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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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20 décembre 2020 7 20 /12 /décembre /2020 09:09

Dans les Alpes Autrichiennes, au tout début de la seconde guerre mondiale, les fermiers Franz et Fani vivent heureux dans un bonheur fragile au milieu de leur village... Mais les habitants vivent dans l'hypothèse d'une conscription imposée par les nazis. Certains, qui considèrent l'arrivée d'Hitler comme un bénéfice, en revendiquent la nécessité, mais d'autres, dont Franz, ne peuvent l'accepter. Taraudé par sa conscience, le fermier va refuser de porter les armes... Et assumer toutes les conséquences.

C'est un retour au cinéma fermement narratif pour Malick, qui a planté ses caméras dans les alpes pour en capter la beauté, et continue à fonctionner en alternant les plans-séquences, la caméra posée au sol avec des objectifs grand angle qui déforment volontiers le champ... Mais une chose me frappe, moi qui ai été profondément irrité par ses trois précédents films "quasi-narratifs", c'est l'absence de cette pensée omniprésente dans la bande-son, qui était sans doute devenu le tic le plus navrant du cinéaste: ici, les réflexions ("je ne sais pas d'où je viens... toi non plus" et gna gna gna) sont remplacées par un recours bienvenu à un dialogue de lettres, les messages que s'envoient Franz et Fani depuis les classes du militaire jusqu'à la prison, le procès, et l'échafaud.

Oui, il va mourir: il a refusé de porter fusil pour les nazis, donc après un simulacre de procès, il va être séparé en deux, pour reprendre la formule de Badinter... Le film nous décrit bien un calvaire, celui d'un homme comme un autre, dont le parcours est raconté par un jeu de point de vue impressionnant... Et le chemin de croix (l'expression est ici utilisée en conscience) est double: d'un côté, le parcours judiciaire chez les nazis, avec coups de lattes en permanence, de l'autre la mise eu ban du village pour l'épouse et les enfants.

Par contre on retrouve cette manie à la fois énervante et rassurante de Malick de figurer le destin/la vie/Dieu/que-sais-je-encore par des plans superbes, magnifiques et dignes des plus sublimes cartes postales de couchers de soleil, de cimes ennuagées, et toutes ces sortes de choses... 

On ne s'étonnera pas pour finir d'apprendre que Franz a existé et qu'il a été béatifié, par un pape qui a été effectivement enrôlé (contre son gré, ce qui a été plus d'une fois souligné) dans les jeunesses hitlériennes. Cet aspect n'enlève rien à la gravité du cas de conscience, après tout. Même si Malick le traite avec les gros sabots du croyant.

 

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Published by François Massarelli - dans Terrence Malick
14 novembre 2020 6 14 /11 /novembre /2020 16:07

Sorti entre l'étrange Knight of cups (vous pouvez substituer à "étrange" l'adjectif de votre choix) et l'irritant Song to song (même remarque), ce "Voyage du temps" est un documentaire qui émane directement de The tree of life, son grand oeuvre à l'origine d'un virage expérimental. A vrai duire, ce film de 90 minutes ressemble au long métrage en question, mais sans les personnages ni le semblant d'intrigue... Et a du être commencé en même temps, du reste de nombreuses correspondances, voire des bribes de séquences, apparentent les deux films.

Les images, dues essentiellement à Paul Atkins mais saupoudrées d'un grand nombre d'effets qu'on peut attribuer à Douglas Trumbull, tournent autour de la naissance et de la mort de l'univers... Afin de nous aider (mais c'est sans doute raté...) à suivre/comprendre/faire sens, un commentaire absurdement idiot est lu par Cate Blanchett, dans la plus pure tradition de l'écriture de Malick: des questions, prétendument poétiques, sans réponse possible (mère, qui es-tu? Pourquoi suis-je? et dans quel état? etc)... 

Alors oui, c'est beau, sauf lorsque des images vidéo de notre monde si laid viennent perturber l'esthétique vaporeuse de ces tableaux majestueux de vie, de mort, d'orages, de tempêtes, de paysages sublimes, de dinosaures sur les plages, de proto-humains tout nus, de poissons qui se mangent entre eux...  C'est beau, très beau, mais ce n'est que très beau, justement, pas plus. Il doit bien y avoir un projet philosophique derrière ces belles images. Mais lequel?

...Je crois que je m'en fous.

