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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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8 avril 2012 7 08 /04 /avril /2012 09:32

Dans ce western classique, un avertissement nous est donné: l'histoire va se dérouler en suivant une arme, et on a assez clairement l'impression que c'est cette arme qui sera le personnage principal... ce n'est évidemment pas un documentaire sur un fusil, mais l'importance de l'objet est réelle, et la carabine sera successivement un trophée, le symbole de la convoitise, celui de la valeur, et une médaille accordée au vainqueur d'une lutte sans merci, partagée certes entre le bien et le mal, mais avec des moments durant lesquels la frontière entre les deux est bien mal définie... James Stewart, entamant une collaboration exceptionnelle avec Anthony Mann, est Lin McAdam, un homme mu par la vengeance, et qui va trouver la carabine sur son chemin, mais aussi des compagnons d'infortune et des rivaux dans sa quête d'une justice amère...

 

Lin McAdam arrive à Dodge City, la ville dont Wyatt Earp est le Marshall, sur sa route pour retrouver un homme, dont on comprend qu'il va le tuer, par vengeance. Les motifs nous en seront donnés, au fur et à mesure du film: Matthew, son frère, a tué leur père, qui leur avait à tous les deux enseigné les maniement des armes; mais tandis que Lin restait dans la légalité, Matthew s'est dirigé vers le crime; au moment de leur arrivée, Lin et son compagnon de route "High Spade" Frankie Wilson apprennent qu'un concours de tir est organisé, dont le trophée est une carabine convoitée de tous: une Winchester parfaite. Parmi les participants, Lin repère très vite Dutch Henry Brown, qui n'est autre que Matthew, et le concours devient vite la première partie d'un duel entre eux. Lin gagne, mais "Dutch" lui vole la carabine, qui va désormais passer de mains en mains dans une ronde au gré des rencontres: gagnée au poker par un trafiquant d'armes, prise par un chef Indien, reprise par un homme, un lâche fiancé à une chanteuse (Shelley Winters) rencontrée à Dodge par Lin, puis confisquée par "Waco" Johnny Dean, un psychopathe à la Billy the Kid, enfin redonnée à Dutch peu avant sa dernière rencontre avec Lin...

 

Wyatt Earp, un nom célèbre, est ici interprété par Mann de façon réaliste. Il bénéficie pourtant d'un de ces plans superbes dans lesquels le metteur en scène magnifie des hommes déterminés, glorifiés par leur stature: sur la gauche d'un plan, le buste de trois quarts face, avec derrière eux un arrière-plan mythique. Ici, ce sont les citoyens de sa ville qui servent de décor au shérif, mais souvent (par exemple l'indien pris dans la spirale de la vengeance, interprété par Robert Taylor dans The devil's doorway), Mann privilégie les montagnes. De fait, le relief grandiose, majestueux mais aride, replace les personnages dans des passions extrêmes. Le films, comme tant de films de Mann, va montrer des personnages poussés malgré eux dans leurs derniers retranchements...

 

La façon dont la Winchester est mise en avant, dès le premier plan du film, nous met bien sur en appétit; c'est un rappel que la vie sur la "Frontière", tient finalement à peu de choses, comme viennent de le prouver le colonel Custer et Sitting Bull dans la bataille de Little Big Horn. La référence constante à cet évènement sert moins à établir le conflit sanglant entre les colons et les natifs, qui est finalement anecdotique, qu'à installer l'idée que le fusil qui se recharge instantanément est un progrès vital, crucial, dont les tribus pour une fois alliées lors de la fameuse bataille ont bénéficié. Donc, tout le monde veut cette carabine, et tous sont prêts à tout: la jouer au poker, la voler, essayer de la mériter (Le personnage du lâche, Joe, est d'autant plus complexé de se retrouver avec cet objet, qu'il ne saura pas le garder, ni garder du reste sa fiancée, qui semble voir la mort de son petit ami avec un fatalisme refroidissant...).

 

Seul Lin McAdam la gagne de façon loyale, et la plaque qui orne la crosse a bien failli porter son nom. mais c'est un objet inachevé qui se promène de main en main, le nom n'ayant pas eu le temps d'y être apposé. L'ironie, c'est qu'on en fait d'ailleurs la remarque: après l'affrontement d'une groupe de militaires avec un parti Indien, dont les cavaliers Américains sortent vainqueurs, un sergent ramasse la carabine aux cotés du jeune chef (Rock Hudson) mort, et souhaite la donner à Lin, qui estime-t-il, l'a méritée: une façon de souligner d'une part que dans cet univers, même sans savoir, on attribue automatiquement ce trophée à l'homme qui a le plus de valeur, mais ironiquement, c'est ensuite à un lâche rongé par le doute, et qui est tenté par une vie de bandit qu'on va la confier. Sa lâcheté, dans le film, n'est pas condamnée, elle est soulignée, mais il reçoit malgré tout des encouragements pour sa participation à une bataille. Le problème dans l'ouest, c'est qu'une réputation ne s'embarrasse pas de nuances... On retrouve enfin dans l'affrontement final cette ambiguité, lorsque Lin revient vainqueur, désormais de nouveau propriétaire de "sa" Winchester; pour l'obtenir enfin, il lui a fallu accomplir sa vengeance... C'est à dire choisir son camp, c'est à dire tuer son frère. acquisse dans la douleur, la carabine du progrès est une médaille bien lourde à porter.

