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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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4 octobre 2020 7 04 /10 /octobre /2020 17:21

1864: dans un poste reculé, le Major Dundee (Charlton Heston), officier valeureux mais indiscipliné, sert de garde-chiourme à un bataillon de sudistes prisonniers sous la direction de leur officier, Ben Tyreen (Richard Harris), placés justement au plus loin possible de leur région... Mais le Major va être obligé de les engager à ses côtés pour partir en expédition contre l'Apache Charriba, qui multiplie les raids. A la recherche des Indiens et de leurs captifs, des garçons qu'ils c=vont vouloir transformer en guerriers, les deux officiers de camps opposés, mais qui gardent un soupçon d'amitié de leur vie antérieure, vont s'affronter...

C'est un film dans lequel le caractère essentiellement mythologique du western sert à une dénonciation de la guerre, qui a l bon goût d'être d'une rare subtilité; les compagnons d'armes (et d'infortune, parce qu'il leur en arrive beaucoup, et non des moindres) ont une ultime épreuve du feu, qui va sérieusement ébranler certitudes, préjugés, et convictions. Et ce qui longtemps a été le fond de commerce du western est ici mis en sérieux déséquilibre en devenant tout à coup la part d'ombre de cette humanité: racisme, réflexe de défense, gâchettes chatouilleuses, concours de virilité, promiscuité sexuelle... Peckinpah semblait bien parti pour secouer le cocotier d'une façon bien brutale, lui qui se proclamait (à raison d'ailleurs, et il le prouve très souvent dans ce film) être l'héritier de John Ford...

Mais...

La Columbia a confié à Peckinpah, dont les deux premiers films ont été marqués par leur petit budget et leur efficacité, un gros budget, et... ce qui devait arriver est arrivé: le budget a poussé le metteur en scène à exagérer, à conduire ses troupes dans le désert, puis à se livrer sur place à de dangereuses excentricités; il est probable que c'est durant ce tournage que Peckipah est devenu héroïnomane, ce dont on sait que ça le conduira plus tard dans la tombe... Néanmoins, derrière l'histoire triste (Retrait du metteur en scène, final cut retiré, film détruit, etc), on devine les bribes d'un bien beau film, plus ou moins reconstitué aujourd'hui même s'il en manque toujours une vingtaine de minutes. Peckinpah se pose donc en disciple turbulent de John Ford, qui s'attache à nous montrer la vanité de la violence et de la guerre, avant son film-manifeste The Wild Bunch, dans lequel il inaugurera le fameux cocktail violence-ralenti-sang qui gicle... Du moins officiellement, car la version perdue de cette épopée possédait une recherche de représentation de la violence, graphique et au ralenti, en hommage appuyé à un autre des maîtres du réalisateur: Akira Kurosawa.

 

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Published by François Massarelli - dans Sam Peckinpah Western
22 juillet 2020 3 22 /07 /juillet /2020 14:46

Le plus ancien film conservé de John Ford fait partie d'un ensemble de westerns, produits par Universal. A la base, l'idée était de tourner des films vite faits avec Harry Carey en vedette, d'utiliser les décors (Ceux des studios Universal, mais aussi des paysages aussi naturels que possible) au maximum, et d'assembler deux bobines; mais pour ce film, Ford a été plus loin, et a obtenu un certain succès avec le résultat final, qui emmène les aventures du cowboy joué par Carey vers des hauteurs qu'on ne soupçonnait peut-être pas à l'époque. Cheyenne Harry (Carey) est un hors-la-loi engagé par un gros propriétaire, pour exproprier par la force une famille de fermiers. Harry est prêt à accomplir la mission, mais venant pour menacer, voire tuer ses cibles, il les surprend en pleine cérémonie: ils viennent d'enterrer l'un d'eux, le fils du vieux fermier, abattu de dos. Harry décide de passer de l'autre côté, et va les aider à lutter, puis à ameuter d'autres fermiers pour se défendre.

