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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 18:28

Avec ce film, je pense qu'on peut vraiment parler soit d'un incompréhensible caprice un rien embarrassant, ou éventuellement d'un acte de foi! Blake Edwards, établi grâce à une série de succès certifiés et planétaires (Breakfast at Tiffany's, The Pink Panther, The Party...), s'est senti obligé de marquer son époque en reprenant les rênes d'un genre dans lequel on ne l'attendait certes pas! Et le western, en 1971, ne va pas bien, alors s'imaginer que ce film mal fichu allait le régénérer, ce serait bien naïf.

Non que le film n'ait pas la moindre qualité, mais... D'une durée initiale paraît-il excessive (on parle parfois de trois heures, pour la version qu'Edwards a donné à la MGM comme étant le film à sortir!), et une fois ramené à un peu plus de deux heures, le film s'attache à nous montrer l'équipée plus ou moins picaresque de Frank et Ross, deux cow-boys employés sans histoires dans un ranch du Montana, qui soudainement, sont pris d'un coup de folie, et volent l'argent contenu à la banque dans une action qui n'a rien d'éclat. Ils s'enfuient ensuite vers le Mexique, poursuivis par un posse constitué essentiellement des fils du propriétaire du ranch qui employait les voleurs.

...Et c'est tout. Beaucoup de temps morts, de digressions, sous forme le plus souvent de discussions entre les deux bandits improvisés, le jeune écervelé (Ryan O'Neal) et le vieux sage (William Holden), ce dernier ne ratant pas une occasion de rappeler qu'il est plus âgé, donc plus expérimenté, plus sage et plus intelligent en tous points que son collègue... Le reste de la distribution est certes très western-compatible, et on y verra en particulier Tom Skerritt interprétant l'un des deux fils qui poursuivent les deux voleurs, et Karl Malden, en propriétaire terrien impeccable comme d'habitude. Ah, oui, je m'en voudrais d'oublier Rachel Roberts qui compose un personnage inoubliable de tenancière de bordel.

Mais une fois qu'on constate que Blake Edwards, profitant de l'allègement conséquent de a censure à cette époque, a livré un western dans lequel on appelle un chat un chat, et dans lequel on fornique, on boit, et on urine à tout va, le reste du menu est d'un classicisme sans relief. Si ce n'est que j'ai fait exprès de ne pas utiliser les mots "hold up" ou "cambriolage", puisque le braquage de la banque ne ressemble à rien de connu, et donne une série de scènes assez enlevées. Mais d'une certaine façon, le choix de passer par les figures imposées du western ne fait que souligner la médiocrité du film. 

Bon, soit: les paysages et le Scope valent le détour, mais pour le reste... Et Blake Edwards, qui envisageait un coup d'éclat après l'accueil très froid fait à Darling Lili, a du composer avec des studios (Surtout la MGM qui ne digérait pas du tout ce film-ci) bien décidés à lui mettre des bâtons dans les roues.

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Published by François Massarelli - dans Blake Edwards Western
20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 17:20

On a gardé tellement peu de ces petits westerns qui s'enchaînaient à une cadence infernale, tournés entre 1917 et 1919 par Ford pour Universal, qu'en découvrir un nouveau est toujours une occasion à ne pas rater. Pour la plupart d'entre eux, ils montraient les aventures de personnages (Souvent nommés "Cheyenne Harry") interprétés par Harry Carey, qui subissait la forte influence de William S. Hart dont les films étaient toujours soignés. Cette influence s'exerçait essentiellement dans la parcours du héros, souvent une fripouille (Ici c'est un joueur poursuivi pour l'ensemble de son oeuvre!), mais doté d'un fort sens moral, qui le faisait revenir en arrière et se racheter... Mais contrairement à Hart, lors de sa rédemption, Carey n'en fait pas tout un plat!

Dans Hell Bent, Harry s'installe dans une petite ville tenue par des bandits, dont Beau Ross. Parmi les citoyens, une jeune femme, Bess (Neva Gerber) vit avec son frère Jack (Jack Pegg). Mais celui-ci état incapable d'assumer un rôle de chef de famille, elle est obligée de travailler... au saloon, en tant que danseuse. La première fois qu'il la voit, Harry lui manque singulièrement de respect mais se ravise le lendemain, honteux... et amoureux. L'intrigue s'emballe lorsque après un coup fumant, les bandits partent, emportant la jeune femme avec eux...

