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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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4 février 2022 5 04 /02 /février /2022 11:41

Le journal The Evening Sun, basé à Liberty (Kansas), possède une branche dont la rédaction est située en France, dans la ville d'Ennui-Sur-Blasé: The French Dispatch est une tradition du quotidien, qui s'honore d'avoir réussi à établir aussi loin de la maison-mère une tradition de journalisme intransigeant... Mais le supplément est condamné à très brève échéance, car le directeur (Bill Murray) qui vient de mourir a stipulé dans on testament que le journal cesserait de paraître après son décès. Le dernier numéro reprend donc trois articles mythiques et un éloge funèbre...

Un prologue aux trois autres parties contient un segment sur un journaliste cycliste, Herbsaint Sazérac (Owen Wilson), qui nous permet de visiter la ville; le premier des trois articles est l'oeuvre de la très respectée J.K.L. Berensen (Tilda Swinton) qui nous raconte l'étrange épopée du peintre psychopathe Moses Rosenthaler (Benicio Del Toro), depuis sont enfance au Mexique jusqu'à son enfermement dans une prison, où sa relation clandestine avec une gardienne de prison (Léa Seydoux) va provoquer une révolution artistique; le deuxième article s'intéresse à une mini-révolution qui ressemble beaucoup à Mai 68 (il y est question pour les garçons d'avoir accès au dortoir des filles à l'université d'Ennui-sur-Blasé: l'article est signé Lucinda Kremetz (Frances McDormand) qui a bien connu le meneur estudiantin Zeffirelli (Timothée Chalamet) avec lequel elle a eu une aventure; enfin, le dernier article est dû à la plume de Roebuck Wright (Jeffrey Wright), dont une enquête culinaire va se transformer en une véritable histoire policière, avec enlèvement d'enfant à la clé...

C'est extravagant, et on peut le dire tout de suite, ce film, le plus franchement excentrique de toute la production de Wes Anderson, n'a pas plus à tout le monde. Entre une ovation de dix minutes à Cannes où il a été projeté, et des articles acerbes voire vengeurs de nombreux médias de par le monde (pour certains articles, on en viendrait à se demander sil n'y avait pas une sourde, sournoise, et très ancienne envie de s'essuyer les pieds sur le petit génie Texan), la réception a été, disons, variée... Bien sûr, il y a aussi eu des critiques très positives, mais l'occasionnelle volée de bois vert est notable justement parce que c'est rare dans l'histoire du metteur en scène. Pour ma part, j'admets que le film n'est sans doute pas, sur bien des points, son meilleur, mais cette vendetta ne se justifie en rien: d'une part, Anderson a lui-même choisi de faire le contraire de ce qu'il a toujours fait en proposant un film à segments, dans lequel les personnages se multiplient, tout en amenuisant leur portée. 

Donc oui, en effet, on pourra se plaindre de rester trop peu de temps avec Lucinda Kremetz et Zeffirelli par exemple, ou on pourra déplorer que la petite amie de celui-ci est un personnage moins développé que Agathe, la petite pâtissière (Saoirse Ronan) de The grand Budapest Hotel, qui donnait à tout le film un parfum de nostalgie triste par son passage. Mais le propos, qui à mon sens complète et prolonge The Grand Budapest Hotel (sans doute LE meilleur film d'Anderson) est bien moins de s'intéresser aux personnages, que de rendre hommage à trois univers bien particuliers, et imbriqués les uns dans les autres: la France de toujours ou de jamais, non as celle des années 50, 60 ou 70 telle qu'elle donne l'impression d'être représentée dans le film, mais bien son double fictif, cette France vue à travers les films tournés souvent en langue anglaise, dans les années 30, 40, 50 et 60 justement, par des Lubitsch, des Wilder, Blake Edwards ou d'autres génies. Une France décalée, inexistante, que Wes Anderson recrée à grand renfort de noms tous plus gentiment impossibles les uns que les autres (Nescaffier, Le Boulier, la gardienne Simone, et... Zeffirelli?), et qui sent bon le cinéma: Love in the afternoon, Irma La Douce ou Bluebeard's eighth wife, par exemple. Et on y fume des Gaullistes...

Autre tradition explicitement référencée, celle du cinéma français. Comme j'en ai marre qu'on profite de Wes Anderson pour montrer sa science en ce qui concerne Godaut et Truffard, qui sont effectivement tous deux dans le panthéon du cinéaste (c'est son droit), je vais me contenter ici de rappeler deux choses: d'une part l'influence évidente de Jacques Tati, plus forte sur ce film que d'habitude, et dont Anderson a emprunté la géniale maison-dédale de M. Hulot (c'était dans Mon Oncle); et d'autre part le commissaire joué par Mathieu Amalric est un ancien colonial, moustachu et malade, qui a ramené des colonies un petit orphelin métis. Il ressemble tellement à l'inspecteur Antoine (Louis Jouvet dans Quai des orfèvres de Clouzot) que c'en est troublant.