La prairie, les bêtes, les chevauchées... Ford se définissait à cette époque comme un débrouillard "avec un certain flair pour la composition", et on ne peut lui donner tort. Si le metteur en scène avait déjà la réputation de tourner vite, le style visuel est déjà très fort... Et son talent pour installer une atmosphère particulière avec un rien (Ici, la pluie et une beuverie composent une scène de digression comme il y en aura bien d'autres, dans un saloon miteux), mais aussi pour aller au bout des caractérisations de ses personnages, est là aussi présent. Et un thème, au-delà d'un sentimentalisme familial qui ne le quittera jamais, affleure dans ce film, celui de l'étranger, de l'outsider: Cheyenne Harry, hors-la-loi assimilé à la violence, est attiré par la vie des fermiers auxquels il vient en aide, mais comme Bim (Just pals), ou Ethan Edwards (The searchers), il en est exclu: Ford utilise le cadre de la porte comme il le fera dans d'autres films pour montrer qui est à l'écart, et qui a le droit d'entrer...  Harry tombe amoureux de Joan, la fille du fermier (Molly Malone). Il lui faut choisir: la cavale, ou la vie à deux. Le film ne semble pas vraiment choisir, et on jurerait qu'il plaque deux fins l'une sur l'autre: d'abord, Harry laisse la jeune femme à son ami de toujours, puis Joan vient chercher un obligatoire baiser pour retenir le cow-boy...

Pour finir, sur un film très attachant, on constate que Ford a déjà l'oeil pour repérer des endroits qui donnent un cachet époustouflant à une scène: ce passage étroit entre deux roches, on le reverra souvent chez lui, et chez Keaton aussi. Il profite du surcroît de pellicule dont il dispose pour pousser ses caractérisations à l'extrême, avec cette science des petits gestes qui sera un atout de tous ses personnages dans tous ses films, il expérimente avec le cadre en piquent à son frère Francis une technique de mise en relief par le biais d'objets mis au premier plan (si c'est Francis qui a enseigné ça à son assistant de frère, le fait est que John "Jack" Ford en fera à lui seul une impressionnante marque de fabrique). Il raffine avec bonheur la séquence à la Griffith d'une maison assiégée, qui se solde par une prouesse de montage, et enfin il donne vie à une foule de personnages qui sont autant d'immigrés potentiels, dotés d'une vie propre, à des lieues de tout archétype. Voilà qui en finit de cristalliser au sujet de ce film l'idée qu'on y assiste à la naissance d'un style bien personnel... En même temps qu'à une sorte de vraie naissance d'un genre: une fois que Ford aura montré le chemin le western ne sera plus jamais le même.

 

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Published by François Massarelli - dans John Ford Muet Western 1917
5 juin 2020 5 05 /06 /juin /2020 18:31

Il faut croire que Jeff Chandler a fait sensation en Cochise dans Broken arrow, puisqu'il a rejoué le rôle à plusieurs reprises. Dans ce film, il apparaît moins dune minute, pour y interpréter la mort du grand chef, mais il est on ne peut plus présent dans le titre...

Ce petit western (moins de 80 minutes) se situe à l'époque du schisme de la Nation Apache, entre les Chiricahuas de Cochise, donc, et les rebelles de Geronimo. Au moment où commence le film, le vieux chef meurt et confie les clés de la tribu, mais aussi du fragile traité signé avec les blancs: les Chiricahuas s'engagent à respecter la paix, pendant que Geronimo s'acharne à guerroyer. Problème: si Taza (Rock Hudson), le fils aîné, est disposé à suivre le plan de paix de son père, son frère Naiche (Bart Roberts) souhaite lui, et il n'est pas seul, se ranger aux côtés de Geronimo et des rebelles... Autour d'eux, une femme, Oona (Barbara Rush), fille d'un vieux guerrier nostalgique qui souhaite tourner la page pacifique, et convoitée par les deux frères ennemis; mais aussi une poignée de soldats menés par le capitaine Burnett (Gregg Palmer), qui tentent de faire entendre à leur hiérarchie que Taza est l'homme de la situation pour obtenir la paix...