Le film est assez difficile à comprendre aujourd'hui, la faute n'incombant pas qu'aux cinéastes: on ne dispose de ces premiers films Universal, la plupart du temps, que dans des copies retrouvées en république Tchèque, en Hongrie ou en Pologne. Ils ont fait l'objet de tripatouillages à leur sortie (Par exemple, le personnage de Carey, dans Straight shootin', s'appelle Hal Philips!); Mais ce qu'on comprend, c'est un cahier des charges western très bien rempli: dès le départ, Ford nous propose une étonnante introduction, qui voit un auteur de romans recevoir une lettre d'un lecteur qui se plaint du manque de réalisme de ses personnages. Pour y remédier, il regarde une reproduction du tableau de Remington, A misdeal... qui s'anime sous nos yeux, et le film peut commencer! Et il y a des inventions jusqu'au bout, lorsque le héros pourchasse son ennemi jusque dans le désert, dont il ne réchappera que de justesse. Le tout est pimenté de surprenantes ruptures de ton: à l'humour bon enfant du début, succédera bientôt un climat plus oppressant quand Harry se transforme de cow-boy solitaire en homme dévoué à la femme qu'il aime et qui est en danger. Hell-bent, après tout, est un adjectif qui veut dire qu'on est déterminé à aller jusqu'en enfer s'il le faut, pour faire triompher sa cause.

Bref, Ford fait ses gammes, et avec la complicité toujours précieuse de Carey, évite la monotonie, tout en devenant tranquillement l'un des meilleurs cinéastes du monde, tout bonnement.

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Published by François Massarelli - dans Muet John Ford 1918 Western
20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 14:16

Tom Mix, à la Fox dans les années 20, c'était un peu le cowboy passe-partout. Une énorme vedette, dont l'authenticité souvent impressionnante des films (Décors naturels, grands espaces, et tant d'endroits encore préservés qui rendaient la triche de studio inutile pour qui cherchait des endroits sauvages) contrastait cruellement avec le côté fabriqué de son personnage: grand chapeau, costume exagéré, et bons sentiments érigés en médaillon inamovible... Mais Tom Mix a tourné pour Ford!

Rappelons qu'en 1923, le grand metteur en scène (Qui signait ses films "Jack" Ford, préférant le diminutif à son pseudonyme pourtant copié d'un auteur de renom) n'a pas encore réalisé The iron horse, le film qui allait faire de lui un auteur remarqué; il est arrivé à la Fox en 1920, et s'est vu confier des tâches qui tournaient autour du western: Just pals, son premier film Fox, par exemple se situe dans une petite ville qui pourrait très bien être une ville de l'Ouest après la pacification. De même pour The village blacksmith, quand à Cameo Kirby, il raconte les aventures picaresques d'une fripouille sur les bateaux à aube du Mississippi... North of Hudson Bay appartient à cette veine, confrontant le Cow-boy Tom Mix aux grands espaces du Grand Nord...

Michael Dane (Tom Mix) se rend vers le nord de la baie D'Hudson, où il envisage de retrouver son frère Peter (Eugene Palette). Mais avant l'arrivée du petit frère, Peter est tué. On accuse son partenaire Angus McKenzie, mais celui-ci jure être innocent du crime. La punition de ces pionniers est une marche forcée, sans arme ni moyen de subsistance, dans la nature: Angus va pourtant y survivre, et il est secouru par Michael... Le problème, c'est que selon l'usage, toute personne qui porte secours à un condamné à la "piste de la mort" doit désormais s'y soumettre lui aussi...

Michael Dane déjouera tous les pièges, et sauvera du même coup son ami Angus, ainsi que la jolie Estelle McDonald (Kathleen Key), une jeune femme qu'il a rencontré au début. Certes, le script passe-partout est particulièrement mélodramatique, mais il a la qualité de permettre à Ford et Mix de faire exactement ce qu'ils voulaient faire: tourner un film en liberté, dans la neige, au milieu des montagnes et des rapides! Et il y a des loups, et les tribus Indiennes locales (Du Nord, oui, mais celui de la Californie, j'imagine) sont venues prêter main forte à l'entreprise... Un bon bol d'air, pour des images saisissantes... Mais il y a aussi, dès le début, une scène domestique qui montre comment maman Dane s'apprête à dire adieu à son deuxième fils: une scène qui se répétera de film en film, et qui montre un attachement viscéral du metteur en scène à l'idée de famille, aux racines.

