight (Ecrit par Ashley Gable & Thomas A. Swyden d'après Joss Whedon, dirigé par Reza Badiyi)

Encore une métaphore riche; une étudiante a été tellement rejetée qu'elle est devenue invisible...Avant de devenir homicide. Evidemment, Cordelia Chase, la fille la plus populaire du lycée, va en faire les frais... Premier rapprochement significatif de cette dernière avec les héros.

12. Prophecy girl (Ecrit et dirigé par Joss Whedon)

Pour le dernier épisode, Whedon accède à la réalisation, et fait en sorte que tous les petits cailloux qu'il a plantés sur le chemin arrivent à bon port. Et il le fait dans le care logique d'une fin d'année: les jeunes s'apprêtent à partir en vacances, et il y a une célébration de fin des cours... Il y a aussi une apocalypse à venir: tremblements de terre, robinets qui crachent du sang... la maître est sur le point de gagner sa liberté, et Buffy qui n'en peut plus de la pression, apprend en entendant Giles et Angel discuter qu'elle est supposée mourir des mains du vieux vampire. elle démissionne donc...

Ca ne durera pas, mais il se passe un événement significatif, et qui aura des répercussions. Buffy meurt.

Ce n'est, après tout, que la première fois... Fidèle à ce qui deviendra une manie chez lui, Whedon casse ses jouets, la seule façon pour lui de renouveler son univers... La aussi ce ne sera pas la dernière fois!

On notera que cet épisode sert de conclusion à la première saison, mais aurait tout aussi bien pu être la fin de la série entière si celle-ci n'avait pas été renouvelée. En ce cas, on aurait perdu des occasions mémorables... A suivre, donc.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Joss Whedon Télévision
1 novembre 2015 7 01 /11 /novembre /2015 09:29
Agent Carter (Louis D'Esposito, Christopher Markus, Stephen McFeely, 2015)

De toute la galaxie Marvel actuellement disponible sur nos écrans, les joyaux de la couronne ne sont pas pour moi les longs métrages de plus en plus calibrés, qui me semblent certes sympathiques, mais qui maintiennent de plus en plus une flamme artificielle entre le public et les décideurs du studio. On ne s'y retrouve plus... Le paradoxe, c'est que les deux séries créées à partir de l'univers Marvel, diffusées toutes les deux sur la chaîne ABC et supposées remplir quelques espaces narratifs laissés vacants par les longs métrages, sont en fait les fictions les plus excitantes, et les plus improbables du lot. C'est vrai pour Marvel's agents of S.H.I.E.L.D., réalisée sous le haut patronage de Joss Whedon, mais due essentiellement à son frère Jed et la petite amie de celui-ci, Maurissa Tancharoen. Ils ont repris pour eux la thématique Whedonienne de la famille, cet espace fragile et propice aux ennuis, et l'ont adapté à cette équipe de baroudeurs de luxe dont la tâche principale est de nettoyer derrière les passages des Avengers. De plus en plus sombre au fur et à mesure des développements de ses deux saisons, la série suit les développements de l'univers Marvel et s'y adapte en proposant des coulisses superbes... Et nettement plus intéressantes que bien des films.

Mais ce qui nous occupe ici, c'est l'autre série: là où Agents of S.H.I.E.L.D. est traitée comme une série classique, se déroulant sur 22 épisodes par saison (A l'instar des séries mythiques de Joss Whedon, Buffy the vampire slayer et Angel), Agent Carter a été crée pour boucher un trou: durant la trève hivernale de Agents of S.H.I.E.L.D., ABC s'est saisie de l'occasion pour diffuser les huit épisodes de ce petit retour en arrière, basé bien sur sur le final de Captain America, the first avenger, réalisé par Joe Johnston. On se rappelle (Si on a vu le film, bien sur) que Captain America y est porté disparu pour l'Amérique de 1945, lors de son naufrage au Pôle Nord, alors qu'il est en liaison radio avec sa petite amie, l'agent Carter, qui l'a guidé et aidé dans ses missions durant le film. C'est de là que part la série, tout comme le court métrage Agent Carter (Dont pour l'instant le script est incompatible avec les événements de la série telle qu'elle existe dans sa première saison) réalisé par Louis D'Esposito en 2012, et qui sert essentiellement de pilote à la série, sans y être inséré. En 1946, nous retrouvons l'Agent Carter (Hayley Atwell, qui reprend son rôle du film), qui est maintenue par les agents du SSR (Strategic Scientific Reserve, cette officine créée dans l'univers Marvel par Roosevelt, et qui développé le programme de "super-soldats" dont Captain America allait découler) dans une condition de subalterne: c'est une femme, elle est donc supposée devoir sa promotion à ses rapports avec Captain America, on ne lui confie pas de missions plus importantes que de classer les dossiers, faire du café, etc... Elle ronge son frein, et va faire une rencontre déterminante: Howard Stark (Dominic Cooper) va en effet être victime d'un coup monté, qui va faire de lui l'ennemi public numéro un. Mais le milliardaire, qui contrairement à tous les hommes qui entourent Carter, se rappelle de la valeur de l'agent Britannique, lui confie la charge de le disculper auprès de ses supérieurs. Comme il est impensable pour les hommes qui entourent la belle brune de lui confier la moindre mission "pour hommes", elle va donc le faire dans l'ombre, aidée de Jarvis (James D'Arcy), le majordome tous terrains de Stark... qui avec sa réserve toute Britannique, aura du mal à se faire aux méthodes musclées de la super-agente.

Tous les hommes qui entourent l'agent Carter ont un défaut: Stark, bien sur, est sur de lui, et est un obsédé sexuel de première classe. Jarvis est réservé sur tout, et réticent face à l'action, sans compter sa vie pépère d'homme marié qui n'a de cesse de rentrer chez lui pour faire la cuisine, ce qui semble incompatible avec le fait de se battre et de se trouver au milieu d'explosions variées. Les autres personnages masculins ont tous aussi leurs talons d'Achille (Si on met de leur côté leur misogynie galopante): Le chef Dooley (Shea Wigham, fantastique comme toujours) est rongé par une vie conjugale en lambeaux qui le pousse à se comporter en mâle dominant face à Peggy Carter; son second, Jack Thompson (Chad Michael Murray), est vaguement amoureux de Carter, mais gâche tout en se comportant en homme protecteur face à elle, et en se laissant guider par une ambition dévorante. Plus, s'il est comme Carter un vétéran de la seconde guerre mondiale, il cache un secret difficile à avouer sur son héroïsme. Enfin, Daniel Sousa (Enver Gjokaj, découvert par Joss Whedon, dans Dollhouse) est un homme qui semble comprendre l'agent Carter, jusqu'à un certain point: il est lui aussi revenu de la guerre avec des séquelles, à savoir une jambe farcie de plomb qui lui impose de porter une béquille et de subir le complexe de supériorité de l'agent Thompson. Mais lui aussi va inévitablement se méprendre sur l'agent Carter, et la prendre pour une faible femme à défendre... avant de se tromper encore plus en la croyant coupable de traîtrise.

