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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 14:20

Shane est un grand film, qui sait prendre son temps. Maintenant, ce qui explique qu'on ne le voit pas très souvent, c'est sa star, l'improbable Alan Ladd, un cow-boy à l'ancienne, un peu pâle quand même derrière ses bouclettes et son côté vertueux. Mais il est à porter au crédit de George Stevens d'avoir su capter la part d'ombre de l'acteur, et de l'avoir transcrite dans ce beau rôle, tout en utilisant de façon inattendue les limites des contours du personnage: Oui, Shane, comme Ladd, est un survivant du passé westernien, aussi bien en 1953 alors que le western est (comme toujours, soyons juste) en pleine mutation, que dans le contexte de son intrigue: Shane arrive en effet, dans une errance dont on va apprendre durant le film qu'elle est désormais son quotidien, chez des fermiers qui sont aux prises avec de gros éleveurs de bétail qui veulent les faire déguerpir, afin de s'approprier leurs terres. Or les fermiers, désireux de s'installer pour toujours et de construire une vraie société ouverte à tous, représentent en vérité l'avenir du développement de l'Ouest, et les cow-boys employés par les Ryker, la famille de gros éleveurs qui sont en fait les "outlaws" de l'histoire, sont eux en sursis. Shane qui a été l'un d'eux (Il a tout ce qui fait un "frontiersman" à l'ancienne: le savoir-faire au revolver, le don de se bagarrer avec efficacité, le courage.... et la veste à franges), le sait, et a accepté son destin.

Mais si Shane reste pendant un petit temps, et aide les fermiers dans leur travail (Très belle scène ou Ladd tombe la chemise pour couper du bois en compagnie de Van Heflin), ou dans leurs rapports compliqués avec leurs ennemis, c'est aussi qu'il y a une femme, Marian (Jean Arthur), l'épouse de Starrett, l'hôte de Shane. entre elle et le nouveau venu, le courant passe sans qu'un seul mot soit nécessaire. Elle va lutter, lui aussi, mais la tentation sera forte. Pourtant les travaux d'approche n'iront pas très loin: tout au plus va-t-elle lui montrer en rougissant comme une première communiante sa robe de mariée, et danser avec lui; Starrett, qui a compris, est prêt à se sacrifier pour eux, mais c'est Shane qui va finalement faire le travail, en trois coups de revolver, et en résolvant tous les problèmes. Seulement, lui qui a fait voeu de vivre sur la frontière, avec une arme, n'a pas sa place dans ce monde en voie de civilisation, ou il constitue, même avec des principes et une morale, un exemple à ne pas suivre pour Joey Starrett, le jeune garçon, qui est bien sûr fasciné par la vision de ce héros romantique d'un autre âge...

On comprend ce qui a attiré Clint Eastwood au point d'en faire un remake officieux, mais conscient (Pale Rider): Shane est plus qu'un survivant, c'est un anachronisme, comme d'autres personnages interprétés par Eastwood. Le personnage, vu par les yeux d'un jeune garçon, est aussi une tentation, celle d'une vie facile et à coup d'intimidation, de coups de flingue.  Une vie en voie de disparition, remplacée par la décence et le bon voisinage... Tout en étant un western à l'ancienne, ce beau film anticipe sur le crépuscule du genre, et louvoie habilement entre le classicisme et les superbes westerns qui vont redéfinir, remodeler et finalement inévitablement détruire le genre... Et Stevens ne rate finalement absolument rien dans ce film, dont la rigueur de la mise en scène, l'art du cadrage, le timing et le goût pour une reconstitution particulièrement authentique, et les plans séquences austères, finissent d'en faire l'un des chefs d'oeuvre du genre. En tout cas, le préféré du dessinateur Morris, qui n'en a manifestement pas raté une miette!

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Published by François Massarelli - dans Western
23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 09:25

En 1939, un renouveau soudain et inattendu du western va faire resurgir le genre dans la cour des grands. Non que le genre n'existe plus, bien au contraire, mais les Cow-Boys et les Indiens, c'est plutôt dans la série B, et les serials qu'on en trouve. Mais les studios, petits et grands, vont s'y replonger, avec bonheur: rien qu'en cette année 1939, la Fox, la Warner, la Paramount et la Universal s'y mettent: Union Pacific, Dodge City, Destry rides again... le film le plus emblématique de ce renouveau en cette année, c'est bien sûr Stagecoach, de Ford (Tourné pour le compte de Walter Wanger et distribué par UA), mais il ne faut pas passer à coté d'autres oeuvres considérées comme plus ou moins mineures, dont ce Dodge City, du à l'impeccable patte de Curtiz, qui retrouve son petit monde à cette occasion autour de Errol Flynn et Olivia de Havilland, pour le premier Western de l'acteur de Tasmanie... On ne dit pas vraiment "Western" d'ailleurs à cette époque, le nom est par trop entaché de cette indignité liée aux petits compléments de programme tournés par les petites compagnies que sont Monogram ou Republic.

