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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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4 mai 2019 6 04 /05 /mai /2019 12:16

Situé dans la filmographie de son réalisateur juste après la plénitude de The Roaring Twenties, ce film est une toute autre paire de manches... Un contrat probablement signé avec la Republic et avec John Wayne, la toute nouvelle étoile montante du western en renouveau, alors que Walsh était encore incertain sur l'avenir de sa carrière. Du coup, s'il est évident que le metteur en scène s'est plus à mettre en images une petite communauté bourgeonnante de l'Ouest en devenir, l'intrigue de ce film lui a échappé, probablement par ennui, et on y décèle surtout la confusion des idées politiques de son acteur principal... Ce qui on le reconnaîtra facilement, n'est pas une bonne nouvelle.

The Dark Command est situé dans le Kansas des prémices de la Guerre de Sécession, alors que le Nord et le Sud affûtaient leur couteaux, et que certains territoires, dont le Kansas était le plus représentatif, se construisaient, sans avoir pleinement choisi entre défendre l'esclavage ou défendre l'Union. Un cow-boy (Wayne) vient s'y installer, et va devenir marshall, entrant en concurrence avec un maître d'école (Walter Pidgeon) acquis à la cause Sudiste, pour les beaux yeux de Claire Trevor.

Le maître d'école est un démarquage du personnage sulfureux de William Quantrill, un homme acquis à la cause du Sud, mais surtout attiré par le profit qu'il pouvait tirer de pillages peu scrupuleux. Dans ce film il se mue en un intellectuel frustré qui mesure mal sa propre volonté de puissance... Et Walter Pidgeon ne parvient pas à lui donner toute la puissance voulue, pour commencer, ce qui rend le film très confus. Mais surtout le personnage de Wayne, représentant la force angélique du minus habens (et fier de l'être), se place dans une glorification du débile profond, opposé à cet être maléfique, l'intellectuel, qui devrait nous faire rire si elle n'était constamment affligeante. On peut passer son chemin, ou regarder les trente première minutes, Walsh s'y est (un peu) amusé.

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Western
27 avril 2019 6 27 /04 /avril /2019 16:06

Ce western spectaculaire est à la fois la marque de l'intention d'un producteur (William Fox) et d'un metteur en scène (Raoul Walsh) de donner une véritable noblesse au genre, d'une part, et le chant du cygne des histoires de l'ouest sauvage telles qu'elles ont été contées durant les années 20: de The covered wagon à The Big Trail, en effet, c'est tout un pan du western "pionnier" qui se dessine, à l'opposé des films plus crus, plus intimistes, tournés par wagons entiers de bobines à la Universal depuis les années 10, mais aussi par Cecil B. DeMille ou Thomas Ince. Mais si ce courant a disparu, c'est effectivement non seulement au désintérêt du public (Three bad men, de Ford, avait été un relatif insuccès commercial alors que deux ans plus tôt The iron horse avait lui été un énorme succès), à la méfiance des producteurs qui sentaient passer la note, mais aussi et surtout à l'échec public de ce film qu'il le doit...

Une caravane massive se prépare à amener des pionniers vers l'Oregon, à l'assaut des rivières, forêts, tribus Indiennes, et montagnes qui leurs barrent la route. Celle-ci ne sera pas de tout repos, car en plus de tous ces dangers, l'homme qui conduit tout ce troupeau hétéroclite de pionniers, d'immigrants, et d'animaux, est un bandit, le redoutable Red Flack (Tyrone Power, Sr), assisté de son âme damnée Lopez (Charlie Stevens) et du joueur professionnel Thorpe (Ian Keith), un Sudiste qui semble fuir le Sud plutôt que d'y retourner... Heureusement, Breck Coleman (John Wayne) veille: c'est un homme attaché à la caravane pour faciliter les échanges et le dialogue avec les populations Indiennes, et il est droit, franc, et a en plus un compte à régler avec Flack et Lopez... de plus, il s'intéresse de près à la jolie Ruth Cameron (Marguerite Churchill), l'une des pionnières du convoi...