 

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Published by François Massarelli - dans Documentaire Terrence Malick On s'en fout
26 janvier 2020 7 26 /01 /janvier /2020 09:28

Dernier film d'une trilogie, Song to song partage avec To the wonder et Knight of cups un style délibérément brouillé, hérité de Tree of life. Malick, après ce dernier film qui est souvent considéré comme son grand oeuvre, est en effet parti dans une direction risquée, déclinant les méditations philosophiques d'amants en crise, à travers un dédale chronologique. La partie mystico-abstraite (création du monde, évolution, etc) de Tree of life ayant donné de son côté le documentaire à la réputation compliquée Voyage of time...

Donc, nous sommes ici confrontés, après l'opus religieux To the wonder, le film autour du cinéma Knight of cups, au monde de la chanson, et si je fournis ensuite un résumé, c'est sur la bonne foi des sites que j'ai consultés, car je n'ai en effet pas pu recoller les morceaux d'une narration qui ne nous donne probablement que 25% des clés de l'intrigue. Par exemple, à moins de lire attentivement le générique final, on ne connaît pas les noms des protagonistes; les repères temporels sont d'autant plus compliqués à capter que le film a été improvisé dans de courtes sessions de tournage, au gré de la disponibilité des acteurs. Et ceux-ci, comme d'habitude, ont surtout eu à marcher dans l'eau devant la caméra en faisant des têtes d'enterrement, sans savoir ce que la voix off qui allait être placée sur les plans, dirait...

Faye (Rooney Mara) est une jeune rockeuse qui souhaite percer, et elle a une aventure avec Cook (Michael Fassbender), un producteur un peu trop charismatique et influent. Elle rencontre BV (Ryan Gosling), un chanteur inconnu, qui s'apprête à faire un album avec Cook, et a une liaison avec lui; mais celle-ci se finit mal, et Faye couche de nouveau avec Cook, qui lui promet un contrat d'exclusivité. Pendant ce temps, Cook se marie avec une jeune femme (Natalie Portman) qui est un peu trop Chrétienne pour accepter le comportement libre de son mari, et BV et Faye ont des relations avec d'autres: Amanda (Cate Blanchett) pour BV et Zoey (Bérénice Marlohe) pour Faye...

Quelle salade, a-t-on envie de dire! C'est vrai que comme toujours, le travail de l'image par Emmanuel Lubezki, les angles et lieux choisis, sont superbes, avec toutefois une réserve de poids: les lentilles privilégiées pour les prises de vue rock 'n roll (avec cuir, tatouages, et même une incursion des Red Hot Chili Peppers et de Patti Smith dans le film) alourdissent le film un peu plus... Les acteurs sont des gens qu'on a envie de suivre, bien entendu, notamment Rooney Mara, Natalie Portman, et Ryan Gosling.

Mais comment se départir d'un ricanement prolongé devant ces plans d'amants qui regardent par terre, les pieds dans l'eau, et ressemblent à s'y méprendre à des acteurs auquel un metteur en scène hors-champ, donne l'ordre d'avoir l'air maussade dans une inspiration de dernière minute? Et si ces trois films post-Tree of life, finalement, n'étaient qu'une expérience ridicule, prétentieuse, et inutile? Et si on attendait de Malick qu'il prenne de nouveau du temps pour réfléchir à un film, et qu'il ne s'adonne pas seulement à des tournages de pubs géantes sans produit à vendre, avec des acteurs qui sont plus des modèles qu'autre chose, avec gros plans sur les Louboutin toutes les trois minutes?

...parce qu'il faut bien le dire, à part peut-être quand Rooney Mara tripote une Fender Jaguar, on s'en fout.

 

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Published by François Massarelli - dans Terrence Malick Rooney Mara On s'en fout Ryan Gosling
26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 17:03

