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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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1 juillet 2019 1 01 /07 /juillet /2019 09:14

Le titre annonce tout de suite la couleur... Gun fury est un (petit) western avec lequel la Columbia cherche à rattraper le train de la 3D, une technique qui ne durera qu'un temps, et dans laquelle Warner restera sans doute le leader. Walsh n'a pas grand chose à faire du procédé, et s'en débarrasse en proposant deux ou trois plans spécifiques: un crotale qui bondit vers la caméra, un bandit qui jette un couteau, puis une pierre. Pas de quoi fouetter un chat, et de l'esbroufe indigne du metteur en scène... Qui a trouvé son intérêt ailleurs.

En Arizona, quelques années après la fin de la guerre civile. Dans une diligence, les passagers devisent... Parmi eux, une jeune femme d'origine Sudiste, Jennifer (Donna Reed) vient rejoindre son fiancé avec lequel elle doit se marier quelques jours plus tard. D'autres hommes, Sudistes également, engagent la conversation avec elle, dont Slayton, un ancien officier (Philip Carey); arrivés à une étape, les voyageurs retrouvent Ben (Rock Hudson), le fiancé de la jeune femme. Une conversation entre Slayton et Ben tourne à l'évidence: les deux hommes ont eu l'impression de perdre beaucoup avec la guerre, mais l'un d'entre eux, Ben, en a conclu qu'il fallait voir ailleurs et ne rêve que de paix et de tranquillité, alors que l'autre, Slayton, a un désir de vengeance, et de prolonger la guerre... Quand la diligence repart, Slayton et Jess, son compagnon de voyage (Leo Gordon), se retournent contre les passagers et les conducteurs, et volent l'or qu'elle contient. Ils emmènent aussi Jessica, à l'insistance de Slayton... Une poursuite s'engage...

Les deux choses qui ont motivé Walsh dans ce film, manifestement, sont l'envie de faire un film où tout ne serait qu'action et mouvement, d'une part et d'autre part une certaine forme de méditation romanesque inattendue sur le devenir du Sud et sa trace dans l'aventure de l'Ouest... A des degrés divers, Donna Reed, Rock Hudson et Philip Carey interprètent tous un éléments du puzzle.

Faire un film sans temps morts, c'est une des spécialités de Walsh, et il s'y emploie ici avec abnégation. C'est donc très court, 83 minutes, ce qui arrange tout le monde car à cette époque hautement expérimentale, les promoteurs de la 3D ne voulaient pas prendre de risque et proposaient des programmes assez courts, ou, comme Dial M for murder, dotés d'entr'actes afin de reposer les yeux des spectateurs. Mais si Walsh n'a aucun mal à faire un film qui bouge tout le temps, il perd en substance sur la distance, et le film peine à briller dans l'ensemble de sa production... On pourra au moins se réjouir de voir Walsh s'amuser à son tour dans Monument Valley, et saupoudrer son film d'allusions à d'autres de ses westerns: un peu The Lawless Breed (Dans la diligence, les voyageurs devisent sur les hors-la-loi qui se sont récemment distingués, et parlent de Wes Hardin), et beaucoup In old Arizona (Les décors, mais aussi l'idylle passée entre Slayton et une jeune femme Mexicaine, qui vit dans une cabane et attend en permanence son retour)...

Le romantisme Sudiste a souvent plus attiré les cinéastes que les visions Nordistes. C'est dommage, mais ça va souvent avec le western... Ici, on a donc trois personnages qui représentent, chacun d'entre eux, un aspect du Sud: Jennifer est une "Southern belle", une de ces femmes élevées dans la tradition d'une sorte d'élite, et qui étaient plus ou moins intouchables. Sans surprise, elle va en baver, puisque Slayton, dans sa folie de possession de la jeune femme, ira jusqu'au viol! Le bandit est étonnant, dans la mesure où Walsh en a presque fait un personnage de premier plan, un jusqu'au-boutiste qui accumule les cadavres autour de lui, dans une fuite en avant qui confine à l'escalade meurtrière pure et simple. Il se conforme à l'image des Jayhawkers, ces soldats sudistes qui refusaient l'armistice et continuaient "leur" guerre dans l'illégalité en allant jusqu'à devenir des bandits. Ils ont bien sûr, pour beaucoup d'entre eux, émigré vers le Sud-Ouest, pour y semer la terreur, et profiter de la porosité de la frontière. Enfin, Rock Hudson qui revient une troisième fois travailler avec Walsh incarne une certain esprit pionnier des Sudistes venus trouver une nouvelle vie et repartir à zéro dans l'ouest. Il aspire à la paix, mais va être obligé par les circonstances à reprendre les armes...