C'est un curieux effort, qui montre bien de quelle façon le cinéma pouvait tenter de lutter contre la télévision: un western, pour concurrencer les dizaines de programmes du genre disponibles sur les petits écrans, en Technicolor alors que la télévision était en noir et blanc, écran large, et 3-D... Une surcharge pour un film de petite envergure, dans un genre où on n'attend évidemment pas le cinéaste de Magnificent obsession! Le film est fidèle à l'esprit des années cinquante, qui tentent de trouver un échappatoire au manichéisme traditionnel du western... échappatoire que Ford avait trouvé dès les années 20, mais passons. Bien sûr, on oppose d'un côté le bon Indien (Taza) et le mauvais Indien (Geronimo, particulièrement maltraité par le scénario, apparaît comme un lâche incohérent et beau parleur), de l'autre le brave blanc et le mauvais blanc. C'est gentiment naïf, assez simpliste, mais ça se suit sans déplaisir, d'autant que le décor, situé à quelques encablures de Monument Valley, est à couper le souffle... 

Et surtout Sirk remplit son contrat, et donc utilise la 3-D avec efficacité, demandant à ses Apaches de foncer vers la caméra, d'y jeter des lances, des cailloux, des flèches... Le cinéaste s'amuse aussi avec la profondeur de champ, et l'effet ne peut être que spectaculaire quand le fond de l'écran est une mesa antédiluvienne située à dix kilomètres et visible à l'oeil nu! Et à travers Rock Hudson, qu'il a si souvent si bien dirigé, Sirk réaffirme un idéal absolu, celui d'une paix paradoxale, et pour laquelle il faut apprendre à penser autrement et faire des sacrifices...  Donc historiquement, ça pêche un peu beaucoup (au fait le western n'a que très rarement, sauf chez Ford et Daves, montré les Indiens comme de fins politiciens, ce qu'il étaient quand même: à commencer justement par le légendaire Cochise), mais ça distrait, alors pourquoi s'en plaindre?

 

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Published by François Massarelli - dans Western Douglas Sirk
9 avril 2020 4 09 /04 /avril /2020 16:32

Superbe parodie de western, réalisé à la Warner quelques années avant The shooting of Dan McGoo (avec Droopy dans le rôle principal), ce film est bien plus qu'un simple tour de chauffe. Avery s'amuse avec les codes du western, qu'il connaissait sur le bout des ongles. Ensuite, le film est notable pour être une exception: certes, il y a un loup, qui réagit favorablement à la vision d'une dame, mais ce n'est pas encore le cirque que ça deviendra systématiquement à la MGM. Et Lady Lou quant à elle bénéficie de l'hilarante imitation de Kate Hepburn dont Avery ne se lassait pas...

Et puis il construit son film avec un sens hors du commun de l'absurde, avec par exemple ce tram qui entre dans le saloon pour sonner la cloche d'un nouveau round de boxe! Et ce match, vu avec des arrêts sur image totalement géniaux... Bref, on en redemande.

 

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Published by François Massarelli - dans Animation Looney Tunes Tex Avery Western
26 mars 2020 4 26 /03 /mars /2020 21:11

Oui, Taylor, n'est pas que le protagoniste d'un des mystères judiciaires les plus insistants qui soient (cherchez, et vous trouverez tout ce qu'il y a à savoir sur cette sombre histoire jamais résolue): c'est aussi un cinéaste des années 10, dont bien sûr nous n'avons que peu de films (il n'est ni Griffith, ni DeMille, et les films de cette période ont massivement disparu), mais il y en a. 

Ben Blair est un film Pallas, une filiale de Paramount à laquelle Julia Crawford Ivers a beaucoup collaboré. Comme The Call of the Cumberlands, c'est un véhicule pour l'acteur Dustin Farnum et sa partenaire Winnifred Kingston. C'est très proche du western, sans être à 100% identifiable au genre: dans une famille très riche, le fils doit se rendre dans l'Ouest avec sa femme et sa fille, car il est malade et la grande ville ne lui sied plus; arrivé dans l'Ouest, il se sent mieux, et la petite commence à vivre au milieu de la nature... avec un ami, Ben Blair, à l'histoire plus que rocambolesque: sa mère enceinte de lui, a fui son mari en compagnie d'un moins que rien. Une fois la mère décédée et l'amant parti, Ben a été recueilli par son vrai père. Devenus adultes, les deux amis ont une vision différente des choses: Ben (Dustin Farnum) est amoureux, et Florence (Winnifred Kingston) souhaite retourner avec sa mère à New York pour vivre une vie moderne...

