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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 09:50

The pitch o' chance est le premier film de Borzage, et compte tenu du fait que la plupart de ses films d'avant 1920 ont disparu, c'est une sacrée chance de pouvoir en disposer aujourd'hui, et dans une copie complète de surcroît. Ajoutons à cela le fait que le film a été distribué par Mutual, une compagnie qui s'est éteinte en 1919, suite au départ de sa plus grosse vedette, Chaplin bien sur: privés d'un toit, des archives d'une compagnie stable, c'est un miracle qu'on dispose encore de certains de ces films, qui plus est considérés à l'époque comme des produits de consommation courante. C'est que Frank Borzage acteur a fait ses classes chez Thomas Ince, le producteur qui fournissait beaucoup de westerns de qualité à une époque ou le western restait un sous-genre pas très glorieux.

 

C'est un film qui reflète une vision assez étrange du western, à la fois mythique et contemporaine: après tout, on peut imaginer que dans certains coins reculés des Etats-Unis, en 1915, ce type de vie précaire et proche de "la Frontière", cette mythique limite du monde connu, existait encore. Rocky (Borzage) est un joueur invétéré. Un jour, il joue une femme Kate, avec un truand, et remporte la mise, grâce à une autre femme qui, jalouse de Kate, a triché en la faveur du héros. Flanqué d'une femme certes sauvée des griffes du bandit, mais humiliée et avilie par la transaction, Rocky réalise bien vite sa faute et lui rend sa liberté, avant qu'une nouvelle confrontation entre les deux hommes ne lui permette de nouveau de conquérir, cette fois légitimement, le coeur de la jeune femme.

 

Le décor, fruste et souvent minable, des cabanes, saloons ou autres granges, trahit le coté temporaire, mais aussi les rudes conditions de ce monde en perpétuel mouvement. Le fait que le héros soit un joueur va évidemment dans ce sens, puisque Rocky, immature et cynique, avance en ne faisant que jouer, laissant au hasard le choix pour tout. Si le drame qui se joue est celui de la jeune femme, Borzage va s'ingénier à donner à son héros une transformation assez fascinante pour qui connait le reste de l'oeuvre du metteur en scène... C'est à la lumière d'un feu, alors qu'il se tient debout, que le jeune homme va faire le premier geste digne de son périple, en confiant à la femme qu'il a gagné au jeu ses armes, une première tentative de lui rendre sa liberté. Ensuite, incapable de se lancer dans un geste magnanime, il feint de trouver un nouveau prétexte de jeu pour lui rendre totalement son libre-arbitre: il lui propose de voir lequel d'entre eux arrivera le premier à la ville qu'ils ont quitté la veille. Une fois ce rétablissment d'humanité accordé à la jeune femme, Rocky va devenir la cible du bandit qu'il a humilié, et c'est la jeune femme qui va le sauver...

 

L'amour naissant dans les pires conditions, la cohabitation forcée, la transformation inattendue d'un être humain, tous ces thèmes apparaissent déja dans ce beau petit film, comme ils apparaitront plus tard dans Seventh Heaven, Lucky Star, A man's castle... Beaucoup de Borzage est déja dans ce premier effort en forme de petit western de rien du tout, avec ses cowboys sales et ivrognes, ses filles de saloon éprises du peu de dignité qui leur reste, et ses campagnes sans attrait. C'est une sacrée surprise, et ça ne donne qu'une seule envie: continuer à explorer l'oeuvre de ce géant du cinéma.

 

 

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage Muet Western
29 mars 2011 2 29 /03 /mars /2011 08:51

Bien sur, Tonino Valerii n'est pas le pseudonyme de Sergio Leone, et de fait on attribue souvent ce film, à tort, à l'auteur d'Il était une fois en Amérique. Il ne manque pas de raisons pour entretenir cette confusion: Leone a participé à un scénario basé sur son idée, il a été un producteur actif, présent sur le plateau et a même tourné certaines scènes, parmi lesquelles des moments importants du film. De plus, si le fait qu'il ait donné l'impulsion de tourner ce film ne fait aucun doute, le résultat final ressemble à la fois à un film de Leone par le style, mais sur un versant ouvertement auto-parodique. A aucun moment la mythologie ne sera résolue par l'apparition de conflits personnels non résolus ou de plaies béantes générées par un traumatisme, comme dans les grands films du réalisateur. 