Versant positif: Le "Knight of cups", Chevalier de Coupes, est une figure de tarot dont la valeur divinatoire est essentielle au film de Malick: à l'endroit, il représente le changement, la nouveauté, et l'excitation ainsi produite. A l'envers, au contraire, il est indicateur du fait qu'une personne n'est pas fiable, voire totalement perdue, piégée dans un monde de tricherie et de faux semblants. Et justement, le septième film de Malick promène son style immuable (Et encore plus inchangé depuis la production de Tree of life, dont l'équipe est constamment réutilisée par le cinéaste depuis de film en film) dans Hollywood, à travers des anecdotes de la vie d'un scénariste, Rick, interprété par Christian Bale, au hasard des soirées, réunions de travail, fêtes délirantes à Los Angeles, et pérégrinations avec son frère, du moins celui qui a survécu: on apprend en effet que le troisième frère s'est suicidé, et ça a été le déclencheur de rapports difficiles avec leur père pour les deux garçons. Mais surtout, dans ce film, ce sont les femmes qui sont le sujet, six d'entre elles: les différentes maîtresses de Rick. L'ex-épouse, Cate Blanchett. Le top model à l'humeur solaire, Freida Pinto. La jeune rebelle un peu fofolle, Imogen Potts. La strip-teaseuse Australienne au grand coeur, Teresa Palmer. La jeune femme qui a laissé une ombre dans son passé, qui voulait un enfant mais lui n'en voulait pas (Natalie Portman), et enfin la jeune femme totalement libre, qui va l'aider à aller de l'avant... et le persuader de faire un enfant (Isabel Lucas).

Comme d'habitude finalement: on pourrait aisément reprocher à Malick, surtout après Tree of life, de tourner tous ses films de la même façon, en accumulant les scènes d'hommes qui marchent dans des décors sans cesse renouvelés, dissociant systématiquement image et une bande-son faite de musique et de voix off qui semblent plus poser de questions (...Who are you?) qu'autre chose. Mais voilà, c'est son style, et pour un cinéaste autrefois resté plus de vingt ans sans tourner, il y a depuis Tree of life une certaine productivité remarquable. Donc le cinéaste n'a sans doute pas envie de se remettre en question. Et du reste, ses films explorent, aussi les mêmes voies, avec des variantes: le lien profond, familial entre les êtres dans Tree of life, et son effet sur l'adulte. L'amour et la religion dans To the wonder (Avec un trop fort accent à mon goût sur le spirituel, mais là encore l'artiste est libre de ses choix) et cette fois la rapport d'un homme à ses échecs sentimentaux, à la lumière de ses doutes créatifs. Le fait, bien sur, que Christian Bale soit un auteur, et que Malick aime à signer ses films d'une formule qui renvoie plus à l'écrivain qu'au cinéaste (Written and directed by) ne doit évidemment pas nous échapper. Pour le reste, voici un film, un de plus, qui garde son mystère après la vision, qui garde aussi sa poésie, à laquelle on peut très bien ne pas être sensible, mais qui est profonde, réelle (Ces lieux où Malick va tourner!) et on sait qu'on y retournera de toute façon, car n'est-ce-pas, le cinéma est d'abord et avant tout une expérience. Et ça, Malick plus que tout autre l'a très bien compris.

Versant négatif: seulement, quand on s'en fout... on s'en fout!

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Published by François Massarelli - dans Terrence Malick On s'en fout
23 juin 2013 7 23 /06 /juin /2013 10:25

Un Américain et une Française d'origine russe, mère célibataire d'une jeune fille, s'aiment avec passion pendant un séjour au Mont-Saint-Michel et sa "merveille". Ils décident de s'installer en Oklahoma, où l'amour va s'émousser, puis les quitter. La jeune femme retourne en France, le jeune homme retrouve une ancienne petite amie avec laquelle il se console, et pendant ce temps on assiste aux atermoiements d'un prêtre Catholique qui subit une crise de sa vocation.

On a suivi, avec passion parfois, Malick sur tous les terrains ou presque. J'admets une tendresse particulière pour Days of heaven, et The thin red line... J'ai été décontenancé mais fasciné par The tree of life, un film dont les images me poussent à y retourner... Mais là, franchement, je ne sais plus quoi en faire: To the wonder est un catalogue d'images magnifiques, inspirées, mais disjointes. L'intrigue ou ce qui en tient lieu ne nous viendra qu'après avoir lu les communiqués de presse, et cette double histoire de perte d'amour (La fin d'une passion amoureuse mal vécue par les protagonistes d'un côté, et la perte de la foi chez un prêtre catholique expatrié de l'autre) finit par nous sembler dérisoire. Premièrement, si le message est de se tourner vers la religion, de 'faire un avec Dieu avant d'espérer faire un avec l'autre', ce genre de fadaises sont on devrait s'être débarrassés depuis longtemps, alors ce sera sans moi. Et d'autre part, Malick ne se serait-il pas, pour une fois qu'il a précipité un film (Seulement deux ans, un record pour lui), laissé aller à s'auto-parodier?