C'est merveilleux: non seulement dans ce film à la durée spectaculaire, tourné en écran large (Le procédé 65mm Grandeur, un ancêtre du 70mm et du cinémascope), on assiste avec bonheur à tous les passages obligés de ce type de récit, racontés de main de maître par un génie du cinéma d'action, mais ce dernier a réussi à convaincre le studio de lui laisser carte blanche. Ainsi, dans une production hallucinante qui oblige déjà l'équipe à véhiculer des chariots, des troupeaux, et des gens sur des routes aussi proches des pistes originales que possible, à tourner en séquence c'est à dire de façon chronologique afin de profiter au mieux des paysages et de permettre aux acteurs un certain confort dans la continuité de leur rôle, Walsh improvise des séquences entières lorsque le paysage l'inspire, et il s'imprègne en permanence de l'esprit pionnier! C'est un film qui a beau conter une histoire du XIXe siècle, on y retrouve l'exploit qui a consisté à faire ce film dans la magnifique nature Américaine, armé en prime d'un système de prise de vue qui était particulièrement inconfortable... Sans parler du son! Walsh passe son temps à se jouer de la difficulté de l'écran large, dont il fait de remarquables compositions, tout en maintenant sur deux heures un rythme soutenu.

Et cela va sans dire (C'est souvent la seule chose qu'on a à dire sur le film, et ça me semble un peu court tant son souffle épique est communicatif), Wayne est impeccable, ne se doutant sans doute pas qu'après ce rôle de premier plan dans un film spectaculaire, il serait obligé de passer 9 années au purgatoire des productions médiocres... Et Walsh d'ailleurs allait être aussi mal loti, comme du reste le western dans son ensemble. Mais ce film est tellement enthousiasmant (Contrairement à l'insipide Cimarron,de Wesley Ruggles sorti l'année suivante et qui en dépit d'un Oscar non mérité n'allait pas pouvoir inverser la destinée du western) qu'on lui pardonnera volontiers les menus défauts que sont une diction parfois embarrassante, le parlant n'en était qu'à ses débuts, et une tendance à se réfugier derrière le concept si douteux de la Destinée manifeste: cette idée selon laquelle la destinée de l'homme blanc était de redessiner les contours du monde en conquérant l'Amérique. Billevesées et conventions: on a un western, un vrai, un beau, un grand.

The big trail (Raoul Walsh, 1930)
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Published by François Massarelli - dans Western Raoul Walsh Pre-code
26 avril 2019 5 26 /04 /avril /2019 10:18

Fin décembre 1928, le film a été présenté et a été instantanément un triomphe: qu'on en juge: une année et quelques mois après The Jazz Singer de la Warner, la compagnie Fox pouvait se vanter d'avoir accompli une prouesse: un film 100% parlant, tourné en nombreux décors naturels et en son direct! Une obsession du studio, qui avait expérimenté sur plusieurs courts et moyens métrages avec les aléas du tournage parlant en extérieurs, et qui ne s'arrêterait pas là: The big trail (1930) est une épopée pour en témoigner.

Alors, Cummings ou Walsh, Walsh ou Cummings? Au départ, c'était le grand Raoul qui non seulement devait diriger le film, mais aussi interpréter le rôle du "héros" Cisco Kid. Quand il a eu un accident qui lui a d'ailleurs coûté son oeil, il a été remplacé par Cummings et le rôle a été repris par Warner Baxter. Maintenant, le film entier porte sa marque, à travers un certain nombre d'éléments: le picaresque, incarné ça et là par des acteurs qui sont ses copains (J. Farrell McDonald dans la séquence d'ouverture, James Marcus: tous deux composent des silhouettes de quidams inoubliables); les références à New York à travers le personnage de Edmund Lowe; et une multitude gags ethniques, références aux Irlandais, Chinois, Italiens, et Hispaniques qui peuplent l'Ouest de Walsh... 