 

Jack Beauregard (Henry Fonda), héros désireux de se retirer de la scène de l'ouest, se retrouve au milieu d'un conflit qui a couté la vie à son frère. Un jeune admirateur, qui se présente comme "personne" (Ternce Hill), le pousse à s'investir, et à faire une dernière fois la preuve de son talent en se battant seul contre une "horde sauvage" de 150 malfrats...

 

La comédie l'emporte bien sur sur ce film, qui n'est sans doute pas un classique aussi digne que les films de Leone. La thématique ressemble un peu, avec sa confrontation entre le vieil ouest et l'admirateur, ses rites de passage, et la mise en scène mythologique de certaines confrontations, mais la musique de Morricone joue ouvertement la carte de la parodie et du gag (La chevauchée des Walkyries est régulièrement citée lorsqu'on voit les bandits), et les scènes de bagarre reposent beaucoup sur le slapstick, mettant en valeur plus Terence Hill que Henry Fonda. On n'est, heureusement, pas dans Trinita, le film sait ne pas aller trop loin, mais l'ambiance est légère.

 

On ne sera pas surpris que la scène durant laquelle Beauregard se retrouve effectivement face à 150 bandits sur une vaste plaine, avec le nuage de fumée qui se déplace au loin, et un mouvement de grue significatif qui s'élève vers les cieux, en plein désert du Nouveau Mexique, ait été tournée par Leone lui-même. Celui-ci a infusé une dimension référentielle qui va au-delà de son propre travail, puisque les réfrences s'étendent à Peckinpah: The wild Bunch, mais aussi le nom du réalisateur, lu sur une tombe...

 

A noter qu'il a failli exister une bande dessinée du film, dont plusieurs planches ont été réalisées: le dessinateur Belge Joseph Gillain (Oui, LE Jijé!!) a été invité par Leone soi-même à prendre des croquis sur le plateau, comme en témoignent de nombreuses photos publiées dans le 18e volume de l'intégrale de Jijé publiée aux Editions Dupuis. Mais l'album ne sera pas finalisé faute d'un accord avec Leone qui était décidément très gourmand (Coincidence? le premier album, un Jerry Spring, de Jijé réalisé après ce rendez-vous manqué s'appellera L'or de Personne...).

En attendant, ce petit film plaisant a réussi au moins à concilier sans trop de mal le western ouvertement parodique, et une version légère du grand ouest fascinant de Sergio Leone. Celui-ci avait sans doute trop à penser, puisqu'on l'imagine déjà la tête dans son vrai film suivant, ou il avait peur de s'auto-parodier, en attendant Tonino Valerii, dépourvu de tout complexe à l'égard de la comédie, a fait du bon travail. Et les scènes de machine à baffes nous renseignent définitivement sur le fait que décidément, tout ça n'est pas bien sérieux...

Il mio nome è Nessuno (Tonino Valerii, 1973)
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Published by François Massarelli - dans Sergio Leone Western
19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 18:33

Il était, donc, une fois dans l'Ouest... Alors que la construction du chemin de fer se poursuivait en direction du pacifique, une femme, Jill, débarquait de la Nouvelle Orléans par le train, afin de se lancer dans une nouvelle vie aux côtés de McBain, l'homme avec lequel elle s'était mariée en secret, un Irlandais qui disait être riche. Manque de chance, un tueur, Frank, avait massacré la famille McBain, le mari, mais aussi ses trois enfants: une jeune femme, un jeune homme et un garçon. Au même moment, deux hommes faisaient parler d'eux: le bandit Cheyenne, et un homme qui répondait au surnom d'Harmonica, puisque il jouait en permanence de cet instrument... 

L'histoire est bien sur assez classique, entremêlant les figures Westerniennes traditionnelles, les échanges savoureux et les grandes figures à la Leone. Mais derrière ce titre qui renvoie sinon au conte, en tout cas au mythe, Leone dresse un portrait fascinant de l'Ouest en plein bouleversement, et son film, finalement, plutôt que de continuer la révolution du "Western spaghetti", louche assez franchement du coté de John Ford, en particulier de My darling Clementine, dont le décor changeant était celui d'une ville en construction... Et puis il y a Henry Fonda. Le grand coup de poker, c'était à l'époque de se demander si le public allait accepter Fonda en Bad guy: Frank, c'est bien sûr lui, accompagné de trois autres acteurs: Claudia Cardinale, Jason Robards, et Charles Bronson.

