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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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7 janvier 2018 7 07 /01 /janvier /2018 18:41

Tourné en Arizona, principalement à Monument Valley, le très beau film de John Ford prétend pourtant dès le départ être situé au Texas. C'est d'ailleurs visible: les sommets étonnants des gros géants de pierre, l'ocre poussiéreux du sol, l'aridité des paysages: on n'est pas au Texas. Donc avec ce film, Ford a décidé de jeter une fois pour toutes la vraisemblance géographique pour laisser libre cours à son lyrisme visuel.

Au Texas, en 1868, une famille de fermiers installés à l'ombre des grands canyons voit revenir Ethan, le frère d'Aaron, le père de famille. Soldat du Sud vaincu, Ethan revient, mais pas de la guerre; amer, il n'a jamais reconnu la victoire du Nord de 1865. Bien qu'officiellement non-engagé, le Texas a envoyé beaucoup de ses enfants du côté du Sud durant la guerre de Sécession... Ethan, qui a donc mis trois ans à revenir au bercail, est d'ailleurs souvent présenté comme un hors-la-loi en fuite; il a sur lui de l'argent non marqué, donc probablement volé au gouvernement, et il se peut même si ce n'est jamais dit, qu'il ait été un Jayhawker, un de ces soldats sudistes qui se sont enfoncés dans l'illégalité et le terrorisme à la fin de la guerre par jusqu'au-boutisme. Le personnage joué par John Wayne ne laisse jamais passer une occasion de rappeler son engagement dans la confédération des Etats du Sud... Mais Ethan vient se ressourcer en famille, auprès de son frère Aaron, de sa belle-soeur et de leurs trois enfants, Lucy, Ben et la toute jeune Debbie. Mais un groupe de Texas Rangers viennent réquisitionner Aaron pour enquêter sur les exactions d'un parti d'indiens; Ethan part à la place de son frère, mais durant leur absence, la famille Edwards est attaquée par des Comanches. Aaron, Martha et Ben sont massacrés, mais les Indiens ont emmené les petites Debbie et Lucy. Ethan part alors à leur recherche, avec Brad Jorgensen, le fils des plus proches voisins, et Martin Pawley, un jeune homme d'origine métisse recueilli par Aaron edwards après qu'Ethan l'ait trouvé. Les recherches vont être longues, et compliquées par la mort du jeune Brad, et les conflits de plus en plus fréquents entre Ethan qui considère que si les jeunes filles ont été abusées, elle n'ont plus qu'à mourir, et Martin qui pense fort différemment...

L'ouverture est célèbre, et trouve un écho tout aussi connu dans une fin qui éclaire le personnage d'Ethan d'une dimension symbolique. Ethan Edwards, symbole d'un monde disparu dans une société qui ne demande qu'à tourner la page, est un homme de parole, mais aussi de principes. Au capitaine des Texas Rangers, le révérend Clayton (Ward Bond), il rappelle qu'ils ont tous deux juré fidélité à la confédération, mais que Clayton a tourné sa veste en travaillant pour les Texas Rangers. Mais Ethan, qui admet de lui même qu'il 'ne croit pas à la reddition', est surtout obsédé par une haine farouche à l'égard des indiens. Celle-ci se manifeste la première fois lorsqu'il est attablé avec sa famille au début du film, et que Martin Pawley (Jeffrey Hunter) entre. Sans aucun mot d'affection pour celui dont il a pourtant sauvé la vie, il dit tout simplement qu'il ne l'a pas reconnu, et qu'il avait juste cru voir entrer un métis. Leurs rapports sont systématiquement marqués par la volonté de Edwards de taquiner, rabaisser l'autre. Puis, Ethan, qui connait bien les Indiens, leurs coutumes, leurs langages, profane un cadavre en lui crevant les yeux, dans une scène qui fait froid dans le dos. Enfin, bien sur, il devient de plus en plus obsédé par l'idée de tuer sa nièce Debbie (Natalie Wood), la seule survivante des deux captives, parce qu'elle est désormais compromise, étant devenue l'une des épouses du chef Comanche.

Cette obsession raciste est d'autant paradoxale qu'Ethan, très loquace sur ses principes, a pourtant manifestement bien intégré non seulement les bases de la civilisation Comanche, dont il est un expert, mais plus encore dont il a adopté diverses coutumes. Son fusil est protégé par une gaine de peau, à frange et à motifs des Indiens du désert, où il a peut-être séjourné (On sait qu'il vient de Californie, officiellement, au début du film); il porte pour dormir des mocassins faits main, etc. Et lorsqu'il rencontre le chef Scar, ou Cicatriz en Espagnol, il lui dit, entre ses dents: "Tu parles bien l'Anglais pour un Comanche. Quelqu'un te l'a appris?", faisant ainsi allusion à la présence d'une blanche parmi les Indiens. Mais Scar rétorque: "Tu parles bien le Comanche. quelqu'un t'a appris?" La clé de cette répartie, c'est peut-être la découverte quelques minutes plus tard d'un scalp dans la collection de Scar, celui de la mère de Martin. Celui-ci serait-il le fils d'Ethan et d'une métisse? Celle-ci aurait-elle été assassinée par un Comanche? Ces questions ne sont soulevées que par un spectateur attentif, au vu de la haine déraisonnable d'un Ethan par ailleurs très chatouilleux sur sa famille. Ayant vu la jeune Debbie se comporter en Squaw, il la déshérite illico au profit de... Martin Pawley. Et il interrompt les funérailles de sa famille pour aller tuer les Indiens le plus vite possible. Enfin, au terme d'une quête longue et douloureuse, tenant Debbie dans ses bras pour la tuer, il reconnait enfin la jeune femme comme sa nièce, et prononce enfin les mots de l'apaisement: "Let's go home, Debbie..."