Voilà qui fait au moins un film distrayant, et dans lequel les hommes et les femmes se définissent dans l'action. Un film à demi achevé, mi-programme de complément, mi-western symbolique. C'est peu, mais on s'en contentera...

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Western
27 juin 2019 4 27 /06 /juin /2019 11:37

1896: John Wesley Hardin (Rock Hudson) sort de prison, et sa première visite sera pour le journal local: il y dépose son histoire, celle d'un hors-la-loi paradoxal, et le rédacteur en chef entame de suite la lecture qui s'avère passionnante: on y apprend comment Hardin, à peine sorti de chez son père qui l'a élevé à la dure, a tué un homme durant une partie de poker, mais en légitime défense... Pourchassé pour un crime qu'il estime ne pas en être un, désireux de s'affranchir de la conception morale rigoriste de son père, Hardin a aussi deux femmes dans sa vie: la gentille Jane Brown (Mary Castle), sage et réfugiée sous l'aile protectrice mais sévère du pasteur Hardin le père de Wes, et Rosie la fille de saloon (Julia Adams), qui sait très bien qu'elle vient après Jane dans le coeur du fougueux outlaw, mais ça ne l'empêche pas d'espérer... de jeu en évasion, de fusillade en poursuite, John Wesley Hardin tente d'échapper à une loi à laquelle il ne croit plus...

On se rappelle de George Custer: pas le vrai, celui que Walsh a concocté avec Errol Flynn; un maverick, un homme sans scrupules qui cherchait à compter quand même dans l'écriture de l'histoire des Etats-Unis. A sa façon, le John Wesley Hardin de Walsh, héros populaire dont on nous dit et on nous répète que certes il a tué des hommes, mais c'était lui ou eux, est un personnage totalement Walshien, un homme qui se définit par son action d'abord, mais qui paiera quand même sa dette à la société. Certes, c'est un peu manichéen, d'autant qu'à chaque choix, Hardin se retrouve confronté uniquement à l'adversité: la blonde ou la brune? la loi "divine" et forcément trop stricte de Papa Hardin, ou la loi aveugle de l'Ouest en devenir?

Mais Walsh maintient, après quelques films un peu trop lâches, une sorte de rigueur morale autour du personnage de Wes Hardin, auquel Rock Hudson et son manque total de flamboyance finissent par donner le meilleur des visages: un homme simple, aspirant au bonheur, mais sûr de son bon droit... Tout en étant soumis dans une évolution salutaire au doute de l'âge adulte. Et le doute ici est apporté par l'amour d'une femme, interprétée avec intelligence par Julia (Future Julie) Adams, elle aussi une créature totalement Walshienne. Il y a, dans l'amour entre Rosie et Wes, une série de réminiscences formidables, on y retrouve le couple Lupino-Bogart de Hugh Sierra, ou encore Virginia Mayo et Joel McCrea dans son remake Colorado Territory; on pourrait aller jusqu'à tenter une comparaison avec Gloria Swanson et Raoul Walsh lui-même qui lui donnait la réplique (muette) dans Sadie Thomson, et constater que le metteur en scène à la réputation d'indicible macho se laisse ici aller à une représentation d'amour fou assez inattendue. Rien que pour ça, ces 83 minutes en Technicolor de western impeccable valent le détour!