Face à ce monde masculin en crise, l'Agent Carter porte haut les couleurs d'une féminité combattante, efficace et intelligente, même si elle aussi porte son étendard de femme blessée, mais essentiellement dans ses sentiments: elle a perdu l'homme de sa vie, et ne s'en remettra jamais. Malins, les scénaristes se sont efforcés de placer quand même le Captain America, même absent physiquement, au coeur de l'action, via une des nombreuses inventions de l'excentrique Howard Stark, et dans un final cathartique. Mais les déboires "civils" de Peggy Carter dans l'Amérique de 1946 ne sont pas oubliés, notamment le fait de devoir trouver un logement à New York quand on est une femme seule et respectable: Peggy trouve d'abord un appartement en colocation, mais va devoir l'abandonner lorsque sa colocataire est retrouvée exécutée par un espion d'en face. Non seulement ça oblige Carter à s'installer dans une pouponnière pour jeunes femmes comme il faut, une pension ultra-rigoriste (Ce qui est difficilement compatible avec la vie tumultueuse d'une espionne), mais ça lui donne aussi un regard résigné sur son impossibilité à développer une relation avec une personne étrangère à ses activités, qui serait immédiatement mis en danger: le fameux complexe des super-héros, une fois de plus... Femme et agent secret en 1945, cette super-héroïne (Toujours impeccable, pas de costume super-crétin à la Wonder Woman heureusement) a du fil à retordre dans ce monde de néandertaliens, de fascistes invétérés, et de mâles obsédés par l'illusion de supériorité que leur donne leur extrémité. D'autant qu'elle va tomber sur des ennemis (Devinez leur nationalité, sachant qu'on est en 1945...) qui ont une longueur d'avance, puisqu'il utilisent des super-espionnes formées à la dure, et qui sont virtuellement imbattables. Bref, l'avenir est à la femme... Ou devrait l'être.

La réalisation doit tout à ce court métrage séminal de Louis D'Esposito, développé dans le cadre désormais abandonné des Marvel One-Shots, des courts métrages qui servaient de bonus de luxe sur cinq DVD de la série des longs métrages Marvel. Le film jouait comme Captain America The first Avenger sur le décalage entre l'univers Marvel et l'Amérique de 1945, dont l'utilisation d'éclairages francs et massifs, de couleurs primaires, et des codes vestimentaires et langagiers contemporains donnaient une impression de patine vintage qui faisait beaucoup pour le charme du film. Avec l'Agent Carter (Dont le premier épisode est lui aussi réalisé par D'Esposito, qui imprime son style direct et "vintage" sur toute la série), on retrouve cet aspect proche du ton des Indiana Jones de Tonton Spielberg et Tonton Lucas... Un sentiment diffus d'assister à un spectacle à l'ancienne, sans grand enjeu, mais diablement distrayant. Les Russes y font un ennemi parfait, à ne surtout pas prendre au sérieux: on est dans de un méta-univers... De l'humour, de l'action, des surprises, des personnages attachants... En huit épisodes, la production de la série ne se développe par sur une multitude d'intrigue, mais propose à peu près le développement qui serait celui d'un solide long métrage, dont je répète qu'il serait inévitablement supérieur à bien des films Marvel: pour commencer, Agent Carter ne cache en rien son statut de petite production à part, dont le but est de s'amuser et d'amuser, sans pour autant se prendre au sérieux en faisant semblant de ne pas se prendre au sérieux, comme tant de films. Bref, un OTNI, Objet Télévisuel Non Identifié, qui est amené, pour une deuxième saison (De dix épisodes cette fois) à être complété dans l'avenir. Peut-être pas pour longtemps, mais tant que cette série existe, il faut en profiter...

Agent Carter (Louis D'Esposito, Christopher Markus, Stephen McFeely, 2015)
Agent Carter (Louis D'Esposito, Christopher Markus, Stephen McFeely, 2015)
Agent Carter (Louis D'Esposito, Christopher Markus, Stephen McFeely, 2015)
Agent Carter (Louis D'Esposito, Christopher Markus, Stephen McFeely, 2015)
Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Television Marvel
29 août 2015 6 29 /08 /août /2015 10:00
The Knick (Steven Soderbergh, 2014)

La frontière entre télévision et cinéma est en train d'exploser... On n'en est plus à cette époque durant laquelle le travail à la télévision était pour un metteur en scène un purgatoire, une voie de garage ou un dernier recours avant la fin; les budgets sont maintenant impressionnants, le succès devient mondial, et la 'sortie' d'une série est orchestrée comme le furent les blockbusters depuis si longtemps. La qualité, enfin, est au rendez vous, et les metteurs en scène s'affichent sans aucun complexe: Barry Sonnenfeld a dirigé le pilote de Pushing Daisies, ainsi qu'un autre épisode; Bryan Singer en assumant la mise en scène de plusieurs épisodes de Dr House, a défini le style visuel de la série de façon durable, et aujourd'hui les réalisateurs se demandent (Terry Gilliam, David Fincher, Jane Campion) si il n'y aurait pas mieux à faire, en terme de créativité et de liberté, à la télévision qu'au cinéma. Certains ont déjà sauté le pas: Campion (Top of the lake) et Fincher (House of cards) ont déjà lancé leurs séries. Soderbergh a fait plus encore: il a réalisé pour Hbo/Cinémax (Après avoir annoncé qu'il arrêtait son métier de cinéaste, incidemment...) une saison entière de The Knick, soit dix épisodes de 50 minutes... C'est peu étonnant en réalité quand on connait la réputation du metteur en scène pour le travail économique, une règle sacro-sainte en télévision: il tourne vite, demande peu de prises à ses acteurs, les enveloppe dans un environnement de travail qu'ils aiment, et en prime est son propre monteur et son propre directeur de la photo...