Au milieu de l'ensemble de films tournés par Curtiz avec Flynn, celui-ci fait partie en apparence des moins intéressants: il ne possède pas la fougue pionnière d'un Captain Blood, film primal sur une certaine vision d'un désir de révolte; le personnage de Wade Hatton, redresseur de torts bien dans la ligne, pourrait passer pour assez insipide, à tel point qu'on l'a flanqué de deux zigotos (Joués par les vieux complices Alan Hale et Guinn Williams) chargés de mettre un peu de comique de situation là-dedans. Olivia de Havilland est une jeune femme partagée entre sa situation de lady et sa volonté d'indépendance, qui la pousse à devenir active en participant à sa façon au développement de la presse.

L'intrigue est basée sur l'assainissement d'une ville qui est la proie d'une bande de gangsters, qui imposent leur loi. On propose le poste de shériff à Flynn, qui le refuse jusqu'au moment où il ne peut plus se dérober; à partir de là, avec l'appui courageux de la population, il va réussir à faire revenir la loi et la sécurité à Dodge City. Une intrigue qui rend le film assez proche de My darling Clementine de Ford (ou de Frontier marshall de Dwan, qui est lui sorti en cette même année 1939): un canevas somme toute commun à des dizaines de westerns...

Alors? dans ces circonstances on se sentirait autorisé à pousser le film du coude, et pourtant il ne manque pas d'atouts spéciaux; d'une part, c'est après Under the Texas moon d'assez mauvaise réputation, et le très moyen Gold is where you find it le troisième western en couleurs de Curtiz, et la palette est magnifique; d'autant qu'on sait à quel point la couleur inspire le metteur en scène, qui la pratique depuis la fin du muet. Ensuite, le réalisateur a traité son sujet en s'autorisant comme souvent cette appropriation en contrebande du film, par le biais de ces plans qui en disent plus long sur l'humanité présente dans ces rues, dans cette ville, que de longs discours: ces plans à la grue qui partent d'un détail pour se promener ensuite dans le saloon dont nous voyons ainsi toute la vie et la faune... Curtiz commence son film par du mouvement, et il nous montre en réalité trois groupes en chemin pour ce qui deviendra bientôt Dodge City: Wade Hatton et ses deux camarades, qui six ans après la fin de la guerre civile travaillent en tant que convoyeurs de bétail, mais sont intéressés par l'édification des Etats-Unis aux côtés du colonel Dodge, le célèbre artisan de la construction des lignes de chemin de fer vers l'ouest; les bandits, qui convoitent le bétail et sont déjà très menaçants, et enfin le colonel Dodge lui-même qui amène avec lui le chemin de fer, symbole d'un monde en construction. C'est la locomotive qu'on aperçoit en premier, avec donc un clin d'oeil à ce trait de Michael Curtiz, de commencer un film par un plan de véhicule en mouvement...

Le film est célèbre pour une homérique bagarre d'une dizaine de minutes, menée en particulier par Williams et Hale, mais on y remarque d'autres traits moins évidents: c'est un film complètement dans la ligne Warner, avec une tendance Rooseveltienne totalement assumée: la présence tutélaire d'un vieux chef, d'un père de la nation, en la personne du colonel Dodge; l'union sacrée des ex-sudistes (Hatton et ses copains Texans) et du Nord; la nécessité communautaire de retrousser ses manches, face au risque du chaos, et la foi en la création d'un gouvernement qui fasse son travail; l'assimilation de la menace d'une criminalité facilement comparable au fascisme, bien sur, et le combat pour la justice incarné par un cow-boy certes un peu trop propre sur lui, mais aussi un journaliste motivé (Qui paiera cher!) et une femme volontaire. Ce monde est impitoyable, et le film nous montre toutes les facettes du mal lorsqu'un enfant devient la victime même indirecte des exactions des bandits; de son côté, Flynn se rend durant le premier acte involontairement responsable de la mort du frère de la femme qu'il aimera bientôt... Mais surtout, et là on retrouve la notion chère à Curtiz du perpétuel exil, le film se clôt sur un nouveau voyage: la civilisation n'est pas encore installée partout, et Flynn et Havilland partent une fois mariés vers Virginia City, où ils vont procéder à ce même travail de nettoyage de la criminalité... (L'un des westerns suivants de Curtiz et Flynn s'appellera d'ailleurs bien Virginia City, mais ce seront d'autres héros, ne concluons pas trop vite!)

Dans ce film, Curtiz s'abandonne bien sur à son péché mignon de faire jouer les ombres, par deux fois: d'une part, lors de la mort du journaliste vu dans la pénombre de son bureau, alors qu'il range des documents dans son coffre, on aperçoit sur le mur du fond la silhouette d'un bandit situé hors champ qui va tirer. Le coup de feu sera entendu dans le plan suivant, depuis la rue. Mais à ce plan impeccable et esthétique, Curtiz ajoute quelques séquences plus loin une superbe idée, plus riche de sens: alors que les héros sont dans un train, pour convoyer un bandit qui devra être jugé à Wichita, Olivia de Havilland observe depuis le wagon l'ombre du train sur le sol, et constate qu'il y a des silhouettes de bandits sur le toit... Elle sait à quoi s'en tenir; avec ces deux plans, Curtiz renforce l'idée d'une criminalité désincarnée, plus menaçante car elle tend à échapper à la réalité physique. Une idée qui prolonge la réflexion sur un fascisme qui avance masqué, qui acquiert ainsi une dimension fantastique et insaisissable... Mais comme Curtiz est Curtiz, il va aussi prendre un malin plaisir à incendier le train pour une séquence riche en émotions, comme il l'avait déjà fait en Autriche pour Les chemins de la terreur. Tout ceci est bien riche pour un film mineur...

