Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
  • Contact

Recherche

Catégories

26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 11:31

Ce film de deux bobines fait partie des solides productions de Thomas Ince, qui avait des coudées d'avances sur son concurrent Griffith en 1914: ses films étaient impressionnants par leur sens de la composition, le jeu des acteurs, le montage avec un sens consommé de l'action, et des scénarios qui permettaient aux films d'éviter des intertitres par trop envahissants. C'est regrettable que tant de films aient disparu... Par contre on pourra toujours reprocher à Ince d'avoir été sur un certain point un précurseur de Disney: bien qu'il ait lui-même (Contrairement à Walt Disney) mis en scène des films occasionnellement, il se refusait à créditer les techniciens, et le fait d'attribuer ce film à Jay Hunt est plutôt une supposition qu'un fait.

Ce qui distingue ce court métrage en deux bobines des autres, c'est la présence de Sessue Hayakawa, qui interprète... un jeune Sioux qui revient au pays après avoir été à l'école des blancs. Il revient fin saoul, et devient la honte de son père... Lorsque un groupe de bandits, des renégats sans foi ni li, l'enrôlent et le font participer à une attaque contre la cavalerie, son père va prendre une décision radicale afin de sauver l'honneur de la tribu...

Splendide en tous points, sinon... une fâcheuse tendance à mettre les pieds dans le plat du racisme, comme le western le fera souvent. Ce qu'on dénonce souvent à tort comme étant le racisme anti-indien du western, qui avait besoin de conventions dramatiques aisément identifiables, est plus souvent un refus du mélange, qui est illustré ici de manière flagrante: les sioux sont nobles, avec leur culture et leur honneur. la cavalerie est prête à cohabiter paisiblement avec eux... Mais dès qu'on mélange les groupes, on obtient des problèmes: ainsi, le jeune fils de chef est-il corrompu par la culture blanche, et les "renégats" qui sont probablement des métis nous sont dépeints comme des brutes inhumaines... Un refus du mélange qui trahit le racisme à l'état pur. On n'a pas avancé, d'ailleurs.

Ce qui est comique, c'est du reste que la rôle d'un sioux, dans ce film qui n'aime pas trop le mélange, a été confié à un acteur Américano-Japonais. Il est excellent, comme d'habitude, et le film aussi...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Western Thomas Ince
1 août 2016 1 01 /08 /août /2016 22:31

Film fondateur, ce western est né d'une intention, celle de Thomas Ince, de redonner au genre une nouvelle dimension, alors que les productions vite faites mal faites se multipliaient.C'es un long métrage, avec une vedette reconnue et qui n'allait pas tarder à être profondément associé au genre, et on y trouve une complexité morale en même temps qu'une impressionnante fluidité narrative. ...Et pour couronner le tout, on y ose un final baroque dans lequel les images possèdent une expressivité rare, et très en avances sur son temps!

Le révérend Henley (Jack Standing) doit selon sa hiérarchie se confronter à une communauté tranquille, car ils pensent qu'il a besoin de temps avant de montrer les qualités essentielles à son ministère. Ils commettent l'erreur de l'envoyer dans une ville nouvelle de l'Ouest, où le crime et la luxure sont partout... Flanqué de sa soeur Faith (Clara Williams), il arrive dans un endroit dont les deux citoyens les plus en vue sont déterminés à ne laisser ni la loi ni la religion s'installer. Pourtant, à l'arrivée des Henley, le bandit Blaze (William Hart) subjugué par la jeune femme, va changer d'optique. Mais la partie va être rude...