A ce personnage aveuglé et par ses principes, et par une rancoeur qui ne s'arrêtera jamais, Ford oppose une communauté fragile mais ténue, de fermiers tous éloignés les uns les autres par des kilomètres de désert. Ces gens sont tenaces, et les femmes le sont encore plus; outre Martha, il faut citer Ma Jorgensen, une ancienne institutrice qui a des belles visions d'avenir d'un Texas enfin acquis à la paix, ou encore sa fille Lucy, amoureuse de Martin Pawley mais qui est prête à se marier à quelqu'un de plus stable, fut-il cette grande andouille de Charlie McCorry (Ken Curtis). Tous ces gens ont appris à faire des compromis, réunis derrière le révérend Clayton. Ils acceptent le changement, le progrès, et on voit leur volonté d'aller de l'avant dans leur vie quotidienne, à travers ces gestes simple que Ford se plait à mettre en valeur... Le bonheur du révérend devant les embrassades des ados et les jeux des enfants, le désir d'un rocking chair, la mise en place d'une liaison postale, et d'une vie sociale symbolisée par un  mariage qui va tourner court. Et une fois de plus, Ford se plait à faire jouer ensemble ces deux magnifiques acteurs que sont Wayne et Bond, en les opposant, créant des étincelles. C'est tout son monde (John Qualen, Harry Carey Jr, Olive Carey, ou encore Mae Marsh pour quelques secondes...) qu'il a réuni dans ce film qui est aussi une chronique d'un monde en construction, dont Ethan, résurgence d'un passé guerrier et haineux, est à la fin irrémédiablement exclu. Il le sait, et laisse tout le monde entrer chez les Jorgensen, restant à la porte pendant que Debbie est enfin accueillie chez les siens. On notera aussi un sous-texte intéressant dans un genre réputé si clairement raciste, dans un film apparemment ambigu à ce sujet: contrairement à ce chef Comanche certes cruel, Ethan lui n'est pas prêt d'accepter le mélange des races. Cette obsession de pureté est d'ailleurs une obsession des blancs, qui vont se doter durant le 19e et le 20e siècle de lois ignobles d'interdiction de mariage inter-racial: pas tendances à tout cloisonner chez les natifs, qui n'avaient eux aucune obsession du pedigree... D'ailleurs Ford qui s'est plu dès les années 20 à donner à des natifs (notamment ses copains Navajos) le rôle des Indiens dans ses films, semble souligner en permanence les yeux bleus et le visage Caucasien de Scar, un chef Comanche qui pourrait bien lui aussi avoir été enlevé aux siens, avant de devenir le chef d'une tribu.

Si l'habillement et l'équipement de Wayne font allusion au métissage, comme on l'a vu, ce métissage est de plusieurs ordres: ainsi, les habits portés par le comédien dans sa première scène sont un mélange détonnant, cape sudiste et pantalon plus jaquette nordiste, sont les témoins d'un passé tumultueux. La recherche, située sur plusieurs années, voit les deux hommes faire beaucoup de kilomètres, depuis le nord (Très belle scène neigeuse dans un sous-bois), jusqu'au Sud, à la lisière du Mexique. Mais Ford se plait à décliner d'autres mélanges, d'autres proportions: les matières naturelles, si nombreuses à monument Valley, sont mises à profit, et on verra beaucoup de poussière, de terre, de sable, mais aussi de boue et d'eau dans ce film. D'une part parce que les Comanches, comme les blancs qui construisent près des points d'eau, suivent les rivières; ensuite, l'eau est la denrée rare de ces contrées semi-désertiques comme se plaisent à nous rappeler certaines scènes. Mais aussi parce que l'eau, qui envahit tout, et qui est présente dans chaque scène, est ici aussi un symbole de passage, de vie, et de mélange. Ethan Edwards, si obsédé par la pureté de la race, devra accepter, laisser couler le flot, ou mourir. Dans la dernière scène, il s'exclut de lui-même... Et laisse enfin vivre les autres.

Pour finir, je sais que Marion Morrison dit John Wayne a fort mauvaise presse; cet homme de droite avait sans doute, pour les jeunes des années 60, du culot d'être encre en vie à l'heure de changer la société de fond en comble. Oui, sans doute certaines idées d'Ethan Edwards sont-elles inexorablement celles de l'acteur. Il n'empêche: celui qui a amené ses propres vêtements, ses propres habitudes de gentleman ranchero Texan au personnage complexe de vétéran habitué à la vie à la dure dans les déserts de l'ouest, a toujours exprimé sa fierté d'avoir incarné un personnage aussi complexe et aussi dur, dans un tel film, qui a toujours eu, du reste, sa préférence.