Dodge City (Michael Curtiz, 1939)
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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Western Olivia de Havilland
17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 17:07

Un film sur les pionniers et l'esprit qui les animait... Un grand propriétaire en Californie, Roy Whitman (John McIntire) décide de financer une expédition pour aller à Chicago et ramener des femmes pour ses hommes. Il souhaite faire prospérer sa vallée à tous les niveaux, et demande à Buck Wyatt (Robert Taylor) de l'aider dans l'acheminement de ce convoi un peu particulier. Ils ramènent 150 candidates, avec une exigence: qu'elles soient des "femmes bien". Ce que Whitman entend par là, c'est bien sur dans leur valeur humaine. Wyatt, lui, estime que ça implique uniquement des femmes dont la vie a été jusqu'à présent sans équivoque, d'ou un ressentiment de sa part à l'égard de deux anciennes prostituées, dont une, Française (Ou plutôt selon le film, de New Orleans), qui l'attire beaucoup. Le chemin est semé d'embûches, de mort, de renoncements, d'intransigeance aussi (Buck exécute froidement un violeur), mais nombreux sont les humains qui vont changer en chemin, à commencer par Buck.

Admirable! Le sujet, à la base du à une idée de Frank Capra dont il ne fera jamais un film, convient parfaitement à la dureté de Wellman et à sa façon directe d'affronter la violence ou le malheur d'une situation. Ici, rien ne nous est épargné, des conflits, de la bêtise humaine parfois, des mesquineries mais aussi de la profonde humanité de tous les protagonistes quels qu'ils soient, et d'où qu'ils viennent. En nous donnant à voir une histoire par ailleurs authentique, il rappelle à quel point l'esprit pionnier qui animait ces hommes et ces femmes impliquait certes de tout reconstruire quelque part, mais aussi et d'abord de tout quitter, de tout risquer. Et c'était sans doute un gros risque pour wellman et Dore Schary, producteur de génie à la MGM en ce début des années 50, que de se lancer dans un western ausisi atypique... dont le tournage en pleine nature, en plein désert n'a certainement pas été de tout repos. Un chef d'oeuvre de plus à mettre à l'actif impressionnant de William Wellman.

Une scène, typique du metteur en scène et de son art de nous pousser à voir ailleurs quand une scène risque de nous brûler les yeux, symbolise parfaitement l'importance de la femme dans cette époque de conquête: l'une des candidates accouche, dans un chariot, mais celui-ci perd une roue, et les chevaux s'emballent. Buck arrête leur course, pendant que sans se concerter, toutes les femmes s'unissent et soulèvent le chariot, afin que l'accouchement puisse se terminer dans de bonnes conditions. Quand le bébé naît, c'est un peu le leur à toutes... Une scène d'entraide, qui résume un peu cette collaboration unique entre deux univers si riches l'un et l'autre, celui de Capra et celui de Wellman.

 

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Published by François Massarelli - dans William Wellman Western Frank Capra
29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 09:09

Le dernier western de Clint Eastwood est probablement l'un des plus aboutis de ses films sur le bilan d'une vie, la vieillesse, et le décalage entre un monde en perpétuelle évolution, et un être coincé dans une bulle faite de nostalgie, de souvenirs et de rancoeur. Il y aura, bien sur, d'autres oeuvres importantes dans ces domaines, à commencer par le faussement futile Space Cowboys, ou bien sur de façon évidente Invictus (Sur le bilan des combats d'un homme), Million Dollar Baby ou surtout l'admirable Gran Torino, à lui seul une autre somme des thèmes de prédilection de Clint Eastwood...

William Munny est un tueur, un bandit sans foi ni loi racheté par l'amour, qui a construit sept années durant une petite vie tranquille avec son épouse Claudia, leur petite ferme sur la frontière, leurs cochons, leurs enfants... Et qui expie ses crimes passés dans un veuvage qui le rend particulièrement amer. Un jour, un jeune inconnu lui propose une affaire en or, deux cowboys à tuer pour le compte de prostituées: l'une d'entre elles a subi un traitement injuste, et ensemble elles ont mis la tête des deux responsables à prix. Après hésitation, il se rend à Big Whiskey, Wyoming, en compagnie de Ned (Morgan Freeman), son complice de toujours, et de Schofield Kid, le jeune outlaw qui lui a proposé le contrat, et va affronter la-bas Little Bill (Gene Hackman), un shériff qui ne souhaite pas voir sa ville envahie par la racaille.