Hart est le premier héros adulte de western, d'une certaine façon; ici, il incarne un cowboy corrompu, mais avec une sorte de préjugé essentiellement politique; il n' a sans doute jamais rencontré de prêtre qui l'ait respecté, ce qui explique son agacement à l'idée de la venue des deux jeunes gens de l'est. Mais la rencontre avec Clara Williams (Qui a un rôle délicat, car elle doit incarner le bien même, c'est casse-gueule et elle s'en sort plus que bien) est une épiphanie authentique, dans un film qui ne manque pas de symboles: Blaze, à propos, c'est un nom qui n'est pas innocent, le terme ayant un cousinage avec le feu, et c'est dans les feux de l'enfer que la ville finira, sous le regard rageur d'un homme qui a choisi le bien, et qui est presque devenu un ange exterminateur...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Western Muet Thomas Ince William Hart 1916
21 juillet 2016 4 21 /07 /juillet /2016 09:30

Il semble qu'après 1920, la carrière de Maurice Tourneur ait connu des revers sérieux. D'abord, Zukor et la Paramount ont refusé d'exploiter son film The glory of love, qui sortira finalement sous l'égide d'un obscur distributeur, et sous un nouveau nom en 1923: While Paris sleeps; il semblerait que ce film, le troisième et dernier avec Lon Chaney, ait disparu. Le froid avec Paramount résulta dans la fuite de Tourneur qui allait recommencer à tourner pour plusieurs studios, mais on le sait avec les carrières fluctuantes de gens comme Neilan et Stroheim, les années vingt n'étaient pas une période rose pour les metteurs en scène épris d'indépendance. Lorna Doone, réalisé pour Ince et distribué par la compagnie First National, au milieu de tout cela, ressemble à une survivance de la décennie précédente dans bien des domaines.

Le film peine pourtant à dépasser sa beauté plastique le charme de ses scènes: j'y ai vu des images sublimes, comme dans les autres, mais je me suis ennuyé. L'histoire, adapté d'un classique, concerne le destin presque tragique de Lorna (Madge Bellamy), jeune fille de la noblesse recueillie par des brigands infâmes, la famille Doone. Pourtant elle va réellement être épargnée, et devenir la fille adoptive du "seigneur" des lieux, Ensor Doone. Plusieurs années après, le passé la rattrape lorsque s'échoue (Littéralement) sur les terres des Doone son ami d'enfance (John Bowers), et entre les deux tourtereaux l'amour va bientôt naître, malgré la menace représentée par ces malfrats de Doone, tous plus dangereux les uns que les autres.

Tourneur reconstitue l'Angleterre du 18e siècle en Californie, et s'offre des compositions impeccables, un recours discret mais décisif aux ombres, et à l'occasion se fend de mises en scènes spectaculaires: le baptème d'un prince, une bagarre généralisée, en particulier, sont notables.

Le film, pourtant, manque de rythme, et en dépit des intérieurs délicatement illuminés, de la façon dont Tourneur place encore ses personnages au coeur de la nature, c'est un joli film qui tourne un peu à vide. Madge Bellamy est bien jolie, mais elle n'insuffle pas à son rôle l'énergie qu'avait, disons, Barbara Bedford dans The last of the mohicans, ou la profondeur presque vécue de Seena Owen dans Victory. Le reste de la carrière de Tourneur, qui continuera à tenter de rester indépendant, mais finira par claquer la porte des studios Américains après un désaccord sur le plateau de The mysterious Island à la MGM, tendrait à confirmer l'impression que, décidément, le metteur en scène a fait son temps...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Maurice Tourneur Muet Thomas Ince 1922
10 avril 2016 7 10 /04 /avril /2016 18:56

Ce film, adapté d'une histoire de Thomas Ince et C. Gardner Sullivan (Tout comme The Coward, réalisé par Barker l'année précédente) fait partie de ces rares films qui dans les années 10 se sont intéressés au sort des immigrants dans la Grande Amérique encore bourgeonnante. A l'espoir d'un rêve Américain, dont les films contemporains nous apprennent qu'il était sans doute réservé à des Anglo-saxons, le film oppose donc le sort peu enviable des immigrés Italiens, venus pour participer à l'immense progrès représenté par l'Amérique, et qui finissent par se trouver moins bien lotis que dans leur Italie natale. L'intrigue suit les pas de Beppo (George Beban), un éternel optimiste venu à New York afin de devenir quelqu'un, ce qui l'autorisait enfin à faire venir Annette, sa fiancée. Dans un premier temps, tout va bien, Beppo a "réussi", en créant un business florissant de... cirage de chaussures. Mais les circonstances vont s'acharner sur lui et sa nouvelle épouse, et une canicule va leur prendre leur petit nouveau-né, et le sentiment d'injustice ressenti par le héros sera à son comble lorsqu'un homme qui lui a refusé de l'aide fera savoir par voie de presse que son propre enfant est malade, et que les meilleurs médecins se penchent sur son cas...