 

 

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Published by François Massarelli - dans Western Anthony Mann
17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 17:25

Tourné après My darling Clementine, puis The Fugitive, et enfin The three Godfathers, soit une période durant laquelle certains accusent Ford (Lindsay Anderson en tête) de se laisser aller à la facilité, Fort Apache inaugure une trilogie de films sur la cavalerie qui seront tournés en trois ans: deux pour la RKO, celui-ci et She wore a yellow ribbon, et un pour la Republic (Rio Grande) en préparation d'un film plus important au coeur de Ford: The quiet man. Outre John Wayne et certains acteurs qui se retrouvent d'un film à l'autre (Comme d'habitude, dans des combinaisons diverses: Victor McLaglen, Ward Bond, l'insubmersible Jack Pennick et la discrète Mae Marsh), les trois films sont tous inspirés de l'oeuvre de James Warner Bellah sur la cavalerie, et se passent à l'époque des guerres Indiennes. Enfin, Wayne y incarne à chaque fois plus ou moins le même homme, à des ages variés, et avec des variations subtiles d'un film à l'autre: ici, il est Kirby York, dans le suivant il sera Nathan Brittles, enfin dans Rio Grande, il répond au nom de Kirby Yorke...

Quelques années après la Guerre Civile Américaine (Egalement connue sous le nom de Guerre de sécession), Thursday (Henry Fonda) un ambitieux ex-général, désormais réengagé sous le grade de colonel, se rend à son poste d'affectation, un fort perdu sur la frontière, en plein territoire Apache. Une fois arrivé, il essaie de mettre bon ordre à une organisation qui n'est pas de son gout, la communauté du fort vivant sous la responsabilité du capitaine Collingwood (George O'Brien) dans un relatif confort humain par trop affectif selon lui. Il s'oppose systématiquement à Kirby York (John Wayne), un subalterne avec une grande connaissance des Apaches, et va déclencher par son aveuglement des hostilités d'une façon irrémédiable, précipitant le bataillon dans le chaos. Par ailleurs, il va aussi combattre un jeune lieutenant s'origine Irlandaise et modeste (John Agar) qui courtise sa fille (Shirley temple)...

Si le meilleur des trois films, bénéficiant d'un scénario plus rigoureux, et de la couleur, sera She wore a yellow ribbon, on est avec ce Fort Apache devant un objet fascinant, un film de Ford sombre et lyrique, qui explore conjointement deux thèmes: d'une part, comme il le fera de façon plus accentuée encore dans les deux suivants, il montre la vie dans la communauté d'un fort, le quotidien militaire, avec humour, parfois peut-être trop d'indulgence aussi: de nombreuses anecdotes renvoient à la saoulographie des sergents Irlandais et consorts, emmenés par Victor McLaglen et Jack Pennick... d'autres intermèdes, notamment musicaux, rappellent que pour cette production Argosy, Ford était son propre maitre, et menait son film comme il le souhaitait: il ya donc une chanson sentimentale Irlandaise, et des passages de folklore dont on aurait peut-être pu se passer. 

Mais à coté de tout ce fatras sympathique, Ford réemploie la légende de George Armstrong Custer, héros de la guerre de Sécession, pour le Nord, et saisi par le virus politique après la guerre, mais qui a essuyé revers sur revers, au point de finir sa vie dans l'armée ou il souhaitait se refaire une réputation par un coup d'éclat. Il entendait en vérité mener une bataille décisive contre les Indiens (Dans son cas, une rare alliance de Sioux, et de Cheyennes), quelque fut leur nombre, en misant sur sa supériorité naturelle puisqu'il était blanc. Que Custer ait donc été massacré dans ce qui reste la seule vraie victoire militaire des Américains natifs, c'était inévitable, j'ai même tendance à penser que c'était totalement mérité. Mais c'est aussi de ce genre de stupidité assumée que sont faits les héros chez les mirlitaires... Thursday, insupportable baderne joué avec un plaisir évident par un Fonda qui rêvait d'échapper à son image de jeunôt un peu naïf, est donc un démarquage ambigu de Custer, dont Ford se garde bien de faire un monstre. Tout au plus le rend-il volontiers antipathique, hautain, pétri de préjugés de la bonne société de Nouvelle-Angleterre face à ces Irlandais qui croient pouvoir s'élever socialement, ignare en civilisations Indiennes, et aveugle à la tragédie dont il va se rendre coupable.

Comme il le fera dans The man who shot Liberty valance, Ford n'hésite pas à nous montrer que la légende prend systématiqueemnt le pas sur la réalité; si la folie du colonel Thursday a poussé les hommes qui lui ont survécu à changer leur vision de l'armée, c'est après tout un peu grâce à lui... "Print the legend": à la fin du film, des peintures glorieuses ont rendu Thursday célèbre jusqu'à Washington. Pour sa part, il a assuré sa descendance en évitant de sacrifier à ses côtés le jeune coq dont pourtant il ne voulait pas pour sa fille.... A coté, Ford retrouve avec plaisir Monument Valley pour la troisième fois, après Stagecoach (Dont il copie sans vergogne la fameuse attaque de la diligence), et My darling Clementine. Forcément, le film n'est est décidément que plus regardable encore...

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Published by François Massarelli - dans John Ford Western
19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 17:35

Dans ce film tourné en Arizona, Peckinpah fait ses premières armes de réalisateur de long métrage. C'est un tout petit budget, le film est passé inaperçu et est quasi inconnu, et pourtant on voit déja un grand réalisateur à l'oeuvre, qui aura beau ensuite pester sur ce scénario qu'on lui avait imposé, il contient des idées qui reviendront...