Mais The Knick saison 1, avec sa thématique liée à un environnement de travail précis, et sa galerie de personnages qui ont tous des enjeux contradictoires, est aussi un grand film Soderbergh, qui ne dépare absolument pas dans la filmographie du monsieur: il concerne une série d'intrigues fictives dans un lieu qui ne l'est pas, le Knickerbocker Hospital de New York, en 1900; s'y croisent le Dr John Thackery (Clive Owen), un chirurgien surdoué qui doit au début de la série succéder à son grand ami le Dr Christiansen, qui s'est suicidé suite à plusieurs échecs d'opérations. Thackery est cocaïnomane pour tenir, mais il va devenir difficile de se procurer à cause de la réquisition par l'armée des stocks de drogue, afin de subvenir aux besoins militaires dans la guerre aux Philippines. L'administratrice de l'hôpital, Cornelia Robertson (Juliet Rylance), est confronté à un dilemme: son mariage imminent risque en effet de la priver de sa participation à la cause de l'hôpital, auquel elle consacre sa vie. Elle tente d'aider le Dr Algernon Edwards (Andre Holland) à s'intégrer; malgré son talent indéniable on ne veut pas de lui, car il est noir, et New York en 1900 et loin d'être un modèle d'intégration. Le Dr Gallinger (Eric Johnson), en particulier, est très remonté contre celui qu'il ressent comme une menace, mais va avoir fort à faire à la maison, avec le décès de sa fille unique, et la crise de folie dans laquelle la perte va précipiter son épouse Eleanor (Maya Kazan). D'autres ennuis, des peines de coeur, des tromperies, des adultères et des stratégies diverses se mettent en branle dans une oeuvre dense et filmée au plus près de l'humain,dans un environnement qui ressemble bien à une vision de New York au tournant du siècle, rythmée par les petits arrangements avec la loi, la présence de la mafia, et la pauvreté du quartier dans lequel l'hôpital est situé, au grand dam d'ailleurs de bien des membres de son conseil d'administration...

Sans aucun compromis, Soderbergh capte donc une fois de plus les allées et venues des protagonistes de son film, en installant avec douceur les intrigues. Les manipulations et autres stratégies sont bien sur légion, mais on a le temps ici d'y déceler des raisons, toutes profondément humaines: ainsi, on apprend à connaitre des personnages qui révèlent par leur humanité un côté attachant, parfois inattendu, ainsi Soeur Harriet (Cora Seymour), une solide religieuse catholique Irlandaise, qui a pris sur elle d'aider les femmes de la ville à se débarrasser de leurs grossesses... moyennement une modeste participation aux bonnes oeuvres de l'hôpital. Elle est aidée par un ambulancier, Tom Cleary (Chris Sullivan), lui aussi irlandais, qui augmente ses revenus de multiples façons: en détroussant les cadavres, mais aussi en spéculant sur les accidents des uns et des autres, afin d'être le premier ambulancier sur place... Mais l'intrigue principale de The Knick est bien sur la façon dont une structure hospitalière pas forcément richissime, dont le conseil d'administration n'est pas des plus progressistes (Un ecclésiastique y dit, sans aucun scrupule, que de laisser un hôpital dans une zone pauvre n'encourage pas l'effort chez les déshérités, et que de dispenser des soins gratuitement est une erreur humaine, car elle encourage la facilité), s'adapte au progrès. Le choix de placer l'intrigue en 1900 est bien sur symbolique d'un tournant de siècle, qui voir l'hôpital construit en peine révolution industrielle, faire face aux progrès de la médecine, de la chirurgie (Une partie essentielle de beaucoup d'épisodes concerne la façon dont l'équipe de chirurgiens se livre à une concurrence effrénée avec les autres sites hospitaliers, par exemple, et il est beaucoup question de tester de nouvelles approches), mais aussi et surtout de la société: la prostitution, la drogue, l'adultère, la psychiatrie, et surtout l'intégration des minorités, qu'ils soient Noirs, Irlandais, Juifs ou Hispaniques, sont au coeur de cette très belle réalisation pour la télévision, qui est dores et déjà programmée pour une seconde saison...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh Télévision
18 juin 2015 4 18 /06 /juin /2015 15:59
Duel (Steven Spielberg, 1971)

La carrière entière de Spielberg toure autour de deux axes fondamentaux du cinéma, qu'à mon sens il a repris de Hitchcock lui-même; Non qu'il les lui ait volés, loin de là. Il en a repris le flambeau, dans un improbable passage de relais, qui s'effectue grâce, précisément, à Duel. C'est assez rare pour être signalé: ce long métrage est en réalité un film de télévision, tourné spécifiquement pour l'émission d'ABC Movie of the week, et Spielberg a fait des pieds et des mains pour le tourner, car il avait lu la nouvelle de Richard Matheson et avait eu vent du script. Plus notable encore, le metteur en scène, qui n'avait que vingt-cinq ans, n'avait aucun vrai long métrage à son actif, si ce n'est un épisode de Columbo (Murder by the book). Et ce film est ce que Spielberg a obtenu en 12 ou 13 jours de tournage, après avoir fait le choix difficile de tout tourner en extérieurs, ce qui se voit dans le réalisme impressionnant de cette histoire, qui rappelons-le est celle d'un homme conduisant une voiture sur les routes désertiques de l'Ouest, qui voit tout à coup un camion le choisir comme jouet, et lui mener une vie infernale sur la route jusqu'à un point de non-retour. On ne verra jamais le visage du camionneur, et tout le film est vu du point de vue de David Mann (Dennis Weaver), le conducteur forcé de trouver en lui la force et l'ingéniosité primale qui lui permettront de faire face à son tueur potentiel.

Je parlais donc des deux axes Hitchcockiens qui ont comme par enchantement été donnés à Spielberg, comme un héritage avancé si on veut, puisque Hitchcock était après tout encore en activité au moment du tournage de Duel: D'une part, tous les films de Spielberg, toutes les scènes même, sont organisées autour de la notion de regard. Vous pouvez vérifier, c'est une obsession. D'autre part, le metteur en scène a pris au pied de la lettre la transgression contenue dans Psycho (Dont certains passages de la musique composée par Billy Goldenberg pour Duel reprennent d'ailleurs la violence de la magnifique partition de Bernard Herrmann), et a fait de tous ses films des défis, en proposant de montrer ce qu'on n'a jamais vu ou ce qu'on n'ose jamais imaginer (Tout comme Hitchcock avait révolutionné la représentation du crime avec Psycho entre autres): un requin qui attaque un bateau, un OVNI qui se pose, un paysage rehaussé d'un nombre incalculable de dinosaures, le débarquement de Normandie "comme si vous y étiez", l'attaque de New York par des vaisseaux infra-terrestres...Spielberg a rendu possible au cinéma tellement de choses... Eh bien ça commence avec Duel, et son incroyable pitch de départ...