On regrettera évidemment que ce film de cinq bobines n'ait pas été conservé en entier, même si l'intrigue telle qu'elle est aujourd'hui, resserrée sur quatre bobines, fonctionne encore. Mais, et il est toujours le moment de le rappeler, si on a aujourd'hui récupéré environ 25 films muets de John Ford, dont certains sous la forme de fragments, combien manquent encore à l'appel?

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Published by François Massarelli - dans Muet Western John Ford 1923
10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 09:32

C'est une sacrée surprise: non seulement ce film d'une réalisatrice peu connue, dont la carrière a été très courte, est excellent, mais en prime il nous apporte la vision d'une forme assez aigue de nostalgie de tout ce qui est le grand ouest Américain... en 1917! A l'époque, John Ford ou William Hart faisaient des films, qui étaient des westerns contemporains dans lesquels les cow-boys à cheval croisaient des Ford... Mais '49 -'17 anticipe sur le grand western historique de The covered Wagon ou The iron Horse, de six ou sept ans. 

Le titre fait allusion à l'époque durant laquelle un gand nombre de pionniers viennent tenter leur chance dans l'ouest, en 1849, et renvoie aussi à l'époque contemporaine. Ceci s'explique facilement par l'intrigue: un juge âgé, et nostalgique de sa jeunesse, explique à son secrétaire qu'il a vécu une ruée vers l'or, une vingtaine d'années auparavant: il a participé à la création d'une ville, Nugget Notch, qui a depuis disparu. Il aimerait recréer cette période, et charge donc le jeune homme d'aller en Californie, et de se mettre en quête d'une population susceptible de le suivre dans son caprice. Le secrétaire de tarde pas à trouver "the 49 camp", un medicine show, des acteurs et cavaliers qui sont au bord de la faillite. Avec eux, le juge va pouvoir accomplir son rêve... et régler quelques comptes, car il n'en a parlé à personne, mais il a un secret.

C'est formidable: le film est drôle, et joue souvent sur le décalage de la situation,comme dans une scène qui voit l'arrivée du vieux juge nostalgique venue de l'Est à Nugget Notch reconstituée: la population l'accueille avec plaisir, mais il décide de sortir son flingue pour fêter ça, et emporté par l'enthousiasme, c'est le "pied-tendre" qui terrorise la population de la petite ville de pionniers éberlués de voir ce maniaque du six coups tirer dans tous les sens. Le film possède aussi son intrigue, qui part parfois dans tous les sens, mais elle permet de posséder un ingrédient essentiel et indispensable: un méchant, interprété par l'inquiétant, ténébreux et filiforme... Jean Hersholt. Un acteur qui ira loin, même s'il ne quittera pas beaucoup la Californie.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1917 Western
6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 11:04

Bien sur, il y a des stars, à commencer par William Holden. Mais ce western se distingue par son absence de glamour, et sa progression impitoyable, sur quelques jours, d'une situation qui est bien rude dès le départ: à Fort Bravo, un camp de prisonniers tenu par l'armée de l'union, la lointaine guerre civile qui fait rage à l'Est résonne de façon implacable: le fort est entièrement dévolu à la détention d'un bataillon de sudistes, qui tentent de profiter des grands espaces (Ils sont à peine gardés) pour s'évader. Mais quand l'un d'entre eux s'évade, il sera repris, et le film commence par la vision dun officier à cheval qui ramène un homme, en uniforme gris, qui marche derrière lui tiré par une corde. L'officier, c'est le jusqu'au-boutiste capitaine Roper (William Holden), qui prend sa tâche très au sérieux. Et s'il a choisi de faire marcher son prisonnier jusqu'au fort, c'est parce que ce dernier a tué son cheval à la tâche... Roper est mal vu aussi bien des "tuniques bleues" que des uniformes gris, car c'est tout sauf un rigolo... Mais il va s'humaniser, un peu, à l'arrivée de Carla Forester (Eleanor Parker), une jeune femme qui est venue pour visiter son amie, la fille du commandant du fort, alors qu'elle va se marier. Mais est-ce vraiment la raison?