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/4/49/The_Deadly_Compions.JPGUn mystérieux étranger qui répond au surnom de "Yellowleg" (Il porte un pantalon de l'armée, avec sa bande jaune sur le côté) sauve un malfrat d'un lynchage, et part avec lui, et le compagnon de ce dernier. Ils font escale dans une petite ville, ou on apprend que l'homme que "Yellowleg" a sauvé de la pendaison est un ancien soldat sudiste que le héros, ancien nordiste, recherche pour se venger de l'avoir à demi scalpé durant la guerre... Mais les évènements se précipitent, et alors qu'ils sont en ville, Yellowleg en manipulant son arme pour empêcher un cambriolage, tue accidentellement le jeune garçon d'une fille de saloon. Flanqué de ses deux compagnons d'infortune, il décide d'escorter la jeune femme en colère qui veut enterrer son fils au loin, à coté de son mari... La traversée incomfortable commence...

 

Les acteurs, à l'esception de Maureen O'Hara (Kit Tolden, la prostituée) ou de Chill Wills ("Turkey", le vieux malfrat  sudiste) sont plutôt inconnus, et le héros est interprété par Brian Keith, qui s'était lui fait un nom, mais à la télévision. Le film est authentique de bout en bout, tourné quasi uniquement en extérieurs, et qui semble déja se concentrer non sur l'avancée de l'intrigue (qui avance toute seule, presque indépendamment du film) mais plutôt sur les digressions, les bivouacs, les pauses. On retrouvera ça dans la plupart des westerns de Peckinpah, et c'est déja ce qui fait le sel de ce film, avec ses alliances complètement inattendues, entre l'homme qui cherche à se venger et sa victime potentielle, et entre la mère d'un garçon mort et celui qui l'a tué... Le film sent le Sud-Ouest cher à Peckinpah, et c'est déja son univers... On jurerait d'ailleurs que certains décors, comme la ville-fantôme à la fin, seront réutilisés dans Major Dundee.

 

La dette de Peckinpah à Ford, représenté à fortiori par la présence de Maureen O'Hara, et prolongée par son style alors assez économique, se retrouve aussi dans le lyrisme qu'il sait trouver dans l'évocation des haltes et bivouacs, ou il nous montre chacun affairé à ses occupations à son rythme. il ya aussi une solide empreinte du passé, en chacun de ces personnages, et la présence de rites qui la encore atteste d'une influence fordienne; mais là ou les rites (Funéraires, religieux ou autres) sont pris par Ford au pied de la lettre, et traités avec un certain respect, chez Peckinpah, il se doublent d'un mauvais esprit gouailleur de mauvais élève; ici, c'est un saloon, qui se change une fois par semaine en église pour l'office, qui est la cible de l'ironie...

 

Avec sa vengeance qui peine à s'assouvir, sa lenteur et sa musique qui va à l'encontre de l'action, ce film très attachant est déja un western furieusment anti-confrmiste, un moyen idéal de venir à la rencontre de cet incorrigible fripouille qu'était Sam Peckinpah, avant qu'il ne devienne le champion du ralenti sur des jets de sang en gros plan...

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Published by François Massarelli - dans Western
18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 18:22

L'influence considérable de Murnau sur Ford ne doit pas nous faire oublier qu'avant la venue du magicien Allemand à la Fox, le futur metteur en scène sous influence de Four Sons ou Hangman's house a déja un sacré pedigree. Et surtout, il a participé d'une certaine façon à la résolution de la quadrature du cercle: réalisateur de westerns à la Universal, un genre considéré comme mineur dont il a pourtant dès 1917 été capable de révéler comme d'autres (William Hart, Thomas Ince) les beautés cachées, Ford est chargé en 1924 de filmer une oeuvre de prestige, The Iron Horse,  qui va donner à ce genre mal considéré d'authentiques lettres de noblesse. Three bad men est la suite logique, un film dans lequel Ford conjugue avec talent la lecture épique et spectaculaire et sa vision de l'humain. C'est aussi un film qui reprend l'une de ses obsessions, déja explorées à la Universal avec Marked men, et qui reviendra avec Three godfathers: comment des mauvais garçons se rachètent en épaulant des êtres en péril, bébés ou jeunes gens, peu importe.

 

1877: Le Dakota, récemment racheté par les Etats-Unis aux Sioux, recelerait en plus de ses terres fertiles des montagnes d'or. Le gouvernement organise un Land rush, une course organisée pour permettre à des colons de venir s'installer en choisissant leur terre. Participent les Carlton, un père et sa fille, mais aussi Dan O'Malley, un  jeune cowboy; on trouve aussi un sheriff marron et sa bande de malfrats qui gèrent la prostitution sur la frontière et ont des vues sur les gisements d'or. Enfin, trois bandits qui tentent d'échapper à la police se retrouvent également mélés à la course: "Spade" Allen, un tricheur professionnel, également voleur de chevaux à ses heures; Mike Costigan, un vieux soiffard, éternel complice du précédent, et "Bull" Stanley, un dur. Celui-ci est venu pour rechercher sa soeur qui a fui avec le shériff layne Hunter. Lorsqu'une attaque des hommes de Hunter prive la jeune Lee carlton de son père, les trois fripouilles la prennent sous leur aile, et lui trouvent bien vite un fiancé en la personne de Dan...