 

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Published by François Massarelli - dans John Ford Western
29 décembre 2017 5 29 /12 /décembre /2017 09:53

The squaw man (1914) est sans doute loin d'être le meilleur film de son auteur, mais c'était le premier, d'où sans doute cet attachement à l'histoire: le metteur en scène l'a refait deux fois... La première fois, c'était en 1918 avec Elliott Dexter pour la Paramount. Peu de temps après le flop de The whispering chorus, DeMille s'était résolu à abandonner toute prétention, et à tourner des films faciles: comédies, mélodrames, et... remake. Le Squaw man de 1918 est perdu, à l'exception semble-t-il de sa dernière bobine. 

En 1931, à la fin d'un court passage à la MGM suite à l'arrêt des activités de sa compagnie indépendante, DeMille se tourne une fois de plus vers cette histoire adaptée d'une pièce de théâtre, et réalise ce qui est sans doute l'un des pires films de sa carrière...

Il me faut une petite trentaine de mots pour établir ceci: un héritier d'une famille aristocratique Anglaise fuit un amour malheureux en endossant la responsabilité d'un scandale qui implique la mari de la femme qu'il aime, et il vient s'installer dans l'Ouest Américain... Il a fallu environ une trentaine de minutes à DeMille, qui en plus s'emmêle les pinceaux en nous montrant l'Angleterre: Warner Baxter et Eleanor Boardman, vraiment? Bon, j'admets que l'Anglais Roland Young a au moins l'accent adéquat, mais le simple fait de faire dire à des acteurs des "rather" et des "oh, really" toutes les vingt secondes ne va pas nous convaincre pour autant... ces trente minutes sont un calvaire...

...tout comme les 75 qui restent, durant lesquelles Baxter rencontre une jolie indienne avec laquelle il a un enfant, et le fait que ce soit Lupe Velez n'arrange pas les choses: on lui a donné du dialogue. Si on veut: on l'entend distinctement dire à Baxter: "Fire... Good". Dans la bouche du monstre de Boris Karloff, ça allait, mais là...

Bref.

Même avec J. Farrell McDonald, même tourné partiellement en Arizona, ce western est d'un ennui mortel.

 

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Published by François Massarelli - dans Western Pre-code Cecil B. DeMille
17 décembre 2017 7 17 /12 /décembre /2017 14:13

Lo Dorman est un métis, comme le titre l'indique ("half-breed") et le film, tourné pourtant la même année que Manhattan madness, His picture in the papers, The mystery of the leaping fish ou d'autres comédies avec Douglas Fairbanks, est un western dramatique, pas éloigné du ton de certains films de William S. Hart avec ses figures de marginaux, rejetés par "les braves gens"... 

Le personnage interprété par Fairbanks est donc le fils d'une indienne Cherokee, qu'elle a eu avec un mystérieux homme blanc, qui a bien sûr abusé d'elle (Il l'a "trahie", comme on disait à l'époque). Cet homme, nous aurons le privilège de le connaître, mais Lo Dorman (Ou Sleeping Water, l'anglicisation du nom Français donné au petit, L'eau Dormante), lui, n'en saura rien. Il vit dans les bois, élevé "comme un homme blanc" par un ermite selon le désir de sa mère qui s'est suicidée après avoir confié son fils. Mais il va surtout grandir au milieu des séquoias, dans la forêt, bien à l'écart de la petite communauté tranquille. Et dès le départ, Dwan se fait lyrique en opposant la nature, merveilleuse, et la ville à travers son lieu le plus emblématique: le saloon... On y joue, on y boit, et la présence de nombreuses femmes assises là, ne laisse aucun doute.

Pourtant, dans cette ville, le pasteur Wynn (Frank Brownlee) s'est installé, bien déterminé à faire revenir les brebis égarées dans le droit chemin. Il nous serait presque sympathique, d'autant q'il prend le taureau par les cornes en allant chercher les pêcheurs là où ils sont. Et s'avisant pendant un service de la présence de Lo Dorman à l'écart, il l'invite à rejoindre la congrégation... Mais il sera aussi le premier à s'offusquer lorsque le métis osera s'afficher aux côtés de Nellie Wynn (Jewel Carmen), la propre fille du pasteur.

Dwan a réservé à Jewel Carmen une impressionnante arrivée de star, bien qu'elle n'est pas vraiment la principale actrice du film: on la voit arriver en gros plan, d'abord sur ses chaussures, puis sur sa robe de Belle du Sud, et enfin sur sa coiffe, avant qu'elle ne relève la tête. Mais cette entrée en matière n'est là que pour annoncer la vanité, voire la suffisance du personnage de péronnelle qui n'aime rien tant que jouer avec ses prétendants... Et avec le feu. Lo Dorman se met au ban de la société parce que lui, le métis, a cru pouvoir développer une amitié avec la belle jeune femme. Et on ne lui pardonne pas d'oser vouloir "sortir de sa race". 