Des hommes, et une femme: les hommes, dans ce film, sont tous liés à la violence, de Frank le tueur professionnel à Cheyenne, le bandit au code d'honneur, en passant par Harmonica, le mystérieux étranger qui se présente sous les noms des victimes défuntes de Frank avant de se mesurer avec ce dernier dans un duel mythologique, mais aussi par Morton, le propriétaire de la compagnie de chemin de fer qui envoie Frank faire le sale boulot, et dont le handicap est non seulement une trace de son passé, mais aussi un reflet de son âme et un commentaire ironique sur sa toute-puissance. Tous, sauf un, mourront, aussi simplement que meurent les trois bandits de l'introduction justement célèbre. Avec le train qui passe, les quatre hommes représentent le passé peu glorieux de l'Ouest, mais comme le dit Frank à Harmonica, ils n'ont aucun avenir, il leur faut juste survivre à l'instant. Un sujet parfait pour un film de Leone, donc: comme toujours, les scènes sont autant d'instants vécus intensément, inoubliables, et fascinants.

Quant à la femme, eh bien, elle est changeante, et c'est un peu toutes les femmes; comme le dit Lionel Stander dans son rôle de boutiquier-barman, "à la Nouvelle Orléans, il y des femmes qui..." et les indices prouvant que Jill est une ancienne prostituée ne manquent pas. Mais il le dit aussi, "Vous n'êtes pas comme ça": en effet, dès le départ, Jill assume d'être Mrs Mc Bain, désireuse de changer de vie. Pour Harmonica, elle représente un avenir à protéger. Pour Cheyenne, elle est souvent comparée à sa mère, qui a été une prostituée. Il la bouscule un peu, la provoque, mais il la traite comme sa mère, justement, et il lui prédit le rôle le plus important de la nouvelle ville qui va naître: elle est la vie. Enfin, Frank lui aussi tourne autour de la jeune femme, d'abord pour la posséder, mais il tombe vite sous le charme...

Les deux westerns précédents se résolvaient autour d'une scène lyrique, un point culminant, et c'est bien sur le cas ici, mais Leone, qui a multiplié les morceaux de bravoure (a commencer par les dix premières minutes), se résout à changer la donne: on attend une confrontation entre Frank et Harmonica, et au moment donné, on a une explication sous la forme d'un flash-back. Leone et Morricone lui donnent toute la puissance de feu nécessaire, et la confrontation en est presque escamotée... Devenue redondante? Non, mais elle aurait probablement pâli au regard du lien passé entre Frank et l'ange exterminateur Harmonica, sise à Monument Valley, en un lieu improbable: une arche quasi-Romaine, reflet construit par la production d'une hypothétique ruine, qui renvoie bien sûr au mythe originel, à la rencontre qui hante l'homme à l'harmonica, qui va enfin rendre la monnaie de sa pièce au tueur qui l'a rendu acteur du meurtre de son propre frère...

Son film plus Américain que les précédents, Leone n'avait pas prévu de le faire, mais ce n'est pas grave: c'est un grand film, un classique du western, et il n'y a rien que de belles choses à voir, en Techniscope comme il se doit, du début savoureux à la fin, dans laquelle, enfin, Jill est laissée à son avenir, pendant que les tueurs sont renvoyés à leur mythologie.

Once upon a time in the West (Sergio Leone, 1968)
Once upon a time in the West (Sergio Leone, 1968)
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Published by François Massarelli - dans Sergio Leone Western
8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 18:39

Avec le dernier film de sa première trilogie Westernienne, Leone avait les coudées franches: les deux premiers rencontraient un franc succès partout où ils étaient montrés, et il avait donc un budget en conséquence, ce qui se voit d'ailleurs. Et il avait, d'une certaine manière tous les droits. Toutefois, si la version Italienne initiale (Si tant est qu'on l'ait conservée, ce qui n'est pas sûr) était à l'origine très longue (177 minutes), la version Américaine était moins ample, moins bardée de digressions, et c'est celle qui a fait autorité. Une restauration a eu lieu, tentant de conformer la version US à l'Italienne, mais la plupart des scènes insérées se trouvent aujourd'hui au coeur du film, dans la première partie qui, ma foi, semble la plus lente, et la plus propice au décrochage... Je ne sais pas dans quelle mesure cette nouvelle version est légitime, et "telle que Sergio l'aurait voulue", comme disent avec une larme les commentateurs impliqués dans tous les bonus DVD du film restauré...