 

Le film est une fête constante, au rythme soutenu, dans laquelle Ford a su avec un immense talent entremêler les intrigues et les rebondissements. Il utilise aussi à merveille le contrepoint, afin de donner du sens à l'ensemble, comme Griffith mélangeant petite et grande histoire. Ce film qui a été souhaité par la Fox afin de rebondir sur l'énorme succès de The iron horse a été tourné dans d'authentiques plaines et montagnes, et les circonstances qu'il décrit sont rendues par un réalisme total. Ford a toujours eu un faible pour les histoires de groupes humains déracinés qui tentent de survivre d'une part, et de construire quelque chose d'autre part, comme en témoignent des films aussi divers que The lost patrol, Drums along the mohawk, Grapes of wrath, Wagon master et Cheyenne Autumn. Three bad men montre déja ce thème, avec un souffle épique, mais Ford n'est pas dupe: il est Irlandais. Un intertitre nous prévient: la "land rush" va démarrer, et au lieu de voir les chariots et les chevaux prèts à partir, il nous montre le groupe des Carlton et des trois bandits qui enterre la soeur de Bull... Pour construire quelque chose, il y a des sacrifices à faire, nous dit Ford. Le film montre, comme avec les ouvriers du chemin de fer dans The iron horse, une foule de gens provenant de tous les horizons, mais il met aussi l'accent sur les Irlandais. C'est que de même qu'avec The shamrock handicap la même année, puis avec The hangman's house deux ans après, le réalisateur a déja succombé à cette autre thématique. Donc, Dan, Bull, Allen, et Costigan seront tous Irlandais, comme unis vers le même objectif de par leur origine.

 

Ford lie d'ailleurs cet "Irlandisme" de ses personnages à une autre de ses petites manies: les gags liés à la forte consommation d'alcool qui donnent lieu à un slapstick grossier et vaguement paillard; c'est le principal travail de Frank Campeau et J. Farrell MC Donald (Spade et Costigan) avant qu'ils ne serévèlent des héros; mais il a su aussi mettre les bouchées double, et sa "land rush" est à ce titre un incoyable moment, parfaitement amené et mis en scène avec la grandeur qui sied au sujet. Combien de participants ont été mobilisés, on n'en sait rien, mais cette reconstitution de la ruée sur le Dakota n'a rien à envier à celle de la ruée sur l'Oklahoma par Ron Howard dans Far and away en 1992... On y trouve le même souffle, et un talent supplémentaire pour la petite histoire. Ford récupère aussi les caméras enterrées qu'il avait utilisées pour filmer l'avancée du train dans son film de 1924. Enfin, il utilise de façon étonnante le montage aletrné dans le but de ne pas produire de suspense, ce qui est assez étonnant. Mais pour bien comprendre ce qui se passe dans ces dernières scènes, il convient de revenir au début: Si Dan O'Malley(George O'Brien) apparait assez tôt, c'est que c'est le jeune premier mis en avant par la Fox, qui va former avec Lee Carlton (Olive Borden) un couple glamour. Mais les trois bandits au grand coeur qui donnent son titre au film sont vus pour la première fois ensemble, après un montage Anglo-Espagnol d'affiches qui les montrent recherchés des deux cotés du Rio Grande. Ils descendent ensembles de cheval, avec le même geste, et observent les chariots arriver du même oeil. Après les avoir ainsi établis comme inséparables et unis, le final les réunit sous un même sacrifice: chacun d'entre eux a pour rôle de couvrir la fuite de Lee et Dan, au péril de sa vie. Et chacun d'eux meurt, l'un après l'autre. Les plans de Dan et de Lee qui fuit ne génèrent de fait aucun suspense, il sont juste une façon de rappeler le contexte. L'important, ici, c'est le sacrifice magnifique; Dan et Lee ne s'y trompent pas, puisqu'ils nommeront leur premier enfant des trois noms des malfrats magnifiques... Mais si lors du sacrifice Lee a laissé faire, c'est Dan qui a eu du mal à accepter. On le comprend, il est nommément le héros du film... Nommément, parce que Tom Santschi, qui anticipe tant par le jeu que par son allure sur les plus beaux rôles de John Wayne pour Ford, est clairement le plus important des personnages du film...

Le rapport entre Bull (Tom santschi) et Lee est l'un des points forts de la caractérisation; lui cherche sa soeur, et la perd; elle perd son père; ils sont tous deux demandeurs d'une affection saine et filiale, et se trouvent en queque sorte, lorsque les trois hommes qui s'apprêtent à voler les chevaux Carlton sont pris de vitesse par les homme de Layne Hunter; de fait, il s'improvisent justiciers le temps de mettre les autres bandits en fuite, mais leur intention est de faire main basse sur les chevaux quand même; la vision de Lee, éperdue, va être la première pierre de la rédemption de Bull, et par là même, de ses deux copains... Ford, depuis Straight shooting jusqu'à la fin de sa carrière, a toujours montré qu'on doit juger les êtres à leur juste valeur, et pas selon leur qualification; il sauve ses trois "sublimes canailles", comme le dit le titre Français, mais il montre la mort de Hunter comme celle d'un coyote qu'on abat. Il a contribué comme Hart, comme James Cruze, à la création d'un western noble, fondateur; il lui donne avec ce film de nouvelles lettres de noblesse, qui anticipent sur ses plus grands westerns à venir: 13 ans avant Stagecoach, Three bad men sent autant la poussière et le crottin de cheval que ses futurs chefs d'oeuvre, et c'est d'ailleurs déja un de ses plus grands films.

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Published by François Massarelli - dans John Ford Muet Western 1926
6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 16:03

Voila un film devenu classique dont on n'a pas idée à quel point il est au coeur d'une polémique liée à de simples notions purement théoriques. Pourtant, le style de ce film, son montage, et aussi bien l'interprétation que la mise en scène entièrement basée sur la tension d'une journée particulière, sont finalement admirables.