Le film est dénué de toute tricherie, et repose finalement sur une montée pure du suspense, qui coïncide avec la lente mais sure transformation du personnage principal, qui va passer de "Je n'en crois pas mes yeux" (Car pour rester dans les allusions au regard, n'est-ce pas ce qu'on se dit, dans plusieurs langages, quand on est confronté à l'impossible?) à un instinct de survie nécessaire. Tout va se jouer entre cet homme qui conduit une voiture rouge, et tente d'échapper à un camion presque sans conducteur, mais pas sans opiniâtreté. La caméra va se situer dans la voiture et autour, et Spielberg maîtrise de façon impressionnante ses dispositifs à une ou plusieurs caméras afin de tourner son petit film. Ce à quoi il est parvenu en treize jours est tout bonnement incroyable, tout comme la maîtrise instinctive des moyens; plans uniques, aux dispositifs difficiles à reproduire, montage grandiose, piste sonore ultra-travaillée... Certes, ce n'était qu'un petit film pour la télévision, mais quand on voit la carrière qu'il a fait, et ce qu'il porte en germe de Jaws à Indiana Jones, on est bouche bée...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Steven Spielberg Television
22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 08:51

Firefly est un accident de l'histoire, une de ces séries qui ont souffert de la pléthore des années 2000 sur les networks Américaines; de plus, le temps de plus en plus court durant lequel toute série doit faire ses preuves, et le manque d'enthousiasme des chaines en ont eu la peau alors que seuls 14 épisodes en avaient été réalisés, dont seuls 4 ont été diffusés. Joss Whedon, heureux papa de Buffy the Vampire Slayer et Angel, avait réussi à se lancer en compagnie de son complice Tim Minear dans un show de science-fiction innovant qui venait à point nommé pour le sortir de sa routine: d'une part, un univers futuriste original et particulièrement bien campé, montrant comment l'humanité avait évolué en quittant la terre devenue trop petite (Et désormais obsolète, devenue quasi mythique sous le nom de 'Earth that was', la Terre-qui-n'est-plus), en créant des mondes à l'extérieur de notre univers dans une nouvelle galaxie; on y "terraformate" les planètes avant de les coloniser, et ceci résulte en une des meilleures idées de la série: les gens n'y sont pas des guerriers en uniforme plastique, des Flash Gordon conducteurs de Falcon Millenium où des scientifiques en pyjama moulant: ce sont des pionniers, des gens qui vont conquérir l'espace avec de la boue sur les bottes, des ruraux qui refont le monde à partir de la base: Firefly était, après tout, un héritier paradoxal du western tout autant que de la science-fiction. Au milieu de tout cet univers cohérent et particulièrement séduisant, Whedon a introduit un passé qui incorpore une ligne de rupture dans l'humanité: après quelques années de cette nouvelle ère, une Alliance des planètes s'était formée dans le but d'assoir le contrôle de tout l'univers, afin de créer in fine une société sans crime, sans oppression, sans péché... que les gens le souhaitent ou non: cette tentation totalitaire n'a évidemment pas été du gout de tous, et une guerre a donc eu lieu, dont le point d'orgue, le baroud d'honneur des indépendants, fut la bataille de Serenity Valley, la vallée de la Sérénité. L'alliance y a écrasé les derniers rebelles, et deux d'entre eux se sont donc retrouvés sur le carreau, avec une forte envie de ne pas se plier aux règles: ils ont donc acheté un vaisseau, un Firefly (Un gros machin qui ressemble à une luciole, d'où le nom), l'ont inévitablement appelé Serenity, et se sont lancé dans le commerce et le transport de marchandises, disons... Parallèle!

 

Le capitaine (Anciennement sergent dans l'armée indépendante) Malcolm Reynolds (Nathan Fillion), flanqué de son second Zoe (Gina Torres) sont donc les premiers matelots du Firefly, vite rejoints par une mécanicienne de génie, Kaylee (Jewel Staite) et un pilote sans faille, Wash (Alan Tudyk), qui va d'ailleurs séduire Zoe, et l'épouser. Pour compléter l'équipage, un mercenaire a été engagé, une grosse brute sans aucun scrupule, sans principes, à surveiller donc, qui va parfois amener des ennuis plus gros que lui: Jayne Cobb (Adam Baldwin). En plus de cet équipage prèt à tout affronter, le Firefly Serenity accueillera aussi des passagers, dont quatre vont devenir permanents: tout d'abord, déjà présente au sein de la petite famille quand la série commence, Inara (Morena Baccarin) est une "compagne", soit une prostituée de luxe, mais en plus compliqué: c'est un métier de prestige, qui apporte au Serenity un air de respectabilité. Inara est très bien intégrée sur le vaisseau, même si elle bénéficie de son indépendance, louant une navette ou elle vit, et parfois officie. Le prêtre ('Shepherd', c'est-à-dire berger) Book (Ron Glass) est un sexagénaire qui est venu sur le tard à la prêtrise, et s'intègre très bien lui aussi à l'univers du vaisseau; enfin, Simon et River Tam, arrivés sur le vaisseau lors du premier épisode, soit en même temps que Book, sont des fuyards, des transfuges de l'autre monde, celui de l'alliance, dont leurs parents riches furent des soutiens de poids; ils se sont échappé car River, enfant prodige, était la prisonnière des scientifiques de l'Alliance, qui l'utilisaient comme cobaye; Simon, jeune médecin surdoué, a tout plaqué pour sauver sa soeur, et l'a introduite en contrebande sur le Serenity, mais leur statut de fugitifs a sans doute empêché Malcolm de les dénoncer; si les services du médecin (Sean Maher) vont vite s'avérer utiles, l'incontrôlabilité de River (Summer Glau) sera vite un problème, en particulier pour Jayne...