Le film est étonnamment rythmé pour un mélodrame, suivant le dynamisme de George Beban qui fait de son personnage un agité permanent. Ca fait bien sur partie de la caractérisation "ethnique", la spécialité de l'acteur, qui donne également lieu à des intertitres à la Chico Marx. reste que le film est attachant, avec son refus du compromis, et un sens marqué du pathos, qui prend fait et cause pour les petits immigrants. Chez Ince, cette question du point de vue donnait souvent des résultats intéressants, le producteur favorisant souvent celui des victimes de l'injustice, à l'écart des clichés bien-pensants.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Thomas Ince Muet 1915
16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 07:55

Une tribu Sioux prend assez mal la violation d'un accord par une compagnie Américaine qui vient installer un chemin de fer sur la réserve, et s'attaque au fort dans lequel un pauvre bataillon de la cavalerie va souffrir. Mais la tragédie viendra en réalité d'ailleurs, du destin individuel d'une jeune femme Indienne qui sera une victime indirecte de la situation. Les Indiens, ici, sont certes une menace, mais décente, rationnelle, débarrassée des oripeaux du racisme ordinaire dont on accuse souvent le western à tort. Et le film, attribué à Thomas Ince, mais probablement du en réalité au grand frère de John Ford, Francis, qui était un acteur-réalisateur très actif à l'époque, est le premier à mettre en scène une vraie tribu Indienne, tout en proposant une vision de l'Ouest nettement plus réaliste que ne le feront bien des films ultérieurs.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Western Muet Thomas Ince 1912
15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 18:08

Griffith n'avait, dans les années 10, ni l'apanage des avancées cinématographiques, ni celui des productions liées à l'histoire de la Guerre Civile. Et c'est justement quelques mois après le monumental The Birth of a nation, que la Kay Bee (l'unité de production sous la direction de Thomas Ince, partie intégrante de la Triangle Film Corporation) sortait ce fantastique film de Reginald Barker... souvent attribué à Ince, et ce pour deux raisons: d'une part le brillant touche-à-tout était le scénariste en plus d'être le producteur de ce film; d'autre part, comme le faisait remarquer avec humour Buster Keaton, Ince était plutôt du genre à s'auto-créditer de tout et n'importe quoi qui sortait de ses studios... D'où un certain nombre de difficultés à créditer correctement les films. Pas celui-ci: Barker en est bien le réalisateur, comme d'autres films majeurs du studio, du reste.

L'argument fait penser à un film de Griffith, encore lui: The house with closed shutters (1910) était un court métrage de la Biograph dans lequel un jeune soldat confédéré désertait et sa soeur endossait son uniforme et sa responsabilité afin de protéger la famille de la disgrâce... Dans The Coward, le conflit reste le même, et nous assistons aux fêtes qui précèdent le départ pour le front de tout un pan de la jeunesse Sudiste. Mais Frank Winslow (Charles Ray) ne partage pas l'enthousiasme de sa génération: il a peur de partir, et va tout faire pour éviter de s'engager. Son père, un colonel à la retraite (Frank Keenan) qui s'engagerait si on voulait bien de lui, va l'amener au bureau de conscription sous la menace d'une arme. Le fils part bien au front, mais à la première occasion, déserte et se réfugie chez ses parents. Pour réparer la disgrâce, le vieux colonel enfile l'uniforme et rejoint les lignes sudistes. Pendant ce temps, l'armée de l'union se rapproche, et un groupe d'officiers s'impose dans la maison des Winslow. Frank sent monter en lui un courage nouveau...