En attendant, le film commence avec désormais ce qui est la franche acceptation de la stature mythique de ses films par le metteur en scène: en 25 minutes, il nous montre les personnages, leur motivation ou leur façon de faire, leur interaction aussi, en se passant aussi souvent que possible de la parole (la première phrase prononcée vient à la onzième minute...). Comme avec les films précédents, il nous donne à voir, se situe souvent au niveau du spectacle (Le capitaine nordiste qui réclame de ne mourir que lorsqu'il aura vu le pont sauter, par exemple), et Leone achève son film sur une figure circulaire qui vient en droite ligne du film précédent, avec reprise de la musique héroïque... L'ensemble du film est situé dans un énigmatique Sud Ouest en proie à une guerre de Sécession bien problématique pour qui a étudié l'histoire (Bien qu'il y ait eu semble-t-il une bataille située en plein coeur du Texas), avec trois anti-héros à contre-courant: le "bon", dernier présenté, c'est Clint Eastwood, surnommé Blondie. Le film, ultime clin d'oeil aux deux succès précédents, nous montre avec discrétion une sorte de naissance du mythe, avec l'arrivée entre les mains du personnages de deux accessoires qui ont fait sa singularité (Il ne les porte en effet pas dans la première partie): un gilet en peau de mouton, et le fameux poncho aux couleurs improbables que Clint ne porte qu'à la toute fin, après l'avoir pris à un homme mort auprès de lui. En dépit de son appellation, il n'est pas bien meilleur que les deux autres, mais le capital de sympathie du public lui est acquis. La brute (the bad en Anglais), c'est un Lee van Cleef ("Angel Eyes") plus noir et ambigu que dans le film précédent et en particulier profondément sadique. Enfin le "truand", c'est le véritable héros du film, le truculent Eli Wallach (Tuco) qui assure souvent le spectacle à lui tout seul, et qui se trouve comme un poisson dans l'eau dans le mélange détonnant entre mythe et vulgarité qui court du début à la fin de film.

Si le film est long, il ne manque pas de moments fascinants, notamment ceux autour de la bataille idiote (Et spectaculaire, à la David Lean si on se contente d'observer les moyens mis en oeuvre) à laquelle assistent Tuco et Blondie, qui s'installent bien confortablement avant d'en prendre plein les yeux, ou encore le début étiré et énigmatique auquel Leone nous fait assister presque en contrebande, en plaçant sa caméra derrière un champ d'obstacles, et nous donne l'impression d'assister à une scène volée, interdite... Il présente ses trois héros en pleine action par des arrêts sur image, et multiplie les contrastes optiques, en jouant de l'impressionnante profondeur de champ du Techniscope. Bref, il affûte ses armes, sans doute pensait-il déjà à la suite, le merveilleux film qui allait suivre? Peut-être, mais ce voyage en absurdie au terme duquel un héros est né a été assez loin dans le baroque et, grâce à Tuco, dans l'humour irrésistible: "If you want to shoot, shoot! Don't talk!"

 

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Published by François Massarelli - dans Sergio Leone Western Clint Eastwood
7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 10:20

Revenir à la charge, en 1965, après Pour une poignée de dollars, a été sans doute la meilleure idée de Leone: après tout, si le film précédent a inauguré un genre, c'est celui-ci qui va le confirmer, et consolider le succès, avec en prime une distribution aux Etats-Unis, ce qui peut paraître inattendu, et l'était encore plus en 1965. A l'austérité du premier film, qui tranchait sur le cadre Westernien par le manque total de conviction morale affichée de son héros, Leone substitue un écheveau plus complexe qu'il n'y paraît, faisant un film dans lequel il n'y a pas un, mais deux héros. Ils n'ont juste pas les mêmes motivations. Avec Douglas Mortimer, interprété par Lee van Cleef (Comme Eastwood, un homme dont le visage même est une mise en scène à lui tout seul), Leone commence à nous parler de gens traumatisés par un acte de violence fondatrice, on retrouvera ce thème dans d'autres films bien sûr, et on assistera même en direct à un acte de violence blasphématoire dans Once upon a time in the West... Mais dans le film qui nous occupe, cet acte est partagé par un autre protagoniste, le bandit psychopathe El Indio, joué par Gian Maria Volonte. Mortimer, qui est chasseur de prime, ne pratiquera pas la violence gratuitement, et son cynisme apparent cache une blessure secrète.