Que laisse un homme au soir de sa vie? C'est une préoccupation de Munny, dont les enfants regardent sans vraiment comprendre leur vieux père tenter désespérément de monter sur un cheval qui ne souhaite pas qu'on l'utilise, pour retourner vers des pêchés qu'il n'a jamais su leur avouer. Mais Munny n'a plus le coeur à vivre de cette manière austère qui se justifiait tant du vivant de son épouse, et rame pour joindre les deux bouts, ce qui le pousse à accepter le contrat. Mais une fois sur place, la vieillesse est définitivement là, et c'est une épave qui arrive à Big Whiskey. De son coté, le Kid, le jeune fanfaron qui propose le contrat à Ned et Munny, n'est pas vraiment en mesure de faire grand chose: sa vue est très faible, et malgré toutes ses vantardises, il n'a jamais tué un homme auparavant, ce qui ouvre la porte à tout une réflexion sur l'image des manieurs de gâchettes du film: English Bob (Richard Harris), un personnage secondaire, débarque à Big Whiskey en compagnie de son biographe attitré, auréolé de ses exploits mi-criminels, mi-chevaleresques... Mais little Bill démontre qu'il ne s'agit que d'un hors-la-loi vantard, ivrogne et incapable, avant de s'approprier le biographe, et de tomber absolument dans les mêmes travers... on constate en revanche que Munny comme Ned ne se vantent jamais: ils agissent, quelquefois avec une réelle amertume.

 A la tentative de se racheter face à l'humanité, ou Dieu, ou la mémoire de son épouse, ou lui-même, de Munny, Eastwood oppose Little Bill, un personnage fascinant, d'ailleurs confié à l'ambiguité de Gene Hackman: Bill est bien le shériff de Big Whiskey, un homme amené à trancher dans le cadre de la loi: il ne va par exemple pas laisser le délit des deux cowboys au début impuni, mais va le considérer sous l'angle du droit, proposant un dédommagement des prostituées plutôt qu'une punition. Son approche de la loi est pragmatique, mais peine à masquer un amour sadique de la violence et d'un certain autoritarisme. Et puis, comme Munny, il construit un nid, une maison à laquelle on le voit souvent travailler, mais dont il délaissera souvent les travaux pour se consacrer à sa propre légende... Eastwood dans son film joue de la différence entre Billy et le Kid d'un coté, deux hommes entreprenants, qui tentent d'attraper chacun à leur façon le train du progrès (Kid en saisissant au vol la perspective d'un contrat, Bill en faisant respecter l'ordre et en contribuant à bâtir une ville), et Munny et Ned de l'autre, rangés mais hantés par leur passé, comme des fantômes d'une frontière qu'on croyait définitivement disparue. sa réflexion sur le temps qui passe et les hommes qu'elle laisse de côté renvoie d'une certaine manière à tous les losers magnifiques de son oeuvre, qu'ils soient Red Stovall (Honky Tonk Man), (The outlaw) Josey Wales, ou bien sur Charlie Parker (Bird)... Comme Munny, ils sont passés, ont laissé quelque chose, bon ou mauvais, et comme lui ils ont aspiré à une tranquillité qu'ils n'ont jamais atteinte. Le style crépusculaire d'Eastwood est ici à son apogée, dans un film à l'obscurité envoûtante...

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood Western
26 septembre 2012 3 26 /09 /septembre /2012 13:44

Monument Valley, John Wayne, la cavalerie, la camaraderie virile, Ben Johnson et Harry Carey Jr, les soucis familiaux au milieu des conflits contre les Apaches, et Victor Mclaglen en Sergent quincannon alcoolique. Cet inventaire renvoie non seulement à ce film, mais aussi à Fort Apache et She wore a yellow ribbon, deux films remarqués parmi ceux que Ford a fait durant les années 50: plus traditionnels dans leur approche (par opposition à l'allégorie Westernienne de Three Godfathers, et à l'égarement d'une adaptation peu convaincante, pour rester poli, de Graham Greene: The fugitive), entièrement situés dans le cadre de la cavalerie à la fin des guerres Indiennes, sur la frontière, à chaque fois symbolisée par Monument Valley. Les trois films ont pour point commun d'être adaptés des nombreux écrits de James Warner Bellah surl'époque glorieuse de la cavalerie.

 

Wayne y est le Colonel Kirby Yorke, en pleine campagne contre les Apaches, qui se sont unis contre le poste frontière, et passent leur temps entre le nord du Rio Grande (Soit les Etats-Unis) et le sud du Rio Bravo (la même rivière, mais coté Mexicain); comme un malheur n'arrive jamais seul, il voit débarquer son fils, qu'il n'a pas vu depuis quinze ans, et qui s'est enrôlé dans la cavalerie suite à son exclusion de West Point. Ils arrivent très vite à un accord: afin de laisser au gamin la chance de faire ses preuves, toute mention du lien de parenté sera bannie, mais il ne faut pas qu'il s'attende en retour à la moindre démonstration d'affection de son père. Et puis, tant qu'à faire, l'épouse de Yorke, Kathleen, qui est séparée de lui depuis 15 ans, débarque à l'mproviste pour récupérer le fiston... Pendant ce temps, les Apaches s'affairent...

 

Il y aurait beaucoup à dire, comme toujours, sur la géographie menteuse de Ford: Monument Valley sur la frontière Mexicaine, il fallait l'oser. Mais le décor, ici permanent, puisque le fort est construit sur un flanc d'une de ces gigantesques Mesas, est un moyen pour Ford de rappeler la présence majestueuse de ces mastodontes de pierre qui continuent à défier le temps, et qui sont le territoire des Navajos. Une fois de plus, le réalisateur (Qui dérogera pourtant à cette règle dans The Searchers) fait d'ailleurs appel à des hommes du cru pour figurer ses trois tribus Apaches qui ont, exceptionnellement, partie liée dans le film. Mais le conflit avec les Indiens passe clairement au second plan, derrière la confrontation de la dernière chance entre Kathleen (Maureen O'Hara, une immense actrice comme chacun sait) son colonel de mari.