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Published by François Massarelli - dans Western Raoul Walsh
22 juin 2019 6 22 /06 /juin /2019 10:08

Un bandit redoutable arrive dans une petite localité pour y dépenser le butin de son dernier méfait, mais il y découvre une belle chanteuse, et décide de la kidnapper. Poursuivi par un "posse", il va se retrouver confronté au justicier... Droopy.

C'est un classique, qui mélange certains aspects de The shooting of Dan McGoo (le numéro de la chanteuse face à un loup totalement excité qui fait rigoureusement n'importe quoi) avec une série de gags nouveaux qui sont autant de variations sur le western, un style que Tex Avery cette fois explore avec d'autant plus de bonheur qu'il le situe dans un paysage aride proche de son Texas natal...

 

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Published by François Massarelli - dans Western Tex Avery Animation
21 juin 2019 5 21 /06 /juin /2019 15:09

Mann, Jame Stewart, Borden Chase: un western qui naît, comme Winchester 73 de glorieuse mémoire, de l'alliance de trois bonnes fées qui travaillaient très bien ensemble. Le film est une épure, en même temps qu'une des premières incursions de Mann dans la beauté picturale particulière du Technicolor; le tout donne un western formidable, qui se place comme souvent avec cette équipe, sur le terrain miné de la morale face à l'esprit de la Frontière, incarné non seulement par James Stewart, mais aussi par Arthur Kennedy dans ce qui est peut-être son meilleur rôle.

Glyn McLintock, un aventurier en quête d'une nouvelle vie, accompagne un groupe de pionniers vers leur terre promise, et doit pour cela les guider dans le territoire hostile et changeant de l'Oregon. En chemin, il sauve un "collègue" de la pendaison, et celui-ci va les accompagner vers leur but, devenant un allié souvent précieux en raison de sa maîtrise des armes, mais aussi un homme dangereux par le fait que contrairement à Glyn, il n'a pas lui pris la décision de changer...

Une famille soumise aux dangers, un protecteur valeureux, un allié ambigu... Tout ce passe comme si cette montagne géante qu'on aperçoit dans un plan sur deux (et que dans des séquences hautes en danger et d'une beauté hallucinante, il va falloir grimper ou contourner) était justement là pour représenter une image marmoréenne de la justice ou de la morale: car c'est de ça qu'il s'agit: le camp du bien, avec les pionniers et le progrès communautaire et altruiste, ou le camp du mal, avec les aventures au jour le jour, la spéculation, l'alcool, le vol, le meurtre et le jeu; la menace des la prostitution sur une femme seule, l'attrait du bandit, la façon dont un homme peut être un ami un jour et un ennemi le lendemain, Mann nous rend tout ceci palpable en particulier grâce à l'équipe de choc formée par Kennedy et Stewart, qui sont géniaux.

Il n'y aura pas une minute de répit dans ce film qui incarne à lui seul toute la beauté et le classicisme des westerns de Mann: superbe, à voir absolument!

 

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Published by François Massarelli - dans Western Anthony Mann
21 juin 2019 5 21 /06 /juin /2019 11:38

Revenant deux années plus tard au personnage de Droopy qu'il avait créé pour Dumb-hounded, dans lequel le héros paradoxal se démultipliait pour rendre la fuite impossible à un bagnard évadé, Tex Avery rend une fois de plus hommage à un aspect du western, mais cette fois sur le versant Nord Ouest: ce film se passe en effet en Alaska, et se paie le luxe de ne pas vraiment développer une intrigue: en effet, à l'instar de son "pre-make" (Dangerous Dan McFoo à la Warner), The shooting of Dan McGoo ne raconte pas autre chose que l'arrivée d'un bandit, son installation dans un saloon, sa rivalité avec le héros et une bagarre... 

Mais évidemment, tout est une fois de plus dans la manière de le raconter: en détournant les codes du western (la table des tricheurs), en jouant sur les formes (la voiture étonnamment longue), sur le quatrième mur ("what corny dialogue") , et en ajoutant une petite touche de tradition, avec une chanson interprétée par une pin-up devant un loup conquis et chauffé à blanc... Bref, un classique, dans lequel les verres et les barmen jouent avec les lois de la physique, et Avery avec la censure tatillonne.