Cette histoire de bandit au grand coeur, trahi par la femme qui l'aime mais qui s'en sort au prix d'un grand sacrifice, n'a bien sûr pas un gramme d'intérêt, et on en oubliera très vite les contours. Quand au reste, il remplit le contrat du film: ça parle. pas très bien, et les accents de Dorothy Burgess et Warner Baxter donnent envie d'abattre le troupeau, mais le public de 1928 a du être conquis! Reste la curiosité d'un film situé dans les grands espaces aux confins de Monument Valley et qui nous fait entendre les sons des chevaux, coups de feu et autres diligences. Le cinéma devait sans doute en passer par là.

11 années plus tard: Stagecoach.

 

 

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Published by François Massarelli - dans 1928 Western Raoul Walsh
1 avril 2019 1 01 /04 /avril /2019 18:42

Si les films muets de Ford sont parmi les nombreuses victimes Américaines du temps qui passe, des deux périodes, Universal et Fox, c'est la première qui a le plus souffert. Très peu des films tournés à cette époque (1917-1919), souvent en compagnie de Harry Carey, n'ont survécu.

Mais on le sait, depuis la découverte dans les années 70 d'une copie de Straight shooting, on possède encore quelques belles pièces... Mais peu ont survécu dans une version intégrale: témoin ce By Indian post, film de 1919 dont on pense qu'il totalisait deux bobines, et dont seule une copie divisée de moitié est parvenue jusque à nous.

C'est Lobster, comme souvent, qui a remis en selle cette comédie mineure, mais qui montre bien à quel point Ford était déjà en pleine possession de se moyens dès qu'il s'agissait de faire dans le picaresque, avec cette légère histoire de courrier volé et de cow-boy amoureux, interprétée par Pete Morrison. Le soin apporté à montrer la vie dans une communauté soudée malgré les bisbilles est un trait qui reviendra jusqu'à la fin de sa carrière... Et si la comédie ici ne vole pas très haut, elle reste, de par sa vulgarité roborative, proche de ces écarts grossiers assumés dont le metteur en scène conservera l'habitude d'émailler ses films jusqu'à la fin de sa carrière. 

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Published by François Massarelli - dans Muet John Ford Comédie Western
1 avril 2019 1 01 /04 /avril /2019 18:37

La redécouverte deBucking Broadway, un film de cinq bobines tourné en 1917, mais sorti en 1918, a permis de mettre la main sur un film qu'on qualifierait volontiers d'atypique aujourd'hui, si on oubliait qu'en ces années reculées, le western racontait des histoires souvent contemporaines...

Cheyenne Harry (Harry Carey) est amoureux de la fille du patron, mais celle-ci fuit à New York en compagnie d'un gandin, dont les intentions sont tout sauf honorables... Les cow-boys se ruent donc à New York, et font irruption sur Broadway pour récupérer la belle. une comédie donc, et empreinte de mélodrame contemporain typique, avec méchant à moustache! Le tout mâtiné de western, et bien mouvementé.

Mais le film possède aussi la grâce Fordienne en matière de représentation du groupe soudé de cow-boys, partageant tous l'amour de leur métier, des animaux. Un plan montre Harry et sa belle, chevauchant au premier plan, pendant que le troupeau s'étale au second plan. Un type de composition qu'on retrouve dans The searchers. Le lyrisme Fordien est déjà bien présent, savamment dosé, avec de grandes rasades de comédie picaresque, et des cowboys saouls qui chantent en choeur... Probablement avec l'accent Irlandais.

 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet John Ford Western 1917
3 février 2019 7 03 /02 /février /2019 16:32

A l'origine, je pense que ce film devait surtout être, dans l'esprit de son créateur principal David O. Selznick, une occasion de faire "un petit western", et en même temps un prétexte pour retravailler avec King Vidor, en souvenir de la petite escapade Polynésienne de Bird of Paradise (1932). Mais Selznick étant Selznick, ça a quelque peu dégénéré: plus de Technicolor, plus de stars, plus de scènes, plus d'érotisme bien lourd, plus de tout... Le résultat n'est pas, à mon sens, un film de Vidor. C'est du reste ce qu'en pensait le réalisateur lui-même. Ce n'est d'ailleurs pas non plus un film qu'il puisse totalement renier, le scénario reprenant un certain nombre de figures qu'on retrouve dans son oeuvre, et qui pour certaines allaient attendre un peu...