Enfin, il y a la presse, celle qu'on vilipende partout, de complotisme en manifestations, d'éditoriaux de tout petits candidats fascistes, en colère infantile de tous petits candidats d'extrême gauche. C'est pareil aux Etats-Unis, où un président a pu tenir quatre ans à nier tout et n'importe quoi en attaquant systématiquement les journalistes, pourtant la presse est supposée être une institution aux Etats-Unis. Anderson utilise donc le cinéma, et ses possibilités, pour envoyer une lettre d'amour amusée aux journalistes de terrain, comme il avait inscrit son film précédent dans une logique profondément littéraire. Avec The French Dispatch, on voit à l'oeuvre des journalistes investis à 100 % dans une recherche souvent tellement précise et minutieuse qu'elle en devient absurde, comme Berensen qui semble avoir passé sa vie entière à écrire un article sur Rosenthaler... des journalistes qui sont autant d'auteurs, et qui dépendent d'un rédacteur en chef qui saura exactement trouver quoi prendre et qui laisser dans leur production... Bref, des pros et des artistes. D'où un sens aigu de la digression qui se retruove dans la forme délirante du film.

Et c'est peut-être ce qui a gêné dans ce film étrange, cette façon, mélangeant une constante référence au texte, dans ces images toujours aussi impeccablement et géométriquement horizontales, avec ces mouvements d'une caméra habitée qui nous oblige à la suivre, un coup à droite, un coup à gauche. Le film est u dédale de sollicitations textuelles, sonores et picturales, en 1:33:1 sur une large part mais pas que, aux couleurs pastel, mais parfois en noir et blanc en fonction des besoins... Il y a même de l'animation mal fichue (moins plaisante aux yeux en tout cas que les maquettes en image par image des poursuites de The Grand Budapest Hotel. La musique d'Alexandre Desplat est sans doute la partie la plus normale de ce drôle de film! C'est épuisant, mais on s'y fait très vite, et on sait qu'on y reviendra justement avec le plus grand plaisir... Enfin, moi, en tout cas.

Et pour finir, vous avez un aperçu du casting exceptionnel dans cet article. Mais il y a en a d'autres, et non des moindres... Allez y faire un tour, vous verrez...

 

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Published by François Massarelli - dans Wes Anderson Comédie
2 août 2018 4 02 /08 /août /2018 18:42

C'est la deuxième fois que Wes Anderson s'attaque à un long métrage d'animation, après Fantastic Mr Fox: ce grand succès de 2009 avait prouvé qu'il était inutile de s'étonner de voir un réalisateur de longs métrages en «live-action» faire le grand saut. Après tout, Anderson est sans doute l'un des plus éminemment visuels de tous les metteurs en scène en circulation, et son style géométrique, sa marque de fabrique, s'accommode particulièrement bien de l'animation en volumes.

Oui, c'est une fois de plus un film d'animation à l'ancienne, avec des petites poupées en plastique ou en plasticine, qui sont animées dans des décors «en dur» installés dans un studio. L'animation est excellente, on pourrait certes la trouver un peu raide, mais c'est le style d'Anderson qui veut ça... le plus surprenant, dans ce film adapté d'une idée originale du metteur en scène, c'est le parti-pris de situer ça, en intrigue comme dans la forme, au Japon...

En 2035 environ, Megasaki, une municipalité imposante du Japon est entre les mains du maire Kobayashi, un homme qui a la phobie des chiens. Il a décidé d'exiler les animaux, supposés amener des maladies, sur une île située au large, et qui est totalement jonchée d'ordures. Nous assistons aux aventures d'une troupe de chiens, tous ou presque nostalgiques de leur vie passée, au contact des humains. Ils reçoivent une visite inattendue, celle de Atari Kobayashi, le propre neveu du maire, à la recherche de son ancien garde du corps, un chien valeureux qui répond au nom de Spot... Les cinq chiens, dont Chief, chien errant sans grande amitié pour les humains, vont l'aider à travers l'île et ses pièges...

D'un côté, on retrouve tout l'univers de Wes Anderson, avec ces groupes faits d'associations inattendues, ces personnages qui croient cacher des blessures qui se voient comme le nez au milieu de la figure, et qui tous trouvent en une destinée héroïque bizarre, une sorte d'épiphanie. Certains trouveront aussi l'amour, bien sûr... Le burlesque naît ici de la juxtaposition d'une composition immobile, et de ces conversations décalées entre des chiens (qui tous portent un nom de leader: Rex, King, Chief, Duke...) dont la plupart trahissent une tendresse profonde pour l'humanité... Et on se demande bien pourquoi!

Oui, car tout le film est vu du point de vue des chiens, et le langage s'y adapte: on nous prévient au début du film que les aboiements des chiens ont été traduits en Anglais, alors que les humains parlent systématiquement leur langue maternelle, donc majoritairement le Japonais. Certains procédés internes à l'histoire permettent d'obtenir des traductions, mais pour l'essentiel, on n'en a pas besoin: la gestuelle est éloquente, et de toute façon ce qui doit faire sens dans le film provient des chiens, et des chiens seuls. On ne s'étonnera donc pas du fait que les voix de ces animaux soient fournies par rien moins que Jeff Goldblum, Bill Murray, Edward Norton ou F. Murray Abraham...

Mais ce dispositif particulier pousse le film dans une direction inattendue : la présence courante de sous-titres Anglais internes, qui accompagnent l'action, ou qui soulignent eux-mêmes l'omniprésence du texte sous la forme d'idéogrammes qui prennent toute la place, donne l'illusion qu'on est devant un artefact Japonais authentique, ce que la musique superbe d'Alexandre Desplat (Qui cite aussi la bande originale des Sept samouraïs, tant qu'à faire) renforce particulièrement...