 

L'univers, en dehors de cette famille  paradoxalement assemblée par un esprit de résistance partagé officiellement par seulement deux membres (Le capitaine Mal Reynolds et Zoe), est constitué comme je le disais de dizaines de planètes en des états variés d'acclimatation et d'installation, dépendant des intérêts de grands groupes industriels, de tripatouillages diplomatiques et bien sur de la richesse, ou de son absence, des habitants. L'ethnocentrisme Anglo-Saxon voire Américain, une erreur autrefois commune des sagas de Science-fiction a été évitée, puisque l'univers y est essentiellement d'inspiration Chinoise, et la première religion est le bouddhisme, conférant d'ailleurs eu prêtre Book (Chrétien) un aspect gentiment exotique. Un calcul simple: dans plusieurs siècles, les Chinois seront tellement nombreux... Le chinois envahit dont tout, et reste la principale langue pour la grossièreté, une ficelle qui permet à Whedon de nous montrer des gens qui sont certes fort grossiers, mais sans jamais traduire les insultes, jurons, interjections et autres; de la même façon que l'Anglais a été colonisé par le langage (Le Chinois étant devenu la langue officielle), la culture s'est orientalisée un peu plus aussi, dans les vêtements, et comme dans Blade Runner, les rues sont peuplées d'échoppes de nouilles. La référence au film de Scott n'est ici pas un hasard, il y a fort à parier que l'influence en est consciente, mais la série est bien plus généreuse, moins glacée que la création de Ridley Scott. Pour en revenir au langage, celui-ci a évolué sans parler de l'introduction du Chinois: des expressions actuelles ont évoluées pour se figer dans des formes impropres, par exemple God Damn, devenu dans Firefly Gorram. Certains mots ont évolué de façon familière aussi, comme Universe, devenu 'verse. une façon subliminale de décharger le mot de sens, maintenant que l'univers a perdu de son mystère après avoir été conquis par une seule faction? En tout cas dans ce monde multiculturel, ou se croisent des riches (Les Tam), des pauvres (Reynolds et sa troupe), on croise des gens de toutes origines: Africaine (Zoe), Anglo-Saxonne, voire Anglaise ( Badger, un complice occasionnel de Malcolm), et d'un exotisme Est-Européen (Niska, un riche malfrat sadique aperçu dans deux épisodes). Complété par le très séduisant mélange entre conquête pionnière façon western et modernité post-intergalactique, l'univers de la série est visuellement très riche.

 

Whedon a comme d'habitude pris en main la dimension visuelle de la série, en particulier en mettant en scène lui-même les deux pilotes (Le premier n'avait pas satisfait, il a donc fallu en tourner un deuxième, mais l'équipe les a rendus complémentaires, ce qui évitait  le gaspillage); son style, fait de plongée au coeur de l'urgence des situations avec ou sans l'aide de plans-séquences magistraux, et d'un parfait équilibre entre morceaux de bravoure, dialogues ciselés et coups de théâtre violents, fait mouche. Il a aussi décidé, à juste titre, de conférer un peu plus d'urgence au style visuel en imposant le recours à une caméra tremblée, réactive, à des années lumières d'un style léché, glacé, esthétisant: la vie sur le Serenity n'est pas de tout repos, surtout quand pèsent les menaces: l'Alliance cherche bien sur River et Simon, et ont dépéché deux énigmatiques tueurs aux gants bleus (Qui étaient sensés prendre de l'importance au fur et à mesure de la série); des chasseurs de primes les recherchent, et le dernier épisode de la série montre comment l'un d'entre eux a bien failli réussir; les missions proposées sont parfois fort dangereuses, comme celle qui leur est confiée par Niska: qui faillit à son contrat doit ensuite passer par une mort atroce, précédée de tortures toutes plus sadiques les unes que les autres. Donc lorsque le vieux bandit leur confie la mission de voler des médicaments qui sont indispensables à la survie de la communauté à laquelle ils sont destinés, l'équipage décide de ne pas éxécuter la mission, devenant du même coup passibles de subir une effroyable punition; les rencontres avec l'Alliance sont nombreuses dans la série, mais on y constate souvent le flou idéologique des gens qui travaillent pour les nouveaux dictateurs de l'univers, rejoignant d'ailleurs un thème qui est très présent dans Angel: on y comprend bien que les génies du mal sont représentés par la firme Wolfram & Hart, mais tant de gens travaillent pour eux qu'on sy perd, semblant finalement diluer le mal dans le dédale des activités: c'est la même chose ici: l'Alliance est le mal, mais un mal assumé par tant de personnages que plus personne ne le conteste.

 

Les principales menaces sur le bien-être de nos héros restent d'une part les Reavers (Nommés "termites" en Français), des humains qui sont "allés au bout de l'humanité et en sont revenus fous" selon les mots de Book, des brigands bestiaux devenus cannibales, qui sont une menace peu vue dans la série, mais ressentie, et dont le film Serenity explique l'existence au cours d'un passage assez embrouillé du reste. Ils fournissent de très beaux moments de suspense, et sont un fil rouge qui permet de fournir de la matière aux nombreuses menaces de la vie dans l'espace. L'autre menace qui ne sera pas vraiment explorée dans la série, et abendonnée pour le film, revient encore à l'angoisse de Whedon devant les corporations: il avait commencé à truffer sa série de publicités, visions subliminales d'une marque de médicaments qui devaient apparaitre comme le deux ex machina du nouvel univers, le véritable contrôle maléfique du monde. Les hommes aux gants bleus aperçus dans quelques épisodes (Et ressentis par River dans une crise de divination, qui lui fait dire "two by two, hands of blue", ils vont deux par deux, ils ont des mains bleues... Ce que ses compagnons de voyage prennent comme un délire) sont une des incarnations de ce cartel maléfique. Et puis, menace la plus indicible, la plus complexe, River elle-même, cobaye de l'Alliance en raison de son extrême intelligence, de ses capacités psychiques, et de son hypersensibilité, va permettre à nos héros d'aller de surprise en surprise: "implantée" d'informations, dotée même de balises psychiques de manière à ce que l'Alliance finisse par la retrouver, River est aussi une petite fille qui n'a pas fini de grandir, et qui s'avèrera aussi touchante que dangereuse, aussi incontrôlable que fragile... Y compris avec un gros flingue en mains. Parmi les pistes non explorées de la série, figure aussi la véritable histoire de Book, dont on voit dans quelques épisodes qu'il est connu voire craint, tirant parfois ses compagnons d'infortune de mauvais pas, qu'il a du métier dans les arts martiaux et le maniement des armes, mais... on n'en saura pas plus. Au passge, le personnage peut suprendre dans une série d'un athée comme Whedon, mais celui-ci aime à faire s'allier les contraires, et Book apporte plus de sagesse philosophique que de véritable pensée religieuse... Il est une indispensable part de l'humanité, qu'on le veuille ou non, comme le belliciste mercenaire Jayne ou le fragile médecin Simon.