Pearl Chavez (Jennifer Jones), la fille d'un gentleman Sudiste déchu (Herbert Marshall), doit faire un voyage lorsque son père, condamné pour le meurtre de son épouse, est exécuté: il lui a conseillé d'aller chercher refuge chez une de ses anciennes amours, Laura Belle McCanles (Lillian Gish), mariée à un très riche et très irascible propriétaire terrien du Texas (Lionel Barrymore). Celui-ci n'accueille pas Pearl, pour moitié Indienne, d'un très bon oeil, mais ses deux fils Jesse (le gentil, interprété par Joseph Cotten) et Lewton (le méchant, incarné avec excès par Gregory Peck), eux, se réjouissent de l'arrivée de la jeune femme...

Ajoutons pour faire bonne mesure Harry Carey en avocat qui est en lutte ouverte avec le vieux McCanles au sujet de l'arrivée du chemin de fer, Walter Huston en prédicateur auto-proclamé, Charles Bickford en prétendant assassiné, et Butterfly McQueen en domestique de Laura Belle, et on pourra au moins reconnaître que la distribution est impressionnante. Seulement voilà, à trop vouloir refaire l'exploit de Gone with the wind, à trop reprendre des mains de ses réalisateurs (Vidor, mais aussi Dieterle, et il se murmure que Sternberg aurait aussi mis la main à la pâte) son jouet pour le remodeler indéfiniment, Selznick a commis erreur sur erreur... Et le film est excessif en tout. Parfois excessivement beau à voir en même temps qu'excessivement vide, avec trop de stars et trop de trop, on s'étouffe.

Tiens, justement: Jennifer Jones, comme d'habitude et plus que d'habitude, en fait trop. Et si Vidor a pu ressortir quelques idées du placard, et s'intéresser aussi à deux jusqu'au-boutistes qui préfigurent un peu les héros de The fountainhead (1949), il se noie sous le cahier des charges et surtout les aspects passionnels du film: chaque personnage porte en lui un rapport à la passion qui est différent: le vieux McCanles en est revenu, la dame Sudiste l'a vécue et souhaiterait y revenir, le fils raisonnable s'en tient précautionneusement à l'écart... Seuls Lewt et Pearl y succombent: lui volontairement, elle à son corps défendant. On ne s'étonnera pas que ça finisse mal; on ne s'étonnera pas non plus d'apprendre que Jennifer Jones et Selznick filaient le parfait amour: on ne voit que ça.

...Et Lillian Gish, bien sûr, pour l'un de ses rôles les plus substantiels d'après sa période muette. Une bonne raison de voir le film, en somme...

 

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Published by François Massarelli - dans Western King Vidor Lillian Gish
20 janvier 2019 7 20 /01 /janvier /2019 13:35

L'un des rares films de Francis Ford à avoir survécu, un court métrage d'une bobine dans lequel une jeune femme arrivée de fraîche date dans l'ouest est confrontée à un bandit dans une aventure excitante. Elle le rencontre dehors, et il lui vole un baiser, puis... il parie avec elle que le prochain baiser, c'est elle qui le lui dispensera de son plein gré! Quelques temps après, son automobile étant en panne d'essence, son frère part chercher du carburant pendant qu'elle se réfugie dans une cabane apparemment abandonnée... Mauvaise idée: c'est celle du bandit!

