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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 10:09
Jeremiah Johnson (Sydney Pollack, 1972)

Jeremiah Johnson (Robert Redford) se rend dans les montagnes de l'Utah encore sauvage, dans le but d'y vivre au jour le jour. Il va faire des rencontres, cocasses, dangereuses, ou mortelles. Au hasard d'une transaction, il va se marier, et même etre doté d'un fils inattendu. Mais il va aussi faire la connaissance de plusieurs tribus indiennes, les Crows, les Blackfeet et les Flatheads. Et au milieu de ces tribues antagonistes, il va se mettre en danger...

Retour à la nature, ce film est aussi la preuve que la nature peut être infernale. Elle est aussi splendide... Sydney Pollack n'a pas désiré choisir, et nous livre une vision qui ne peut être que lyrique, certes, mais elle l'est par les images. Dans ce conte de survie qui semble se dérouler à l'écart du temps, un homme est amené à vivre au jour le jour, par choix. On ne sait pas exactement d'où il vient, mais il porte une paire de pantalons marqués d'une bande jaune pale sur le côté: c'est l'armée de l'union. Et une des rares conversations qu'il tient durant le film nous montre qu'il a participé à la guerre contre le Mexique de 1846 à 1848. nous sommes donc devant une histoire située à peu près durant la première décennie des années 1850. L'Amérique n'est pas finie, et le territoire exploré par Johnson n'est colonisé sérieusement que depuis 1848 (Précisément depuis la fin de la guerre Américano-Mexicaine), suite à l'installation des Mormons à Salt Lake City en 1847... C'est la raison pour laquelle Johnson ne verra pas grand monde durant ses aventures.

Et pourtant, le film est avant tout une galerie de personnages, confrontés à Jeremiah Johnson, qui apprend vite, et évolue dans sa perception de cet univers qu'il s'est choisi. Les rencontres sont construites en miroir: après avoir pris le fusil d'un homme mort gelé (Qui lui ressemble terriblement, ce n'est absolument pas un hasard!), rencontre qui aurait du être tragique, mais devient presque cocasse grâce à un message posthume qui prouve qu'un homme, même mourant, a de l'humour, Jeremiah va rencontrer le vieux trappeur "Bear Claws" (Will Geer), qui va l'initier à la vie à la dure. Puis il tombe sur une femme devenue folle (Alyn Ann McLearie), qui est face aux cadavres de deux de ses enfants. Jeremiah recueille le troisième (Josh Albee) à sa demande, le garçon ne prononcera pas un seul mot du début à la fin... Ils font tous deux une rencontre assez étonnante: Del Gue (Stefan Gierasch) est un aventurier qui a rencontré une tribu de trop, mais comme il avait pris la sage précaution de se raser la tête au préalable, les Indiens l'ont laissé à mourir, enterré sauf pour sa tête qui dépasse... Johnson, le garçon et Del vont enfin rencontrer deux partis Indiens, les Black feet et les Flatheads. C'est chez ces derniers, qui parlent un excellent Français, que Johnson se retrouve marié... Après, la seule rencontre nouvelle sera celle d'une troupe de soldats venus pour une mission de secours. Après avoir apprécié le fait de pouvoir enfin reparler Anglais, son épouse ne le parlant pas, Johnson se débarrasse asse vite des militaires, avant de faire une découverte tragique... A partir de là, Johnson va rencontrer les mêmes personnages dans l'ordre inverse, avec des variantes...

Du début à la fin, littéralement, la présence fantomatique des Crows, les guerriers dangereux qui semblent régner sur la région, se fait sentir. Johnson semble savoir qu'ils seront la source d'ennuis, et va le découvrir d'une façon terrifiante. Mais c'est dans la logique de la situation qu'il a choisi en venant s'installer dans ces montagnes... Ca fait partie intégrante du bol d'air frais que propose le film, pour lequel Robert Redford a du donner beaucoup. Le résultat est, bien sur, superbe, conté de main de maître par un réalisateur au sommet de son art.

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Published by François Massarelli - dans Western Sydney Pollack
16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 07:55

Une tribu Sioux prend assez mal la violation d'un accord par une compagnie Américaine qui vient installer un chemin de fer sur la réserve, et s'attaque au fort dans lequel un pauvre bataillon de la cavalerie va souffrir. Mais la tragédie viendra en réalité d'ailleurs, du destin individuel d'une jeune femme Indienne qui sera une victime indirecte de la situation. Les Indiens, ici, sont certes une menace, mais décente, rationnelle, débarrassée des oripeaux du racisme ordinaire dont on accuse souvent le western à tort. Et le film, attribué à Thomas Ince, mais probablement du en réalité au grand frère de John Ford, Francis, qui était un acteur-réalisateur très actif à l'époque, est le premier à mettre en scène une vraie tribu Indienne, tout en proposant une vision de l'Ouest nettement plus réaliste que ne le feront bien des films ultérieurs.

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Published by François Massarelli - dans Western Muet Thomas Ince 1912
10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 16:30

Des soldats de l'Union dont l'officier Kerry Bradford s'évadent d'un pénitencier Sudiste, avec une nouvelle qui intéressera beaucoup leur état-major: le colonel Vance Irby, qui dirigeait leur lieu de détention, va partir pour Virginia City, Nevada, une ville nouvelle à l'écart des Etats, mais qui a la réputation d'être une place forte Sudiste; Irby, avec l'aide de la belle Julia Hayne, y prendrait en charge une cargaison d'or qui pourrai bien sauver la mise du Sud agonisant... L'or devient l'obsession de chacun: Irby et Hayne pour le Sud, Bradford pour le Nord, et le bandit Murrell pour lui-même... Pour tout compliquer, Bradford et la belle Julia ne sont pas indifférents l'un envers l'autre...