Le film n'est pourtant pas qu'un plaidoyer contre le racisme, on est en 1916, et ça ne se fait pas encore. Lo Dorman trouvera une autre âme soeur, en la présence d'une autre femme, Teresa (Alma Reubens) elle aussi de sang-mêlé, Anglo-Mexicaine cette fois, qui d'ailleurs est impulsive, et plus aventureuse que ne le sera jamais la fille à papa citée plus haut. Quand elle rencontre Lo Dorman, elle est en fuite après avoir poignardé un homme qui l'avait trahie. Mais là où Dwan réussit, c'est dans le fait de nous montrer la division sociale de la petite communauté qui tente d'établir des règles Victoriennes de bonne conduite, tout en pratiquant un ostracisme flagrant, et en confiant par-dessus le marché le bon fonctionnement de la loi à Dunn (Sam De Grasse), un salaud qui a violé une femme.

Oui, c'est le père...

Alors, entre l'hypocrisie de la petite ville en devenir, et la beauté majestueuse des séquoias, comment s'étonner que Lo Dorman, Douglas Fairbanks, ait choisi de rester un homme des bois? Il se condamne à rester à l'écart, flanqué d'une femme qui l'aime sans doute parce qu'elle est bien obligée de se contenter de lui. Le film est très amer, et passe facilement, du début à la fin, du lyrisme naïf associé à Fairbanks (Doux comme un agneau, et aussi dénué de mauvais sentiment qu'un enfant qui vient de naître, il fallait un Douglas pour qu'on puisse y croire!), à l'hypocrisie et au cynisme.

Ce film dur, essentiel dans la longue liste des oeuvres de l'acteur (et qui porte en lui des thèmes très personnels, et qui reviendront souvent, autour de la notion d'illégitimité), est un des produits de la pêche miraculeuse de Dawson City, dans les années 70, lorsqu'on a retrouvé un certain nombre de films muets perdus, conservés dans les glaces de cette farouche cité du nord canadien. Deux bobines 35 mm ont été retrouvées, auxquelles on a pu ajouter divers matériaux conservés un peu partout, et qui aujourd'hui nous permettent de posséder un film très important, aussi bien pour Fairbanks que pour le metteur en scène: Dwan, on le sait, s'impliquait beaucoup dans ses films, et cette préfiguration de nombreux de ses westerns le prouve de manière éclatante.

Et pourtant, il sera un flop sans appel, qui va décider l'acteur à ne jamais ou presque sortir de sa formule (Telle qu'il l'avait peaufinée avec The good bad man, quelques mois avant ce film) qu'il adaptera ensuite à ses intrigues, puis à ses héros.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Allan Dwan 1916 Western Douglas Fairbanks
3 décembre 2017 7 03 /12 /décembre /2017 10:32

Revenir au western, pas une mauvaise idée: d'une part, contrairement à ce qui se passait au début des années 30, le genre a enfin réussi à redécoller, et le public marche. Et puis pour l'éternel showman qu'est DeMille, c'est une occasion de sortir tous ses atouts: histoire épique, décors grandioses, destins plus grands que nature, et gros sabots... Le tout mâtiné d'une influence certaine de John Ford, mais aussi d'un bon gros fond d'idéologie: la "destinée manifeste" souvent présente dans ses films, de Unconquered à ...The greatest show on earth.

Le destinée manifeste: c'est ce sentiment quasi-religieux qui naît dans l'Amérique entreprenante du 19e siècle, selon lequel les Etats-Unis auraient été créés justement pour s'étendre. Ce serait donc le destin de tout Américain de vouloir aller toujours plus loin vers l'ouest, et accomplir la mission divine. Bien sûr que c'est une vaste connerie, et bien sûr que ça justifie le vol des terres, les conflits territoriaux, et par dessus le marché le génocide des Amérindiens! Mais c'est aussi une sorte d'épiphénomène du progrès. Et ça n'a rien d'exclusivement Américain: le premier colonisateur venu qui a posé les pieds en Algérie ne pensait pas autrement.

Bref: un western, situé dans le cadre de la construction de la ligne de chemin de fer... La compagnie Union Pacific doit rejoindre la Central Pacific, l'une construisant l ligne depuis l'est, l'autre depuis l'Ouest. Le "général" Dodge, mandaté par Washington, est l'autorité bienveillante qui supervise la bonne marche des travaux, et il est assisté d'un homme droit et loyal, Jeff Butler (Joel McCrea). De son côté, le banquier Barrows qui a intérêt à ce que Union Pacific soit en retard, s'assure les services d'un bandit, Sic Campeau (Bryan Donlevy) assisté d'un 'gentleman de fortune, Dick Allen (Robert Preston). Leur mission est de tout faire pour retarder l'avancée du chantier. Mais d'une part Dick Allen et Jeff Butler sont amis. Et d'autre part ils vont vite tomber amoureux de la même femme, la jolie Irlandaise Mollie Monahan (Barbara Stanwyck).