Grace Cunard joue la jeune femme, Francis Ford le bandit, sinon le frère de la dame est interprété par le tout jeune Jack Ford, un an avant qu'il ne devienne metteur en scène, et qu'il ne supplante son aîné qui n'allait pas tarder à survivre en jouant les poivrots chez son petit frère. Le film est parfaitement efficace, et d'une légèreté très enthousiasmante. Mais après avoir vu les films proposés par la Library of Congress, dont certains étaient justement dus au partenariat entre Cunard et Francis Ford, je pense qu'il faudrait attribuer à l'actrice-réalisatrice la confection de ce film, qui repose largement sur le point de vue de la jeune femme, bénéficiant de nombreux inserts montrant notamment ses réactions face au danger. Et on se trouve plus dans un genre de comédie western assez proche de la liberté de ton favorisée par Cunard (avec Ford) dans The purple mask...

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Published by François Massarelli - dans Western Muet Grace Cunard Francis Ford
29 décembre 2018 6 29 /12 /décembre /2018 08:33

Les historiens sont formels: de la bataille de Little Big Horn, historique à plus d'un titre, il n'y a eu aucun survivant parmi les blancs présents sur les lieux même de la bataille, juste des témoignages, le plus souvent partisans, mais aussi embarrassés: c'est la bataille qui n'aurait jamais du exister. Une charge suicide, celle d'un petit groupe d'hommes voués à y mourir, conduits par un fanatique idiot, persuadé jusqu'à la fin d'être supérieur aux Indiens, pourtant supérieurs en nombre, de par son appartenance à la communauté des blancs... Le film de Penn commence donc par un paradoxe: dans une maison de retraite, on interroge un vieil homme, Jack Crabb. Il a 121 ans, est il est un survivant des "guerres indiennes", ce qui a probablement poussé le journaliste qui l'interroge à le choisir. Mais si le vieil homme a l'air bien fatigué, il ne perd pas le nord, et intime l'ordre à son interlocuteur de se taire et de l'écouter: lui est un survivant, le seul blanc a avoir survécu au massacre. Il va raconter sa vie jusqu'à ce point de l'histoire situé en 1876...

Forcément, on a classé ce film dans la catégorie du "western révisionniste", du néo-western ou que sais-je encore: cette idée selon laquelle il y aurait un avant et un après dans le western. Mais un avant et un après quoi? Certes, on "traite" mieux les Indiens dans ce film que dans la majorité des films du genre tournés dans les années 50, mais on faisait des films sur les peuplades de l'Ouest dès les années 10: tout un pan de la production des films Biograph de David Wark Griffith y était consacré, et si Thomas Ince est passé dans l'histoire comme un abominable raciste militant dont les accointances avec le KKK ont été avérées, ses westerns montraient souvent une image juste et lyrique, profondément humaine; de l'Indien. On peut remarquer cette ouverture d'esprit chez John Ford, qui a toujours pris contact avec ses amis Navajo avant d'aller tourner chez eux, dans Monument valley, et... il a réalisé The searchers, en 1956. Bref: ce qu'il y a de nouveau dans Little Big Man, ce n'est pas tant le traitement des Indiens, mais le ton choisi. Et le fait d'avoir entièrement tourné un film autour d'un argumentaire pro-Indien, et anti-blancs... Mais il y a certainement plus...

Peu de temps avant ce film, en 1967 pour être précis, Penn avait tourné pour Warren Beatty le célèbre Bonnie and Clyde, qui contournait les codes du film de gangsters, avec un don impressionnant pour les ruptures de ton: les aventures de Jack Crabb seront elles aussi truffées de références à la comédie, et on pense en particulier à Tom Jones, à travers la narration souvent picaresque, et la composition de Dustin Hoffmann, qui traverse vingt années, d'abord enlevé par les Cheyennes en compagnie de sa soeur, puis élevé comme un des leurs par la tribus des "Etres humains" (le sens du mot Cheyenne dans leur langue), et profondément marqué par leur culture et leur philosophie, puis au gré des années, fils adoptif d'un pasteur rigoriste et de sa femme légèrement nymphomane, gâchette surdouée mais incapable de tuer un homme, scout dans l'armée (un éclaireur, le plus souvent d'origine Indienne), et enfin Cheyenne de nouveau... Durant tous ces avatars, Jack Crabb, qui emprunte là encore à la narration picaresque, rencontrera beaucoup de gens, parmi lesquels un bonimenteur vendeur de jus de serpent (Martin Balsam), la veuve de son prédicateur, devenue prostituée (Faye Dunaway), sa propre soeur, mais aussi deux figures historiques: Wild Bill Hickock (Jeff Corey), et le Général George Armstrong Custer (Richard Mulligan).