Deux chasseurs de primes débarquent au Nouveau Mexique, dans le but de démanteler la bande d'un bandit échappé de prison, El Indio. Ils se divisent le travail, l'un d'entre eux restant à observer à l'extérieur pendant que l'autre infiltre la bande, participant de fait à un hold-up spectaculaire... 

Le film, comme le précédent, assoit sa mise en scène en la mettant en valeur aussi souvent que possible, Leone prenant un plaisir manifeste à convoquer toutes les ressources de la narration cinématographiques, et poussant un peu plus loin ses expériences du premier film de distorsion du temps et de l'espace. Mais c'est dans la représentation de la mise en scène qu'il excelle, et dès le départ. A ce titre, Mortimer est bien plus prolixe que Manco (Eastwood, une fois de plus doté d'un nom contrairement à la légende): la façon dont on adopte dans la première scène d'arrestation le point de vue du chasseur de prime est exemplaire du parti-pris de Leone de nous faire suivre en toute connaissance de cause les agissements de celui qui va longtemps être soupçonné d'être un personnage négatif, dont on attend longtemps qu'il joue un sale tour à Manco, justement... Mais non.

Aux agissements de Eastwood et Van Cleef, correspondent ceux d'un troisième "metteur en scène", Volonte lui-même, qui laisse le chasseur de prime infiltrer la bande, qui ensuite observe avant d'agir et de se servir de ses ennemis pour se débarrasser de ses propres amis, devenus encombrants. Le film et son tempo très lent, accompagné par la musique de Morricone qui en souligne la tension repose beaucoup sur le fait d'observer, comme en témoignent ces scènes très longues durant lesquelles les bandits, Manco et Mortimer, chacun de son coté, observent les policiers faire leur ronde afin de minuter les chances du casse...

Mais le film prend tout son sens dans la mise en scène du réalisateur lui même, qui aura bien sûr le dernier mot, au cours d'une séquence baroque et hallucinante durant laquelle Leone s'est enfin débarrassé de tout le superflu, gardant ses trois acteurs, réunis pour une dernière confrontation, un dernier spectacle, sur ce qui est un cirque, tracé par les restes d'une construction en ruines. Un cadre mythique, à la hauteur de l'enjeu: donner au film une fin inoubliable... Morricone se lâche, Leone multiplie les plans, et le reste appartient à l'Histoire.

 

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Published by François Massarelli - dans Sergio Leone Western
7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 09:02

Un western! En 1985! Et alors? Justement, en 1985, faire un western paraissait aussi risqué, voire financièrement suicidaire, qu'aujourd'hui, sinon plus. D'autant que l'équipe (Kasdan, mais aussi les acteurs de son précédent film) se risquait pour la première fois sur ce tarrain. Si aujourd'hui on hallucine de voir ce brave Jeff Goldblum en joueur professionnel (Forcément pourri), on doit dire que Kevin Kline, et surtout Scott Glenn, Danny Glover et Kevin Costner s'en sortent extrêmement bien... Et l'appétit de Kasdan et ses acteurs pour les grands espaces, réhaussé par une musique au premier degré, très entrainante, fonctionne assez bien.

 

Alors d'ou vient cete impression de trop peu? Peut-être du fait que quoi qu'il arrive, rien dans ce film ne parvient à être meilleur que son ouverture, absolument superbe: Scott Glenn dort dans une cabane, et est réveillé par l'intrusion de bandits. ilo les élimine les uns après les autres, sans ouvrir la vabane donc, puis à la fin ouvre une porte sur ce qui est un paysage à couper le souffle... Si le mot fin avait été à cet endroit du film, on aurait un chef d'oeuvre, même s'il n'avait duré que trois minutes. Hélas, le reste est conventionnel, longuet, et désespérément vide, contrairement aux films d'Eastwood de la même époque. Costner, depuis, a rectifié le tir avec deux films essentiels: Dances with wolves et Open range.