A la fin de Dodge City (1939), Errol Flynn et Olivia de Havilland se rendaient à Virginia City afin d'y faire régner l'ordre... Je ne sais pas s'il y a eu un moment une intention à la Warner de réaliser une suite de ce premier film, mais en tout cas, un an plus tard on est bien face à une toute nouvelle intrigue... Ou du moins un nouvel assemblage, car l'art du recyclage façon Warner n'est pas un vain mot: ce n'est pas tant une intrigue ici qui est répliquée, c'est plus une impression de redistribution de choses déjà vues. L'intrigue compliquée n'a pas grand chose à envier à celle, parfois délirante, de The sea hawk (1940); les personnages, particulièrement Flynn (Bradford) et Randolph Scott (Irby), renvoient à la coupure fondamentale entre le Nord et le Sud telle qu'elle apparaît en filigrane dans The santa Fe Trail (1940); la présence d'une bande organisée (Avec Bogart à leur tête) qui met la pagaille dans la ville, mais aussi une série de scènes liées à une complicité entre Flynn et un gamin, renvoient à Dodge City. Pourtant, la sauce ne prend pas aussi bien qu'on l'aurait espéré... Trop riche? Trop compliqué? Trop de redites? Pas de Olivia De Havilland, qui est ici supplantée par Miriam Hopkins pour ce qui a tout du come-back?

Reste le plaisir, ou la curiosité, de voir Bogart en méchant de western...

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Western Errol Flynn
29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 18:34

Ce film très controversé est le troisième des westerns de Michael Curtiz avec Errol Flynn. Ce dernier y interprète le personnage historique de Jeb Stuart, un militaire sudiste qui a bien, comme le dit le film, été à West Point avec Custer, mais qui est ici bien plus romantique que son modèle. L'histoire est surtout celle de John Brown (Raymond Massey), un prédicateur fanatique qui trouvait que les anti-esclavagistes prenaient bien trop leur temps pour passer à l'action contre le Sud, et qui a été un important agitateur durant la décennie qui a précédé la guerre civile.

Si des gens (nordistes, dont le fameux Custer -Ronald Reagan- dans le film) ont eu tendance à le suivre ou l'excuser, il était malgré tout considéré comme un dangereux terroriste: il souhaitait tout simplement libérer tous les esclaves, par la force s'il le fallait. Flynn-Stuart (Ce dernier était effectivement esclavagiste dans la réalité) adopte une position légitimiste: ce n'est pas à une initiative privée de trancher entre les états du Sud et ceux du Nord. Le sous-entendu est clair: c'est à un président démocratiquement élu de le faire...

Ce que Lincoln fera d'ailleurs, mais ça n'a pas du plaire à Jeb Stuart!

Fidèle à son habitude, Curtiz n'a que faire de la politique, par ailleurs très ambigue, de ce film: les seuls politiciens présents sont le Général Lee, et un ministre de l'administration démocrate qui précéda Lincoln, du nom de Jefferson Davis. Le premier est connu pour avoir rejoint le Sud dont il était originaire au moment de la guerre de Sécession, et avoir embrassé la cause des esclavagistes alors qu'il n'en était pas un partisan... Le deuxième est surtout connu pour avoir été le président de la confédération du Sud durant la guerre.

Le scénario rappelle la sympathie toujours observée aux Etats-Unis non pour la cause de l'esclavage, mais pour la défense par les états du Sud de leur légitimité; ce que Curtiz met en valeur, c'est le destin de tous ces gens, la marque de John Brown qui en fait un futur pendu, ou la visite de tous les jeunes soldats à une voyante Indienne, qui leur annonce leur "brouille": celle-ci, dit-elle, a déjà commencé et fera d'eux des ennemis mortels.

John Brown a permis d'allumer le feu de la guerre civile; en attendant, Curtiz nous montre les uns et les autres qui vont devoir choisir leur camp et s'entre-déchirer s'il le faut; un thème typique de ses films de la période, donc, même si le metteur en scène, fidèle à son habitude, reste neutre, et nous décrit des Etats-Unis en proie au chaos. Il se laisse volontiers aller à quelques séquences baroques, et Raymond Massey a beau être le méchant de l'affaire, le dernier mot lui revient: il sait que le destin l'a choisi pour entamer ce conflit, et bien qu'on célèbre un mariage (dans un train en marche, tout un symbole! Et avant que vous ne posiez la question, oui, c'est bien Olivia De Havilland...), c'est vers une guerre nécessaire que les Etats-Unis se dirigent.

On passera sur le traitement des noirs dans le film, désignés naturellement comme des esclaves dans un train où les braves gens s'offusquent de leur présence, ou se rendant eux-mêmes à la conclusion que la liberté que leur promet Brown n'est pas tant plaisante, et que dans ce cas ils préfèrent retourner à la servitude! Il n'y avait pas vraiment de progressisme à attendre en matière d'ethnicité de la part des dirigeants de la Warner en 1940, et Curtiz continuait à filmer en contournant les obstacles avec prudence!