Que lui reproche-t-on? La parole est à l'accusation: John Wayne et Howard Hawks, mais Wayne en particulier, ont été souvent cités par les historiens, reprochant à ce film son approche d'une communauté westernienne dans laquelle le marshall se trouve à aller vers les uns et les autres pour demander de l'aide; leur idée, c'était justement de faire valoir qu'un shériff, c'est précisément un homme payé par le denier public dans le but d'assurer la loi et l'ordre, il est donc absurde à leurs yeux de représenter un shériff (Surtout Gary Cooper) se trainer aux pieds de  ses concitoyens pour aller quémander leur aide. Leur réponse à tous deux, ce sera Rio Bravo, un film dans lequel Hawks comme Wayne insisteront sur l'idée d'une police professionnelle, et tous les gens qui demanderont à John T. Chance (John Wayne), le shériff de ce film de 1959, s'il veut leur aide, se verront envoyer sur les roses... Que Wayne, Hawks et d'autres, fièrement ancrés à droite, aient pu exprimer des doutes sur ce western produit par Stanley Kramer, et réalisé par Fred Zinnemann, c'est peu étonnant, ces derniers étant quant à eux marqués à gauche. On prète à High noon une allégorie anti-McCarthy, ce qu'il ne se contente pas d'être. Autant de prétextes pour que le film paraisse suspect... Pourtant, on peut le lire de différentes façons, et l'intrigue sied parfaitement à un western. Le montage très particulier a du influencer Sergio Leone, et la fin est on ne peut plus claire: dans la marche du temps, force est restée à la loi... malgré l'abandon de leur shériff par tous les citoyens.

Hadleyville, New Mexico. Le jour de son mariage avec une jolie Quaker (Grace Kelly, 1929-1955), le marshall Will Kane (Gary Cooper) apprend que le bandit qu'il a envoyé au bagne 5 ans auparavant est sorti de prison, et revient pour se venger. Il sera à la gare à midi pile... Il lui faut donc rester en ville (Alors qu'il partait pour de bon) afin de se défendre et par le même coup de défendre une dernière fois la ville contre un tueur et ses copains, particulièrement dangereux. Mais Amy Kane, la jeune épouse qui désapprouve la violence sous toutes ses formes, les citoyens de la ville qui pensent que Kane attire sur eux le danger en restant, les adjoints qui ont tous une bonne raison, tous refusent d'aider le shériff...

Un homme payé pour faire son boulot, le shériff? Oui, bien sur, mais il est souvent dit dans ce film à quel point Hadleyville a été un endroit dangereux. De fait, Kane et ses adjoints ont transformé la localité en un endroit vivable, dans lequel on ne craint plus de laisser vivre ses enfants. Symboliquement, le retour de Frank Miller, le bandit, est le retour du crime et de la violence qu'on avait crus éradiqués. Ensuite, cette entraide qui est demandée par le shériff est requise à ses deputies, ses adjoints d'abord, mais tous se défilent. Enfin, la vie sur la frontière est ce qu'elle est: le deuxième amendement à la constitution Américaine, pourtant érigé en 11e commandement divin par l'extrême droite Américaine, est très clair: en cas de problème, prenez la loi en mains, et si possible, formez une milice... C'est peu ou prou ce que propose Kane dans ce film. Il le fait avec insitance parce qu'il sait qu'il n'est pas suffisamment armé seul; d'autant qu'il reste la cible principale des quatre bandits; de plus, l'une des surprises du shériff, c'est d'entendre l'un de ses meilleurs amis, interprété par le grand Thomas Mitchell, lui dire de partir, tout simplement, afin de déplacer le problème... Mis au ban de la société il reste presque seul, juste aidé par Amy qui a fini par admettre qu'il était important de rester pour l'homme qu'elle aime.

Ce que dénonce le film, c'est aussi la mémoire courte. Hadleyville, au début du film, est une ville calme, propre, d'ailleurs le mariage qui a lieu au début fait que Cooper passe tout le film en costume de ville; la gare est flambant neuve, la ville est prospère; le chemin qui y mène est bordé de belles barrières... Bref, la civilisation a fait son travail, on n'est plus tout à fait la "frontière"... Mais celui auquel on doit ces changements est prié de partir afin d'attirer la violence après lui, mais ailleurs... Le confort dont sont jaloux les américains, nous dit le film en substance, ils ne l'ont pas acquis seuls, et l'histoire nous enseigne que ce type de comportement, depuis le traitement des vétérans de la première guerre mondiale jusqu'à la mise au placard des vétérans du Vietnam, est bien typique de la nation Américaine. A l'époque de la conception du film, la soudaine fureur anti-rouge qui saisit les Etats-unis ne pouvait manquer de résonner vis-à-vis de High Noon. Mais le considérer comme un brûlot communsite semble tout autant douteux, d'autant que le film se fait l'écho d'une unité nationale lorsque le Nord est fustigé dans le film pour avoir fait libérer Frank Miller... la rivalité entre états mine le bon fonctionnement de la justice.

Enfin, le grand aspect du film, c'est son urgence, le fait que dès le début, on plonge au coeur du drame, dont Zinnemann nous fait saisir les contours en proposant un découpage très serré, fait d'un montage qui alterne les moments pleins (les conciliabules et débats les plus divers) et les moments vides (L'attente du train par les bandits), puis en serrant au plus près des visages dans les moments de suspense. Ces 85 minutes de la vie d'un homme (A peu près) sont une période grande tension, donc, et évidemment la bataille finale est l'objet de la progression du film; bref... c'est un western!!!!!