Alors comme d'habitude, on va s'extasier devant le flux (non-) narratif soutenu par ces plans de gens en mouvement (Le plus souvent en travelling avant), on va admettre que Malick et ses techniciens ont un savoir-faire admirable en matière de coucher de soleil, et que le metteur en scène sait mettre ses acteurs et intervenants (Ici, beaucoup de gens locaux de l'Oklahoma, qui ne sont sans doute pas des acteurs professionnels) en confiance et obtenir d'eux un naturel qui fait souvent défaut... Mais cette histoire décousue et disons-le prétentieuse, on s'en fout!! Voilà.

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Published by François Massarelli - dans Terrence Malick On s'en fout
26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 18:41

Le premier film de Terrence Malick est une balade (Sauvage, nous dit le titre Français) à la suite de deux personnages qui se sont lancés dans une fuite en avant peu banale: dans le Dakota du Sud, Kit (Martin Sheen) aime Holly (Sissy Spacek), une jeune fille de quinze ans. lui est jugé comme un bon à rien, et il est surtout un impulsif... Un jour, ils décident de partir, et Kit descend froidement le père (Warren Oates) de la jeune femme. Attachée à son amant, elle le suit sans trop se plaindre, dans une cavale improvisée vers le Montana, au cours de laquelle Kit va multiplier les morts violentes...

Inspiré par l'histoire de Charles Starkweather, un tueur qui avait effectué à peu près le même parcours que Kit, flanqué d'une jeune femme, le film installe ses deux "bandits" dans les paysages du Nord-Ouest, et est donc le film qui voit s'inaigurer le style de Terrence malick, qui laisse les acteurs vivre un maximum devant sa caméra, les place dans une nature qui n'est paradoxalement jamais en porte-à-faux avec la violence que manifeste Kit, bien au contraire. Malick semble nous dire que Kit n'est qu'un Américain qui a tenté sa chance, et le reste du monde semble d'ailleurs réagir dans ce sens, jusqu'aux forces de l'ordre qui réussissent à la fin à l'attraper mais semblent aussi succomber à son charme particulier, et vont jusqu'à faire la même réflexion que Holly: il "ressemble à James Dean"! kit, de son côté, est conscient qu'il est en train de faire l'histoire, laissant parfois des indices derrière lui, persuadé qu'ils finiront au musée... il va jusqu'à marquer de façon fébrile l'endroit où il se fait arrêter, conscient de l'importance de laisser quelque chose derrière lui.

 

La violence est montrée dans le film, sans passion, de façon distanciée. Bien sur, Malick ne juge pas, ne nous donne pas non plus la possibilité de juger ses personnages. Mais faut-il s'abstenir de penser à l'inévitable massacre contemporain qui avait lieu à des milliers de kilomètres? Le film nous montre des Américains qui sont né à une époque durant laquelle l'homme s'esst rendu insensible à l'acte de tuer; non seulement Kit, ou Holly, mais jusqu'aux autres: les diverses personnes rencontrées lors du périple ne montrent pas beaucoup d'émotion devant les évènements. 

 

La narration en voix off de Sissy Spacek, sans passion ni véritable implication, permet de s'installer en douceur dans une film au lyrisme caché derrière une grande dose de pudeur, sans jamais juger ni asséner quoi que ce soit: un immense talent venait de naitre.

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Published by François Massarelli - dans Terrence Malick
3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 12:22