Ce que le film ne dit jamais, mais sous-entend, tant par les prédications foldingues de Brown que par la prudence du soldat Jeb Stuart, c'est que la raison pour laquelle les USA ont tardé à régler leur problème d'esclavage, c'est que les gouvernements qui ont précédé Lincoln étaient trop timorés pour faire quoi que ce soit: Le statu quo observé dans le film a duré 40 ans... Il ne faut sans doute pas trop s'attacher à la politique de ce film, pas plus qu'à celle de Casablanca ou Passage to Marseille; mais il recèle de nombreux détails, visibles ou non, qui en font un film Curtizien très classique, même mineur.

 

The Santa Fe Trail (Michael Curtiz, 1940)
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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Western Olivia de Havilland
5 décembre 2015 6 05 /12 /décembre /2015 08:54
The hangman (Michael Curtiz, 1959)

Sorti en 1959, ce western de relativement petite envergure fait partie de la fin de la carrière souvent atypique de Michael Curtiz, décédé en 1962, et qui ne s'est pour ainsi dire jamais arrêté de tourner, y compris après son départ des studios Warner pour une carrière freelance. Au milieu d'un ensemble de films disparates, tournés dans de nombreux studios (La Fox pour The Egyptian, la MGM pour Huckleberry Finn, la Paramount pour A breath of scandal, etc), The Hangman (Paramount) brille de tous ses feux, et fait un peu oublier la médiocrité du reste. Le film est riche de questionnement moral, et me semble prouver que Curtiz, y compris au bout de quarante-cinq années de bons et loyaux services dans le médium qu'il s'est choisi, a su rester au fait des nouveaux développements... Plus encore, il le fait sans trahir en rien ses thèmes de prédilection, et en continuant, comme du reste dans ses films noirs, à montrer une vision humaniste et flamboyante, constamment généreuse, de la vie. Et ce qui me semble encore plus intéressant, il le fait aussi en se situant clairement à l'opposé des tendances les pires de la chasse aux sorcières poussiéreuse qui a eu lieu dans le Hollywood du début de la décennie.

Rappelons que le film raconte l'histoire d'un justicier à l'ancienne, droit dans ses bottes et rigide dans ses conceptions, interprété par un Robert Taylor assumant totalement son âge. Il est à la recherche d'un homme qui a commis une erreur de jeunesse, mais dont la population de la ville qui l'a accueilli se porte garante de son intégrité, acquise depuis qu'il s'est installé. Le "Bourreau", comme on l'appelle, n'en a cure, et est bien décidé à trouver, voire acheter, des témoins pour pouvoir arrêter l'homme...

Dans un noir et blanc ultra-classique, Curtiz va droit au bit, et nous fait suivre les pérégrinations d'un héros paradoxal, un jusqu'au-boutiste fascnant mais dont il n'est pas possible un seul instant de douter qu'il puisse effectivement se tromper. Bien sur, c'est l'amour d'une femme (Tina Louise) qui va faire triompher le bien, et tout rentrera dans l'ordre, mais cette critique moralement haute, et impeccablement distrayante sur les 87 minutes du film, est l'une des grandes réussites de Curtiz, et pas seulement de cette fin de carrière.

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Published by François Massarelli - dans Western Michael Curtiz
18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 10:14
Wichita (Jacques Tourneur, 1955)

Mine de rien, Wichita est le premier film en Cinémascope de Tourneur, et mine de rien, le metteur en scène a réalisé une sacrée prouesse: en 1 heure et 21 minutes, chrono en mains, il nous brosse un super-western intrigant, riche et rempli à ras bords, à la fois de traditions gouleyantes, tout comme de frissons inattendus, on n'est pas le réalisateur de Cat People pour rien, et le fils de Maurice Tourneur s'y entendait comme pas un pour distiller en contrebande des ingrédients inattendus...

Tout commence dans l'Ouest, sur la prairie. Une troupe de cow-boys sales et mal rasés sont à la fin d'une étape de leur voyage: ils convoient du bétail et vont arriver à Wichita, Kansas, une ville construite par et pour les gens comme eux, une étape joyeuse pour les garçons vachers de passage, qui peuvent y trouver tout ce dont ils ont manqué dans leur voyage: du bon temps, un bon bain, de quoi boire, et des filles. La devise de la ville, c'est que "Tout est permis à Wichita". Mais avant l'arrivée, la troupe croise un inconnu, un cow-boy solitaire, Wyatt Earp (Joel Mc Crea) qui ne recherche rien d'autre qu'un peu de nourriture et un contact humain pour la nuit. La discussion s'engage autour de l'arme impressionnante que possède le nouveau venu, et dans la nuit, deux hommes tentent de le voler. Ce sera un échec, mais Wyatt Earp va ainsi se faire des ennemis farouches. Il arrive le lendemain à Wichita, où il empêche le bon déroulement d'un hold-up, en présence de Mc Coy (Walter Coy), le négociant tout puissant de la ville, et de sa fille (Vera Miles): les notables vont bien vite demander à Wyatt Earp de se charger de pacifier la ville... puis vont le regretter bien vite...