Ince avait l'habitude de tourner (Ou produire) des films situés lors de la guerre civile, souvent avec Francis Ford. Donc il serait vain de s'imaginer que c'est l'énorme succès de The Birth of a nation qui l'aurait décidé à se lancer dans cette production. Et le style est très éloigné de celui de Griffith. La parenté avec le court métrage cité plus haut s'oublie très vite, notamment parce que le long métrage de Barker bénéficie d'un avantage certain: contrairement à Griffith en 1910, il a pu s'intéresser à ses personnages, et le vrai sujet du film devient vite évident: ce qui nous importe, c'est ce qui se passe dans la tête des deux personnages. La façon dont Frank admet puis assume sa peur, la réaction incrédule du vieil homme, la mère éperdue située entre les deux hommes, dans un conflit qu'elle n'a aucun pouvoir pour résoudre, puis la peur qui monte pour le soldat Winslow, enfin la détermination du vieux qui a pris sa place, qui lentement s'approche de la caméra, sa tête burinée prenant toute la place... Le film est plein de ces moments de suspension de l'action, et les personnages prennent le temps d'exister!

Bien sur, il y aura des quiproquos, et suffisamment d'invraisemblances, mais peu importe, on est face à un film classique, d'une exigence rare, et qui fera des petits: impossible de ne pas penser à The General lors de la scène de confrontation entre Frank et les officiers Nordistes dans le salon de la maison Winslow, un moment durant lequel Barker accélère soudainement le rythme, et nous montre Frank, caché... sous la table. Les scènes de combat sont impressionnantes, et le film, après tout, se termine bien. Tant qu'à faire! Un classique à voir, donc, et qui donne envie de s'attaquer à la montagne de films sortis des studios de Thomas Ince.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Thomas Ince Muet Guerre de Sécession 1915
28 novembre 2015 6 28 /11 /novembre /2015 09:02
The drummer of the 8th (Thomas Ince, 1913)

Ce film en deux bobines très remplies raconte les exploits d'un jeune garçon désireux de devancer l'appel des armes, au début de la guerre de Sécession. Son frère venant de s'engager dans l'armée de l'Union, et ses parents alarmés par son enthousiasme pour la guerre lui ayant refusé de l'accompagner à la gare, il fugue et s'engage dans un régiment en tant que tambour. Il sera blessé, prisonnier, s'évadera et sera, bien sur, un héros.

Ince, c'est un peu comme Jasset en France: on a l'impression à la lecture des histoires du cinéma d'une oeuvre immense et incontournable, certains le mettent au-dessus de Griffith par exemple, mais les films sont rares et peu diffusés. Celui-ci, tourné en 1912, est un exemple frappant de la qualité dont ses productions pouvaient faire preuve à l'époque d'un cinéma encore balbutiant. Contemporain des premiers courts métrages en deux bobines de la Biograph, réalisés par Griffith, et qui seront pour lui le tremplin vers le long métrage, The drummer of the 8th conte en un temps record, finalement, toute une épopée, et le fait avec un grand soin; bien sur, il ne fait pas aller chercher très loin pour constater que le film est essentiellement un mélo situé en pleine guerre civile, jouant ainsi sur plusieurs tableaux à une époque ou toutes les familles Américaines avaient sans doute un lien avec cette histoire pas si lointaine... Mais la maîtrise de l'interprétation, assez remarquable, la profusion de décors, les scènes de batailles très fougueuses (et parfois propices à quelques débordements histrioniques toutefois), méritent effectivement le détour. Pour finir, on a l'habitude, avec les productions Ince, de se méfier du crédit de metteur en scène, le patron ayant la fâcheuse de ramener la couverture à lui et de signer les films qu'il n'avait pas réalisé, un peu à la manière d'un Walt Disney, mais pour celui-ci on le sait: Ince en était bien le réalisateur.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Thomas Ince Muet
10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 11:09