 

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Published by François Massarelli - dans Western Tex Avery Animation
16 juin 2019 7 16 /06 /juin /2019 11:08

On va le dire tout de suite, ce film est un remake de Objective Burma, mais transposé dans l'Amérique de 1840, il nous raconte un épisode probablement glorieusement faux de la guerre contre les Seminoles, une peuplade Indienne qui refusait la re-localisation que le gouvernement des Etats-Unis imposait aux tribus locales à chaque fois qu'on remodelait les cartes... C'est le futur président Zachary Taylor qui était à la manoeuvre lors des événements racontés dans le film, mais le militaire en charge des troupes dans le film, qui doivent rejoindre comme Errol Flynn et ses hommes dans le film de 1945, un point de ralliement mais risquent de se faire massacrer à tous moments, est le capitaine Quincy Wyatt (Gary Cooper), qui connaît bien la région de Floride où l'action se passe, puisqu'il y habite...

Côté pile, c'est un spectacle en Technicolor, débarrassé du message d'urgence du premier film tourné alors que la guerre du Pacifique continuait. Ici, c'est le plaisir qui est visé, celui du spectateur bien sûr auquel on offre des aventures dépaysantes, romancées, et vaguement crédibles. Wyatt est un personnage ombrageux mais valeureux, miné par la mort de son épouse Creek (oui, c'est un homme doté d'une ouverture d'esprit importante), et qui élève son fils, un tout petit Indien, à la dure mais avec amour. On lui a flanqué un "love-interest" assez bidon, en la personne de Mari Alden, qui n'est absolument pas Virginia Mayo... Et les notations sur la vie entre garçons dans la jungle, disparaissent au profit d'un côté boy-scout distrayant...

Mais côté face, ça reste un film mineur, distrayant certes, mais surtout réduit à ses passages obligés. Maintenant une vision de ce film à un âge tendre m'a sans doute donné envie de vivre ce genre d'aventures lacustres et aquatiques, mais je ne suis pas un grand fan de l'opportunité de me faire bouffer par un caïman... Bref: si ce presque western (pas de chevaux, et une action située fermement à l'Est) est plaisant, il confirme que Walsh commence à tourner en rond à la Warner à cette époque...

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Western
8 juin 2019 6 08 /06 /juin /2019 16:46

En cette fin des années 40, Walsh est amené à refaire ses propres films à la Warner: ce n'était pas spécifique au metteur en scène de Gentleman Jim, du reste: n'avait-il pas, avec Background to danger (1943) et They died with their boots on (1942), revisité Casablanca (1942) et The charge of the light brigade (1936), respectivement, tous les deux de Michael Curtiz? Et ce dernier n'avait-il pas à son tour, en 1944, partiellement refait Casablanca avec Passage to Marseilles

Mais si Walsh revisite en mode mou The strawberry blonde dans One Sunday afternoon (1948), il va mettre beaucoup plus de lui-même dans ce film: Joel McCrea y incarne Wes McQueen, un bandit qui s'évade de prison juste avant son transfert dans une grande ville, et cette évasion est favorisée par un ancien associé, dans le but de profiter de l'expertise de McQueen pour un cambriolage de train. Le coup va être réussi, mais tournera au désastre en raison de l'incapacité et de la duplicité des associés de Wes...

Dans High Sierra, impeccable film noir, Humphrey Bogart incarnait un bandit d'un autre âge qui tentait malgré tout de trouver s place au soleil, se trompait de muse, et finissait par trouver l'amour avec Ida Lupino, juste avant d'accomplir son destin au pied d'une montagne. L'Amérique semblait continuer sans lui, alors que dans Colorado Territory (dont le final grandiose reste le plus beau moment du film) on a le sentiment que le monde qui entoure Wes McQueen disparaît avec lui... A Ida Lupino, succède Virginia Mayo, qui est excellente en sauvageonne revenue de tout, avec une sensualité à fleur de peau; elle est la première d'une série de jeunes héroïnes avec lesquelles Walsh va pousser un certain nombre de coups de boutoirs sur la censure tatillonne des années 40 et 50...