Pour son cinquième film, Terrence Malick se radicalise. Il a pris l'habitude de questionner l'âme humaine à travers la mise en image de la pensée, tout en laissant les acteurs et la nature faire leur boulot devant sa caméra... Mais The tree of life, film qu'on pourrait qualifier de non-narratif tant il ne fait pas beaucoup d'efforts pour livrer au consommateur une linéarité confortable, passe à une nouvelle étape, questionnant les sentiments humains dans le cadre d'une famille Texane, dont l'histoire nous apparaît malgré tout dans sa désarmante simplicité: les parents, Brad Pitt et Jessica Chastain, se sont mariés, et ont eu trois fils. Au père, militaire et entreprenant, très rigoriste dans son éducation et profondément malthusien dans sa philosophie, semble incomber la tâche de faire de ses fils des hommes, avec toute la violence que cela semble l'obliger à utiliser; à l'épouse, mère au foyer douce et attentive, de les ouvrir aux sentiments et à la tendresse. Mais cet équilibre est fragile, et la vie ne leur réserve pas que des douceurs: conflits ouverts ou larvés entre le grand fils Jack (Hunter McCracken) et le père, rébellion caractérisée d'un autre enfant, aléas de la vie (Le père est inventeur dans l'âme, mais ses brevets ne semblent pas tenir le choc, il est de plus licencié, et doit travailler de nouveau pour l'armée), et surtout la mort d'un de ses frères conduisent Jack devenu grand (Sean Penn) à interroger son parcours émotionnel, et le chemin chaotique parcouru en trente années, à la lumière de souvenirs d'enfance qui nous sont livrés en toute subjectivité. Apparaît aussi et surtout le portrait énorme d'une grande disparue, la mère dont on ne sait pas ce qu'elle est devenue suite à la perte de son cadet, probablement mort au Vietnam. On saura juste qu'elle n'a pas été là pour assister à une dégradation toujours plus forte des relations entre son mari et leur aîné...

L'évocation, lente et contemplative, passe comme toujours chez Malick par une symphonie de répliques et d'images, disjointes et organisées selon un puzzle fragile. Mais le film commence par une introduction des forces en présence: la nature, impitoyable et aveugle, symbolisée dans le corpus du film par le père trop froid, trop dur, trop distant, trop injuste, qui a tellement voulu faire ses fils à son image qu'il se les est aliénés, et la grâce, qui ne juge pas, n'insulte pas, aime sans conditions, bien sur représentée dans le film par la délicatesse de la maman. C'est un parti-pris naïf, mais cette division des tâches permet à Malick de ne pas trop passer par la religion, même si au fur et à mesure de la progression du film, on sent bien que la thématique Chrétienne est capitale au film. Mais Malick, qui ne s'est pas encore enhardi jusqu'au point de tomber dans le délire vaguement ridicule comme il le fera dans son film suivant, a trouvé où s'arrêter avant de tomber dans le prosélytisme gênant, et surtout a décidé de tout tenter pour prolonger son style de narration décousu et fait d'un tissu complexe de souvenirs, points de vue entremêlés, impressions, sens aigu du détail (Il a en cela bénéficié de la complicité d'Emmanuel Lubetzki, le chef-opérateur qui était déjà aux commandes sur The new world), et sa capacité inouïe à donner voir des impressions d'une telle manière qu'on croirait pouvoir ressentir et toucher ce qu'on voit. Il a donc sollicité les services de Douglas Trumbull afin d'incorporer à son film une vision de la création du monde, inscrivant Jack et sa famille dans la continuité de l'histoire de la terre, un procédé qui nous permettra de visualiser le cheminement du personnage vers l'acceptation de la mort des êtres qu'il aime (Ce cheminement est accompagné d'une séquence lyrique à souhait, située sur une plage ensoleillée, sur laquelle se retrouvent tous les protagonistes, quel que soit leur age): Trumbull retourne à ses vieux trucs fascinants de 2001, en utilisant avec génie la chimie de la matière pour nous montrer les planètes comme la vie microscopique, et le tout est complété, afin de représenter l'état de nature sauvage et violent, par les images de dinosaures souffrant de devoir manger ou être mangés (Une philosophie de la vie proche du père qui enseigne à ses fils de ruser pour cogner plus fort, transformant un cours d'auto-défense déjà limite en un cours d'attaque...). Un maelstrom d'images qui apparaît maîtrisé, en dépit du risque permanent d'aliéner le spectateur.

Le film donc demande l'adhésion, ne livrant jamais totalement toutes ses clés, ce qui en fait la force et l'universalité. Mais admettons que Malick, qui a souhaité situer son film au Texas dans les années 50, et nous montre un héros qui est un garçon, a sans doute utilisé une perception de sa propre expérience, qui est celle d'un Américain protestant élevé dans une certaine société, dans laquelle une certaine ségrégation existe: pas raciale, les noirs sont absents du film comme ils l'auraient sans doute été de la vie dans cette petite bourgade Texane à cette époque, je parle de ségrégation sociale: au père qui parle de lutte pour la survie, Malick oppose une mère qui tend la main, qui donne à boire à des prisonniers acheminés par des policiers lors d'un passage en ville, à la grande surprise de ses fils... Le père enseigne d'ailleurs à ses enfants de ne pas franchir des lignes invisibles entre les propriétés de ses voisins, contrairement à la mère pour laquelle le monde est un terrain de jeu et de plaisir... Le metteur en scène utilise des préceptes religieux, dont les valeurs sont avouons-le possibles à revendiquer par toute personne dotée de bon sens, pour une représentation de l'humanité d'une mère, finissant par accomplir un poème cinématographique unique en son genre, et fascinant de bout en bout.