Beaucoup de choses, en fait: d'une part, le film accumule les péripéties, et le script de Julia Crawford Ivers complique le mélodrame avec adresse, permettant à Farnum de faire la totale: un homme, un vrai, mais un amoureux transi... Un sentimental, mais qui a une mère à venger... Et enfin, un homme de bon sens, qui oppose sa morale infaillible à un Est corrompu rempli de menteurs... C'est profondément distrayant, et Taylor passe son temps à surprendre. Son sens du cadre et du rythme est impeccable, et sa direction d'acteurs est splendide.

 

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Published by François Massarelli - dans 1916 Muet Julia Crawford Ivers William Desmond Taylor Western
21 mars 2020 6 21 /03 /mars /2020 15:57

1856, en Oregon, les chercheurs d'or commencent à se fédérer en agglomérations, et les liens sont assurés entre la "grosse ville" Portland et les petites installations comme Jacksonville. Les Indiens sont là eux aussi, dans les bois, mais la cohabitation s'effectue, sauf quand une tribu s'inquiète du fait que les colons commencent à construire un peu trop de cabanes... Nous suivons des protagonistes divers dans ce contexte fragile: les Dance, une famille de colons qui ont trouvé l'endroit où installer leur ferme, un peu à l'écart de la ville de Jacksonville; ils ont recueilli Caroline, une jeune femme venue avec ses parents et désireuse de s'installer pour de bon; George Camrose (Brian Donlevy) est un homme d'affaire avec une addiction au jeu, mais c'est aussi un brave homme: son ami et associé Logan Stuart (Dana Andrews) va d'ailleurs chercher sa fiancée Lucy (Susan Hayward) pour lui à Portland; enfin, dans la petite localité, le costaud Honey Bragg est un spectacle permanent pour la population, qui fait des paris sur les innombrables bagarres qu'il lance. Mais Stuart pense que Bragg est bien plus que ça, et le soupçonne de meurtre, dans ce camp fragile où tout le monde se promène avec de l'or sur soi...

Difficile de résumer un film qui se passe presque comme une chronique: ça ferait presque penser à Stars in my crown, la nostalgie en moins. Et deux autres aspects essentiels le différencient de cet autre film: Canyon passage est situé sur une très courte période là où Stars porte sur une dizaone d'années, et ce western-ci est d'une grande noirceur derrière le Technicolor et le volontarisme des héros... Car pour que "boy meets girl", à la fin, il y aura eu un grand nombre de morts violentes...

C'est l'esprit de la frontière, d'ailleurs, qui domine, en trois types de populations: les Dances et la tentation de s'arrêter et de s'installer; au contraire, Stuart, clairement identifié comme le héros, a la bougeotte, et en dépit du nombre de personnes qui lui signalent sa réussite (il est dépositaire de l'or de ses concitoyens, et il arrondit sérieusement ses fins de mois) il n'a qu'une seule envie: voyager, changer d'air, et surtout ne pas se fixer; enfin, George présenté comme un faible, montre les risques qu'on prend à s'engager sur la frontière à la légère... Dans le film, il sera une victime à la fois de ses démons (le jeu) et de la population qui le désigne assez vite comme un nuisible. De fait, il est accusé d'avoir tué un homme, et si nous ne l'avons jamais vu le faire nous avons suffisamment d'indices pour le confirmer! Tourneur enfin choisit d'incarner le mal absolu et insaisissable çà travers Honey Bragg, l'intenable fier-à-bras, brutal, méchant, et même assassin et violeur. Le metteur en scène fait un superbe usage de l'ellipse pour nous montrer à quel point le personnage est un élément disruptif de la nature même, à l'opposé des tribus indiennes...