Un peu d'histoire: formé à West Point, Custer fait partie de ces jeunes loups de l'Armée Américaine, qui vont parvenir à leurs premiers commandements lors de la guerre civile. La réputation du jeune officier est imposante, dans l'ombre de son mentor, Ulysses S. Grant: pourtant les deux hommes ne s'aiment pas, mais alors pas du tout. Il est de notoriété publique que Custer, par ailleurs, est narcissique, sérieusement imbu de sa personne, et ambitieux, très ambitieux même; on lui prête des velléités présidentielles, même si peu de documents l'attestent. C'est durant le deuxième mandat de Grant à la Maison Blanche que Custer, qui est parti puis revenu à l'armée, et qui devient de plus en plus erratique, va devenir un agité particulièrement médiatique, publiant livre de souvenirs, tribunes politiques et revisites (à son avantage) de son expérience des guerres indiennes, publiées dans les journaux. Mais si l'idée était de se forger une destinée à coup de légendes (exactement ce qu'a fait Teddy Roosevelt pour accéder à la nomination en son temps), quoi de mieux qu'une bataille? Celle qui scellera la place de Custer dans l'histoire sera Little Bighorn, en 1876: réussissant l'impossible, à savoir faire l'unanimité des tribus contre lui et sa compagnie, Custer qui croyait dur comme fer pouvoir triompher de milliers de braves Indiens (Sious, Lakotas et Cheyennes) rien qu'avec une centaine de soldats (blancs) car il les croyait supérieurs, s'est fait écraser, entraînant près de trois cents morts dans son sillage. Il y a une justice: il en a fait partie, à sa grande surprise, d'ailleurs...

Et c'est sa part dans cette célèbre bataille que veut nous confier Jack Crabb. La question se pose, bien sûr: où était-il, dans quels rangs? Cheyenne, ou aux côtés de Custer, qui rappelons-le à l'époque jouissait de par son charisme d'une impressionnante cote d'amour (ce que montre et souligne Penn avec l'acteur Richard Mulligan)? Réponse dans le film, au terme de 140 minutes fantastiques... Sous la haute responsabilité de Dustin Hoffmann pour l'un de ses plus beaux rôles, qui le voit en cow-boy ET en Indien, jouer de sa petite taille (avec au passage une forte, très forte influence qui traverse certaines scènes, celle de Buster Keaton), et qui se rappelle aussi au bon souvenir des spectateurs de 1968 dans une réminiscence-clin d'oeil à son rôle alors célèbre dans The graduate de Mike Nichols...

Maintenant, si le film redistribue les rôles de l'Histoire, donnant une voix aux Cheyennes en la personnage du formidable Chief Dan George (qui joue le grand-père adoptif de Jack Crabb), il n'oublie pas non plus l'histoire récente, et le traitement d'un massacre par le 7e de cavalerie des femmes et des enfants d'un campement Indien, est certainement aussi une allusion directe à l'histoire récente, et au Vietnam, notamment au massacre de My Lai. Une tache particulièrement sordide de l'engagement militaire des Américains au Vietnam, qui doit sérieusement résonner dans l'esprit des spectateurs qui voient le film en 1970: ils seront nombreux, puisque Little Big Man est un triomphe, parfaitement documenté, passionnant de bout en bout. Et ce n'est finalement pas un "néo-western", un film "révisionniste", mais tout simplement un prolongement inévitable du genre, devenu à juste titre un classique à son tour.