Quant à ce film, qui raconte à peu près la même histoire mais entièrement adaptée au western, il ne s'imposait certes pas, et il n'apporte sans doute pas grand chose ni à l'histoire initiale, ni au personnage. La rédemption offerte au personnage, thème éminemment Walshien par excellence, passe ici par un don inattendu fait par les deux personnages principaux à une église, dont la cloche sonne au final... Sans doute Bogart est-il largement au-dessus de McCrea, mais cette fin à la fois baroque et digne finit par envelopper le film dans une vision de tragédie qui emporte tout sur son passage...

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Western
5 juin 2019 3 05 /06 /juin /2019 16:34

Au terme de six années de collaboration entre les deux hommes, Raoul Walsh et Errol Flynn ont donc tourné ce dernier western ensemble, un genre qui leur convenait à tous deux, mais dont il n'auront pas pu sacrifier très souvent l'un avec l'autre: l'unique autre expérience du duo en la matière est cette merveilleuse épopée, They died with their boots on. Flynn était content d'avoir échangé Michael Curtiz contre Walsh: il pouvait enfin sympathiser avec son metteur en scène et se sentait épaulé, plus que jeté dans l'arène, à charge pour les acteurs de se débrouiller sans le réalisateur. C'est du moins ce qu'ont ressenti de nombreux acteurs sous contrat à la Warner qui ont tourné avec le Hongrois génial mais ombrageux... 

Et puis Flynn en avait assez de jouer les Robin Hood, les vaillants Capitaines Blood ou les Aigles de mers, vertueux et dotés d'un code d'honneur même dans la piraterie! Certes, il allait jouer des héros avec Walsh aussi. Mais les personnages qu'il va interpréter dans ces sept films (sauf peut-être l'officier de Objective Burma, et l'Australien de Desperate journey) ont leurs zones d'ombre: Custer est épouvantablement vaniteux, Corbett manipulateur et porté sur une exagération systématique qui le met en avant en toutes circonstances; dans Northern pursuit, on soupçonne le canadien d'origine Allemande d'allégeance au nazisme; dans Uncertain glory, Jean Picard est une fripouille... Pire, c'est un assassin! mais à chaque fois, il va finir le film par une mort héroïque, ou a tout prendre, une rédemption bien assumée.

Et justement, la rédemption est un thème éminemment Walshien, qui l'a donc illustré dans Uncertain glory, mais aussi à travers Arthur Kennedy dans They died with their boots on, et on peut ajouter les héros de The roaring twenties, High sierra, et bien d'autres. Mike McComb, dans Silver River, en fait partie: il est un officier de la guerre civile qui a un jour pris une bien mauvaise décision, mais qu'il estimait juste. Il a brûlé la paie des soldats (un million de dollars) pour qu'elle ne tombe pas aux mains des hommes de Jeb Stuart (un officier Sudiste interprété au passage par Flynn dans Santa Fe Trail de Curtiz); mais le geste lui a valu promptement une dégradation, que McComb a fait suivre d'une descente aux enfers d'un style bien personnel: il est devenu en fondant un saloon, le maître du jeu à Silver River, une ville située près de mines d'argent, et dont il ne va pas tarder à devenir le  maître tout court...

Walsh choisit une narration parfois assez ironique, ayant sélectionné pour permettre au public de s'identifier (car il est difficile de s'identifier à Flynn dans ces circonstances) le personnage d'avocat interprété par Thomas Mitchell. Celui-ci prête sa bonhomie et son humanité au personnage, largement inspiré des rôles tenus par Mitchell chez Ford. Mais surtout, il va incarner la part positive de McComb, alors que ce dernier va multiplier les actes carnassiers: laisser le principal propriétaire minier se faire massacrer par les indiens, lui piquer son épouse (Ann Sheridan), et au final écraser toute opposition pour devenir le maître de la ville, allant jusqu'à promettre deux trois mots doux au président Grant, mais ces promesses ne seront pas tenues. Durant tout ce temps, Mitchell sera le baromètre de la popularité de McComb...