 

Pour l'anecdote, le meilleur acteur de ce film, forcément, est John cleese. Ca s'appelle le génie.

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Published by François Massarelli - dans Western
17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 18:54

Premier film de Curtiz sorti en 1938, premier de ses films en Technicolor trois bandes, Gold is where you find it est intéressant à plus d'un titre. D'une part, il nous offre la première de deux collaborations entre le metteur en scène et Olivia de Havilland, sans Erroll Flynn (La deuxième sera The proud rebel de 1958); d'autre part, il est sa première incursion dans le western, si on excepte Under a Texas moon (1930), qui était probablement plus un musical qu'un western. Western est sans doute un bien grand mot, car après tout le renouveau du genre, ce sera plutôt l'année suivante, avec Stagecoach. Enfin, le metteur en scène retourne avec le charmant George Brent, qui était déja l'une des vedettes du fascinant Mountain justice en 1937...

 

L'histoire nous conte la lutte entre les grandes corporations qui exploitent les filons d 'or dans les hauteurs de Californie du Nord, et les agriculteurs qui tentent de cultiver du blé, et des vergers en contrebas: l'eau utilisée pour provoquer l'érosion des filons finit toujours par inonder les champs... Intéressant, mais ce film, qui prend directement l'approche historique avant de nous entrainer sur un terrain typique du western la lutte entre les anciens et les modernes, et les conflits inter-corporations, ne réussit pas ses paris. Trop sage, à l'image d'une Olivia de Havilland cantonnée à un rôle de trop jeune femme passionnée, ou à l'image du gentil George Brent. la menace n'est pas clairement identifiée, et la principale qualité de ce film qui aurait pu le voir déchainer les passions (qu'on songe à Duel in the sun), reste ses très belles couleurs. Du reste, la Warner devait être au moins satisfaite de cet aspect: c'est afin de tenter l'aventure des extérieurs en couleurs que ce film mi-figue, mi-raisin a été lancé. On pourra se consoler aussi en prêtant attention à la performance de ce vieux Claude Rains, dans l'une de ses nombreuses apparitions impeccables chez Curtiz. Pour l'année 1938, ce dernier n'avait pas dit son dernier mot: quatre autre films suivront, deux sont parmi les plus importants films du metteur en scène, si pas les plus importants films du cinéma Américain. Et un observateur attentif de l'univers de Michael Curtiz pourra toujours s'amuser à voir George Brent louvoyer entre le progrès (L'or) et son coeur, éternel insatisfait ayant du mal à choisir son camp, tentant vainement de rester un témoin impartial de la folie des hommes, qui se déchaîne quand même d'assez belle façon, vers la fin de ce film trop sage. Et on appréciera un clin d'oeil dans cette production Cosmopolitan (Le studio de W. R. Hearst): on y rencontre le sénateur Hearst, de Californie, qui se plaint lors d'une soirée du fait que son fils ainé qui veut se lancer dans le journalisme vienne d'acheter un journal, l'Examiner...

 

Sinon, mon premier contact avec ce film date de la vision en 1987 du film Daffy Duck à Hollywood sorti la même année: le héros de Tex Avery, cinglé comme jamais, y massacrait le montage d'un film Warner de ce titre, tourné par un autocrate porcin à fort accent Européen...

 

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Western Olivia de Havilland
27 décembre 2010 1 27 /12 /décembre /2010 17:43

La naissance du western? Non: le western est né en même temps que le cinéma, seulement les unités nombreuses et de talents divers qui tournaient des films de 2, 3 ou 5 bobines pour la Universal, la Bison 101, ou Ince dans les années 10, dont celle de John Ford et Harry Carey, faisaient des westerns certes, mais c'étaient des films contemporains. le grand apport de ce Covered wagon épique, c'est dans le fait d'avoir choisi de relater une migration historique (1849, le départ de caravanes de chariots vers l'ouest, et le territoire de l'Oregon, et ce qui deviendra l'état de Washington), qui fait du film quelque chose de nouveau, et qui ne disparaîtra pas du western à partir de ce moment: The covered wagon va créer un sous-genre du western de luxe sans jamais en avoir eu l'intention, et John Ford (The Iron Horse, 1924; Three bad men, 1926), puis Raoul Walsh (The big trail, 1930) vont s'engouffrer dans la brèche.