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Published by François Massarelli - dans Western
27 juin 2011 1 27 /06 /juin /2011 16:37

On a envie d'ajouter le nom de Lancaster aux cotés de celui de Huston, sur le titre en haut... C'est vrai que la présence de l'acteur-producteur, toujours engagé dans ses films à 200 %, et le coté jusqu'auboutiste de l'intrigue, nous pousseraient dans ce sens. le film est l'évocation d'une communauté fragile, sur la frontière, qui a maintenu un équilibre précaire en tenant les Kiowas à l'écart, et ben zachary (Burt Lancaster) est le meilleur exemple de la réussite; une fois son père massacré par les Indiens, il a repris l'exploitation, le bétail, et les rênes de la communauté; il est le frère de deux jeunes hommes qui sont convoités par les filles de la région. c'est le moment qu'a choisi http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/7/72/Unforgiven60.jpgun homme étrange pour venir et perturber l'équilibre local: il vient en préteendant que la soeur adoptive de Ben, Rachel l'enfant trouvée (Audrey Hepburn), est d'origine Indienne. la communauté va se trouver devant les rourments du doute, de l'exclusion, et du racisme le plus brutal...

 

Le film est assez long, et aurait parait-il pu être plus long, le tournage ayant été marqué par les conflits, notamment entre la production et huston. celui-ci voulait faire un film sur le racisme, ce qui faisait peur à la production. de son côté, lancaster voulait un mélange d'action et de polémique, et on a finalement un film qui passe une partie des massages voulus par huston. les personnages sont très marqués par leur façon de se placer vis-à-vis des Indiens, la plupart des gens de la communauté étant totalement racistes; les Indiens eux-mêmes agissent de la même façon, venant sitôt qu'ils ont eu vent de le rumeur pour réclamer celle qui appartient pensent-ils "à leur race". De son coté, Ben agit différemment: il frappe un homme d'origine Indienne parce qu'il a touché les cheveux de sa soeur, mais pas parce qu'il est Kiowa; il précise que ça aurait été la même chose pour n'importe qui aurait touché sa soeur... Lorsque Rachel hésite à tirer sur son "frère", Ben la rassure: vous n'êtes pas frère et soeur, vous n'avez pas la même culture, dit-il en substance... le film divise les gens en trois, les racistes, Ben et Madame Zachary, jouée par l'immense Lillian Gish: elle a eu, il y a longtemps, la possibilité d'adopter une petite Indienne, et l'a fait sans hésiter.

 

Lancaster oblige, le film est un western haut en couleur, dont la tension monte au milieu de séquences aux ruptures d ton assez surprenantes, et une résolution riche en action et en suspense. Pour le reste, le film situé sur la frontière oppose clairement Indiens et Blancs, jugés incapables de vivre ensemble. c'est assez simpliste, et on comprend la frustration de Huston à une époque ou se multipliaient des films polémiques novateurs, et le western n'allait pas tarder à emboiter le pas...

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Published by François Massarelli - dans Western
19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 18:36

Cendrillon est au coeur de l'oeuvre de Borzage. en 1976, dans un numéro spécial de Positif, jacques Segond explorait cet aspect de la flmographie du metteur en scène, relevant dans ce qui était à l'époque le corpus des films connus (Essentiellement la période 1927-1941, de Seventh Heaven à The mortal storm) les traces du conte de fées sur les films. Essentiellement, Borzage tend à raconter des histoires dans lesquelles on change un être, de fond en comble, aussi bien visuellement (Habillement) que dans son for intérieur. mais on l'a vu avec Nugget Jim's partner, le metteur en scène aime à ajouter une conséquence de ce premier changement, qui est que l'être changé va à son tour agir positivement sur son environnement. Cette variante est justement la base de ce beau film...

 

Dans un prologue, on apprend qu'un homme, Kirby, a été obligé d'en tuer un autrepour légitime défense, alors qu'il devait se rendre chez lui pour assister sa femme dans son accouchement, et que les hommes auxquels il s'adressait ont non seulement refusé de lui donner un cheval, mais l'ont également menacé. une fois chez lui, et alors que son épouse est morte, rattrappé par la police montée, il était prèt à collaborer, mais un quiproquo a fait que le "mountie" a cru qu'il avait pris la fuite. c'est désormais un homme traqué, entre le sud du Canada et le nord des Etats-Unis. Puis l'histoire continue avec l'arrivée dans un petit ranch du Montana, ou travaille une jeune fille, Margy (Pauline Starke). Celle-ci ne demande qu'à s'enfuir, mais au moment ou elle essaie de fuir la maison des gens qui l'exploitent, elle tombe nez à nez avec Kirby. Tout les deux s'échappent ensemble, et finalement se séparent, Kirby conseillant à la jeune femme de trouver refuge chez les Mounties, et la jeune fille mentant pour permettre à Kirby de partir. Margy, recueillie par la police montée, devient bien vite la mascotte du fort, et plait de plus en plus au policier qui, obsédé par la traque de Kirby, n'a pas dit son dernier mot...

 

Avec ce film, l'un de ses premiers longs métrages (5 bobines), Borzage fait déjà des merveilles en explorant avec passion des thèmes qui ne le quitteront plus. Il fait siennes les règles du mélodrame, qu'il ne transcende pas trop encore, et joue avec brio avec des fils narratifs qui n'en demandaient pas tant en 1917:  le film commence carrément par une digression, qui plus est celle-ci n'a rien de didactique. En faisant reposer le film sur ce prologue dédié à la saga de Kirby, qui disparait d'une grande portion du film ensuite, Borzage prend des risques, mais le résultat est passionnant. On est toujours dans ce western âpre, réaliste, et cruel des films de 1915-1916 mais le film saura faire prévaloir les sentiments.