Déjà, Stanwyck dans un western, on réserve sa place... Et si le film doit beaucoup (mais alors beaucoup) à The iron horse, et à son atmosphère épique, DeMille n'est pas Ford, et son sentimentalisme n'est pas de la même eau. Chez lui, c'est factice, et c'est évidemment l'aspect le plus irritant du film. Mais c'est aussi le seul, car si une fois de plus le showman n'a pas fait dans la dentelle, il faut bien avouer que ce Union Pacific de 135 minutes est un show; un western avec tout ce qu'on attend d'un western, à une époque où on redécouvrait le genre à la faveur des contours esquissés par John Ford avec Stagecoach. Bref: on s'amuse, on se distrait, et tout finit bien... Et c'est sans doute le meilleur film parlant de son auteur!

 

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Published by François Massarelli - dans Western Cecil B. DeMille
6 octobre 2017 5 06 /10 /octobre /2017 10:47

Sorti en septembre 1955, Deputy Droopy est l'un des derniers films de Tex Avery, et précisément son avant-dernier Droopy! C'est aussi un remake de Rock-a-bye bear, dont il reprend la principale idée: une situation dans laquelle il est crucial de ne pas faire entendre le moindre bruit... Droopy est un adjoint au shérif d'un conté, qui lui confie une mission: garder un coffre-fort rempli. Et bien sur, deux malfrats qui écoutent à la fenêtre s'apprêtent à ne faire qu'une bouchée du chien. Sauf que le shérif prévient: au moindre bruit, il accourt et il tire dans tous les sens. Les bandits vont donc devoir être particulièrement prudents... A chaque fois qu'un cri menace de se faire entendre, ils courent en direction d'une colline environnante pour le laisser sortir...

Les accessoires utilisés ici pour le gag (...le seul gag, quand on y réfléchit bien) du film sont hétéroclites et assez inventifs: un rocking-chair, un chat, un homard, des pétards, une plume, un vilebrequin chauffé au rouge, une bouteille de lait... Et on obtient ici une situation paradoxale: avec un remake, basé sur UN SEUL GAG (Comme d'autres films de Avery, et beaucoup de films de Freleng, d'ailleurs), c'est hilarant.

...A condition de ne pas avoir d'aversion pour le style de plus en plus géométrique (L'influence UPA, nous dit-on), et disons-le assez moche, de l'animation. Ni pour  la voix sans grand intérêt d'un Droopy de plus en plus désincarné... A noter la présence de deux metteurs en scène au générique: le départ de Tex Avery se précisait à l'horizon, et la succession par Michael Lah (Qui allait tourner un certain nombre de Droopy en solo, pas vraiment fabuleux) était déjà en train d'aménager les cartons.

 

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Published by François Massarelli - dans Animation Tex Avery Western
27 septembre 2017 3 27 /09 /septembre /2017 16:41

De même qu'il convient de savoir commencer une carrière, la fin est importante... bien que je ne sache absolument si Hawks savait que ceci serait son dernier film. Il a quand même du voir les signes un peu partout: le cinéma n'en finissait pas de muter dans tous les sens, et les genres populaires tentaient de se raccrocher à tous les wagons possibles et imaginables, pendant que les auteurs laissaient progressivement la place à des jeunes réalisateurs turbulents... Pas de place pour un vieux réalisateur certes indépendant, mais aussi particulièrement marqué à droite, dans le cinéma Américain des années 70... c'est d'autant plus paradoxal que nombreux sont les petits nouveaux qui d'une manière ou d'une autre se réclameront de son cinéma: Eastwood, Bogdanovich, Carpenter, Milius, tous l'ont dit ou fait comprendre à un moment ou à une autre.

Donc Rio Lobo est le dernier film de Hawks, et donc son dernier western et bien sur son dernier auto-plagiat. Pourtant, quiconque s'endormirait avant la deuxième heure aurait bien du mal à retrouver ici les schémas de Rio Bravo et El Dorado: on y vient tardivement. D'abord, il y a un long prologue poussif durant lequel le Colonel Cord McNally (John Wayne) qui commande une unité Nordiste durant la guerre civile, se fait rouler par une troupe sudiste, mais réussit à triompher d'eux et les faire prisonniers. Ils va se lier avec deux d'entre eux, le Capitaine Cordona (Jorge Rovero) et le Sergent Phillips (Chris Mitchum). Et à la fin de la guerre, ils vont s'allier: d'une part les deux sudistes vont aider le vieux colonel à mettre la main sur deux traîtres de son bataillon, et de son côté, le colonel va leur prêter main-forte pour aller se mêler des exactions malhonnêtes d'un propriétaire terrien qui s'est allié à un shérif corrompu, dans le conté où vit le sergent Phillips...