Sans doute un peu trop ouvertement conçu comme un galop d'essai pour le studio Republic pictures afin de leur fournir un succès facile avant d'aller en Irlande dépenser les sous du producteur Herbert Yates sur le tournage de The quiet man, le film souffre de baisses de régime, de ces multiples intermèdes de chansons folkloriques interprétées par les Sons of the pioneers, dont on se dit qu'ils ont du payer le réalisateur pour faire leur promotion tellement ils sont présents... Mais comme toujours avec Ford, le film est sans doute décevant, trop copié sur les deux films susmentionnés pour être vraiment intéressant, mais il y a des plans, des gestes, des compositions, qui au détour de chaque scène, rappellent que même en sommeil ou en service commandé, Ford reste l'un des plus grands. La scène ou Mrs Yorke vient rendre visite à son fils, et le temps s'arrête, sur les visages des amis de Jefferson Yorke, qui n'en croient pas leurs yeux d'une telle apparition, ou encore la tendresse lointaine et gauiche manifestée par Kirby Yorke à l'égard de son fils... On ne se refait pas.

 

La morale, c'est que non seulement le film aura un petit succès tranquille et engrangera les espèces espérées par Yates, et par ford qui souhaitait être totalement libre sur son film suivant, mais en prime The quiet man, auquel Ford tenait tant, s'est fait et bien fait. et le trio Wayne-O'Hara-McLaglen a pu s'y retrouver avec les résultats réjouissants que l'on sait...

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Published by Françoic Massarelli - dans John Ford Western
9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 16:36

On connait l'anecdote, dont Hawks, plusieurs années après, a fait le prétexte pour réaliser ce film: en voyant High Noon (Fred Zinnemann, 1952), aussi bien Wayne que Hawks auraient été absolument scandalisés de voir Gary Cooper en shériff sacrifié par la communauté, obligé de courir d'une personne à l'autre pour qu'on l'aide à faire son travail... Quels que soient les mérites réels du film de Zinnemann, le fait est que l'idée d'aller pleurnicher pour qu'on l'aide ne fait pas très professionnel. C'est ainsi que la situation inverse se retrouve dans Rio Bravo, dont le héros John T. Chance ne manque pas une occasion de rappeler qu'il n'a pas à s'encombrer d'amateurs pour faire son travail... Mais réduire ce western à cette seule fin politique (Rio Bravo étant dans cette hypothèse la réponse de droite à un High noon de gauche) serait trop réducteur. Rio Bravo est juste l'un des meilleurs westerns qui soient, l'un des meilleurs films de Hawks, et une histoire dans laquelle on est plongé dès la première seconde, et qui ne nous lâche pas jusqu'à la fin de ses 141 minutes.

Dans une petite ville du Texas, John T. Chance intervient dans un saloon pour venir en aide à son adjoint "Dude", un alcoolique qui est la proie des moqueries d'une bande de malfrats payés par Nathan Burdette, riche éleveur sans trop de scrupules. Durant cette intervention, Joe Burdette tue un homme de sang-froid, et est arrêté par le shérif. Chance va devoir garder le bandit en prison, sans que son frère n'intervienne, jusqu'à l'arrivée du marshall. Il est donc amené à soutenir le siège contre le gang Burdette, et par la même occasion, il va devoir faire attention à son adjoint et ami qui a décidé de redevenir sobre, mais aussi à l'arrivée en ville d'une jeune femme, Feathers, dont il tombe amoureux...

La notion de professionnalisme, le plaisir qu'a un homme de faire son travail, et la représentation d'un environnement professionnel dans ses moindres détails sont au coeur de l'oeuvre de Hawks, à égalité avec la notion de groupe masculin. Il y a peu de différences entre Cary Grant dans Only angels have wings et John Wayne dans Rio Bravo: tous deux sont obligés à l'occasion de mettre leurs sentiments de coté. Mais le personnage de John T. Chance finit par être beaucoup moins froid que le patron de l'aérodrome dans le film de 1940. Il a, après tout, charge d'âmes, et en prime il a moins de monde dans sa "famille": Stumpy, un vieux râleur édenté et handicapé dont la fonction première en temps de paix est de faire la cuisine, et en temps de guerre de garder la cambuse; on aura reconnu l'acteur Walter Brennan, que Hawks adorait faire jouer sans ses dents (Voir Red River); Dude, un alcoolique qui a perdu son savoir-faire depuis trois ans à cause d'une femme, mais dont le film raconte le retour des enfers, interprété avec une sensibilité formidable par Dean Martin, qui n'a jamais été aussi bon à mon avis. Enfin, Chance a trouvé en "Colorado" (Ricky Nelson) un reflet de lui-même, un homme jeune, mais à la tête assez froide pour faire exactement ce qu'il faut au bon moment, et avec une philosophie parfaitement adéquate... Tous ces gens font leur travail, et parlent beaucoup, en réduisant le plus souvent la tension palpable (Soulignée par le regard des passants dans cette petite ville en siège) et en blaguant et se chamaillant en permanence: un atout de plus pour le film qui est constamment drôle. La cerise sur le gateau, c'est Angie Dickinson en Feathers, une femme Hawksienne...