 

Cendrillon, c'est donc Pauline Starke, qui est exploitée par des gens peu scrupuleux, et qui décide de s'enfuir. Le vêtement joue un grand rôle dans cette histoire, puisque pour s'enfuir, Margy doit se déguiser en garçon, puis le "mountie" lui conseille de s'habiller en fille, dans la mesure ou il ne peut pas la ramener comme cela, et enfin elle achève sa transformation par les vêtements en deux temps, en devenant au fort une jeune fille "comme il faut", puis quatre ans plus tard une femme. Le vêtement et son corollaire, le déshabillage, qu'on retrouvera souvent associé à la promiscuité amoureuse ou sexuelle (A man's castle, ou la résistance de Chico dans Seventh Heaven, voire l'embarras de l'homme dans Lucky star, face à celle qu'il croyait n'être qu'une enfant, et qui est en réalité une femme), jouent aussi un rôle lorsque la jeune fille en salopette s'éloigne du mountie, qui détourne les yeux, et profite du moment pour aller dire à Kirby de prendre le large.

La transformation de Pauline Starke passe également par la maturité de son personnage. il est à porter au crédit du metteur en scène comme de l'actrice d'avoir évité une caractérisation par trop dynamique, à la Mae marsh, telle que Griffith imaginait une adolescente... Mais bien sur, Margy va changer tout et tous. Elle sauve Kirby, donne un idéal à son Mountie préféré, et apporte la joie de vivre dans le fort...

 

Contrairement à Humoresque, Strange Cargo ou Seventh heaven, pas de miracle encore dans ce film, sinon dans le singulier hasard des rencontres, ressort éminemment mélodramatique. Mais par contre, Borzage insiste beaucoup sur le code d'honneur, celui des gens de la police montée, qui attrappent toujours leur homme, ce qui est après tout leur travail: un homme comme Borzage est sensible à cette valeur. Mais c'est aussi le code d'honneur de Kirby, qui n'a tué que contraint et forcé, mais qui va se rendre, afin de laisser la justice se faire. et le code d'honneur est enfin lié à Margy, qui doit à Kirby d'avoir vraiment pu s'enfuir. Elle fait tout pour ne pas trahir le secret de son ami: celui-ci se rend chez son fils tous les ans pour son anniversaire, se mattant ainsi en danger d'être cueilli par la police. Lors de la confrontation entre Kirby et celui qui le pourchasse, Margy se doit d'être là, comme elle était présente lors de leur dernière confrontation, au moment ou Margy a été recueillie par la police montée. pas de miracles, mais des liens entre les êtres, jamais anodins. Et un lien plus visible que les autres, c'est cette tache de sang qui orne le visage de Margy après qu'elle ait pris Kirby blessé dans ses bras, alors qu'ils se disaient adieu: la trace d'un lien, entre deux personnes, des marginaux, qui sont en fuite.

 

Le rendez-vous de Kirby avec son fils est une autre touche qui aura des suites dans les films de Borzage, avec ce rendez-vous onirique dans Seventh Heaven, l'heure à laquelle Chico et Diane se retrouvent intérieurement... Bien sur, chez le Borzage de 1917, le lien entre les êtres d'une même famille ou d'un même couple, est déjà sacré, et la parole donnée, une loi absolue...

 

Utilsant magnifiquement des décors désolés dans lesquels on reconnait plus facilement la Californie que le Canada, Borzage montre avec passion une histoire une fois de plus considéré a priori comme un western de plus, mais qui décidément annonce plus d'un feu d'artifice. Un film qu'on aimerait voir dans une copie digne de ce nom.

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage 1917 Muet Western Thomas Ince
18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 18:39

Après la noirceur austère du précédent film vu, le beau mais triste The pilgrim, quel bonheur de pouvoir se plonger dans un film plus solaire, et qui enfonce malgré tout le clou: Borzage s'intéresse aux sentiments, à leurs rapports avec l'âme, et s'acharne dès ces premiers films à raconter des histoires en ce sens. On dira beaucoup, en particulier dans les années 20 ou 30, que Borzage s'est souvent laissé séduire par l'approche du conte de fée, Cendrillon en tête... Mais ici, ce serait plutôt Blanche-Neige ou Bouton d'or: je m'explique.

 

Un jeune homme (Borzage), bon à rien, et constamment en nouba avec ses riches amis, est sommé par son père excédé de débarrasser le plancher après une nuit particulièrement arrosée. Il trouve refuge dans un train en partance pour l'Ouest. En Arizona, Nugget Jim, un chercheur d'or, vit dans une précarité compliquée par le fait que sa fille doit travailler au saloon, et s'en plaint de plus en plus. Il rentre chez lui, et là... tombe sur le jeune homme, littéralement tombé du train, se servant sans vergogne et mangeant comme quatre. Comme les sept nains, Nugget se méfie, et comme les trois ours face à Boucle d'Or, il est carrément hostile. Voyant que le vagabond n'est pas disposé à partir il lui met un tamis et une bêche dans les mains, et de fait les deux hommes deviennent partenaires... Quelques temps plus tard, Jimmy, le partenaire de Nugget Jim, va prendre du bon temps en ville, et voit Nugget avec sa fille (Anna Little). Il est scandalisé que le père ait laissé sa fille dans cet environnement, et prend les choses en mains...

 

Comme avec Lucky Star dans lequel Charles Farrell prend en mains Janet gaynor afin de faire d'elle une jeune femme bien alors que son environnement la pousse dans le caniveau, Nugget Jim en prenant Jimmy sous son aile va faire de lui un homme utile, moralement fiable, et un vrai partenaire, puis un ami. Comme dans les films ultérieurs, Borzage inverse ensuite la donne, Jimmy allant plus loin et prenant à son tour les rênes. C'est l'une des surprises subtiles de ce beau petit film, dépourvu de toute action, dans lequel Borzage laisse de la place au destin (Jimmy tombe dans la mine de Nugget, par un hasard extraordinaire; mais il TOMBE vraiment: on le voit dévaler une pente caillouteuse...) et au mélodrame (la lettre du père qui rompt le charme du trio à la fin, en lui proposant de revenir, afin de le pardonner); il se repose une fois de plus sur des acteurs et des techniciens qui sont son unité de production, et met la main su script. Il joue avec conviction, et refuse les artifices de l'action pour l'action. et son film touche au sublime lorsque Jimmy trouve un chatiment formidable contre son ami, afin de lui faire payer son inconséquence vis-à-vis de sa fille... Tout est cohérent, et ce film de 25 minutes passe en un éclair.