Et c'est là que les vieilles tambouilles ressortent: autour de Wayne, juste parmi les justes, on retrouve une troupe de bras cassés, avec beaucoup de femmes dont certaines tiennent un discours féministe, tel que Hawks le voyait (Exactement le même que celui des hommes), un vieux porté sur la boisson (Cette fois c'est Jack Elam), un bellâtre (Cordona est d'origine Louisianaise et Mexicaine, donc il drague à tout va), un dentiste rapide de la tenaille... Tout ce petit monde passe son temps à soutenir des sièges et à balancer des bourre-pifs à une troupe ennemie, comme au bon vieux temps de Rio Bravo, et on boit environ une bouteille de whisky frelaté toutes les dix minutes. La partie consacrée au conflit fratricide est hallucinante de stupidité (En gros, c'est un peu de sport dans les bois, et beaucoup de chevalerie, et non un conflit grave de civilisation impliquant de l'esclavage!): les hommes y passent en une minute trente d'ennemis à meilleurs amis du monde... Hawks tente bien de rafraîchit la situation en faisant de ceux qui sont supposés faire la loi les méchants, et en multipliant les personnages féminins, plus une scène de nudité gratuite à la mode 1970, mais on patine, on patine... Hawks aurait-il dû prendre sa retraite? Ce film n'ajoute rien à sa légende, et est constamment mou du genou. Quant à Wayne, il fait vingt-cinq ans de plus que son âge, et c'est pathétique.

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Published by François Massarelli - dans Western Howard Hawks
24 septembre 2017 7 24 /09 /septembre /2017 11:54

Ce film, l'avant-dernier de Hawks, illustre parfaitement un adage typiquement Hawksien: quand les personnages sont bons et que l'alchimie entre eux est parfaite, pourquoi ne pas les reprendre? Et du même coup, pourquoi d'ailleurs ne pas reprendre la même trame, les mêmes enjeux? Donc de Rio Bravo, on passe à El Dorado. De là à faire deux bons films, toutefois, ce n'est évidemment pas gagné. Et pourtant...

Cole Thornton (John Wayne), un homme à la gâchette sûre, un professionnel mais doué de moralité, a un rendez-vous pour un travail: il doit porter son flingue et son savoir-faire au service de Bart Jason, un gros bonnet du conté d'El Dorado. Mais le shérif dudit conté, J. P. Harrah (Robert Mitchum), qui est un vieux copain à lui, ne l'entend pas de cette oreille: il sait que Jason entend faire main basse sur les terres de ses voisins, des éleveurs tranquilles, les Mac Donald. Décidé à refuser l'offre, Thornton voit Jason, mais en revenant à El Dorado il est attaqué par un des jeunes Mac Donald. En légitime défense, il le tue, et ramène son corps dans sa famille. Le père de la victime comprend, mais pas sa soeur, l'impétueuse Joey (Michele Carey): elle tire à son tour sur Thornton, et sans pour autant le tuer, lui loge une balle près de la colonne vertébrale...

Quelques temps plus tard, Thornton apprend que Jason n'a plus face à lui qu'un shérif alcoolique et bon à rien: avec l'aide de "Mississippi" (James Caan), un jeune aventurier rencontré sur sa route, il revient pour prêter main-forte à son copain...

Tout ce qui précède est assez éloigné, finalement, de Rio Bravo, mais ce n'est que le prologue. On reviendra immanquablement aux figures imposées: un shérif, peu d'aide, des gens qui se targuent d'être des pros, des innocents et des "civils" qui passent leur temps à se mêler de ce qui ne les regarde pas, et un vieux bras cassé qui parle trop mais qui abat du boulot: Walter Brennan marchait à la dynamite, pour Arthur Hunnicutt ce sera l'arc et les flèches. En lieu et place de Ricky Nelson, James Caan est un "bleu" très convaincant, dont le chapeau déclenche bien des commentaires. On ajoute aussi, par rapport à Rio Bravo, des chevauchées dans une nature rassurante et fortement ciné-génique! Mais si Hawks a décidé d'inverser le shérif et son copain, c'est quand même Mitchum qui sera l'alcoolique auquel il faut venir en aide: pas question de refiler une telle tare à John Wayne!

Ce dernier est ralenti par sa blessure, ce qui sert tout le monde: ça ajoute un brin de suspense, et ça permet à l'acteur de ralentir le rythme d'une façon convaincante, car l'âge et la santé fragile sont là... Les convictions aussi d'ailleurs, car durant le siège inévitable, en fin de film, les échanges portent autour d'un discours sécuritaire bien à droite, qui est probablement celui de tous les protagonistes: Mitchum, Hawks, Wayne et Caan ne s'en sont jamais cachés.

...Et alors? C'est le mythe du western, cette vieille idée que la loi sur la Frontière dépend d'abord des hommes avant de dépendre de la collectivité, que la loi n'est bonne qu'à s'appliquer, elle ne venge pas et elle ne débarrasse pas nécessairement des putois. Non, croyez-moi, on ne fait pas de gros fun qui tâche avec un western de gauche, parce que c'est purement et simplement de ça qu'il s'agit: du fun. Mission, en ce qui me concerne, accomplie: certes, El Dorado n'est pas Rio Bravo, mais... ce n'est pas Rio Lobo non plus.