C'est toujours empreint de lyrisme, souvent étonnant dans les choix de l'intrigue, tourné dans de magnifiques paysages (notons qu'on est loin ici des westerns habituels, et qu'en 1856, l'Oregon était un paysage de montagnes, de forêts et de lacs à perte de vue, donc on s'éloigne des clichés du western d'Arizona!). Tout ça fait un film irrésistible, riche, et surprenant dans lequel une fois de plus Tourneur oppose les individus à la foule, et une fois de plus cette dernière n'en sort pas grandie.

 

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Published by François Massarelli - dans Jacques Tourneur Western
17 février 2020 1 17 /02 /février /2020 09:43

Aux tous débuts du western, d'une part il s'agit de bien comprendre qu'il n'y a aucun besoin de vernis passéiste ou de distance mythique: ce qui rend les westerns des premiers temps précieux, est le fait que nombre d'entre eux sont strictement contemporains! Ce qui n'est pas forcément le cas, mais il y a néanmoins toujours des liens avec la vérité; ce film a été produit en réaction à la multiplication des films produits par d'anciens bandits, le plus célèbre étant Al Jennings qui dans la plus pure tradition du western, avait une façon bien à lui de se mettre en avant. Des anciens hommes de loi ont donc décidé d'utiliser l'arme du cinéma eux aussi, pour rappeler les spectateurs à une certaine décence vis-à-vis de la loi!

Ainsi Bill Tilghman, qui ne se met pas trop en avant, nous montre dans ce film la façon dont les forces de l'ordre balbutiantes du territoire de l'Oklahoma ont fait face à des bandes organisées qui écumaient la région. Le film est fortement authentique, du moins dans la partie qui nous est parvenue: une seule bobine sur les six du long métrage a survécu, mais on y sent un réalisme et un besoin de règlement de comptes particulièrement marqués, comme dans cette scène finale où les bandits abattent gratuitement un passant, suivi d'un intertitre: c'est parce qu'ils sont comme ça que ce sont des bandits...

Bref, on est loin, très loin, de la vision romantique du hors-la-loi comme un Robin des Bois moderne...

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Published by François Massarelli - dans Muet Western 1915
22 janvier 2020 3 22 /01 /janvier /2020 16:20

Johnny Guitar est un film réalisé par un metteur en scène encore jeune, mais déjà passablement démoli... Un routier du film noir, qui a des choses à dire, notamment sur les gens qui vivent en marge, son thème de prédilection, mais qui végète dans des productions de genre, pour des compagnies qui ne le méritent pas toujours. C'est le cas de ce film, pour lequel j'avoue un embarras conséquent: je l'ai trouvé d'un insupportable ennui... Pourtant j'aime Ray, j'aime le western, et j'aime Crawford. Quoique...

Cette dernière est le centre du film, son saloon st l'endroit où tout le drame du film se centralise, et on est supposé adhérer u charisme de l'actrice, qui joue cette pasionaria du féminisme westernien, un sujet certes relativement peu banal. Elle y abrite les hors-la-loi, les vrais, mais aussi les authentiques parias, rejetés par principe. Et elle gêne et s'oppose à une autre femme, Emma, une jeune veuve qui a décidé que Vienna (Joan Crawford) et sa "bande" étaient à l'origine de son malheur, et prie la ville de la suivre dans son délire.

C'est donc un western baroque, donc on devrait être content, mais voilà: le baroque y devient mécanique, et les monteurs de la Republic étaient-ils endormis? En tout cas le rythme est lui aussi très peu vivant, tout donne l'impression de tourner à vide. Les héros jouent leurs rôles, mais sans conviction: Sterling Hayden est lui-même, sans plus. Il y a bien quelques bonnes idées (le posse qui se forme, à l'issue d'un enterrement, est constitué uniquement de gens en habit de deuil, la confrontation finale se joue entre deux femmes, etc), et il y a un thème insistant, celui du rejet d'une catégorie par la majorité, qui résonne finalement comme une satire au vitriol de la société MacCarthyste. Mais c'est bien peu, pour un western qui est dominé par la figure tutélaire d'une actrice qui a décidé que le monde lui appartenait. Après près de trente années de carrière, Crawford a des heures de vol, et... je n'ai pas envie de la suivre.