On aimerait bien sur, tant le film est sympathique, dire que c'est non seulement la matrice de tous ces films de pionniers, mais aussi le chef d'oeuvre, mais on en est loin. Les défauts du film sont dans le parti-pris de la Paramount de mettre en valeur une histoire de mélodrame traditionnel dont J. Warren Kerrigan et Lois Wilson sont les héros: Will Banion, l'un des pionniers qui mène la caravane, a beau être un cowboy au grand coeur, amoureux de la belle Molly, il est aussi un homme dont le passé recèle une tâche qui le rend infréquentable: il a été chassé de l'armée pour avoir volé du bétail, et c'est ce que se plait à lui rappeler Sam Woodhull (Alan Hale), son concurrent pour le coeur de la belle Molly. les deux hommes possèdent un autre point commun: ils sont tous les deux en charge d'une partie de la caravane. Cette histoire tend à prendre de la place dans le film, et est partiellement rachetée par les amis de Banion, interprétés par Ernest Torrence et Tully Marshall, qui rivalisent de crachats, scènes de saoulerie et peaux de bêtes pour imposer la vision d'un ouest rugueux et traversé de personnages picaresques. Ford saura retenir la leçon.... Sinon, le film se concentre sur le parcours de la caravane, en deux camps (L'un conduit par Banion, et l'autre par Woodhull, afin d'empêcher les bagarres, les deux hommes préfèrent rester éloignés l'un de l'autre) vers l'Oregon, et comment à un moment crucial la caravane doit se scinder en deux, dans le sens de l'histoire: vers l'Oregon pour aller cultiver la terre, ou vers la Californie pour aller chercher de l'or.

Cette dualité insistante, symboliquement répartie autour de Molly dont le père se trouve être le chef de toute l'expédition, est une allusion claire des auteurs aux choix qui attendent les pionniers dans leur parcours, choix quotidiens entre la survie et l'aventure, l'or ou l'agriculture, tuer son ennemi ou l'épargner... Les réponses sont multiples, et le film se garde bien de trop moraliser. Disons que si Banion reste vertueux (et se rachète, grâce à l'intervention, à l'Est, d'un jeune avocat promis à un bel avenir, un certain Abe Lincoln), ses deux copains, trappeurs et hommes des plaines, ont la gâchette un peu plus chatouilleuse...

Le film est empreint, en dépit de son intrigue un brin envahissante, d'un style documentaire assez fascinant: bien sûr, tout ceci est de la fiction, mais les grands espaces qui forment le décor du film sont encore vastes en 1923, et il a fallu amener tous ces chariots, ces bêtes et ces gens, et la photographie splendide de Karl Brown a su capter quelque chose d'authentique. Si le drame n'est pas à proprement parler transcendant, Cruze sait à divers moments créer une véritable tension, un souffle épique qui manque au reste de la production: voir à ce sujet le montage époustouflant du début de la chasse au bison, qui alterne des plans des bisons (ils ne sont qu'une vingtaine, on n'a sans doute pas besoin d 'expliquer pourquoi...) qui s'approchent, et des pionniers qui s'apprètent à les chasser. Ernest torrence, torse nu, avec son arc, a doit à quelques gros plans, et l'ensemble est dynamiques. D'autres gros plans des protagonistes sont utilisés de façon très convaincante, qui renvoie Griffith et son gros plan détaché du contexte aux paquerettes: le film ne décroche finalement jamais de son fil narratif, et ne décroche jamais pour des digressions lyriques...

Avec ses qualités et défauts, le film a au moins l'avantage d'être le premier western épique, et bien sur, sa descendance plaide pour lui. mais s'il fallait choisir entre lui et son petit frère de l'année suivante, The iron horse, le choix est trop facile. Kerrigan dans l'un de ses derniers rôles est un bien piètre concurrent pour O'Brien, et les 150 minutes du film de Ford s'avalent toutes seules. Néanmoins, ce grand-père du genre a bien le droit qu'on lui témoigne du respect, à plus forte raison parce que ce n'est pas tous les jours qu'on peut le voir.

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Published by Allen john - dans Muet Western 1923 James Cruze