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage Muet Western
18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 10:13

Le neuvième film de Borzage est à nouveau un western en deux bobines, comme The pitch o'chance. Et comme cet autre film, celui-ci réussit à mettre en oeuvre une densité émotionnelle, la mise en perspective de personnages et de caractérisation, alors que le but affiché de ces westerns étaient de remplir la feuille de route du genre: de l'action, des chevauchées, des coups de feu...

 

Borzage y joue un "pélerin", au sens donné par John Wayne à ce mot dans The man who shot Liberty Valance: un homme de passage. c'est un ours, un homme taciturne, peu souriant, libre d'attaches, au vocabulaire limité (On le voie trois fois acquiescer d'un "Yep!" presque comique), qui même embauché dans un ranch par un propriétaire assez débonnaire, va quand même coucher dehors, la tête sur sa mule. Il arrive au ranch à peu près en même temps qu'une jeune femme de la ville, la fille du propriétaire (Anna Little). Celle-ci et Le pélerin vont se croiser, se côtoyer, et vite développer un mélange d'amitié et de fascination mutuelle. Il va changer, et tenter sa chance auprès d'elle, mais ele est déja fiancée, et on sent le regret qu'elle fait peser dans cette révélation.

 

Si Borzage joue à merveille le personnage de cet homme sauvage et violent, qui montre peu à peu toute son humanité, il a aussi réservé une grande place à Anna Little, à laquelle il offre des gros plans "en situation", contrairement à ceux d'un Grifith, tout en charge symbolique. Ici, ces images sont partie intégrante de la narration et de la caractérisation. Une fois de plus, un petit film par la taille, mais déja un grand pas en avant dans l'oeuvre de Borzage.

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage Muet Western
18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 09:50

The pitch o' chance est le premier film de Borzage, et compte tenu du fait que la plupart de ses films d'avant 1920 ont disparu, c'est une sacrée chance de pouvoir en disposer aujourd'hui, et dans une copie complète de surcroît. Ajoutons à cela le fait que le film a été distribué par Mutual, une compagnie qui s'est éteinte en 1919, suite au départ de sa plus grosse vedette, Chaplin bien sur: privés d'un toit, des archives d'une compagnie stable, c'est un miracle qu'on dispose encore de certains de ces films, qui plus est considérés à l'époque comme des produits de consommation courante. C'est que Frank Borzage acteur a fait ses classes chez Thomas Ince, le producteur qui fournissait beaucoup de westerns de qualité à une époque ou le western restait un sous-genre pas très glorieux.

 

C'est un film qui reflète une vision assez étrange du western, à la fois mythique et contemporaine: après tout, on peut imaginer que dans certains coins reculés des Etats-Unis, en 1915, ce type de vie précaire et proche de "la Frontière", cette mythique limite du monde connu, existait encore. Rocky (Borzage) est un joueur invétéré. Un jour, il joue une femme Kate, avec un truand, et remporte la mise, grâce à une autre femme qui, jalouse de Kate, a triché en la faveur du héros. Flanqué d'une femme certes sauvée des griffes du bandit, mais humiliée et avilie par la transaction, Rocky réalise bien vite sa faute et lui rend sa liberté, avant qu'une nouvelle confrontation entre les deux hommes ne lui permette de nouveau de conquérir, cette fois légitimement, le coeur de la jeune femme.

 

Le décor, fruste et souvent minable, des cabanes, saloons ou autres granges, trahit le coté temporaire, mais aussi les rudes conditions de ce monde en perpétuel mouvement. Le fait que le héros soit un joueur va évidemment dans ce sens, puisque Rocky, immature et cynique, avance en ne faisant que jouer, laissant au hasard le choix pour tout. Si le drame qui se joue est celui de la jeune femme, Borzage va s'ingénier à donner à son héros une transformation assez fascinante pour qui connait le reste de l'oeuvre du metteur en scène... C'est à la lumière d'un feu, alors qu'il se tient debout, que le jeune homme va faire le premier geste digne de son périple, en confiant à la femme qu'il a gagné au jeu ses armes, une première tentative de lui rendre sa liberté. Ensuite, incapable de se lancer dans un geste magnanime, il feint de trouver un nouveau prétexte de jeu pour lui rendre totalement son libre-arbitre: il lui propose de voir lequel d'entre eux arrivera le premier à la ville qu'ils ont quitté la veille. Une fois ce rétablissment d'humanité accordé à la jeune femme, Rocky va devenir la cible du bandit qu'il a humilié, et c'est la jeune femme qui va le sauver...

 

L'amour naissant dans les pires conditions, la cohabitation forcée, la transformation inattendue d'un être humain, tous ces thèmes apparaissent déja dans ce beau petit film, comme ils apparaitront plus tard dans Seventh Heaven, Lucky Star, A man's castle... Beaucoup de Borzage est déja dans ce premier effort en forme de petit western de rien du tout, avec ses cowboys sales et ivrognes, ses filles de saloon éprises du peu de dignité qui leur reste, et ses campagnes sans attrait. C'est une sacrée surprise, et ça ne donne qu'une seule envie: continuer à explorer l'oeuvre de ce géant du cinéma.

 

 

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage Muet Western