 

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Published by François Massarelli - dans Western Arthur Penn
27 décembre 2018 4 27 /12 /décembre /2018 10:03

Retrouvé en Grande-Bretagne, ce film de 1912, d'une durée d'une seule bobine, est en fait amputé de son début, et c'est dommage: nous sommes ici aux antipodes du style de comédie d'Alice Guy, généralement situées dans le cadre rassurant de la proche banlieue de New York, et concernant des querelles familiales autour d'un mariage. Two little rangers nous montre la vie d'une petite communauté de l'Ouest, alors que la population se ligue contre un bandit, et le travail principal est effectué par une jeune femme et une petite fille, qui font preuve d'un courage exceptionnel. Typiquement, le bandit aurait commencé, si on en croit les résumés publiés de la première partie, par battre son épouse, donc le film rejoint un courant proto-féministe, comme du reste beaucoup des films d'Alice Guy, même si c'est souvent un peu en contrebande... 

Un autre aspect notable de ce western des temps héroïques, c'est l'impressionnant choix des décors, qui permettent au film de profiter d'un suspense formidable. Et il est évident, même si on sait avec l'expérience des films d'Harold Lloyd que la hauteur d'un précipice ou d'un building est souvent exagérée voire simulée par le choix de placement de la caméra, que les cascades effectuées pour ce film étaient sans doute assez gonflées: voyez cette photo.

 

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Published by François Massarelli - dans Alice Guy Muet Western
24 décembre 2018 1 24 /12 /décembre /2018 16:23

Pat Halahan (Harry Carey) aimerait beaucoup se marier, mais il est le shérif d'une petite bourgade de l'Ouest, et on a besoin de lui. Mabel (Majel Coleman), la femme qu'il aimerait épouser lui fait comprendre qu'elle voudrait retourner en ville, et il comprend très vite que la seule chose qui l'intéresse est l'argent. Quand il se retrouve avec un peu de fonds, il décide d'aller prendre du bon temps à San Francisco... seul avec son chien. C'est là qu'il va faire la rencontre inattendue d'une voleuse charmante (Lillian Rich), qui elle ne demande qu'une seule chose: la vie au grand air... Mais le patron (Francis Ford) de la demoiselle ne l'entend pas de cette oreille, et il va falloir ruser pour pouvoir sortir Faith de sa vie de crime...

C'est un revenant, un de ces films qu'on a longtemps crus perdus, qui revient tout à coup, dans une copie certes incomplète, mais qui correspond à une condensation du récit sortie en Europe en 1925. Un film qui n'a rien d'un classique, c'était plus un complément de programme destiné à lancer une nouvelle série de logs métrages de comédie avec Harry Carey. Ca n'a pas du marcher très fort, mais c'est étonnant: d'une part, le film est très distrayant, joué à la perfection et photographié avec goût, les décors (et l'ambiance particulière) de San Francisco sont plutôt bien rendus, et d'ailleurs une partie du film y a été filmée. 

Ce type d'histoire (dont l'argument vient de Carey lui-même) a déjà été l'objet de plusieurs films: dans Bucking Broadway de John Ford, Carey lui-même quittait l'ouest pour venir à la grande ville secourir une jeune femme qui était tombée dans les pattes d'un escroc, et dans Go West, Buster Keaton revenait à la grande ville qu'il avait quittée avec un troupeau... Mais la grande surprise, au-delà du plaisir de retrouver Francis Ford ou Sojin Kamiyama, des à-côtés comiques du récit (toute une portion située dans un hôtel où un quiproquo persuade un homme irascible que Carey est l'amant de sa femme), du charme de Lillian Rich, c'est quand même le talent pour la comédie de Harry Carey, le mauvais garçon au coeur tendre des premiers films de John Ford. Il est excellent... Restauré en grandes pompes et montré au printemps dernier à San Francisco,le film est désormais visible en streaming sur le site de la NFPF, la National Film Preservation Foundation...

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Published by François Massarelli - dans 1925 Muet Western Comédie