Et le miracle s'accomplit : le style de Wes Anderson est là, et bien là, sans qu'on puisse s'y tromper. Son mélange de burlesque froid et de géométrie, plus tendre peut-être que d'habitude, parce que même si ce film ne s'adresse pas particulièrement aux enfants, il n'en reste pas moins que c'est un film d'animation, et la cruauté n'est pas de mise. C'est le neuvième long métrage d'Anderson, et une fois qu'on s'est adapté à son aspect visuel très particulier, c'est le neuvième sans faute.

 

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Published by François Massarelli - dans Wes Anderson Animation Arf!
18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 16:41

Ce n'est absolument pas la vocation de ce site de parler de la publicité, des abominables filmaillons de quelques secondes qui envahissent nos écrans, certes. Mais...

Quand un réalisateur de renom (Kurosawa l'a fait, et pour ceux que ça intéresse, Fellini aussi) s'attaque à une publicité, y apporte des ingrédients personnels, et accomplit avec ou sans budget conséquent un miracle, pourquoi ne pas s'y attacher? Et ici, le miracle, justement, a lieu.

A condition d'aimer Wes Anderson, bien entendu, et ça tombe bien: j'aime énormément ce réalisateur, son univers, donc je ne pourrais pas passer à côté d'un tel film qui bien qu'il ne dure que deux minutes, est suffisamment riche pour y passer du temps... Surtout que le metteur en scène s'y représente, en réalisateur justement. On y assiste à la fin du tournage d'une scène d'action dans un film international, dont Jason Schwartzmann est la vedette. A la fin de la prise, la caméra (Agitée d'un côté comme de l'autre du proscenium, on ne se refait pas) s'attache à le suivre, pendant qu'il nous explique que son métier l'oblige à une solution rationnelle pour son argent: budget, rencontres, voyages, imprévus... sa vie est donc confiée à sa carte de crédit...

On mesure mal à que point il est réjouissant, même pour deux minutes, de retrouver le petit monde décalé et référentiel de ce metteur en scène, qu'on voit justement réaliser une scène d'un film qu'il ne tourner jamais, avec ses acteurs fétiches, et qui en profite pour retourner l caméra sur ce qu'on ne voit jamais. Et là, on mesure aussi le monde qu'il fait pour tourner ne serait-ce qu'un petit spot de deux minutes...

Un spot de deux minutes qui rappelle à qui veut bien l'entendre à quel point le metteur en scène, donc, aime le cinéma. Ce qui fait, certes, que le serpent finit par se mordre la queue: un film sur le cinéma pour montrer à ceux qui l'aiment qu'on l'aime aussi... c'est vertigineux, ou complètement inutile. Bon, ça fait bien deux minutes que je parle de ce film de 120 secondes, je m'arrête ici.

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Published by François Massarelli - dans Wes Anderson
7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 21:21
Castello Cavalcanti (Wes Anderson, 2013)

Ce court métrage de sept minutes et 45 secondes est un bijou, on a envie de dire "comme d'habitude"... Financé par Prada, et tourné à Cinecitta, le film écrit et réalisé par Wes Anderson se veut un hommage à Federico Fellini, et on peut d'ailleurs en prêtant l'oreille entendre la musique de Nino Rota diffusée via une radio qui est dans le champ. L'histoire est assez simple: un soir, dans un petit village d'Italie, la communauté s'occupe tranquillement, en buvant du vin et en jouant aux cartes. Un Américain (Jason Schwartzmann), participant d'un rallye automobile, vient crasher sa voiture sur la place du village, mais est indemne... Il se remet de ses émotions, avant de se rendre compte qu'il est à Castello Cavalcanti, le village de ses ancêtres. Il réalise qu'autour de la table, se trouvent ses cousins... Après avoir vaguement attendu un autobus il décide de rester...

Voilà, c'est tout! Mais tout est dans la réalisation en clin d'oeil constant; l'excellent chef-opérateur Darius Khondji utilise beaucoup le truc de la caméra qui suit l'action et se trouve surprise par elle, en revenant sur ses pas, et bien sur Anderson privilégie les longs plans latéraux, comme à son habitude. le financement prestigieux lui permet de compter sur un budget conséquent pour un court métrage et une fois de plus, qu'ils totalisent deux heures ou moins de dix minutes, tous les films de Wes Anderson sont des bulles de plaisir, et celui-ci ne fait pas exception à la règle!

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Published by François Massarelli - dans Wes Anderson
21 mars 2014 5 21 /03 /mars /2014 15:54