Earp n'est pas ici le héros romantique malgré lui de Henry Fonda dans le film de Ford, il n'est pas non plus le redresseur de torts professionnel d'autres films: il est un homme capable, mais qui garde ses mystères. Son apparition le rend fantomatique, presque surnaturel, et il défie à sa façon la logique des cow-boys, avec son pistolet plus grand que les colts des Texans, plus lourd aussi, mais qu'il est toujours plus rapide q'eux dégainer. C'est un maverick, mais il est aussi doté d'un sens moral exceptionnel. Il anticipe tout, et s'il a un passé (Comme à leur façon Shane, et son remake virtuel, le "pale rider" d'Eastwood, deux autres justiciers laconiques célèbres), celui-ci n'apparaîtra pas dans le film. Un effet de surprise formidable est apporté par l'arrivée en ville de Morgan et Jim Earp, les deux petits frères, qui le complètent si bien: durant un temps, ils se présentent comme des tueurs venus pour l'assassiner, puis se révèlent; qui les a prévenus de la présence de leur frère à Wichita? on ne le saura pas vraiment... Mais ce héros super-positif, qui est en lutte avec les malfrats, est aussi en lutte avec les braves gens de la ville, pour lesquels le cow-boy apporte des dividendes nécessaires, et ils voient donc d'un mauvais oeil ce redresseur de torts qui ose les mettre en prison puis les chasser de la ville. Earp est bien vite en lutte contre une corporation et des notables, sans bien sur que ça dégénère comme dans le baroque High plain drifter, de Clin Eastwood, mais la menace qui pèse sur le justicier fait bien vite que Earp doit faire face à deux oppositions, plutôt qu'une.

Du coup, ce western aux apparences classiques devient très vite l'histoire d'un homme vertueux contre un système capitaliste gangrené par une certaine forme de corruption, et la bataille de la civilisation contre la barbarie acceptable... Le film n'hésite pas à nous indiquer dans quelle direction porter notre partialité, en montrant la mort accidentelle d'un enfant dans une orgie de coups de feu qui dure bien trois minutes. Et le film se transforme alors en une tragédie de civilisation qui dépasse joliment le cadre westernien...

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Published by François Massarelli - dans Western Jacques Tourneur
4 juillet 2015 6 04 /07 /juillet /2015 08:17

Le cinéma de Peckinpah, et bien sur en particulier ses westerns, renvoie beaucoup plus à John Ford qu'à n'importe quel autre metteur en scène. Les deux hommes partagent d'une certaine manière le même univers, celui d'une histoire de la frontière, contée sous l'angle d'un changement d'époque et d'un choc entre les générations: leurs protagonistes sont souvent des groupes humains en butte à l'arrivée de nouvelles pratiques, qui vont soit provoquer, soit empêcher le progrès. Mais là ou Ford, lyrique, tend à faire de ses récits des chroniques du passage inéluctable et irrépressible du temps, Peckinpah lui s'intéresse au chaos engendré par le choc en question. Cette différence fondamentale se ressent bien sur dans l'irruption de la violence, puis l'insistance du metteur en scène à faire de celle-ci le sujet même de ses films. C'est en particulier sensible, bien sur, dans cet opéra de la violence qu'est The wild bunch, un film dont décidément on pourra dire qu'il y a un avant et un après...

1913: Un groupe de gangsters, déguisés en soldats, s'introduit dans une petite ville Texane pour un coup spectaculaire: ils vont dévaliser le bureau du chemin de fer car ils ont eu vent d'une cargaison d'argent qui y serait entreposée. Mais ils ne savent pas qu'il s'agit d'un piège, et une fusillade éclate entre les "soldats" et des tireurs embusqués. Six bandits survivront au massacre: leur chef, Pike Bishop (William Holden), le second Dutch Engstrom (Ernest Borgnine), le jeune Mexicain Angel (Jaime Sanchez), les deux frères Gorch, Lyle (Warren Oates) et Tector (Ben Johnson), et enfin le vieux Freddie Sykes (Edmond O'Brien).Non seulement ils ont perdu des hommes, mais ils ont aussi perdu leur temps: il n'y avait pas d'argent, c'était un coup monté. Ils doivent se rendre au Mexique, pour échapper à leurs poursuivants menés par Deke Thornton -Robert Ryan), un ancien complice de Bishop qui est obligé d'accomplir cette mission s'il ne veut pas retourner en prison. Au Mexique, les bandits vont tenter de se refaire en accomplissant une mission pour le "Général Mapache" (Emilio Fernandez), un soit-disant militaire qui mène un combat pas toujours régulier contre Pancho Villa, et en profite pour mettre tout le pays à sa botte...

La "frontière" n'existe plus en ce début de siècle, et Peckinpah nous montre des hommes fatigués, usés, dont l'idéal s'est évaporé avec elle. Pike Bishop, d'ailleurs, est déterminé à trouver la porte de sortie, c'était tout le sens du hold-up du chemin de fer. Les hommes de sa bande vivent désormais à l'écart d'un monde qui continue tranquillement à tourner sans eux, et les bandits croisent, un moment, une automobile, qui les fait parler du progrès: ils mentionnent en particulier les rumeurs selon lesquelles il y aurait un appareil volant qui aurait été expérimenté, là-bas dans l'Est... Et pour appuyer son propos, le metteur en scène va jalonner son film de rencontres entre les bandits lessivés et des groupes d'enfants. Le nombre de jeunes mères qu'ils croisent, en particulier parmi les prostituées qu'ils sollicitent de façon constante, est clair: l'avenir se prépare, il se préparera bientôt sans eux. L'ouverture magistrale du film, consacrée au hold-up, se déroule pendant qu'un groupe d'enfants s'amuse autour d'un micro-incident: deux scorpions luttent sans espoir contre des fourmis rouges. Ca les amuse beaucoup, pourtant c'est poignant, cruel, et... inéluctable, comme le destin des anti-héros du film.