 

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Published by Allen john - dans Terrence Malick
8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 08:33

Splendide troisième film, après 20 ans d'absence, d'un des cinéastes les plus exigeants des Etats-Unis, The thin red line est une méditation philosophique d'une rare qualité, qui donne à voir plutôt que d'asséner une dialectique. Le prétexte est l'adaptation d'un roman qui raconte la bataille de Guadalcanal, vue de l'intérieur, par des dizaines de narrateurs. Le film est donc choral, mais le metteur en scène, qui est aussi le scénariste, a simplifié afin de ne garder que quelques narrateurs, et de ne pas trop embrouiller le spectateur. Mais si l'intrigue est désespérément simple (L'infanterie débarque à Guadalcanal, livre bataille, et gagne), la narration est fascinante: Malick situe en effet son film dans une île paradisiaque, écho du paradis terrestre qu'a trouvé l'un des personnages, le soldat Witt (Jim Caviezel) . Du coup, tout plan montrant les soldats en marche devient une preuve de la destruction. Toute la nature est d'ailleurs représentée en mouvement, comme en rébellion contre l'invasion. Japonais ou Américains, Malick ne choisit pas, ce n'est pas son propos; sa cible, c'est l'homme. Son nouveau film rejoint la narration contemplative de Days of heaven, dans lequel les plans concernant l'intrigue devenaient presque une digression par opposition aux visions des animaux et de la nature... On retrouve des thèmes de Malick qui donnent lieu à une exposition visuelle: la vie des communautés, quelles qu'elles soient: soldats Américains organisés, campement Japonais qui trahit des conditions de vies atroces, et au milieu, les autochtones qui ne participent pas au conflit; d'autre part, comme dans Days of heaven et comme surtout dans The New World sept ans plus tard, l'avancée des soldats dans la nature de l'île devient un viol...

Le metteur en scène innove de façon considérable en contant une bataille par le menu, mètre après mètre, décision après décision qu'elles soient bonnes ou mauvaises, sans qu'on n'ait jamais l'impression d'assister à un simulacre d'humanité comme les reality-shows savent nous concocter. Chaque action en entraîne une autre, chaque pas est suivi d'une autre étape... Le point de vue évolue au fur et à mesure du film. Il est limité aux protagonistes présents, ce qui fait incorporer avec parcimonie le point de vue des soldats Japonais qui gardent le promontoire qui est l'objet de la bataille, par exemple. Même si le propos reste soumis à la "narration" des soldats Américains, on a le sentiment d'assister à une bataille aussi vraie et surtout objective que possible. L'impression de gâchis récoltée par le spectateur à la vue de ces violences fascinantes reste bien la seule émotion possible à la fin de ce film sensoriel unique en son genre, dont son auteur avait prévenu à sa sortie: il faut le regarder et l'écouter à plein volume...
 

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Published by François Massarelli - dans Terrence Malick
3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 18:09

L'ouverture du film se fait sur un générique très classique, dans lequel des images d'immigrants, de toutes origines, se succèdent. Une façon comme une autre de situer le film dans l'histoire de la vraie Amérique, celle de ses migrants éternels... Malick commence donc sa narration par un épisode urbain et industriel, qui ne cadre semble-t-il pas trop avec le reste du film, situé dans un univers rural, lyrique et pastoral... Mais pour y accéder, les héros prennent le train. Premier élément du film qui apporte l'idée d'un viol de la nature, une idée qu'on retrouvera très fortement dans les deux films suivants de Malick, The thin red line (1998) et The new World (2005)

Le train est en effet l'une des machines qu'on va voir s'aventurer dans la nature pour y apporter la destruction in fine... D'autres inventions aperçues dans le film, sont bien sur deux avions, et un tracteur, d'ailleurs conduit par Malick lui-même sur les cendres d'une moisson qui s'avérait prometteuse. 