 

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Published by François Massarelli - dans Western Howard Hawks
18 juillet 2017 2 18 /07 /juillet /2017 16:47

Dans le Montana, en 1873, le Dr Joe Frail (Gary Cooper) vient s'installer dans un petit village minier: dans ce territoire qui n'allait devenir un état qu'en 1889, on vit encore une situation précaire. Une ville n'existe que le temps qu'on trouve de l'or dans les parages, et le Docteur a déjà bourlingué, il sait qu'il lui faudra probablement encore voyager. Mais il a de toute façon quelque chose à fuir, semble-t-il, et les gens locaux le savent bien.

Le turbulent, impulsif Frenchy Plante (Karl Malden) est un mineur, un filou qui aimerait bien trouver à s'associer pour poser un "claim", parce qu'il n'a pas assez d'argent. Mais personne ne lui fait vraiment confiance, donc il est bien obligé de travailler pour les autres. C'est dans ces conditions qu'il est amené à tirer sur un voleur, un jour... Plus pour le plaisir de tuer, semble-t-il...

Mais l'homme (Ben Piazza) n'est pas mort, et se réfugie chez le médecin, qui le guérit, et l'emploie. Rune, le jeune homme, est intrigué par le médecin, son mélange d'humanisme, de rigueur morale, de froideur, et... de secrets inavouables. Mais comme lui aussi a un secret, et qu'il ne souhaite pas qu'on le reconnaisse comme étant le mystérieux voleur, il se tait...

Le dernier personnage a faire irruption dans le drame est une femme: Elizabeth Mahler (Maria Schell) est une immigrante suisse, seule rescapée de l'attaque d'une diligence. Elle a l'infortune d'avoir eu la vie sauvée par Frenchy, qui ne manquera ni une occasion de lui rappeler, ni de tentatives de se faire récompenser en nature, ce qu'il ne parviendra jamais à obtenir. Retrouvée en plein soleil, presque aveugle, la jeune femme sera ramenée à la vie et à la vue par le Docteur Frail, dont elle seule aura, sans doute, vu la vraie nature... Mais lui ne veut pas de son affection.

Et surtout, il a peur pour elle, car il sait qu'une femme seule dans ce coin abandonné de la morale et de la loi, ne fait pas long feu. 

Frail est mal vu par la population, qui le considère comme un mal nécessaire. Mais ces pionniers chauffés au mauvais alcool son assez prompts à écouter ceux qu'ils ne devraient pas laisser parler, notamment un prédicateur-rebouteux de la pire espèce (George C. Scott avec beaucoup de cheveux). Mais ils n'ont pas besoin de lui: les dames de la ville, celle dont les maris représentent un embryon de notabilité, sont assez rapides à condamner à vue celle qui vient d'ailleurs, et celui qui a osé l'accueillir chez lui, pour faire quoi, je vous demande un peu?

Le film s'appelle The hanging tree (La colline des potences en Français), et c'est une indication de la façon dont le drame, qui monte inlassablement dans ce film, va se dénouer... sans jeu de mots.

Bref, Delmer Daves rejoue la partition Shakespearienne comme il l'avait déjà fait avec Jubal, et le fait dans un décor sublime, avec des acteurs qui sont tous excellents. Y compris bien sur Gary Cooper, et ce n'était pas gagné: il était déjà très malade, et sérieusement diminué. Je pense que le personnage de Rune a été créé justement pour pallier à cette absence physique d'un héros dont le film avait besoin. C'est tout bénéfice, car Frail a deux personnes autour de lui, qui vont toutes deux voir des facettes différentes: l'une la masculinité douce, l'autre la figure paternelle. Quant à Malden, il est absolument génial de bout en bout. 

En raison des limitations de Cooper et du fait qu'il a fallu adapter le film, je pense que ce film (Le dernier western de Daves) n'est sans doute pas à la même hauteur que 3:10 to Yuma ou Cow-boy. Mais à cette altitude, ça n'a guère d'importance!

 

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Published by François Massarelli - dans Western Delmer Daves
16 juillet 2017 7 16 /07 /juillet /2017 18:38

Cernés par les montagnes, des êtres humains rejouent Shakespeare... le western sait parfois prendre de la hauteur dans tous les sens du terme! On avait déjà beaucoup de montagne et de rocaille chez Anthony Mann qui se plaisait à situer ses drames immenses dans des contrées qui tranchaient de façon considérable sur les habitudes du western tel que Ford les avait instituées avec ses tournages à Monument Valley. Jubal, comme beaucoup de westerns des années 50, ceux de Mann en particulier, est situé dans le quart Nord-Ouest du pays, et concerne une petite communauté organisée autour du ranch d'un propriétaire local, le jovial et bonhomme Shep Horgan, interprété par Ernest Borgnine. Le drame Shakespearien qui est ici mis en toile de fond est Othello, avec des variantes bien sur...