 

Véritable laboratoire pour Whedon et sa bande, la série a donc survécu durant quatorze épisodes dont un double, mais tout en attirant beaucoup de monde, n'a pas convaincu. Le résultat est bien sur que le culte qui s'est développé après l'arrêt de la série est en particulier justifié par les promesses de ces premières heures, mais il faut le reconnaitre: la richesse de ces épisodes, de cet univers, la multitude de possibilités laissées ouvertes laisse pantois. Et comme d'habitude, Firefly / Serenity qui après tout nous parlent d'un groupe humain en vadrouille, est une fois de plus une métaphore de la famille pour Whedon, qui a assemblé avec ses 9 héros une groupe fascinant, dont tous partagent qu'ils le veuillent (Mal est parfaitement concient de sa faiblesse, sa fidélité pour les gens) ou non (Jayne n'a aucun complexe à trahir aussi bien les Tam que Malcolm le moment venu, mais se prendra lui aussi à agir pour le bien commun. Plus ou moins!) le même destin, liés par les circonstances, mais aussi l'affection mutuelle: c'est le sens d'une conclusion inattendue à la série, le film Serenity. Lors d'une scène, Mal supervise les premiers pas de River au pilotage du Serenity: "Il faut de la technique, c'est sur, mais un vaisseau comme celui-ci se conduit d'abord avec de l'amour!"... et en terme de sentiments, la série est très riche: Zoe et Wash, le couple officiel, est très solide, et Gina Torres réussit à être très touchante en mercenaire rompue à tous les combats qui fond littéralement à la vue de son pilote. Kaylee (A la vie sexuelle très décomplexée, puisque Malcolm l'a rencontrée alors qu'elle était en plein ébats sexuels dans la salle des machines avec un mécanicien qui la précédée à ce poste!) en pince pour Simon, mais celui-ci est coincé, trop préoccupé de la santé de sa soeur (Ce qui fait dire à Kaylee dans un dialogue du film "Ca fait huit mois que mes seuls contacts se font avec des objets à pile", ce qui choque particulièrement Malcolm!) pour se laisser aller à une attraction qui est bien réciproque. Enfin, Inara et Malcolm sont amoureux l'un de l'autre, mais le métier d'Inara (Compagne de la Guilde, donc officielle, et une prostituée qui choisit ses clients. elle a une fonction proche de celle d'une prêtresse, et le prend très mal lorsque Malcolm la traite de prostituée - "Whore" -, ce qu'il fait environ dix fois par épisode) et la volonté chevaleresque de Mal de ne pas encombrer celle-ci, plus les caractères de cochon de l'un et de l'autre, sont autant d'obstacles. Pourtant tout le monde le sait, et cela occasionne de brefs moments de rapprochements. En particulier lorsque le groupe rencontre son ennemi le plus inattendu: Our Mrs Reynolds raconte en effet comment après une fête sur une planète de pionniers Malcolm s'est retrouvé marié sans la savoir à une jeune paysanne, la pulpeuse Saffron (Voir ci-dessus Christina Hendricks, le rôle de sa vie!), mais celle-ci a tout fait pour qu'il accomplisse son devoir conjugal... afin de l'endormir pour prendre le contrôle du vaisseau. Devant Malcolm, endormi par un baiser empoisonné, Inara perd ses moyens et se jette sur le capitaine, l'embrassant à son tour... pour le rejoindre dans le sommeil!

 

Une fois la série annulée, l'équipe est donc revenue à la charge pour un baroud d'honneur. Comme Whedon ne fait pas les choses à moitié, il a été décidé de faire appel aux dons pour financer un long métrage, ce qui sera finalement repris en main par Universal, mais le film fini est bien tel que Whedon (Dont c'est la première réalisation pour le grand écran, 6 ans avant The Avengers) l'a voulu. Fait exceptionnel, le film réunit tout le casting brillant, les neuf acteurs ayant répondu présents. Morena Baccarin n'y apparait que dans la deuxième moitié (Inara avait quitté le groupe à la fin de la série) et Ron Glass n'y a qu'une petite apparition mais ils sont bien tous là. Le film est un moyen de donner au moins une vraie fin décente à la série, qui passe par la mort de deux personnages, et qui ajoute des pistes plus encourageantes pour les divers arcs narratifs laissé en plan: la fuite et la mise à prix des Tam, les moyens déployés par l'Alliance pour les retrouver (avec un personnage menaçant et intéressant joué par Chiwetel Ejiofor), les réelles raisons de l'existence des Reavers, le couple potentiel formé par Simon et Kaylee, et bien sur l'idylle contrariée de Mal et d'Inara. Le film remplit aussi quelques vides, en montrant dans une séquence d'ouverture le big-bang de cet univers, l'abandon de la terre, puis l'évasion de River. 

 

Serenity (le film, pas l'épisode pilote qui porte ce même nom!) n'est sans doute pas le meilleur épisode de Firefly, mais c'est un moyen décent d'une part de finir la saga (Avec regret, c'est très addictif) voire d'y accéder dans d'assez bonnes conditions, même si le film ne remplit pas totalement sa mission de former une histoire indépendante: celle-ci reste compliquée pour quiconque n'est pas familier de la série. Comme toutes les séries, et les films de Whedon, on y met l'accent non seulement sur l'humanité synthétisée par un groupe familial, mais aussi sur l"importance de la femme, dont les multiples visages dans la série (Kaylee, l'enfant-mascotte, Inara, la belle embassadrice de l'amour, Zoe, la femme forte et combative, River, le phénoménal potentiel féminin et Saffron-Yolanda-Bridget, la féminité extrême passée au service de la traîtrise) sont complétées par la vision fugace d'un lovebot, un robot femelle qui rappellera des souvenirs à tous les fans de Buffy... La femme reste une fois de plus le centre de l'univers, mais aussi sa base et sa finalité. Femmes inaccessibles, femmes fortes aussi, telles ces prostituées (le mot est utilisé par Inara elle-même) qui doivent se défendre contre un propriétaire terrien dans un épisode riche en péripéties, elles font une fois de plus la pluie et le beau temps dans une série dont les actrices sont toutes sans exception fabuleuses... une fois de plus, on note l'importance visuelle de Summer Glau, qui a une façon unique d'utiliser le mouvement (Elle est ballerine) et a pu, dans le film, effectuer elle-même ses propres cascades, ce qui a du plaire à Whedon, qui a toujours souffert à faire doubler ses actrices, en particulier Sarah Michelle Gellar et Eliza Dushku. Dans deux scènes impressionnantes de Serenity, river déploie une science inattendue des arts martiaux; la première fois, c'est dans un état second, mais la deuxième c'est en faisant appel à sa propre volonté... Et puis bien sur, les acteurs là aussi sont tous excellents: comme d'habitude, Whedon puise dans plusieurs viviers: inconnus (Sean Maher), vieux briscards (Ron Glass), jeunes en devenir (Nathan Fillion) , acteurs confirmés (Adam Baldwin) et acteurs de comédie (Alan Tudyk). Tous sont excellents, ont rejoint cette communauté qu'ils n'ont jamais vraiment quittée (Récemment, on a vu Rick Castle - Fillion- dans la série qui lui est consacrée se déguiser en Malcolm Reynolds pour un bal masqué dans un épisode!).