Thomas Ince, dans les années 10, était l'autre grand producteur et réalisateur de films qui dominait, aux cotés de Griffith. Particulièrement dédié au western, il était un patron imposant et respecté, dont l'importance était d'autant plus grande qu'il était justement jugé comme un égal, c'est à dire un réalisateur au même titre que Griffith, dont les courts métrages étaient certes tournés en indépendance quasi complète, mais qui était lui un employé de la Biograph. Pas Ince, qui était son propre patron, et surtout, qui était producteur avant tout. La confusion s'explique, puisqu'après tout même Griffith n'était pas crédité à la réalisation à la Biograph. Mais les films tournés à 'Inceville' étaient supervisés, produits, parfois réalisés par Ince, mais d'autres, aussi, se partageaient le travail, dont J. Farrell McDonald, Francis Ford (Le grand frère de) ou Reginald Barker. De fait le grand homme ne dédaignait pas (Sans doute pas au point d'un Disney quelques années plus tard, mais pas forcément très loin non plus) de tirer la couverture à lui. quant aux principales raisons pour lesquelles il a été aujourd'hui éclipsé, eh bien, disons que d'une part les films n'ont pas été aussi bien conservés que ceux de la Biograph, et surtout que Ince est décédé (dans des circonstances plus que mystérieuses semble-t-il) en 1924...

 

Ces deux films, des "deux bobines" de 1913, ont pour point commun de traiter de la guerre de sécession, cette guerre civile qui a redéfini pour longtemps un pays entier. En 1913, elle n'est finie que depuis 48 ans, et des vétérans en sont encore vivants, ne l'oubions pas. Et elle est de fait un évènement qui a non seulement été déterminant pour la nation Américaine, mais c'est aussi une source culturelle d'anecdotes, de comportements, de légendes et de codes fascinants. Comment s'étonner que des films y aient été consacrés, si nombreux? Chez Griffith, dès les années 1900, chez Ince aussi, chez Edison... Des tragédies, des films d'aventures, des comédies (Grandma's boy, The general) des épopées (Birth of a nation), des films romantiques (Gone with the wind, bien sur...) et des films plus proches de nous qui remettent le s évènements en perspective en offrant une vision plus réaliste, et moins glorieuse des faits (Ride with the devil). C'est que cette guerre, la première guerre moderne (Tranchées, mais aussi guerre totale: terre, mer et même dans les airs, via des ballons captifs d'observation), durant laquelle un nombre imposant de techniques militaires ont été testées, fit un nombre incroyable de morts de part et d'autre: bref, un traumatisme incontournable. J'ai déja dit ailleurs à quel point la guerre civile était une source primordiale d'histoires pour Griffith, sans parler de son magnus opus qui sent si mauvais, mais chez Ince le conflit passé était là encore un inépuisable creuset, comme en témoignent ces deux films. Courts, mais en deux bobines soit un peu moins d'une demi-heures, ils atteignent leur but sans aucun problème...

 

Drummer of the 8th concerne un jeune garçon qui s'enthousiasme pour un conflit auquel son grand frère va participer. Il décide de fuguer et rejoindre le front pour participer en tant que tambour, mais sera très vite fait prisonnier. Lorsqu'il sévade, plusieurs années après, il prend contact avec sa famille, qui n'a jamais abandonné l'espoir de le retrouver, mais il meurt de ses blessures avant de retourner chez lui, et c'est donc un petit cercueil couvert d'un drapeau de l'union qui est aporté à sa mère. L'héroïsme de pacotille, les sentiments guerriers n'ont finalement mené qu'à un gâchis sévère dans un film intelligent, superbement mené, sans temps mort ni action exégérée. Loin des batailles très lisibles de Griffith, celles du film sont plutôt marquées par une certaine confusion géographique et dramatique qui en sert le propos...