Il est clair assez tôt que Carla est venue pour aider des hommes à s'évader, car comme le dit Pierre Fresnay dans La grande illusion, à quoi sert une prison sinon à s'évader? il y a donc une intrigue bien dense, qui vous agrippe pour ne pas vous lâcher, mais le film possède en plus des couches de sens qui le rendent passionnant. Dans un premier temps, son intrigue le place dans un style bien plus noir que la vision romantique de Monument Valley chez John Ford: les hommes qui vont s'évader et la femme qui les accompagne sont en effet, à un moment, coincés en compagnie de leurs ennemis dans une tranchée, dont ils ne peuvent sortir sans se faire tuer par les Apaches Mescaleros postés autour. Et ceux-ci ont une stratégie très simple, qui consistent à tranquillement dessiner une sorte de cible autour d'eux avec leurs lances, permettant ensuite de parfaitement viser avec leurs flèches, une séquence superbe qui est inoubliable (Et qui a fait l'objet d'un remake Belge inattendu, sous la forme d'une bande dessinée de Willy Lambil et Raoul Cauvin, le tome 5 de la série Les Tuniques Bleues, Les déserteurs), et qui a sans doute fait beaucoup pour la notoriété du film.

Bill Holden joue dans on registre habituel, celui du dur à cuire allé jusqu'au bout de son système, et qui cache une humanité profonde sous des dehors inquiétants, et son histoire d'amour avec la belle Carla est à peine esquissée dans le film, qui reste avant tout une affaire d'hommes. Et de fait, un fil rouge sous-tend ce film, de façon très inattendu: le soldat sudiste ramené par Roper est souvent mentionné comme un lâche, aussi bien par ses captifs que ses copains. ceux-ci s'en ouvrent à leur supérieur, le capitaine Marsh (John Forsythe); celui-ci, plus gentleman sudiste que jamais, leur répond invariablement, d'un ton sans appel: c'est mon ami. Mais cet ami, après l'évasion, sera laissé de côté et lâchera même les autres. Parce qu'il est lâche, ou parce qu'il est délaissé? A la fin du film les indices qui identifient la relation entre Marsh et son ami Bailey (Qui va justement triompher de sa propre lâcheté, impressionnant même Roper) comme une relation d'amour sont nombreux, mais le film a le bon goût, en plus, de ne pas en faire un prétexte pour vouer le jeune homme à l'enfer...

Mais que cela ne nous empêche pas de considérer ce western formidable comme ce qu'il est indéniablement: un grand moment de cinéma populaire, avec une panoplie impressionnante: un fort, les couleurs (En Anscocolor) de l'Arizona, Monument Valley, du film noir, une femme fatale, une histoire d'amour, un dur à cuire, des indiens, des chevaux, la cavalerie...

...C'est un sur'western.

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Published by François Massarelli - dans Western
10 mars 2017 5 10 /03 /mars /2017 16:24

Aussi loin que possible des clichés contemporains du genre, Delmer Daves a créé, en une poignée de films très attachants, un style très particulier et très personnel de westerns, qui doit autant au lyrisme du genre, qu'à la rigueur réaliste qui commence à exister à l'époque. Une synthèse de deux courants pas forcément faciles à concilier, qui tient ces oeuvres à l'écart du flamboyant, de la facilité, mais aussi des excès. Mais le monsieur, sans jamais céder à la tentation du baroque, a aussi tenté et réussi une alchimie avec le film noir, en particulier avec Jubal (1956), et avec ce film...

C'est désormais un classique: Dan (Van Heflin), un fermier peu fortuné, assiste au braquage qui tourne extrêmement mal d'une diligence, et va aider à la capture du chef de la bande (Glenn Ford). Comme la petite localité est très miteuse, et que le propriétaire de l'agence de diligences offre une prime de $200, Dan se porte volontaire, et va devoir subir la manipulation psychologique, les sarcasmes, les tentatives de déstabilisation mais aussi et surtout l'humanité de l'homme qu'il doit accompagner vers son train...

La confrontation entre Van Heflin et Glenn Ford, entre la simplicité  d'un homme qui s'est toujours tenu à l'écart de la violence, et le charisme d'une canaille, est l'un des atouts du film, mais cela agit surtout en révélateur de la profonde humilité du personnage du fermier. Daves, en fait, ne nous impose jamais de choisir entre les deux hommes, qui finissent par être collés l'un à l'autre, et victimes du même destin: le fait qu'à 15h10, il y a un train à prendre, et des risques à courir, parce que la bande est là qui attend pour libérer son chef, et Dan est déterminé à faire son travail jusqu'au bout...