Et bien sur, on ne peut pas parler de ce film sans mentionner ces séquences de montage fou qui ont tant fait jaser, été tant copiées, voire parodiées (Avec génie par Monty Python notamment): si Sergio Leone aimait à étirer avec le montage et la tension qu'il installait les moments qui précèdent la violence, son contemporain Peckinpah fait de cette dernière le sujet même de ses séquences spectaculaires, en utilisant le montage, le ralenti, et une multiplication, jusqu'à la nausée s'il le faut, de plans de mort violente, avec bien sur le sang qui gicle au ralenti... L'Ouest, et même les Etats-unis, nous dit-il, se sont construits dans le chaos et la guerre, dans la mort et le meurtre. Ca commence dès l'enfance, et ça ne s'arrête jamais: on notera l'age des protagonistes qui sont loin d'être frais comme la rosée... Cette ultra-violence qui fait ainsi irruption dans le cinéma classique (Pekinpah après tout peint aussi les mêmes paysages que Ford, Monument Valley en moins, et se délecte de montrer des communautés Anglo-Hispaniques à l'heure de la sieste, qui chantent Shall we gather at the river, une chanson souvent présente chez Ford) n'est pas un acte gratuit, mais pour Peckinpah tout un pan, jusqu'alors occulté, de l'Histoire. Des litres d'hémoglobine trouvent ainsi leur justification. Mais le destin contrarié (tout en étant programmé vers la destruction) de ces bandits valait bien un dernier chant, un baroud d'honneur.

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Published by François Massarelli - dans Western
30 mai 2015 6 30 /05 /mai /2015 17:17

Avec Gary Cooper et Jean Arthur, dans les rôles de deux icônes du Western, Cecil B. DeMille et sa fidèle Jeanie McPherson ont sorti en 1937 ce fort distrayant film, qui préfigure d’un certain nombre d’aspects du western à une époque (Deux ans avant le triomphe de Stagecoach) ou le genre n’avait pas très bonne presse : Le Western, dans les années 30, ce sont les petits films de série B, parlants et chantants, ou des serials à la petite semaine. Les grosses productions prennent toujours des prétextes plus nobles; The Big Trail, Cimarron, Billy The Kid seront vendus comme des épopées, pas des westerns. Si DeMille a abdiqué à l’arrivée du parlant toute prétention à faire un cinéma noble, après l’échec de son chef d’œuvre The Godless Girl, la vision de ce western de 1937 est malgré tout l’occasion de s’intéresser à ce que fut la vision de l’histoire qu’avait l’auteur de Joan the Woman, de The Crusades, et d’autres films qui prennent pour prétexte une période ou l’autre de l’histoire humaine. Il permet également de le situer par rapport à d’autres, pionniers (Griffith) ou plus modernes réalisateurs contemporains (Ford) qui ont approché ces thèmes à de nombreuses occasions dans leur fructueuses carrières… Enfin, il nous autorise à tenter une définition du héros DeMillien, en passant par le traitement par DeMille et McPherson de quatre grands noms du Far West, à savoir Wild Bill Hickok, Calamity Jane, « Buffalo » Bill Cody et le Général Custer… Vaste programme !

Suite à la volonté de Lincoln d’ouvrir les territoires des Etats-Unis à la colonisation, et le mouvement de la Frontière vers l’Ouest, les aventuriers confrontent leurs méthodes, s’aident, s’entraident, se trahissent occasionnellement, et font parfois front commun pour faire avancer la civilisation Américaine dans le sens voulu par Lincoln, tout en tissant la légende. La vision des pionniers par DeMille est, confrontée à la réalité des faits, édifiante : on voit les choix et simplifications auxquels se sont livré les auteurs, notamment en choisissant les acteurs. Si les efforts déployés par Jean Arthur qui jure, boit, crache et plastronne en Calamity Jane, sont finalement codés, mais vaguement réussis (le personnage original est suffisamment flou pour autoriser les à-peu-près un tant soit peu romantiques), on constate que Wild Bill Hickok, finalement, est surtout Gary Cooper. La scène de la première partie de cartes, au cours de laquelle les spectateurs mentionnent le tableau de chasse de l’impitoyable tueur n’y feront rien: il reste Gary Cooper jusque au bout du canon. On pourrait très bien imaginer quelqu’un lui dressant la réputation d’un William Munny (Unforgiven, de Eastwood : « Il a tué des femmes et des enfants aussi »), qu’on l’aimerait encore, totalement envoûtés par la présence minérale du bonhomme, parce que, après tout, c’est Gary Cooper. Tout ceci augure assez mal de toute prétention historique, et du reste, les autres personnages sont encore plus mal lotis: Buffalo Bill, marié, gauche, éternel second derrière la stature de Cooper est un faire-valoir assez tarte, et Custer ne vaut pas mieux, réduit à la simple représentation de son physique (une apparence qui était, historiquement, très travaillée par Custer lui-même) et l’énoncé occasionnel de son nom.