The darjeeling Limited est en quelque sorte la réaction de Wes Anderson au tournage long et coûteux de son précédent opus, The life aquatic with Steve Zissou. Le film, marqué par les fantômes du cinéma Indien et d'une certaine vision cinématographique de l'Inde, n'est pas comme ses deux prédécesseurs (Avant Zissou, il y a The Royal Tenenbaums, qui définissait de façon durable le style de son auteur) un film entièrement contrôlé de façon esthétique par Anderson: il a été tourné sur place, avec une équipe réduite, et bénéficie de décors déjà existants, qui sont magnifiés par la mise en scène. Et pourtant il ne dépare pas dans la continuité de la carrière de Wes Anderson, tourné qui plus est avec l'habituelle complicité de Jason Schwartzmann, Owen Wilson, Anjelica Huston, Wally Wolodarsky ou Bill Murray. Cette fois, la crise familiale et identitaire concerne trois frères, les Whitman. Suite à la mort de leur père, et l'absence de leur mère, ils se sont réfugiés plus avant dans leur isolement les uns des autres. Francis (Wilson), chef d'entreprise en pleine crise de la quarantaine, prétend avoir survécu à un accident de la route, et veut imposer à ses deux frères un rapprochement sur fond de séminaire spirituel en Inde. Peter (Adrien Brody) est marié à Alice, une femme avec laquelle il a peur d'affronter l'avenir. Alice est enceinte, et Peter fuit. Enfin, Jack (Schwartzmann), auteur de nouvelles, a quitté les Etats-Unis et s'est réfugié en Europe pour échapper à une histoire d'amour compliquée, qui ne parvient pas à s'achever. Francis a prévu un voyage à bord du train Darjeeling Limited, dont la destination surprise est un couvent dans lequel leur mère s'est découvert une vocation de nonne.

 

La relation entre les trois frères est dans un premier temps désastreuse; aucun d'entre eux ne progresse, et ils vont jusqu'à se faire exclure du train tant leur comportement est irritant pour les autres passagers... Mais un accident tragique auquel ils onst confrontés va les rapprocher, et ils vont aboutir à une catharsis: un enterrement qui sera vécu avec plus de pudeur, de modestie et de contrôle des sentiments par les trois frères, que les funérailles de leur père... Celui-ci est omniprésent, à travers les valises nombreuses, marquée de ses initiales, qui encombrent les trois frères lors de leur périple Indien. Sont aussi présents des souvenirs nombreux, celui d'Alice, celui de la petite amie lointaine de Jack; clin d'oeil à une vie qui continue, un homme rate un train au début du film, il s'agit de Bill Murray, pour une très courte apparition suivie en fin de parcours d'un court rappel de sa présence... Enfin, comme dans d'autres films (The Life Aquatic et son requin jaguar, Tenenbaums et ses souris dalmatiennes, et Fantastic Mr Fox avec l'apparition d'un loup mythique), un animal symbolise en une très courte apparition l'affrontement d'une vie: un tigre féroce, créé par la compagnie Jim Henson cette fois, après le 'requin jaguar' de Steve Zissou du à l'animation d'henry Selick.

 

Le film est une comédie sérieuse, traversée par la mort d'n enfant dans un fleuve, triple symbole: à l'eau qui purifie dans la religion Indienne, anderson oppose l'habituelle métaphore de la renaissance, qui passe en effet par la confrontation à la mort pour les trois frères. Ceux-ci sont comme d'habitude, des grands enfants mal grandis, qui sont malgré tout touchants à force d'être humains, et ils ressortiront de leur quête meilleurs qu'en entrant... Anderson, désireux d'échapper à la routine et à la lourdeur tout en tournant dans des conditions gérables, a su s'imprégner de l'atmosphère d'une Inde au quotidien, avec respect. Les fantômes de Satyajit Ray (Dont la musique des films a d'ailleurs été abondamment utilisée), et Jean Renoir (Le fleuve), passent à travers ce film, dont la mise en chantier a quand même pris du temps; la preuve, un court métrage de 2005, Hôtel Chevalier, est en fait la première partie du film, que Wes Anderson a décidé de traiter comme un sujet à part pour deux raisons: la coupure esthétique radicale entre un film réalisé en Inde et une séquence Parisienne d'une part, les délais pris afin de préparer un tournage Indien d'autre part. Deux ans après, c'est ensemble que les deux films, qui se font constamment écho, ont été montrés. Avec son mélange de parfum documentaire et son habituelle rigueur géométrique, le film est aussi l'un des plus attachants de son auteur.

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Published by François Massarelli - dans Wes Anderson
20 mars 2014 4 20 /03 /mars /2014 16:31

Jack Whitman (Jason Schwartzmann) est un auteur Américain qui tue le temps dans la luxueuse chambre d'un palace Parisien, où il regarde plus ou moins Stalag 17, de Billy Wilder. Il se remet mal d'une histoire d'amour qui n'en finit pas de finir, lorsque justement sa petite amie (Natalie Portman) l'appelle et lui signale qu'elle est à Paris pour 24 heures. Elle le rejoint, et comme il n'arrive pas à être fort, il l'accueille... Pour une dernière dernière fois.

Ce court métrage est à l'origine une séquence d'ouverture pour The Darjeeling Limited, le film que Wes Anderson planifiait alors. Son intention était de partir en Inde avec les acteurs et une équipe réduite, et filmer sur place, dans les "décors naturels", une histoire tragi-comique d'initiation pour trois frères que la mort de leur père et le départ de leur mère avait définitivement séparés... Mais Hôtel chevalier, qui partage effectivement le personnage de jack Whitman avec le long métrage, est resté une oeuvre à part, un court métrage qui se présente (Dès le générique) comme un prélude au long métrage. Bien que réellement situé dans un hôtel, filmé avec une équipe réduite et tournant autour de deux acteurs (Soit bien moins luxueux que le film précédent, The life aquatic with Steve Zissou), ce court de 13 minutes tranche avec la grande liberté esthétique de The darjeeling Limited. Mais le film est du pur Anderson, une scène concentrée autour de retrouvailles qui sont plus tristes que sensuelles, et dans lesquelles le sens du rythme et de l'humour triste (La façon dont Schwatrzmann met en scène les retrouvailles en sélectionnant une musique appropriée), l'utilisatioin du cadre, de la symmétrie et des couleurs (Jaunes à l'intérieur, bleues à l'extérieur) typiques du réalisateur. Si Hôtel Chevalier peut être vu indépendamment de The Darjeeling Limited, il est malgré tout souvent cité, jusqu'à une apparition symbolique de Natalie Portman, en costume, à la fin du long métrage. Le dialogue en est aussi cité...