Donc, forcément, du suspense, et non des moindres: on connait l'heure à laquelle Dan doit amener le bandit au train, les risques à courir liés au fait que la bande est au courant, et le fait que Dan n'est en rien un homme expérimenté dans le fait de faire ce type de boulot... Et le tout, dans un noir et blanc extrêmement beau, mais aussi assez austère, donne un film prenant qui ne vous lâche jamais pendant 92 minutes.

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Published by François Massarelli - dans Western Delmer Daves
1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 15:48

En dépit de la simplicité, pour ne pas dire l'austérité, de son titre (...oui,; en effet c'est bien un western!), Cowboy est un film admirable, lyrique et tendre, qui explore l'âme complexe du "garçon vacher", de ces baroudeurs terrestres qui parcouraient en compagnie de troupeaux de bovins tout un territoire, pour véhiculer les bêtes depuis les confins du Texas et de l'Arizona, jusque aux marchés de Chicago...

C'est à Chicago, justement, que le film commence, lorsque Frank Harris (Jack Lemmon), employé d'un palace, reçoit l'instruction de son gérant de déménager une famille qui occupe une suite luxueuse: un convoi de cow-boys viennent d'arriver, et compte tenu du marché, ils sont les rois et la chambre de leur choix doit leur être attribuée. Harris est déstabilisé, d'autant que la famille Vidal, des propriétaires de terres à Guadalupe (Arizona), d'origine Mexicaine, est aussi la famille de sa petite amie (Anna Kashfi). Mais le père Vidal, qui apprécie peu d'être relogé, ne compte pas laisser sa fille épouser un homme aussi peu intéressant que Frank Harris. celui-ci prend donc une décision: il va parler avec Tom Reece (Glenn Ford), le chef du convoi, et lui propose de lui financer une partie de son expédition avec ses économies, afin de devenir un interlocuteur valable pour son beau-père, tout en réalisant un rêve: celui de devenir un cow-boy sur la route. mais la dure réalité du terrain va être une source de désillusion, et de conflits entre Harris et Reece, le vétéran et le jeune enthousiaste...

De Chicago, on assiste à une initiation bien sur, celle de Harris le jeune naïf... sauf que Jack Lemmon en fait un personnage passionnant, certes avec toujours un décalage sur les autres, mais doté d'une force de caractère peu commune. La confrontation avec Reece, le faux dur qui n'ose arborer de façon trop évidente un coeur tendre, mais aussi la dure loi de la route, le fait qu'on puisse perdre un copain aussi stupidement que parce qu'on lui a jeté un serpent dans le cou pour lui faire un blague, et puis la dureté du travail, tout tourne à l'épreuve de force, pour Harris le citadin. Daves utilise le décor mis le fait surtout pour le réalisme de ses séquences, plus que pour en faire un théâtre grandiose comme Mann ou Ford. Mais son réalisme, plus que jamais, se pare d'un lyrisme épique dans la geste des cow-boys, annoncée par cette presque absurde obsession manifestée par Reece, tout crotté et à peine arrivé, qu'on lui donne les programmes de l'Opéra de Chicago, ou il va le temps d'une soirée manifester son amour de l'art lyrique... et sa saouler comme un cochon! 

La poésie inévitable du genre se teinte d'une vraie amertume lorsqu'on apprend le destin d'un autre associé de Reece (Brian Donlevy), qui a souhaité après une vie entière à tenter de faire régner la loi, prendre un peu de bon temps, mais dans une bagarre a tué un de ses amis, et s'est pendu ensuite. On n'échappe pas à son destin? Harris a donc trouvé le sien, car il finira cow-boy, comme Reece.

....mais ce ne sera pas de tout repos!

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Published by François Massarelli - dans Western Delmer Daves
3 février 2017 5 03 /02 /février /2017 18:15

Sorti en 1919, ce film a obtenu l'appui de tous les critiques, qui y ont reconnu, je cite, "La plus grande épopée cinématographique du désert", selon les termes de la critique publiée dans le Los Angeles Times. De fait on a le sentiment, avant que le genre n'obtienne encore plus de lettres de noblesse avec les grands films des années 20 (The covered Wagon et The iron horse, bien sur), de voir un acte fondateur du western, en même temps qu'un film gonflé, tourné partiellement en plein désert, et accompli avec la plus grande des rigueurs, dans un genre connu surtout pour sa fantaisie codifiée. pas de fantaisie dans Wagon tracks, un film tout entier dédié à la personne de William Hart...