Toute date a disparu, rendant le tout fort rapide: on situerait pourtant le début du film en 1865 (La fin de la guerre civile, le 5 avril, et l’assassinat de Lincoln, le 12), puis on va vers l’ouest, rencontrant un Hickok fraîchement démobilisé: il porte encore son uniforme de l’union. Les retrouvailles avec Bill Cody ont lieu immédiatement, suivies dans la foulée de la confession de Mme Cody a Calamity Jane : elle attend un enfant. Celui-ci naîtra plus tard dans le film, ce qui ne sera que mentionné: Cody avouera en effet à Wild Bill que sa femme est retournée vers l’Est pour avoir son enfant chez ses parents, loin de toute violence. A ce moment du film, la bataille de Little Big Horn, commentée mais à peine vue, a lieu. Nous sommes donc en 1876. On le voit, le temps, la véracité des faits, n’ont pas été la préoccupation principale des concepteurs du film. Ce qui a compté, c’est sans nul doute l’impression globale, le choix capital de reposer sur des noms fantasmés, résonnant de multiples possibilités d’aventures pour le public. Mais l’absence de certains morceaux de bravoure (Après tout, pourquoi l’appelait-on Buffalo Bill? Et pourquoi ne pas nous montrer plus la bataille de Little Big Horn?) finit par être étonnante, surtout lorsque le film se dirige tout entier, de partie de cartes en rencontres avec le futur tueur, vers la fin «historique» de wild Bill Hickok, tué d’une balle dans le dos lors d’une partie de cartes par le nommé Jack McCall. Il ressort de cette volonté de slalomer un sentiment de rendez-vous manqué qui dessert le film, même si la fin rachète partiellement ce manque. Si My Darling Clementine de Ford ne nous montre pas toute la carrière, ô combien controversée, de Wyatt Earp, il évite aussi l’éparpillement en centrant en permanence le film à Tombstone, et fait de son film un portrait en creux d’une époque, en multipliant les plans de wagons de pionniers qui arrivent, il utilise la petite histoire pour raconter la grande. Il en ressort une cohérence qui fait défaut à ce film de DeMille. Si Ford avait choisi de confier à Fonda le rôle d’une grande figure, tout comme les noms portés par les personnages de The Plainsman sont des noms historiques, chez Griffith, que ce soit dans Intolerance, Birth of a nation, America ou Orphans of the storm, on constatera que les héros de ces films ne sont jamais les grandes figures, mais qu’en marge des drames humains du couple de Intolerance, des sœurs Girard, des familles Nordistes et Sudistes ou de la famille de Nouvelle Angleterre de America, l’histoire se déroule et avance. Typiquement, chez Griffith, l’histoire sert de toile de fond, et on inverse finalement le procédé observé chez Ford: la grande histoire sert ici l’histoire privée, tout en permettant l’accomplissement d’une (Ré)vision toute personnelle de l’histoire.

DeMille enfin, et ce film n’est pas une exception dans son œuvre, utilise l’histoire comme un showman, ou comme un publiciste: il est, n’en doutons pas, un héritier de ce Buffalo Bill qui fut pratiquement l’inventeur du spectacle Western, dans lequel il suffisait de voir en chair et en os l’un de ces grand noms (Annie Oakley, Sitting Bull…) pour que la légende prenne vie, voire s’invente au fur et à mesure. Combien de ces figures légendaires le sont elles devenues après quelques mois de tournées auprès de Buffalo Bill ou de Barnum? Avec DeMille, et quoiqu’il en ait dit lui-même, l’histoire sert le spectacle, et celui-ci, dans le cas de The Plainsman, est d’assez bonne qualité… Mais on en est toujours à l'utilisation du cinéma à des fins de spectacle telle qu'elle avait été théorisée en prélude à la réalisation de The Squaw Man, en 1914...

Un doute demeure sur le titre. Si la présence de Gary Cooper en figure tutélaire peut nous laisser penser que l’ « Homme des plaines » dont il est question est bien Wild Bill, une réplique, tôt dans le film, nous éclaire le film d’un jour nouveau: il y est question du plainsman, de l’homme qui se doit d’aller vers l’ouest pour y conquérir de nouveaux territoires. Il s’agit, après tout, d’un personnage générique, symbolique, qui finit par achever tout crédit à apporter aux héros, pantins d’une peinture plus vaste qu’il y parait. Et si on peut, en comparant ces personnages avec ce que l’on sait de la vérité, ou en faisant la même chose avec la Cléopatre de Claudette Colbert, on voit bien ici comment fonctionnent les héros des films parlants de DeMille: tels les figures de Pharaon et de son épouse (Ten Commandments), taillés dans le roc au cœur d’un très beau, mais très vain tableau vivant, les héros incarnent une possibilité publicitaire de raccrocher le film à une vague réminiscence historique, sont des pantins génériques, à défaut de tout autre sens. Si il est souvent reproché à Hickok d’être un tueur, jamais le fait n’est discuté, ni remis en question, ou en perspective : on n’en a pas le temps. On a juste demandé à Gary Cooper d’être Wild Bill Hickok, tout en restant Gary Cooper, et cela sert l’image du western telle que l’ont voulue les concepteurs du film. Bien sur, on préfère le Western selon Ford, que ce soit avec Stagecoach en 1939, avec The Searchers en 1956 ou avec The Iron Horse en 1924. Mais en faisant un Western en 1937, DeMille a malgré tout contribué à la survie d’un genre et de ses codes, et les passages de suspense du film(L’attaque de la cabane ou sont réfugiées Calamity Jane et Mrs Cody, ou encore la dernière partie de cartes), le lyrisme des décors, toujours plus vastes, et beaucoup plus variés que dans les Western post-Stagecoach, souvent situés dans le sud-ouest, le fourmillement DeMillien, prélude à l’action, comme dans The Crusades ou Unconquered, tous ces aspects contribuent au spectacle. Deux ans avant le très bondissant Pacific Express, un film curieux, fondamentalement regardable, et que je qualifierais volontiers de film le plus Hickokien de son auteur.