Sauf que dans l'ombre du spéculateur sas trop de scrupules, d'autres agissent, et ils sont pires. J'en profite au passage pour saluer la présence, comme dans tant de films parlants de Walsh, de Monte Blue, le grand acteur du muet, qui comme d'autres (Leo White qui est ici un barbier), a été sauvé de la misère par le metteur en scène qui lui confiant des apparitions dans presque tous ses films. Ici, son personnage de politicien est bien plus qu'une apparition. Et Walsh de nous montrer que si l'Amérique a souffert de la rapacité des hommes comme McComb, elle en a probablement eu besoin. Mais il réserve ses coups de griffe pour les profiteurs de tous poils, qui sont prêts à aller jusqu'au meurtre... 

Ainsi le film obéit-il à une sorte de structure en grandeur et décadence, suivie... de rédemption, bien sûr, car c'est dans l'ombre de son double positif, l'avocat Plato Beck, l'homme qui a osé briser les secrets du 'grand homme' McComb, que ce dernier va enfin prendre sa vraie place dans la communauté de Silver River, songeant enfin au bien commun et non à sa seule personne. A ses côtés, son épouse Georgia interprétée par Ann Sheridan. Du coup, le film prend son temps, mais Walsh fait monter la pression jusqu'aux dernières scènes, dans lesquelles l'intrigue se pare des couleurs sociales des plus belles heures de la Warner...

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Western
1 juin 2019 6 01 /06 /juin /2019 16:43

1867: un joueur qui vient de ratisser un certain nombre de notables dans une ville de la frontière, se retrouve coincé: s'il veut qu'on lui laisse la liberté, il devra accepter une mission dangereuse. Il doit enquêter incognito et trouver l'identité du voleur mystérieux qui dévalise la Wells Fargo depuis quelques temps. Systématiquement, les diligences se retrouvent détroussées, sans que quiconque s'en soit approché, et le seul indice est un petit poème, laissé au fond des coffres vides... Jim Wylie, qui tient autant à la liberté qu'à ses cartes, accepte et part pour Cheyenne, la ville autour de laquelle les derniers hold-ups ont gravité...

C'est l'histoire de Black Bart qui a inspiré le scénario de ce film. Charles Boles (1828 - ?) était en effet un citadin qui avait suffisamment de renseignements sur les déplacements des diligences, pour ensuite se servir lui-même, en opérant des attaques à main armées, très théâtralisées: il était masqué, et avait lui aussi cette petite manie de laisser de courtes poésies, souvent tournées autour d'une petite vulgarité. Mais on attendrait de Walsh un film enlevé, et... celui-ci ne l'est pas du tout.

Le problème, c'est la multiplication des problèmes justement: plusieurs femmes, plusieurs bandits, plusieurs bandes, plusieurs missions... et au milieu, une énigme qui finit d'en être une, car on apprend assez vite qui est ce "Poet" recherché par toutes les polices, et on en vient d'ailleurs à se demander comment ils ont fait pour ne pas comprendre! Tout cela n'est pas très sérieux, comme ce personnage principal mal défendu par Dennis Morgan, plus prompt à flirter sans vergogne avec Jane Wyman, qu'à faire son travail de héros. Et la confusion s'installe lorsque le "poet" que tout le monde recherche s'avère être un filou assez sympathique. C'est le problème lorsqu'un film cherche à lancer un bandit aux trousses d'un autre bandit. On se rattrapera avec d'autres westerns de Walsh, à n'en pas douter.