Ce dernier incarne un pionnier, Buckskin Hamilton, qui s'accorde un peu de bon temps entre deux caravanes, pour accueillir son petit frère venu de l'est avec son diplôme de médecin en poche... Mais sur le bateau qui l'amène de St Louis, Billy Hamilton est tué par un homme, dans des circonstances peu glorieuses: le tueur (Robert McKim) trichait aux cartes dans un jeu prohibé, et le jeune frère l'ayant accusé ils en sont venus aux mains. Jane (Jane Novak), la soeur du meurtrier, est intervenue afin de les séparer, mais dans la confusion le meurtre avait eu lieu, sous les yeux d'un autre homme (Lloyd Bacon). Non content d'avoir tué un homme, le bandit avait en prime accusé sa jeune soeur. En arrivant sur les lieux, Buckskin ne peut croire en la culpabilité de Jane, et comme quelques jours après tout ce petit monde se retrouve dans la même caravane vers l'ouest, le désert va imposer sa loi, et la vérité va éclater...

Derrière le droit et impassible William Hart, c'est bien sur de morale qu'il s'agit. Les hommes et femmes impliqués dans cette histoire, confrontés à la violence des lieux, vont devoir faire des choix cornéliens... Comme toujours, Hart (producteur en titre, aux côtés du "superviseur" Ince  fait de son western le théâtre d'une tragédie, dans laquelle le désert et ses décors austères vont jouer le rôle d'arbitres. C'est vrai que le film fait penser par de nombreux côtés à The big trail de Raoul walsh sorti 11 années plus tard et qui montre une histoire de vengeance sur fond d'un déplacement de pionniers. Mais là ou Walsh fera d'une pierre deux coups, en montrant l'épopée des caravanes vers l'ouest en même temps que la beauté des grands espaces, ce film fait la part belle à une fascination pour l'austérité des lieux, et nous montre des comportements plutôt authentiques. Comme souvent dans les westerns Ince, on a une participation notable d'un parti Indien, interprété par des natifs. Et l'ombre de futurs chefs d'oeuvres passe par moments, notamment Greed et son tournage à Death Valley, ou encore The treasure of the Sierra Madre...

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Published by François Massarelli - dans Muet Western Thomas Ince 1919
8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 08:49

"Vous connaissez l'histoire de Jesse James, comment il vécut, comment il est mort..."... Eh bien, pas forcément, justement! Aujourd'hui, le nom est suffisamment connu de par le monde, pour promener à travers lui toute une légende un peu figée et désespérément floue. Ce film, sorti en 1939 et bénéficiant d'une soudaine résurrection du western en tant que genre noble, me semble être le début de cette propagation de la légende. L'historien Patrick Brion raconte que Nunnally Johnson, le scénariste à l'origine du film, avait été reçu avec scepticisme lorsqu'il avait proposé son idée à la Fox, car Jesse James était surtout un héros local, peu connu à l'écart du Missouri et de l'Illinois. C'est une exagération, bien sur, qu'il faut sans doute attribuer à cette fripouille de Johnson, un scénariste qui a passé sa vie à dire que John Ford n'était qu'un exécutant sans aucun intérêt sur les films qu'il avait réalisé! Il y a néanmoins un fond de vérité: avant 1939, le héros westernien n'est pas un bandit (A part William Hart et ses films de rédemption), et le principal sujet de la plupart des films épiques qui ont fait l'intérêt du genre sont des histoires liées à la marche du progrès: le cheval de fer, la ruée vers la terre, le pony express; les grandes caravanes... Donc ce Jesse James a été la première pierre de la légende du bandit du même nom, même si il existait déjà des films (Trois, tous perdus, dont un film de 1927 produit par Paramount), des pièces de théâtre et bien sur des livres, tous contradictoires et tous remplis d'exagération...

La vérité sur Jesse James est un roman épique à elle toute seul, mais une chose est claire: le titre du film de King en français est "le brigand bien aimé", et Morris et Goscinny ont créé une version bien ironique du bandit qui se voulait une sorte de Robin des bois: en réalité, l'histoire est sordide, marquée par la violence, le massacre, un appât du gain sans le moindre altruisme, et même une participation, aux côtés de Quantrill, à des tueries pour la compte des confédérés. Histoire d'en rajouter un peu, Jesse James, Frank James et leur famille possédaient des esclaves avant la guerre. Bref: aussi bien l'aventure de Lucky Luke de 1969, que le film de 1939, que la plupart des visions "nobles" du bandit Jesse James ne sont que des réinterprétations de l'histoire, fort éloignées de la vérité. Maintenant que c'est dit, passons aux choses sérieuses...