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Published by François Massarelli - dans Cecil B. DeMille Western
1 février 2015 7 01 /02 /février /2015 16:56

Warlock, petite ville du Sud-Ouest, bien trop grande pour que les citoyens fassent justice eux-même, mais trop petite pour qu'un vrai juge ou un vrai Shériff y fasse la loi. Et justement, le "deputy" (Adjoint) en charge de la ville est, au début du film, tué une fois de plus, car la bande d'Abe McQown a décidé de montrer qui est le patron: McQuown lui-même, un riche propriétaire terrien qui sème assez facilement la terreur avec ses cowboys, et qui couvre à peu près tout ce qui peut se pratiquer comme activité illicite: vol, attaque de diligence, vol de bétail, meurtre voire (Pour une anecdote) massacre pur et simple. Dans ce contexte, les habitants font appel à un redresseur de torts professionnel, Clay Blaisedell (Henry Fonda), un homme que sa réputation précède, et qui agit entre une certaine froideur et un sens aigu de la mise en scène: il a une paire de colts à crosse dorée dont tout le monde a entendu parler. Et il ne vient pas seul: Morgan, son alter ego, son ombre au passé trouble (Anthony Quinn) vient avec lui, et pour commencer fait main basse sur le saloon local. Une fois arrivé, le nettoyage commence, et Blaisedell encourage les vocations: un des hommes de la bande McQuown, Johnny Gannon (Richard Widmark) a depuis longtemps des scrupules à faire partie de la bande de malfrats qui tuent les gens en leur tirant dans le dos; il franchit le pas et devient, contre toute attente, le vrai "deputy" shériff de Warlock. Pendant ce temps, les agisements de Morgan font parler d'eux, et il devient assez rapidement clair que si Blaisedell et Gannon vont débarrasser la ville du problème McQuown, qui s'occupera de Morgan?

Les limites de la loi, et les frontières entre le bien et le mal: un bon vieux thème du western, habillé de neuf pour ce film qui louche par de nombreux aspects sur l'anecodte de Tombstone, mais bien loin de My darling Clementine. N'empêche, il est assez ironique de confier à Fonda le rôle, en version bling-bling, d'un autre Wyatt Earp... Et Morgan, avec son pied-bot et sa tendance à l'acoolisme, fait lui aussi bien penser à Doc Holliday, mais on remarquera assez facilement que la relation entre les deux est rendue particulièrement ambigue par le discours permanent de Quinn. Bien sur, d'une part, les deux hommes représentent chacun un aspect de la lutte impromptue contre le crime: une certaine rigueur, une certaine droiture un peu vieux-jeu d'un côté, l'histrionisme triomphant avec vantardise permanente de l'autre... Mais Morgan est obsédé par la place de héros que son ami doit occuper, et va jusqu'à tuer dans son dos les gens qui pourraient entâcher sa légende: homme, femme, peu importe... Et quand Blaisedell envisage de se marier et d'arrêter le cirque, la réaction de Morgan oscille entre le désespoir alcoolisé et l'agression.

De son côté, Johnny Gannon est un rôle en or pour Richard Widmark, un peu moins torturé qu'à l'accoutumée: il sait dès le départ de quel côté de la loi, ou plutôt de la morale, il doit pencher. Choisir de servir la loi comme il le fait est à la fois une façon de régler son compte à son passé de bandit, mais aussi de montrer le chemin, dans une ville en devenir, qui n'a que trop souffert d'être exposée au crime sans que les forces de la police ne puissent agir. Il est, à la fin du film, non seulement un héros local, il est aussi légitime et légal, ce qui ne peut que confirmer le soupçon de Blaisedell, qui avait bien dir en arrivant: ils m'accueillent en héros, mais à la fin ils voudront ma mort. Au moins pourra-t-on dire qu'avec Gannon, la ville s'est dotée d'un vrai défenseur de la loi... Et contrairement à Blaisedll, Gannon aura fait passer la morale avant la tuerie... Mais en attendant, la violence va s'installer, et les armes vont parler! Bref, un western, un beau, un vrai, un grand.

Warlock (Edward Dmytryk, 1959)
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Published by François Massarelli - dans Western
30 décembre 2014 2 30 /12 /décembre /2014 10:24

Deuxième ou troisième film de DeMille (Les filmographies divergent à ce sujet), The Virginian avait beaucoup pour être un Squaw Man bis, avec les mêmes acteurs, les mêmes décors (Du moins en ce qui concerne les aspects Westerniens du premier film), et le même genre de source théâtrale; pourtant, la différence entre les deux est grande; d'une part, le metteur en scène sait désormais où il va et fait désormais du cinéma, sans avoir à tout inventer sur place pour retranscrire un pièce de théatre; d'autre part, le film est un western, le premier Western conscient de Cecil B. DeMille, alors que The Squaw Man était un mélodrame qui se déroulait dans l'ouest. Ici, Dustin Farnum est chez lui dans le Wyoming, et le folklore Westernien joue un rôle considérable.