Les héros, Bill (Richard Gere) et Abby (Brooke Adams), flanqué de la soeur de Bill, Linda (Linda Manz, qui assure la narration du film) sont en fuite: Bill a tué un contremaitre dans son usine à Chicago, ils ont donc rejoint les travailleurs saisonniers qui se rendent au Texas pour participer aux travaux des champs. Afin de ne pas trop attirer l'attention, ils se sont fait passer pour frère et soeur... Un petit mensonge, lourd de conséquences... 

Le propriétaire de la ferme (Sam Shepard), qui ne sera jamais nommé, a vite repéré Abby, dont il souhaite faire plus ample connaissance. Bill persuade la jeune femme de se sacrifier pour le bien commun, d'autant qu'il a surpris une conversation entre le fermier et le médecin, celui-ci donnant à peine un an à vivre au jeune homme atteint d'une maladie incurable. Il vit pour l'instant seul dans une maison récente, construction fantastique au milieu d'une mer de blé...

 

Le but de Bill n'est jamais très clair, mais on peut supposer qu'il s'agit de gagner du temps. Quoi qu'il en soit, le plan s'avère vite compliqué, puisque le fermier avoue son amour à Abby, et lui propose le mariage... La jeune femme s'en remet à son amant; celui-ci lui conseille d'accepter, toujours sous le prétexte que le propriétaire en a normalement pour peu de temps.

 Mais le mariage aura un effet salutaire sur le fermier, qui cesse alors de décliner. par contre la jalousie de Bill se manifeste de plus en plus vivement, et pour corser le tout, Abby tombe manifestement amoureuse de lui... Le jours heureux de Abby et Linda à la ferme sont vite ternis par des accès de mauvaise humeur, puis par les soupçons du mari. Bill prend donc la décision de partir, laissant les deux jeunes femmes reprendre le fil de leur vie paradisiaque... Lorsqu'il revient, la querelle sous-jacente refait son apparition, et lors d'une attaque monumentale de sauterelles, le fermier attaque son rival, entrainant un incendie de la récolte. Le lendemain, une noucelle altercation débouche sur un coup mortel porté au propriétaire: Bill doit fuir, et emporte les deux femmes avec lui...

Le reste est évident, ce genre de cavale ne peut finir bien... Mais ce qui frappe, dans cette saga de déimensions raisonnables, c'est bien sur l'incroyable beauté des images, dues principalement au génie de Nestor Almendros... Idéales pour laisser Malick conter à sa façon une histoire de court moment de nirvana dans la vie de quelques personnes, ou comment l'homme se saisissant de la nature entraine forcément sa detrsuction, par la machine, l'avidité, la violence (The thin red line), ou tout simplement le "progrès" (The new world). Le tout conté de façon poétique, sans rien imposer au spectateur, en limitant les échanges verbaux au minimum, et en privilégiant l'impression que chaque image est un moment à vivre, et non une étape dans une construction chronologique.Avec sa narration détachée de façon si séduisante des images sublimes qu'elle accompagne, Days of heaven, deuxième film de Malick, est la matrice d'un style unique, à vivre et revivre.

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Published by François Massarelli - dans Terrence Malick
27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 18:31
The new world (Terrence Malick, 2005)

Avec ce qui n'était que son quatrième film, Malick a repris avec bonheur l'histoire rabachée et généralement apocryphe de Pocahontas et du capitaine Johnny Smith, aussi loin que possible des clichés lénifiants, mais tout en préservant un certain nombre des légendes qui ont fait le sel de l'histoire. Celle-ci, avec un grand H, part de l'arrivée au "nouveau monde" d'un groupe de pionniers, des soldats et des marins, en Virginie, ou ils fondèrent Jamestown en 1607. Très vite, la présence d'une tribu de natifs, les Powhatan, a posé un certain nombre de problèmes. Parmi eux, la fille du chef a vite pris ses habitudes dans la colonie, jusqu'au moment ou elle s'est installée parmi les colons. Le capitaine John Smith, officier de fortune rien que par l'anonymat de son nom, était bien de la partie, mais on n'en sait que peu sur lui. Quand à la princesse, dont on a perpétré la légende sous le nom de Pocahontas, elle a bien eu une vie amoureuse avec un colon Anglais, s'étant mariée avec un riche noble de la cour, Rolfe, qui l'a même amenée à Londres ou elle est morte en 1616. A ce contexte vient s'ajouter la romance supposée avec le capitaine John Smith, qui sert si bien l'âme Américaine de par son extraction roturière, mais n'en déplaise à tous les amoureux de la légende, ce ne serait que pure spéculation...