Sans qu'on sache exactement quand la scène se passe, le film commence par nous montrer une tournée de visites d'un homme (Brian Donlevy) dépêché par une compagnie de chemins de fer, qui viennent extorquer de la terre à des familles pauvres afin de permettre le passage d'une ligne. Il est accompagné, et utilise la force à chaque fois que des habitants montrent un peu de résistance. Seuls les deux garçons de la ferme James, Jesse (Tyrone Power) et Frank (Henry Fonda), réussissent à se débarrasser de l'intrus et de ses acolytes. Mais suite à l'incident, madame James (Jane Darwell) décède, et Jesse tue l'envoyé des chemins de fer. Soutenus par la population locale, dont la plupart des fermiers qui se sont fait spolier, les frères James et un petit groupe d'hommes vont donc se lancer, bien obligés, dans une vie de crimes et de rapines, mollement recherchés par le Marshall Wright (Randolph Scott), qui a de la sympathie pour eux, et Jesse va même trouver le temps de se marier avec la belle Zerelda Cobb (Nancy Kelly), dont l'oncle Rufus (Henry Hull) est le propriétaire virulent d'un organe de presse, lui aussi totalement dédié à la cause des frères James...

Les ennemis des frères James sont des ennemis de la liberté, et en ces temps Rooseveltiens, ces ennemis de la liberté sont bien sur liés à des intérêts privés: ce doit être l'un des rares rôles de "méchant" de Donald Meek, à ma connaissance! Bien sur, il est accompagné et protégé par une clique de gardes du corps, et même aidé par l'armée, mais le personnage de Wright, qui plus est interprété par le chevaleresque Randolph Scott, nous montre bien que la sympathie acquise du public aux deux brigands et à leur bande, peut éventuellement s'étendre aux autorités. La lutte du gang, soutenue par le public, devient une lutte pour la liberté, pour des valeurs humanistes, et bien sur Américaines et nobles. Le film s'inscrit donc prudemment dans l'effort de redressement national de Roosevelt, mais aussi à l'écart de la tentation des dictatures Européennes. Prudemment, mais nettement...

Et King, qui revient au genre par la grande porte, est touché par la grâce: il décide de tourner non pas en studio, mais dans une petite ville préservée, qui lui autorise des séquences dans lesquelles il montre une vraie continuité: par exemple, les séquences autour du journal de Henry Hull ont une authenticité rare. Ce réalisme local est prolongé par le fait que les frères James officient essentiellement dans un environnement qui est très éloigné de la vision habituelle du western: on n'est pas dans le sud-ouest! l'herbe est verte, les montagnes et sous-bois bien touffus... Et prenant ses distances avec l'action, le metteur en scène donne au spectateur une vision d'ensemble, combinée à un montage impeccable, qui joue beaucoup dans les attaques de train, les hold-ups aussi! une attaque de banque qui tourne mal est un modèle de suspense lié au montage... Les couleurs du Technicolor flamboyant sont magnifiques, bien sur, et les décors du Midwest (Ou supposés l'être) sont splendides. Les interprètes sont impeccables, même Tyrone Power n'en fait pas trop, et bien sur, le Frank de Henry Fonda est immédiatement sympathique, à tel point qu'il aura droit à son propre film l'année d'après...

Passionnant, rempli d'humour, de personnages hauts en couleur et de passages obligés, c'est donc probablement ce film qui est le plus à l'origine de la légende totalement fallacieuse des frères James aujourd'hui. Ce qui nous intéresse, c'est quand même qu'avec d'autres films sortis la même année (Stagecoach, Destry rides again, Dodge city), Jesse James a contribué à faire renaître le western de ses cendres, ce qui est déjà énorme. Et bien sûr, c'est un fameux classique.