Hawks a passé sa vie à dire qu'il n'avait aucun style, et qu'il se contentait généralement de placer la caméra là ou il était le plus logique de la placer. Grande modestie assurément pour un metteur en scène qui était en 1931 capable de se débrouiller comme un poisson dans l'eau avec un style visuel échafaudé, héritier de la façon de faire de Murnau et des autres Allemands (Scarface). Mais en 1959, il n'a rien à prouver, et ses scènes sont effectivement d'un style épuré, qui laisse la part belle à la lisibilité et au travail des acteurs. Il se paie même le luxe d'une exposition en 5 minutes totalement muettes, qui permettent pourtant d'établir l'alcoolisme de Dude, sa relation père-fils avec Chance, le danger représenté par la bande Burdette, et les deux aspects de la vie quotidienne pour les deux héros: maintenir l'ordre, et préserver les copains... Un superbe début de western, qui ne peut pas se raconter.

Quant à la fameuse réponse supposément conservatrice de Hawks à Zinnemann (qu'il n'aimait assurément pas, mais compte tenu des idées de l'un et de l'autre, on s'en doute un peu), elle est moins radicale qu'il a bien voulu le dire. Bien sur, on notera que c'est à Ward Bond qu'il revient de jouer le rôle de Pat Wheeler, l'ami de Chance qui lui suggère benoîtement de trouver de l'aide, ce qui va permettre à Wayne de dire aussi clairement que possible qu'il est un pro, et n'a pas besoin de s'encombrer de bras cassés, qu'il faudrait protéger au lieu de faire le boulot... Bond, ami de Wayne depuis l'université, ou ils ont joué au football ensemble, partageait de façon claire les idées fort droitières de Hawks et surtout de John Wayne, mais le film n'est pourtant pas le pamphlet politique qu'on attendrait... d'une part, la notion de professionnalisme de la police est beaucoup moins marquée à droite aux Etats-unis (Rappelons que la droite Américaine, à l'instigation des marchands d'arme et de la NRA, préconise purement et simplement que le citoyen se substitue à la police selon le deuxième amendement à la constitution!); d'autre part, Wayne, Martin, Brennan, Nelson et Dickinson évoluent dans un univers marqué par la fraternité et la générosité. au plus dur du combat, Chance se retrouve avec tout le monde autour de lui, dont Stumpy auquel il a demandé de rester à l'écart à cause de sa jambe, et il a même les services inattendus de l'hôtelier Carlos! Toute une famille, quoi...

Sauf que cette famille-là joue avec la dynamite.

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Published by François Massarelli - dans Howard Hawks Western
17 août 2012 5 17 /08 /août /2012 18:28

How the west was won est un objet bien encombrant, dont il est difficile de savoir quoi faire; c'est un western, qui couvre un ensemble de sujets particulièrement spectaculaires (Les débuts des déplacements vers l'ouest des pionniers, la ruée vers l'or, l'implication des gens de l'Ouest dans le conflit Nord-Sud, l'expansion due à la construction du chemin de fer, et enfin la fin du banditisme et des guerres Indiennes), sans en approfondir aucun, une collection d'entrées et de sorties, d'allées et venues de stars (James Stewart, Henry Fonda, Richard Widmark, George Peppard, Debbie Reynolds, John Wayne...) et se pose comme l'histoire d'une famille depuis la rencontre sur une rivière entre Eve (Bien entendu) Prescott et Linus Rawlings, elle une fille de fermiers et lui un trappeur, rencontre symbolique entre l'esprit d'aventure et la volonté de bâtir en profondeur donc...

 

Confié à trois metteurs en scène (Ainsi qu'à Richard Thorpe pour quelques transitions), le film est surtout le prétexte à montrer des morceaux de bravoure en Cinerama, depuis la descente mortelle des rapides jusqu'à l'attaque du train en passant par le stampede fatal des bisons... Marshall a pour charge l'épisode durant lequel les incidents émaillent la progression de la construction du chemin de fer, Hathaway a pour sa part signé le plus gros du film: trois épisodes, dont le premier (le meilleur?) situé sur les rivières; Ford laisse sa marque de façon évidente sur l'épisode de la Guerre Civile: sentimental, marqué par la mort des deux protagonistes du premier épisode, le réalisateur semble nous indiquer à quel point le guerre civile entre les Etats de l'est a profondément changé les mentalités de tous les Américains, provoquant une rupture émotionnelle y compris dans l'Ouest... Il en profite aussi pour représenter un duo de généraux, Grant et Sherman dont l'éternel second laconique, qui suit le premier comme un petit chien, est interprété par John Wayne. Les commentaires sur l'alcoolisme invétéré de Grant sont ils une private joke sur Wayne et Ford? Pour le reste, on ne va pas faire trop grand cas de cette Guerre civile; c'est du Ford, mais on n'est pas devant The Searchers...

 

Pour conclure, si How the west was won n'a rien d'un grand western, la sortie de la version blu-ray présentant une recréation de l'effet original du cinerama, sous la forme d'un écran "Smilebox", rend le visionnage extrêmement plaisant: peu importe que le film ne soit qu'une succession de moments faciles, c'est un musée dont le parcours est une source de plaisir... coupable.