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Published by François Massarelli - dans Wes Anderson
12 mars 2014 3 12 /03 /mars /2014 09:57

Aboutir, parvenir à quelque chose, laisser une empreinte: le but de tout humain? Si on en croit les meilleures histoires, oui. C'est l'un des grands enjeux du cinéma de Wes Anderson, comme en témoignent les égarements des personnages de Bottle Rocket, privés de direction, de but, de motivation enfin. Steve Zissou (The life aquatic with...) est en crise parce qu'il n'a abouti à rien, que son monde s'écroule, et qu'il a besoin à nouveau de croire qu'il est une source d'inspiration. Moonrise Kingdom nous montre un micro-univers en proie à une crise de direction là encore, avec ses parents déboussolés, son autorité mise à mal (Bruce Willis, mais aussi Edward Norton)... Enfin, le père de famille de The Royal Tenenbaums souhaite revenir dans la vie de ses enfants avant qu'il ne soit trop tard. A chaque fois, ces histoires sont enjolivées, enluminées par une esthétique envoûtante, calibrée et réglée au quart de poil dans un souci maniaque de tout contrôler... Et l'histoire se pare de la beauté irréelle et multicolore de la féérie. Donc The Grand Budapest Hotel ne dépare pas, au contraire: il est une affirmation toute-puissante de cette esthétique, et de cette thématique, un film superlativement réussi, dans lequel tout l'univers de Wes Anderson se retrouve encapsulé.

 

La narration adopte une structure familière à ceux qui auront vu le fameux film Le manuscrit trouvé à Saragosse (1965), de Wojciech Has et ses poupées russes: un narrateur raconte qu'un narrateur raconte que... Mais cette superposition ne sert essentiellement que dans le premier quart d'heure, le temps d'installer convenablement le récit dans le monde de la légende. Un auteur de la république (Fictive) de Zubrowska, maintenant décédé, est 'visité' (Du moins sa statue) par une admiratrice, qui sort d'un sac un des livres de l'écrivain, The Grand Budapest Hotel, et se met à le lire. S'ensuit un flash-back, de l'auteur vieillissant contant ses souvenirs. Puis on assiste à une scène, l'auteur jeune (Jude Law) se rend en effet au "Grand Budapest Hotel", en Zubrowka, un palace improbable juché sur une montagne, désormais vide de tout client ou presque. L'écrivain rencontre le mystérieux M. Zero Mustafa (F. Murray Abraham), le propriétaire des lieux. Il lui raconte comment il a été amené à hériter de l'hôtel, grâce à son amitié avec le concierge Gustave H., en poste au Grand Budapest lorsqu'il était un jeune aspirant groom. Et à ce moment, le format de l'image, qui oscillait entre du 1:77:1 (Le prologue autour de la statue) et un format d'écran plus large proche du cinémascope (La rencontre de l'auteur jeune avec M. Mustafa), se stabilise en 1:33:1, à la façon des années 30. On est, après tout, et ce pour l'essentiel de l'intrigue, en 1932. Le Grand Budapest Hotel, en attente de moments troublés (Une guerre fictive menace le pays inventé), est déjà un reflet surranné d'une glorieuse époque disparue, et M. Gustave (Ralph Fiennes) est l'âme même de l'établissement. Il connait chaque ficelle de l'hôtel, chaque recoin de l'établissement, et d'une certaine façon règne. Il reçoit le jeune Zero Mustafa (Tony Revolori), réfugié d'un autre pays (Fictif) du proche orient, en guerre. Il souhaite devenir "Lobby Boy", et M. Gustave va être son mentor. Mais un mentor qui a du pain sur la planche: le concierge, qui a l'habitude de coucher avec toutes les clientes fortunées, vieilles et esseulées, est en effet nommé sur le testament de Mme Céline Villeneuve Desgoffe und Taxis (Tilda Swinton), qui vient d'être assassinée. Gustave hérite d'une oeuvre d'art inestimable. Non seulement est-il le principal suspect du meurtre, il est désormais l'ennemi juré du fils de la défunte, Dmitri (Adrien Brody), et de son homme de main, le brutal, laconique et mystérieux Jolping (Willem Dafoe). Aidé de Zero et de sa petite amie Agatha (Saoirse Ronan), pâtissière à l'accent Irlandais, M. Gustave joue sa vie, sa réputation, et celle de l'établissement  auquel il a consacré sa vie.