Granddad est un constat poignant: une petite famille vit tranquille, le père, sa fille et le grand-père tendre et un brin alcoolique, un vétéran qui meuble l'essentiel de ses journées entre la boisson et le souvenir de ses exploits guerriers passés. Le père veuf ramène une pimbèche moraliste à la maison qui fait comprendre au grand père que ses manies sont dangereuses pour l'éducation de la petite Mildred, et il choisit de quitter les lieux afin de ne pas se placer entre son fils et sa nouvelle épouse. Lorsqu'un vieil homme manchot se présente au bar que fréquente le vieux grand-père et s'enquiert de ce qu'est devenu cet ancien soldat de l'union qui lui avait sauvé la vie à lui, un confédéré à l'article de la mort, les camarades du héros l'amènent à un hospice pour pauvres ou le vieil homme est en train de se tuer à petit feu en travaillant. C'est le moment qu'a choisi Mildred pour emmener son père le visiter. Cette fin mélodramatique est du plus haut sentimental, mais elle permet de clore le thème du film, à savoir l'importance du souvenir, du sacrifice, de l'héroïsme des vétérans. Le film a l'intelligence de ne prendre aucun parti guerrier, et de montrer à travers le rescapé sudiste qui cherche son bienfaiteur nordiste, que la réconciliation a bien eu lieu. Je ne suis pas sur que les noirs de l'Alabama le voyaient du même oeil en 1913, mais ne nous perdons pas dans des digressions: là encore, le film est riche, superbe, bien joué, et passionnant.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Thomas Ince 1913
19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 18:36

Cendrillon est au coeur de l'oeuvre de Borzage. en 1976, dans un numéro spécial de Positif, jacques Segond explorait cet aspect de la flmographie du metteur en scène, relevant dans ce qui était à l'époque le corpus des films connus (Essentiellement la période 1927-1941, de Seventh Heaven à The mortal storm) les traces du conte de fées sur les films. Essentiellement, Borzage tend à raconter des histoires dans lesquelles on change un être, de fond en comble, aussi bien visuellement (Habillement) que dans son for intérieur. mais on l'a vu avec Nugget Jim's partner, le metteur en scène aime à ajouter une conséquence de ce premier changement, qui est que l'être changé va à son tour agir positivement sur son environnement. Cette variante est justement la base de ce beau film...

 

Dans un prologue, on apprend qu'un homme, Kirby, a été obligé d'en tuer un autrepour légitime défense, alors qu'il devait se rendre chez lui pour assister sa femme dans son accouchement, et que les hommes auxquels il s'adressait ont non seulement refusé de lui donner un cheval, mais l'ont également menacé. une fois chez lui, et alors que son épouse est morte, rattrappé par la police montée, il était prèt à collaborer, mais un quiproquo a fait que le "mountie" a cru qu'il avait pris la fuite. c'est désormais un homme traqué, entre le sud du Canada et le nord des Etats-Unis. Puis l'histoire continue avec l'arrivée dans un petit ranch du Montana, ou travaille une jeune fille, Margy (Pauline Starke). Celle-ci ne demande qu'à s'enfuir, mais au moment ou elle essaie de fuir la maison des gens qui l'exploitent, elle tombe nez à nez avec Kirby. Tout les deux s'échappent ensemble, et finalement se séparent, Kirby conseillant à la jeune femme de trouver refuge chez les Mounties, et la jeune fille mentant pour permettre à Kirby de partir. Margy, recueillie par la police montée, devient bien vite la mascotte du fort, et plait de plus en plus au policier qui, obsédé par la traque de Kirby, n'a pas dit son dernier mot...

 

Avec ce film, l'un de ses premiers longs métrages (5 bobines), Borzage fait déjà des merveilles en explorant avec passion des thèmes qui ne le quitteront plus. Il fait siennes les règles du mélodrame, qu'il ne transcende pas trop encore, et joue avec brio avec des fils narratifs qui n'en demandaient pas tant en 1917:  le film commence carrément par une digression, qui plus est celle-ci n'a rien de didactique. En faisant reposer le film sur ce prologue dédié à la saga de Kirby, qui disparait d'une grande portion du film ensuite, Borzage prend des risques, mais le résultat est passionnant. On est toujours dans ce western âpre, réaliste, et cruel des films de 1915-1916 mais le film saura faire prévaloir les sentiments.