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Published by François Massarelli - dans John Ford Henry Hathaway Western Filmouth
12 août 2012 7 12 /08 /août /2012 16:29

"Why not call it Joe Mankiewicz's western?", aurait dit le metteur en scène à ses producteurs afin de résoudre le problème du titre de ce film... There was a crooked man commence par un générique assez typique des années 70, dans lequel des illustrations westerniennes à la fois traditionnelles dans leur imagerie, et modernes dansleur style psychédélique accompagnent les crédits alors qu'une chanson folk se fait entendre... Dès le départ, le film se situe entre traditions western et parodie. Le scénario de cet avant-dernier film de Mankiewicz est crédité à David Newman et Robert Benton, et le film ne possède pas de dialogues ouvragés coutumiers du cinéaste; mais par contre, celui-ci reprend le thème de la manipulation, et le cynisme généralisé du film lui convient plutôt bien...

Paris Pitman Jr (Kirk douglas) et un certain nombre d'autres malfrats (Deux petits escrocs, un jeune homme qui a tué le père de sa petite amie par erreur, un Chinois qui en a tué un autre, et un braqueur) se retrouvent dans une prison de l'Arizona, un trou infect. Après quelques semaines, le directeur tué par un prisonnier lors d'une émeute est remplacé par un ex-shériff (Henry Fonda), incapable de reprendre ses activités suite à une rencontre avec le braqueur précité, Floyd Moon (Warren Oates); ce nouveau directeur, humaniste et rigoureux, a à coeur de changer les méthodes de direction de la prison afin de responsabiliser les détenus, et en faire des exemples; il croit pouvoir se fier à Pitman, qui va jouer le jeu tout en lançant un ambitieux plan d'évasion.

Dès le départ, on a une idée de ce qui sera le destin du personnage principal, qui peu de temps avant de se faire épingler, a planqué son magot dans un trou de serpents à sonnettes, ce qui du reste donne au film son titre Français. Paris Pitman est un anti-héros particulièrement tordu, qui n'hésite pas à se débarrasser de tous ses complices pour réussir son évasion, mais le Shériff de Fonda, sans être le même Henry que dans Il était une fois dans l'ouest, n'est pas jusqu'au bout le modèle de vertu affiché durant une bonne part du film: dès sa première apparition, en fait, lorsqu'il se rend dans la chambre d'une prostituée pour lui faire quitter la ville; elle lui offre un tour de manège gratuit, qu'il refuse. Mais il finira par se rendre compte que sa chevalerie et son austérité sont décidément bien vieux-jeu. D'ailleurs, le film nous montre un Mankiewicz qui a fait peau-neuve, appelle désormais un chat un chat: Pitman se fait pincer dans un bordel, en pleine activité alors qu'une des victimes de ses rapines est de l'autre coté du mur à le reluuquer, puis le reconnait; Coy, le jeune condamné à mort, se fait pincer pour meurtre après avoir failli avoir des rapports avec une jeune délurée sur une table de billard; enfin, les deux escrocs (John Randolph et le vieux complice Hume cronyn) sont un couple homosexuel qui passe son temps à se disputer de façon fort caricaturale...

Le film souffre un peu de venir après que le public se soit fait à des films de prisonniers, comme Stalag 17 ou The great escape. Y compris le personnage de William Holden dans le film de Wilder, tous les protagonistes de ce genre de film doivent avoir quelque chose de solide au bout; mais les manigances pas très catholiques de Pitman ne le rendent pas extrêmement sympathique aux yeux du public; et l'impression d'ensemble, à l'exception de Coy, C'est que tous ces gens, prisonniers ou gardiens sont trop vieux, qu'ils ont cessé d'imprimer la légende de l'ouest, à l'image de Fonda qui envisage manifestement le job de directeur de prison comme un passe-temps utile en attendant la retraite; on note ce motif dès l'apparition de "Missouri Kid", la légende de l'ouest, qui lorsqu'il apparaît est en fait le plus vieux des vieillards de toute la prison.

Film pour continuer à exister, ou pour prouver qu'il était encore capable de suivre la mode, ce western bien peu traditionnel, mais dont le postérieur est sérieusement rivé entre deux chaises n'est pas un grand Mankiewicz. il est distrayant toutefois, parfois embarrassant par ses fausses audaces, mais on se dit que Mankiewicz n'était sans doute pas taillé pour le western, un genre dont les codes décidément ne lui conviennent pas.

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Published by François Massarelli - dans Joseph L. Mankiewicz Western
19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 09:21

Ce n'est pas à la Universal, mais à la MGM, sans le scénariste Borden Chase, mais avec  Sam Rolfe et Harold Bloom, que Mann réalise ce film en 1953. Mais d'une part James Stewart, indispensable complément du cinéaste - et de Borden Chase à la Universal (Winchester 73, Bend of the river, The far Country) est là, et bien là, et d'autre part le cinéaste bénéficie ici d'un script qui va lui permettre de raffiner son récit à l'extrême, et de placer cinq êtres humains dans une nature hostile, montagneuse, et symbolique. Situé dans le cycle des westerns de Mann avec Stewart entre Bend of the river et The far country, ce film est un joyau...