 

Les personnages, fidèles à l'environnement du metteur en scène, sont un mélange savant de caractérisation extrême, avec le sens du cliché monté en épingle qu'on connaît à Anderson (A ce titre, les interventions d'Edward Norton en policier 'qui ne fait que son devoir' sont savoureuses, tout comme celles de Jeff Goldblum en avocat victime des évènements), et de transgression. Dans cet univers à la Tintin, Ralph Fiennes en particulier a un talent exceptionnel pour proférer sans se départir de son flegme et de sa classe naturelle des horreurs révélatrices de ses relations privilégiées avec ses clientes... C'est que rien ne va plus dans le beau monde du Grand Budapest Hotel ou tout est si propre, en ordre, et symétrique (On connaît les habitudes de composition de Wes Anderson, et dans cet univers à la Lubitsch, qui plus est avec ce format plus carré que ses autres films, il s'en donne à coeur joie). La guerre, donc, menace, et les habitudes policées, les manières douces, n'ont plus cours. Les policiers, en marge de l'aventure rocambolesque de M. Gustave et Zero Mustafa, ont d'ailleurs tendance à se comporter en véritables rustres, à l'imitation sans doute de leurs voisins plus ou moins lointains des pays fascistes, dès qu'ils ont entre leurs mains, le 'lobby boy' d'une autre couleur... Ce qui fait à chaque fois voir rouge à M. Gustave. Une fois de plus, Anderson se sert à merveille de l'uniforme, qui a comme toujours un rôle à la fois de caractérisation facile et répétée, chaque personnage habitant son propre uniforme (Et M. Gustave passe de celui de Concierge à celui de prisonnier, puis à celui de moine, et enfin à celui de pâtissier!), mais l'uniforme est aussi un cadre dans lequel s'amuser, comme ces allées rangées si propres et ces couloirs d'hôtel si géométriquement harmonieux.

Le jeu sur le cadre renvoie, comme je le signalais, à Lubitsch et ses opérettes de 1929-1932, situées immanquablement dans des pays inventés pour l'occasion. C'est vrai que l'atmosphère 'Mitteleuropa' comme on disait alors convient à merveille à Anderson, avec son monde recréé de façon polie, mais comme chez Lubitsch, la gravité est partout. Derrière cette histoire délirante, la mort rôde, sous les traits certes caricaturaux de Willem Dafoe (Qui reprendrait presque son rôle d'un autre film de Anderson, le film d'animation Fantastic Mr Fox, s'il n'avait été dans ce dernier remplacé par une marionnette de rat!) et son pur visage de tueur. Il n'en reste pas moins que le tueur en question est très efficace, comme en témoignent les quelques intrusions de Wes Anderson dans l'horreur graphique: doigts coupés, personnage décapité... La mort, souvent présente dans ses films, prend cette fois une allure beaucoup plus tangible, provoquant de fait des sursauts de la part du public. Ce n'est pourtant pas si déstabilisant, les scènes de violence restant confinées dans le cadre ultra-maîtrisé du metteur en scène. Mais c'est un moyen comme un autre de rappeler que sur la route qui mène à la vieillesse, les embûches ne manquent pas. Et là ou le film précédent contait une aventure donnée dans un temps limité en quelques jours d'un lointain passé, The Grand Budapest Hotel est marqué dès le départ du sceau du temps révolu. On est devant une histoire qui s'est déroulée il y a longtemps, contée par un protagoniste probablement décédé, à un auteur désormais statufié, donc probablement mort, à propos d'un hôtel certainement détruit dans un pays qui n'existe plus... On est donc en pleine légende, au sens westernien du terme (Selon John Ford, bien entendu), d'où le recours attendri à un grand nombre de coups de théâtre, à une évasion spectaculaire (Et hilarante), menée par Harvey Keitel, à une poursuite à skis... et lors d'une scène, une seule, mais très importante, à du noir et blanc qui finit par cristalliser cette impression d'assister à un film des temps héroïques du cinéma. Et au passage, Anderson (Qui signe seul le script du film, une première) décoche une allusion gourmande à Michael Powell et son Colonel Blimp, lorsqu'il est annoncé que 'la guerre a commencé à Minuit' (il y a aussi une allusion fort subtile à un autre chef d'oeuvre de Powell, The red shoes, qu'il faut s'amuser à découvrir)...

Tout ce petit théâtre codifié, réglé au quart de poil, n'est pas que le refus d'un monde dépeint tel qu'il est, que la création idiosyncratique d'un monde impossible et maniaque comme on le dit parfois des films si impeccables de l'auteur de The Darjeeling Limited. Souvent situés dans des lieux surcodés qui font d'excellents titres (Moonrise Kingdom, Rushmore, Hotel Chevalier, The darjeeling Limited), ses films sont aussi et surtout des parfaites métaphores du parcours accidentés d'un être humain. Et cette fois plus que jamais, dans cette histoire ou un homme réussit à aboutir à un but qu'il osait à peine se fixer dans ses rêves les plus fous, la conclusion douce-amère du film permet de toucher à l'humanité, au sens large: The Grand Budapest Hotel est non seulement un chef d'oeuvre, c'est aussi le film le plus chaleureux que j'ai vu depuis longtemps.