 

Cendrillon, c'est donc Pauline Starke, qui est exploitée par des gens peu scrupuleux, et qui décide de s'enfuir. Le vêtement joue un grand rôle dans cette histoire, puisque pour s'enfuir, Margy doit se déguiser en garçon, puis le "mountie" lui conseille de s'habiller en fille, dans la mesure ou il ne peut pas la ramener comme cela, et enfin elle achève sa transformation par les vêtements en deux temps, en devenant au fort une jeune fille "comme il faut", puis quatre ans plus tard une femme. Le vêtement et son corollaire, le déshabillage, qu'on retrouvera souvent associé à la promiscuité amoureuse ou sexuelle (A man's castle, ou la résistance de Chico dans Seventh Heaven, voire l'embarras de l'homme dans Lucky star, face à celle qu'il croyait n'être qu'une enfant, et qui est en réalité une femme), jouent aussi un rôle lorsque la jeune fille en salopette s'éloigne du mountie, qui détourne les yeux, et profite du moment pour aller dire à Kirby de prendre le large.

La transformation de Pauline Starke passe également par la maturité de son personnage. il est à porter au crédit du metteur en scène comme de l'actrice d'avoir évité une caractérisation par trop dynamique, à la Mae marsh, telle que Griffith imaginait une adolescente... Mais bien sur, Margy va changer tout et tous. Elle sauve Kirby, donne un idéal à son Mountie préféré, et apporte la joie de vivre dans le fort...

 

Contrairement à Humoresque, Strange Cargo ou Seventh heaven, pas de miracle encore dans ce film, sinon dans le singulier hasard des rencontres, ressort éminemment mélodramatique. Mais par contre, Borzage insiste beaucoup sur le code d'honneur, celui des gens de la police montée, qui attrappent toujours leur homme, ce qui est après tout leur travail: un homme comme Borzage est sensible à cette valeur. Mais c'est aussi le code d'honneur de Kirby, qui n'a tué que contraint et forcé, mais qui va se rendre, afin de laisser la justice se faire. et le code d'honneur est enfin lié à Margy, qui doit à Kirby d'avoir vraiment pu s'enfuir. Elle fait tout pour ne pas trahir le secret de son ami: celui-ci se rend chez son fils tous les ans pour son anniversaire, se mattant ainsi en danger d'être cueilli par la police. Lors de la confrontation entre Kirby et celui qui le pourchasse, Margy se doit d'être là, comme elle était présente lors de leur dernière confrontation, au moment ou Margy a été recueillie par la police montée. pas de miracles, mais des liens entre les êtres, jamais anodins. Et un lien plus visible que les autres, c'est cette tache de sang qui orne le visage de Margy après qu'elle ait pris Kirby blessé dans ses bras, alors qu'ils se disaient adieu: la trace d'un lien, entre deux personnes, des marginaux, qui sont en fuite.

 

Le rendez-vous de Kirby avec son fils est une autre touche qui aura des suites dans les films de Borzage, avec ce rendez-vous onirique dans Seventh Heaven, l'heure à laquelle Chico et Diane se retrouvent intérieurement... Bien sur, chez le Borzage de 1917, le lien entre les êtres d'une même famille ou d'un même couple, est déjà sacré, et la parole donnée, une loi absolue...

 

Utilsant magnifiquement des décors désolés dans lesquels on reconnait plus facilement la Californie que le Canada, Borzage montre avec passion une histoire une fois de plus considéré a priori comme un western de plus, mais qui décidément annonce plus d'un feu d'artifice. Un film qu'on aimerait voir dans une copie digne de ce nom.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Frank Borzage 1917 Muet Western Thomas Ince