 

Reste que le vrai héros de cette petite famille, c'est bien sur Nathan Fillion. Pour une première véritable interprétation en vedette, le futur Castle a fait plus que du beau travail. Toute réplique gagne à être prononcée par lui, il a une assurance physique absolue, une capacité à passer d'un extrême à l'autre, et aucun scrupule à faire passer son personnage pour un butor s'il le faut; dans un passage de Serenity, il va jusqu'à refuser de sauver un homme qui va ensuite être saisi par les Reavers. Tout au plus lui accorde-t-il une certaine miséricorde en le tuant d'une balle... mais Nathan Fillion est l'un des acteurs les plus doués du moment, et Whedon ne s'est pas privé de faire appel à lui: le super-héros qui afronte Dr Horrible dans la fameuse web-série, ce Captain Hammer victime d'une hypertrophie du pénis, c'est lui. Il gratifie la septième saison de Buffy (Tournée dans le sillage du désastre de Firefly) d'une apparition en méchant prêtre psychopathe qui vole la vedette à tous, y compris au Spike de James Marsters! Et plus près de nous, il fait partie du casting de luxe assemblé par Whedon pour une version de Much ado about nothing très réussie... Mais soyons francs: Fillion, pour moi, c'est Malcolm Reynolds.

 

..."We aim to misbehave."

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Joss Whedon Science-fiction Television
23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 11:02

Au moment ou Dollhouse accède au prime time sur une chaîne hertzienne de grande écoute, il est paradoxal de rappeler que cette série s'est arrêtée, au bout de deux courtes saisons, en janvier 2010. Les raisons? D'abord, le fait que les séries sont un marché, qui plus est encombré, et que désormais il s'agit de séduire aussi rapidement que possible, et tout le monde n'a pas la chance de bénéficier d'une carte blanche sexe et violence sur une chaine comme HBO, ou Showtime. Donc, la nouvelle série de Joss Whedon, après ses succès Buffy the vampire slayer et son spin-off Angel, après le rare Firefly, a rejoint la cohorte des séries tuées dans l'oeuf. Gageons que la récente grève des scénaristes a suffisamment énervé les networks, ces chaînes nationales qui font la pluie et le beau temps, et qui depuis exigent des séries un rendement maximal pour un pilote. Parmi les victimes récentes, on compte des séries fabuleuses, telles Pushing daisies ou encore le superbe Wonderfalls, de Tim Minear.

Quant à Whedon lui-même, il a déjà vu ça, et s'attendait même à le revivre dès la fin de la première saison de Dollhouse: Firefly, peut-être le bébé dont il était le plus fier (avec raison), n'a pas survécu à son treizième épisode, et seuls quatre ont été programmés à la télévision aux Etats-unis... Quoi qu'il en soit, l'équipe qui a fait Dollhouse saison 1 s'attendait à une annulation rapide, et a donc maintenu un certain ordre, relativement raisonnable, alors que l'équipe de Dollhouse II, enhardie par la commande d'une nouvelle saison, a été beaucoup plus loin, mais sans se faire d'illusions. On peut donc argumenter du fait que Whedon et ses auteurs ont rempli ces 13 épisodes avec des péripéties qui auraient pu tenir normalement sur 45 ou 60 heures... D'où un certain sentiment de trop plein. Mais avec Whedon, on a l'habitude que ça aille loin, très loin...

Dollhouse tourne autour d'une idée, relativement simple: un nouveau service existe, de façon secrète, protégé par une corporation de recherche pharmaceutique: la "maison de poupée" est un endroit ou un client fortuné peut demander à bénéficier d'un être humain qui lui est prété pour une durée donnée, entièrement formaté à ses désirs: si on veut une fiancée, un collaborateur hyper-doué, un spécialiste dans quelque champ que ce soit, ils peuvent fournir, grâce à une technologie ultra-sophistiquée: les "poupées", toutes et tous volontaires, sont privés de leur personnalité, stockée à part, et sont dotés, pour chaque mission, d'une "empreinte", une cartouche complète de personnalité. Parmi les clients, on trouve aussi bien un veuf qui souhaite avoir sa femme auprès de lui lors de ses anniversaires, qu'une femme décédée qui se doutait qu'on voulait la tuer, et souhaite enquêter post-mortem... Les "véhicules", soit les poupées, sont tous jeunes, et supposés être dociles et vides de toute pensée, de toute intelligence, jusqu'au jour ou on s'aperçoit que les plus brillants d'entre eux commencent de plus en plus perceptiblement à développer une sorte de culture, une intelligence, des souvenirs, et se rendent compte du traitement qui leur est infligé. Adelle de Witt (Olivia Williams), la dame Britannique qui tient l'établissement dont il est question (Il y a plusieurs succursales de cette société secrète) est ambigue, et semble à la fois travailler pour ou contre ses employeurs; d'autres histoires se greffent sur ce canevas, la plus notable étant l'histoire de Paul Ballard (Tamoh Penickett), un agent du FBI qui enquête sur la disparition de Caroline (Eliza Dushku), une jeune activiste alter-mondialiste, et qui a entendu parler de la légende urbaine des Dollhouses. Il n'a d'ailleurs pas tort de faire le rapprochement, puisque Caroline, sous le nom d'Echo, est la plus populaire des Poupées... Sous la direction de Boyd Langton, son superviseur, elle mène à bien dans la première saison des missions dont elle s'acquitte de façon exceptionnelle. D'autres poupées apparaissent au gré des épisodes, tous et toutes clairement identifiées: Sierra (Dichen Lachmann, qui cache un lourd secret; Le très versatile Victor, très prisé des dames (Enver Gjokaj); November (Miracle Laurie) ou encore Whiskey et Alpha. Le personnel de la Dolhouse de Los Angeles est aussi très détaillé, outre DeWitt et Langton, on fait la connaissance de Topher Brink, le responsable des machines, un génie sociopathe interprété de façon hallucinante par Fran Kranz: a mon sens, il faut sans doute y voir le double de Whedon lui même. Pour compléter ce casting, le chef de la sécurité (dont on apprend très vite à se méfier), Laurence Dominic (Reed Diamond), mais aussi le dr Claire Saunders (Amy Acker), au visage marqué de cicatrices, souvenir d'un accident qui restera longtemps inexpliqué, ont des rôles récurrents.