Malick a pourtant délibérément choisi de faire en sorte, au sein de cette histoire, que le fil rouge soit précisément l'amour de Smith et "Pocahontas", jamais nommée. Smith est d'abord amené à faire la première incursion en terre "Indienne", prenant contact avec la tribu et développant très vite une complicité avec les habitants du village mais surtout avec la jeune femme; puis, revenu à Jamestown, il en devient le dirigeant pendant que tous attendent le retour du commandant de la colonie, parti chercher d'autres colons et du ravitaillement. Grâce à la complicité entre Smith et les Indiens, ceux-ci menés par la princesse ravitaillent des colons affamés pendant un hiver très rude, mais les rapports se dégradent très vite, jusqu'à ce que les colons incendient purement et simplement le village Indien. A son retour, le commandant dispose de Smith en l'envoyant sur une mission loufoque, et Pocahontas est réduite à errer dans le village, comme d'autres survivants de sa tribu. Elle est ensuite amenée à croire que Smith est mort, et accepte Rolfe en mariage...

Le but de Malick n'était pas de conter une jolie histoire d'amour, plus sans doute de souligner ce qui est un rendez-vous manqué, et un fâcheux symbole de la naissance de la nation Américaine: dès les premiers plans, le proverbial génie de Malick pour la peinture d'une nature saisie dans toute sa générosité et son talent singulier pour le montage se mêlent, en montrant à loisir les "natifs" dans leur communion permanente avec la nature, "Pocahontas" n'étant pas en reste. Cette communion se traduit chez elle par un recours constant à une voix intérieure qui interroge une mère, nourricière et protectrice, qui est bien sûr la terre. Le contraste entre la façon dont les Indiens ont créé leur campement, en harmonie, et celle dont les Anglais ont créé leur fort, fermé et envahi de vermine et d'eau croupie, mais aussi le contraste entre les scènes lyriques de Smith et de la jeune femme, en pleine nature, et les scènes finales dans un jardin aux arbres sans vie, sans formes, domptés et rassemblés en des labyrinthes ironiques, en dit long sur le propos de Malick ici, qui continue à écrire avec sa caméra des poèmes sublimes nous contant l'inscription d'êtres humains dans la nature comme s'il devait s'agir d'un viol de cette dernière...

Une fois de plus, on est confondu d'admiration devant un film qui est pensé dans ses moindres détails -on devrait même dire repensé, tant le montage a été difficile, repris trois fois- et devant sa splendeur esthétique, due à Malick et bien sur à Emmanuel Lubezki, son directeur de la photo. Les acteurs sont excellents, et l'intrigue, soumise à la méditation et au vagabondage poétique de son créateur (Il digresse, il se situe à l'écart de la chronologie, il évoque...) prenante dans son classicisme même. La façon dont après avoir suivi largement le point de vue de Smith (Colin Farrell), qui va être pendu dans les premières scènes, puis est gracié, devenant du même coup un nouveau né, un homme qui doit tout à son arrivée dans ce "nouveau monde", on passe ensuite au point de vue de la jeune femme (Q'Orianka Kilcher, impressionnante du haut de ses quatorze ans), qui va tout perdre de son lien avec la "mère nature", et se consumer dans l'amour pour ce bel homme venu de nulle part, est aussi un superbe moyen de maintenir le spectateur en haleine. Le message écologique (Au sens large, bien sur) se double de fait d'une méditation sur la naissance de l'Amérique, dans le sang et la bêtise; cette naissance s'incarne de fait dans cette princesse, fêtée par ceux qu'elle nourrit, puis laissée à se traîner littéralement dans la boue par les mêmes qui regardent ailleurs, puis invitée devant le roi et la reine, revêtue d'un étrange costume qu'elle a adopté sans même s'en apercevoir, entourée d'autres natifs, dont son oncle (le grand Wes Studi, déjà de la partie dans Dances with wolves et Last of the Mohicans), avant de mourir sans laisser grand chose de plus que des souvenirs pour ceux qui l'ont aimée, une pierre tombale, et une légende...

Le dernier plan du film montre un arbre, filmé depuis sa base. Sur la gauche, une feuille tombe...

The new world (Terrence Malick, 2005)
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Published by François Massarelli - dans Terrence Malick