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Western
17 mai 2019 5 17 /05 /mai /2019 16:21

Avant de s'attaquer à ce qui est un admirable monument, considérons un instant l'histoire, la vraie. Celle avec un grand H... Quand Custer meurt à Little Big Horn, c'est la dernière chance d'un homme que la politique Américaine a sévèrement rejeté, qui a trop longtemps été considéré comme non fiable, et qui meurt d'envie de devenir le président des Etats-Unis. Militaire compétent mais impulsif, il a gagné des médailles pour le Nord durant la guerre de Sécession, mais la vie civile ne lui a pas été clémente. Il a vu d'un oeil de plus en plus jaloux le général Grant, ancien alcoolique notoire, devenir président en 1868, 'est s'est dit que son tour viendrait. Mais plus soucieux de son image, de sa publicité que de stratégie ou de plan à long terme, il n'a pas réussi à s'imposer... La bataille de Little Big Horn, c'est donc un cas atterrant de manque total d'intelligence, de forfanterie, et d'aveuglement, qu'une publicité posthume a transformé en sacrifice divin: la vérité, c'est que Custer refusait d'ouvrir les yeux devant le fait que ses 700 hommes, face aux milliers d'Indiens exceptionnellement unis entre trois branches normalement antagonistes, ne faisaient tout bonnement pas le poids, et que non, une fois confrontés aux demi-dieux blancs et blonds, les hommes rouges n'allaient pas battre en retraite. Il a donc, par sa bêtise, sur un coup de poker, envoyé plus de trois cents bonshommes à la mort, et forcé le gouvernement Américain, pour gérer la confusion qui s'ensuivit, à pendre des mesures encore plus féroces contre les Sioux vainqueurs... Bref, Custer, historiquement, est une nuisance, qu'on a trop facilement transformé en un héros... un peu à la façon d'un Napoléon, le chapeau à la con en moins...

Venons en au film, qui prend le contre-pied, s'assoit allègrement sur l'histoire, et propose un spectacle western de toute beauté. Walsh est un artisan de l'histoire, avec un petit h, il en a raconté toute sa vie, a aussi menti toute sa vie, comme tant d'autres, et ses contes ne sont pas près de nous lasser, donc on ne va pas, pour une fois, se plaindre, ou alors il faudrait jeter tous les westerns! Car je ne sais pas si vous le savez, mais un western, c'est forcément un ramassis de stupidité, et si ce film ment, c'est en nous montrant la politique politicienne qui n'hésite pas à s'asseoir sur un traité de paix avec les Indiens, pour protéger des intérêts privés... Ce 'est un mensonge que par déplacement, et si on fait de ce pauvre imbécile de Custer un chevalier blanc tentant de protéger les intérêts des Indiens, et se sacrifiant plutôt que de cautionner le mal qui leur est fait, interprété par Errol Flynn qui plus est, c'est historiquement faux, mais tout à fait valide de mon point de vue!

Donc, on suit Custer, de son arrivée à West Point en 1857 jusqu'à Little Big Horn, 19 ans plus tard. On voit comment le cadet incorrigible, impétueux, mais sympathique gaillard se voit dépêché à Washington avant la fin de ses études par les dirigeants de l'école comme un officier potentiel, et ruser pour obtenir un poste. On le voit changer la donne à Gettysburg, courtiser Olivia de Havilland, à laquelle je souhaite à nouveau un bon anniversaire puisqu'elle eu 100 ans hier, on le voit, et c'est Errol Flynn! Et Flynn plus Raoul Walsh, dont c'était la première collaboration, c'est un alliage fantastique. C'était un film, une fois de plus, prévu pour Michael Curtiz, mais Flynn y a mis son veto (Lassé de servir un metteur en scène certes génial, mais qui ne savait qu'aboyer sur les acteurs), et je pense que le film en a bénéficié: Walsh, depuis The birth of a nation sur lequel il était en charge de la coordination des batailles, est parfaitement dans son élément dans ce genre de film, et le montre en permanence. Tout ici est fait pour nous agripper, et ne plus nous lâcher avant la fin du film, qui bien sur passe par une spectaculaire et galvanisante reconstitution de la boucherie de Little Big Horn...

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Western Olivia de Havilland