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Published by François Massarelli - dans Western
4 janvier 2017 3 04 /01 /janvier /2017 18:58

 

Mais pourquoi ce film admirable n'est-il pas parmi les classiques révérés du muet, les Metropolis, The General, Napoléon, Sunrise, The Iron Horse, ou Safety last? C'est un western, il possède une séquence spectaculaire, il  été conservé dans des copies de première génération en parfait état, et en prime, il fait le lie avec le parlant, non seulement par la carrière de son metteur en scène (Henry King n'est quand même pas n'importe qui, même si ses films ultérieurs ne soulève généralement pas mon enthousiasme de par leur académisme trop prononcé), mais aussi, surtout par le fait qu'il est interprété par deux stars, et quelles stars! Ronald Colman, et Gary Cooper!

Il faudrait ajouter Vilma Banky, bien sur: d'autant qu'elle est l'interprète de Barbara Worth, la personne qui donne son titre au film. Elle est aussi un lien symbolique de la résistance humaine et de la résilience sur l'ensemble de l'intrigue: enfant trouvée dans le désert lors d'une tempête de sable, ses parents venant de mourir, elle a été adoptée par le brave Jefferson Worth, un homme qui s'est installé dans le désert comme on part évangéliser sur un coup de tête! Entouré d'une authentique famille, son acharnement vont lui permettre de vivre tranquille, avec un rêve: un jour, irriguer la rude et aride vallée au bord de laquelle il s'est installé. Ce sera chose faite lorsque, quinze années après la découverte de la petite Barbara, viennent s'installer le banquier James Greenfield et son fils adoptif Willard Holmes (Ronald Colman). Greenfield vient avec les moyens financiers d'installer un système d'irrigation, et Holmes est son ingénieur. Mais les deux hommes n'ont pas la même conception du progrès. Pour Holmes, c'est un moyen de faire avancer l'humanité. Pour Greenfied, un moyen de s'enrichir. a ce conflit entre les deux philosophies vont bientôt s'ajouter deux autres problèmes: d'une part, Worth n'accepte pas la colonisation de son pays par Greenfield et ses méthodes; d'autre part, le jeune Abe Lee, le fils d'un des collaborateurs de Worth, apprécie très peu la venue de Holmes, qui se pose vite en rival pour les affections de Miss Worth... Qui va donc gagner le coeur de la belle?

L'amour de l'homme de l'Ouest (Cooper) et de l'homme de l'Est (Colman) pour la même femme cache un conflit de civilisations, dans lequel King se refuse à trancher: si la belle blonde représente bien sur une terre à dompter, une civilisation à installer là ou il n'y  rien, c'est de l'alliance entre les deux que naîtra le salut. Entre la destinée manifeste combinée au progrès, et la recherche romantique d'une certaine tranquillité fragile, il y a moyen de s'entendre. Tout un portrait de l'Ouest, en somme. Pourtant, ce western qui se termine dans les années 20 est plutôt une histoire contemporaine au moment où il est filmé, mais la beauté des paysages, tournés en plein désert, et le don de la composition phénoménal de King trouvent dans ces lieux désolés un lyrisme à tomber à la renverse... Ajoutons que les acteurs sont dirigés avec tact, et leur jeu nous rappelle bien sur les autres chefs d'oeuvre de King dans les années 20: Tol'able david (1921), The White sister (1923) et Stella Dallas (1925). La retenue de Colman et Banky, le naturel de Cooper sont exemplaires. 

...Et il y a la scène de l'inondation! Prouesse de montage, en une dizaine de minutes, la description de la fuite d'une population éberluée, en plein désert, à laquelle on annonce l'arrivée d'un raz de marée qui va dévaster leur ville, filmée à grands renforts de figurants, et fourmillant de détails superbes, est digne de figurer aux côtés de l'inondation de Metropolis (1926), la ruée vers le Dakota dans Three bad men (1926), la traversée de la Mer Rouge dans The ten commandments (1923) ou la course de chars dans Ben Hur (1925). A une époque où c'est en découvrant des effets spéciaux que les studios (En particulier la MGM: voir The torrent (1925) et son inondation, ou The temptress en 1926 et ses destructions de barrage très convenues) se mettent à banaliser et affadir le spectaculaire cinématographique, King se sort de l'exercice avec les honneurs. Il fait même plus encore: en combinant le volontarisme rigoureux de Tol'able David, le spectaculaire religieux (Vu ici sous un angle profane) de White sister, et le mélodrame habité de Stella Dallas, il réussit un authentique chef d'oeuvre, le sien, mais aussi un des très grands westerns. Voilà.

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Published by François Massarelli - dans Muet Western 1926