L'intrigue, assez simple, repose sur deux conflits; d'une part, le "Virginien"(Dustin Farnum)est unCow Puncher, très apprécié de ses collègues et amis dans le Wyoming; son meilleur ami, Steve, est tenté par le banditisme. Lorsque Steve rejoint une bande de voleurs de bétail, le héros se doit de le punir avec les autres bandits et préside à sa pendaison. Sa petite amie, une institutrice fraîchement arrivée du Vermont, est déchirée entre son amour pour le héros et sa haine de la violence.

D'emblée, ce qui frappe dans ce nouveau film, c'est la décontraction de l'ensemble, mais aussi l'aspect transitoire du film: on est encore entre deux mondes, dans un style expérimental fascinant oscillant constamment entre archaïsme et nouveauté: Beaucoup de scènes sont tournées de façon théâtrale en un seul plan, mais le montage joue malgré tout un rôle dans l'identification des deux personnages principaux, ou encore pour construire ou raffermir une tension; la continuité, héritière des "tableaux" des films Edison ou Pathé, est par endroits un peu elliptique, ainsi lorsqu'on passe de l'arrivée de maîtresse d'école a la fête organisée en son honneur, sans que cela soit nécessaire. Par contre, ici ou là, la caméra s'approche, ou se laisse approcher (Réminiscence des Musketeers of Pig Alley(1912) de Griffith?), laissant la distorsion de l'espace souligner le suspense; si les plans de gare sont tous inspirés de la fameuse Arrivée d'un train en gare de La Ciotat des Frères Lumière, il est intéressant de souligner des plans de voyage en diligence filmés depuis l'habitacle du véhicule; enfin, tout en reproduisant le théâtre dans ses plans, DeMille cherche systématiquement des décors (Beaucoup d'extérieurs évidemment) qui élargissent le propos, et les place à bon escient; ainsi une poursuite se déroule-t-elle dans des prés, des forêts, des vallées, laissant le spectateur en profiter pleinement. Cette recherche de l'espace, cette excitation de la nature profite au film - et au western muet en général - et se marie bien avec la photographie solaire de Alvin Wyckoff, qui collaborera de nouveau avec DeMille; son travail est pour beaucoup dans l'impression naturaliste de l'ensemble.

Bien que DeMille emploie les mêmes acteurs, ils sont meilleurs que dans The Squaw man, comme si là aussi ils avaient pris conscience de n'être plus au théâtre, mais dans un autre médium; on est plus proche d'un certain naturalisme, à l'instar des productions Universal ou Ince de la même époque, dont la retenue du jeu est d'ailleurs souvent dictée par une volonté d'efficacité en même temps que pour échapper à la grandiloquence: a ce sujet, il faut revoir les Westerns Universal de John Ford avec Harry Carey, du moins les rares qui nous soient parvenus...

Quant à l'argument du film, il est plus intéressant, plus Westernien que celui du film précédent: du reste, si The Squaw Man contait l'arrivée d'un Européen dans l'ouest, celui-ci inverse le point de vue, et se place du coté des autochtones, qui voient arriver une institutrice. Le plus surprenant dans le film reste d'ailleurs l'impression que le conflit entre le progrès et la Frontière, qui sera à la base de très grands Westerns plus tardifs (Oxbow Incident, The man who shot Liberty Valance, les films de Peckinpah) est exposé, par le biais de l'institutrice et de son dilemme, puis remis à plus tard à la fin: Dustin Farnum la séduit dans la séquence finale. Mais les jalons sont posés: en ce monde idyllique(Les cowboys chevauchent, boivent, rigolent, font des farces de collégiens, etc), le problème de la violence est bien là: la scène de la pendaison est à ce titre exemplaire: dans un premier temps la violence tragique de l'acte est atténué par les fait que des bandits libres y assistent, cachés au loin. Le spectateur, qui les a vus peut plus facilement prendre parti pour les héros en dépit de la gêne que leur acte peut nous inspirer; mais une fois la pendaison effectuée, la vision fugitive de deux ombres de corps pendus nous renvoie à la réalité, tout

en continuant à la dissimuler. Une autre séquence nous procure un exemple de la volonté de l'équipe de faire du cinéma à tout prix: lors de la nuit qui précède la pendaison, les deux amis silencieux côtoient dans le même plan une surimpression témoignant de leur insouciance passée. Aussi crue soit-elle, elle anticipe des recherches qui culmineront avec The Whispering chorus 3 ans plus tard. On notera que le chef opérateur des deux films est le même. A qui faut-il attribuer cette idée, DeMille ou Wyckoff? Les paris sont ouverts, mais la présence de cette surimpression, des années avant la mode venue de Suède (Körkarlen, en 1921) est assez rare dans un film Américain de 1914, à plus forte raison un western.

Bref, ce film ne manque pas de qualités, tout en ne faisant pas plus de 55 minutes. Il témoigne de la vitalité de son metteur en scène, et de son équipe. Si The Squaw Man était une réussite, ce nouveau film va plus loin encore, et annonce beaucoup de feux d'artifices, aussi bien chez DeMille lui-même, que dans le cadre, alors en devenir, du Western.

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Published by François Massarelli - dans Cecil B. DeMille Muet Western 1914