 

On est en pleine science fiction, donc, versant manipulation des consciences, mais avec une bonne dose de militantisme personnel de la part de Whedon qui décidément n'aime pas les corporations tentaculaires. Dans sa ligne de mire, ici, un groupe de recherche pharmaceutique, Rossum, qui n'apparait qu'en filigrane dans la première saison pour revenir de façon plus menaçante dans la deuxième. afin de rendre la partie plus intéressante, Rossum est non seulement l'employeur de la Dollhouse, c'est aussi leur ennemi. Il est montré dans la deuxième saison que Rossum se doute de l'esprit de résistance de la Dollhouse de LA, et a infiltré ses murs, mais aussi qu'ils sont attentifs à la technologie de Topher Brink, dont la scientifique équivalente de Tucson (Summer Glau) souhaite voler les principales inventions. Comme dans la cinquième saison d' Angel, Dollhouse II nous montre les héros aux prises avec le mal dont il sont eux-mêmes les employés... Comme Buffy et Angel, ils vont devoir affronter une menace d'apocalypse, déjouer les pièges de leurs propres amis, et bien sur dénouer quelques fils sentimentaux qui sont typiques de Whedon: quand tout va bien, c'est que tout ne va pas tarder à aller mal, qu'on se rappelle du destin de Tara et Willow (Buffy), de l'amour entre Fred et Wesley (Angel), ou de la mort du pilote de Firefly dans le long métrage Serenity, etc...

 

La famille: c'est LE thème de Joss Whedon, qu'on retrouve de façon explicite ou symbolique dans toutes ses séries. celle-ci ne fait pas exception à la règle, avec sa mère protectrice (DeWitt), son père dysfonctionnel (Brink) et ses enfants turbulents (les poupées). Il y a aussi le fils maudit, Alpha, qui est souvent cité dans les premiers épisodes, et dont on apprend très vite qu'il est à la source de beaucoup de problèmes passés: c'est une "poupée" qui s'est rebellé, et s'est chargé de quarante personnalités différentes. Alan Tudyk l'interprète avec, eh bien, génie. Mais on voit dans cette série aussi un goût pour les causes perdues, tout comme dans Angel: c'est Paul ballard qui a pour mission de l'incarner dans la première saison: seul contre tous, il enquête à la risée de ses collègues sur les "Maisons de poupées", et va bien vite se rendre compte qu'il est lui-même le jouet de l'organisation, avec sans doute la complicité du FBI. Arroseur arrosé, il va prendre à la fin dela première saison une décision radicale et inattendue, riche en conséquences. La "cause" est perdue d'avance...

 

Le principal thème, le pus surprenant, c'est bien sur de voir comment les personnages de poupées peuvent évoluer, apprendre, fixer des mémoires, sensorielles ou autres; cela apparaît bien sur dans les personnages de Victor et Sierra qui s'aiment au-delà de tout, sans prendre en compte leur condition; Mais c'est Echo, et Alpha qui montrent les dispositions les plus spectaculaires: ils réussissent à devenir de vrais êtres humains, avec leurs aspirations et une intelligence au-dessus de la moyenne (Ainsi que de vrais symptômes de serial killer en ce qui concerne Alpha bien sur...). Comment un être humain se forge-t-il, quelles sont les chances de véritablement effacer toute trace d'humanité, telles sont les questions posées par la série... En plus d'autres, notamment un regard sur la prostitution, qui fait écho à un personnage de Firefly, la "Compagne" Inara: les poupées sont-elles des prostituées? Certains répondent non, puisqu'elles ne sont amenées à n'accepter les rapports sexuels que si elles ont programmées pour, et ce n'est pas toujours le cas. Mais lorsque les souvenirs commencent à exister dans les enveloppes supposées vides, la question revient immanquablement à la surface; la série est d'ailleurs ambigue, jouant le chaud et le froid sur la question du traitement et du conditionnement infligé à ces êtres humains...

 

Si la série n'est qu'un demi-succès, elle le doit principalement aux circonstances, qui en ont précipité la diffusion, et qui ont accéléré son développement. on aurait aimé que la dose ne soit pas aussi forte dans la deuxième saison, que Whedon puisse faire comme avec Buffy ou Angel et bénéficier de temps... Il faut sans doute remercier la Fox d'avoir au moins laissé la série se développer sur 26 épisodes, et se demander pourquoi elle ne l'a pas fait sur Firefly. Au moins, la série nous laisse-t-elle apprécier une fois de plus le merveilleux monde noir et tordu de Joss Whedon, et nous permet aussi d'entendre ce merveilleux langage, ces dialogues, et voir ces personnages aux prises avec le mal, mais si souvent drôles: une conversation hallucinante entre Topher Brink et "Victor" doté de la personnalité de Topher, une Eliza Dushku devenue une dame morte, tentant de résister aux avances de son fils, la surprise de voir Adelle DeWitt cliente de sa propre succursale, le plaisir de voir ou revoir les "habitués": Alan Tudyk (Firefly), Amy Acker (Angel), Summer Glau (Angel, Firefly), Eliza Dushku (Buffy, Angel), Alexis Denisof (Buffy, Angel), Felicia Day (Buffy, Dr Horrible)... La "famille" fonctionne bien dans ce sens là aussi. Sinon, elle s'étend aux collaborateurs, qui sont tous là, de Tim Minear à Marita Grabiak, en passant par David Solomon: auteurs et réalisateurs, ils secondent Whedon comme ils l'ont toujours fait, même si la trame principale porte totalement sa marque, ainsi que des bribes de dialogues, et certains personnages: Topher Brink et sa consoeur Bennett, en particulier. Whedon n'a réalisé et écrit en solo que deux épisodes, mais l'affaire est entendue: il était constamment présent sur le plateau de toute façon.

 

Voilà, on ne peut qu'encourager, en leur enjoignant d'être patients, à tous ceux qui souhaitent en savoir un peu plus sur l'âme humaine, si elle laisse des traces sur notre enveloppe corporelle ou pas, et passer du temps en compagnie de l'âme de Joss Whedon, de regarder ce qui est une série ambitieuse, belle, prenante, compliquée, et glorieusement ratée. Bref: un chef d'oeuvre maudit, de la part d'un auteur fou dont la présence à la télévision est décidément indispensable...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Joss Whedon Science-fiction Television