Howard Kemp (James Stewart), d'Abilene, Kansas, poursuit dans les Montagnes Rocheuses le hors-la-loi Ben Vandergroat (Robert Ryan). Celui-ci est mis à prix pour $5,000... Il rencontre deux hommes qui vont l'aider, mais aussi lui faire concurrence, aucun des trois ne semblant prêt à laisser passer l'intégralité de la prime. Kemp, le vieux chercheur d'or Jesse (Millard Mitchell), et Roy, le soldat en fuite (Ralph Meeker), mettent tout en commun dans un premier temps et capturent assez vite ben et sa petite amie Lina (Janet leigh). mais une fois le bandit capturé, celui-ci va utiliser toutes les ressources de la psycholgie, et va manipuler les trois hommes afin de les pousser les uns contre les autres, n'hésitant pas à se servir de la fragile Lina, et de l'évidente attirance qui se dessine entre elle et Kemp.

C'est donc à flanc de montagne que se déroule le film. On sait, quand on a vu les films de Mann, à quel point il aimait ce type de décor, qui lui permettait de mettre en avant l'ambition des hommes, leurs désirs impossibles à atteindre, de créer des contrepoints ironiques aus basses passions humaines, et de visualiser un cadre aussi hostile que possible. C'est d'autant plus le cas ici que contrairement à Winchester 73, Bend of the river et The far country tourné l'année suivante, The naked spur n'offre aucune halte en ville, ou même sous un toit, à ses protagonistes. La seule vraie digression vient de la présence menaçante des indiens Blackfeet, qui en ont après Roy qui a fricoté avec une Squaw...

La première partie du film en installe de façon magistrale la tension, mais aussi la façon d'utiliser le cadre à double tranchant: décor, et commentaire de ce qui s'y déroule. Jesse, Roy et Kemp ont repéré la présence de Ben sur un promontoire rocheux. il savent qu'il n'est pas seul, mais n'ont aucune idée de ce qui les attend là-haut. Ils se lancent malgré tout à l'assaut, de l'homme comme de la montagne. La lutte est difficile, mais Kemp va finir par parvenir au sommet, aidé de ses camarades, et il va donc, au sommet de la coline rocheuse, faire la connaissance de Lina, le personnage inattendu, qui servira à Ben d'appât, pour reprendre le titre Français... Cette utilisation symbolique de la montagne représentant la difficulté de la tâche à accomplir se retrouve dans la confrontation finale.

Le film est un classique, bien sur, mais il tranche sur bien des films des années 50 avec Stewart, y compris ceux de Mann: Howard Kemp est plus que jamais un homme qui a été jusqu'au bout du mal, et qui en est revenu sali. Ses motivations sont un peu l'appât du gain, beaucoup la vengeance, puisque Ben est un témoin de la pire période de la vie de Kemp, et représente pour le héros une tentation d'exorcisme, d'une trahison de la femme qu'il aimait, dont Ben n'était pas responsable... Mais qu'importe: Ben, c'est le Diable, avec son éternel rire sardonique... et la rédemption, et l'acceptation en même temps que l'apaisement, viendra de Lina... Tous les acteurs sont impeccables, bien sur, dans un film dont les 90 minutes sont un modèle de tension parfaitement rendue.

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Published by François massarelli - dans Western Anthony Mann
24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 19:00

Qu'est-ce qui rend ces westerns de Mann avec James Stewart si attachants, pour ne pas dire plus (Les adjectifs ne manquent pas, bien entendu)? Leur cohérence interne ainsi que les uns vis-à-vis des autres, le parcours profondément humain du personnage principal, généralement tiraillé dans ses affections, sa chair, son idéologie, voire ses projets, ou tout simplement tout ça à la fois... Le décor récurrent, pas les mêmes endroits, non, mais de la montagne, de la neige comme ici, et de la rocaille du Sud-Ouest présente dans Winchester 73 à l'Alaska de ce film, une palette d'endroits pas souvent explorés par le western justement, mais pourtant historiquement marqués, et qui contribuent à l'impression d'une nature-témoin, un thème récurrent chez Mann. Et puis les visages du mal dissimulé derrière une figure amicale ou familiale, quand ce n'est pas fraternelle... Et au milieu de tout ça, la quadrature du cercle résolue par James stewart, en pleine vengeance, ou en croisade ultra-personnelle, ou tout simplement déterminé à creuser son sillon seul contre tous, mais toujours aussi flamboyant et séduisant, même avec des meurtres accrochés à ses basques...

Dans The far country, aux couleurs soignées, on est donc partis pour l'Alaska, et Jeff (Stewart) est en conflit avec sa nature de redresseur de torts, qui contraste avec sa décision libertarienne avant la lettre de ne se mêler de rien d'autre que de ce qui le regarde. Il va croiser la route de deux femmes, une femme-enfant d'origine Française (Corinne Calvet) qui est manifestement entre deux ports, et une femme plus aguerrie (Ruth Roman) qui prend facilement les devants, mais dont le manque de scrupule et les mauvaises fréquentations lui seront fatals. Enfin, il partage son temps entre amis (Dont Walter Brennan dans son propre rôle!!) et ennemis dont le dangereux Gannon, un juge aux manières si amicales, ce qui ne l'empêche pas de promettre la pendaison. un portrait de la frontière du Nord, en Alaska, un pays aux mains des moins scrupuleux, en devenir donc. James Stewart va y remédier, bien sûr... mais il faudra longtemps lui demander!

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Published by François Massarelli - dans Western Anthony Mann