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Published by François Massarelli - dans Wes Anderson
10 mars 2014 1 10 /03 /mars /2014 09:18

Foxy et Felicity sont deux renards qui s'aiment: un jour, Foxy apprend de sa compagne une bonne nouvelle, à un fort mauvais moment: ils sont pris au piège dans une ferme remplie de volailles appétissantes. Apprenant qu'il va être père, Foxy jure à la jeune renarde d'abandonner cette vie de vagabondage et le vol de poules... Passent plusieurs années: Foxy est chroniqueur frustré dans un journal local, Felicity mène son ménage avec douceur, et leur fils Ash est, comme ce sera souvent répété dans le film, "différent". Petit, peu sur de lui, inadapté, colérique... Deux événements vont se dérouler qui auront des conséquences non seulement sur la famille, mais aussi sur toute la campagne, autant dire l'univers. Foxy trouve une maison idéale, qui a le malheur de faire face à trois fermes qui produisent tant de bonnes choses que la tentation va être difficile à combattre; et le cousin d'Ash, Kristofferson, vient s'installer pour quelques semaines, provoquant rapidement la jalousie du fils de famille... Entre un fils qui va devoir enfin trouver qui il est et défendre son pré-carré face à un cousin flamboyant et à qui tout réussit, et un père qui redécouvre les joies essentielles (Et salissantes) de la vie d'un prédateur, comment la situation va-t-elle évoluer?

Après la sortie de The life aquatic with Steve Zissou, et peu avant celle de The Darjeeling Limited, l'annonce de l'adaptation par Wes Anderson de ce roman célèbre de Roald Dahl avait de quoi déconcerter. D'une part parce que tous les films du metteur en scène avait jusqu'à présent été basés sur des idées (O combien) originales, d'autre part parce qu'on n'associait pas a priori Wes Anderson au monde de l'animation, et enfin et surtout parce que pour l'essentiel son cinéma est plutôt adulte, consacré à des crises de la vie, des familles dysfonctionnelles, ou encore des moments-clés ou embarrassants de la vie des grands... Mais une fois le film arrivé, force est de constater qu'on avait tort sur tous les points: d'une part, l'argument de Dahl convient à merveille à Anderson, qui a en compagnie de Noah Baumbach écrit une adaptation à la fois fidèle et très personnelle. Le monde de ce Fantastique renard, interprété par George Clooney, Meryl Streep, et les habitués Jason Schwartzmann, Michael Gambon, Willem Dafoe, Owen Wilson (Pour une très courte apparition) et bien entendu Bill Murray, est bien cet univers parallèle, aux arrangements de paysage symétriques et si esthétiques, avec ces adultes en questionnement et ces ados qui souffrent... de façon toujours aussi drôle. Film d'animation oblige, toutefois, à la fin les choses rentrent dans l'ordre pour nos renards qui ont tous fini par s'accepter tels qu'ils sont...

Dahl était bien sur Gallois, Anderson est Texan, et le monde du film doit autant à l'Angleterre (L'accent de Michael Gambon) qu'à l'Amérique (Le rat et son accent sudiste, le Whack-Bat qui ressemble plus à une version du base-ball qu'au cricket)... Enfin, toutes ces tribulations sont mises en musique par Alexandre Desplat, qui s'est plu à pasticher les partitions de Morricone pour Sergio Leone, mais on a droit à une solide dose de rock des années 60, donc tout va bien. Et la cerise sur le gâteau, c'est que ce film superbement mis en scène est une joie esthétique permanente, avec une animation constamment inventive, et nerveuse: Il fallait du rythme pour se glisser dans la peau des renards, dont le calendrier utilise d'ailleurs deux types de tempos: ils comptent leurs années en temps "renard" et en temps "non-renard", suivant la conversation.

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Published by François Massarelli - dans Wes Anderson
2 mars 2014 7 02 /03 /mars /2014 09:29

Max Fischer est entré à l'école de Rushmore Academy à l'age de sept ans; il avait écrit une pièce de théâtre et sa mère avait décidé qu'il lui fallait le meilleur. Huit ans plus tard, il est parfaitement intégré dans l'école, où il pratique un nombre impressionnant d'activités extra-curriculaires. Par contre, ses résultats sont catastrophiques, et il est menacé d'être renvoyé s'il ne s'améliore pas. Cela ne le dérange pas, il continue donc ses activités, mais va faire deux rencontres déterminantes: d'une part, M. Blume, un industriel richissime qui s'ennuie terriblement va se prendre d'affection pour le jeune Max qu'il trouve brillant en dépit de son originalité. D'autre part Max va rencontrer une femme, Miss Cross, une jeune veuve qui enseigne dans la section primaire de l'établissement... C'est le début des ennuis pour tout le monde.

 

Notre première rencontre avec Max Fischer se fait à travers un rêve, dans lequel il s'imagine résoudre un problème de maths, apparemment impossible. Il triomphe, bien sur, mais si le rêve est évidemment piloté par le talent inné de Max pour la mise en scène (Il n'y a qu'à voir les pièces que son groupe de théâtre, les Max Fischer Players, interprètent pour s'en convaincre), il est aussi curieusement en phase avec la personnalité de Max lui-même. Si on excepte le fait que dans le rêve le jeune homme est un génie des maths, ce qu'il est loin d'être, pour le reste, c'est toute sa personnalité qui s'y exprime: hautain, menteur (Il a inventé pour son père veuf un métier à la hauteur du standing de l'Académie, mais le brave homme est en réalité coiffeur), calculateur (Ô combien!), sur de ses effets, et détaché du monde tout en le contrôlant dans ses moindres détails... Wes Anderson, avec Fischer, a créé le premier de ses petits génies inadaptés. Et c'est un somptueux révélateur de tout un univers, fait cette fois d'enfance mal achevée, d'adolescence décalée, et de rêves enfouis. Il y a beaucoup de similitudes entre Max Fischer et Herman Blume, même si sur bien des points ils sont plus complémentaires que semblables. Pour autant, ils ont un certain nombre de points communs: par exemple, tous deux ne s'acceptent pas, même si leur façon d'y remédier est différente; Max invente un univers, et Herman boit, est odieux en public, etc... Ils partagent le même enthousiasme pour la marge, pour le talent qui ose au détriment du système. Et les personnages sont amoureux de la même femme... Le triangle, incarné par Jason Schwatrtzmann (Max), Bill Murray (Herman) et Olivia Williams (Rosemary Cross) est un ressort dramatique qui permet l'expression de bien des sentiments. La meilleure scène sans doute est celle qui voit Max tenter sa chance une dernière fois auprès de la jeune femme, s'introduisant chez elle sous un odieux prétexte. On y passe du burlesque aux larmes sans aucune impression de mélange, et toute la vérité d'un personnage y passe: Miss Cross le dit elle-même, son mari décédé était très proche de Max, mais il n'est pas interdit d'imaginer que devenu plus agé il aurait fini par ressembler à Herman...