Shep Horgan rentre chez lui, et découvre un homme inconscient sur sa route. Il le recueille, et va lui proposer non seulement de s'installer dans son ranch, mais aussi de travailler avec lui. Si Jubal Troop (Glenn Ford) se plait très vite au ranch et s'intègre rapidement auprès de ses collègues, et surtout auprès de son patron et ami, il va quand même avoir de sérieux ennuis avec Pinky (Rod Steiger), un des employés, qui déteste le nouveau venu dès le départ, et surtout avec Mae Horgan (Valerie French), l'épouse légitime de Shep, qui en a tellement marre de son gros rustaud de mari qu'elle est prête à sauter sur tout ce qui bouge. Le problème, c'est qu'avant l'arrivée de Jubal, c'est avec Pinky que la belle prenait du bon temps, ce dernier voit donc avec une certaine mauvaise humeur le nouveau venu s'intégrer et monter en grade...

Les passions qui se déchaînent ici sont bien loin des conflits de civilisation dont tant de westerns (A commencer par Broken Arrow, le premier qu'ait réalisé Daves) se sont fait l'écho. C'est Mae qui sera l'étincelle, convoitée il est vrai par Pinky qui l'a possédée un peu, mais aussi par Jubal bien qu'il s'en défende, et surtout qu'il se retienne. Il est respectueux de son ami et de l'honneur de celui-ci, et sait combien sa place est fragile. Et surtout il a à coeur de conduire sa vie avec droiture... Mais ces passions exacerbées qui vont aller de mal en pire au fur et à mesure de l'évolution du film cachent aussi une autre lecture, celle d'une lutte de pouvoir incarnée dans la femme du chef, interprétée avec une sensualité et une sobriété d'autant plus efficace par Valerie French. Le film se pose, dès le départ, en un western d'un classicisme impressionnant, appuyé il est vrai par le démarquage Shakespearien, qui restent malgré tout plus une alibi structurel qu'autre chose. Et histoire de corser le tout, Jubal est affublé d'un complexe intéressant, puisqu'il cache un lourd secret lié à son enfance, qui rejaillit inévitablement sur sa situation présente, et qui explique à la fois l'attirance et la défiance qu'il manifeste à l'égard de sa patronne: il le dit au début du film, son père était le seul homme en qui il ait eu une confiance absolue. On apprendra qu'il est en fait mort tout en lui sauvant la vie, sous les yeux de sa propre mère qui avait essayé de le noyer... Un Oedipe particulièrement compliqué, donc. Mais Jubal Troop pourra semble-t-il le résoudre et retrouver confiance en la femme avec la jeune et jolie Naomi, interprétée par Felicia Farr.

Avec son intrigue plus immense que tout, ses décors sublimes, et son personnage venu de nulle part (Littéralement), Jubal est un beau, un grand western, qui inaugure bien une série de western majeurs (3:10 to Yuma, Cowboy) avec Glenn Ford pour la Columbia. En Cinémascope glorieux, en technicolor cuivré, avec la musique de David Raksin, c'est du plaisir Hollywoodien, à la fois brillant et terriblement sombre, à l'état pur.

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Published by François Massarelli - dans Western Delmer Daves
17 mai 2017 3 17 /05 /mai /2017 16:43

Les premiers films de Borzage, ceux du moins qui ont été conservés, témoignent de la vitalité de sa vision du western, un genre auquel il souscrit dans tous ses développements (Villes sur la frontière, personnalités entre le bien et le mal, plus versées sur ce dernier, conditions précaires et éveil pionnier d'une conscience civilisatrice), mais auquel il ajoute une part toute personnelle: bien sur, les sentiments y ont leur place. Ce film dont la vedette est la cow-girl Texas Guinan, une actrice qui a tourné brièvement, mais uniquement des westerns, montre bien cet aspect...

Dans la ville de La mesa, située sur la Frontière, il y a bien un shérif, mais celle qui fait la pluie et le beau temps, c'est la patronne de The devil's kitchen, le saloon local. On l'appelle La tigresse, et le moins qu'on puisse dire c'est qu'elle mérite son surnom... Mais l'arrivée de deux étrangers va bouleverser la ville, et chambouler sa reine: l'un d'entre eux, un pied-tendre comme on dit, surnommé "Le Bostonien", a été victime sur la route des méfaits du bandit local, "Le collectionneur", et du coup Le Bostonien décide de devenir adjoint au shérif. L'autre étranger, un homme élégant aussitôt surnommé The gent, devient l'amant de La tigresse, et ils échafaudent des plans d'avenir... Mais plus dure sera la chute.

On connaît Borzage en chantre de l'amour fou, celui qui soulève les montagnes, et transforme les hommes. Ici, il s'intéresse à l'amour comme facteur de civilisation, avec son héroïne qui devient de plus en plus 'respectable' au fur et à mesure de sa relation avec l'homme de sa vie. sauf que Borzage va également mettre en scène, plus tard, la tempête d'un amour déçu, et c'est là qu'on voit que pour la compagnie Triangle, Texas Guinan était un eu le pendant féminin des westerns de William Hart... Ca va donc canarder. Et c'est un petit bout de femme qui va sortir les armes.

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Published by François Massarelli - dans Muet Western 1918 Frank Borzage