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Published by François Massarelli - dans Western
20 janvier 2020 1 20 /01 /janvier /2020 17:41

La Western Union, basée à Omaha, Nebraska, vient de recevoir le feu vert de la Maison Blanche (alors que le président Lincoln, engagé dans la guerre civile, devrait avoir d'autres chats à fouetter) pour partir et construire jusqu'à Salt Lake City une ligne de télégraphe... Edward Creighton (Dean Jagger) est l'homme qui va conduire l'entreprise. Il engage alors plusieurs personnes, dont le mystérieux Shaw (Randolph Scott), qu'il connaît parce que ce dernier lui a sauvé la vie, et le pied-tendre Blake (Robert Young), un dandy, qui a plus d'un tour dans son sac. Les deux hommes deviennent alors à la fois amis et rivaux pour les yeux de la belle Sue (Virginia Gilmore), la soeur de Creighton.

C'est un western très traditionnel, avec un parcours de civilisation, ses hors-la-loi repentis et ses outlaws durs-à-cuire, ses Indiens, ses dilemmes... Lang semble à la fois avoir soigné sa copie (peut-être que Zanuck avait fait peser une menace sur son projet suivant, Man Hunt, qui devait d'autant plus l'enthousiasmer) et s'être mis en pilotage automatique du début à la fin. De beaux décors, de bons sentiments, tout au plus peut-on constater qu'entre le télégraphe et sa mission civilisatrice, et Shaw, un homme moral, juste mais endurci et condamné, Lang s'est sans doute plus intéressé au sort tragique du premier, un homme qui a une vengeance et un sacrifice à accomplir...

 

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Published by François Massarelli - dans Fritz Lang Western
17 janvier 2020 5 17 /01 /janvier /2020 16:48

Lang, un western ?

De prime abord, bien sûr, ça ne colle pas : le metteur en scène est un relativement nouveau venu aux Etats-unis, pour commencer, et la tâche qui lui incombe est largement imposée : le film de Henry King (Jesse James) a beaucoup eu de succès, et la Fox entend bien capitaliser sur cette bonne fortune en produisant une suite qui leur permettra en prime d’utiliser les talents de henry Fonda, très remarqué dans son rôle, de Lincoln l’année précédente… On l’a compris, le film échappe aux préoccupations de Lang qui depuis 1930 n’a pas réalisé beaucoup d’autres films que des thrillers, ou d’un genre approchant. Et cette histoire lui est imposée, avec j’imagine un cahier des charges dans lequel le metteur en scène ne pouvait pas vraiment se projeter.

Et puis on a presque envie de continuer à faire la fine bouche en remarquant que Lang a, après tout, toujours délaissé le prestige pour s’intéresser aux genres les plus populaires, dans la lignée de son maître Louis Feuillade! Et en 1939, Stagecoach, Jesse James et Dodge City ont sérieusement redoré le blason du western, et l’ont enfin sorti de l’ornière dans laquelle le genre végétait, entre séries Z et cow-boys chantants…

Oui, mais voilà : d’une part Lang na pas attendu 1939 pour tâter du western. Il a inclus dans son film Die Spinnen (1919) un hommage appuyé au genre, qu’il fréquentait comme tout le monde dans les salles de cinéma populaires… Et il s’y est probablement, au moins partiellement retrouvé, devant la geste de Frank James, le frère moins flamboyant de Jesse, qui a quitté le droit chemin dans lequel il s’était clandestinement installé pour mener une vengeance, personnelle, absurde, morale … et inachevée. Henry Fonda interprète ici un type bien, mû par une certaine idée (apocryphe, on n’y reviendra pas, je vous renvoie à mes commentaires sur le film de Henry King) de la justice, et qui manquera de se perdre dans les conséquences un thème pour l’auteur de Fury en somme, dans lequel Lang fait, finalement, bien, voire très bien son travail : c’est très distrayant, et pour une première expérience en couleurs, surprenant d’efficacité.

 

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Published by François Massarelli - dans Fritz Lang Western