 

Après Bottle Rocket, fait avec les moyens du bord, Anderson a bénéficié avec Touchstone de moyens conséquents, ce qui lui permet de donner enfin vie à son univers, ici centré sur l'excentrique Max Fischer. Contrairement à ce qui se pasera dans les films suivants, Anderson n'a pas encore étendu à tout et tout le monde la distortion ethétique si particulière de son monde graphique, seul Max Fischer apparait comme franchement décalé de notre monde. C'est en fait un univers proche du notre, mais dans lequel une personne ne tourne vraiment pas rond. Max a décidé une bonne fois pour toutes ce qu'il voulait faire toute sa vie: rester à Rushmore Academy. C'est donc l'histoire d'un être humain souhaitant plus que tout être accepté par le monde qui l'entoure, et se refusant à laisser le monde qui l'entoure fonctionner tout seul sans qu'il interfère en quoi que ce soit. Bref, c'est une histoire d'adolescence, parfois embarrassante, parfois drôle, souvent touchante, et profondément émouvante. Et Wes Anderson a même la gentillesse de nous laisser apprécier une évolution très positive: à la fin, Max, semble-t-il, accepte au moins partiellement de vivre pour les autres, et semble s'accepter lui-même.

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Published by François Massarelli - dans Wes Anderson
19 février 2014 3 19 /02 /février /2014 22:15

Les deux premiers films de Wes Anderson ont le même titre, et pour cause: à l'origine, le cinéaste avait comencé à bricoler, avec ses copains les frères Wilson, un film indépendant en 16 mm noir et blanc qui n'avait pas vraiment pu se faire, et qui avait fini par être montré à Sundance, sous la forme d'un court métrage. Il contait les mésaventures de trois jeunes hommes, qui échaffaudaient des plans délirants afin de devenir des maîtres du crime... Et qui n'allaient pas vraiment plus loin que le cambriolage de la maison de l'un d'entre eux. Aucune méchanceté dans l'intention à la base, mais la forme courte qui était rappelons-le accidentelle avait fini par faire du film un objet bien plus cynique qu'il n'y parait puisque sa brièveté empêchait Anderson de véritablement développer le lien particulier, presque tendre entre les trois losers, interprétés par Owen Wilson, Luke Wilson et Robert Musgreave. Ces trois jeunes, obsédé par le crime, sont en fait de doux rêveurs...

 

Le long métrage produit par Columbia, et réalisé en couleurs, sorti en 1996, prolonge le court, tout en en reprenant l'essentiel: Dignan (Owen Wilson) et ses plans délirants, conçus pour être exécutés par des gens qui n'apporteront aucun changement au déroulement ultra-prévu déjà inscrit dans sa tête, est forcément un être dont la confrontation avec la réalité est douloureuse. Mais c'est pourtant Anthony (Luke Wilson) que Dignan va chercher dans une institution psychiatrique. Il a souhaité se retirer du monde: contrairement à Dignan, Anthony est celui qui a ouvert les yeux, au moins un peu, sur la vérité brutale: il ne sait pas ce qu'il fait sur terre. Enfin Bob (Robert Musgreave), un fils de riches, sait pourquoi il veut se rebeller: il vit dans l'ombre insupportable de son frère, une brute (Andrew Wilson) au surnom surdéterminé: on l'appelle 'Future Man'. Afin de s'élever, les trois compères montent un coup, en attaquant une librairie. Avec le maigre butin, ils prennent la fuite et vont voir s'effriter leur camaraderie dans un motel au milieu de nulle part, ou Anthony va tomber amoureux... Mais Dignan a d'autres plans: il souhaite convaincre le boss criminel local, M. Henry (James Caan), de l'engager afin de faire un coup...

Anderson a coutume de dire que ce film est celui de ses longs métrages qui divise le plus les commentateurs. C'est aussi le moins typique, même si son univers fait de décalage, de symétrie, d'une netteté graphique exceptionnelle et d'extrême lisibilité se met déjà en place. Surtout, ses personnages si complémentaires et si doués pour la tragi-comédie, sont de la même famille, de la même excentricité -surtout Dignan, il est vrai- que bien des protagonistes à venir. Et ce mélange de burlesque, de comédie de situation, de parodie de film de gangsters, et de road-movie au second degré est attachant par sa sensibilité toujours tendre et complice... La façon dont Dignan assume enfin sa condition à la fin du film, est en particulier très touchante.

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Published by François Massarelli - dans Wes Anderson